Un dimanche en Durance

Page 1

Un Dimanche en durance

dimanche 16 juin 2019 SITE DES GRAVIÈRES, LE PUY-SAINTE-REPARADE 13610 10h30 et 14h Balades dessinées avec Benoît Guillaume

11h30 et 15h30 Balades contées avec Clémentine Henriot

Tout au long de la journée, les installations de l’artiste paysagiste David Onatzky seront présentent tout au long du chemin et la caravane du Bureau des Guides du GR 2013 animée par Loïc Magnant récoltera vos plus précieux secrets de Durance !


UN DIMANCHE EN DURANCE Inauguration du site des Gravières Le Dimanche 16 juin 2019, le Syndicat Mixte d’Aménagement de la Vallée de la Durance (SMAVD) organise pour la première fois une grande fête de la Durance, sur le site réhabilité des gravières du Puy-Sainte-Reparade. A cette occasion, le site est inauguré par Yves Wigt, Président du SMAVD et Maire de Charleval, en compagnie de nombreux élus locaux et régionaux.



RETOUR AUX SOURCES La Durance naît à Montgenèvre dans les prés d’altitude, proche du Chenaillet, vers 2300 m d’altitude. Il n’y a pas à proprement parler une source de la Durance. Tout le plateau des Gondrans est une gigantesque éponge, avec ça et là de profondes flaques, des pâturages tourbeux, d’anciens lacs. Aujourd’hui de son confluent au Pontet avec le Rhône elle est à 324 km des Gondrans à Montgenèvre.

Patrimoinemanosquin.weebly.com

Au Miocène inférieur et moyen, il y a 12 à 20 millions d’années, une partie de la Téthys existait encore et s’étendait du delta du Rhône actuel jusqu’à Vienne en Autriche. A la fin du Miocène supérieur, au Tortonien, il y a 12 millions d’années, les mouvements tectoniques entraînaient la mise en place, dans les Alpes françaises, des principaux reliefs que l’on connaît aujourd’hui. Une « paléo-Durance » existait déjà qui, en aval de Sisteron, creusait le pertuis de Mirabeau. Il y a 5 à 7 millions d’années, le Rhône et la Durance avaient un delta commun. Au Pliocène supérieur, à la fin du Plaisancien, il y a 2 millions d’années, le cours supérieur de la Durance, en amont de Sisteron, s’écoulait vers le Bas-Dauphiné, par le cours du Drac actuel.

Variolite.fr

4


La Durance et ses affluents : de la source à la confluence avce le Rhône



LA RIVIÈRE AMÉNAGEUSE Au Quaternaire, pendant la très longue période qui sépare les épisodes glaciaires du Mindel, il y a 600 000 ans et du début du Würm il y a 80 000 ans, la Durance continuait à déposer ses alluvions alimentées, entre autres, par les ophiolites du mont Chenaillet. À l’époque, ce fleuve empruntait le seuil de Lamanon, au nord de Salon-de-Provence, puis formait un delta dans ce que sont aujourd’hui la Crau de Miramas et la Crau du Luquier : on peut y observer des galets de variolite et de diverses roches vertes en provenance des Hautes-Alpes. Puis, poursuivant sa route, la Durance allait se jeter dans la Méditerranée, à hauteur de l’Étang de Berre. Avec le réchauffement, le fleuve puissant charrie eau et cailloux jusqu’à creuser les roches calcaires qui barraient la route. À Sisteron c’est le Rocher de la Baume qui s’ouvre, comme à Mirabeau. Le cours de la Durance se modifie le long du Luberon. Puis, voilà 20 000 ans, lors de la dernière glaciation (-75 000 à -10 000 ans) les reliefs s’effondrent entre le Luberon et les Alpilles, ils se séparent et la Durance passe alors le seuil d’Orgon et coule vers Vedène pour trouver le Rhône au nord du Rocher des Doms. Elle sera ensuite déviée vers son confluent actuel au sud du Rocher, ses alluvions avec ceux du Rhône combleront la plaine entre les Alpilles et la Montagnette (il y a de cela 17 000 à 10 000 ans).

Patrimoinemanosquin.weebly.com

7


LA VALLÉE AMÉNAGÉE La plaine du lit majeur de la Durance a longtemps été délaissée par les hommes qui craignaient la fureur de la Durance en crue, et les milieux humides, malsains par les insectes et miasmes qui s’y développent. Vers le début du XVIIIe siècle, des digues se construisent pour tenter d’amoindrir la violence des inondations et retenir les limons chariés par les crues. Dans le lit majeur qui n’était vu jusque-là que comme parcours de troupeaux ou source d’osier, une agriculture maraîchère et fruitière se développe. Des canaux sont creusés pour guider l’eau de la Durance pour l’irrigation des terres gagnées sur la rivière. L’agriculture se développe au point qu’au début du XXe siècle, la plaine de la Durance ravitaille la France en fruits et légumes, notamment en asperges et melons. Sur la commune de Villelaure par exemple, un réseau très dense de canaux de près de 600 km permet à chaque parcelle de la plaine d’être irriguée et drainée, un moulin, une fabrique (raffinerie de betterave à sucre), une usine électrique témoignent également d’une utilisation passée de la force motrice de l’eau des canaux.

Parc naturel régional du Luberon Fiches pédagogiques

8


Carte de 1894 montrant le rÊseau de fillioles d’irriguation de la plaine.


MIGRATIONS Malgré le fort mistral annoncé, nous décidons de faire un tour aux anciennes gravières du Puy-Sainte-Réparade, zone la plus abritée ce matin. Sur la première gravière, les cygnes tuberculés ont déjà installé leur nid. Les grèbes huppés n’en sont quant à eux qu’au stade des parades nuptiales. Les foulques et les nombreuses poules d’eau s’alimentent en bordure de la roselière que nous scrutons à la recherche des marouettes, mais en vain. Le printemps approche malgré la fraîcheur matinale, au milieu des hirondelles de rocher qui chassent au-dessus de l’eau nous repérons trois rustiques, cinq de fenêtre et deux de rivage. Ce ne sont pas les seuls migrateurs ce matin : au-dessus de la ripisylve bordant la Durance, un milan noir, notre premier pour 2016, est houspillé par deux corneilles noires, faisant décoller à leur passage un groupe d’une centaine de pigeons ramiers en halte migratoire. Au bord de la sixième gravière l’ambiance est calme. Le vent s’est renforcé et les oiseaux se sont réfugiés dans la roselière. Pas de chant de lusciniole, pas de marouette non plus, seules dix-neuf sarcelles d’hiver abritées derrière les roseaux se prélassent au soleil. Les pouillots véloces sont en pleine remontée. Ils moucheronnent autour des buissons.

Sophie2 www.balades-naturalistes.fr, 9 mars 2016

10


« Je suis une roche née au fond de l’océan, il y a très longtemps, à une époque où de grands volcans y répandaient leurs laves. Au contact de l’eau de mer, la lave se refroidissait très vite. Apparaissaient alors de petites pustules rondes qui m’ont donné l’aspect que j’ai aujourd’hui : une roche vert-sombre parsemée de taches claires rappelant les sinistres boutons de la variole. D’où ce nom de variolite. J’aurais pu rester longtemps au fond de mon océan, mais au moment de la formation des Alpes, j’ai été transportée en altitude, tout là-haut, non loin de Briançon, au sud du col de Montgenèvre. Depuis, la pluie, la neige, le gel m’ont attaquée et transformée en blocs de plus en plus petits, roulés, polis, puis transportés au fil du temps par les cours d’eau dans la Crau, au sud de Salon et, plus loin vers l’ouest, jusqu’après Maguelone, là où l’on peut me retrouver aujourd’hui, dans des alluvions de l’ancienne Durance. » (http://www.variolite.fr)


Depuis l’antiquité, les militaires, les marchands et les voyageurs qui passaient le col dans les deux sens lui attribuaient le nom de « Druancia ». Héraclès bien avant Hannibal emprunta ce passage le plus aisé à travers les Alpes, l’actuel col de Montgenèvre. Il sera pérennisé par la voie Domitienne construite à partir de 118 av. J-C, inaugurée en 124 av. J-C et reliant Rome à la péninsule ibérique. Du col de Mont Genèvre (summae Alpes), elle suivait la vallée de la Durance jusqu’à Glanum, près de l’actuelle Saint-Rémy de Provence, desservant les cités de Brigantio-Briançon, Rama-La Roche de Rame, Eburodunum-Embrun, Caturigomagus-Chorges, Vapincum-Gap, Alabons-Le Monétier-Allemont, Segustero-Sisteron, Alaunium-N.-D. des Anges (Aulun), Catuiacia-Saint-Sauveur (Céreste), Apta Iulia-Apt, ad Fines-N.-D. de Lumières et Cabellio-Cavaillon. Après Glanum, elle franchissait le Rhône à hauteur d’Ugernum-Beaucaire (soit 284 km parcourus depuis le Mont Genèvre). La via Domitia gagnait ensuite les Pyrénées en passant notamment par Nîmes et Narbonne. Histoire de la via Domitia, http://www.mediterraneus.com

12


Traverser de long... Dès le Moyen-Âge, probablement bien avant, et jusqu’au XIXe siècle le flottage sur la Durance permettait le convoyage des grumes de bois de Saint-Clément, dans les HautesAlpes, jusqu’à Arles. Assemblés en radeaux liés avec du noisetier, mélèzes du Queyras et sapins de Boscodon étaient destinés à la construction navale, notamment pour la Marine royale. Les fameuses « façades à 3 fenêtres » de Marseille, tiendraient leur origine de la taille des troncs d’arbres transportés sur la Durance.

Association des Radeliers de la Durance Histoire des Radeaux de la Durance

Radeliers


... en large Pendant des siècles, les ponts qui furent construits sur la Durance n’eurent qu’une existence éphémère, ne résistant que temporairement aux crues. Impossible de construire des passages à gué : le lit, constitué de galets, était mouvant et traître. Les bacs étaient essentiels à la traversée de la Durance et ce jusqu’en 1835, date à laquelle Jules Seguin fit bâtir le premier pont suspendu de la Durance.

www.rivieresethommes-paca.fr Histoires d’hommes et de rivières

14


Le bac à traille de Mirabeau (19 m de long, 4,5 m de large) était l’un des plus fréquentés. Estampe de Champin, (tournant 18e-19e siècle), Bibliothèque municipale d’Avignon

Achevé en 1835, le premier pont en « fil de fer » est emporté par la crue millénale le 2 novembre 1843.


Travaux d’aménagement de la prise d’eau du canal de Marseille à proximité du pont de Pertuis, sur la rive du Puy-Sainte-Réparade.

Dans chacune des cuisines des premiers HBM (Habitation Bon Marché) de Marseille, quartier Saint-Lambert (1889), un « filtre Chamberland » est installé. L’invention mise au point en 1884, permet de lutter notamment contre la propagation de la fièvre typhoïde.

Allégorie de la Durance, statue centrale de la fontaine du palais Longchamp.


c’est à Marseille qu’on boit la meilleure eau de France !* Déjà, au XVIe siècle, avait été proposée la construction d’un canal pour alimenter les principales villes de la région marseillaise à partir de la Durance. À l’époque ce projet relevait plutôt de l’utopie, mais il réapparut à plusieurs reprises aux XVIIe et XVIIIe siècles, toujours sans aboutir. Après deux épidémies de choléra (1834 et 1835), on pressentait que ces dernières étaient liées à la mauvaise qualité de l’eau. On soupçonnait les deux petits fleuves côtiers qui servaient de tout -à-l’égout à l’ensemble de la région d’altérer l’eau alimentant les nombreux puits de la ville. Cela incita à la recherche d’une autre alimentation en eau potable, relançant le projet de captage de l’eau de la Durance. En 1835, Maximin-Dominique Consolat, maire de Marseille, relance donc le projet d’un canal de plus de 80 km, amenant l’eau de la Durance depuis Pertuis (Alt. 186 m), jusqu’au plateau de Longchamp (Alt. 75 m), qui dominait la ville. On retint le projet de Franz Mayor de Montrichet (1810-1858), jeune ingénieur d’origine suisse issu de Polytechnique et appartenant au corps des Ponts et Chaussées. Les travaux vont commencer en novembre 1839. Bien que l’eau arrive au plateau Longchamp en 1849, ils vont se terminer en 1854 avec la construction de deux immenses réservoirs de décantations sous le jardin Longchamp.

Paul Courbon le canal de marseille * le magazine Ça m’intéresse lui a attribué le titre de « meilleure eau de France » en 1998.

17


la Durance matée Demain s’élèvera jour après jour le premier barrage en terre d’Europe. Un barrage qui atteindra la hauteur d’une fois la tour Eiffel et deux fois sa largeur à la base. Ainsi entre les promontoires en chicanes de Serre de Monge et de Serre-Ponçon s’emmagasineront de vitales réserves d’eau. Dans l’histoire économique de la Provence, ce vendredi 29 mars, aura marqué la fin de deux fléaux qui périodiquement dévastaient la terre de Mistral ; sécheresses mortelles et crues incontrôlables Vendredi dernier, en effet, l’homme, a gagné la première manche d’une gigantesque partie engagée contre la Durance, il y a plus de 6 ans. Aux précédents travaux souterrains, va maintenant succéder la construction proprement dite du barrage de Serre-Ponçon. Avant que d’entasser et de compacter 12 millions de mètres cube de terre, c’est-à-dire une vraie montagne, il fallait faire violence à la rivière et l’engager de force dans les galeries de dérivations qu’on lui avait préparé. Une pelle bucyrus devait effectuer le creusement du chenal, cependant que bulldozers, dumpers et euclides allaient définitivement interdire aux eaux vives de prendre un autre chemin que celui voulu par les audacieux réalisateurs de Serre-Ponçon. Naturellement, Jean Giono assistait à ce combat des monstres de fer contre une rivière à ce jour réputée indomptable. Et c’est un peu le chant du monde, un chant nommé prospérité future que nous retrouvions dans le vacarme des moteurs, les affalements sourds des roches et de la terre, les cris joyeux des conducteurs et la rage des flots. Les chefs des deux chantiers se sont enfin rejoints sur un élément qui n’est pas encore de la terre ferme, mais, qui n’appartient plus aux caprices de l’onde. La Durance bouillonne maintenant dans la nuit d’une galerie de béton. Plus tard, quand on ne lui commandera pas d’aller étancher la soif des campagnes torrides, cette prisonnière engendrera de l’énergie. La Durance parcourt désormais 900 m d’une route qu’elle ignore. Et dans les tourbillons boueux de sa défaite, sous le soleil printanier, la Durance matée, semblait avouer déjà l’or futur de la fertilité rationnelle, de la force, de la lumière et du mieux être de toute une région.

Office de radiodiffusion-télévision française (ORTF), 1957 DEMAIN... (retranscription de la voix off du documentaire)

18


S.Monfort - L.Juramy


Le roman de « L’eau vive » imaginé par Jean Giono, commandité et en partie financé par EDF, fut adapté au cinéma par François Villiers, qui fit appel à Pascale Audret pour tenir le rôle de l’héroïne. Il remporta le « Golden Globe Awards » du meilleur film étranger à Hollywood en 1959.

20


Tracé du projet de barrage sur une vue du site de Serre-Ponçon. Il a nécessité de remuer 14 millions de m3 de terre et de rochers (soit six fois le volume de la grande Pyramide de Khéops.) et d’engloutir un village.

Usine hydroélectrique de Saint-Chamas, exutoire du canal de Durance dans l’Étang de Berre. En 2004, l’État français a été condamné par la Commission européenne pour « pollution massive et répétée » de l’étang de Berre, causé par le déversement de l’eau douce de la Durance qui perturbe la salinité de l’Étang.

21


« Les draglines, qui ont connu leur heure de gloire dans les années 1970, redeviennent d’actualité. Elles réduisent l’impact sur l’environnement car elles creusent profondément, jusqu’à 42 m en théorie, ce qui réduit la surface d’exploitation. Électriques donc silencieuses, non polluantes, elles limitent les rejets dans l’atmosphère. L’entretien préventif est également plus facile sur ces machines mécaniques, d’autant que nous avons acquis, en pièces détachées, une partie de la dragline jumelle de Chloée : la n°591. » Benoît Weibel, directeur d’exploitation chez Durance Granulats


DRAGUER LA DURANCE À 47 ans, Chloée, une dragline mécanique, reprend du service. Durance Granulats vient de lui redonner vie dans sa gravière de Peyrolles-en-Provence. « C’est un engin de guerre, une usine sur pied », évoque Benoît Weibel, directeur d’exploitation de Durance Granulats. Après plusieurs années de réflexion et d’essais, la carrière a envisagé diverses solutions, de la mise en place d’un ponton flottant à un système de pompage, pour optimiser l’extraction en profondeur de son gisement d’alluvions en eau de Peyrolles-en-Provence et permettre l’exploitation de la gravière accordée par arrêté pour trente ans. Elle a finalement choisi d’investir dans une dragline quasi cinquantenaire, l’achat d’un engin neuf étant inenvisageable en raison de son coût : entre 20 et 30 millions de dollars. Baptisée « Chloée », la machine s’avère spectaculaire. Elle pèse 800 tonnes, dont 100 pour sa seule couronne de rotation d’un diamètre de 12 m. C’est un modèle dit « marcheuse », installé sur des patins de 25 m, avec une flèche soudée en trois parties, longue de 65 m. Son moteur électrique, d’une puissance de 1600 kVA, nécessite une alimentation de 6000 V lui permettant de faire fonctionner les autres moteurs de treuil et de rotation. Chloée peut creuser à 42 m de profondeur, et son godet engranger 20 tonnes de matériaux ; sa capacité d’extraction est de 800 tonnes/heures.

Fabienne Berthet Une nouvelle carrière pour une dragline géante, 2013

23


Schemas de recommandations d’amenagements des anciennes « souilles » (excavation creusée sous l’eau) d’extractions de graviers. Ministère de la Qualité de vie et Atelier régional des sites et paysages, Étude des abords de la Basse Durance (Tome 2), 1976


grav’ rentable Ce rapport est le premier d’une série qui rendra compte, au fur et à mesure de leur progression, des études d’aménagement de la Basse Vallée de la Durance. La Durance, considérée longtemps comme un fléau, fut cependant exploitée au fil de l’histoire par des aménagements successifs dans sa Basse Vallée qui reflètent en quelque sorte certaines étapes de notre civilisation. De tous temps des ouvrages de défense ont été dressés pour protéger des crues les plaines agricoles riveraines. Dès le Moyen-Âge des canaux furent construits pour l’alimentation des moulins, puis, devant les bienfaits qu’apportait l’irrigation à l’agriculture, le réseau fut densifié au cours des siècles. Depuis une quinzaine d’années, la Basse Durance, grâce à la forte pente de son lit, contribue à la production d’énergie électrique : cinq usines échelonnées sur un canal industriel longeant la vallée sur plus de sa moitié, offrent une puissance totale de 520 000 KW. Comme autrefois, mais encore bien plus de nos jours, la Durance contribue aussi à la réalisation de grands travaux par la richesse de ses gisements en matériaux de construction. Notre civilisation s’affirmant avec les grands équipements, et entre autres, ceux d’infrastructure et de loisirs, la Durance est plus que jamais sollicitée. Mais le souci de ne pas abuser des ressources naturelles conduit à la planification de leurs exploitations. L’objet de l’ensemble de l’étude est donc une proposition de mise en valeur des ressources offertes par la vallée de la Durance, compte tenu des pressions auxquelles elle est soumise actuellement. Se basant sur un large examen de la situation présente, divers thèmes seront analysés, dont le premier a trait au développement des abords même du fleuve.

direction départementale de l’equipement des bouches-du-rhône et du vaucluse étude des abords de la basse durance (Tome 1), 1975

25


La Durance

Schéma : Étude paysagère commandée par le SMAVD en 1981. Vue aérienne du site des anciennes zones d’extraction du Puy-Saint-Réparade dans les années 80.


La vallée souillée À la fermeture de l’exploitation des gravières, la décharge municipale jouxtait encore le site d’extraction. Après la reprise de sa gestion par le SMAVD, celle-ci a été déplacée plus loin en aval de la rivière et ce n’est qu’en janvier 2000 que la déchetterie « moderne » a été ouverte. Resté dans l’imaginaire collectif un terrain vague, le site a continué à servir de décharge. Jusqu’en 2006, Hubert, le garde rivière du SMAVD, organisait chaque année une campagne de ramassage volontaire des détritus, carcasses de voitures et appareils électro-ménagers qui s’amoncelaient durant l’année. Les derniers aménagements du site ont eu notamment pour objet la restauration d’une prairie qui servait de décharge sauvage. Mais les mauvaises habitudes sont tenaces et le site des gravières est encore régulièrement jonché de détritus, sans qu’il n’existe de collecte organisée efficace pour ce lieu éloigné des parties urbanisées de la commune.

témoignage rapporté d’une visite de site

Campagne de ramassage organisée par le SMAVD en 2006. 27


Les aménageurs Objet technique, zone d’exploitation, lieu de mise au rebut et espace conservatoire, la Durance condense les nombreux paradoxes de nos activités et de nos représentations humaines. Elle a probablement toujours été l’endroit de tumultueuses ambivalences : tout à la fois synonyme de danger, de risque et symbole de vie, ou même d’une sorte de pureté sauvage. Mais aujourd’hui elle porte les cicatrices et les plaies sans cesse rouvertes d’une logique industrielle démesurée, dans laquelle nous sommes nous-mêmes pris au piège. Ces plaies qui saignent de l’eau sont les nôtres, car la Durance circule en nous qui la buvons tous les jours. Pour les peupliers, les odonates, les guêpiers, les cistules, les castors et les innombrables êtres vivants qui bruissent, croissent, s’activent et meurent en son sein, elle persiste à être un lieu de vie. Cet entêtement dans l’entretien consciencieux de leur monde, semble nous adresser de loin de grands signes de sagesse. Comment est-ce possible, que nous, dignes représentants de la noble espèce qui a inventé l’intelligence, nous soyons nous-même condamnés à ne plus pouvoir approcher notre propre monde ? Pour tenter de sortir de cette errance, attardons-nous donc un instant sur les gestes aménageurs de ces autres êtres qui peuplent nos existences et reconsidérons nos propres gestes.

Clémentine henriot

Les bénéfices écologiques du castor sont de mieux en mieux reconnus. Le castor s’affirme comme un agent à part entière de la restauration écologique des cours d’eau. Sa consommation de jeunes saules maintient un milieu jeune et ouvert. En coupant les arbres de la berge, il provoque des rejets de souche et la formation d’un taillis qui favorise le développement de l’avifaune. De plus, cette action induit le développement du système racinaire et donc la stabilisation des berges. Quant aux barrages que le castor peut établir, ils diversifient les conditions hydrauliques, favorisent la rétention des sédiments et de la matière organique, complexifient la géomorphologie fluviale et enrichissent l’offre d’habitat pour la faune. Par conséquent, le castor apparaît comme un agent du dessin des berges.

Yves-François Le Lay, Paul Arnould and Emeline Comby Le castor, un agent en eau trouble. L’exemple du fleuve Rhône.

28


Le barrage, qui est situé dans le Parc national Wood Buffalo, dans le nord de l’Alberta, mesure 850 m de long, nettement plus que la norme pour ces ouvrages qui ne dépassent généralement guère 100 m au Canada. La construction de ce chef-d’œuvre de la nature a vraisemblablement commencé dans les années 1970. « Plusieurs générations de castors ont travaillé sur ce barrage, qui continue de grossir ». La digue était déjà visible sur des photos de la Nasa datant du début des années 1990. Source AFP, Libération, 7 mai 2010


(...) Non loin du Nord il est un monde Où l’on sait que les habitants Vivent ainsi qu’aux premiers temps Dans une ignorance profonde : Je parle des humains ; car quant aux animaux, Ils y construisent des travaux Qui des torrents grossis arrêtent le ravage, Et font communiquer l’un et l’autre rivage. L’édifice résiste, et dure en son entier ; Après un lit de bois, est un lit de mortier. Chaque Castor agit ; commune en est la tâche ; Le vieux y fait marcher le jeune sans relâche. Maint maître d’oeuvre y court, et tient haut le bâton. La république de Platon Ne serait rien que l’apprentie De cette famille amphibie. Ils savent en hiver élever leurs maisons, Passent les étangs sur des ponts, Fruit de leur art, savant ouvrage ; Et nos pareils ont beau le voir, Jusqu’à présent tout leur savoir Est de passer l’onde à la nage. Que ces Castors ne soient qu’un corps vide d’esprit, Jamais on ne pourra m’obliger à le croire (...) Jean de la Fontaine Discours à Madame de la Sablière


Clémentine Henriot Paysagiste et auteur, elle fouille les lisières du réel A travers l’écriture du paysage. Son expérience de concepteur l’a rendue sensible aux modes de transformation de l’espace vécu et perçu dans les processus de projet d’aménagement et incitée à élargir sa pratique à d’autres formes d’expression paysagère, comme l’écriture et la balade urbaine.

Benoit Guillaume Dessinateur de BD, de dessins en extérieur, plusieurs bandes-dessinées, flipbooks, ou encore films d’animation. Benoit Guillaume accompagne le Bureau des guides du GR2013 depuis plusieurs années et intervient sur des balades-dessinées.

David Onatzky Artiste, paysagiste et constructeur, David Onatzky est impliqué sur des projets de création en espaces publics et privés.

Loïc Magnant Co-fondateur du Bureau des guides du GR2013, il anime également des balades.


Qui aménage le site des gravières ? Ancien site d’extraction industrielle, le site des gravières du Puy-Sainte-Réparade est marqué par les interventions humaines. La mise en eau du canal de Provence semblait avoir figé, une fois pour toute, le sort de la rivière et de ses aménagements, mais la gestion de la biodiversité, des ouvrages et du partage de l’eau montre que la Durance reste l’objet de perpétuelles négociations. Une promenade attentive des gravières révèle au fur et à mesure du parcours les traces plus ou moins discrètes d’autres présences. L’homme ne serait-il donc pas l’unique aménageur des ces lieux ? D’habitats en jardinages, à coups de becs ou à coups de dents, se révèle une foule d’autres aménageurs quotidiens ou temporaires, à feuilles, à poils et à plumes, cohabitants sur ces rivages. Et parmi eux - à bien y réfléchir - la rivière finit elle-même par s’imposer comme le premier et sans conteste le plus puissant d’entre tous.

www.gr2013.fr


Turn static files into dynamic content formats.

Create a flipbook
Issuu converts static files into: digital portfolios, online yearbooks, online catalogs, digital photo albums and more. Sign up and create your flipbook.