Eric Clapton

Page 1

PHILIPPE MARGOTIN

PRIX 29 € ISBN 978-2-36602-538-5

PHILIPPE MARGOTIN


A

u milieu des années 1960, t a n d i s q u e l e S w i n g i n’ ­L o n d o n v it s e s i n s t a nt s les plus excitants et que de jeunes sujets de la Couronne britannique se mettent à chasser sur les terres des pères ­fondateurs du Delta blues et sur celles des pionniers du Chicago blues, commence à apparaître sur les murs du d i s t r i c t l o n d o n i e n d’ I s l i n g t o n le slogan « Clapton Is God ». En 1966, ­à 21 ans, Clapton a déjà une solide expérience de guitariste. Il a été membre des Yardbirds, qui, juste après les   Rolling Stones, ont joué un rôle majeur dans la déferlante du blues rock ; il l’est alors des Bluesbreakers de John Mayall, avec lesquels il vient d’enregistrer un album appelé à faire date : Blues Breakers with Eric Clapton . Et l’aventure ne fait que commencer. Il y aura ensuite Cream, Blind Fa it h , D e rek a nd t he D om i no s e t une carrière solo jalonnée de mille e t u ne e x p é r i e nc e s , ave c t ou j ou r s l e b lu e s c o m m e l i g n e d i r e c t r i c e et insurpassable… Cette chronique d’Eric Clapton porte un regard nouveau et passionné sur le guitar hero britannique, depuis ses premiers pas à Ripley, dans le Surrey, au lendemain de la Seconde Guerre


mondiale, jusqu’à la sortie de la bien nommée compilation Forever Man en 2015. Entre ces deux dates, il y a eu les Yardbirds et John Mayall, donc, mais encore la formidable aventure de Cream avec Jack Bruce et Ginger Baker, l’éphémère existence de Blind Faith avec son ami Steve Winwood, puis Derek and the Dominos avec un autre guitariste virtuose nommé Duane Allman, puis encore un parcours en solo marqué par des albums remarquables, depuis 461 Ocean Boulevard jusqu’à Unplugged , et par des rencontres riches en émotions – que ce soit avec George Harrison, Bob Dylan, les Rolling Stones, J.J. Cale, Sheryl Crow ou B.B. King. Enfin, l’histoire d’Eric Clapton, c’est encore celle de la guitare, instrument roi du rock, des Martin acoustiques aux électriques Gibson et Fender. Enrichi de nombreuses photograph i e s s a i s i s s a nt e s , p r i s e s d a n s le monde entier par les plus grands photographes rock, cette chronique d’Eric Clapton rend un hommage appuyé à celui que l’on a surnommé « Slowhand ». C ’ e st au s s i u n p a s s io n n a nt do c u ment sur plus d’un demi-siècle de rock’n’roll !


L

E S RO O S T ERS Tandis qu’il essaie de percer les secrets du jeu de guitaristes de blues électrique comme John Lee Hooker, Muddy Waters et Chuck Berry, mais aussi ceux du folk blues de Big Bill Broonzy et de Robert Johnson, Eric Clapton fréquente de plus en plus assidûment les clubs de Londres. Un soir du mois de janvier 1963, au Prince of Wales de New Malden, il a une longue et passionnante conversation avec Tom McGuinness, via la girlfriend de celui-ci, étudiante elle aussi à la Kingston School of Art. McGuinness, qui est né à Wimbledon en 1941, est membre d’un groupe baptisé les Roosters. Depuis le départ de Brian Jones, pour mettre sur pied les Rolling Stones, et celui de Paul Jones, pour rejoindre Manfred Mann, McGuinness est à la recherche d’un guitariste. Une offre bien tentante pour le jeune musicien de Ripley… En plus de Tom McGuinness et d’Eric Clapton aux guitares, la formation comprend Terry Brennan au chant, Robin Benwell Palmer aux claviers et Robin Mason à la batterie – une formation sans bassiste donc. Les Roosters puisent principalement dans le répertoire de Chuck Berry, de Muddy Waters, de John Lee Hooker et de Freddy King. Les répétitions sont nombreuses – bien plus en tout cas que les engagements. Ce n’est qu’après l’explosion des Beatles, puis le succès du Mersey Sound, avec notamment Gerry and the Pacemakers (numéro 1 dans les classements en avril 1963 avec How Do You Do It ?), que les Roosters décrochent leurs premières dates, précisément dans le cadre du Ricky Club Circuit – des clubs dirigés par Philip Hayward et John Mansfield. Une exception notable, le Marquee Club, en plein cœur de Soho : ils y sont engagés plusieurs soirs en première partie de Manfred Mann.

C

A S E Y JON E S & T H E E NGI N E E R S

L’ultime apparition des Roosters au Marquee a lieu le 25 juillet 1963. Le groupe se dissout lorsque Tom McGuinness accepte l’offre de Brian Casser de venir le rejoindre au sein de la formation qu’il vient de monter. Casser, qui est né à Newcastle upon Tyne en 1936, n’est pas un nouveau venu dans la musique. Chanteur et guitariste, il a formé en mai 1959 à Liverpool Cass & the Cassanovas avec Adrian Barber (chant, guitare) et Brian J. Hudson (chant, batterie), bientôt remplacé par ­Johnny Hutchinson, puis, après le split de cette formation, a gagné Londres, où il a ouvert le Blue Gardenia. Il a ensuite monté les Nightsounds, avec le guitariste Albert Lee, puis, après avoir décroché un contrat avec la compagnie de disques Columbia, il a enregistré le single One Way Ticket sous le nom de Casey Jones. Ce n’est qu’ensuite que Casser a appelé McGuinness, lequel a aussitôt demandé à Eric Clapton de participer à l’aventure. Casey Jones est un personnage qui appartient à la tradition folklorique américaine : c’est à l’origine un conducteur, ou un mécanicien, des chemins de fer qui a perdu la vie en sauvant celle de ses passagers – acte héroïque qui a inspiré à Wallace Saunders « The Ballad of Casey Jones ». Ainsi, c’est sous le nom de Casey Jones & the Engineers que le groupe de Casser se produit dans les clubs, principalement dans la région de Manchester. Souvenirs de Clapton : « Casey nous faisait porter des vêtements noirs et des casquettes de l’armée confédérée, ce que Tom et moi détestions. » De plus, si le répertoire comprend quelques standards de Chuck Berry, de Muddy Waters, de Little Richard et d’autres pionniers du rock’n’roll, il est pour l’essentiel composé de chansons pop. Eric Clapton, qui s’est déjà affirmé comme un puriste du blues, en a vite assez, ainsi que Tom McGuinness et, après seulement sept gigs, ils font tous les deux leurs adieux à Brian Casser (qui, aussitôt, reformera un nouvel orchestre et ira se faire les dents sur la scène du Star-Club de Hambourg). Un nouveau chapitre va bientôt commencer…

C I - C ON TR E

C Y R I L D AV I E S ( À G AU C H E ) E T A L E X I S KO R N E R , LES PIONNIERS D U B LU E S A N G L A I S . PAGE DE DROI TE

L E G RO U P E M A N F R E D MANN. D E G AU C H E À D RO I T E   : MIKE HUGG, MIKE VICKERS, MANFRED MANN, TO M Mc G U I N N E S S E T PAU L J O N E S .



Eric Clapton a le souvenir d’avoir vu Buddy Guy en trio au Marquee en 1965. Le show lui fit une grosse i m p r e s s i o n . «  V i s u e l l e m e nt , c’était comme un danseur avec sa guitare, qui jouait avec les pieds, sa langue, et qui se dépensait sans compter sur scène », écrit-il. Et il poursuit : « Aussi, quand Ginger Baker, le batteur de Graham Bond Organisation, est venu me voir et m’a dit qu’il formait un nouveau groupe, j’ai su exactement ce que je voulais faire. » Cette rencontre s’est déroulée lors d’un concert d e s B lu e sb r e a ke r s à O x fo r d … Le lendemain, les deux musiciens reparlaient du projet, Clapton se disant prêt à franchir le pas

PAGE PR ÉC ÉDEN TE

LE PREMIER S U P E RG RO U P E D E L’ H I S TO I R E D U RO C K : L E B AT T E U R G I N G E R B A K E R ( AU P R E M I E R PLAN), LE BASSISTE J A C K B RU C E ( À G AU C H E )

si Jack Bruce se joignait à eux… 32

E T L E G U I TA R I S T E E R I C C L A P TO N .


G

I NG E R B A K E R Les deux futurs complices de Clapton se nomment donc Ginger Baker et Jack Bruce. Né à Lewisham, dans le sud de Londres, le 19 août 1939, Peter Edward Baker est le fils d’un maçon, qui, combattant des Royal Corps of Signals, a trouvé la mort lors de la campagne du Dodécanèse en 1943, et d’une vendeuse dans un magasin de tabac. Surnommé « Ginger » (« roux ») en raison de la couleur de ses cheveux, il manifeste dès l’adolescence un intérêt pour le cyclisme, puis, bientôt, pour les percussions. Résolument anticonformiste, il se passionne pour le jazz moderne, alors que bien des teen-agers dressent une oreille attentive au jazz traditionnel et, âgé de seize ans, abandonne ses études pour devenir batteur professionnel. Son objectif : devenir l’égal de Phil Seamen, drummer emblématique du jazz britannique. Au début des années 1960, il abandonne le jazz pour s’impliquer dans le rhythm’n’blues encore balbutiant. Ainsi, en 1962, il succède à Charlie Watts derrière les fûts du Blues Incorporated d’Alexis Korner, où il se lie avec l’organiste et saxophoniste Graham Bond et le bassiste Jack Bruce. Dans le même temps, avec Bond et Bruce, de même qu’avec le saxophoniste Dick Heckstall-Smith, il enchaîne les jams au sein de la formation du pianiste John Burch. L’année suivante, Graham Bond fonde son propre groupe, tout naturellement baptisé Graham Bond Organisation. Baker, Bruce et Heckstall-Smith font partie de l’aventure, de même qu’un jeune guitariste nommé John McLaughlin, aventure qui prend fin en 1966…

J

Jack Bruce est originaire de Glasgow, en Écosse, où il est né le 14 mai 1943. Ses parents étant musiciens, ce qui les oblige à se rendre souvent au Canada et aux États-Unis, il fréquente pas moins de quatorze écoles en quelques années. Il finira tout de même par obtenir un prix de violoncelle et de composition à la Royal Scottish Academy of Music. Il voyage ensuite en Italie et en Angleterre, expérience au cours de laquelle il joue de la contrebasse dans différentes formations de danse et de jazz. Établi à Londres en 1962, il est engagé au sein de l’Alexis Korner’s Blues Inc., formant avec le batteur Charlie Watts une puissante section rythmique, puis avec Ginger Baker lorsque la formation de Korner est rebaptisée Blues Incorporated. L’année suivante, il devient membre de la Graham Bond Organisation, joue quelque temps avec Eric Clapton, avec les Bluesbreakers de John Mayall (et avec l’éphémère Powerhouse), puis avec Manfred Mann. Enfin, ayant décliné l’offre de Marvin Gaye de venir travailler avec lui aux États-Unis, il accepte le challenge proposé par Ginger Baker et Eric Clapton. AC K B R UC E

F

RES H CRE AM Eric Clapton, Jack Bruce et Ginger Baker, différents mais complémentaires, sont tous les trois des virtuoses – la « crème » des musiciens. D’où le nom du trio (initialement The Cream). Leur manager est Robert Stigwood, un Australien fixé en Angleterre depuis le milieu des années 1950 où il est devenu l’une des figures marquantes de la scène musicale. Après plusieurs semaines de répétitions, qui se sont déroulées dans le plus grand secret, Cream donne son premier concert au Twisted Wheel de Manchester (la veille de la Coupe du monde de football qui donnera la victoire à l’Angleterre). Deux jours plus tard, le trio participe au sixième National Jazz and Blues Festival de Windsor, puis le 2 août, il est sur la scène Klooks Kleek, et ainsi de suite… Chaque soir, le succès est au rendez-vous. Entre les mois de juillet et octobre 1966, avec Robert Stigwood comme producteur, Eric Clapton, Jack Bruce et Ginger Baker enregistrent ce qui sera leur premier album. L’opus est constitué de dix titres. La version européenne comprend cinq compositions originales : « N.S.U. » et « Dreaming » de Bruce, « Sleepy Time Time » de Bruce et Janet Godfrey (la femme de Bruce), « Sweet Wine » de Baker et Janet Godfrey et l’instrumental « Toad » de Baker seul. Les cinq autres titres sont des reprises de blues : « Spoonful » de Willie Dixon, « I’m So Glad » de Skip James,

« Four Until Late » de Robert Johnson et les traditionnels « Cat’s Squirrel » et « Rollin’ and Tumblin’ ». Pour le marché américain, « Spoonful » a été remplacé par « I Feel Free », une composition de Bruce et Pete Brown qui sera disponible dans les bacs au Royaume-Uni en décembre 1966 (avec « N.S.U. » en face B). À noter que Jack Bruce est au lead vocals pour tous les morceaux chantés, à l’exception de « Four Until Dead », qui est interprété par Clapton. Fresh Cream sort le 9 décembre 1966, chez Reaction (le label indépendant de Stigwood) en Europe et chez Atco (label subsidiaire d’Atlantic) aux États-Unis, et monte jusqu’à la 6e place des classements au RoyaumeUni et à la 39e aux États-Unis. C’est un beau succès pour le supergroupe (Fresh Cream est aujourd’hui 101e dans la liste des 500 meilleurs albums de Rolling Stone).

D

I S R A E L I GE A R S La sortie de Fresh Cream est suivie au mois de mars 1967 de la première tournée de Cream aux États-Unis, neuf dates au Brooklyn Fox Theater de New York organisées par Murray the K, imprésario en l’occurrence, mais surtout à cette époque l’un des DJs les plus célèbres de la scène rock. Le trio britannique partage l’affiche des « Music in the 5th Dimension » avec Wilson Pickett, Simon & Garfunkel, les Who et les Young Rascals. Ce premier court séjour outre-Atlantique, émaillé de rencontres et de jams avec Mike Bloomfield, alors claviériste de Blues Project, et le grand B.B. King, est suffisamment concluant pour que le trio y retourne au mois de mai pour l’enregistrement de son deuxième album. Enregistré entre les 11 et 15 mai 1967 aux studios Atlantic de New York, celui-ci s’intitule Disraeli Gears (plaisanterie entre Ginger Baker et le road manager Mick Turner, lequel parlait de « Disraeli Gears », au lieu de « derailleur gears », qui signifie « dérailleur », faisant de la sorte allusion au Premier ministre britannique de la fin du xixe siècle ­Benjamin Disraeli). Il est produit par Felix Pappalardi, arrangeur accompli qui sera bientôt le bassiste de la formation de heavy metal Mountain (avec le guitariste Leslie West, le claviériste Steve Knight et le batteur N.D. Smart). Quant à la pochette, petit chef-d’œuvre de psychédélisme, elle est signée par l’artiste australien Martin Sharp (voisin d’Eric Clapton à Londres) et l’un des piliers de la revue underground Oz. Disraeli Gears comprend onze morceaux. À l’inverse du premier opus, il n’y a que deux covers : « Outside Woman Blues », enregistré pour la première fois en 1929 par Blind Joe Reynolds, et le traditionnel « Mother’s Lament ». Les neuf autres sont donc des compositions originales : « Strange Brew » de Clapton, Collins (la femme de Pappalardi) et Pappalardi, « Sunshine of Your Love » de Bruce, Brown et Clapton, « World of Pain » du couple Pappalardi, « Dance the Night Away », « SWLABR » et « Take It Back » de Bruce et Pete Brown, « Tales of Brave Ulysses » de Clapton et Martin Sharp, « Blue Condition » de Baker et « We’re Going Wrong » de Bruce. Parmi celles-ci, trois se détachent incontestablement : « Strange Brew » (chantée par Clapton), entre rock blues et rock psychédélique (n° 17 dans les classements britanniques) ; « Sunshine of Your Love » (« on approche de l’aube, du moment où les lumières vont fermer leurs yeux fatigués », aux frontières du hard rock et du rock psychédélique et hommage à peine voilé à Jimi Hendrix, 25e au Royaume-Uni mais 5 e aux États-Unis ; et « Tales of Brave ­Ulysses », où Clapton utilise pour la première fois la pédale wah-wah. Mais c’est pour l’ensemble de l’album que le public se montre très enthousiaste lors de sa sortie, en novembre 1967 : il sera nos 1, 4 et 5 respectivement en Australie, aux États-Unis et au Royaume-Uni. C’est l’un des albums majeurs de l’année 1967 (quelque part entre Sergeant Pepper’s Lonely Hearts Club Band des Beatles et Axis : Bold As Love de Jimi Hendrix) et de toute l’histoire du rock. Trois mois plus tôt, le trio a joué pour la première fois comme tête d’affiche au bien nommé Pinnacle de Los Angeles, face à une génération Flower Power en plein délire.

33






AOÛ T 1970

E R IC C L A P T ION, P R E M IE R A L B U M S OL O 2 3 ET 2 4 S E P TE M B R E 1970

D

EREK AND THE DOMINOS

Eric Clapton a vécu comme un bain de jouvence l’expérience Delaney & Bonnie & Friends, surtout après le split prématuré de Blind Faith. Au cours du printemps 1970, le guitariste de Ripley forme son propre groupe avec trois ex-musiciens du couple Bramlett : Bobby Whitlock (claviers, chant), Carl Radle (basse) et Jim Gordon (batterie). Baptisée Derek and the Dominos, la formation est à l’affiche du Fillmore East, les 23 et 24 septembre 1970. Il existe un témoignage discographique de ces deux concerts, précisément baptisé In Concert, qui ne sortira qu’en janvier 1973. Dans sa première édition, l’album comprend neuf chansons : « Why Does Love Got to Be So Sad », « Got to Get Better in a Little While », « Let It Rain », « Presence of the Lord », « Tell the Truth », « Bottle of Red Wine », « Roll It Over », « Blues Power » et « Have You Ever Loved a Woman ? ». Dans la seconde édition, un double CD paru en 1994, les versions de « Key to the Highway », « Nobody Knows You When You’re Down and Out », « Little Wing » et « Crossroads » ont été ajoutées. Eric Clapton, en dépit de graves problèmes personnels (son addiction à l’héroïne), montre une foi intacte dans le blues. 1 6 NOV E M B R E 1 9 7 0

S

Tandis qu’il est membre de Crosby, Stills & Nash, Stephen Stills a relevé le défi d’enregistrer son propre album. Aux sessions, qui se sont déroulées en juin et juillet 1970 aux studios Island de Londres, ont participé un très grand nombre de musiciens des scènes rock et folks, de Ringo Starr (sous le nom de Richie) à John Sebastian, en passant par Booker T. Jones et ses amis David Crosby et Graham Nash. Ce premier opus du songwriter américain a aussi la particularité d’avoir réuni les deux plus grands virtuoses de la guitare de l’époque, Jimi Hendrix (pour « Old Times Good Times ») et Eric Clapton (pour « Go Back Home »). Un regret, bien sûr : celui de ne pas les avoir entendus sur la même chanson ! Stephen Stills sort aux États-Unis le 16 novembre 1970 (et le 27 novembre suivant en Europe), un peu plus de deux mois après la mort de Jimi Hendrix. C’est la raison pour laquelle l’opus lui est dédié. Porté par « Love This One You’re With » (numéro 14 dans les charts du Billboard en décembre 1970), l’album fera mieux encore puisqu’il grimpera jusqu’à la 3e place. À noter aussi « We Are Not Helpless », qui est la réponse au « Helpless » de Neil Young (sur l’album Déjà vu).

48

TEPHEN STILLS

C’e st D e la ney B ra mle t t lui -mê me qu i a p e rsuad é E ri c Clap t on d’e n re gistrer un a lbum sous son p rop re nom. « Ma c a rri è re solo a c omme nc é là », é c r it le guit a ri st e d a n s son aut obiographie. Pour c e t e n re gi st re me nt , q ui se d érou le de nove mbre 1 969 à ja nvi e r 1 970 à Los A n ge le s, E ri c Clap t on a ré uni le c e rc le de s i nt i me s : D e la ney B ra mle t t , q ui , e n p lus d’avoi r c omposé ave c Clap t on l’e sse nt i e l de s t it re s, est le p roduc t e ur de c e p re mi e r op us, m ais e nc ore Le on R usse ll (p i a no), B obby Wh it lock (c lavi e rs), Ca rl R ad le (basse), J i m G ordon (bat t e ri e ), J i m Pri c e (t romp e t t e ) e t B obby K eys (sa xo) , sa n s oubli e r la c hori st e R it a Cool idge, n i St e phe n St i lls (c h a nt , guit a re ).

Eric Clapton e st un d i sq ue de blues et de rock’n’roll, ave c un soup ç on de sou l , de gosp e l e t de c ount ry du me i lle u r e ffe t . La surp ri se vi e nt aussi de l’i nt e rp ré t at ion , le guit a ri st e oubliant le s lon gs solos du t e mp s de Cre a m , qu i ava i e nt c on fort é son st atut de guitar he ro, au p rofit d’un je u p lus d é t e ndu – la id -back. À c e t é ga rd , la c ove r de « A ft e r Mid n i ght » de J.J. Ca le e st une vra i e ré ussit e , ra i son sa n s doute p our laq ue lle c e t t e c h a n son , sort ie en si n gle (ave c « E a sy Now » e n fac e B), va at t e i nd re la 1 8 e p lac e de s c h a rts aux É t at s-Un i s (1 4 nove mbre 1 970). L’a lbum, lui , e st d i sp on ible d a n s les bac s e n août 1 970.


CI - CON T R E

E N 1970, E R I C C L A P TO N S E LANCE DANS UNE AV E N T U R E S O L O AV E C U N D I S Q U E R É S O LU M E N T LAID -BACK.

49


1 6 j a nvier 19 9 2


S IX GR AMMY AWARD S L’album Unplugged d’Eric Clapton aurait pu ne jamais sortir. Warner craignait que le public se montre réticent à l’achat d’un disque acoustique de l’ancien soliste de Cream, tandis que le guitariste lui-même estimait qu’il y avait quelques petites erreurs dans l’interprétation. C’est donc contre toute attente que ce disque va devenir le plus grand succès de Clapton dès sa mise dans les bacs le 25 août 1992. Une première place dans les classements américain, canadien, français, néerlandais ou espagnol en 1993, comme en témoignent les six Grammy Awards (meilleur enregistrement, meilleur album et meilleure performance masculine, chanson de l’année, meilleure interprétation masculine [pour « Tears in Heaven »] et meilleure chanson rock [pour « Layla »]). Plus révélateur encore de l’impact produit dans le monde : il s’en est écoulé à ce jour plus de 24 millions d’exemplaires, dont 10 millions aux États-Unis, 1,2 million en Allemagne et au Royaume-Uni, 1 million au Canada et au Japon, 600 000 en France (double disque de platine), 560 000 en Australie… « Il y eut beaucoup de fun et j’en ai aimé chaque m i nut e  » , c on fi e ra E r i c C l ap t on d a n s son autobiographie.

C

Le regain d’intérêt pour le folk et la country music à la fin des années 1980 a donné l’idée à la chaîne musicale MTV de faire jouer en acoustique (unplugged se traduit par « débranché ») les groupes et les artistes de la scène rock. Ainsi, après plusieurs tentatives, avec Jethro Tull (en trio : Ian Anderson, Dave Pegg, et Martin Barre) en 1987, puis, deux ans plus tard, avec Jon Bon Jovi et Richie Sambora lors des MTV Video Music Awards, les concerts MTV Unplugged sont officiellement nés le 26 novembre 1982 avec Squeeze, Syd Straw et Elliot Easton. Ce fut ensuite, et entre autres noms, au tour de The Alarm, Elton John, Aerosmith, Crosby, Stills & Nash, Cure, Paul McCartney, Sting, Elvis Costello. Le 16 janvier 1992, Eric Clapton accepte de céder à la mode des concerts unplugged. L’événement se déroule aux Bray Studios près de Maidenhead, dans le Berkshire (qui fut autrefois le lieu de tournage des films d’épouvante de la Hammer). Le guitariste a choisi deux Martin, la 000-28EC et la 000-42. Il est accompagné par Andy Fairweather Low (guitare, harmonica), Chuck Leavell (claviers), Nathan East (basse acoustique, chant), Steve Ferrone (batterie), Ray Cooper (percussion), ainsi que par les choristes Katie Kissoon et Tessa Niles. Pour l’enregistrement, James Barton est aux commandes. ONCERT AUX BRAY STUDIOS

L

’ E S P R I T D E T E A R S I N H E AV E N

Quatorze chansons seront réunies pour le CD. « Signe » est une composition d’Eric Clapton. Celui-ci et ses musiciens rendent ensuite hommage à Bo Diddley avec une très belle version de « Before You Accuse Me » (dont la version électrique se trouve sur Journeyman), puis à Big Bill Broonzy avec « Hey Hey ». Retour au répertoire original de Clapton avec « Tears in Heaven » – assurément l’une de ses plus belles ballades et d’autant plus émouvante qu’elle traite de la mort accidentelle de son fils – et avec « Lonely Stranger », une chanson qu’il a écrite quand il était à Los Angeles pour la bande originale de Rush. Puis, après une très belle adaptation de « Nobody Knows You When You’re Down and Out » – l’une des chansons les plus célèbres de Bessie Smith qu’il a déjà enregistrée lors des sessions de Layla and Other Assorted Love Songs –, il reprend « Layla » – là encore une magistrale et poignante interprétation. Viennent ensuite « Running on Faith » de Jerry Lynn Williams, deux blues de Robert Johnson, « Walking Blues » et « Malted Milk », le traditionnel « Alberta », « San Francisco Bay Blues » de Jesse Fuller, « Old Love » de Clapton et Robert Cray et « Rollin’ and Tumblin’ » de Muddy Waters. (Eric Clapton jouera aussi « Circus » et « My Father’s Eyes » [deux compositions originales], ainsi que « Worried Life Blues » [créé par Big Maceo], qui se trouvent sur la version Deluxe du CD.)

97


1 2 O C TO B R E 1 9 9 9

C

L A P T ON CHRONICL ES  : THE BEST

OF ERIC CLAPTON La maison de disques Reprise Records sort sur le marché une compilation qui réunit les titres les plus célèbres de la carrière récente d’Eric Clapton. De « Change the World » à « My Father’s Eyes », en passant par « Layla » (la version Unplugged) ou « Forever Man », cette chronique claptonnienne s’écoute agréablement au rythme du soft rock. L’intérêt du CD réside aussi dans ses deux titres inédits, au demeurant composés et enregistrés pour le cinéma : « Blue Eyes Blue », qui se trouve sur la bande originale de Just Married (ou presque), une romance de Garry Marshall avec Julia Roberts et Richard Gere ; et « I Get Lost », que l’on peut entendre dans Une vie à deux, une autre romance, cette fois de Rob Reiner avec Michelle Pfeiffer et Bruce Willis. Clapton Chronicles : the Best of Eric Clapton sera numéro 1 dans les hit-parades autrichien et suédois, numéro 3 en France et en Allemagne et numéro 6 au Royaume-Uni. 6 MARS 2000

R

O C K A N D ROL L H A L L OF FA M E

C’est lors de la cérémonie du 6 mars 2000, au Waldorf Astoria Hotel de New York, qu’Eric Clapton est fait membre du Rock and Roll of Fame. Ou serait-il plus juste d’écrire « fait de nouveau », car il l’a été déjà à deux reprises : en 1992 comme membre des Yardbirds et l’année suivante comme membre de Cream. Il est le seul musicien dans ce cas ! Pour l’occasion, il interprète notamment « Tears in Heaven » et « Further Up on the Road », puis se lance dans une longue jam sur « Route 66 » de Bobby Troup. C’est à Robbie Robertson, l’ex-membre du Band, qu’est revenu le discours devant la vénérable assemblée – Robertson qui accompagne d’ailleurs Clapton.

1 3 J UIN 2 0 0 0

R

B.B. King est l’un des musiciens de blues les plus vénérés par Eric Clapton depuis qu’il a fait l’acquisition de sa première guitare. Les deux guitaristes ont joué pour la première fois ensemble en 1967, au Cafe Au Go Go de New York, quand Clapton était membre de Cream. Mais ce n’est pas avant 1997 qu’ils ont enregistré ensemble, précisément « Rock Me Baby » (sur l’album Deuces Wild). Deux ans et demi plus tard, ils se retrouvent, cette fois pour un album. Accompagnés par Doyle Bramhall II, Andy Fairweather Low et J­ immie Vaughan (guitares), Joe Sample (piano), Tim Carmon (claviers), Nathan East (basse), Steve Gadd (batterie) et par les choristes Susannah et Wendy Melvoin, Eric Clapton et B.B. King revisitent quelques grands standards du blues et du rhythm’n’blues sudiste, comme « Key to the Highway » (Big Bill Broonzy), « Three O’Clock Blues » (Lowell Fulson), « Worried Life Blues » (Big Maceo) et « Hold on, I’m Comin’ » (Issac Hayes, Eric Porter). La chanson-titre, elle, est signée John Hiatt, tandis que « Come Rain or Come Shine » (Harold Arlen, Johnny Mercer) a été écrite pour la comédie musicale St Louis Woman en 1946. Sorti le 13 juin 2000, Riding With the King, qui a été coproduit par Clapton et Simon Climie, n’est en aucune façon perçu comme le disque du « roi du blues » et de son ambassadeur (contrairement à la pochette du CD en forme de clin d’œil !), mais comme le fruit d’une complicité de tous les instants entre deux musiciens animés par la même passion de l’idiome afro-américain. Numéro 1 dans les classements blues (et Internet) aux États-Unis, où il sera certifié double disque de platine, numéro 4 en Italie, numéro 11 en France, l’album est un grand succès commercial, en même temps qu’artistique. Il obtiendra fort logiquement le Grammy Award du meilleur disque de blues. Il est noté 4 étoiles et demie sur le site de référence allmusic.com. IDING WITH THE KING



PHILIPPE MARGOTIN

PRIX 29 € ISBN 978-2-36602-538-5

PHILIPPE MARGOTIN


Turn static files into dynamic content formats.

Create a flipbook
Issuu converts static files into: digital portfolios, online yearbooks, online catalogs, digital photo albums and more. Sign up and create your flipbook.