Pour elle
Audrey Amar-Savoy
Quel accueil pour les femmes dans les centres de soins ?
Audrey Amar-Savoy
Pour elle
Quel accueil pour les femmes dans les centres de soins ?
Mémoire de fin d’études, Master 2 Sous la direction de Nadine Roudil École Nationale Supérieure d’Architecture Paris Val de Seine Année académique 2021-2022
Sommaire
Introduction Sororité, de la parole à l’acte
7
Chapitre 1 L’intime, entre le physique et le virtuel
25
1
La découverte du besoin
27
2
Le virtuel comme premier espace public
33
3
Sur le trajet d’une femme en quête de soin
37
Chapitre 2 Des lieux d’accueil et de prise en charge des 47 femmes 1
L’accès et le rapport à l’espace
49
2 Prendre soin 2.1 Le care 2.2 Le safe place
59 59 62
L’accueil physique
64
3
Chapitre 3 L’accueil comme première étape du soin
67
1
La complexité de l’anonymat
69
2
Entre intimité et sécurité
75
3
La culture comme transition
81
Conclusion
85
Bibliographie
89
Annexes
96
Introduction
Sororité, de la parole à l’acte
7
8
Photo prise par l’auteure, collage du collectif Les Colleuses, Rue Emmery, 75020 Paris
introduction
C’est au Moyen-Âge que ce mot « sororité » apparaît pour désigner des communautés religieuses composées de femmes. Il a fallu attendre le mouvement féministe des années 1970 pour qu’il soit à nouveau utilisé : l’aspect religieux de la définition de départ s’efface pour laisser place à l’idée d’une union et d’une solidarité entre les femmes revendiquant leurs droits et leurs libertés. C’est à la veille des élections, le 8 mars 2007, que ce terme resurgit sur la scène médiatique, lorsque la candidate à la Présidence de la République française, Ségolène Royale, souligne dans son discours électoral que les grands principes de la République, à travers la devise « liberté, égalité, fraternité », portent la marque symbolique d’un « oubli » des femmes1. Ce mot a traversé les siècles et s’est renforcé après être passé entre les mains de femmes célèbres ou ignorées. Il porte aujourd’hui le symbole fort et puissant d’un combat en perpétuel évolution. Le samedi 20 novembre 2021 je me suis rendue au rassemblement organisé par le collectif Nous Toutes2 à Paris, place de la République, contre les violences faites aux femmes. C’est en marchant, accompagnée de toutes ces personnes habillées de violet, que j’ai ressenti cette sororité. Je regardais autour de moi, la musique festive m’envahissait et je me sentais à ma place, la place d’une jeune femme qui arpente les rues de sa ville sans se soucier des passants, de l’heure ou du quartier. Afin de comprendre ce terme de « sororité », revenons sur certaines dates fondamentales du féminisme. Avant toute chose, l’histoire du féminisme se décline en six grands combats qui ont permis les différentes avancées, notamment législa1
DONZEL Marie, « C’est quoi, la sororité ? », Eve, le blog, 12/11/2018
2 Nous Toutes est un collectif centré sur la lutte contre les violences économiques, psychologiques, verbales, physiques ou sexuelles, notamment quand ces violences sexistes et sexuelles visent les personnes qui, parmi nous, sont victimes en raison de leur situation de handicap, de vulnérabilité, de leur âge, de leur origine sociale, de leur situation économique, de leurs croyances, de leur statut de migrant·e·s, de leur orientation sexuelle, de leur identité de genre ou parce que racisé·e·s.
9
10
Des femmes, portant une banderole pour la contraception, l’avortement et le contrôle des naissances, lors d’une manifestation à Paris le 24 mai 1977, Photo de l’Agence France-Presse.
introduction
tives, que nous connaissons aujourd’hui. Dans son livre, Le corps des femmes, la bataille de l’intime3, Camille Froidevaux-Metterie revient sur les différentes étapes du mouvement féministe avec une simplicité qui fait tout son intérêt. Nous nous intéresserons à certaines d’entre elles. Pour commencer, la mère de toutes les batailles : la bataille du vote. Elle fait référence au premier féminisme, celui qui ne dit pas encore son nom mais qui sera pourtant déterminant pour la suite des évènements. La croissance glorieuse et les reconstructions d’après-guerre éloignent pendant trente années les initiatives mises en place jusqu’en 1960, période durant laquelle le féminisme occidental se voit doté d’une seconde impulsion : la bataille de la procréation. Son slogan phare, « Le privé est politique »4 , résonne encore à ce jour. Il s’agissait pour la première fois de remettre en question l’étanchéité de la vie privée. Le domestique était (et demeure encore) le lieu privilégié de la domination masculine. La légalisation de la contraception5 et la dépénalisation de l’avortement6 inaugurent l’entrée dans une nouvelle ère, celle des prémisses de l’accès à disposer de son corps. Dans son ouvrage, Camille Froidevaux-Metterie met en lumière la sémantique derrière cet indéniable progrès, « car être en mesure de contrôler son corps procréateur, ce n’est pas seulement en finir avec le caractère inéluctable du destin maternel, c’est aussi prétendre y échapper. Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, les femmes peuvent rêver d’un avenir sans enfants et s’imaginer une vie non domestique. Après avoir été définies pendant des siècles au regard de leur capacité de procréation, elles accèdent en quelques années à une condition qui fait d’elles des êtres po3 FROIDEVAUX-METTERIE Camille, Le corps des femmes. La bataille de l’intime, Edition Points, 2021 4
Slogan usité par le Mouvement de Libération des Femmes.
5
Loi Neuwirth, 28 décembre 1967.
6
Loi Veil, 17 janvier 1975.
11
12
« Parce qu’elles sont vécues loin des regards extérieurs, les relations sexuelles échappent par leur nature aux normes communes. Si l’on tait les plaisirs, on ne dévoile pas non plus ses préoccupations ou ses insatisfactions. » FROIDEVAUX-METTERIE Camille, Le corps des femmes. La bataille de l’intime, Edition Points, 2021, p.29
introduction
tentiellement – et non plus irréductiblement – maternels. Il n’est sans doute pas trop fort de parler à ce propos de mutation anthropologique. L’argument physiologique qui, depuis toujours, permettait de caractériser l’existence féminine comme un mixte de disponibilité sexuelle, de dévouement maternel et d’infériorité sociale, disparaît en même temps que les femmes prennent le contrôle de leur nature procréatrice. 7» . En 1965, les femmes obtiennent le droit d’exercer une profession et d’ouvrir un compte en banque sans l’autorisation de leur mari. C’est un nouveau tournant pour la cause féministe mais malgré les avancées sociales et de l’égalisation des conditions, les femmes n’en subissent pas moins de fortes discriminations qui empêchent l’homogénéisation des conditions de travail. C’est sur cette base que s’engage dans les années 1990 la bataille de la famille, suivie quelques années plus tard de la bataille de genre. Enrichi par la pensée queer, théorisée par la philosophe et écrivaine Judith Butler dans Trouble dans le genre8, elle propose de repenser la sexualité et le genre non plus par le prisme du sexe biologique mais par un environnement complexe composé des aspects socio-culturels, d’histoire de vie ou des choix personnels. Cette théorie ne fait pas que bousculer le genre féminin-masculin mais bien les sexes et la sexualité elle-même.
7 FROIDEVAUX-METTERIE Camille, Le corps des femmes. La bataille de l’intime, Edition Points, 2021, pp. 21-22 8 BUTLER Judith, Trouble dans le genre, le féminisme et la subversion de l’identité, La Découverte, 1990
13
14
Photo prise par l’auteure, 20 novembre 2021, manifestation organisée par le collectif féministe Nous Toutes contre les violences sexistes et sexuelles.
introduction
L’intimité sexuelle demeure hors du champ des droits fondamentaux et c’est ainsi que les femmes ont entrepris de briser le silence et d’engager la sixième bataille, celle de l’intime. Cela grâce à la médiatisation des violences subies, en mettant un terme aux représentations d’un corps féminin disponible et aux interprétations de la sexualité féminine. Le mouvement #metoo, né en 2006 lorsque Tarana Burke, une travailleuse sociale originaire d’Harlem (New York), décide de venir en soutien aux victimes d’agressions sexuelles dans les quartiers défavorisés. Ce hashtag explose officiellement en 2017 avec l’affaire Weinstein9, lorsque le producteur de cinéma américain est accusé d’agressions, de viols et de violences sur des femmes. L’affaire éclate sur Twitter et, depuis ce jour, des femmes notoires prennent la parole au compte-gouttes et les affaires ne font que s’additionner. En acceptant de rendre publiques ces violences, les femmes mettent un terme à l’« immémoriale docilité »10 et revendiquent cette double expérience vécue de l’aliénation et de l’émancipation. Toutefois la période féministe que nous sommes en train de vivre ne propose pas qu’une guerre de sexe, elle offre également une opportunité aux hommes de s’impliquer et de participer à un débat qui ne peut plus être évité. Cette lutte féministe suggère à tous de rejoindre la lutte.
9
Le 5 octobre 2017 à Hollywood.
10 FROIDEVAUX-METTERIE Camille, Le corps des femmes. La bataille de l’intime, Edition Points, 2021
15
D’après l’article Allongement des délais d’IVG en France : « Mettons fin à une violence sexiste qui ne dit pas son nom »11, rédigé par Pauline Diaz dans le journal Le Monde, même si les violences sexistes et sexuelles sont plus souvent reconnues comme des actes commis sur autrui, cette violence peut aussi prendre la forme d’une « privation de ressources ou d’accès à des services ». C’est ainsi que s’opère la dichotomie entre l’espace privé et public. La question de la procréation, de l’accès à l’IVG, relève de la sphère privée, intime, subjective car chaque femme doit être en capacité d’exercer ses droits pleinement et dans l’exclusivité. À l’instant où cette question est débattue dans l’espace public, les femmes se voient dépourvues de cette subjectivité, il s’agit à présent d’une cause politique qui dépossède les femmes de leur corps.
16
En 2015, à l’occasion du lancement officiel de l’Agenda pour le développement durable 2030, un groupe d’experts de l’ONU appelle les États à saisir l’opportunité de se réengager pour assurer le respect, la protection et l’épanouissement complet du droit à la santé et des droits sexuels et reproductifs. Ils rapportent alors que « la criminalisation ou tout autre manquement à fournir des services dont seules les femmes ont besoin, tels que l’avortement et la contraception d’urgence, constitue une discrimination fondée sur le sexe ». À ce titre, les députés de la majorité, en France imposent aujourd’hui (01/12/21) le débat sur l’allongement des délais de l’IVG de douze à quatorze semaines, la suppression de la double clause de conscience des professionnels de santé et l’autorisation pour les sages-femmes de pratiquer des IVG chirurgicales. La France rejoindra alors l’Espagne et l’Autriche dans ce débat. Néanmoins, dans d’autres pays limitrophes, comme au RoyaumeUni, le délai est de vingt-quatre semaines. En limitant le droit à l’IVG à douze ou même quatorze semaines, la France discrimine toutes les personnes susceptibles de tomber enceinte qui auraient besoin d’accé11 DIAZ Pauline, « Allongement des délais d’IVG en France : « Mettons fin à une violence sexiste qui ne dit pas son nom », Le Monde, 02/12/2021
introduction
der à un avortement au-delà de ce délai et impose ainsi un point de vue politique aux femmes, dans ce cas en termes d’accès à leur corps. Le manque d’accès à l’information, à une éducation sexuelle et au soin selon les pays, fait œuvre d’inégalité. Chaque années de nombreuses femmes se font avorter dans un pays étranger. À travers cette réflexion, nous étudierons dans ce mémoire l’accueil des femmes dans les espaces refuges où elles peuvent trouver l’opportunité de se poser et de résoudre des questions qui leur sont propre, liées aux violences subies, au soin et à la santé. Ces refuges, que nous examinerons plus tard, seront sélectionnés par le biais de l’accès au soin. Nous désignerons ces refuges pour femmes à travers le terme de safe space, également appelé “espace positif” ou “zone neutre”. Cette expression désigne un endroit permettant aux personnes marginalisées par la société de se réunir afin de communiquer dans une démarche d’empowerment, un second concept anglophone mêlant acceptation de soi, confiance, estime, ambition et pouvoir. L’accueil des femmes dans ces lieux de soin de procréation devient alors un sujet politique et un terrain de réflexion indispensable. Parmi les lieux, nous étudierons les centres de planning familiaux. Ces lieux de santé sexuelle subissent les conséquences de manque de financement publics, leurs emplacements ne sont pas visibilisés. Cette réalité est le reflet d’une société française encore conservatrice. Pour cause, leur combat pour l’information et la prévention liée à la santé sexuelle à travers la contraception et l’avortement fait encore débat sur la place publique.
17
Terrain et méthodologie. Pour appréhender ce sujet, il me semble primordial de lire et d’étudier les écrits féministes portant sur le rapport au corps et à la santé des femmes, particulièrement féconds depuis quelques années. Ces publications sont principalement orientées sur les thèmes du corps des femmes, de la question de genre, de la sexualité, de l’histoire du féminisme et sur les différents combats ayant apporté leur pierre à l’édifice de la sororité.
18
En ce sens, il est aussi important d’aller à la rencontre de ces femmes, de discuter avec elles et d’élargir le champ littéraire au champ participatif pour tenter de se confronter à la réalité et au quotidien des femmes12 de tout âge et de toute profession. J’ai donc mené une étude ethnographique basée sur l’étude descriptive et analytique des centres de planification ayant pour vocation d’accomplir des missions d’information, de prévention et d’accompagnement en termes de santé sexuelle. Ces lieux proposent notamment des suivis d’interruption volontaire de grossesse (IVG). Il s’agira donc aussi d’ajouter aux références et à ma réflexion des entretiens avec des femmes et des études de terrain au sein de centres de planification et d’éducation familiale (PF et CPEF), à Paris et en petite couronne. Afin de d’engager ce travail ethnographique je suis allée à la rencontre de femmes et de lieux pour comprendre le cheminement de l’accès au soin procréatif et relever les problématiques rencontrées. Dans un premier temps, j’ai effectué des recherches informatiques pour comprendre le fonctionnement d’un planning familial. Cette première approche m’a permis de comprendre la démarche de cet organisme, quels sont ses déclinaisons sur le territoire français, où ils se situent. 12 Il me semble important de préciser, avant la lecture de ce mémoire, que par “femmes” je parlerai de toutes les personnes souhaitant se définir ainsi.
introduction
À la suite de ces recherches je me suis rendue au siège du Planning Familial, 10 rue Vivienne, 75002, dans l’espoir d’y entrer, de prendre contact avec le personnel et d’y effectuer ma première enquête de terrain. En arrivant sur place je me suis heurtée à plusieurs problématiques, notamment d’accessibilité, et je n’ai pas pu pénétrer à l’intérieur des locaux. Je m’étais présenté en tant qu’étudiante en architecture mais n’étant pas patiente et donc sans rendez-vous, la secrétaire ne m’a pas autorisée à aller plus loin. D’abord ressenti comme un échec, cette situation a en fait justifié une partie des arguments de ce mémoire. Grâce à une discussion autour du sujet de mon mémoire j’ai pu ensuite m’entretenir avec Nathalie Perrillat, sage-femme depuis 25 ans, exerçant à Paris. L’entretien de 105 minutes fut formateur. L’engagement et les connaissances de Nathalie Perrillat dans le milieu de la santé des femmes m’ont permis d’aller plus loin dans mes recherches et d’ouvrir ma réflexion à de nouvelles questions et problématiques nécessaires à la l’écriture de ce mémoire. Puisque la première étude de terrain au siège de Planning Familial, à Paris, fut un échec en termes de documentation et d’échange, il était nécessaire d’essayer à nouveau. Pour éviter de me confronter aux mêmes difficultés, je me suis rendue au Centre de santé de Belleville, 27 rue Levert, 75020. Afin d’accéder au service de planification j’ai pris un rendez-vous gynécologique pour m’y rendre en toute légitimité et vivre cette expérience à la première personne, de la recherche du lieu, à l’accueil dans le centre, au ressenti post-consultation. À cette étape du terrain j’ai déjà recueilli des informations qui me permettent de souligner les tensions principales du sujet mais il me manque une expérience plus « positive », si possible, qui me permettrait de nuancer mes propos. J’avais découvert La Maison des Femmes, Saint-Denis (93), à travers
19
une interview de Ghada Hatem, la fondatrice de ce centre de santé pour femmes en difficulté ou victimes de violences. J’avais soulevé beaucoup de points positifs en termes de conception de l’espace et de considération du lieu dans sa complexité matérielle et la symbolique. La prise de contact fut rapide et facile. Nous avons commencé par un entretien de 38 minutes en visioconférence avec Léa Spiteri, service civique à La Maison des Femmes, qui a découlé sur une proposition de rencontre et de visite du lieu. Je m’y suis rendue une semaine plus tard pour une demi-journée ce qui m’a permis de prendre des notes, des photos, discuter avec certaines professionnelles et d’observer le fonctionnement du lieu.
20
introduction
Hypothèses. En se servant des différentes lectures et enquêtes de terrain, nous pouvons poser les hypothèses suivantes : La division sexuée de l’espace public et privé est utilisée pour légitimer l’oppression et la différence sexuelle. Les distinctions créées par bon nombre de ces décisions s’appuient sur la problématique de la division sexuée de l’espace public et privé, associant historiquement les hommes à l’espace public et les femmes à l’espace domestique. Mais comme l’exprime la géographe Nancy Duncan, citée dans la thèse de Lori A. Bown, Contested Spaces, Abortion Clinics, Women’s Shelters and Hospitals13, ces binômes, ancrés dans la philosophie politique, le droit, le discours populaire et les pratiques spatiales générales, sont utilisés pour légitimer l’oppression, réglementer et exclure la sexualité. En renforçant la différence sexuelle ils préservent les structures plus traditionnelles du pouvoir patriarcal et hétérosexiste. Ainsi, l’hypothèse principale défendue dans ce mémoire consiste à postuler que la division sexuée entre espace public et privé est utilisée pour légitimer le contrôle du corps des femmes par les pouvoirs publics. Cette explication vérifie l’hypothèse d’après laquelle les lieux qui ne sont consacrés qu’aux femmes sont peu nombreux, disposent d’une visibilité restreinte et ne proposent pas un accueil adapté à la détresse des femmes qui les requièrent. Ainsi l’hypothèse secondaire défendue dans ce mémoire souhaite souligner que la localisation des centres de Planning Familiaux et des espaces de soins destinés aux femmes dans l’espace public représente la vision de la société contemporaine sur l’avortement et la sexualité : des décisions privées gouvernées par la puissance publique. A. BROWN Lori, Contested Spaces, Abortion Clinics, Women’s Shelters and Hospitals, Ashgate e-Books, Surrey (Angleterre), 2013 13
21
Le Planning Familial propose aux femmes qui le souhaitent de ne pas devenir les mères représentées dans la société comme le « plein accomplissement ». Si la société ne voit toujours pas l’avortement comme une pratique normalisée c’est bien dans l’espace public que ce rejet est visible. Tous les hôpitaux doivent être dotés d’un CPEF14 (Centre de planification et d’éducation familiale), certes, mais l’emplacement et l’accessibilité de ces espaces au sein de l’hôpital est souvent contraint, invisibilisé et donc difficilement accessible. En ce sens, le premier moment victime de ce manque est l’accueil au sens symbolique comme spatial.
22
Symboliquement l’accueil exprime à l’autre qu’il.elle est le bienvenu, ou non, dans un espace donné. Ainsi lorsque l’accueil est négligé, voire inexistant, les chances pour que l’usagère n’aille pas plus loin dans sa démarche sont multipliées. La façon dont nous comprenons et utilisons l’espace doit être un outil essentiel pour repenser l’accès aux soins de santé des femmes, malgré les pressions politiques. Dans les faits, en ce moment aux États-Unis, et depuis des années, les groupes anti-avortement ont réussi à influencer les législatures des états en créant des lois toujours plus restrictives et déséquilibrées. Bien que légal sur le papier, l’avortement devient de plus en plus difficile d’accès pour les femmes. Alors que se passe-t-il lorsqu’un groupe d’acteurs réussit à restreindre les droits légaux des femmes à l’autonomie et au contrôle de leur propre corps ? Que se passe-t-il lorsque l’État intervient pour réglementer l’accès des femmes à leur propre corps ? Les lieux de parole, d’information et de soins sont alors invisibilisés, car l’existence même de ces espaces gêne une grande partie de la population. 14
Information tirée de l’entretien avec Nathalie Perrillat, sage-femme.
introduction
Les conséquences sociales et spatiales de l’architecture sur ces lieux de soin pour femmes sont politiquement déterminantes. Il est néanmoins important de se questionner sur la nécessité de camoufler ces lieux qui conditionnent la sécurité des femmes qui y trouvent refuge. En effet l’utilisation de ces espaces-refuge doit parfois nécessiter une certaine sûreté face à des situations d’oppressions et de domination. Ces dernières forment un obstacle à la nécessité de visibiliser ces lieux puisque les usagères s’y rendent parfois avec la contrainte de l’anonymat. Dès lors, comment s’opère, à travers le cheminement d’une femme en quête de soin, la tension entre la demande/la nécessité d’y avoir recours et l’accueil dans ces lieux dissimulés qui leur sont dédiés ? Comment l’organisation de l’espace public contribue-t-elle à la négligence et l’invisibilisation des lieux de refuge pour femmes ? Comment la conception de ces espaces peut-elle se mettre au service des femmes et répondre à la spécificité de lieux uniquement dédiés aux femmes ? Les lieux de santé pour femmes doivent-ils rester dissimulées ou faut-il tester différents modèles spatiaux pour les visibiliser et les démocratiser ? En suivant le parcours d’une femme, il s’agira d’observer dans le premier chapitre les prémisses de ce cheminement, de la découverte du besoin entre le réel et le virtuel. Quelles sont les difficultés rencontrées sur ce trajet intime ? Le second chapitre nous emmènera au cœur des lieux de soin proposés aux femmes. Il permettra d’interroger les notions d’accueil et de soin. Une fois sortie du lieu de soin, le troisième et dernier chapitre questionnera les conséquences sociales et spatiales de la conception de ces lieux-refuge à travers les concepts d’anonymat, d’intimité et de sécurité.
23
Chapitre 1
L’intime, entre le réel et le virtuel
25
26
Sculpture de l’artiste Louise Bourgeois, Femme-Maison, 1994
chapitre 1
1
La découverte du besoin
Le récit commence dans l’espace privé. Une femme découvre une grossesse non désirée. Cet événement déclenche la narration et l’emmène sur le chemin physique et psychique de l’accès au soin. L’espace privé renvoie à la maison, le lieu de l’intime. Il fait référence à la division la plus communément considérée dans le domaine de l’architecture, entre espace public et privé. Dans le cadre de l’enseignement, cette dichotomie spatiale est présentée aux étudiants afin de comprendre les différences spatiales de base mais elle empêche le/la futur.e architecte de comprendre que l’espace est complexe, enchevêtré dans des relations difficiles à distinguer. Généralement expliquée d’une façon abstraite, cette notion donne l’impression que la division est simple, neutre et sans grande importance. Le public est donc associé à l’espace extérieur, aux zones de rassemblement et le privé à l’intérieur, aux espaces personnels. Pour Sylvette Denèfle, professeure en sociologie à l’université François-Rabelais, la féminisation dans le monde de l’architecture n’apporte « pas nécessairement un regard critique sur la ville du point de vue du genre. Il y a plus de filles dans ces métiers mais elles apprennent à avoir un regard masculin »15. L’institutionnalisation de cette séparation privé/public a produit une division claire entre les sexes, les hommes ayant accès à l’espace public tandis que les femmes sont reléguées dans la sphère domestique privée. Les stéréotypes régis par l’hétéronormativité de l’espace nous montrent ainsi que depuis des siècles les femmes sont attendues dans l’espace privé et les hommes dans l’espace public.
15 DENÈFLE Sylvette, Utopies féministes et expérimentations urbaines, Presses universitaires de Rennes, 2008.
27
Les chiffres de l’impact de la crise sanitaire du Covid-19 prouvent qu’aujourd’hui, l’inégalité de répartition des tâches domestiques est toujours aussi prédominante. L’école à domicile demeure majoritairement prise en charge par les femmes à 83%, la part des mères ayant cessé de travailler pour s’occuper des enfants pendant le premier confinement étant de 21%, la supervision quotidienne du travail scolaire de leur enfant s’élève à 70%16. Ces chiffres ne nous donnent pas d’informations pratiques directes sur l’accès au soin mais viennent appuyer le discours patriarcal de la société dans laquelle nous évoluons.
28
“Il faut inclure ici l’appropriation du travail qui est associé “par nature” à la reproduction : élever les enfants, les corvées domestiques. Cette appropriation du travail des femmes s’effectue exactement de la même manière que l’approbation du travail de la classe ouvrière par la classe dominante. On ne peut pas dire que l’une de ces deux productions (reproduction) est “naturelle” et que l’autre est sociale. Cet argument n’est que la justification théorique et idéologique de l’oppression. Un argument pour faire croire aux femmes qu’avant la société et dans toutes les sociétés, elles sont soumises à cette obligation de la reproduction.”17 Monique Witting Cette distinction entre espace public et privé engendre un problème car elle établit ces espaces comme opposés et facilement identifiés comme binaires, spatiaux et distincts. La division sexuée de l’espace empêche de briser les normes et ne tient pas compte de la façon dont les gens perçoivent l’espace en fonction de leur genre, milieu social et politique. Ces composants semblent de prime abord exogènes à l’architecture mais ils en font en réalité intrinsèquement parti.
16
Égalité femmes hommes.gouv, Chiffres clés egalité femmes hommes, 02.12.2021
17
WITTIG Monique, La pensée Straight, Édition Amsterdam, 2018, p.48
chapitre 1
Le domicile est un espace privé et par conséquent moins réglementé par l’État, ce lieu devient un espace qui cache des inégalités de relations entre les sexes. Cette dichotomie légitime alors l’oppression. Comme aucun espace n’est neutre, le foyer est plein de contradictions et d’incertitudes et il est souvent le principal lieu de violences et d’oppressions à l’égard des femmes. Découvrant qu’elle ont besoin de recevoir des soins procréatifs, les femmes peuvent se trouver dans une situation de retenue et de secret entravant la démarche. L’espace privé est aussi celui du corps, dans sa dimension physique et psychique. À la découverte d’un besoin vital, celui de l’accès aux soins, le corps et l’espace entrent tout de suite en discussion. L’espace conditionne le corps et l’esprit en les convaincant d’adopter cette attitude introspective, par le biais des notions d’espace privé et public précédemment énoncées. 29
30
Image tirée du film L’Événement (2021) de la réalisatrice Audrey Diwan. Il s’agit du personnage principal, Anne, entrain de chauffer une aiguille à tricoter pour entreprendre son avortement clandestin.
chapitre 1
Dans le film L’Événement adapté du roman d’Annie Ernaux, la réalisatrice Audrey Diwan filme avec une extrême justesse ces moments d’isolement et de réclusion. Le film se déroule en 1963, époque à laquelle l’avortement est encore illégal en France18. Lorsque Anne, interprétée par l’actrice Anamaria Vartolomei, découvre qu’elle est enceinte sans l’avoir désiré, la réalisatrice nous fait plonger à pic dans les péripéties de la course contre la montre d’un avortement clandestin et rend palpable la nécessité d’une pratique qui était alors passible d’enfermement. Le tabou autour de l’avortement est omniprésent et Anne parviendra avec beaucoup de peine et d’appréhension à se livrer à ses deux amies. Les réactions sont virulentes et dictées par les conventions sociales contemporaines. Elle se retrouve seule, enfermée dans son propre corps. Ainsi, la loi et les mœurs orientent les pensées et empêchent l’accès aux informations, à la prévention et à la sororité.
31
18 Pour rappel, nous devons le droit à l’interruption volontaire de grossesse (IVG) à Simone Veil et la loi éponyme votée pour une période provisoire de 5 ans en 1975 puis définitivement en 1979.
32
Le site ivg.net sort dans les premierères positions des recherches sur l’IVG sur le moteur de recherche Google. Cette plate-forme, supposément neutre, et qui ne précisent jamais qui la tient ni son positionnement, reposent sur deux idées centrales : d’une part un service d’écoute téléphonique, et ensuite la publication régulière, sur la page Facebook ou le site, de témoignages, le plus souvent anonymes, de femmes. Ceux-là sont très régulièrement négatifs, voire anxiogènes. MOTET LAURE et LAURENT Samuel, « Ivg.net, sosbebe.org, ecouteivg.org... Les sites « faux nez » des anti-IVG », Le Monde, 21/03/2017
chapitre 1
2
Le virtuel comme premier espace public
Le constat est fait, en cas de grossesse non désirée, il est nécessaire d’aller chercher de l’aide. La première étape : faire des recherches sur Internet. L’espace immatériel du virtuel est le premier espace “public”, du moins accessible librement, où les femmes, futures patientes, vont chercher leur chemin vers un espace refuge, les réponses à leurs questions et les premières informations utiles au bon déroulement de leur prise en charge. Malheureusement, bien au chaud devant leur ordinateur, à l’abri du regard extérieur et des aléas de la rue, les femmes ne sont pas à l’abri des embûches. L’immense champ des possibilités, les ressources et l’anonymat qu’offre internet est de toute évidence incontestable. Encore faut-il savoir où chercher, comment chercher et posséder un regard critique permettant d’analyser les informations qui manquent quelquefois d’objectivité. Lors de notre entretien, Nathalie Perrillat, sage-femme depuis 25 ans, me faisait remarquer que l’éducation nationale a réglementé un minimum de trois heures par an d’éducation sexuelle obligatoire19 de l’école maternelle au lycée. En réalité, lorsque dans toute une scolarité les enfants et jeunes adultes ont assisté à trois heures d’éducation sexuelle au total, c’est déjà un exploit. Il s’agit donc de négligences locales, de chefs d’établissements ne voyant pas la nécessité de cet enseignement. Pourtant la connaissance du corps passe aussi par le savoir vivre, la lutte contre les violences sexuelles et sexistes, le respect de l’autre, de soi, de son corps. L’école et l’enseignement possèdent ainsi un rôle majeur dans l’éducation et l’information des enfants, car cette éducation n’est pas toujours prodiguée à la maison. 19 L’éducation à la sexualité est inscrite dans le Code de l’éducation (articles L. 121-1 et L. 312-16) depuis la loi n° 2001-588 du 4 juillet 2001.
33
Au cours de ce même entretien, nous avions constaté qu’en faisant des recherches sur l’IVG, l’algorithme proposait autant de sites fiables de santé publique supposé neutre, que de site au discours dissuasif et orienté, voire antiavortement. L’un d’entre eux propose par exemple « d’agir sans précipitation» mais lorsqu’on sait que l’avortement est légal dans un délai de douze semaines20 la « précipitation » est parfois nécessaire.
34
Afin de mettre en perspective la loi française sur l’IVG au niveau européen, nos voisins anglais tolèrent l’avortement jusqu’à vingtquatre semaines, les Pays-Bas jusqu’à vingt-deux semaines et la Suède jusqu’à dix-huit semaines. Preuve qu’il est évidemment possible d’allonger le temps de rétractation et rendre les femmes plus libres de leur décision et ipso facto de leur corps. Lorsqu’il est acquis, le droit à l’avortement est souvent remis en question : ainsi, en proposant douze semaines de délai légal, la France s’inscrit parmi les préconisations de l’Union Européenne tout en gardant une emprise sur le corps des femmes. L’actualité du débat politique témoigne du fait que le droit à l’avortement n’est pas un acquis. Par exemple, le 18 janvier 2022, Roberta Metsola est élue présidente du Parlement européen. Il s’agit d’une eurodéputée conservatrice, antiavortement, anti-contraception s’étant notamment abstenue en 2021 sur une résolution parlementaire demandant la criminalisation des violences faites aux femmes21. Quarante-deux ans après Simone Veil, qui avait déjà succédé Nicole Fontaine, la symbolique d’une antiavortement présidente du Parlement européen est glaçante.
20 En novembre 2021 l’Assemblée nationale avait approuvé la proposition de loi visant à allonger le délai d’interruption volontaire de grossesse de 12 à 14 semaines. Le Sénat a à nouveau rejeté celle-ci, ce mercredi 19 janvier 2022. 21 MALINGRE Virginie, « Roberta Metsola, une Maltaise antiavortement, prend la présidence du Parlement européen », Le Monde, 18.01.2022.
chapitre 1
Cette nouvelle, parmi d’autres, met en porte-à-faux les femmes souhaitant trouver des informations sur l’IVG, les informations fusent mais la désinformation reste trop présente. La proposition de loi de novembre 2021 visant à allonger le délai d’IVG à quatorze semaines, a été rejetée par le Sénat, à majorité de droite, dans lequel on compte 116 sénatrices et 232 sénateurs22, il paraît ainsi difficile de lutter contre le biais de genre. Dans le même registre, la personne présidant le syndicat des gynécologues est un homme antiavortement. Bertrand de Rochambeau revendique son droit à ne pas pratiquer d’avortement, je cite “Nous ne sommes pas là pour retirer des vies”. Quelques exemples qui justifient le slogan féministe « pas d’utérus pas d’opinion », traduction de la lassitude et le désespoir face à l’omniprésence des hommes dans les décisions concernant le droit des femmes à disposer de leur corps. Il est tout de même important de rappeler que la majorité des anti-avortements sont composés d’hommes mais que les figures publiques de ces mouvements sont à dessein, aussi des femmes : Christine Boutin, Béatrice Bourges, Ludovine de la Rochère, Frigide Barjot, pour ne citer qu’elles. L’emprise patriarcale a aussi forgé les dominations des femmes par les femmes. Lors de mes premières recherches de lieux d’enquête au sujet de l’accès au soin spécialisé pour les femmes, j’ai passé beaucoup de temps sur internet à parcourir les différents sites accessibles en termes de santé génésique, d’accès aux ressources, de conditions de l’IVG, de lieux proposant des informations sur le sujet de la santé sexuelle proposé aux femmes. Venant d’une famille ouverte sur les sujets de sexualité et ayant déjà accompagné une amie dans cette démarche, j’avais un bagage qui m’a permis d’aller chercher des informations sur des sites fiables. Ces recherches ont fait apparaître énormément d’informations de tout type 22
Chiffres de Public Sénat, 28 septembre 2020.
35
pouvant produire sans aucun doute la dissuasion. Le méandre de l’espace virtuel qu’est internet peut être le premier obstacle sur le chemin de l’accueil des femmes dans les lieux permettant l’accès à l’information sur l’avortement. Les mutations technologiques actuelles prouvent que la ville change et évolue, elle ne se trouve plus uniquement à l’extérieur, dans la rue, comme à son origine, mais partage aujourd’hui l’espace du monde virtuel. En prenant la décision d’ouvrir son ordinateur, on accepte de côtoyer la perception du corps des femmes dans l’espace public.
36
« Une règle générale veut (…) que les hommes soient plus chez eux dans la rue que les femmes, et que ces dernières payent souvent très cher l’exercice de la liberté toute simple qui consiste à sortir faire un tour. La raison est que leur façon de marcher, leur être même, sont inlassablement sexualisées dans toutes les sociétés soucieuses de contrôler la sexualité féminine. » Rebecca Solnit, L’Art de marcher, 2004
chapitre 1
3
Sur le trajet d’une femme en quête de soin
L’espace public a été reconnu ces dernières années pour être hostile envers les femmes. Il s’agit d’un espace conçu « par et pour les hommes », comme l’indique Yves Raibaud dans son livre, La ville faite par et pour les hommes23, dans lequel il fait l’inventaire de tous les chiffres éloquents sur l’invisibilisation et les inégalités entre femmes et hommes. L’espace public n’est jamais épargné car le constat est clair, les femmes n’envisagent pas la ville comme un territoire approprié mais comme un biais leur permettant de cheminer d’un point A à un point B, un lieu de transit. Les hommes ayant bien davantage l’habitude et la sérénité de s’y éterniser. Sur le chemin d’une femme en quête de soin elle prend à présent le risque de fréquenter le second espace public. Après le virtuel : l’urbain. En me rendant à La Maison des Femmes, centre médical pour femmes à Saint-Denis, j’ai subi à plusieurs reprises, dans la rue, la lourdeur de regards insistants ou d’injonctions misogynes déstabilisantes. Ce ne sont pas les femmes qui devraient s’adapter à la ville mais bien la ville qui devrait s’adapter aux femmes pour que chaque trajet ne soit plus une suite de difficultés mais bien une balade physique et mentale sereine. Finalement, inciter les femmes à se méfier de l’espace public urbain c’est aussi les convaincre qu’il vaut mieux rester dans l’espace privé, c’est également utiliser la peur comme outil de contrôle social et perpétuer la ségrégation sexuelle des espaces. Cette invisibilisation des femmes dans l’espace public a déjà clairement été mise en mots par Pascale Lapalud, co-fondatrice et présidente de la plateforme de recherche et d’action Genre et Ville, qui écrivait que « Parler de genre dans l’espace public, ce n’est pas invisibiliser une catégorie plutôt qu’une autre. En général on a tendance à invisibiliser plu23
RAIBAUD Yves, La ville faite par et pour les hommes, Belin, 2015
37
38
Photos prises par l’auteure, en haut, la porte cochère depuis la rue Vivienne. En bas, la cour partagée entre les start-up et le Planning Familial.
chapitre 1
tôt les femmes alors qu’elles représentent 52% de population urbaine »24. J’entame mes recherches sur le Planning Familial après avoir écouté de nombreux podcasts féministes tels que La Poudre, réalisé par Lauren Bastide, Les Couilles sur la Table, de Victoire Tuaillon ou encore les épisodes sur la sexualité du podcast Méta de Choc, réalisés par Élisabeth Feytit, et lu plusieurs articles au sujet de cette association, auxquels je ferai référence par la suite. Le Planning Familial incarne à mes yeux l’anthologie, le lieu féministe engagé de référence, l’association manifestante issue de mai 68, encore active aujourd’hui. Je m’étais déjà rendue dans un centre de planification de quartier, celui du Centre de santé de Belleville, quelques années plutôt pour accompagner une amie dans des démarches d’IVG, sans imaginer que je travaillerai sur ce sujet aujourd’hui. Malgré cette expérience d’accompagnatrice, il m’a paru intéressant d’entamer mon enquête de terrain par le « siège » de l’association, 10 rue Vivienne, 75002 Paris. En prenant cette décision je partais de l’hypothèse qu’il s’agissait de l’endroit où je trouverais le plus d’informations, l’effectif de personnel le plus élevé et le lieu de plus représentatif de l’association. J’ai été frappé par l’entrée de ce lieu depuis la rue. Il s’agit d’une rue parisienne, assez étroite, composée d’immeubles haussmanniens à porte cochère. L’une de celles-ci, au numéro dix, est ouverte sur l’extérieur et rien n’indique que le Planning Familial se trouve au fond de la cour. La seule pancarte vissée devant la porte mentionne un groupe de start-up composé de plusieurs entreprises. Je m’arrête quelques minutes sur le trottoir d’en face et j’observe les gens entrer et sortir dans la cour du bâtiment. Une population d’une trentaine d’années, hommes et femmes confondus. Je me dis à ce moment-là que si le Planning Familial se trouve vraiment à cette adresse, il est étrange de l’avoir dissimulé ainsi dans une programmation tout sauf médicale, militante ou féministe.
24 LAPALUD Pascale, « Femmes dans l’espace public », Conseil économique social et environnemental, 27/11/2019.
39
40
Photos prises par l’auteure, À gauche, pancarte du Planning Familial au fond de la cour. À droite, pancarte mentionnant les différentes entreprises du 10 rue Vivienne, 75002.
chapitre 1
J’entre à mon tour dans la cour et, effectivement, une petite pancarte, tout droit sortie des années 70, calée entre la fenêtre et le gardecorps indique qu’il faut monter au 1er étage de l’immeuble, au fond de la cour. Si je m’étais mise dans la peau d’une femme dans le doute, gênée de sa démarche, en manque d’information ou de confiance, je ne serais probablement pas allé plus loin. Peut-être que derrière la démarche d’invisibilisation du Planning Familial dans cette cours à usage mixte se trouve une réflexion sur l’anonymat et la sécurité des femmes qui se rendent dans le lieu. Le problème derrière cette hypothèse est que seul le Planning Familial se trouve dans le dernier immeuble de la cour, si je continue et me dirige vers cette porte il est donc évident que je me rends là-bas.
41
42
Photos prises par l’auteure, À gauche, plaque du Planning Familial au fond de la cour. À droite, porte du Planning Familial au 1er étage.
43
44
Photos prises par l’auteure au Centre de Santé de Belleville, 75020. En haut, la plaque indiquant les différents services. En bas, zoom sur le slogan anti-IVG.
chapitre 1
Comme précisé plus tôt, je m’étais rendu dans un centre de planification il y a cinq ans, il paraissait donc logique que le Centre de santé de Belleville fasse aussi l’objet d’une de mes études de terrain. Sur la façade de ce centre de santé, situé 27 rue Levert, 75020, est affichée une plaque indiquant toutes les prestations effectuées au sein du centre. Parmi celles-ci les termes « IST », « IVG », « contraception », « accompagnement », « santé mentale », « prévention », « planification », « sécurité », sont inscrits. Une initiative somme toute remarquable quand on la compare au Planning Familial de la rue Vivienne. Néanmoins, certains tags anonymes tracés sur cette plaque apparaissent, affichant parfois des slogans anti-IVG comme « Laissez les enfant vivre en liberté » (la faute d’orthographe apparaît sur le tag). Après avoir franchi les obstacles des sites antiavortements, après avoir parcouru des rues pas toujours bienveillantes et avoir enfin franchi la porte de ce planning familial mal indiqué, notre héroïne se décide enfin à pénétrer dans le lieu d’accueil. C’est ici qu’elle pourra obtenir les informations et soins nécessaires mais une fois arrivée au seuil, le monde extérieur perturbe encore ses décisions et parasite ses pensées. Tant pis, elle continue quand même. Elle a pris une décision et compte bien aller jusqu’au bout.
45
Chapitre 2
Des lieux d’accueil et de prise en charge des femmes
47
48
« Il nous faut réfléchir à ce qu’est le pouvoir, ce à quoi il sert et comment on peut le jauger. Si les femmes ne trouvent pas leur place au sein des structures de pouvoir, sans doute est-ce le pouvoir qu’il nous faut redéfinir, plutôt que les femmes elles-mêmes ? » Mary Beard, Women and Power : A Manifesto, 2017
chapitre 2
1
L’accès et le rapport à l’espace
Les lieux de soin proposés aux femmes sont en général des centres de planification, ce qu’on appelle des CPEF (Centre de Planification et d’Éducation Familiale), les PMI (Protection Maternelle et Infantile), les maisons des femmes qui sont souvent des associations sectorisées (Montreuil, Saint-Denis, Pantin …). Certains centres hospitaliers proposent aussi des unités spécialisées comme l’hôpital Bichat ou La Pitié Salpêtrière. Néanmoins, chaque hôpital doit avoir au sein de son programme un CPEF, dans le but d’accueillir des femmes ayant besoin de soins du type IVG, mais également un soutien psychologique ou des informations sur la santé sexuelle. Lors de notre entretien, Nathalie Perrillat a plusieurs fois pointé du doigt les problématiques spatiales des différents lieux de santé génésique (relatif à la reproduction sexuée) qu’elle a côtoyés, notamment celui du CPEF de l’hôpital de Port-Royal, 75014 Paris. « C’est tout au bout d’un petit couloir, mais très excentré, il y a un petit couloir extérieur, moi je l’appelle un peu « le couloir de la honte », c’est vraiment assez représentatif de ce que ça représente dans une maternité. » Nathalie Perrillat En effet, elle pointe du doigt ici une information intéressante puisque toute la santé sexuelle des femmes est regroupée au même endroit dans l’hôpital : la maternité. Cette dénomination pose problème puisqu’une partie des patientes qui se rendent dans cet espace sont justement présentes car elles ne désirent pas encore, ou pas du tout, être mère et ont parfois une grossesse non désirée. Ce lieu est agencé à l’image des injonctions sociales et verbales de maternité qui pèsent sur les femmes. La terminologie employée influe sur la spatialité en valorisant les femmes ayant le désir d’être mère et en excluant celles qui
49
50
Photos prises par l’auteure au Centre de Santé de Belleville, 75020. En haut, les symboles Venus et Mars indiquant le centre de planification. En bas, la salle d’attente du centre de planification et les affiches de prévention.
chapitre 2
décident de ne pas l’être. Ceci renvoie au propos plus haut concernant le droit à l’avortement en France. Il est légal et toléré d’avorter mais à condition de se plier aux règles et aux normes qui rendent l’acte accessible. Nathalie Perrillat, ayant travaillé dans plusieurs centres de planification et maternité au cours de sa carrière, a pu partager avec moi plusieurs exemples - en ce sens, notre entretien fut très précieux et ce mémoire plus fourni en références spatiales. Par exemple, le centre de planification des Bluets se trouve dans un couloir entre deux services. La salle d’attente est donc composée de quelques chaises entre les bureaux qui s’enchaînent. Il y a ensuite deux blocs pour les IVG et deux chambres d’attente post-IVG. Le Centre de santé de Belleville possède une annexe au troisième et dernier étage du bâtiment. La signalétique dans le bâtiment indique à plusieurs reprises, dans les couloirs, les escaliers et l’ascenseur, le centre de planification par un pictogramme composé des symboles de Vénus et de Mars entremêlés. Ce secteur est partagé avec une section radiologie. Quelques affiches de prévention sur les IST, IVG, les violences conjugales et le harcèlement de rue sont placardées sur les murs pour se distinguer du reste du centre de santé. Mis à part ce détail, qui indique néanmoins qu’une certaine attention a été porté à l’espace, la spatialité du lieu ne propose pas d’accueil particulièrement agréable : il s’agit d’une salle d’attente sans lumière naturelle, composée de chaises bordant les murs. La porte des toilettes donne sur la salle d’attente et, juste à côté, on trouve le bureau d’enregistrement. On aperçoit donc la secrétaire en passant la porte du service : elle se trouve dans un bureau vitré, ce qui permet à lumière naturelle de pénétrer, faiblement, dans la l’entrée. Pour pouvoir accéder au Centre de santé de Belleville j’ai dû me faire passer pour une patiente : malheureusement, la gynécologue qui était censée me recevoir avait changé d’étage et n’exerçait plus dans le service du centre de planification mais à l’étage de la médecine générale.
51
52
Photos prises par l’auteure au Centre de Santé de Belleville, 75020. En haut à gauche, l’entrée du centre de santé depuis la rue. En bas à gauche, l’entrée du centre de planification. À droite, vue depuis la salle d’attente vers le bureau de la secrétaire.
53
54
Photos prises par l’auteure, salle d’attente de La Maison des Femmes
chapitre 2
La secrétaire de l’accueil me redirige, et j’ai à peine le temps de jeter un coup d’œil à la salle d’attente qu’elle m’indique déjà la sortie, comme pour me faire comprendre que je n’ai pas à rester ici - comme si ma présence dans cet espace devenait suspecte. La lumière de la salle d’attente était éteinte. Lorsque je passe devant le détecteur, celui-ci déclenche la lumière et je peux distinguer une femme qui attendait, semblant être en position introvertie, sur une chaise. Elle devait attendre sans bouger depuis un moment et la lumière automatique avait dû finir par s’éteindre. En résumé, dans cette salle d’attente, antichambre d’un acte socialement encore controversé, les patientes attendent sans lumière naturelle et avec une lumière artificielle optionnelle. La Maison des Femmes à Saint-Denis propose une approche bien différente. Il s’agit d’un bâtiment aux façades très colorées, entouré d’un petit jardin potager. On entre dans la maison par la salle d’attente. L’espace proposé n’est pas particulièrement grand mais la hauteur sous plafond et la baie vitrée permettent à l’espace d’être toujours baigné de lumière naturelle. La proposition en termes d’assise est assez large, banc, chaise, banquette, fauteuil, ce qui permet aux patientes de choisir et le dépareillement donne une sensation d’accessibilité et d’ouverture. En restant dans la salle d’attente quarante-cinq minutes, j’ai eu le temps d’observer les patientes entrer et sortir de la Maison et attendre dans cette salle. Les médecins qui passaient par la salle d’attente prenaient souvent le temps de saluer certaines patientes, sûrement lorsqu’elles les connaissaient déjà. La secrétaire à l’accueil prenait à chaque fois le temps de poser des questions, prendre des nouvelles dans certains cas et d’accueillir les femmes en leur proposant de s’asseoir pour patienter. Il y régnait une atmosphère assez sereine et bienveillante, les patientes avaient l’air d’y être à l’aise.
55
56
Photos prises par l’auteure à La Maison des Femmes. En haut, une salle d’attente. En bas, la salle de réunion.
Cette différence d’aménagement de la salle d’attente peut s’expliquer de plusieurs façons. Il est d’abord probable, voir évident, que le manque de moyen participe à la négligence de ces lieux d’accueil. Si le reste des salles d’attente du Centre de santé de Belleville se trouvent dans un état de désintérêt similaire, pourquoi le centre de planification aurait-il le droit à une faveur particulière ? Mais d’autre part, la symbolique que porte ces lieux dans l’espace public est politique. Pourtant, il paraît évident que prendre soin des patientes à toutes les étapes du parcours favorise l’expérience et renforce la sororité.
57
58
PÉTROVITCH Françoise, Deux, 2021, Huile sur toile, 130x160 cm
chapitre 2
2
Prendre soin
2.1
Le care
La notion de care part du principe simple qu’il est nécessaire de considérer les vulnérabilités de chacun.es avec comme objectif de donner (ou de rendre) l’accès à une autonomie25. Cette notion philosophique trouve sa source au sein de théories féministes autour du “travail invisible” et place le soin des autres au centre des préoccupations. L’éthique du care fait son apparition à travers les études féministes au États-Unis en 1982. La psychologue et philosophe Carol Gilligan, théorise cette recherche dans son livre, In a Different Voice26. Dans un article du Monde27 à ce sujet , il est expliqué simplement que l’éthique du care met en évidence le fait que les critères de décision morale peuvent être différents selon le genre. Face à la même situation, les hommes ont tendance à vouloir se montrer impartiaux, donnant des réponses fondées sur des principes abstraits de justice. Les femmes ont tendance à valoriser l’impact concret de leur choix, la valeur et le souci de l’autre en recherchant la meilleure solution pour préserver les relations humaines en jeu. Cette approche n’est pas essentialiste et n’est pas fondée sur des compétences assignées à la naissance. Il s’agit bien de comportements induits et construits par un système patriarcal hétérosexiste. D’après cette théorie, Joan Tronto, intellectuelle féministe américaine prolonge la réflexion dans son livre Pour une éthique du care, publié en 1993 aux États-Unis et publié en français en 2009 aux éditions La Découverte. Elle définit le care de la façon suivante : 25 ZIELINSKI Agata, L’éthique du care. Une nouvelle façon de prendre soin, Études, 2010, Tome 413, pp. 631-641 26
GILLIGAN Carol, Une voix différente, Flammarion, 2008
27 LEGROS Claire, «Le souci de l’autre, un retour de l’éthique du “care”», Le Monde, 01.05.2020.
59
“Activité caractéristique de l’espèce humaine, qui recouvre tout ce que nous faisons dans le but de maintenir, de perpétuer et de réparer notre monde, afin que nous puissions y vivre aussi bien que possible. Ce monde comprend nos corps, nos personnes et notre environnement, tout ce que nous cherchons à relier en un réseau complexe en soutien à la vie.”28
D’après Tronto cette théorie repose sur 4 principes fondamentaux : Phase 1 : Caring about ou Se soucier. Le care implique dans un premier temps de reconnaître “l’existence d’un besoin et d’évaluer la possibilité d’y approcher une réponse”.
60
Phase 2 : Taking Care of ou Se charger de. C’est-à-dire “assumer une certaine responsabilité par rapport à un besoin identifié”. Phase 3 : Care giving ou Accorder des soins. “Un travail matériel” est nécessaire et exige de venir au contact de l’objet du care. Phase 4 : Care receiving ou Recevoir des soins. Le pourvoyeur doit porter une attention à la manière dont le soin a été reçu pour savoir si le besoin a été rempli.
28 TRONTO Joan, Un Monde vulnérable. Pour une politique du care, La Découverte, 2009, p. 13 et 143.
chapitre 2
La notion de care giver, littéralement celles.eux qui apportent le soin, fait écho à celle de charge mentale, qui définit toutes les tâches du quotidien auxquelles personne n’est attentif mais qui permettent pourtant d’organiser la vie. Ces deux principes sont nécessaires pour la vie en communauté et notamment dans les lieux d’accueil et de soin. Ce “travail invisible” est pointé par le militantisme des femmes afin que les consciences s’éveillent. Il s’agit en effet principalement du “travail des femmes” de prendre soin des autres, qu’il s’agisse des enfants, des personnes âgées, ou des personnes en situation de handicap, somme toute porteurs d’une certaine vulnérabilité et dépendance. Cette inégalité face au soin et à la répartition du travail est le résultat de notre société patriarcale qui a longtemps ôté aux femmes la possibilité de s’exprimer et de prendre leur place dans l’espace public. La notion de care devrait être davantage prise en compte dans les lieux d’accueil au soin proposés aux femmes. Les femmes ont un besoin, celui d’être informées sur leur santé sexuelle et de pouvoir être maîtresses de leur corps en dépit des décisions politiques extérieures (care about). Certaines personnes, dans notre cas des médecins de tous domaines acceptent cette mission d’assurer la responsabilité de l’autre (taking care of). L’équipe de soin met à profit ses compétences pour accueillir et prendre soin de ces femmes dans le besoin (care giving). Enfin, les femmes ont accès et peuvent recevoir le soin nécessaire dans des conditions d’accueil bienveillantes et sécurisantes. Pour que la boucle de Tronto soit achevée et que le cycle recommence de façon efficace, il est préférable que les femmes fassent un retour d’expérience pour que l’accueil au soin soit évalué (care receiving). Malgré son caractère indispensable, le care ne résout pas toutes les problématiques du lieu d’accueil au soin proposé aux femmes. Avoir une ville qui prend soin, c’est accorder de l’importance à l’accès et à l’accueil au soin, mais c’est aussi mettre à disposition un lieu de sûreté et d’écoute.
61
2.2
Le safe place
“Le concept tel que nous l’avons découvert au milieu des années 2010 depuis les campus anglo-saxons désigne des espaces où les individus, souvent issus de minorités ethniques ou sexuelles, peuvent évoluer sans avoir à craindre des jugements ou des comportements considérés comme offensants. Aujourd’hui, le terme est devenu plus englobant : il permet de désigner tout discours, pratique ou comportement réconfortant ou sécurisant.”29 Célia Laborie
62
Découverts dans un premier temps sur les campus universitaires par la demande d’étudiants LGBTQIA+, ces “espaces sûrs” se sont ensuite étendus au reste de notre société30. La philosophe et sociologue Irène Pereira explique, dans l’article “Du “safe space” au “brave space”, paru le 6 mai 2021 dans le journal Le Courrier, les tenants et les aboutissants du safe place. Les penseurs conservateur ont souvent méprisé ce besoin de bienveillance, de sécurité et d’inclusivité en qualifiant les étudiants, au départ, de trop fragiles. Ce qu’omettent de préciser ces discours conservateurs c’est que nombre de personnes appartenant à des groupes socialement minoritaires s’abstiennent de certaines pratiques justement à cause de certains termes, œuvres ou thématiques considérés comme n’étant pas “safe”. C’est le cas des femmes, qui subissent notamment du harcèlement, des personnes transgenres, homosexuelles, plus généralement des personnes queer, en situation de handicap, des étudiant.es racisé.es ou issu.es de minorités religieuses … Ce que traduit ce phénomène dans notre cas, c’est également que le droit des démocraties libérales contemporaines se veut égalitaire 29 LABORIE Célia, «Repli sur soi et multiplication des « safe space » : « Beaucoup ressentent le besoin de se lover dans un lieu où se couper du monde », Le Monde, 19.02.2020. 30 ANDRILLON Laure, « Enquête sur les campus américains, la nouvelle guerre du « free speech », Libération, 18/04/2018
chapitre 2
et non discriminatoire, mais qu’en réalité la société est marquée par des discriminations sociales qui apparaissent de moins en moins acceptables pour les femmes. Ces demandes de protection montrent pourtant à quelles oppressions les minorités sont encore soumises. Ainsi à travers des lieux de soin dédiés uniquement aux femmes, les identités individuelles et de groupes (re)prennent le pouvoir, s’affirment et rendent visibles leurs combats. A travers cette analyse du safe place il est intéressant de confronter les différents lieux que j’ai pu visiter et étudier dans le cadre de mon enquête de terrain. En effet ils peuvent être classés dans deux catégories, les centres de planification au sein d’un établissement à l’accueil pluri-médical et les espaces d’accueil réservés uniquement aux femmes. Un centre de planification au sein d’un établissement pluri-médical, comme c’est le cas du Centre de santé de Belleville, possède certes un accueil propre au centre de planification, mais l’entrée dans le bâtiment et la répartition des patients aux différents étages sont mixtes. Le camouflage du centre de planification rend alors l’expérience plus anonyme, mais moins sécurisante et personnalisée. Au contraire, l’accueil fait à La Maison des Femmes m’a beaucoup frappé car il est simplement apaisant. Je pense qu’au-delà des caractéristiques spatiales qui jouent un rôle majeur dans la création d’une atmosphère réconfortante, la bienveillance du personnel est un atout égal, voire supérieur pour le bon accueil des femmes dans ces lieux.
63
3
L’accueil physique
Une des spécificités de La Maison des Femmes, que je n’ai retrouvée dans aucun autre endroit que j’ai visité, c’est la notion de non-mixité. En effet, pour des raisons évidentes d’accueil de femmes ayant vécu un traumatisme et dans le souci d’accueillir et de mettre les femmes au-dessus de leurs préoccupations, les hommes n’y sont pas acceptés. Comme me l’expliquait Léa Spiteri, en service civique à La Maison des Femmes, au cours de notre entretien “En théorie ils ne sont pas autorisés, s’il pleut on ne va pas les foutre dehors non plus”.
64
J’ai pu expérimenter cette situation lorsque je m’y suis rendue puisqu’un homme avait accompagné sa femme jusqu’à l’espace dédié au centre de planification et attendait sur une chaise devant la porte. À deux reprises, des professionnelles ont dû lui demander de sortir de l’établissement et d’attendre dehors. Cette non-mixité n’est pas inflexible pour autant, mais les intervenantes tentent de l’intégrer au maximum. Par exemple au sein des professionnel.les n’exercent que deux hommes. Un sexologue et un gynécologue “qui n’est pas souvent là”, explique Léa Spiteri. Sinon l’équipe est en grande majorité composée de femmes ce qui permet aux patientes de voir différentes manières d’être femmes, de se sentir femmes, ou pas d’ailleurs. La spécialisation de ces lieux permet donc un accueil plus approprié et adapté à la demande des femmes en termes de santé sexuelle. Les professionnelles de santé sont sélectionnées en fonction de leur engagement et, dans le cas de La Maison des Femmes, elles viennent de partout en Ile-de-France, font parfois un long trajet pour venir et repartir de la Maison ce qui garantit la fiabilité et l’importance qu’elles portent à l’entraide et au soutien.
chapitre 2
Cette notion de non-mixité est un outil d’empowerment qui prend place dans un espace-temps. Il s’agit de prendre le temps et l’espace de se retrouver avec des personnes d’un groupe dans lequel on se sent soi-même, le temps de se (re)construire, de discuter ouvertement de problématiques communes. L’entre-soi induit par la non-mixité permet de se libérer de l’oppression et de l’emprise extérieure imposées aux minorités. “La mise en place d’espaces et de temps de rencontre entre les groupes femmes, de moments de sociabilité entre femmes, ainsi que le développement d’autres activités, construisent une contre-culture féministe. On assiste en effet à la multiplication d’espaces en non-mixité qui ont pour ambition ‘d’échapper au contrôle masculin dominant’, même s’il s’agit davantage d’un regroupement ‘localisé et fluctuant (...) qui forme des poches dans le social plutôt qu’il ne constitue une véritable sécession’”31. Afin de connaître et d’adapter l’offre de soin à la demande changeante des patientes dans un lieu de soin, il est important que la structure soit adaptable, en perpétuelle évolution et reconstruction. Ainsi, l’accueil sera toujours adapté et aura moins de chance de devenir obsolète et vieux jeu. Le chemin suit son cours et la femme que nous avons suivi, de la découverte du besoin de soin à l’accueil dans le lieu, sort à présent du bâtiment. Grâce à la description des étapes de son parcours nous pouvons à présent étudier et comprendre les tensions qui font de ces lieux d’accueil au soin des femmes des lieux ambigus et difficile à définir spatialement. Comment l’inconfort de la société face à la symbolique de ces lieux participe-t-il à l’inconfort des usagères désirant faire valoir leurs droits et leur liberté à accéder à ces lieux ? 31 JACQUEMART Alban et MASCLET Camille, Mixités et non-mixités dans les mouvements féministes des années 1968 en France, Clio. Femmes, Genre, Histoire, vol. 46, no 2, 2017, pp. 221-247.
65
Chapitre 3
L’accueil comme première étape de soin
67
68
PÉTROVITCH Françoise, Aveuglée (Lucie), 2020, Huile sur toile, 240x160 cm
chapitre 3
1
La complexité de l’anonymat
La circulaire CNAM (circulaire officielle de l’Assurance Maladie) du 24 mars 2003 rassemble les modalités de prise en charge des IVG des mineures non émancipées, sans consentement parental et la préservation de leur anonymat dans les circuits d’échanges. L’avortement anonyme permet de mettre en place la mesure de confidentialité des IVG et impose la mise en œuvre d’une clause de confidentialité pour préserver l’anonymat des patientes. Le principe de l’avortement anonyme est imposé aux organismes de sécurité sociale (article D. 132-5 du Code de sécurité sociale). La circulaire précise notamment : « en tout état de cause, aucune identification de l’assurée ne doit être possible et aucun décompte ne doit être adressé à l’ouvrant droit »32. Une IVG totalement anonyme peut être réalisée pour les jeunes femmes mineures quel que soit le lieu de réalisation (à l’hôpital ou à domicile), et aucune avance de frais ne peut lui être demandée, qu’il s’agisse d’une IVG médicamenteuse (en cabinet de ville ou à l’hôpital) ou d’une IVG chirurgicale. La loi lui garantit une prise en charge totale et anonyme concernant tous les actes et toutes les consultations inhérentes à l’IVG. Cette circulaire atteste formellement qu’il existe un besoin incontestable de certaines patientes mineures à garder un anonymat total face à cette décision. Ainsi l’IVG peut rester une décision regardant uniquement la concernée. Pour les femmes majeures, l’avortement anonyme est relatif. Seules les IVG réalisées en établissement de santé pratiquant le tiers payant peuvent être réalisées de manière confidentielle.
32 Ministère de la santé et des sports, « Interruption volontaire de grossesse (IVG) », 15.09.2009
69
La loi relative à l’interruption volontaire de grossesse indique que «seule la réalisation d’une IVG dans un établissement de santé qui assure la dispense d’avance des frais permet de garantir un véritable anonymat de l’intervention »33. La notion d’anonymat est inhérente et indissociable à la pratique de l’IVG. Pourtant ce concept fait l’objet d’une grande contradiction lorsque l’on étudie les lieux dans lesquels cette pratique peut être réalisée, ce qui nous mène à nous poser la question suivante» : Les lieux de refuges pour femmes doivent-ils rester dissimulées ou faut-il tester différents modèles spatiaux pour les visibiliser et les démocratiser ?
70
En un sens, continuer à dissimuler les centres de planification au sein d’un centre de santé pluri-médical permet effectivement de garder l’anonymat et de protéger les femmes qui ont fait le choix d’une interruption volontaire de grossesse. Tous types de patients ont accès au centre, tout le monde entre par la même porte. Ainsi au cours du cheminement, les femmes sont les seules à savoir ce qui les amène dans ce lieu. Mais en parallèle, cet amalgame continue d’alimenter la gêne et le secret autour des l’avortement. En perpétuant la dissimulation de ces lieux de soins uniquement dédiés aux femmes, la population se satisfait dans son tabou. Cette invisibilisation dans l’espace public et au sein même des centres médicaux alimente le fait qu’il s’agit d’un “problème de femmes” et ne permet pas de faire avancer le débat ni d’améliorer la conception de ces lieux aujourd’hui toujours négligés. Travaillant à la fois dans des locaux pluri-médicaux et dans des bâtiments à usage des femmes, les expériences variées de Nathalie Perrillat l’ont amenée à penser que le fait de se trouver dans un lieu où se trouvent plusieurs cabinets médicaux de types différents est avantageux et offre plus d’intimité que d’autres lieux plus explicites.
33 Réseau pour favoriser la prise en charge de l’IVG et de la Contraception en région Occitanie Pyrénées Méditerranée, « Confidentialité et l’avortement anonyme », 2018.
chapitre 3
En proposant un mélange de services en plus de l’obstétrique et la gynécologie, il est beaucoup plus difficile pour les autres de déterminer quel service une femme recherche. Cela garantit un plus grand anonymat et une sécurité pour toutes les personnes concernées. Il existe également des contradictions au sein même des lieux que j’ai étudiés. L’exemple du siège du Planning Familial, rue Vivienne, 75002, en est un. L’idée ici est de dissimuler l’entrée du lieu parmi d’autres professions. Pourtant seul le Planning Familial se trouve dans l’immeuble au fond de la cour. Bien que l’anonymat soit total pour les patientes, lorsqu’elles se dirigent vers cette porte, le potentiel observateur comprend où la personne se rend, la patiente est exposée et la tactique désuète. L’hôpital de Port-Royal possède le centre de planification au fond du couloir que Nathalie Perrillat appelle “le couloir de la honte” (cf citation page 47) à cause de sa localisation ostracisée au sein de l’hôpital. Je pense ici qu’il y a une différence à faire entre rester anonyme, respecter le choix des patientes et mettre des obstacles sur le chemin de ces dernières en les obligeant à chercher le service caché dans un recoin du bâtiment34.
34 Nathalie Perrillat l’appelle aussi le “paquebot”, hyperbole qui illustre la complication du labyrinthe que doit emprunter la patiente.
71
72
Photo prise par l’auteure, vue de La Maison des Femmes depuis l’entrée, Saint-Denis (93)
chapitre 3
L’idée serait donc de proposer des lieux de soin explicitement dédiés aux femmes, visibles depuis la rue. C’est le cas par exemple de La Maison des Femmes à Saint-Denis. Il s’agit d’une initiative audacieuse simplement parce qu’il s’agit du seul établissement qui assume haut et fort son engagement auprès des femmes. Le bâtiment est construit sur l’archétype de la maison avec une charpente traditionnelle centrale autour de laquelle viennent se moduler des « boîtes » de toutes les couleurs comportant les différents éléments du programme. Cette initiative s’oppose à la politique répressive qui marginalise les problèmes des femmes. Mais la tension autour de l’anonymat persiste. En voulant régler le problème de l’invisibilisation et en essayant de briser le tabou autour de la santé sexuelle à travers une démarche active et engagée, d’une certaine manière, on impose aux femmes le risque d’être identifiées dans l’espace publique et de devoir justifier leurs démarches. L’initiative pourrait donc aller à l’encontre de la circulaire référencée au début de ce chapitre, qui indique que l’anonymat est indissociable à l’IVG. Ainsi la mise en visibilité du lieu n’est pas nécessairement contradictoire avec son anonymat. La pratique de l’avortement doit alors s’inscrire dans le mouvement plus vaste de la justice reproductive et sociale. Nous savons que le droit à l’avortement ne peut plus se permettre de rester isolé. Comme le préconisent un nombre croissant de médecins et de prestataires, l’avortement devrait être l’un des nombreux services de santé reproductive proposés. Il est donc important de questionner le camouflage de ces lieux au regard de la sécurité des femmes. En effet l’utilisation de ces espaces refuges doit parfois nécessiter une certaine intimité face à des situations d’oppressions. L’anonymat forme un obstacle à l’hypothèse selon laquelle il faudrait impérativement visibiliser ces lieux puisque les usagères s’y rendent parfois avec des contraintes plus fortes que la localisation et l’apparence du lieu.
73
74
“L’avortement est un droit, faire peur aux femmes et entraver son accès est un délit.” Communiqué du Planning Familial75, le 14 juin 2021, suite aux attaques de militant antiavortement.
chapitre 3
2
Entre intimité et sécurité
Le 14 juin 2021, une des antennes du Planning Familial a été la cible d’attaques de militant contre le droit à l’avortement. Des slogans évoquant l’avortement comme un “crime” ont été collés sur la façade. Voilà ce qui est visible depuis la rue. Ces agressions à l’encontre du centre de planification sont une entrave aux droits des femmes et à leur liberté de choix. La sécurité reste un problème pour les cliniques d’avortement car elles sont encore régulièrement la cible de vandalisme et un moyen pour les anti-choix de s’exprimer. Comme pour tout lieu public, la façade est le premier seuil. Elle comprend l’entrée principale et donne généralement sur la rue. Il s’agit de la limite physique au-delà de laquelle il ne s’agit plus de la rue, mais bien d’une transition vers un nouvel espace. A travers cette définition, il paraît logique que la façade possède un aspect symbolique fort, elle permet certes aux réfractaires de s’exprimer à travers des dégradations et des revendications mais il s’agit aussi au sens figuré, de l’instant où la femme met en action sa réflexion. Elle réalise physiquement et mentalement l’action d’aller chercher de l’aide dans ce refuge. Une fois passée le pas de la porte, premier lien avec l’espace public, la conception de l’espace intérieur de ces lieux de refuge peut aussi faire l’objet d’une réflexion sur la sécurité. Le 1er septembre 2021, au Texas, aux États-Unis, entre en vigueur une loi particulièrement restrictive sur l’avortement. La haute juridiction n’étant pas tenue de se prononcer avant l’entrée en vigueur d’une loi, le Texas est devenu l’un des États des États-Unis les plus restrictif en termes d’avortement. La législation interdit toute interruption de grossesse dès lors que les battements de cœur du fœtus sont perceptibles, soit à partir de la sixième semaine de grossesse.
75
À ce stade, beaucoup de femmes ignorent encore qu’elles sont enceintes. Selon les organisations de Planning Familial, plus de 85% des femmes avortent après six semaines de grossesse35. Cette situation n’est malheureusement qu’un exemple mais elle démontre une montée en puissance des antiavortements se traduisant par des manifestations et l’occupation de l’espace public autour du centre d’avortement pour dissuader les femmes de s’y rendre.
76
Ainsi dans certains cas de clinique d’avortement, notamment cités dans la thèse de Lori A. Brown, Contested Spaces, Abortion Clinics, Women’s Shelters and Hospitals36, ces revendications dans l’espace public influencent alors la conception de l’espace intérieur du lieu de soin. Un des exemples citait la création d’un flux spatial circulaire pour les soins dans lequel les patientes ne sortiraient pas par la même porte que celle par laquelle elles sont entrées. Il s’agit d’une mesure de sécurité modeste mais claire pour que personne dans la salle d’attente ne sache qui sortait et dans quelles circonstances. Un geste réfléchi en faveur de la vie privée, de la sécurité et de l’anonymat des patientes. Bien qu’investie dans l’effet positif que la clinique peut avoir sur ses patientes, ces décisions spatiales ont été prises en prévision de ce que le mouvement anti-choix peut ou pourrait faire. “Les anti-choix dictent une grande partie de ce que nous faisons en termes de conception de notre bâtiment ...”37
35 Le Monde avec AFP, « Au Texas, une loi restrictive en matière d’avortement entre en vigueur », 01.10.2021. 36 A. BROWN Lori, Contested Spaces, Abortion Clinics, Women’s Shelters and Hospitals, Ashgate e-Books, 2013, p.149 37 A. BROWN Lori, Contested Spaces, Abortion Clinics, Women’s Shelters and Hospitals, Ashgate e-Books, 2013, p.149
chapitre 3
Cette organisation spatiale circulaire avait aussi été décrite par Nathalie Perrillat au cours de notre entretien. Elle faisait référence à la maternité de Montreuil dans laquelle a été créé un parcours de soin en consultation intelligent. Tous les cabinets nécessaires à cette unité (sage-femme, assistant.e social.e, diététicien.ne, psychologue …) ont été concentrés autour d’un espace central de jeux dédié aux enfants et la possibilité que ces dernier.ères soit gardé le temps des consultations. Cet espace central et circulaire permet de créer un “entre-soi” réconfortant et de donner ce sentiment d’apaisement, de soutien et de sécurité. “C’est un petit espace cocooning ... le parcours de la patiente a été très bien pensé, quelque chose de rassemblé, pour ne pas envoyer la dame aux quatre coins de l’hôpital, parce que quand tu es dans ce genre de situation tu n’as pas envie d’être trimballé à droite à gauche.” Nathalie Perrillat Plus le lieu est dissimulé, plus il y a de sécurité, moins il y a de soutien. Dans un lieu comme le Centre de santé de Belleville, fondu dans la masse, les patient.es ne bénéficient pas de traitement de faveur particulier, chacun.es ne se mêle que de ce qui le.la concerne, l’individualité prime et la sororité est entravée. À l’inverse, on retrouve un suivi particulier à La Maison des Femmes avec un accueil chaleureux et des secrétaires conscientes en amont que les femmes qui pénètrent les lieux sont ici pour l’unité du planning familial, des victimes de violences ou ayant subi des mutilations sexuelles (référence aux trois unités constitutives de LMDF). L’accueil est alors plus spécifique, garantit un suivi, un soutien et une sécurité. Cette sécurité est aussi assurée par la non-mixité des entrantes. Les hommes, parfois à l’origine des maux qui emmènent les femmes à pratiquer ces lieux de santé sexuelle, ne sont pas acceptés au sein de l’établissement et une atmosphère sereine, bienveillante et confortable est assurée.
77
Si les normes sociales évoluaient vers la rupture des tabous autour de la sexualité et que les informations claires et véridiques circulaient avec plus d’aisance, le besoin de sécurité serait probablement moins nécessaire. L’accès à l’IVG pose donc le problème du besoin d’anonymat et d’intimité pour garantir une sécurité. Étant donné que les lieux qui y sont dédiés engagent le conflit dû à leur existence, ils sont obligés de rester en marge et de préserver leur invisibilité. Certes, le schéma des centres de planification au cœur d’un programme pluri-médical semble le plus adapté et le plus confortable d’un point de vue conformiste. Mais ce n’est qu’à force de faire émerger des nouveaux lieux de santé sexuelle dédiés aux femmes, visibles, assumés et puissants que le système aura la possibilité d’évoluer. Je répète, ce n’est pas aux femmes de s’adapter à la ville, mais à la ville de s’adapter aux femmes. 78
79
80
Photos de la Cité Audacieuse, 75006, Paris
chapitre 3
3
La culture comme transition
Étriqués entre l’anonymat, la sécurité et l’invisibilisation, les lieux de soins dédiés aux femmes font face à une impasse. Pour qu’un futur lieu réponde aux problématiques exposées dans ce mémoire, il faut réfléchir à une liaison entre ouverture et intimité. Une transition plus douce avec la rue pourrait être envisagée pour éviter les attroupements rebelles devant la façade ou l’exposition des femmes aux agressions lorsqu’elles pénètrent dans des lieux de soins de santé sexuelle. “L’espace tampon”, terme souvent utilisé dans le vocabulaire de l’architecte, désigne l’espace faisant soit office de barrière entre l’intérieur et l’extérieur, soit permettant de tirer parti de l’environnement. À travers cette idée de transition douce, l’espace tampon entre la rue et le lieu de soin pourrait être une solution intéressante pour éviter l’entrée directe et créer un effet filtrant les entrant.es. Il pourrait être un premier espace culturel, de divertissement, accueillant tout type de personnes intéressé.es par les expositions proposées autour d’un sujet féministe et attrayant. Une fois à l’intérieur le cheminement pourrait soit s’arrêter pour les simples visiteur.euses, soit se poursuivre vers le lieu de soin, situé au-delà du lieu culturel d’exposition. Pour imager mon propos, cette initiative existe déjà à la Cité Audacieuse, 75006. Il s’agit d’un espace public avec au rez-de-chaussée, un café et une programmation culturelle dédiée au rayonnement des droits des femmes, la participation à des ateliers, conférences et un studio d’enregistrement pour des podcasts engagés dans la cause féministe. À l’étage, toute la conception de l’espace est dédiée à l’accueil d’associations résidentes dans des bureaux et les jeunes pousses associatives dans les espaces et locaux de travail partagé. Au total, une cinquantaine de structures s’attellent tous les jours à faire progresser les droits des femmes.
81
En effet, il ne s’agit pas ici d’un programme de soin mais la notion d’espace tampon profite au lieu. Les passants sont attirés par la programmation du rez-de-chaussée et une fois à l’intérieur l’information est reliée, la prévention est au cœur de l’initiative. Au cours de l’entretien mené avec Nathalie Perrillat, nous avions conclu que la prévention était la clef d’une meilleure connaissance de son corps, de ses limites, du respect de l’autre. Le problème c’est qu’elle n’intéresse pas les pouvoirs publics parce qu’elle n’est pas palpable, ce n’est pas comme un acte à l’hôpital, facturé et codifié. La prévention ne rapporte en effet pas d’argent mais permet de réduire le nombre de situations non désirées.
82
« Mon travail en PMI m’a ouvert les yeux, la prévention c’est magique. Même avec rien, juste avec toi, ta communication avec la patiente, c’est passionnant. Malheureusement en France on y est pas du tout, en tout cas à l’hôpital, on a besoin de faire d’ énormes progrès.” Nathalie Perrillat Cette conception du lieu lié dans un premier temps à la culture permettrait d’avoir, accessible depuis la rue, une véritable porte d’entrée pour découvrir le programme culturel et inclusif. C’est une manière de créer de la visibilité sans “crier au soin”, c’est aussi une façon pour les potentielles patientes de rendre ce moment plus chaleureux et plus ouvert. Sur le cheminement d’une femme en quête de soin, le divertissement et l’évasion est aussi une option. Ce lieu pourrait permettre la rencontre, l’écoute, l’entraide, la solidarité. Un accueil pourrait être inséré dans cet espace tampon pour rediriger les rendez-vous médicaux, la salle d’attente, située dans l’espace d’exposition, pourrait enfin devenir un lieu de découverte et de profusion et s’émanciper de la petite pièce angoissante, sans lumière, avec des chaises au pied du mur. Cet accueil permettrait une entrée plus privative pour le lieu de soin,
chapitre 3
à l’inverse de l’entrée dans l’espace culturel qui accueille un plus grand nombre de personnes pour permettre une certaine popularité. Pour que ce lieu puisse rester un safe place il ne faut pas évincer la notion de mixité, ou non. Il serait intéressant de penser à une semi-mixité, ou mixité partielle, c’est-à-dire que certains espaces préalablement définis, certaines salles de réunion, d’attente, de consultation, serait en non-mixité et accueillerait uniquement les femmes pour garantir ce sentiment de sororité. Comme précisé au début de ce récit, la rue n’est pas encore le lieu de l’égalité et peut engager l’exclusion. En relation directe avec la rue, un centre culturel féministe pourrait se développer sur le trottoir, la rue, les alentours pour inverser la tendance à sa stigmatisation. Ce n’est plus l’extérieur qui influence l’intérieur mais bien l’intérieur qui gagne de l’espace, et diffuse une onde positive vers l’extérieur.
83
Conclusion
Des décisions privées gouvernées par la puissance publique
85
Relever les problèmes c’est aussi porter sa pierre à l’édifice d’un combat, celui du féminisme inclusif, de l’éducation sexuelle et la liberté de chacune à disposer de son corps.
86
Si l’on considère les espaces qui sont intrinsèquement contestés et politisés, les cliniques d’avortement semblent être un choix évident. L’interrelation des cliniques avec l’espace public est sensée garantir à chacune le droit à la liberté d’expression et de réunion, notions constitutives à l’invocation au droit à l’avortement. Cette relation offre une plateforme intéressante pour réfléchir aux relations complexes entre l’espace, le corps de la femme, les différents degrés de contrôle de notre société et le terrain en constante évolution de l’accès aux soins de santé des femmes. La conception spatiale possède des potentiels dans la transformation des relations et les moyens de repenser radicalement le rapport aux lieux de soin réservés aux femmes pour provoquer le changement. En se concentrant sur un espace qui est si fortement politisé et contesté, cette recherche fait précisément le contraire, elle reconnaît les failles et tente de les analyser. En tant que future architecte, il est nécessaire de chercher des nouvelles ouvertures et possibilités pour réinsérer l’architecture dans des lieux ignorés par la discipline. Être en marge offre ici un moyen d’exercer une pression pour améliorer les ressources à la disposition des femmes. Les distinctions créées par bon nombre de décisions politiquement spatiales s’appuient sur la problématique de la division sexuée de l’espace public et privé. Ancré dans le discours populaire et les pratiques spatiales, cette opposition est utilisée pour légitimer l’oppression, réglementer et exclure la sexualité du contrôle des femmes et préserver les structures traditionnelles du pouvoir patriarcal et hétérocentré. Ainsi, en évinçant les relations de cause à effet entre l’espace et l’invisibilisation des lieux de santé dédiés aux femmes, il plus facile de poursuivre la conception d’un lieu. Mais c’est ainsi que l’architecte accepte de nourrir les normes conformistes qui réduisent nos champs de décision.
conclusion
La symbolique derrière la localisation des lieux dédiés aux femmes et le questionnement sur l’invisibilisation de ces espaces dans la ville font l’objet de débats. À travers les différents modèles spatiaux que nous avons étudiés, il paraît simple de dire que moins ils sont dissimulés plus la norme légitimant leur existence pourra se diffuser. Mais la nécessité de garantie de l’anonymat et l’intimité des patientes fait obstacle à une possible solution miracle. Si le pouvoir s’exerce sur les femmes dans le cadre d’un système économique, social et politique, alors la santé des femmes est indéniablement politique. Les lieux traduisant physiquement l’importance de ces combats, au premier rang desquels celui du droit à l’avortement, sont par conséquent politique.
87
« Le symbole de l’enfermement devient celui de la construction de l’identité, l’intime devient politique, l’espace privé devient un espace public, le corps se transforme en architecture. » MORINEAU Camille et PESAPANE Lucia (2017), Women House, La Monnaie de Paris et Manuella Editions, Paris
88
Remerciements
Je tiens à remercier Nadine Roudil, mon encadrante de mémoire, qui a perçu dès le départ le potentiel de ce sujet. Elle m’a soutenue avec beaucoup d’enthousiasme tout au long de mon travail. Je remercie particulièrement Pénélope Castaigne pour les heures de réflexions sur le sujet, pour ses lectures, ses idées, ses arguments et son implication. Un grand merci à Honorine Vieuxmaire pour nos discussions, ses relectures et ses remarques toujours pertinentes. Merci à Nathalie Perrillat pour son engagement. Notre entretien passionnant a su me motiver et me faire comprendre toute la valeur de ce sujet. J’aimerais enfin remercier toutes ces femmes qui m’entourent, que j’ai rencontrées et avec qui j’ai discuté. Elles m’ont inspirée pour l’écriture de ce mémoire. Ma reconnaissance va à celles qui s’engagent au quotidien dans toutes les luttes féministes. Vous êtes un exemple.
Audrey
89
Bibliographie Livres BASTIDE Lauren, Présentes, ville, médias, politique … Quelle place pour les femmes ?, Allary Éditions, Paris, 2020 BEAUD Stéphane, WEBER Florence, Guide de l’enquête de terrain, La Découverte, Paris, 2010 BUTLER Judith, Trouble dans le genre. Le féminisme et la subversion de l’identité (1990), La Découverte, 2006 CHOLLET Mona, Chez Soi. Une odyssée de l’espace domestique, Éditions Zones, Paris, 2015 90
DENÈFLE Sylvette, Utopies féministes et expérimentations urbaines, Presses universitaires de Rennes, 2008 DOVEY Kim, Framing Places. Mediating Power in Built Form, Routledge, London an New-York, 1999 ERNAUX Annie, L’événement, Gallimard, Paris, 2001 FROIDEVAUX-METTERIE Camille, Le corps des femmes. La bataille de l’intime, Edition Points, Paris, 2021 GILLIGAN Carol, Une voix différente, Flammarion, 2018 JACQUEMART Alban et MASCLET Camille, Mixités et non-mixités dans les mouvements féministes des années 1968 en France, Clio. Femmes, Genre, Histoire, vol. 46, no 2, 2017
MORINEAU Camille, PESAPANE Lucia, Women House, La monnaie de Paris et Manuella Éditions, Paris, 2017 RAIBAUD Yves, La ville faite par et pour les hommes, Éditions Belin, Paris, 2015 TRONTO Joan, Un Monde vulnérable. Pour une politique du care, La Découverte, 2009 WITTIG Monique, La pensée straight, Éditions Amsterdam, 2018 ZIELINSKI Agata, L’éthique du care. Une nouvelle façon de prendre soin, Études, 2010 Mémoires et publications A. BROWN Lori, Contested Spaces, Abortion Clinics, Women’s Shelters and Hospitals, Ashgate e-Books, Surrey (Angleterre), 2013 MANISSAJIAN Laure, La construction de la femme architecte dans un environnement d’hommes, Mémoire Paris Val de Seine, 2021 KERVELLA Camille, Sex in the City, publication atelier de recherche en architecture, Université catholique de Louvain, 2020 Articles ANDRILLON Laure, « Enquête sur les campus américains, la nouvelle guerre du « free speech », Libération, 18/04/2018 AFP avec Le Monde, « Au Texas, une loi restrictive en matière d’avortement entre en vigueur », 01.10.2021. AFP avec Le Monde, «Un nouveau manifeste des 343 réclame l’allongement des délais de recours à l’IVG», 04/04/2021
91
ALOUTI Feriel, «Mieux acceuillir les femmes dans l’espace public : le casse-tête des urbanistes et des chercheurs», Le Monde, 27/06/2017 CORDIER Solène, «Le bilan de la lutte contre les violences faites aux femmes du quinquennat Macron, vu par les associations», Le Monde, 25/11/2021 CROQUET Pauline, «#MeToo, de phénomène viral au « mouvement social féminin du XXIème siècle », Le Monde, 14/10/2018 DIAZ Pauline, «Allongement des délais d’IVG en France : « Mettons fin à une violence sexiste qui ne dit pas son nom », Le Monde, 02/12/2021 DENÈFLE Sylvette, «Femmes et Villes», Presses universitaires François-Rabelais, 2004 DONZEL Marie, «C’est quoi la sororité», Eve, le blog, 12/11/2018 92
EVITTS DICKSON Elizabeth, « The Architecture of abortion : how providers build their own buffer zones », Fast Company, 03/07/2014 GALLIGAN Shea, «Private Choices, Public Spaces», Exhibition Review, Architexx.org, 05/04/2015 LABORIE Célia, «Repli sur soi et multiplication des « safe space » : « Beaucoup ressentent le besoin de se lover dans un lieu où se couper du monde », Le Monde, 05/05/2021 LEGROS Claire, «Le souci de l’autre, un retour de l’éthique du «care», Le Monde, 01/05/2020 MALINGRE Virginie, «Roberta Metsola, une Maltaise antiavortement, prend la présidence du Parlement européen», Le Monde, 18/01/2022 MOTET LAURE et LAURENT Samuel, « Ivg.net, sosbebe.org, ecou-
teivg.org... Les sites « faux nez » des anti-IVG », Le Monde, 21/03/2017 LAPALUD Pascale, « Femmes dans l’espace public », Conseil économique social et environnemental, 27/11/2019 PEREIRA Irène, « Du «safe space» au «brave space», Le Courrier, 06/05/2021 VALLET-ARMELLINO Marion, «Le sujet en lieu sûr», Nouvelle revue de psychologie, 2017, n°24, pp. 67-79 Émissions BASTIDE Lauren, La Poudre, épisode 74 avec Alice Coffin, Nouvelles Écoutes, 2020 BASTIDE Lauren, La Poudre, épisode 79, avec Paul B. Preciado, Nouvelles Écoutes, 2020 BASTIDE Lauren, La Poudre, épisode 90, avec Judith Butler, Nouvelles Écoutes, 2020 BASTIDE Lauren, La Poudre, épisode Sorcières #1, avec Mona Chollet, Nouvelles Écoutes, 2020 BASTIDE Lauren, La Poudre, épisode 93, avec Victoire Tuaillon, Nouvelles Écoutes, 2020 BASTIDE Lauren, Présent.e.s, épisode 5, avec BLACHE Chris et LAPALUD Pascale, Soundcloud au Carreau du Temps, février 2019 DELORME Florian, « Genre : les arènes de l’inégalité », épisode 4, avec BLACHE Chris, LOUARGANT Sophie et TILLOUS Marion, France Culture, 2020 FEYTIT Élisabeth, Méta de choc, épisode 20, «Séxualité, un mon de
93
croyance», avec Marianne Niosi, 2021 TUAILLON VICTOIRE, Les couilles sur la table, « Des villes viriles », épisode 25, Binge Audio, septembre 2017 Film DIWAN Audrey (réalisatrice), L’événement, Rectangle Productions, 2021, 100 minutes
94
95
Annexes Grille d’entretiens de Nathalie Perrillat, sage femme. Durée de l’entretien : 108 minutes. Questions de contextualisation :
96
- Est-ce que vous pouvez vous présenter ? Votre parcours, vos études … - Pouvez-vous me parler de votre poste actuel ? Et du poste que vous aviez lorsque vous travailliez au Planning Familial ? - Est-ce que vous pourriez me décrire avec vos mots en quoi consiste l’action du Planning Familial ? - Comment avez-vous connu le Planning Familial/Cité des femmes et qu’est-ce qui vous a motivé à devenir bénévole ? Est-ce que vous savez quand a été créée l’antenne dans laquelle vous avez travaillé ? - Est-ce que vous aviez décidé de travailler à celui de la goutte d’or particulièrement ou avez-vous été assigné ? - En quoi consistait votre travail ? Racontez-moi une journée type par exemple. - Combien de consultations aviez-vous en moyenne par jour ? - Quel était le type de population que vous rencontriez en consultation ? (Âge, nationalité, profession …), aussi qu’est-ce qui motive les personnes à vous contacter ? - Pourquoi avez-vous décidé de quitter l’association ? - Entretenez-vous toujours des liens avec le PF ? - Est-ce qu’il arrivait que vous ailliezde contraintes liées à des subventions insuffisantes ? (Entretien des locaux,achat de matériel, effectif au sein du centre …) - Dans le même registre, est-ce que vous savez qui sont les financeurs du planning familial ? (Qu’est-ce qui fait que cette association persiste à ce point malgré les clivages)
Questions de conception : - Qu’est-ce que vous pensez de l’offre de soin proposé aux femmes par le PF ? Plus généralement de l’offre de soin proposée aux femmes à Paris/France. - Qu’est ce qui est selon vous prioritaire en termes de soin proposé aux femmes ? (Ou autre) - Que pensez-vous de la façon dont l’espace est conçu au PF ? - Est-ce que pour vous l’accueil et l’environnement sont importants dans ce type de lieu ? Et que pensez-vous de l’accueil dans le PF dans lequel vous travaillez ? - Ce que vous considérez comme étant les grandes déficiences dans l’accueil des femmes à Paris ? (Fond, manque de place, structure adapté, travailleurs sociales adaptés) - Dans votre travail quotidien qu’est-ce que vous constatez comme lacune au niveau de l’information et de l’éducation sexuelle ? (Manque de connaissance de son corps, connaissance des moyens de contraceptions, les options qui s’offrent à elles …). - Si vous n’aviez pas de contraintes financières ou d’espace, à quoi ressemblerait votre structure ? Accueil, espace, salarié, effectif … - Est-ce que vous auriez peut-être des contacts à me partager avec des personnes que je pourrais interviewer à ce sujet ?
97
Grille d’entretiens de Léa Spiteri, service civique à La Maison des Femmes. Durée de l’entretien : 38 minutes. Questions de contextualisation :
98
- Est-ce que vous pouvez vous présenter ? Votre parcours, vos études … - Pouvez-vous me parler de votre poste actuel ? - Est-ce que vous pourriez me décrire avec vos mots en quoi consiste l’action de LMDF ? - Comment avez-vous connu LMDF et qu’est-ce qui vous a motivé à devenir bénévole/salariée ? - Est-ce que vous avez des liens avec Isabelle Chebat, fondatrice de la maison ? - Est-ce que vous vouliez travailler particulièrement à LMDF ou vous aviez postulé à des endroits différents ? - En quoi consiste votre travail ? Racontez-moi une journée type par exemple. - Combien de consultations aviez-vous en moyenne par jour ? - Quel était le type de population que vous rencontriez en consultation/ LMDF ? (Âge, nationalité, profession …) - Aussi qu’est-ce qui motive les personnes à vous contacter ? - Est-ce qu’il arrivait que vous ailliezde contraintes liées à des subventions insuffisantes ? (Entretien des locaux,achat de matériel, effectif au sein du centre …) - Dans le même registre, est-ce que vous savez qui sont les financeurs de LMDF ?
Questions de conception : - Qu’est-ce que vous pensez de l’offre desoin proposé aux femmes a LMDF ? Plus généralement de l’offre de soin proposéeaux femmes à Paris/France. - Qu’est ce qui est selon vous prioritaire en termes de soin proposé aux femmes ? (Ou autre) - Que pensez-vous de la façon dont l’espace est conçu au à LMDF ? - Est-ce que pour vous l’accueil et l’environnement sont importants dans ce type de lieu ? Et que pensez-vous de l’accueil à LMDF ? - Qu’est-ce que vous considérez comme étant les grandes déficiences dans l’accueil des femmes à Paris ? (Fond, manque de place, structure adapté, travailleurs sociales adaptés) - Dans votre travail quotidien qu’est-ce que vous constatez comme lacune au niveau de l’information et de l’éducation sexuelle ? (Manque de connaissance de son corps, connaissance des moyens de contraceptions, les options qui s’offrent à elles …). - Si vous n’aviez pas de contraintes financières ou d’espace, à quoi ressemblerait votre structure ? Accueil, espace, salarié, effectif …
99
Résumé
100
Comment l’organisation de l’espace public contribue-t-elle à la l’invisibilisation des lieux de soins dédiés aux femmes ? Comment la conception de ces espaces peut-elle se mettre au service des femmes et répondre à leur spécificité ? Il s’agit de réfléchir aux liaisons complexes entre l’espace, le corps des femmes, les différents degrés de contrôle de notre société et le terrain en constante évolution de l’accès aux soins de santé des femmes. En se concentrant sur un espace politisé et contesté, cette recherche reconnait ses failles et tente de les analyser. Il est nécessaire de chercher des nouvelles ouvertures et possibilités pour réinsérer ces lieux ignorés par la l’architecture.