Ostheim, sur les bords de la Fecht

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Ostheim

Schoppenwihr

An d’r Facht entlàng

Sur les bords de la Fecht ®


Alphonse de Lamartine (1790-1869), Premières Méditations poétiques, le Lac.

I Au fil du temps, au fil des ans

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L’homme n’a point de port, le temps n’a point de rive ; il coule, et nous passons !

Aux origines Une occupation du site depuis la préhistoire

B

ien que le nom d’Ostheim n’apparaisse dans des documents qu’en 785, les récentes fouilles archéologiques de 2007 ont montré que le site, et en particulier la zone de confluence de la Fecht et de l’Altenbach (lieu-dit Birgelsgaerten), a été occupé de façon permanente dès l’époque protohistorique. Ces recherches ont permis de mettre au jour des vestiges insoupçonnés, attribués aux quatre grandes phases chronologiques, de l’époque protohistorique au haut Moyen Âge. C’est ainsi que les archéologues ont découvert une lame de hache en jadéite, roche rare de la famille du jade et extrêmement résistante, provenant du mont Viso dans les Alpes italiennes. D’une longueur de 18,6 centimètres, elle était plantée verticalement dans le sol, le tranchant vers le haut. Datée de la seconde moitié du V e millénaire avant J.-C., cette lame polie équipait une grande herminette à manche coudé destinée à l’abattage d’arbres. Après ce premier usage, cette lame a été à nouveau soigneusement polie pour l’amincir et la lustrer. Une rainure a été entaillée sur une de ses faces. L’état de surface de cette lame et la position de son dépôt en font très probablement un objet à connotation religieuse. Elle était malheureusement isolée sur le site et aucun autre vestige de la même époque n’a été découvert.

La hache en jadéite, roche rare de la famille du jade. © PAIR.


Au fil du temps, au fil des ans

Époque protohistorique [2200 à 50 av. J.-C.] Av. J.-C.

2200

2000 2100

1800 1900

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600 700

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50 100

Bronze ancien Bronze moyen Bronze final 1er âge du Fer Hallstatt 2e âge du Fer La Tène

À partir du bronze ancien, la fréquentation du site est plus régulière, comme en témoignent les quelques structures mises au jour et, en particulier, une petite fosse avec de nombreux tessons de céramique et la sépulture isolée d’une femme âgée, datée de la fin de cette période. Les découvertes attribuées au bronze final signa­ lent une occupation permanente du site et nous révèlent un foyer à galets chauffés, des fossesdépotoirs ou d’extraction de lœss et des vases funéraires. Plusieurs dépôts de crémation ont également été mis au jour. Il s’agit de trois urnes funéraires contenant chacune des os humains brûlés, dont l’une, les restes de deux enfants en bas âge. Des objets d’offrande, et notamment un petit gobelet à épaulement et des perles en bronze calcinées, ont aussi été retrouvés sur le site. Quant au lœss, une argile d’origine éolienne, son usage est bien connu dans la confection du torchis.

ne paire de fibules serpentiformes en bronze, U agrafes pour fixer un vêtement. © PAIR.

Les périodes suivantes, dites du Hallstatt puis de La Tène, nous ont laissé quelques vestiges bien originaux, en particulier une fosse d’un diamètre de deux mètres comportant une banquette intérieure circulaire. À sa base, ont été découvertes une épingle en bronze et une paire de fibules serpentiformes en bronze avec des incrustations en corail : ces bijoux datent du VIe siècle avant J.-C. Une autre fosse de forme allongée de plus de cinq mètres, datée entre l’extrême fin du Hallstatt et le début de La Tène, conservait une grande quantité de céramiques, dont plusieurs exemplaires complets, ainsi qu’une petite pointe de lance en fer.

Le gobelet à épaulement. © PAIR.

Une petite pointe de lance en fer. © PAIR.

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II Après les conflits, la vie reprend…

François Andrieu (1759-1833), Le Meunier sans souci.

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Hélas ! Est-ce une loi sur notre pauvre terre Que toujours deux voisins auront entre eux la guerre ; Que la soif d’envahir et d’étendre ses droits Tourmentera toujours les meuniers et les rois ?

De la guerre des Paysans à la guerre de 1870

À

travers les temps, Ostheim, de par sa situation particulièrement exposée dans la plaine d’Alsace, subit toutes sortes de vicissitudes : les luttes contre les mercenaires sauvages du XIV e siècle, la guerre des Armagnacs, la guerre des Paysans, la guerre de Trente Ans, la guerre de Hollande, la guerre de 1870 et les conflits du XXe siècle. Dès 1524, le curé d’Ostheim, Rudolphe Theuber, reconnaît les erreurs du pape et participe en 1525 à la révolte des paysans comme “pasteur avec ses brebis”. Il est massacré à la bataille de Scherwiller le 20 mai 1525. Au cours du siècle suivant, Ostheim connaît l’incertitude et la précarité de la guerre de Trente Ans (1618-1648). Même si la commune subit le passage régulier des troupes, elle sera relativement épargnée.

Enfin, lorsque Louis XIV décide de prendre des mesures militaires en Alsace pour briser la résistance de la Décapole, les habitants d’Ostheim cherchent protection derrière les murs de Ribeauvillé et de Riquewihr. En effet, la guerre de Hollande (1672-1678) va ruiner En Alsace, comme dans une grande partie du Saint Empire romain germanique, les paysans prennent les le pays du nord au sud, comme aux plus armes au nom de l’Évangile pour promouvoir un monde sombres jours de la guerre de Trente Ans. À la fraternel, sans seigneurs ni maîtres. Leur emblème est le Pentecôte de l’an 1679, les villageois célèbrent Bundschuh, le soulier à lacets du peuple. Ils pillent les à nouveau le culte dans leur église à Ostheim. maisons religieuses, menacent les châteaux, rallient à Ainsi, dans les registres paroissiaux, on ne leur cause l’immense majorité des villages et un grand trouve pas trace de baptême, confirmation, nombre de villes. Mais leurs premiers succès se terminent mariage ou enterrement durant ces cinq rapidement dans un immense bain de sang.” années d’exil.

Extrait de La Guerre des Paysans, Georges Bischoff.


Après les conflits, la vie reprend…

Le portrait de Jean Baechler, un vétéran de la guerre de 1870

I

l avait à peine vingt ans en 1870, lorsqu’il fut enrôlé dans l’armée de Napoléon III, avec pour mission de repousser l’envahisseur prussien. D’une longévité exceptionnelle, il a connu les premiers trains à vapeur, vu l’électricité entrer dans les maisons, la voiture remplacer les transports attelés. Il a connu trois républiques, seize présidents, cent dix-huit premiers ministres, et a traversé trois conflits majeurs. Né le 9 août 1849 à Ostheim, Jean Baechler est fils d’agriculteurs. Chaque été, il doit aider aux champs et ne fréquente l’école que durant les longs hivers alsaciens. Son premier souvenir : l’épidémie de choléra qui frappe Ostheim en 1853. En 1870, lorsque la guerre franco-prussienne éclate, il s’engage pour défendre son pays menacé. Il est alors affecté aux gardes mobiles stationnés à Neuf-Brisach. Simple soldat, Jean Baechler assure des tours de garde aux portes et près des remparts de la ville. Sa mission est périlleuse : les Allemands, dès le 8 octobre, bombardent la place forte. Un soir, Jean Baechler est de garde auprès d’un des cinq canons placés sur les glacis de la porte de Bâle. Vers les deux heures du matin passe la ronde d’officiers. Son camarade, originaire de Vogelgrun, garde la pièce de droite. La patrouille avance. “Halte là !” lance le camarade de Baechler (ce sont les seuls mots de français qu’il puisse dire). “Ronde d’officier ” lui répond-on. Et le brave alsacien de crier : “Rond ou carré, tu ne viendras pas toucher mon canon !” Amusé, Jean Baechler aimait à raconter cette anecdote quatre-vingts ans après l’avoir vécue.

les honneurs par la porte de Bâle pour rendre les armes. Jean Baechler est alors envoyé plusieurs mois dans le SchleswigHolstein, où il subit une rude captivité. Après la guerre, revenu au village, il se marie avec Madeleine Manny, une enfant du pays. Il tient alors une petite boutique de cordonnerie à Ostheim. En 1890, attiré par la terre, il devient paysan comme son père et son grand-père avant lui. Par deux fois encore, Jean Baechler connaît la guerre : les Allemands envahissent et annexent sa chère Alsace et il doit changer de nationalité à plusieurs reprises. Fin décembre 1944, sa maison est détruite par les bombardements. Il quitte alors Ostheim et part trouver asile à Colmar, auprès d’un de ses fils et de sa belle-fille. Dans les années 1950, Jean Baechler est un centenaire alerte qui conserve toutes ses facultés. Durant de longs moments, il racon­ te ses souvenirs sur la guerre de 1870 aux visiteurs qu’il aime recevoir. Jean Baechler décède dans la nuit du 15 mars 1955. Il était titulaire de la croix d’honneur du mérite civique, de la médaille commémorative de 1870-1871, de la médaille militaire de 1870-1871. En janvier 1950, le Maréchal de Lattre de Tassigny lui avait remis la Légion d’honneur au titre d’ancien combattant de 1870. Considéré à tort par certains comme l’ultime vétéran français de la guerre de 1870, il était en réalité le dernier survivant de l’Est de la France.

Sans que les moyens de défense de la ville aient été véritablement mis à mal, Neuf-Brisach se rend à l’ennemi le 11 novembre 1870. 087 autres Jean Baechler et 5  combattants français sortent avec

Ostheim mémoires entrelacées

J ean Baechler, un vétéran de la guerre de 1870.

Ce qui s’est passé à Ostheim et en Alsace

Jean Baechler fête ses cent ans en 1949. Il est accueilli par le maire Eugène Grieser.

1871

1872

1873

L’Alsace et la Moselle deviennent pays d’Empire (Reichsland).

La création du corps des sapeurs-pompiers d’Ostheim.

31 mars : la disparition officielle de tous les relais de poste aux chevaux.

• L ’introduction par

• L e krach boursier en Allemagne

18 avril : l’introduction de l’obligation scolaire dans le Reichsland d’AlsaceLorraine.

Ce qui s’est passé à la même époque

• L a proclamation de

la IIIe République française et de l’Empire allemand.

Bismarck d’une nouvelle unité monétaire : le mark.

1874 29 octobre : un décret institue une assemblée régionale d’Alsace-Lorraine.

en automne 1873. La crise se prolonge jusque vers 1878-1879 et atteint les pays d’Europe centrale.

1879

1880

Le Reichstag d’Allemagne octroie une constitution aux territoires occupés d’Alsace-Lorraine. Ils disposent d’une certaine autonomie sous l’autorité d’un gouverneur (Statthalter) nommé par l’empereur.

La construction du premier pont métallique sur la Fecht dans le village.

• J ules Grevy, élu en 1879,

est président de la République française.

21


III La vie économique au XXe siècle

Jean-Baptiste Say, économiste français (1767-1832).

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L’économie est fille de la sagesse et d’une raison éclairée : elle sait se refuser le superflu, pour se ménager le nécessaire.

Les travaux agricoles D

ans un article paru dans les Dernières Nouvelles d’Alsace en 1964, intitulé Petite chronique d’Ostheim, on découvre ce récit sur l’activité agricole : “Mis à part quelques petits cultivateurs, Ostheim possède surtout un certain nombre de grandes exploitations, dont la plupart comprennent des élevages de bovins et qui sont équipées de tout le matériel nécessaire. Ces exploitations sont surtout spécialisées dans la culture du blé et du maïs. Les pommes de terre sont une denrée assez peu cultivée. Certains particuliers ont même eu des difficultés à s’approvisionner sur place. On peut également signaler qu’Ostheim ne compte plus que deux familles de planteurs de tabac.” Près d’un demi-siècle plus tard, le paysage agricole ostheimois s’est transformé : l’élevage bovin a disparu, la culture céréalière et surtout la plantation de maïs ont pris de l’ampleur. Le village compte aujourd’hui des exploitations agricoles avec des activités très diversifiées et notamment un élevage porcin, une exploi­tation avicole, la culture fruitière et maraîchère.

En route vers les champs

A

ssis sur une carriole attelée à un cheval ou encore à pied, c’est ainsi que les villageois se rendent aux champs pour effectuer les travaux saisonniers.

Un jeune homme pressé encourage son cheval. n Ostheimois se rend aux champs avec U sa carriole et la charrue attelées aux chevaux.


La vie économique au XXe siècle

Dans les champs

A

Charles Spiegel et son épouse, de retour des champs, en 1920.

nton Tchekhov (1860-1904) a écrit dans son ouvrage Calepin : “Les paysans sont sans cesse au travail et c’est un mot qu’ils n’utilisent jamais.” Jusque dans les années 1960, le travail dans les champs est très peu mécanisé et nécessite beaucoup de main-d’œuvre. Que ce soit au moment des semailles ou des récoltes, toute la famille est mobilisée pour terminer le travail avant la venue du mauvais temps.

Jacques Froehlich, lors des moissons, après la Seconde Guerre mondiale.

S uzanne et Henri Froehlich, lors des moissons de 1946. Des chevaux tractent la moissonneuse. À droite, Marthe et Charles Froehlich.

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IV Sur les bancs de l’école

Paul Valéry (1871-1945), Variété : Le Bilan de l’intelligence.

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L’école n’est pas seule à instruire les jeunes. Le milieu et l’époque ont sur eux autant et plus d’influence que les éducateurs.

L’école d’Ostheim,

des années 1830 à la veille de la Seconde Guerre mondiale Une école en avance sur son temps

D

éjà en 1833, lors de sa séance du 25 août, le conseil municipal d’Ostheim réfléchit à la possibilité de réunir les enfants des deux confessions dans une même école. Les élus sont favorables à cette idée. Dans le compte rendu de la séance, figure la phrase suivante : “Le conseil, quoique prévoyant tout le bien qui en résulterait si le germe de l’union et de la bonne harmonie pouvait être posé dans le cœur des enfants des deux cultes en leur donnant l’instruction primaire ensemble […].” Le conseil municipal est cependant obligé de renoncer à ce projet de centraliser les deux écoles. En effet, la commune ne

L’école primaire protestante avant-guerre.


Sur les bancs de l’école

possède pas de local assez vaste pour accueillir les enfants des deux religions et les ressources manquent pour la construction d’un nouveau bâtiment. Par conséquent, les deux écoles seront maintenues.

La reconstruction de l’école protestante dans les années 1830

E

n 1829, le conseil municipal vote l’aliénation d’une maison, dite Salpêtrière, et d’un jardin appelé Hinter­ garten. La vente de ces biens doit permettre de couvrir en partie les frais liés à la reconstruction de l’école protestante. La demande est adressée au préfet, qui la transmet avec avis favorable au ministre de l’Intérieur. Une ordonnance du roi, datée du 13 mars 1829, autorise la transaction et la reconstruction de l’école protestante.

Une ordonnance du roi, datée du 13 mars 1829, autorise la transaction et la reconstruction de l’école protestante.

Une salle d’asile et deux écoles pour les filles

M

algré des moyens financiers très limités, le conseil municipal décide, lors de sa séance du 10 mai 1856, de créer une salle d’asile, et, le 10 août 1858, il décide d’ouvrir deux écoles de filles. Aussi, il dépose une demande d’aide auprès de la préfecture. L’inspection académique est de fait consultée et émet un avis enthousiaste : “Cette demande mérite d’être prise en grande considération. Non seulement la commune fait des sacrifices considérables pour s’approprier convenablement les locaux nécessaires, mais l’entretien des instituteurs et de la directrice d’asile sont pour elle un surcoût de dépenses. Ces établissements répondent d’ailleurs

Le plan de l’école de filles et de la salle d’asile.

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V

William Shakespeare (1564-1616), Le Marchand de Venise.

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S’il était aussi facile de faire que de savoir ce qu’il faut faire, les chapelles seraient des églises et les chaumières des palais.

Les premières dates

La vie de nos églises

marquantes

E

n l’an 785, l’abbaye de Fulda possède des biens à Ostheim. Puis, entre 987 et 1183, ce sont les abbayes d’Ebermunster et d’Étival, près de Saint-Dié, et le couvent des Unterlinden de Colmar qui gèrent des possessions à Ostheim. Enfin, le village apparaît comme une paroisse en 1187. La commune d’Ostheim fait alors partie du doyenné Ultra Colles Ottonis (Colmar et villages à l’ouest de Colmar) de l’évêché de Bâle. Intermédiaire entre l’évêque et les curés, le doyenné est chargé d’organiser le ministère et de faire respecter la discipline ecclésiastique. Au XIIIe siècle, le développement des doyennés dans le diocèse de Bâle correspond à l’essor territorial des paroisses.

Une communauté de béguines s’installe à Ostheim en 1284. Ces femmes laïques mènent une vie de religion, vouée à des activités caritatives, sans avoir à prononcer de vœux perpétuels. Elles possè­ dent aussi leurs propres ateliers. Jusqu’en 1534, Ostheim est un village catholique. La réforme est alors introduite dans la seigneurie de Riquewihr, notamment grâce aux efforts du prédicateur Mathias Erb de Riquewihr. Le duc Georges de Wurtemberg, également comte de Montbéliard, sera un ami et protecteur ardent de la réforme. À sa mort en 1558, le tuteur de son fils unique Frédéric, instaure la doctrine luthérienne.

La construction de la maison curiale en 1820

L

e conseil municipal décide de construire en 1820 une maison commune et curiale, comportant notamment un logement de sept pièces pour le curé. Cette construction est autorisée par ordonnance du roi, datée du 26 janvier 1820.

En janvier 1686, le culte catholique est à nouveau pratiqué à Ostheim, comme annexe de la paroisse de Beblenheim. En 1738, Ostheim est érigé en paroisse catholique, qui sera rattachée à l’évêché de Strasbourg en 1802.


La vie de nos Églises

La construction d’un nouveau presbytère à la fin du XVIe siècle

I

l y a 450 ans, après l’introduction du culte luthérien, une nouvelle vie religieuse s’installe dans le territoire de la seigneurie de Riquewihr, avec une forte volonté de dévelop­ pement et de changement. À Ostheim, l’autorité religieuse admet alors que l’état du presbytère laisse à désirer et qu’il faut penser à une nouvelle construction. Sur ordre de Frédéric Ier, duc de Wurtemberg et de Mont­ béliard, et suite à un courrier du 23 mars 1592 qui ordonne la construction dans le bourg d’Ostheim d’une nouvelle habitation pour le pasteur, les élus de Riquewihr doivent engager les deux charpentiers Georges Kuntz et Dionicius Martin de Ribeauvillé pour bâtir la maison. Les dimensions de la maison (44 pieds de long et 32 pieds de large) ainsi que son aménagement intérieur sont décrits très précisément : un grand et un petit salon ; à côté de chaque salon, une chambre ; entre les deux salons, une cuisine ;

et sous le toit, quatre chambres et deux escaliers. Quant au bois à utiliser, il provient des grandes forêts seigneu­ riales entre Riquewihr et Aubure. Tous les corps de métier (maçon, maître menuisier, serrurier, verrier) participent à la construction de l’édifice au cours de l’année 1592. Les villageois sont également mis à contribution sous forme de corvées. Mais ils refusent de coopérer. Pour les rendre plus obéissants, le sacristain, Jean Fehr, fera venir du vin de Riquewihr. Les dépenses sont considérables et l’argent ne suffira pas à terminer la bâtisse. En effet, le pasteur Jacques Wolf, origi­ naire de Reutlingen, logera avec sa femme et ses enfants à l’auberge de Jacob Rupp durant neuf mois. De nouveaux travaux sont entrepris en 1594 pour terminer le presbytère : dallage du salon, des corridors, des chambres et de la cave.

L’histoire singulière des églises d’Ostheim

Une église pour les deux communautés chrétiennes

L

a petite église primitive catholique a proba­ blement été construite courant du XIIIe siècle. Située au milieu d’un cimetière, près d’un ossuaire, elle se compose d’une nef, d’un chœur et d’une tour. Sa dimension est modeste : 48 pieds de long et 21 pieds de large, soit 16 mètres sur 7. Elle est dédiée à saint Nicolas. En 1686, la petite église devient une église simultanée, qui est mise à la disposition de deux communautés, et ce, jusqu’en 1854. Vers la fin du XVIIIe siècle, un contemporain décrit l’église comme suit : “Trop petite et vieille, dans un état pitoyable, dans un délabrement honteux, cette église ressemble plutôt à une salle de comédie qu’à une maison de prière”. Dès 1767,

la municipalité et les deux paroisses élaborent un projet d’agrandissement de l’église. En 1778, le curé royal Schmitt adresse une demande d’agrandissement de l’église à l’intendant d’Alsace. Ce dernier lui répond qu’un agrandissement ou une

Saint Nicolas, patron de la paroisse catholique

N

é vers 270 en Asie Mineure et évêque de Myre (actuellement Demre, en Turquie), saint Nicolas participe au concile œcumé­ nique de Nicée en 325. Il meurt un 6 décembre, entre 345 et 352. En 1087, des corsaires s’emparent de ses reliques et les emmènent à Bari, en Italie du Sud. À partir de ce moment-là, le culte de saint Nicolas se développe très rapidement, tant en Orient (patron de la Russie) qu’en Occident (patron de la Lorraine).

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VI Les Ostheimois animent leur village

Abbé Pierre (1912-2007).

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L’amitié, c’est ce qui vient au cœur quand on fait ensemble des choses belles et difficiles.

Le Vélo-Club d’Ostheim D

ès le début du XXe siècle, quelques passionnés de la “ petite reine” se rencontrent pour fonder le Vélo-Club d’Ostheim et partager la pratique de leur sport favori. Mais nous ne possédons pas plus d’information sur cette association, l’une des plus anciennes du village, si ce n’est qu’elle n’existe plus aujourd’hui.

Le Vélo-Club à l’occasion d’une fête avant-guerre.

Le Vélo-Club devant les anciens jardins Ostermann, rue de Colmar, avant la Seconde Guerre mondiale.


Les Ostheimois animent leur village

Le Vélo-Club avant l’ère des dérailleurs.

Une course du Vélo-Club avant-guerre.

Le Vélo-Club dans les années 1930

L’équipe du Vélo-Club au départ d’une course interne en 1930.

L e Vélo-Club défile dans le village en reconstruction, rue Schweitzer. Une des rares photos de la façade sud du nid de cigognes.

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Cicéron (106-43 avant J.-C.), De Finibus.

VII Au cœur de la vie publique

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Les lois placent le bien public au-dessus des intérêts particuliers.

La mairie La maison commune et curiale

P

our gérer efficacement la commune avec le conseil municipal, les premiers maires se rendent rapidement compte qu’il leur faut un local correct. En 1809, le conseil municipal doit tenir ses sessions dans la maison du maître d’école, faute de maison commune. Le 26 janvier 1820, une ordonnance du roi autorise le maire à construire une maison commune et curiale. Cette dernière sera financée avec le produit de la coupe anticipée de trois hectares de

La mairie avant-guerre, avec son clocheton.

Le plan de la mairie construite en 1820. © Archives départementales du Haut-Rhin.


Au cœur de la vie publique

bois et avec l’excédent des revenus ordinaires. Ce bâtiment comprend la salle destinée aux réunions, un corps de garde, une prison, un local d’incendie et un appartement pour le curé. L’édifice sera détruit lors des bombardements de l’hiver 1944-1945. Le 28 octobre 1929, le conseil municipal décide, afin de moderniser le fonctionnement de la mairie, d’acheter une machine à écrire d’une valeur de 2 200 francs. L’acquisition a certainement présenté quelques difficultés : le premier

extrait de compte rendu du conseil municipal tapé à la machine est daté du 13 décembre 1930.

Une vue de la Fecht : le pont, la mairie et l’église protestante.

L’histoire de la cloche des Wurtemberg

D

ans le clocheton de la mairie d’Ostheim avant-guerre, se trouvait une petite cloche de 1662, date à laquelle Ostheim appartenait aux ducs de Wurtemberg. Elle servait surtout de tocsin et sonnait le couvre-feu tous les soirs à 22 heures.

Pendant la Première Guerre mondiale, les autorités allemandes ont décrété que toutes les cloches devaient servir à faire des canons. Avec ses sœurs des églises catholique et protestante, la petite cloche de la mairie est décrochée de son clocheton. Toutes les cloches des villages avoisinants sont transportées à la gare de Ribeauvillé, pour être acheminées par rail vers une fonderie en Allemagne. À ce moment-là, le château de Schoppenwihr abrite une maison de repos pour la convalescence des officiers allemands. Elle est dirigée par le colonel Oberst von Glaubitz, d’origine wurtembergeoise, qui se promène tous les jours à cheval dans la région. C’est ainsi qu’il remarque sur le quai de la gare la petite cloche, avec les armoiries des Wurtemberg. Il se rend aussitôt chez le maire d’Ostheim, Paul Ostermann père, pour lui donner l’ordre d’aller immé­ diatement rechercher la petite cloche : “Diese Glocke stammt aus der Würtembergischen Zeit und darf nicht vergossen werden”, autrement dit : “Cette cloche provient du temps des Wurtemberg et ne doit pas être fondue”. La petite cloche L’inscription sur la cloche des Wurtemberg • Sur la partie haute de la cloche, sur le pourtour : Abraham Rohr zu Colmar - GOS MICH Anno Martin Glitsch Schultheis zu Ostenheim Clausz Kuechel - 1662 • En sa partie médiane, se trouvent les armoiries des Wurtemberg, composées de trois ramures de cerf. • Sur la partie basse, sur le pourtour : Alle des Gerichts - Martin Klinger Clausz Umbdenstockh - Ulrich Umbdenstockh Jacob Jaegel - Nicola Kessel

des Wurtemberg retrouve alors sa place dans le clocheton de la mairie. En 1932, Paul Ostermann père fait don d’une nouvelle petite cloche pour remplacer la petite cloche des Wurtemberg, dont le tintement est faussé par une fêlure. Toujours abritée dans le clocheton de la mairie, elle sonne l’angélus et alerte la population en cas incendie. Elle sonne pour la dernière fois le 4 décembre 1944, lors du grand incendie qui a détruit trois exploitations agricoles dans la rue de l’Église. À partir de 1932, la cloche des Wurtemberg, qui n’est plus en service, est exposée dans la salle du conseil de la mairie de l’époque. À l’issue des combats de l’hiver 1944-1945, la mairie est détruite mais il sera possible de récupérer les deux cloches dans les ruines. Depuis le 18 juin 1950, date de l’inauguration de la nouvelle mairie, elles sont exposées dans la salle du conseil municipal de la mairie d’Ostheim.

L’inscription sur la nouvelle cloche Ostermann • Sur la partie centrale de face, figure l’inscription suivante : Im Jahre 1932 waehrend der Amtszeit Année 1932, pendant le mandat du maire Paul Ostermann et des Maire Paul Ostermann de l’adjoint Eugène Engel Des Adjoint Engel Eugène • Sur la partie centrale à l’arrière, l’inscription suivante : Je remplace la cloche de 1662 Ich ersetze meine Vorgängerin aus dem Jahr 1662 • Sur la partie basse, sur le pourtour : Fonderie de K et A Causard à Colmar

169


VIII

Charles Édouard Jeanneret, dit Le Corbusier (1887-1965)

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Les matériaux de l’urbanisme sont le soleil, les arbres, le ciel, l’acier, le ciment, dans cet ordre hiérarchiquement et indissolublement.

L’environnement naturel : La la situation géographique physionomie du village, S de la reconstruction à nos jours

itué à neuf kilomètres au nord de Colmar, Ostheim est une commune de la plaine d’Alsace, proche du vignoble et du piémont vosgien. Le village est traversé par la Fecht, qui prend sa source dans les hauteurs de la vallée de Munster. La rivière a été une grande richesse, en façonnant et modelant le paysage ; mais elle a aussi apporté beaucoup de tourments lors de ses innombrables crues. La commune se trouve sur l’axe routier principal nord-sud (la route nationale 83) et ferroviaire, (la ligne Strasbourg-Bâle). Son ban s’allonge du nord au sud sur environ cinq kilomètres et couvre au total 816 hectares. Il est limité par Guémar au nord, Colmar à l’est, Beblenheim et Zellenberg à l’ouest, Bennwihr et Houssen au sud. Pour se déplacer, les habitants peuvent emprunter les 10  715 mètres de voirie communale, sans compter les chemins.

Un extrait de la carte de l’Académie, dite de Cassini, datant du XVIIe siècle.


N 36

33 22

23 40

19

44 18

32

30

38 13

52

26 2

© Archives Départementales du Haut-Rhin.

Le plan de finage d’Ostheim vers 1750 Le finage correspond aux limites d’un territoire villageois. Le plan d’organisation d’un finage est défini par l’habitat et par la morphologie agraire du territoire. Sur le plan sont reportés le découpage des terres en fonction de leur utilisation :

Feld ou Acker

terres labourables

Gärten

terres cultivées en jardin

Matten prés

Wasen ou Weide pâturages

Hurst brousailles

Quelques lieux-dits du ban d’Ostheim en 1750 et leur appellation actuelle. Les repères font référence au plan de finage de 1750. Repères

Lieu-dit

Appellation actuelle

2 13 18 22 19 23 26 30 32 33 36 38 40 52

Sembach Feld Sembach Erlen Acker Erlenacker Alt Gasse Gärten Altgasse Birkel Gärten Birgelsgaerten Rott Gärten Rottgaerten Reb Gärten Rebgaerten Herren Matt Herrenmatten Mühl Matten Muhlmatten Logel Matten Loegel Bach Matten Bachmatten Kohler Holtz Matten Kohlerholtz Sauwasen Sauwasen Nacht Weide Nachtweid Dürr Acker Hurst Hurst

44

Emplacement du village

187


IX Des souvenirs au quotidien

René Ouvrard (1624-1694), Débâcle sur la Romaine.

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La vie est faite de ces petits bonheurs quotidiens, dont on se lasse, dont il faut être privé pour apprécier la valeur…

Des scènes

de la vie quotidienne…

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ue ce soit avant ou après-guerre, des scènes tout à fait ordinaires rythment la vie quotidienne des habitants d’Ostheim. Le photographe a su immortaliser ces petits moments de bonheur. Vous découvrirez des clichés de jeunes gens qui se rencontrent pour discuter, ou encore des enfants innocents qui jouent avec des animaux ou se baignent dans la Fecht. Par ailleurs, se déplacer à cheval ou à bicyclette est très courant à cette époque, jusque dans les années 1960 : très peu de villageois possèdent alors une automobile. Enfin, se vêtir de ses plus beaux atours pour se rendre à la messe dominicale ou à une inauguration est une tradition, et permet de marquer ces journées exceptionnelles.

La carte de menu de Jean Zessel fils, lors d’un événement familial le 24 avril 1897.

Georges Zessel, fils de Caroline Oehlert et de Jean Zessel, est né en 1878. Il est photographié par H. Heilertsen, photographe artistique à Epinal.


Un certificat de vaccination établi le 19 mai 1868.

Des souvenirs au quotidien

L’image d’Épinal d’un nouveau-né au XIXe siècle : l’histoire ne nous dit pas qui l’a déposé dans le nid.

Madeleine Saltzmann, née Clauss, pour ses vingt ans.

Suzanne Specht en 1936. Elle emprunte le pont de la Fecht, en provenance de la rue de Guémar, l’actuelle rue des Écoles.

Émile Specht traverse le pont de la Fecht en 1936. À l’arrière-plan, sur la gauche, la mairie et son clocheton.

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