TPFE Paysagiste DPLG / Souffle portuaire, Cotonou, Bénin ( ENSP-Versailles )

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Lignes d’eau Lignes d’ombre Lignes de sable

De l’évolution du rapport des béninois à leur littoral portuaire

Travail de fin d’études par Audrey Atchadé Encadrée par Nicolas Gilsoul et Romarick Atoké

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Ă€ mes parents

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«

- Et dans 200 ans ? - C’est dur d’imaginer aussi loin, 25 ? - Non, dans 200 ans que devient Cotonou ? - Si l’on ne fait rien, sûrement disparue » Entretien avec Monsieur Médard, chargé du ministère du changement climatique, novembre 2015.

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Avant-propos Dans un contexte de montée des eaux et des températures à l’échelle mondiale quel sera le devenir d’une ville africaine déjà soumise à des températures importantes. Quel devenir pour le Bénin et sa ville portuaire, Cotonou, qui chaque année se dissout peu à peu rongée par l’eau et brûlée par le soleil ? Ce projet représente la découverte d’un pays, d’une culture, d’une nouvelle relation à la ville. Pour comprendre cette ville, il faut en avoir les clefs. Avec un regard étranger certaines choses nous échappent. Alors, les rencontres offrent la nuance aux propos, ce «décalage» culturel nous permet aussi de constituer des hypothèses et d’apercevoir certains paradoxes. Toutefois, il faut savoir attendre, comprendre et voir ce que le site a à nous apprendre. Ce projet personnel de fin d’étude a été pour moi l’occasion de me laisser surprendre par l’inconnu au travers d’un pays et d’une culture qui m’était étrangère et de chercher à penser la composition de la ville autrement, pour d’autres usages, d’autres envies.

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Sommaire Sommaire

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Avant-propos

p.5

Ailleurs

p.11-49

1. Cet ailleurs L’Afrique de l’ouest à l’échelle de la planète A l’échelle du Bénin 2. Brève Béninoise 3. Fantasmes

Rencontre(s)

p.51-111

1. A l’échelle de Cotonou Promenade en « zem » 2. Les bruits du Port Cotonou dans la guerre des ports Identité portuaire 3. Les hommes de l’eau La pêche artisanale maritime Bidonville ou les oubliés de la ville. Le Port de pêche étriqué dans le PAC ( Port autonome de Cotonou) Pirogues, l’eau comme sol 4. Lignes en mouvement Un socle malléable

Horizons

p.113-181

1. Les lignes d’eau Les enjeux à l’échelle de l’arrière pays Les enjeux à l’échelle du Golfe de Guinée Cotonou, archipel 2. Les lignes d’ombre Inciter à s’approcher du littoral Favoriser la marche en ville. L’ombre, indice du temps. Temporalités solaires 3. Les lignes de sable Chimères portuaires Force et fragilité 4. Superposer les lignes

Conclusion Remerciements Bibliographie

p.182-183 p.184-187 p.188-189

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Ailleurs première partie

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Ailleurs Ailleurs du latin populaire : aliore, abr de in aliore loco, dans un autre lieu de celui où on est. Qu’est-ce que l’ailleurs ? Pourrait-on situer l’ailleurs, l’atteindre ? L’ailleurs peut-il se définir par un lieu ? Bien souvent, on qualifie par « ailleurs » quelquechose étant loin de soi. Ainsi, cela peut évoquer la notion de distance. Mon ailleurs est à 6h de vol de Paris. Encore, l’ailleurs peut être perçu comme une fabrication à partir de références collectives, entre désirs et répulsion. L’ailleurs cet objet invisible et inaccessible. Ainsi, l’ailleurs peut être un mythe, une légende. L’ailleurs peut aussi désigner un lieu où il est difficile voire impossible de se situer. Mon ailleurs n’a pas de nom de rue mais des numéros. L’ailleurs, peut être cet

entre deux de frictions, le lieu de la confrontation, de frottements culturels, idéologiques. Ces confrontations peuvent être très violentes ou appeler l’échange. L’ailleurs, ou le décalage permanent permettant une richesse. Mon ailleurs m’a fait voir les usages de la ville autrement., il m’a fait apprécier le détournement des espaces publics et la grande complexité de leurs fonctionnement. Biensûr, il y a une difficulté signifiante à se confronter à un pays dont la culture nous est inconnue, pour concevoir un projet. Il faut tenter d’y aller avec une certaine délicatesse. Non pas nécessairement dans le geste mais dans l’attitude tout en se demandant en continue si cela a un sens « ici » et si cela a bien une raisonnance singulière simplement « ici».

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Niger

Mali Togo

NigĂŠria

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1. Cet ailleurs les importations et exportations portuaires pour les pays de l’hinterland, ces pays enclavés n’ayant pas d’accès à l’océan. Mais cette situation géographique offre au Bénin de nombreux bouleversements climatiques. Ainsi, l’Ancien Dahomey est à l’échelle du globe, soumis à une chaleur élevée, à des vents conséquents et à un mouvement océanique fort nommé la «barre». Pourquoi le Bénin ? Tout d’abord car ce pays m’a toujours fascinée, mes parents m’en parlant souvent . Mais surtout car aujourd’hui en tant que paysagiste j’ai envie d’aller porter un regard sur ce pays d’Afrique de l’ouest. Requestionner la ville au travers d’autres regards, d’une autre culture. L’Afrique est un continent en plein essor, les mégalopoles se développent extrêmement rapidement et dans la précipitation. Travailler

Un jour, où l’on demandait à l’ensemble de ma promotion qui souhaitait travailler à l’étranger une vingtaine de mains se levèrent. Puis lorsque la question se répéta au sujet des pays non européens et plus précisément les pays du sud nous n’étions plus que deux à encore lever la main. Y a-t-il un étranger plus ou moins lointain ? Une frontière singulière ? Quel est cet ailleurs qui effraie ? Mon ailleurs est un petit pays d’Afrique noire. C’est le Bénin. Le Bénin a une forme très allongée allant de l’Océan Atlantique en remontant en direction du Sahara. Situé dans le Golfe de Guinée, il a pour voisins le Nigéria et le Togo en terme de pays littoraux mais aussi le Mali et le Niger dans l’arrière pays. Ce positionnement lui offre une place stratégique en terme d’échanges internationaux et notamment en ce qui concerne 15


sur la ville portuaire de Cotonou au Bénin est pour moi une façon de me questionner sur les enjeux futurs des villes. L’Afrique est un continent en plein développement qui entreprend de plus en plus. Les Villes africaines sont en pleine mutation. Lorsque en 1950 il n’y avait aucune mégalopole de plus de un millions de personnes en Afrique, nous sommes aujourd’hui à 54 mégalopoles. Il est envisagé que l’Afrique atteigne 102 mégalopole en 2030. En Afrique, l’urbanisation est le résultat de stratégies de survie économique. Les gens viennent en ville pour tenter de sortir de la pauvreté. De plus, des carences en terme de politique foncière et d’urbanisme, le manque d’infrastructures publiques etc ajoute à la complexité de ces transformations urbaines. Ainsi, il est selon moi, aujourd’hui alors inconcevable de se questionner sur le développement des villes futures sans se tourner vers le continent africain. Bien souvent, la conception occidentale est prise en modèle pour l’urbanisation des villes africaines alors que les

problématiques et les enjeux de ces dernières sont totalement différentes. Le climat, la culture , les usages butent alors sur des espaces qui ne leur conviennent pas. Les villes africaines devraient alors se tourner vers leurs ressources et leur histoire afin de concevoir des villes durables et en accord avec leur patrimoine et leur potentialités. Ainsi, lors de ce TPFE, je souhaite me confronter à cette réalité qui est de faire un projet pour un pays qui nous est étranger et ayant sa culture propre. Mais aussi de concevoir avec d’autres outils. Faire avec des carences en terme d’informations, dessiner le projet autrement. Quelle démarche mettre en place ? Je recherche alors un levier, un point d’ancrage qui me permettrait de comprendre la culture de ce pays afin de concevoir un projet durable et viable pour sa population et ainsi offrir des bases permettant un développement en conséquence. «L’objectif est d’ avoir des villes socialement inclusives, économiquement productives et saines sur le plan environnemental.» Alioune Badiane, directeur des programmes de l’ONU-Habitat.

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Exode rural LA VILLE COMME SURVIE

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3 1950

54 1960

2013

104 2030

Mégalopoles de + de 1million d’habitants !

EXPLOSION URBAINE ! En 2050

1/4 sera africaine !

2013 2050

COTONOU

COULOIRS URBAINS.

LAGOS

LAGOS À 2H30 DE COTONOU !

LAGOS : 9,4 Millions hab. 22ème ville la plus grande au monde ! Source chiffres et diagrammes : Le Monde- Afrique l’envol

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zone du franc CFA

LE GOLFE DE GUINÉE en pleine évolution !

Croissance annuelle du PIB entre 2010 et 2013, en % + 9 à +12 +6 à+9 + 3 à +6 0 à +3 - 10,6 à 0 PIB en 2013 en milliards de dollars 522 200 100 25

Source chiffres et diagrammes : Le Monde- Afrique l’envol

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L’ Afrique de l’ouest à l’échelle de la

planète

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froid

chaud

Source carte : carte intéractive Earth

Un des climats les plus chauds de la planète. Le Bénin est un pays où les températures sont élevées toute l’année. Le climat est tropical, chaud et humide avec quelques nuances liées à la latitude ou au relief. Au Bénin le temps est clément, il fera entre 23°C et 30°C d’une saison à une autre. Il tombe entre 900 et 1 300 millimètres d’eau par an. Les maximums des précipitations sont au sud (climat équatorial), de la mi-mars à la mi-juillet, et plus faiblement en novembre et décembre. La mousson, océanique et chargée d’humidité, souffle d’avril à novembre. Le taux d’humidité demeure toujours important et se situe entre 65% et 95%, apportant au Bénin un

potentiel agricole fort. Ainsi, on nomme bien souvent le sud du pays « l’Afrique des paniers» car ayant un climat équatorial favorable à l’agriculture, rien ne sert d’entreposer, il suffit juste de « porter ». Lorsque l’on rentre au Bénin, on ressent cette chaleur humide, pesante, propre aux pays aux climats équatoriaux Ainsi, Cotonou, se situe dans un périmètre à tendance très humide où la pluviométrie est la plus importante du pays. Les composantes chaleur et eau auront donc un rôle important au sein de ce site.

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Un territoire entre vents et courants nommé « la barre». La barre à toujours constitué l’un des problèmes majeurs pour le développement de Cotonou en tant que ville portuaire. Avant la création du wharf, qui fut la première avancée sur l’eau permettant l’amarrage des bateaux, ce sont des piroguiers d’une tribu de pêcheurs qui devaient passer ces vagues afin de décharger les navires. Ce travail était très dangereux et pénible, on retrouve de nombreuses gravures où les piroguiers sont représentés apeurés, poursuivis par un requin-tout un imaginaire étant véhiculé par les flots. Il a donc toujours fallu dompter l’eau pour y naviguer.

Le Bénin subit l’arrivée de l’harmattan de novembre à mai. Celui ci dépose sur son territoire une poussière ocre. L’harmattan est un vent continental chaud et sec, provenant du Sahel, qui souffle dans le sens inverse de la Mousson africaine, positionnant ainsi le Bénin au centre d’un bouleversement climatique fort.Ce vent continental assèche l’air durant six mois puis viennent brusquement les grandes pluies de la mousson. En ce qui concerne les courants maritimes, le Bénin est réputé pour la force de ses vagues venant se briser sur son littoral, ce mouvement de vagues est

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Le passage des rouleaux de la barre, 1er, 2nd et 3ème rouleaux Source : archives, Port autonome de Cotonou

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À l’échelle du

Bénin

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670km

325km

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Un petit pays ? 112 622 km2 10 323 000 béninois 88,64hab. /km2

40 dialectes

Monnaie : franc C.F.A. République Cotonou

Porto-Novo (capitale historique)

(capitale économique)

Paris

640 679 km²

66 030 000 habitants 112 hab. / km2

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Chaîne de l’Atacora Sagbarao

Plateaux

Plateau de terre de barre Plaîne côtière inondable

Zone margilo littorale et plaine inondable Sol sableux ( jaune, gris, brun)

Cotonou

Carte redessinée par l’auteur / source : site internet ginkgomaps Texte / source : Le Bénin , de Kolawolé Sikirou ADAM et Michel BOKO Larousse encéclopédie

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Planitude au Sud, la place de l’eau Étiré sur 670 km entre le 6e et le 12e degré de latitude nord, le Bénin se présente comme une étroite bande de terre s’élargissant légèrement au nord. Le relief du Bénin ne présente pas de grandes dénivellations. L’ensemble du Bénin est constitué par quatre formes principales à savoir : la plaine côtière, les plateaux, la pénéplaine cristalline et la chaîne de l’Atacora. Au nord du pays, l’Atacora est la seule région accidentée . On peut rattacher à cette chaîne proprement dite les chaînons quartzitiques semi-isolés sur lesquels on peut trouver le Sagbarao, le point le plus élevé du Bénin, haut de 658 m. Ensuite, le Bénin est composé d’un grand plateau entre 200 et 400 m d’altitude qui se relève progressivement vers le nord jusqu’au vieux massif de l’Atakora.

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Puis en allant vers le sud, vient un plateau légèrement ondulé, formé de matériaux sédimentaires sablo-argileux de couleur rouge, qui constitue la zone des terres de barre (en portugais barro, argile). C’est une région fertile, où l’ancienne forêt a fait place à la palmeraie et aux cultures de manioc et de maïs. La façade atlantique (125 km) est bordée de cordons littoraux isolant de vastes plans d’eau lagunaires ou lacustres. On la nomme la plaine côtière. On la retrouve donc à Cotonou. La plaine côtière ne dépasse nulle part 10 mètres d’altitude. Elle est souvent sabloneuse, jalonnée de lacs et de lagunes. C’est un complexe de plusieurs cordons littoraux qui emprisonnent, au contact des plateaux, deux lacs : le lac Nokoué et le lac Ahémé.


Fleuve Niger Alibari Sota

Mékrou Pendjari

Ouémé Okpara

Zou

Couffo Lac Ahémé Lac Nokoué

Mono

Cotonou

Carte redessinée par l’auteur / source : ginkgomaps Texte / source : Le Bénin , de Kolawolé Sikirou ADAM et Michel BOKO Larousse encéclopédie

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Fleuves, plongée vers Cotonou Le Bénin est parcouru par un réseau hydrographique comprenant deux groupes de cours d’eau à régime irrégulier. Ils rejoignent l’Atlantique, soit directement, soit par l’intermédiaire du Niger ou de la Volta. La plupart prennent leur source dans l’Atakora et se répartissent entre le bassin du Niger et le bassin côtier. Les fleuves du bassin côtier se jettent dans l’océan Atlantique par l’intermédiaire de lacs et de lagunes (lac Nokoué, lac Ahémé, lagune de Porto-Novo). Deux bassins sont présents au Bénin. Tout d’abord, le Bassin du Niger comprenant les fleuves affluents du Niger que sont le Mékrou (410km), L’Alibori, la Sota et la Pendjari. Puis, vient le Bassin côtier dont les fleuves de l’Ouémé

(510km), du Couffo et du Mono rejoignent la mer . En outre, l’on compte de nombreux plans d’eau dans le sud dont le plus grand lac du Bénin qu’est le Lac Nokoué (138km2), le lac Ahémé (78km2) et la lagune de Porto Novo ( 35km2). Enfin, l’ensemble de ces cours d’eau provoque de nombreuses inondations à Cotonou. Effectivement, Cotonou étant un lido de sable pris entre le Lac Nokoué et l’Océan voit ses principaux problèmes liés à l’eau venir de l’arrière pays et non pas du littoral comme c’est le cas sur de nombreux territoires.

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Pêche

Cotonou

légende : noir : coton gris : huile de palme e : élévage c : cajou n : arachide a : café Carte redessinée par l’auteur / source : cosmovisions Texte / source : Le Bénin , de Kolawolé Sikirou ADAM et Michel BOKO Larousse encéclopédie

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La pêche du Nord au Sud En raison de l’étirement en latitude du pays, les productions rurales sont assez diversifiées. En simplifiant, on peut dire que le Nord est principalement voué à l’élevage et à la pêche. Le Centre produit essentiellement le coton (qui fournit la moitié des exportations officielles). Au Sud, produit les cultures destinées à l’approvisionnement des villes comme le café et l’huile de palme ainsi qu’à la pêche (en lagune et en mer), qui fournit un appoint alimentaire appréciable. Le tourisme dans le nord du pays est également très significatif, il met en valeur les paysages béninois ainsi que sa faune autour des parcs naturels L’industrie, peu développée, est essentiellement tournée vers la transformation des produits agricoles (textiles et corps gras). La béninoise Georgette Tarraf ambitionne de faire évoluer l’industrie de la noix de cajou en transformant «la moitié de la production sur place d’ici 2020.» propos recueillis par Sophie Bouillon dans le Monde hors série- Afrique l’Envol Les ressources minières sont, quant à elles, négligeables. En ce qui concerne le secteur du

tertiaire, le chiffre officiel est de plus de 55 % du P.I.B., chiffre sans doute inférieur à la réalité. Effectivement, le Bénin a pour voisin le Nigéria, un pays riche avec lequel il échange beaucoup. De plus, le Bénin, qui est doté d’une infrastructure de transport appréciable (port de Cotonou, voie ferrée Cotonou-Parakou, routes bitumées reliant les pays voisins), est avant tout voué au commerce. Très souvent appelé « État entrepôt », le Bénin est un pays de transit pour les marchandises des pays de l’hinterland comme le Niger et le Mali qui transitent par le fameux P.A.C : Port autonome de Cotonou. La capacité des Béninois à s’organiser de manière informelle est grande, ce qui permet de réguler des faiblesses comme le manque de transports publics avec l’arrivée des zemidjans , souvent des agriculteurs issus de l’exode rural. De plus, l’économie informelle permet aux femmes d’entreprendre et de gagner en autonomie. Par exemple, Le Marché Danktopka est le lieu des femmes, il représente une économie informelle de 80% selon Le Monde, Hors série «Afrique l’Envol»

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Parc de «W» du Niger Savane herbeuse ( acacia ) Parc de Pendjari

Savane herbeuse haute, cultures

Savane arborée

Forêt feuillue

Marais, mangroves lagunes et cultures

Carte redessinée par l’auteur / source : cosmovisions Texte / source : Le Bénin , de Kolawolé Sikirou ADAM et Michel BOKO Larousse encéclopédie

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Sud, paysage d’eau Des plateaux nordistes aux lagunes du Sud, les paysages de savanes, arborées ou herbeuses, prédominent. Le sol du pays est en grande partie sablonneux. C’est dans la zone des lagunes que les terres sont fertiles, on y entretient principalement des cocoteraies et des palmeraies. Dans la région côtière basse, le sol est limité par des lagunes et des plateaux parsemés de quelques sous-bois; Les savanes arborées occupent la partie centrale, alors que les savanes herbeuses couvrent le Nord-Est. Les parcs naturels Pendjari (275.000 ha) et «W» du Niger (502.000 ha) une faune très diversifiées. On peut y voir des buffles, des éléphants, des hippopotames, des lions, des guépards, des caïmans, des

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antilopes, de nombreux oiseaux, des singes, des reptiles, des léopards, etc. Le paysage du Bénin est très prisé dans le nord pour les safaris, les découvertes de cascades etc c’est pourquoi le paysage naturel est bien mis en valeur. Toutefois, au sud et notamment à Cotonou le paysage d’eau n’est pas valorisé. Les mangroves, et le littoral sont très peu exploités. Quelques initiatives isolées révèlent ces espaces, comme la mise en place de «Babsdock’s» par un couple de belges qui ont réouvert le passage d’une mangrove afin d’aboutir sur un large lac paisible. Les rares actions développées sont souvent privées et donc limitées à une population isolée et privilégiée.


Fulani Bariba

Somba

Fulani

Natitingou

Parakou

Yoruba Fon Adja Fon

Abomey Lokossa

Porto-Novo

Cotonou

Carte redessinée par l’auteur / source : cosmovisions Texte / source : Le Bénin , de Kolawolé Sikirou ADAM et Michel BOKO Larousse encéclopédie

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Population et Cultures La population, assez dense en moyenne ( 90 habitants par km2), et inégalement répartie. Le Sud, où se concentrent de nombreuses agglomérations, est particulièrement peuplé, avec notamment Porto-Novo, la capitale, et surtout Cotonou, sa capitale économique. Le Bénin est, en effet, l’un des pays les plus urbanisés de l’Afrique subsaharienne : 40 % de ses habitants vivent en milieu urbain. De ce fait, on y note, plus qu’ailleurs, une modification des comportements démographiques, la fécondité commençant à décroître légèrement (5,4 enfants par femme). Le développement urbain des régions côtières mais aussi l’histoire du pays sont à rapprocher de certaines caractéristiques culturelles et économiques du pays comme l’importance des pratiques religieuses ancestrales (le Vaudou) ou encore le développement exceptionnel des petites activités dites informelles, propres à couvrir, au moindre coût, les besoins de la vie quotidienne. Au Bénin cohabitent le catholicisme et l’islam .

Cependant, de nombreuses croyances ancestrales perdurent comme par exemple le fétichisme, Le vodun ou vaudou est un élément identitaire fort de la culture béninoise, il représente une influence culturelle considérable au travers de l’Afrique. Méconnu, il est souvent assimilé à de la sorcellerie, il véhicule en réalité un état d’esprit et un mode de vie dans sa forme ancestrale. En raison de la colonisation, le Bénin est un pays francophone. Le français est la langue officielle, il est parlé par 35% de la population en 2015 soit 10,88 millions des béninois. Ainsi, le français est la langue fédératrice et la plus parlée au Bénin. Toutefois, il n’est parlé que par les personnes qui sont allées à l’École, il est plus ou moins maîtrisé selon le niveau d’étude. Il y a une quarantaine de dialectes dont le Fongbé qui est parlé par 26% de la population notamment au centre et au sud du pays. Les langues nationales sont le fongbé, le yoruba ( 14%), le bariba, l’adja, le gun, l’ayizogbe et un peu plus de quarante autres dialectes.

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Source cartes : Gallica, archives

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2. Brève Béninoise Le Bénin est le siège de civilisations anciennes et brillantes, qui furent bâties autour de royaumes centrés sur des cités–Etats. Les trois principaux royaumes créés par les Fon furent celui d’Allada, fondé au XVIe siècle, celui d’Abomey en 1625, et celui de Porto-Novo (alors appelé Adjacè), puis Hogbonou. Ces entités politiques bien structurées étaient pourvues de centres urbains fonctionnels. Elles avaient développé un commerce local, basé dès le XVIIe siècle siècle, sur la traite des esclaves, puis sur celle du palmier à huile après l’abolition du commerce négrier en 1807. Cette économie de traite a favorisé l’installation, le long de la côte (surnommée « côte des esclaves »), de comptoirs commerciaux contrôlés par les Anglais, les Danois, les Portugais et les Français. Voici quelques grandes dates qui marquent l’évolution historique du Bénin : En 1650, arrivée de la 37

construction d’un fort à Ouidah par les Anglais. En 1664, première installation de missionnaires à Juda (Ouidah), les capucins bretons. La France est autorisée à construire un port à Ouidah tandis qu’en 1752, les Portugais s’installent à Hogbonou qu’ils baptisent Porto-Novo. C’est en 1863 que le premier protectorat français est établi avec le Roi de Porto-Novo qui recherche de l’aide face aux prétentions du roi d’Abomey et aux attaques des Anglais, implantés à Lagos. La même année, Glélé, le Roi d’Abomey, autorise les Français à s’établir à Cotonou. Étape cruciale en 1882, le souverain du royaume de Portonovo signe un nouvel accord de protectorat avec la France qui envoie un «Résident français» chargé d’assister le Roi. À la suite de ce traité, «le roi Béhanzin», à la célèbre armée d’amazones et les Danxoméens considéraient le roi Toffa de


Porto-Novo comme un traître à la solde des Français. Le héros Gbè han zin, soucieux de son peuple, demanda à discuter avec le président français d’alors. Ainsi il se rendit en 1892 au colonel Alfred-Amédée Dodds mais fut déporté aux Antilles. Abomey devint ainsi un protectorat français. Allada et Porto-Novo, eux aussi sous protectorat, formèrent avec Abomey la colonie du Dahomey. 1894 : le Dahomey est colonisé par la France, après la reddition du Roi d’Abomey. Un décret établit la dénomination des nouveaux territoires « Colonie du Dahomey et ses dépendances ». 1904 : le Dahomey est incorporé à l’AOF (Afrique Occidentale française). Le Bénin devient le « quartier latin» de l’Afrique. Le 4 décembre 1958, la République est proclamée et le Dahomey devient un Etat indépendant le 1er août 1960. Commence alors une période d’instabilité politique marquée par la succession de 6 coups d’Etats entre 1960 et 1972, date à laquelle le commandant Mathieu Kérékou prend le pouvoir. Puis, c’est le 30 novembre 1975, le Dahomey prend la dénomination de « République populaire du Bénin» (RPB) à l’initiative du gouvernement militaire révolutionnaire présidé par le Colonel Kérékou. En décembre 1989, après 17 ans de régime marxiste le Président Kérékou annonce l’abandon du marxisme-léninisme sous la pression de la rue et des bailleurs de fonds. Du 19 au 28 février 1990

se tient sous la présidence de Mr Isidore de Souza, archevêque de Cotonou, la « Conférence des forces vives de la Nation» qui met en place un gouvernement de transition dirigé par un Premier Ministre, Nicéphore Soglo. Au terme des élections présidentielles de mars 1991 , organisées sous le signe du multipartisme, Nicéphore Soglo est élu Président de la République avec plus de 67 % des suffrages exprimés. En 1996, les élections présidentielles portent de nouveau à la Présidence de la République l’ancien Président Mathieu Kérékou En mars 2001 le Président Mathieu Kérékou reste à la présidence. Depuis, le Bénin fait figure de pays modèle en Afrique subsaharienne, en réussissant une transition démocratique sans effusion de sang ni coup d’Etat. En décembre 2002, le Bénin organise les premières élections municipales. Ce qui donne l’occasion aux femmes d’accéder à quelques fauteuils municipaux. De même, certaines d’entre elles sont élues chefs d’arrondissement. En avril 2006, le président Mathieu Kérekou a épuisé ses deux mandats de 10 ans au pouvoir. Il a annoncé qu’il ne toucherait pas à la constitution pour un troisième mandat. Il se retire alors. Ce sera une nouvelle page politico-historique du Bénin.

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Les amazones du roi Béhanzin, une armée de femmes. Source : image d’archive, nom inconnu

Source historique : site de l’ambassade du Bénin

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Ombre lunaire encre et acrylique, 2015

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3. Fantasmes J’ai d’abord découvert le Bénin par les mots. Comme dans la tradition orale. Je l’ai composé dans mon imaginaire par des lectures historiques, des expositions, par les histoires familiales. Du Bénin, je n’ai comme réelles traces que des photographies, des voix, des noms.Des inconnus aux voix familières. Mes cousins, ma tante. L’ensemble de ces indices, je les ai alors assimilés afin d’en composer une culture, un pays. Petite je recevais des cartes postales , des lettres, des colis pleins d’aliments.Il y avait toujours dans ces colis des cadeaux sucrés ou salés. Le Bénin était alors un pays lointain, presque irréel d’où me provenaient des mets aux textures surprenantes et aux parfums épicés. Ainsi, ce pays était pour moi signe de générosité, de profusion, de surprises, de saveurs et d’un ailleurs presque intangible. Mes parents, chacun à leurs façons m’ont conté le Bénin. Ma mère par le biais des souvenirs de son

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enfance passée là-bas lorsque son père y était médecin et mon père par ses attaches familiales et sa jeunesse. J’ai donc composé un imaginaire au travers des récits qu’ils m’en ont fait. Alors que ma mère me parlait de l’étrange spiritualité béninoise, mon père romançait ses contes en me parlant de serpents et d’enfants dans la brousse. J’avais une image donc très fantasmée du Bénin, de sa faune, de sa flore comme s’il s’agissait d’un énorme jardin investi d’esprits sacrés. Des statuettes de bois noir aux traits expressifs peuplaient notre entrée. Le Bénin des autres est devenu le mien. Je désire donc me confronter à cet ailleurs, ce « décalage » entre fantasmes et réalité. J’ai composé avant mon départ des textes laissant parler mon imaginaire que j’ai illustré par la suite par des ambiances plastiques. Ce travail me sert d’outils pour requestionner le site.


Froides encre et acrylique, 2015

42 Ombres bleues

collage encre et acrylique, 2

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Fraicheur J’entendais « c’est un pays très vert ! un pays très humide. Alors mon image d’un pays très arboré s’est faite de plus en plus dense, fraîche, envoûtante. J’ai à l’esprit l’image d’un pays fait de forêt sacrées, d’arbres hauts et majestueux. Cotonou où l’eau nous enlace au quotidien. Une ville où la végétation à sa place. J’imagine Cotonou ombragée dynamique et mouvante où l’on entend entre les grands boulevards le bruit de l’eau de la lagune. La présence du Lac Nokoué apaise la ville. Océan. Horizon fait d’eau et de ciel. Échappée vers le littoral. Le bruit des vagues, leur souffle, leur odeur.

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Plongée Plongée

collage encre et acrylique, 2 015 encre et acrylique, 2015

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Port de pêche Près de l’Océan, le Port de pêche de Cotonou offre un agréable vacarme, les poissons fraîchement sortis de l’Océan y sont vendus. Fruit de la pêche en abondance. Marché littoral. Les écailles reflètent le soleil. léger scintillement. Les pêcheurs, un monde masculin. J’imagine les barques, les bateaux de pêche près des pontons et des quais et les bruits provenant du Port. Le travail sans relâche des hommes de l’eau sous le soleil. Les pêcheurs voguent sur leurs pirogues. Grâce et puissance. Force de l’eau. L’eau glisse sous leurs embarcations fines et élancées. Équilibre.

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Lenteur encre et acrylique, 2015 Lenteur collage encre et acrylique, 2

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015


Le Port Gris le port. Ouvert sur le ciel et la mer. Entre bleu et bleu, bleu et gris, gris et bleu Sol gris, noir. Le Port est plein de flux mais dans leurs légers balancement les navires retrouvent une délicatesse. Containers, containers. Mon père me parlait de ses balades près du port. Le port et ses dockers. Leur travail sans relâche sous le soleil. Déchargement de containers. Travail à la journée.

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Apparition solaire encre et acrylique, 2015

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Apparition solaire collage encre et acrylique, 2

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Soleil Soleil africain. Fort, brûlant. Nairobie. Cette chaleur, mêlée à la pollution. mouvement, lourdeur. Les parcs ouverts sur le ciel, n’étaient pas salvateurs. A Nairobie ce sont les tours qui vous font de l’ombre. Les arbres ne sont plus là. Cotonou en est comblée.

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Rencontre(s) seconde partie

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Rencontre(s) Je suis arrivée le 16 octobre 2015 à Cotonou. De nuit. J’ai choisi de ne pas réellement préparer mon arrivée, je n’ai pas fait beaucoup de recherches pour connaître la ville. Je voulais me laisser porter par elle, , les échanges avec les habitants, les opportunités. Je voulais écouter les récits de ma famille, des enfants, des vieux. Je ne voulais surtout pas arriver avec une idée prédéfinie du lieu et projeter sans même y avoir mis les pieds. Je ne voulais pas partir avec en tête une «idée google map» terne et figée. Ainsi, J’avais un mois pour découvrir cette ville et comprendre sa morphologie, sa forme! Un mois pour s’imprégner d’une ville, d’une culture et réussir à faire sens au travers d’un projet. Il était important pour moi de me laisser porter, oublier l’objectif de ce périple pour

pouvoir me laisser surprendre, être étonnée et ce tout en conservant l’optique du projet. J’ai essentiellement découvert la ville en moto. Plus précisément en zemidjans. J’avais à Cotonou une liberté singulière où je ne cherchais pas vraiment mais trouvais toujours. C’est ainsi que je me suis progressivement rapprochée du Port. Mon père m’en avait parlé, je voulais voir si l’idée que je m’en était faite était proche ou très éloignée de la réalité. C’est de cette façon que j’ai commencé à partir à la découverte «les lieux des récits». Dans une quête non pas de vérité mais de nuance entre l’existant et ce que l’on en dit. Ce décalage entre imaginaire et réalité était pour moi vecteur de sens. Partons ensemble à la découverte de Cotonou, sous tous les temps, à toutes heures, entre promenades hasardeuses et surprises des «lieux de récits».

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Paris

103km2

2 244 000 habitants

Cotonou,

grande capitale économique La plus grande ville du Bénin

79 km²

70 000 habitants en 1960 ! de1 000 000 hab.

+

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À l’échelle de

Cotonou

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(Bénin)

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Vers Lagos ( NigĂŠria )

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1. Promenade en «Zem» Pas de plan de Ville à Cotonou, les habitants se dirigent par noms de lieux et se repèrent ainsi. J’attends les derniers jours du voyage pour faire l’achat d’une carte officielle. Mon cousin redécouvre le plan de la ville avec moi : « c’est drôle de voir Cotonou comme çà !» Cotonou est une ville vaste et très dense, la circulation ne s’arrête jamais. D’ailleurs elle est vue comme une ville de «transit» pour les marchandises des pays de l’hinterland. Les camions, les voitures, les 4X4, les zemidjans. et les nombreux piétons tentent de cohabiter ensemble sans grande organisation. Les embouteillages sont très nombreux faisant vrombir les pots d’échappement; ainsi, l’air y est très pollué . Les zemidjans sont de plus en plus nombreux à Cotonou. Les zemidjans sont les motos-taxis de Cotonou. Ce sont souvent des hommes qui quittent les campagnes pour être zemidjans et envoyer plus d’argent à leur familles. Cela est la théorie, en réalité ils sont très nombreux à Cotonou mais se font une concurrence cordiale. Ce mouvement basé sur de l’économie informelle est né par une faiblesse très importante de la ville de Cotonou. Celle -ci

manque cruellement de moyens de transport adaptés. Elle propose quelques cars et bus mais ils sont beaucoup trop lents et souvent bloqués dans les embouteillages. La population s’est donc adaptée, les béninois étant très entrepreneurs les transports informels se sont vites développés. Aujourd’hui, les zemidjans font partie partis intégrante de l’image de la ville. Ce mode de transport permet une flexibilité étonnante. Il y a toujours un «zem» au détour d’un chemin pour conduire l’usager devant sa porte. Bien que ce principe soit extrêmement polluant il est très adapté aux usages des cotonois qui transportent parfois des choses extrêmement lourdes sur ces motos-taxis . Mallheureusement les accidents sont aussi très nombreux, malgré les campagnes de prévention comme l’obligation du casque, les chutes restent meurtrières. Les accidents de transports font partie des premières causes de mortalité. Cotonou devra, pour structurer son développement, penser à un système de transport plus adapté aux caractéristiques de son environnement afin de donner accès à la mobilité à l’ensemble de sa population.

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Nous sommes aux portes de Cotonou ! Tous les hommes habillés de jaune sont des zemidjans, très facile pour les repérer. La couleur de leur chemise varient selon la ville. Ce sera bleu à Porto Novo. Des véhicules de tous âges peuplent les routes. les «ro-ro», navires transportant des voitures d’occasion provenant d’Europe trop polluants ailleurs mais revendus ici...C’est en parti pour cela que Cotonou est une ville très polluée. Nombreux sont ceux qui se protègent le visage pour ne pas sentir les pots d’échappement. En bord de route un vendeur de maïs grillés enfume l’ensemble du trottoir. Appel du «Zem» qui arrive et direction le port.

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Le premier trajet en «zem» est toujours impressionnant. Les zemidjans roulent vite pour faire le maximum de courses dans la journée. La concurrence est rude. Nous roulons plus lentement pour analyser les usages de la rue, la course sera plus chère ! Le trajet se négocie toujours. Mais cela nous permet de voir les marchandes et leurs éternels parasols pour se protéger du soleil. Il y a différentes vendeuses, celles sui marchent comme les vendeuses de «pain de sucre» ( ananas) et celles qui restent au même endroit; cela dépend essentiellement de leur marchandises.

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Le ciel se couvre mais le vent océanique viendra bientôt transporter les nuages vers les terres. Cotonou est une ville ouverte sur son ciel, les habitations sont très basses, essentiellement des maisons individuelles et des tours de bureaux ou d’entreprises. Nous passons près de l’abattoir, les animaux des campagnes arrivent ici. Le lieu est encombré de nombreuses fonctions. Les espaces communs à Cotonou ont souvent des usages multiples. Les rues sont investies pour la vente. À l’abattoir, on trouve également des garages informels pour y faire réparer des motos. Nous longeons la route de Porto Novo en direction du centre -ville. 65


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Le ciel s’est dégagé. Nous sommes aux berges de la lagune de Cotonou, près du Marché Dantokpa comme en témoigne l’ensemble de ces déchets amassés au bord de l’eau. Sur l’autre berge, des habitats précaires, la lagune est rythmée par des marchés ou des maisons de taules faites pour durer jusqu’aux prochaines inondations. L’avancée en bois permet un accostage rapide des pêcheurs du lac Nokoué qui viennent vendre leurs poissons près du Marché.

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Cotonou est une ville horizontale. Plane avec très peu de pente. Nous longeons la lagune et le marché Dantokpa pour accéder au Vieux pont et ainsi passer de la rive est à la rive ouest. Rive accueillant le Port. 68


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2. Les bruits du port Nous sommes au Port. Sa présence est cruciale à Cotonou. D’ailleurs Cotonou est née du Port et s’est développée grâce à lui. Il représente à lui seul 60% de l’économie du Pays. Toutefois, le port est totalement inaccessible car séparé de la ville par un haut et large mur, le protégeant des vols. Ainsi, en ville on ne soupçonne la présence du Port que par les bruits qu’il renvoie. Les sirènes des navires rentrant au Port. L’accès y est extrêmement limité, seul le personnel et les dockers (exclusivement des hommes) peuvent y entrer. Je devais donc faire partie du personnel pour accéder au Port Autonome de Cotonou, où j’ai choisi de faire un stage. Ce stage m’a permis de circuler dans tout le domaine portuaire afin d’avoir une connaissance globale de mon site d’étude mais surtout de pouvoir discuter de mon sujet avec différents corps de métiers. En tant que stagiaire

dans la section gestion de l’environnement du domaine portuaire, j’avais enfin accès à l’un des espaces les plus fermé du littoral de Cotonou. Ce stage m’a permis de comprendre les principaux enjeux portuaires et la question de l’image du port international, essentielle pour le développement à l’échelle économique. La guerre des ports est rude et, entre Lomé et Lagos, Cotonou a des concurrents de taille. Le PAC ( Port autonome de Cotonou) échange avec de nombreux pays internationaux comme l’Europe et la Chine avec qui le commerce s’est développé récemment. Mais le Port autonome est surtout un « entrepôt» pour les pays de l’hinterland, à tel point qu’une zone leur est exclusivement destinée. Il est crucial pour le PAC de ne pas perdre ses échanges avec l’arrière pays africain. Le Port est donc un point de bascule essentiel entre l’hinterland africain et le monde. 71


Les dockers sont exclusivement des hommes travaillant à la journée. Ils doivent tous attendre en fil devant le Port tôt le matin pour espérer être dans le quota réglementaire. Ils déchargent les marchandises des containers et les chargent dans les camions toute la journée sous un soleil de plomb.

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Cette scène est assez surréaliste. Il y a un décalage entre le site et l’usage qui en est fait. Entre l’immensité du port et la taille des balais. Le Port comme une grande maison.

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Nous voilà sur la vigie du Port, on ne peux y monter qu’en ayant un laisser passer. C’est aussi un des seuls moyens d’avoir un point de vue sur la ville avec l’ancien phare de la ville. que l’on voit au loin. Il y a également l’hôtel de luxe Azalaî qui privatise une grande partie de la plage que l’on voit au second plan. Ce point haut nous permet de voir le port de pêche et ses nombreuses pirogues qui viennent s’y agglutiner.

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carte source : Le Monde Afrique l’envol

« Nous pourrions imaginer un tourisme particulier sur la plage du port, les gens arriveraient et visiteraient le port en même temps. Ils pourraient ainsi se rendre compte de la qualité des services. Nous voulons être un port « durable». Chargé de la gestion de l’environnement.

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Cotonou dans la guerre des ports Le marché africain représente seulement 5% du commerce maritime mondial ce qui est très peu pour un continent de cette ampleur. Mais, presque tous les pays enregistrent des taux de croissance de 5% depuis 2000. Cet essor est en partie dû à l’émergence d’une classe moyenne africaine qui désire avoir accès à de plus en plus de biens de consommation, la demande est grande ce qui stimule les importations provenant d’Europe mais aussi de plus en plus d’Asie. Cependant, l’Afrique est limitée par la congestion de ses ports, la piraterie, la corruption et pour certains pays l’instabilité politique ce qui ralentit les échanges. Ainsi, pour nourrir son arrière pays et maintenir ses échanges vers les pays enclavés de l’hinterland tels que le Mali, le Burkina Faso, le Tchad ou le Niger, , et ce tout en luttant contre les réseaux informels, le Port autonome de Cotonou devra continuer à se moderniser si il veut suivre la course des ports africains. Cotonou est en concurrence avec ses trois voisins les plus proches avec lesquels elle est pourtant habituée à échanger, il s’agit de Douala (Cameroun) , Lomé ( Togo) et Lagos (Nigéria). Ces quatre pays qui, comme nous l’avons dit deviendront peut-être une future mégalopole africaine avec une emprise considérable sur l’eau sont actuellement des ennemis sérieux. Le Nigéria développe actuellement trois 79

projets portuaires pharaoniques à Ibaka, Lekki, Badagry afin de desservir les besoins d’une population de 170 millions d’habitants. Leur objectif sera aussi de reprendre les trafics de Cotonou et Douala. « voitures d’occasion, produits pétroliers produits agroalimentaires transitent vers les marchés intérieurs du Nigéria sans emprunter un port national, explique Yann Alix. La congestion des ports nigérians, les tracasseries administratives, la corruption aux frontières peuvent expliquer que ces flux détournés profitent aux voisins.» Propos recueillis par Antoine Flandrin pour Le monde Afrique l’Envol. Le PAC désire également s’étendre vers Sémé afin d’y entreposer le site d’hydrocarbures. Mais, le Bénin a d’autres objectifs pour mettre en avant son port. Différentes idées germent lentement afin de transformer l’image complète du Port : « Nous pourrions imaginer un tourisme particulier sur la plage du port, les gens arriveraient et visiteraient le port en même temps. Ils pourraient ainsi se rendre compte de la qualité des services. Nous voulons un port « durable»» Discussion avec employé du port, chargé de la section environnement au sujet de «l’image» du Port lors de mon stage au Port autonome de Cotonou. Ainsi, le Bénin prend le parti de développer pris de développer la qualité de ses services en mettant en valeur l’image d’un port «durable»


1891, crĂŠation du wharf.

1929, fin des extensions du wharf.

1950, crĂŠation du port.

1995, fin des extensions portuaires.

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Identité portuaire Cotonou, ville portuaire, ville littorale comme beaucoup de villes coloniales. Effectivement, les colons favorisèrent le développement des ports pour exporter les minerais et richesses locales mais aussi les hommes lors de la traite négrière. Le port est perçu comme le « poumon « de l’économie mais c’est aussi un symbole historique. Avant le Port de Cotonou et jusqu’à la fin du XIXe siècle, les échanges commerciaux maritimes se faisaient en deux points du Littoral : Grand-Popo et Ouidah. En ces points, le débarquement et l’embarquement des marchandises et des passagers s’effectuaient par transbordement sur des pirogues qui, comme nous le disions plus tôt, assuraient la liaison entre les navires mouillant en rades foraines et le rivage. On enregistrait alors beaucoup de pertes (y compris en vies humaines) et d’avaries. Puis en 1891, le wharf fut construit à Cotonou. Ce qui a fait l’essor de la ville. Le wharf était une passerelle métallique avancée dans la mer jusqu’au-delà de la zone perturbée par la barre ; ainsi les opérations pouvaient se faire dans une eau relativement calme.En raison de la sécurité et de la rapidité qu’elle offrait pour le transbordement, cette porte d’accès maritime supplanta rapidement Ouidah et Grand-Popo. Une flottille de 8 chaloupes et 26 barcasses faisaient la navette 81

entre les navires ancrés en rade et l’aplomb des grues, à l’extrémité du wharf. Cet ouvrage, d’une longueur de 400 mètres, a subi des améliorations en 1910, puis en 1926, 1928 et a permis d’assurer un trafic en progression. En 10 ans, on a assisté à un doublement du trafic. La construction de la première partie du Port a fait l’objet de nombreuses études et diverses missions de 1952 à 1959. L’examen approfondi des différentes solutions (Port à accumulation de sable, Port à transit artificiel de sable et Port-îlot) a abouti pour des raisons économiques et politiques aux choix du Port à accumulation de sable, en eau profonde à Cotonou.Au fur à mesure du développement portuaire, la ville s’est développée et densifiée. Ce type de Port a pour objectif de créer un plan d’eau calme et d’arrêter, grâce à l’ouvrage de protection Ouest, le sable du transit littoral ; il permet d’utiliser la zone de remblai gagnée sur la mer pour des extensions du Port vers l’Ouest. Les travaux d’extension commencés en Mars 1979 ont pris fin en 1983 le Port s’est alors attelé à l’amélioration de la productivité et du service rendu.


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3. Les hommes de l’eau Cotonou s’est développée à partir de quelques villages de pêcheurs situés à l’Est et à l’Ouest de la lagune. Le nom Kùtɔ́nû signifie « embouchure du fleuve de la mort » en fon-gbe. Avant que Cotonou ne deviennent une grande ville portuaire elle était donc exclusivement habitée par des pêcheurs. Ils vivaient sur des maisons surélevées au dessus de l’eau, souvent en pilotis comme nous pouvons le voir dans le village lacustre de Ganvié qui a conservé ce style architectural. Les pêcheurs avaient donc une relation étroite avec leur environnement et l’eau. C’est donc cette communauté qui est à l’origine de Cotonou, mais surtout cette activité de pêche qui en fait le symbole de la naissance de la Ville.. Mais, aujourd’hui, cette communauté est dévalorisée et délaissée. Les pêcheurs se regroupent dans des quartiers informels faute de moyens suffisant pour accéder à un habitat salubre. Comme cela se fait souvent, les pêcheurs se re-

trouve donc en marge de la ville. À Cotonou, la marge n’est pas la périphérie mais les franges inondables. Ainsi, les pêcheurs constitue des espaces communautaires assez perméables où ils se regroupent. N o u s sommes chez les pêcheurs, nous ne nous sentons pas les bienvenus. Cette communauté s’est alors peu à peu refermée sur elle même. Lorsque l’on marche dans leur quartier l’on est forcément épié. Surtout avec une attitude de «yovo» ( signifiant «blanc» ou étranger en général). Les pêcheurs sont à l’embouchure, près de l’Océan. Cet Océan, les nourrit, les fait vivre. Le lien avec l’eau est pour eux une question de survie. Les reloger dans les terres seraient donc une absurdité. Ainsi, malgré les expulsions, les pêcheurs reviennent à l’embouchure. D’ailleurs, ce lien, cette harmonie avec l’eau est perceptible lorsque les pêcheurs glisse sur la lagune en direction de l’Océan. Pour les pêcheurs l’eau est un sol à part entière.

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La pêche maritime

des fleuves se trouvent les fonds à crevettes, qui sont pêchées surtout par les bateaux étrangers. La pêche continentale est peu connue mais elle est une activité très importante pour les communautés riveraines par son caractère générateur d’emplois et surtout d’une source de protéines pour l’ensemble de la population. Il est important de noter que ce type de pêche permet d’offrir de l’activité à 57 500 hommes et femmes sur le lac Ahémé et la lagune côtière en faisant la pêche aux crabes et aux huîtres. Mais, la pêche offre aussi des emplois par répercutions. Environ 40 000 femmes sont impliquées dans la filière pêche (transformatrices, vendeuses de poissons, les écailleuses de poissons, etc.) Ainsi, la pêche continentale fait vivre en amont et en aval plus de 300 000 personnes (vendeurs de matériel de pêche, les fabricants de pirogues etc) Mais, comme l’explique Lydie-Gisèle Kakpo Alapini, la chef d’exploitation du POPAC. «le Bénin ne peut répondre qu’à hauteur de 40% de la demande de sa population en terme de poissons. Ce qui explique la grande quantité de produits importés au Bénin » Ainsi, il est nécessaire de promouvoir un développement durable de la pêche artisanale et appuyer le développement de l’aquaculture pour éviter toute détériorations des écosystèmes existants, c’est d’ailleurs l’un des objectifs du pays.

La pêche maritime, la pêche continentale et l’aquaculture correspondent aux trois soussecteur des pêches de grande importance: . C’est essentiellement la pêche artisanale maritime ( la pêche industrielle étant limitée à 8%) qui est développée au Bénin ainsi que la pêche lagunaire. La pêche artisanale maritime est pratiquée à partir de 80 campements de pêcheurs disséminés dans les quatre départements côtiers du Bénin. On compte environ 4 345 artisans pêcheurs opérant en mer dont 2 234 béninois (51,4%), 1 993 ghanéens (46%), 115 togolais (2,54%) et 3 nigérians (0,06%). Les engins couramment utilisés sont les filets maillants, la senne tournante, la senne de plage, la ligne à main. Le parc piroguier de la pêche artisanale maritime comporte selon les résultats de l’enquête socioéconomique de 1999, 816 pirogues opérationnelles dont environ 46% sont motorisées. Le grand nombre de cours d’eau, réservoirs, retenues d’eau etc présents au bénin forment la base d’une pêcherie continentale dont la production est estimée à de 30 000 tonnes par an. Les poissons présents dans les eaux béninoises sont subdivisés en espèces qui se trouvent sur les fonds chalutables (Pseudotolithus spp, Galeoides, poissons plats, etc.) et celles qui vivent sur les fonds rocheux (Lutjanus, Sparus, mérous, etc.). Dans la région des embouchures 84


Photographies : À Ouidah, sortie des filets de l’Océan Source texte : Port de pêche de Cotonou : Le réservoir du poisson frais, 85 interview réalisé par Zek Adjitche Alafai et Ablawa Boko


Nous venons d’assister à un marché de pêche en campagne sur la route de Ouidah, le poisson était vendu à même le sable au soleil. Les pêcheurs ont besoin de longs espaces pour étendre leurs filets. Ces maillages bleus font évènement. Ils ondulent sur la plage et rythment l’espace.

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Les pêcheurs du Lac

Les pêcheurs de l’Océan

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Les quartiers des bidonvilles ou les oubliés de la ville.

l’Océan. Cette place de choix leur permet de subvenir à leur besoins mais contrairement à la communauté du Lac Nokoué, le quartier Aujourd’hui, 61,3% d’urde l’embouchure n’est pas du tout bains en Afrique vivent dans des en lien avec son environnement. bidonvilles. La notion de bidonville Effectivement, les pêcheurs du est culturelle. Selon mon père il n’y Lac, étant sur une eau stable et a pas de bidonville à Cotonou mais calme ont choisis de construire des simplement des « maisons de taule». quartiers sur pilotis. Ces construcOn prendra donc la définition de tions les protègent relativement l’ONU. Les bidonvilles se caractérides inondations. Mais, ce type de sent par un « manque d’accès à l’eau constructions ne peut être dévesalubre, et à l’assainissement, un loppées sur le littoral au regard de manque de conditions de logement la force de la « barre» dont nous durables et d’une superficie conveavons parlé pêcheurs du littoral nable, et un manque de sécurité de maritime construisent des maisons la tenure». de fortune en taule en attendant Mais, cette définition n’évoque pas les prochaines pluies. la précarité du terrain souvent sou Enfin, le bidonville offre mis aux risques naturels, montées souvent une image négative de la des eaux etc comme le feront remarville qui souhaite à tout prix les quer Sylvain Kahn et Julia Glaski évacuer. C’est le cas à Cotonou dans l’article (Re)connaitre les bidonlongtemps voulu se saisir de cet villes de France Culture. espace car les pêcheurs y occupent Pour les pêcheurs vivre près une place stratégique. Il y a donc de l’eau est une nécessité. C’est une lutte des places qui s’est dépourquoi, ils préfèrent vivre près veloppée faisant parler du Bénin de l’eau même si les conditions n’y dans les médias internationaux. sont pas les meilleures. Cela leur Les pêcheurs revendiquant leur permet tout simplement d’amarrer appartenance à ce lieu depuis très leurs pirogues près des berges ou longtemps, les politiques publiques des plages. Il y a bien sûr différents mettant en avant un réaménageant types de pêcheurs de différentes des berges lagunaires bénéfique ethnies. En ce qui concerne Cotopour le bien commun. Le projet nou, il y a la communauté du Lac et de la ville était effectivement intécelle de l’Océan. ressant mais déplacer les pêcheurs Le quartier des pêcheurs où vers les terres était impensable. nous sommes est, lui, situé sur les Ainsi, malgré les expulsions la podeux berges à l’embouchure de la pulation appelée par les journaux lagune en connexion directe avec

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de cette urbanisation informelle ? J’ai l’intuition qu’il me faut suivre un axe. Axe dont le bidonville a pris possession.Ainsi, je vois cela comme une confirmation. C’est ici, dans cette frange où il y a eu doutes, hésitations et peut-être peur que les les plus démunis ont pu trouver une brêche, un espace pour se loger. INFILTRATION.

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Le Port de pêche étriqué dans le PAC

poissons. Le port de pêche a été installé au sein du Port Marchand afin de facilité l’arrivée des pêcheurs vers la côte. Des navires conteneurs croisent des pirogues ce qui offre des scènes assez spectaculaires. Mais, le port de pêche est positionné dans un espace secondaire afin de ne pas permettre l’accès au port marchand. Ainsi, le port de pêche est totalement étriqué, étouffé par le Port, les pirogues s’y entassent mais il est difficile d’imaginer une extension sur ce site. Le port de pêche est donc à l’image du Port marchand, fermé sur lui même et isolé de la ville bien que son accès soit possible par tous par une entrée secondaire, mais il ne permet pas de réelle appropriation par les habitants comme nous pouvons le voir lors des marché de pêches sur les plages vers Ouidah. Pourtant, il y a au port de pêche une effervescence particulière, les «mareyeuses» au nombre de 800 s’occupent des poissons frais au port, elles sont divisées en groupement, celle qui pèsent, vérifient le poisson et sa qualité ou encore les écailleuses qui s’occupent de «nettoyer» le poisson comme nous le révèle l’interview Port de pêche de Cotonou : Le réservoir du poisson frais, réalisé par Zek Adjitche Alafai et Ablawa Boko. Il serait alors intéressant de se questionner sur le devenir du port de pêche de Cotonou, son emplacement et les potentialités de développement qu’il offre.

Lorsque nous entrons, survient une odeur de poisson frais mêlée à la senteur si singulière de l’air océanique. Bienvenu au port de pêche de Cotonou au Bénin. Cette partie du port relève de la direction de la pêche du Ministère de l’Agriculture de l’Elevage et de la Pêche (MAEP). L’activité de la pêche est un domaine important au Bénin et d’autant plus à Cotonou quand on connait l’histoire de cette ville. Selon Augustin Amoussougbo, Secrétaire Général de l’union nationale des pêcheurs marins artisans et assimilés du Bénin (Unapemab). « 4800 pêcheurs artisans sont en activité sur la côte béninoise». L’ «upvelling» ou «remontée d’eau» n’y est pas le plus fort au monde mais permet un mouvement d’eau suffisant. La remontée d’eau (upwelling en anglais) est un phénomène océanographique qui se produit lorsque de forts vents marins (généralement des vents saisonniers) poussent l’eau de surface des océans laissant ainsi un vide où peuvent remonter les eaux de fond et avec elles une quantité importante de nutriments. Ces phénomènes se localisent par leurs résultats : une mer froide et riche en phytoplancton. Pour les pêcheurs, la remontée d’eau se traduit par une augmentation importante du nombre de

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Il a un peu plu hier... Cette rue n’est pas pavée ni goudronnée. Aucun système d’évacuation des eaux n’a été mis en place. Cette rue est alors continuellement inondée. Ma petite cousine la nomme la « petite lagune ». Il y a malheureusement, pour les cotonois, beaucoup de rues en «petite lagune». Les plus privilégiées ayant des 4X4 arrivent à passer ses obstacles. Les motards sont agiles et les contournent mais il est très difficile en tant que piéton de traverser ces rues, surtout avec des enfants en bas âges. Ainsi, à Cotonou en jour de pluie il y a des rues que l’on contourne quand on est à pied afin d’éviter la boue, l’eau et le sol glissant. Cotonou se fragmente à la manière d’une archipel.

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Pendant ce temps là, à Ganvié des piroguesbus conduisent les voyageurs à leur domicile. 97


«Cotonou flotte ! C’est pourquoi je veux partir d’ici ! Je vais aller à Zayanado dans la maison de famille. À Cotonou, si il y a un tremblement de terre tout le monde se noie!» Christine Yekpé Ma tante m’expliquant en quoi l’urbanisme n’est pas en adéquation avec la ville.

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Pirogues, l’eau comme sol

lagune et ce jusqu’à l’embouchure. Ce sont, aujourd’hui à Cotonou les seuls à exploiter les immenses surfaces d’eau qui entourent Cotonou, dont le Lac Nokoué ( 132km2) et la lagune (large de 400 m et longue d’environ 5km.) De plus, les pirogues permettent de passer aisément d’une berges à une autre, d’un marché à un autre. C’est un moyen de transport à exploiter. Si Cotonou venait à disparaitre sous les eaux, les pêcheurs pourraient continuer à s’y déplacer. Alors, les cotonois n’ont-il pas perdu le lien qui les rapprochaient de l’eau au point même que leur maisons et leurs moyens de transports nient totalement le contexte dans lequel ils se placent. Alors , pourquoi ne pas imaginer que les pêcheurs ont tout simplement là, un moyen de transport qui permettrait à l’ensemble de la population de circuler librement, soit lors de la saison des pluies ou lors de la saison sèche.

Cotonou prend littéralement l’eau, nous l’avons vu dans la rue de la «petite lagune» mais il est nécessaire de savoir que Cotonou «flotte» également. Effectivement, dans les maisons particulières les puits voient apparaitre l’eau à trois mètres sous nos pieds ! l’eau est très proche et s’infiltre dès qu’elle le peut. Elle n’a pas assez de place pour se déverser , les rues n’ont pas forcément de caniveaux ou quand elles en ont ils sont parfois bouchés par les ordures ménagères. De plus, la place n’est pas laissée à l’eau, les cotonois bétonnent de plus en plus leur cour particulière, et ne plantent plus d’arbres. Il en est de même en ville, Cotonou est faite de goudron et de pavés, lorsque les rues sont en terre, la circulation y est si dense qu’elle crée des darses dans le sol. Les pêcheurs eux se déplacent au même moment, lentement, du Lac Nokoué, à la

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4.Mouvements de côte Nous allons à la plage de Fidjrossé et akpakpa. Elles représentent à elles seules le mouvement du trait de côte béninois mais aussi les symboles en terme de fête urbaine. Les plages sont essentielles dans la culture béninoise, elles font partie des rares espaces publics de la ville qui permettent de se retrouver tous ensemble, de se rassembler. Les plages sont aussi le témoin du socle urbain qui, sous le béton, le goudron et les pavés est souvent oublié. Mais Cotonou est bâtie de sable comme nous avons pu le voir plus tôt. C’est l’une des régions du bénin les plus vulnérables face aux inondations et à l’érosion. Qui plus est, elle porte à elle seule une grande partie de l’économie béninoise. Effectivement, Cotonou connait deux mouvements qui, peu à peu ronge son territoire: il s’agit de l’érosion côtière. Chaque année au Bénin, dix mètres de côte son engloutis par le phénomène

d’érosion. Si les travaux du dernier épi ont été réalisés le problème est reporté ailleurs; il faut à présent que le Nigéria s’occupe de ses côtes. Effectivement, les épis, déplacent généralement le problème d’érosion plus loin. C’est ce que nous verrons à Akpakpa. Avant la création du dernier épis cette plage a réellement souffert de l’ensemble des travaux de protection de la côte. La majorité des villas qui s’y trouvaient se sont en grande partie perdues sous l’eau. Le second facteur de mouvement sont les inondations provenant de l’arrière pays et qui redessinent la limite entre la terre et le Lac Nokoué. Cotonou, prise entre ses deux dynamiques mute, s’élargit et s’étire, se transforme peu à peu. Lente métamorphose au rythme de l’eau .

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Un socle malléable

Il semble de la côte béninoise disparaît, peu à peu érodée par le vent et l’Océan. Le sable quitte la terre pour regagner l’eau. Le socle se dissipe. Mais l’on parle moins souvent du mouvement inverse. Parfois, l’ensablement se crée. Avec les épis, les plages s’élargissent. Ainsi, le trait de côte est variable, changeant. Il y a un mouvement permanent des terres. Les profils des plages ne sont pas toutes les mêmes sur la côte béninoise. Elles s’élèvent, s’épaississent dans une transformation perpétuelle. La plage de Fidjrossè et d’ Akpakpa ont ainsi deux enjeux différents. La première s’élargit quand la seconde disparaît. Alors, la question est de savoir comment composer avec ces deux mouvement? La plage de Fidjrossè est, comme nous l’avons dit, un

espace public très prisé, où l’on va à la plage avec ses plus beaux habits. C’est un moment important. Alors que je proposais à mes petits cousins d’aller à la plage, les deux jeunes hommes ont décidé de changer de tenue. La plage est aussi le lieu pour se montrer, pour faire des rencontres. Celle de Fidjrossè est très impressionnante; nous ne connaissons pas de plage avec ce type de superficie en France. Puis, il y a sur l’autre rive son antagoniste, une plage désertée, privatisée en partie par des villas fantômes que surveillent tout de même des gardiens. La plage de Akpakapa a perdue 200mêtres de côte en 20 ans. Elle devrait s’épaissir avec le temps, le dernier des épis de la côte béninoise ayant été mis en place. Ainsi, le profil de la côte changera à nouveau.

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Nous sommes à présent à Akpakpa, la plage est très étroite, totalement dissoute par l’eau et le vent. Une villa au bord de l’eau a été prise par les flots. Au loin, nous pouvons voir l’un des épis fait de pierres de carrières béninoise. Les quartiers «huppés» continuent de se construire ici, en espérant que l’Océan compte s’en arrêter là. 105


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Ce type d’architecture est très apprécié par la classe élevée. Une grande terrasse permet de profiter de la vue sur l’Océan. Mais, la paillote, élément de l’architecture béninoise traditionnelle permet de se protéger du soleil. C’est aussi un signe de richesse. Le petit tabouret en premier plan est celui d’un vendeur d’eau. On voit aussi souvent des gardiens devant ce type de maison. Celle ci est en construction mais les barbelés seront surement installés pour rehausser le mur. Des quartiers entiers se construisent avec ce type d’habitats, développant alors 107des villes dortoirs sans vie.


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Nous tournons le dos à l’Océan, la rue qui arrive à Fidjrossè a été récemment plantée de palmiers. Sous les arbres, les paillotes que l’on peut louer à la demi-journée. La plage de Fidjrossè est un lieu où le soleil brûle jusqu’en fin de soirée

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Horizons troisième partie

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Horizons Nous sommes à présent de retour en France après un mois passé à Cotonou. Après avoir développé un imaginaire autour de ce site et l’avoir décortiqué au regard du site vécu. Il s’agit alors de le quitter. Une prise de recul est nécessaire pour ressortir de cette expérience, les grandes lignes de réflexions pouvant définir les enjeux de cette ville dans son contexte global. «Horizons» évoque différentes perspectives mais aussi le désir assumé de redessiner la rapport entre la ville et son environnement. Ma volonté première est d’ affirmer du littoral portuaire comme une image nationale mais aussi de lui donner une qualité d’espace ouvert à tous L’entrée au Bénin pourrait alors se faire par l’eau que cela soit par le Lac en ce qui concerne

l’arrière pays ou l’Océan Alors, comment redonner accès à la population au littoral portuaire et ainsi allier activité économique et espace public ? Au travers d’un triptyque fait d’eau, d’ombre et de sable je cherche à réassembler, recomposer un ensemble d’éléments disparates ou négligés afin d’en créer une unité et une force. Cette palette d’outils allant d’éléments matériels comme le sable ou insaisissable comme l’ombre me pose la question de la nuance de mon intervention sur le site. Ainsi, entre geste assumé et délicatesse je tente de faciliter le quotidien des habitants, d’améliorer leur mode de vie et d’offrir une nouvelle perception de la côte béninoise.

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Essai graphique encre, acrylique, 2015

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1/ Les lignes d’eau L’horizontalité comme force Comme nous l’avons développé plus haut, Cotonou est une ville plane sans relief et où la ligne d’eau de l’océan et de son Lac est en perpétuel mouvement. Jeux d’horizons perpétuel. Un jour le sol est de terre, un autre jour il est d’eau. L’horizontalité est la caractéristique même de Cotonou et symbolise autant son territoire terrestre que maritime. Ainsi, les lignes d’eau composent avec l’existant. Ces dernières sont des nouvelles voies de circulation, elles offrent une nouvelle perception du territoire et redéfinissent de nouveaux centres et espaces publics flexibles et modulables. Cotonou est entourée d’eau, cette ville flotte en ayant un socle d’une épaisseur de seulement 3 à 4m. Mais, Cotonou se détourne de l’océan.Pourtant, les eaux continueront à monter produisant toujours

plus de dégâts en ville. L’eau, si elle est niée s’infiltre, inonde, détruit. Au contraire, laisser sa place à l’eau permet plus de sérénité et un développement plus durable pour la ville de Cotonou. Investir l’eau permettrait de désengorger la ville mais surtout de voir la ville autrement. Aucun pays du Golfe de Guinée n’est pour l’instant accessible par l’eau par ses habitants. Cotonou serait donc la première ville du Golfe à se doter d’une entrée maritime publique.Celle ci permettrait de rentrer vers l’arrière pays par la lagune. L’entrée de la ville serait alors scénographiée par l’avancée le long des berges et du développement des nouveaux quartiers des pêcheurs. Par ce projet nous cherchons à redessiner l’embouchure de Cotonou.

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Retranscrire les horizons Par un travail de peinture j’ai cher-

ché à capter les ambiances maritimes de Cotonou. Le mouvement des vagues, le ciel tantôt gris ou bleu, son paysage nocturne. Ces peintures m’ont permis de conserver à l’esprit que regarder au loin, laisser son esprit se perdre est l’une des plus grande activité sur la plage de Fidjrossè. « Quand on va à la plage, on se retrouve ensemble. En réalité on ne fait pas grand chose, on reste là assis à regarder l’océan.» Udvance Yekpè stagiaire au PAC et étudiante en tourisme. Ainsi, il y a le regard depuis la plage et le regard depuis l’océan. Être sur l’eau me permet alors de requestionner le littoral portuaire, sa forme, ses repères, sa perpétuelle horizontalité que seul l’espace portuaire vient remanier.

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Lumière grise

encre et acrylique, 2015

Lumière grise encre et acrylique, 2

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Nuit mouvementée

encre et acrylique, 2015

120 Nuit mouvementée encre et acrylique, 2

015


«La barre

encre et acrylique, 2015

La «barre» cotonoise encre et acrylique, 2

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Situation actuelle

Le grand Cotonou est exclusivement connectĂŠ par la voie terrestre

GanviĂŠ

Abomey Calavi

Vers Ouidah

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Végétation dense

Urbanisation

Vers Porto Novo Lac Lagune

Marais

Sémé

Océan

Vers Lagos

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Vers Lagos


Enjeux Notre projet s’empare de l’eau

pour la faire exister aux yeux des habitants et l’intégrer dans leur paysage au quotidien. Ainsi, on cherche à la révéler, à créer des passages entre terre et eau. Ce projet cherche à offrir à Cotonou un nouveau socle en s’inspirant des pêcheurs. L’eau devient alors une continuité du territoire terrestre et devient praticable.

1/ À l’échelle de l’arrière pays ( le grand cotonou) Le Lac Nokoué comme une nouvelle centralité, système de navette fluviale

Ganvié

Abomey Calavi

Vers Porto Novo

Cotonou

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2 / À l’échelle du Golfe de Guinée ( Vers lagos, Lomé etc) Investir l’océan pour rejoindre les pays voisins.

Vers Lomé

Vers Lagos

La ville de Cotonou entourée par l’eau avec l’océan, le lac et la lagune

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La lagune

Un espace de circulations, de disparités sociales et d’économies

Ganvié

Abomey Calavi

Vers Ouidah

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Lac Marais

Vers Porto Novo

Urbanisation

Sémé

Océan

Vers Lagos

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Vers Lagos


Un point d’ancrage L’embouchure entre la lagune et l’Océan un point de basculement entre le littoral portuaire et la lagune. Un site convoité vecteur de nombreuses tensions. Les enjeux de la lagune : entre espace de continuité économique ( marchés ) et couloir de grande pauvreté.

les pôles économiques

Aujourd’hui, développement du Grand Cotonou.

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les quartiers informels

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Ganvié

Sémé

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Atteindre l’eau

La ligne de côte est la limite entre la terre et l’océan. Difficile à définir, le littoral se caractérise pour sa part par une avancée plus ou moins large vers l’océan. Nous avons caractérisé le littoral cotonois de la manière suivante afin d’y associer les grands éléments culturel et économiques caractéristiques de la ville. Comme dans de nombreuses villes dans le monde, le littoral est composé d’espaces publics et privés. La question de la perméabilité du littoral devient donc centrale dans notre projet. STRUCTURE DU LITTORAL La PerméabiLité et L’accessibiLité comme Point d’ancrage

STRUCTURE DU LITTORAL La PerméabiLité et L’accessibiLité comme Point d’ancrage

STRUCTURE DU LITTORAL La PerméabiLité et L’accessibiLité comme Point d’ancrage

Plage de fidjorossè

Vers Lagos

Océan Port autonome de

Cotonou Vers Lagos

Quartiers des pêcheurs

Quartiers riches en développement

125 km de côte aux perméabilités variables avec la ville

Espace public Accessible

Espace privé Accès professionnel

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Espace public Accès social

Espace public Accès compromis


Cotonou archipel, paysage mouvant

Envahissement progressif par l’eau par l’arrière pays. Les bassins du Niger provoquent les inondations de la capitale économique béninoise.

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Essai vidÊographique Peindre les mouvements de l’eau, 2015

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Littoral portuaire actuel

Boulevard de France Boulevard ÂŤville- portÂť

Plage portuaire

Port Autonome de Cotonou

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quartiers informels des pêcheurs Ancien phare et quartiers informels des pêcheurs Marché des pêcheurs actuel

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plage des pêcheurs


«La passerelle»

Un levier pour unir physiquement et symboliquement le PAC et le port de pêche par le biais de la culture et de l’histoire

Mise en valeur du phare comme un belvédère

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«L’effervescence»

Mettre en valeur la vie des marchés fixes ou ambulants. Ici essentiellement les marchés de pêche. Redonner une cohésion à un espace délaissé.

Nouveau marché des pêcheurs

Ancien marché des pêcheurs

Relogement des pêcheurs au dans des habitats salubres au plus près de l’eau ( lagune et océan )

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2. Les lignes d’ombre

Recomposer l’espace par la verticalité

Les lignes d’ombre sont un réseaux d’espaces publics plantés et frais, il aère la ville et permet le développement d’activités comme la vente ambulante. Il incite à la marche et privilégie la présence du piéton. Enfin, les lignes d’ombres se densifient en s’approchant peu à peu du littoral afin de mettre en valeur la nouvelle entrée portuaire. À Cotonou, on ne remarque que très peu de plantations. Elles se retrouvent dans une dizaine de rues avec une densité plus ou moins importante. Les arbres plantés dans les années 1800 ont été arrachés pour la reconstruction des routes, et jamais replantés. Ainsi, la ville est très dégagée sur le ciel, elle offre malgré elle une

vaste horizontalité. Alors, chaque jour, le soleil se déploie avec force et fait subir sa lourde chaleur quotidienne aux habitants.Il y a un décalage fort à Cotonou, entre les espaces créés et les usages que les habitants en font. Dans la plupart des rues trop chaudes, les marchandes ambulantes se munissent d’un parasol pour se protéger du soleil lors de leurs longues attentes. Ainsi, lorsqu’elles trouvent un peu de fraîcheur sous les arbres rescapés, l’activité y est plus dynamique. Les marchandes y restent quelques heures ou la journée. On attend patiemment à l’ombre. L’ombre véhicule donc des usages.

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Orienter vers le littoral Cotonou à la réputation d’être une ville très polluée et ce notamment à cause des moyens de transports motorisés. De plus, avec le climat équatorial, l’air y est humide est chaud. Ce qui ne permet pas réellement de ventiler la ville. L’ombre attire à Cotonou, elle permet de se reposer, d’attendre. Elle incite au rassemblement et à l’échange comme on le voit parfois dans certaines campagnes avec les arbres à palabres. Comme nous l’avons vu précédemment certains corps de métiers nécessitent d’être au soleil en continu, ainsi des espaces d’ombre permettrait d’améliorer le confort de ces travailleurs. De plus, l’activité engendré par la présence de

ces ventes, réparations etc augmenterait également la fréquentation de passage par les habitants. On irait acheter les beignets les sous tel arbre et faire réparer sa ceinture sous tel autre. Cet ensemble continu planté et frais offrirait un agréable courant d’air vers le littoral. Ces lignes d’ombres se densifient au fur à mesure de l’avancée du passant vers le nouvel espace portuaire. Ainsi, plus on s’approche du littoral et plus l’activité incluse dans ces lignes d’ombre est développée permettant alors aux habitants de reprendre possession du littoral portuaire.

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Source: Cours sur la plannification des villes africaines, Jérôme Chenal

Favoriser la marche en ville Comme cela est le cas dans de nombreuses villes africaines la question du transport à Cotonou est essentielle. Tout d’abord, une grande partie du trafic sont régis par les « zemidjans» les taxis-motos de Cotonou. Aujourd’hui, on les reconnait très facilement avec leurs dossards jaune vif. Ils animent la ville de couleurs jour et nuit. Mais, à Cotonou il y a également un pourcentage très élevé de personnes qui, pour des raisons financières, ne peuvent se déplacer autrement qu’à pied. Encore, pour certains, la marche est une technique de vente, . Les marchandes ou marchands ambulants en compte sur le hasard d’une rencontre, comme

un passant qui aura envie d’ananas après avoir vu passé une vendeuse de «pains de sucre» ( ananas très sucrés ), des beignets, de glaces ou de chaussures, etc. Mais, à Cotonou comme dans de nombreuses villes africaines, les aménagements urbains sont tous dessinés pour les voitures. Ainsi, on peut se demander si nous devons construire la ville pour la majorité ou la minorité. Je prends le parti pris de dessiner la ville africaine autrement et de retrouver un équilibre entre la place du piéton et celle des moyens de transports motorisés.

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CIELS

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L’ombre, indice temps

En tant qu’ombres nous parlerons ici d’ombres naturelles, en lien avec la lumière du soleil. Les ombres naturelles sont des indicateurs de temps. Elles évoquent l’heure qu’il est, le temps qui passe, elle nous reconnectent à notre situation d’humain sur terre en évoquant son mouvement continu ainsi que la variation des éléments qui la compose. L’ombre est éphémère tout en étant immuable, elle se comprend dans le cycle insaisissable de la lumière solaire.

Les ombres désignent également le temps qu’il fait; elles se déplaceront plus ou moins vite en fonction du vent. Elles seront plus ou moins floues et se diffusent selon l’intensité de la lumière. Ainsi, je me saisis de cet élément impalpable afin d’en découvrir son nuancier . L’ombre offre un rythme et une variabilité aux systèmes d’espaces publics qui se développe.

Photographies : Nuancier de ciel et de lumières et nuancier d’ombres 145


Retrouver la fraĂŽcheur des campagnes

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De jour, l’ombre accueille les espaces publics et les activités informelles verctrices de dynamisme pour la ville.

Dans la soirée, la lumière permet de faire perdurer les activités nottament les cantines de rues.

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Temporalités solaires Comment passer du jour à la nuit ?Dans une ville qui, toute l’année, voit son soleil se lever entre 6h30 et 7h00 et se coucher aux alentours de 19h, il est essentiel de penser la transition vers la vie nocturne et de ne pas nier les usages qui en découlent. La nuit, dans les pays du sud, est bien souvent synonyme de nuit noire. Cotonou n’éclaire que ses grands axes routiers, laissant le piéton dans la pénombre. Cela limite la circulation des femmes de nuit. La nuit, les lignes d’ombres se convertissent de nuit en plan lumière pour la ville de Cotonou. Les espaces publics restent praticables et investis par tous. Une temporalité nocturne est développée, certains sites sont éclairés ou non selon les usages qui en sont fait entre minuit et 4h00 du matin.À la manière des densités d’ombre, je pense les densités de lumière de façon à

accéder à une lumière diffuse proche des effets des ombres. «Ma façon d’aborder la «matière noire» est la même utilisée en gravure: creuser; non pas pour trouver le noir mais pour révéler dans les noirs les blancs, la puissance des gris, le creux et la bosse, l’ombre et la lumière, la forme et la composition. Si le jour drape toutes les formes de mille subtilités qui sont autant de jeux et de pièges possibles pour la lumière, la nuit laisse libre cours à la redécouverte de ces formes.» Yann Kersalé La création de ses nuances viennent ponctuer le parcours de façon à offrir une nouvelle cadence à la rue. Contrairement aux larges horizons dégagés sur l’océan de l’on est habitué à voir à Cotonou plus on avance vers le port plus la végétation domine l’espace. Les cocotiers nous appellent vers le large.

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Maquette de principe en papier, ĂŠvolution temporelle, contraste entre terre et eau.

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Cocotier (Cocos nucifera), persistant

Mangier (Mangifera indica L.) persistant

Palmier

Feuillage persistant Sol sableux hauteur : 30-40 m La longévité de la plante dépasse un siècle. Sa durée de vie économique est estimée entre 50 ans et 80 ans, mais certains cocotiers bien plus âgés sont encore couverts de fruits.

Feuillage persistant S’accomode à tous les sols, préférence frais. hauteur : 10-25m , houpier peut atteindre 20m Fruits très apprèciés.

Feuillage Sol profo hauteur huile à u huile de la « prem marché m

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Scénographier l’ombre L’ombre peut venir du bâtit mais à Cotonou celui -ci étant très bas nous ne pouvons avoir d’ombres importante sans végétation. Celle-ci est sélectionnée pour ses atouts d’ombrages persistants, ses graphismes d’ombres mais aussi afin d’être productives. Les rues plantées deviennent également des allées de senteurs où se mêlent les agrumes, les bananes, les noix de cocos, les mangues. Différentes strates se dessinent créant alors des rues aux allées dynamiques qui évitent une certaine monotonie.

Palmier à huile (Elaeis guineensis Jacq.)

Bananiers (Musa)

L’oranger (Citrus sinensis (L.)

Feuillage persistant Sol profond et meuble ( sable tertiaire) hauteur : 20-25m huile à usage alimentaire et industriel, appelée huile de palme, devenue depuis quelques années la « première source de corps gras végétal sur le marché mondial »

La partie aérienne meurt après avoir fructifiée. Nécessité d’un climat chaud et humide hauteur : 7m Fruits très appréciés.

Feuillage persistant Sol sableux et aéré. hauteur : 10m Fruits très appréciés, odeur singulière

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En pleine ville l’on redécouvre la fraîcheur grâce à l’arbre à quinine , aux margousiers ou aux cailcédrat devenus très rares au Bénin depuis de nombreuses années. Le cacaoyer et le citrus viennent dynamiser les grandes avenues et permettent la confection de produits de beauté maison. De cette façon, les plantes aux propriétés médicinales s’insèrent en ville et rythment les rues assurant ainsi la pérénnité de pratiques traditionnelles propre à la culture béninoise.

Citrus limonia (aurantifolia)

Le Quinquina (Cinchona officinalis)

Le margousier/margosier (Azadirachta indica)

Cacaoye

Feuillage persistant Pousseen plein soleil . hauteur : 4-12 m croissance lente et restreinte.

Feuillage persistant Sol pauvre hauteur : 6m Il est exploité pour son écorce dont on tire la quinine, fébrifuge et antipaludéen naturel.

Feuillage persistant Pousse sur sol sableux hauteur : 10-20m L’huile de neem a des propriétés hydratantes et regénérantes, antiseptiques et antibactériennes. lotion naturelle contre les moustiques.

Feuillag Pousse hauts. hauteur Il produ de cacao

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r/margosier (Azadirachta indica)

Cacaoyer, Theobroma cacao

Le caïlcédrat, Khaya senegalensis

istant sableux 0m m a des propriétés hydratantes et antiseptiques et antibactériennes. e contre les moustiques.

Feuillage persistant Pousse sous la canopée des sujets plus hauts. hauteur : 10- 15m Il produit environ 150 cabosses soit 6kg de cacao par an

Feuillage persistant S’adapte à tous les sols en climat humide. hauteur : 30- 35m Il est utilisé en menuiserie, pour faire des pirogues, notamment, mais il est également utilisé comme plante médicinale. Devenue une espèce rare au Bénin.

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En marche vers le port de pêche À l’échelle de Cotonou, le projet se développe au travers d’une avancée progressive vers l’océan. Plus l’on se rapproche de l’eau et plus la végétation se fait dense. De plus, s’y ajoute une augmentation de la présence des cocotiers symbole de Cotonou. Par cette stratégie végétale, c’est la végétation qui structure la ville et offre une hiérarchisation aux espaces publics. Les cocotiers font appel et signalent le grand large. La mixité des essences offre une grande diversité aux rues et rythment l’avancée des passants autant en terme de hauteur que de densités d’ombres.

Illustratiions : En marche vers le port p156 Nouveau regard sur l’Océan p 158-159 Le phare au dessus des cimes p 160-161 157


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Petits points entre ombre et lumière, Atelier Gilles Vexlard 162


3/ Les lignes de sable

Recomposer l’espace par la verticalité Les lignes de sable symbolisent les mouvements du socle, leur variabilité et leur fragilité. L’espace portuaire redessine la côte et crée des modifications sur les terres qui le jouxte selon le courant marin et le vent. Ainsi, le port, par son implantation forme et dessine la côte mais impacte l’ensemble de celle -ci en recréant de nouveaux mouvements. Entre socle artificiel et socle naturel les lignes se meuvent. À Cotonou, le port et ses extensions engendrent une augmentation de la densité et de l’étalement urbain. Mais surtout, ils redessinent la ligne de côte par l’érosion qu’ils impliquent. Bien sûr, la perte des côtes est un problème

essentiel, avec de nombreux enjeux mais posons nous la question autrement. Doit-on nécessairement tenir fixe et immobile pour conserver ? Ne pourrait-on pas imaginer une nouvelle façon de se protéger de l’érosion tout en acceptant l’évolution du socle et son mouvement ? La ville, par essence mobile, doit suivre le mouvement de son sol plutôt que de tenter de l’immobiliser dans une lutte impossible face à des mouvements naturels qui, petit à petit nous surpassent. De cette façon j’ai voulu m’interroger sur la notion de dur et de fragile, sur le degré de malléabilité entre un sol artificiel et un sol naturel. Entre tenue et lâcher prise je cherche un équilibre.

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Chimères portuaires Chimère, nom féminin, latin « chimaera », grec « khimaira » signifiant monstre à tête de chèvre. Les espaces portuaires sont des sites que l’on a tendance à qualifier comme des «greffes». Bien souvent imperturbables, ils s’avancent avec force vers l’horizon quand les plages, elles, reculent peu à peu et cèdent face à la mer. Le port impose sa présence, il redessine la ligne droite, le seuil entre terre et eau. Il impose sa forme au site sur lequel il vient s’appuyer, niant son socle, son contexte. Le port de Cotonou a fait évoluer la côte béninoise, il a eu un impact fort sur le trait de côte et donc sur l’espace jusqu’auquel peut aller la terre, le sol et l’eau. Les ports recréent des lignes, ils sont alors des dessinateurs de côtes, des

sculpteurs.Ainsi, le port pourrait devenir un outil singulier permettant de réactiver des lieux, les recomposer. Le port lui même est fait d’ajout, d’extensions, il a tendance à évoluer sans cesse, à muter. La versatilité des espaces portuaires additionné à l’adaptabilité du sol naturel ne serait-il pas simplement une nuance dans la temporalité de la transformation ? La fragilité du socle peut-elle devenir vecteur de forme et de projet ? Je me questionne sur le potentiel de l’aménagement portuaire en tant qu’outil de paysage et sculpteur de sol. Entre force du sol industriel et sa malléabilité. Ainsi, l’aménagement portuaire peut à mon sens être détourné pour recomposer les côtes, redessiner le lien entre terre et océan.

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Évolution de la côte Alors que les espaces portuaires cherchent un développement perpétuel en tension avec la ville qui les accueille nous remarquons également à une échelle plus vaste que l’évolution de ces espaces portuaires correspond à l’évolution de cette dernière. Nous pouvons ainsi constater l’évolution de la ligne de côte du littoral portuaire de Cotonou en accord avec l’évolution de son port. De cette façon, l’évolution de la ligne de côte correspond au développement urbain et économique de la ville qui l’héberge. Dans la perspective d’une continuité de l’essor de Cotonou nous pouvons donc imaginer l’avancée progressive du port. Ainsi, le port de pêche, nouvelle extension du PAC assume un nouveau développement de la ville, orientée vers de nouvelles préoccupations en mettant en son centre ses habitants et leurs usages spécifiques de l’espace public.

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Avancée d’une digue, création d’un nouveau bassin portuaire

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Après une après midi en mer nous rentrons au port de pêche.

Une avancée sur l’eau longue de 400 mètres reflète le soleil et attire notre regard.

Apparition de la digue. Elle brise les vagues et les rayons du soleil.

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La digue répond à la faible marée de Cotonou ( environ 4 mètres). Binaire, elle offre une surface rocheuse pour mieux briser les vagues et une surface plus lisse répondant au répertoire esthétiques des espaces portuaires.

La digue est une avenue marchande avancée sur l’eau. L’ombre y permet le développement de commerces variés. Elle est essentiellement piétonne et permet l’accès aux navettes fluviales desservant les pays voisins.

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Apparition de l’embouchure au détour de la nouvelle digue. Rentrée progressive vers le nouveau bassin portuaire

Nous rentrons dans l’embouchure. Les cocotiers rythment l’horizon et remémorent l’emblème de Cotonou représentant un cocotier, un navire sur fond bleu. Mise en scène du symbole de la ville.

Des maisons flottantes permettent de reloger les pêcheurs le long de la lagune.

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École Makoko à Lagos par Kunle Adeyemi

Dans un bidonville, une école flottante permet aux enfants de pêcheurs d’accéder plus facilement à l’enseignement.

Aménagement quartier Lac Nokoué à Cotonou par Roméo Mivekannin

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4. Superposer les lignes Jouer avec les lignes de forces Enfin, c’est en juxtaposant l’ensemble de notre dessin de lignes que nous dévoilons la structure du projet. Ainsi, les problématiques liées à l’eau, à l’ombre et à l’évolution de la côte sont prises en compte au travers d’un projet cohérent de jour comme de nuit. De nuit, une lumière blanche reprend la typologie des lumières existantes de la ville. Celle-ci positionnée aux lieux stratégiques permet d’accompagner le réveil des pêcheurs très tot le matin et leur offre un meilleur confort de travail. Puis, peu à peu la ville s’éveille. Les lumières se dissipent progressivement. En soirée l’éclairage reste allumé dans les lignes d’ombres afin que l’espace investit de jour le demeure également en soirée. La mobilité des habi-

tants est facilité par le biais de navettes fluviales permettant pour un prix restreint d’aller vers l’intérieur de Cotonou ou vers les pays limitrophes. Ce nouveau type de transport permet de gagner de l’espace sur l’eau et de décongestionner le trafic sur voie terrestre. Les pôles flottants placés sur la lagune permettent la liaison entre terre et eau. Enfin, la création du bassin portuaire permet également de réinvestir l’eau pour loger les pêcheurs dans des habitats salubres tout en mettant en scène leur activité à l’entrée même de la capitale béninoise. Ainsi, ce projet tente de tisser des liens étroits entre économie, développement social et mise en valeur culturelle de la ville de Cotonou.

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N 500 m

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Le quartier de l’embouchure : « Le réveil des pêcheurs»


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Faire revivre l’ancien phare


Les lignes d’ombres orientent vers le port.

SUR L’EAU/ Le bassin portuaire domestique l’eau.

SUR TERRE/ la relation à l’eau est développée.

Habitats flottants des pêcheurs

Espaces flottants, arrêts navette fluviale

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Zoom à l’embouchure, à l’heure du marché

N 500 m

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Le quartier de l’embouchure : « À l’heure du marché»


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Le quartier de l’embouchure : « Se rencontrer au marché de pêche»

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Conclusion

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Cotonou est l’entrée principale du Bénin. Le projet doit donc répondre aux enjeux de cette ville à l’échelle de la place qu’elle prend dans le développement du pays sans pour autant oublier l’échelle humaine et les usages des cotonois. Dans un paysage très ouvert sur le ciel et vaste où le soleil brille toute l’année, les lignes d’ombre apportent une échelle humaine et rythment la ville par la verticalité tout en accueuilant les usages existants. De plus, lorsque ces dernières sont associées aux lignes d’eau les conditions de circulations sont facilitées tout en augmentant la qualité de vie. Ces deux types de lignes incitent à aller vers le littoral portuaire. Ces mouvements accompagnent donc la création du nouveau bassin de pêche pensé comme une extension publique du Port Autonome de Cotonou . Le port de pêche permet le développement d’un ensemble d’espaces publics entre parc portuaire et activité de pêche. La présence d’un marché de pêche

plus important et la mise en valeur de l’activité de la pêche par la revalorisation du quartier des pêcheurs offre une nouvelle entrée de ville cohérente et accueillante. De nuit, l’ancien phare délaissé réhabilité en belvédère symbolise ce renouveau portuaire. Le trait de côte évolue alors à nouveau dessinant des nouvelles lignes de sable, l’évolution de cette ligne devient un atout de projet et permet plus de flexibilité. Enfin, ce système s’inscrit dans une évolution historique de la côte béninoise qui a toujours cherché à développer son atout portuaire et permet de nouveaux échanges dans le golfe de guinée ainsi que vers l’arrière pays. De cette façon, Cotonou est affirmée comme la capitale portuaire et économique du Bénin, elle demeure dynamique et en perpétuel mouvements. Alors, dans quelques centaines d’années si Cotonou disparaît elle aura préparé une nouvelle façon de rentrer dans les terres béninoises et la transition vers une nouvelle ligne de sable dessinée par Abomey-Calavi et Ganvié.

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Remerciements

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MERCI, Aux membres de mon jury, Nicolas Gilsoul de m’avoir poussé à choisir la difficulté, Romarick Atoké pour son soutien et son regard, Olivier Marty pour sa finesse et ses conseils, Jérôme Chenal de donner un accès à tous à son enseignement. Mongi Hammami pour sa réactivité lors de mon oral. Aux aides précieuses, À Steve Kotey, pour toutes les nombreuses informations ! A Roger Narboni, pour son temps et son sens du détail, À Emmanuel Lempereur, pour le café culturel, Alice Roussile, pour ses conseils . Aux Cotonois Stagiaires du Port, pour leur dynamisme et les rires ! Responsables Environnement du PAC, pour leur disponibilité, Mr Médard, ministère du changement climatique, Mr Moussa Bio Djara, ministère de l’aménagement du littoral, Aux responsables du ministère de la gestion de l’érosion, pour leur intérêt vis à vis de ce projet. À mes proches de France et du Bénin, Maman, merci, merci, merci, Papa, pour ta bienveillance, Doriane, pour nos discussions passionnées, Tatie Christine, pour ta générosité, Hans, pour les longues marches au soleil, Abraham, pour ton hospitalité et ta gentilesse, Tolou, pour les balades en moto dans des rues impossibles. Aux Ami(e)s, Copains & Copines ! D’enfance, pour votre soutien constant, même du bout du monde, Du lycée, pour vos regards sensibles et votre douce folie, De l’École pour ces belles années, il y en aura d’autres ! À Loïc

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Bibliographie

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ENSEIGNEMENT Cours en ligne, Planification des villes africaines, Coursera, Jérôme Chenal. thématiques variées : mobilité, urbanisation,bidonvilles, activité informelle, économie etc OUVRAGES ET ANALYSES Entre singularité et similitude : Cotonou, une ville en changement - Lieux communs, éd. Les Cahiers de l’IAUA, p.69-93. Urbanisation, planification urbaine et modelé des villes en Afrique de l’Ouest, Jeux et enjeux de l’espace public – Jérôme Chenal, éd. Metispresses, février 2013. Regards sur l’activité informelle dans les grandes villes africaines – Les Ateliers de Cergy 2012 Portonovo, une stratégie d’aménagement du centre-ville, Dossier d’analyse – Les Ateliers de Cergy, 2011. Les Ports, texte de Michel Corajoud. Le Bénin , de Kolawolé Sikirou ADAM et Michel BOKO ARTICLES La Plage de Cotonou, un lieu pour se montrer – dossier Les Villes indiennes – revue urbanisme, juillet, août 2007. L’Afrique l’envol - Hors-série le Monde, 2015. Port de pêche de Cotonou : Le réservoir du poisson frais, interview réalisé par Zek Adjitche Alafai et Ablawa Boko Un traitement expérimental des espaces publics africains – revue traits urbain n° spécial 62s, été, 2013, p.47-49. Villes durables en Afrique de l’Ouest – article Archicaine. Typologie mondiale des relations ville-port, article de César Ducruet, 2008. Villes portuaires – revue Urbanités. Le Port contre la ville ? Développement portuaire et expulsion à Jakarta (Indonésie), Rémi Desmoulière – Revue Urbanités. Saint-Nazaire, un port entre crise économique et reconquête urbaine, Aude Le Gallou Revue Urbanités. Art de l’entre-deux / le MéPIC au service de la reconversion portuaire de Caen, Claire Le Thomas, Revue Urbanités. RADIO Sur les docks – émission radio, France Culture. Cotonou - émission radio, France Culture. Re)connaitre les bidonvilles, France culture par Sylvain Kahn et Julia Galaski FILMS Grisgris de Mahamat-Saleh Haroun, 2013 Aya de Youpougon par Marguerite Abouet, 2013 189


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