Burnhaupt-le-Bas
Autour du Burn,
um der Burn uma
Sommaire Chap. 1 - Un peu d’histoire…
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Chap. 5 - Au fil des jours
La préhistoire
Souvenirs d’école
De la préhistoire à la Révolution
Les conscrits
Les grands conflits
Les fêtes et les réjouissances
Chap. 2 - L’évolution du village
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Chap. 6 - La vie religieuse
Le site
L’église Saints-Pierre-et-Paul
L’évolution de la population
La chapelle Saint-Wendelin
L’habitat
Les pratiques religieuses
Les nouveaux équipements communaux
Les curés
La municipalité
Le conseil de fabrique
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La chorale
Chap. 3 - La vie agricole
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L’organisation de la vie rurale
Chap. 7 - La vie associative
Les cultures
Le Vélo-Club
L’élevage
Les ensembles musicaux
Les techniques agricoles
Le corps des sapeurs-pompiers
Les premiers tracteurs
Les Majorettes
L’agriculture aujourd’hui
L’Association de Pêche
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Les sociétés d’arboriculture
Chap. 4 - La vie au quotidien Une journée il y a cent ans Les vieilles maisons Les métiers et les commerces Les auberges et les bistrots Le Rachamarkt Les modes et les costumes
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L’Association Sportive de Burnhaupt-le-Bas L’Association Sports et Culture de Burnhaupt-le-Bas Les associations CREP et ECRIN Le Club Edelweiss Les Schnooga
Avant-propos Um der Burn uma… une mémoire pour le futur
C
e Burn, qui a donné son nom à notre village, ce vieux Burn, en aura vu des événements. D’abord simple source, plus tard abreuvoir et lavoir, au centre du village, il était le point de ralliement des villageois.
Il en a vu passer des gens, génération après génération, mais aussi des drames, des guerres, des invasions. Témoin muet, il a également entendu les rires et les cris des enfants qui jouaient autour de lui, l’agitation des fêtes et des mariages, il a connu le bruit des bottes et des chars, des événements heureux ou dramatiques. Témoin muet, oui. Alors essayons de raconter à sa place, de ressusciter un peu ces événements. Le passé compose notre présent. Mais la mémoire est fugace, les souvenirs s’estompent. Le conseil des anciens avait ces dernières années rassemblé en trois recueils des témoignages. Dans la série “Afin que la mémoire demeure…”, il avait d’abord reconstitué les tragiques événements de la dernière guerre mondiale, en particulier le destin des “malgré-nous”. Puis il avait réuni des souvenirs personnels ou professionnels, des anecdotes, des faits marquants du passé de notre village. Burnhaupt-le-Bas n’a pas de monuments impressionnants, aucun homme célèbre n’y a vu le jour, aucun événement historique n’a marqué son passé. Et pourtant, de nombreux témoignages de son histoire se sont accumulés sous différentes formes : documents, photos, récits. Au fil des années, ces témoignages disparaissent. Le conseil des anciens, avec l’aide de la municipalité, a voulu sauvegarder cette mémoire collective. Le présent ouvrage n’est pas un livre d’histoire. S’il est destiné à raviver les souvenirs de ceux qui ont vécu la période récente, il est aussi essentiellement destiné aux générations futures. Ces dernières années, notre village a accueilli de nombreux habitants venus d’autres horizons. Ce livre leur permettra de mieux connaître leur nouveau cadre de vie. C’est notamment sous forme iconographique que nous avons voulu raconter les années passées, particulièrement le XXe siècle. Nous remercions toutes les personnes qui ont accepté de fouiller dans les boîtes à chaussures où dormaient des photos jaunies par le temps, de nous confier des documents, de raconter leur vécu. Un grand merci aussi à tous ceux qui ont accepté de rédiger les textes, qui ont fait des recherches, qui se sont investis dans ce travail. Cette recherche n’est pas exhaustive, et il est possible que l’on y trouve des erreurs ou des omissions. Que le lecteur ne nous en tienne pas rigueur. Nous avons essayé de faire au mieux avec les éléments dont nous disposions. Nous espérons que chacun trouvera du plaisir à feuilleter ces pages du passé.
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1 Un peu d’histoire...
L’histoire et les hommes ont façonné notre cadre de vie. Celui-ci est en perpétuelle évolution. Avant d’aborder le XXe siècle, il est bon de revoir quelques faits essentiels.
La préhistoire
S
itué à la limite du Sundgau, au débouché de la trouée de Belfort et de la vallée de la Doller, Burnhaupt a été colonisé dans un lointain passé. Nœud de communication entre la Bourgogne et la plaine d’Alsace, au carrefour de routes joignant Mulhouse, Altkirch, Dannemarie, Masevaux, Thann et Cernay, le site a attiré depuis longtemps les populations à la recherche d’un point de chute. Les nombreuses sources de la région, une terre fertile, ont favorisé le choix de ce lieu d’implantation.
Reproduction d’un vase décoré à la cordelette reconstituée d’après le résultat des fouilles Ochsenmattenstraeng.
© “20 ans de découvertes archéologiques à Burnhaupt-le-Bas”, APRAA.
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Si le nom de Burnhaupt, Brunnhobetum, n’apparaît qu’en l’an 823 dans les documents, il est certain que les lieux étaient habités beaucoup plus tôt. Les fouilles archéologiques ont mis au jour des traces d’habitat très ancien, et les vestiges de voies romai nes de la région montrent l’importance du site de Burnhaupt. Les fouilles réalisées par Joseph Lack et Christian Jeunesse ont démontré que le site était déjà occupé au néolithique. Environ 5 000 ans av. J.-C., au lieudit Ochsenmattenstraeng, il existait une implanta tion, les tessons de poterie du type ”rubané” en attestent. De l’époque 4 400 à 4 200 av. J.-C., on a retrouvé des fragments de poteries, de haches et de meules au Spechbachstraeng et au lieu-dit Oberlach. L’Ochsenmattenstraeng a fourni également
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des éléments de poterie dite ”cordée” datés de 2 800 à 2 400 avant notre ère. Au lieu-dit Roden, les vesti ges signalent l’existence d’un village au néolithique moyen (4 500 à 4 200 av. J.-C.), et la présence d’une nécropole de la fin de l’âge du bronze (vers 1 200 av. J.-C.). Enfin, au Hagendorn, des restes de briques et de tuiles ainsi que de céramiques permettent de penser qu’à cet endroit se trouvait un bâtiment, sans doute une exploitation agricole, à l’époque gallo-romaine (52 av. J.-C. à 400 ap. J.-C.). Pendant les fouilles.
De la préhistoire à la Révolution
M
ais cette situation, qui a donc attiré nos ancê tres à la recherche d’un lieu d’implantation, a eu également comme conséquence de situer notre village sur le passage des belligérants lors des nom breuses guerres qui ont ravagé la région.
Successivement propriété des ducs d’Alsace, des abbayes de Murbach et de Masevaux, des comtes de Ferrette et de la seigneurie de Thann, Burnhaupt se retrouve dans le domaine des Habsbourg en 1324.
Extrait d’une carte de 1594.
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Communauté importante, le village est le siège d’une prévôté, Vogtei, et d’une mairie, Meyertum. À plusieurs reprises le village est saccagé, pillé, voire détruit par les guerres : les ”Anglais” pendant la guerre de Cent Ans, les Bourguignons en 1428, les Armagnacs en 1444, les Suisses en 1468. Les épidémies aussi déciment les populations, plusieurs villages proches de Burnhaupt disparaissent : Neudorf, Eulensegen, Ernweiler, Klein-Ensisheim. La guerre des Paysans en 1525, plusieurs épidémies de peste au début du XVIIe siècle, de nombreux incendies, font leurs ravages. La guerre de Trente Ans, 1618-1648, est sans doute l’évé nement le plus douloureux que subirent nos ancêtres, à la fin du conflit on ne recense plus que 44 chefs de famille, en 1659. On compte aussi le cheptel : 48 che vaux, 32 bœufs, 51 vaches, 0 mouton, 179 cochons. C’est à cette époque qu’arrivent dans la région de nombreux immigrants pour repeupler nos villages et cultiver les terres laissées à l’abandon. Ils viennent pour la plupart des cantons catholiques de Suisse (Lucerne, Argovie, Soleure, …), également de l’Alle magne du Sud (Souabe, Bade, Bavière).
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Alors que l’on trouve les patronymes : Bitsch, Kirscher, Gensbittel, Hirth, Wetzel, Sutter (Seiter), Neff, Hurst, Schwebelen, Schnebelen, Sester, Deiber dans les plus anciens écrits, on voit apparaître dans la deuxième moitié du XVIIe siècle des noms nou veaux : Hegy, Maurer, Sender, Silbermann, Boeglen, Tschaen, Kuenemann, Rudler, Bisantz, Weiss, Hibschherr, Strich, Haas, Beth, Keck, Laperel, Gida, Greder, Stemmelen, Hugart... En 1648, à la suite du traité de Westphalie, la sei gneurie de Thann passe à la France, elle est attribuée par Louis XIV à Mazarin et par succession échoit à la famille Grimaldi de Monaco, comte de Ferrette et seigneur de Thann. Cette situation dure jusqu’à la Révolution de 1789. Pendant les guerres napoléoniennes, plusieurs Burnhauptois trouvent la mort sur les champs de bataille loin de leur village natal : en Italie, en Espagne, en Belgique, … Au XVIIIe siècle, quelques familles cèdent à l’appel de l’aventure et rejoignent les ”États de l’Amérique” où certains vont faire souche.
Au recensement de 1698, on totalise 68 chefs de famille, 34 chevaux, 78 bœufs et 106 vaches.
Les grands conflits L’annexion par l’Allemagne (1871-1918) La guerre de 1870-1871 marque le début d’une nou velle situation. Une vingtaine de Burnhauptois qui faisaient leur service militaire dans l’armée françai se sont fait prisonniers par les Allemands. Après la défaite de 1871, l’Alsace est incorporée à l’Empire allemand. De nombreux Alsaciens n’acceptent pas cette situation et préfèrent quitter leur pays natal et rejoindre le territoire français. On ignore le nombre d’optants de Burnhaupt-le-Bas, toutefois il est cer tain que quelques-uns se rendent dans le Territoire de Belfort pour signer le document de demande de la nationalité française pour marquer leur attachement à la France, mais reviennent ensuite au village.
Restaurant Au Sapin, Gnaedig, puis Mutz, rue Principale.
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Un peu d’histoire…
Après la défaite de 1871, beaucoup d’Alsaciens optèrent pour la nationalité française. Pour certains, ce fut un départ définitif vers la France ”de l’intérieur”, pour d’autres, un acte symbolique.
Thiébaut Tschaen en uniforme allemand.
D’autres Alsaciens durent faire leur service militaire dans l’armée allemande, tel Ignace Sother.
À partir de 1871, la région se retrouve donc sous la domination de l’Empire allemand : c’est l’arrivée des fonctionnaires allemands, l’enseignement en allemand, mais aussi l’incorporation (déjà !) des jeunes Alsaciens dans l’armée allemande. Et, en août 1914, la Première Guerre mondiale éclate.
L a rue Principale en 1913 avec, à gauche, l’auberge Spenlinhauer, devenue Weiss-Kroener, À l’Agneau.
L’auberge Weiss-Kroener, À l’Agneau, en 1913.
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La rue Mecken, maintenant rue de la Mairie, en 1913.
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L’auberge Braun ou Zur Sonne en 1913, devenue Au Raisin.
La Première Guerre mondiale (1914-1918) Dès le début du conflit, les troupes françaises, venant du Territoire de Belfort, bousculent les trou pes allemandes, avancent jusqu’à Mulhouse puis sont obligées de se replier. Après des combats meurtriers du 4 décembre 1914 au 10 janvier 1915, Burnhaupt-le-Bas est en ruines. Le village a été pris et repris à plusieurs reprises par les deux adversaires. Le 1er janvier 1915, toute la popu lation est évacuée vers Heimsbrunn et Morschwiller, certaines familles doivent s’installer dans le Bas-Rhin voire en Allemagne. Les exilés ne savent pas que leur absence va durer cinq longues années.
Au début de la guerre, les militaires, tant français qu’allemands, réquisitionnèrent ce dont ils avaient besoin. Ci-contre la liste établie par Eugène Weiss père qui énumère les biens confisqués et leur valeur : un cheval pour 600 marks, 5 poules et une oie pour 14 marks, ...
La population de Burnhaupt doit évacuer le village le 1er janvier 1915.
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Groupe de soldats alsaciens dans l’armée allemande.
Quelques hommes du village, pour éviter d’être enrôlés dans l’armée allemande, profitent des combats pour rejoindre les troupes françaises, plusieurs s’engagent dans l’armée.
Un peu d’histoire…
Les habitants de Burnhaupt sont évacués pendant la guerre. Il leur faut un laissez-passer pour s’occuper de leurs champs.
T ableau peint par un soldat allemand, M. Kuhl, illustrant l’incendie de l’église paroissiale le 15 juillet 1915.
Les Allemands réquisitionnent les cloches de l’église, elles sont transportées à Francfort pour servir à la fabrication de canons.
Les cloches de Burnhaupt-le-Bas stockées à Francfort avant d’être fondues.
Le front se stabilise dans notre secteur : les Français se sont enterrés dans leurs abris en lisière du Buchwald, les Allemands fortifient plusieurs maisons du village abandonné par ses habitants. Un réseau de tranchées court d’un bunker à l’autre. Tout autour du village, de nombreux bunkers avec emplacements de tir, abris pour les munitions, cantonnements, poste de secours,
Quelques Burnhauptois, dont Édouard Mehrung, profitèrent de l’offensive française au début de la guerre pour rejoindre les rangs français.
Eugène Neff déserta de l’armée allemande pour rejoindre l’armée française. Plus tard, il fut sous-préfet d’Altkirch.
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