Boulogne/en 3D photographies stéréoscopiques 1890-1930
Catalogue édité à l’occasion de l’exposition Boulogne en 3D, présentée aux Archives municipales de Boulogne-sur-Mer du 29 septembre au 29 novembre 2013, sous la direction de Karine Berthaud, directrice des Archives municipales.
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Madame, Mademoiselle, Monsieur,
Un nouveau et surprenant voyage à travers le temps vous est proposé par les Archives municipales grâce à l’exposition Boulogne en 3D, qui vous plonge dans l’univers de la troisième dimension pour découvrir d’une autre manière des vues ainsi que des scènes de la vie quotidienne boulonnaise, principalement au début du XXe siècle voire même à la fin du XIXe siècle. Une véritable promenade dans le passé toute en sensations vous attend, tant le phénomène de la vision en relief s’avère fascinant. De la ville fortifiée à la plage, en passant par le port et ses installations, c’est toute l’Histoire de notre Boulogne et des Boulonnais qui défile ainsi sous un angle inédit, alors que la nette perception du relief, des détails et même des expressions humaines n’est pas sans susciter une certaine émotion. Vous l’aurez compris, cette très belle exposition est particulièrement attractive de par son originalité. Les quarante photographies sélectionnées et ainsi mises en valeur trouvent en quelque sorte une nouvelle vie qui ne peut que ravir les passionnés – et ils sont nombreux – de l’Histoire locale. Qu’il me soit permis d’adresser mes plus vifs remerciements à l’ensemble des personnes ayant participé à la réalisation de cette exposition et à la conception du catalogue qui l’illustre en relief, comme pour mieux vous faire revivre à chaque instant notre passé.
Mireille HINGREZ-CEREDA, Maire de Boulogne-sur-Mer
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Quand, devant « l’un des plus beaux paysages du monde » (comme l’affirmait Victor Hugo), vous admirez les courbes et les creux, non pas de notre chère Zabelle mais du pays boulonnais, vous en venez à regretter que nos cartes postales n’en traduisent pas tous les volumes (du paysage…). Alors que diriez-vous d’une Boulogne en 3D ? Pas celle d’aujourd’hui, resplendissante en ses habits neufs, mais celle d’hier, parée de sa bouleversante nostalgie ? Une Boulogne-en-Mer, belle comme une île à jamais ancrée dans nos souvenirs, belle et poignante comme « ces voix chères qui se sont tues »… Cette Boulogne-là, émouvante comme « les dames d’antan », eh bien nos Archives municipales l’ont ressuscitée : oui, Karine Berthaud et toute sa talentueuse équipe ont redonné vie (et relief !) à une Boulogne que l’on croyait disparue, celle d’« avant », si prégnante encore aujourd’hui… Puisse cette poésie du passé vivifier notre présent !
Max Papyle Adjoint au maire Chargé de la Mémoire de la Ville
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P
our le néophyte, qui dit « archives » dit « vieux
la salle de lecture, puis à terme sur Internet. Et ce sont
papiers poussiéreux », ou dans le meilleur des
les miracles de l’informatique qui ont permis de restituer
cas, « vieux papiers ». Ce même néophyte est
aux 40 plaques de verres stéréoscopiques sélectionnées
donc généralement surpris d’apprendre que les archives,
pour l’exposition Boulogne en 3D tous leurs détails, tout
poussiéreuses ou non, sont constituées d’une multitude
leur relief et toute leur profondeur.
de supports de toute époque, du parchemin au Dvd en
passant par les photographies ; il est stupéfait de découvrir que la vision 3D, loin d’être une innovation, se pratique depuis plus d’un siècle dans les services d’archives. Ainsi, les Archives municipales de Boulogne-sur-Mer conservent, parmi les 2 142 plaques de verres déjà in-
« Voir le relief, c’est recevoir au moyen de
ventoriées, 225 vues stéréoscopiques de la ville et de son
chaque œil l’impression simultanée de deux
port, de familles boulonnaises, mais aussi des ravages
images dissemblables du même sujet. »
de la première guerre mondiale. À l’aide d’un stéréos-
Euclide
cope, leur consultation permet grâce à la vision en relief
Si, dès le IIIe siècle avant Jésus-Christ, le géomètre grec
de se replonger littéralement dans le Boulogne du début
Euclide étudiait déjà la perception du relief, il faut ensuite
du XXe siècle, et d’y découvrir de petits détails que l’on
attendre la Renaissance pour que Léonard de Vinci tente
aurait peut-être manqués sans la 3D : une dispute sur
d’expliquer les principes de la vision binoculaire, sans
le quai Chanzy, l’horloge de la gare maritime, le visage
toutefois en trouver les clés ni pouvoir les mettre en appli-
d’une vieille femme, le bonnet d’un enfant…
cation. À leur tour, au début du XVIIe siècle, deux artistes italiens,
Mais, de par la fragilité de leur support, les plaques de
Giambattista della Porta et Jacopo Chimenti, sont les
verre ne peuvent être consultées par le public. Celles-ci
premiers à dessiner deux croquis distinguant les visions
sont donc progressivement numérisées, afin d’en per-
d’un même sujet pour chaque œil, indispensables à la
mettre le visionnage d’abord sur les huit ordinateurs de
perception du relief. 7
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La stéréoscopie Enfin, en 1838, Charles Wheatstone, physicien et inven-
Puis, le développement des appareils photographiques
teur anglais travaillant sur des couples stéréoscopiques
à plaques de verre permet la mise sur le marché d’un
de dessin, invente un dispositif à miroir permettant de
nouveau style de stéréoscopes, moins soignés que les
restituer le relief. Ce principe s’applique dès l’invention
précédents, et se distinguant par l’attention portée à la
de la photographie : en 1844, David Brewster fabrique
mécanique et à l’optique. C’est aussi l’époque des ap-
le premier stéréoscope, produit et commercialisé à Paris
pareils bon marché accessibles au plus grand nombre,
par Jules Duboscq, qui le présente à l’exposition univer-
les plus répandus étant destinés aux formats 60 x 130
selle de Londres en 1851. C’est le début de l’âge d’or
mm ou 45 x 105 mm.
de la photographie en relief qui trouve en la reine Victoria l’une de ses plus ferventes utilisatrices.
Les
Archives
municipales
de
Boulogne-sur-Mer
conservent 225 plaques de verre stéréoscopiques ; parLe principe se développe au cours de la seconde moi-
mi celles-ci 99 illustrent les batailles et la vie des poilus
tié du XIXe siècle et évolue au fil des innovations faites
lors du premier conflit mondial. La majorité, dont sont
par l’industrie photographique - daguerréotypes, am-
issues les 40 photographies présentées dans cette ex-
brotypes, négatifs sur papier ou sur verre, albumine ou
position, évoquent l’urbanisme de la ville, mais surtout la
collodion -, les stéréoscopes s’adaptant en fonction du
population boulonnaise dans son quotidien, au travail ou
format des supports. Ainsi, dans les années 1850, Oliver
dans son cadre familial.
W. Holmes invente un appareil composé de deux lentilles prismatiques et d’un support en bois pour tenir les cartes stéréoscopiques alors très en vogue. 8
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Stéréoscope de Holmes et carte représentant la rue des 108. Cliché Archives municipales de Boulogne-sur-Mer.
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Stéréoscope pour plaques de verre. Cliché AmB.
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L’anaglyphe Parallèlement, dans les années 1850, le procédé de
« cette méthode rendra plus simple l’examen d’images
l’anaglyphe est lui décrit par Wilhelm Rollman. Un ana-
stéréoscopiques dont les dimensions dès lors ne sont
glyphe consiste en la formation d’une image obtenue par
plus limitées, elle pourra avoir des applications très inté-
la superposition de deux images de couleurs complé-
ressantes dans l’industrie des impressions. » En effet,
mentaires, par exemple rouge et cyan. À l’aide de lu-
à la fin du XIXe siècle, les anaglyphes font l’objet d’une
nettes et de verres de ces mêmes couleurs, le cerveau
importante production destinée à la publicité, l’enseigne-
restitue celle-ci avec le relief.
ment et le tourisme ; mais contrairement au château de
À la fin de cette décennie, en France, Joseph Charles
Versailles, à la ville de Lourdes ou encore au mont Saint-
d’Almeida projette des stéréogrammes photographiques
Michel aucune production n’a semble-t-il été réalisée sur
sur écran avec un projecteur monté de filtres rouge et
la ville de Boulogne-sur-Mer, pourtant station balnéaire
vert à des spectateurs portant des verres colorés. Mais
majeure à cette époque.
c’est Louis Ducos du Hauron, physicien français et
Les technologies du XXIe siècle permettent néanmoins
concepteur avec Charles Cos du procédé de la photo-
de réparer ce manque. Ainsi le catalogue Boulogne en
graphie couleur, qui est considéré comme le réel l’inven-
3D dévoile quarante anaglyphes recomposés à partir de
teur de l’anaglyphe. En 1891, celui-ci dépose un brevet
plaques de verre stéréoscopiques du fonds des Archives
pour un système de photographie tridimensionnelle qu’il
municipales. Après leur numérisation, leur passage en
dénomme anaglyphe, du grec anaglyphus « ouvrage ci-
rouge et cyan et, étape la plus délicate, leur position-
selé ou sculpté en relief ». Il remporte en 1894 la médaille
nement en recouvrement, ces images, vues à l’aide de
d’argent décernée par la Société pour les inventions ou
lunettes des mêmes couleurs permettent de restituer leur
les perfectionnements aux arts industriels qui déclare que
profondeur à ces photographies et scènes de vie. 11
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Anaglyphe créé à partir d’une plaque de verre stéréoscopique. Cliché anonyme. AmB, 34Fi763.
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Stéréoscope Lestrade et carte de Boulogne-sur-Mer. Cliché AmB.
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Connaissant son âge d’or à l’époque de la première guerre mondiale, la photographie en relief disparaît lentement. André Gardies, professeur émérite d’études cinématographiques et audiovisuelles à l’université LumièreLyon II, l’explique de deux façons : outre la difficulté technique liée au problème de recouvrement, « la photo stéréoscopique passe par un dispositif, le stéréoscope ou les lunettes, bref par une prothèse ; elle s’archive plus qu’elle ne s’expose », contrairement à la photographie classique visible immédiatement. Sa renaissance, dans les années 50, se fait grâce à l’apparition d’appareils simples d’utilisation et de cartes à but avant tout touristique. Colorelief, Bruguière ou Lestrade sont les principaux producteurs de ces cartes qui comportent souvent plusieurs vues au format très réduit
Photographie du quai Gambetta issue de la carte Viewmaster. Cliché Sawyer’s Inc.
- 12 x 14 mm voire 12 x 12 mm - et ne sont visibles que
Longtemps cantonnée aux parcs d’attractions et aux
sur l’appareil stéréoscope de la marque.
films de durée réduite tournés dans une volonté affichée
Dans le catalogue de la société Bruguière de 1964, deux
de 3D - clips, courts métrages -, l’utilisation du relief s’est
références, les n°2713 et 2714 se rapportent à Boulogne
depuis les années 2000 démocratisée et propagée dans
: la première stéréocarte présente la ville, la seconde le
de nombreuses salles de cinéma grâce aux progrès de
port et la plage. La même année, Lestrade édite sous la
la vidéo numérique et de la technologie de projection
référence n°2160 dix photographies montrant le port, le
assistée par ordinateur. Ce regain d’intérêt pour la vision
beffroi, la chambre de commerce ou encore la chapelle
tridimensionnelle donne à cette exposition de photogra-
des marins.
phies datant du début du XXe siècle une résonance très
Enfin, le stéréodisque 1423 édité par la société améri-
actuelle.
caine Viewmaster à la fin des années 60 présente des images des villes de Dunkerque, Calais et Boulogne ; il est le dernier édité, la stéréoscopie retombant alors en désuétude.
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