FRANCK LOZAC’H INTERTEXTES
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PRESENTATION
Intertextes est un ouvrage composé de fragments d'endroits tirés du Journal 99, 2000 et 2001. Sont présentés ici les éléments formant la première partie de la tentative. Il est la suite logique qui se situe après Textes et prétextes, sorte d'ensemble assez cosmopolite où se mêlent et s'entremêlent des notions artistiques, poétiques ou scientifiques glanées au fil des années, et consacrées à mon journal. La seconde partie de l'ouvrage sera formée de certains endroits de l'année 2000, mais qui n'ont pas encore été composés, puisque nous ne sommes qu'au début du mois de janvier. Le genre Miscellanées me paraît un peu trop audacieux pour exprimer réellement la signification de l'exercice. Il n'est peut-être qu'un faible moyen pour signifier sa curiosité, son désir de spéculer, de comprendre ou encore d'aller outre dans le jeu de l'esprit. L'incohérence de l'ensemble interdit d'architecturer le tout et d'en dégager des chapitres et de grandes parties.
Le choix du titre trouve sa raison dans l'emploi régulier d'articles ou de paragraphes appartenant pour l'essentiel à des auteurs célèbres ou encore des personnalités du monde des sciences. Toutes les fois qu'un tel emprunt a été appliqué, j'ai soigneusement noté la source et rendu à l'écrivain ce qui lui revenait. L'on verra que parfois la volonté de l'auteur est d'accompagner telle ou telle réflexion, de participer en quelque sorte à un forum de chambre avec références d'auteurs de qualité, là est son seul mérite.
FRANCK LOZAC'H
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La mort
Se préparer à la mort, - à la vie après la vie - consiste également à posséder plus de physique, plus de connaissance de la dimension temporelle afin de s’adapter à de nouvelles propriétés dans un espace inconnu.
Le travail terrestre consisterait à faire une sorte de débroussaillage de notions, d’informations et de pseudos vérités, qui elles-mêmes seraient remises totalement en cause par la connaissance de ce nouvel espace. Mais du moins l’esprit “ préparé ” serait plus apte à recevoir les modifications, les évolutions, les transformations totales que peut engendrer l’adaptation à ce nouvel espace.
H. Poincaré La science et l’hypothèse Chapitre V Euclide - Riemann - Lobatchevski La géométrie et l’astronomie : on a également posé la question d’une autre manière. Si la géométrie de Lobatchevski est vraie, la parallaxe d’une étoile très éloignée sera finie ; si celle de Riemann est vraie, elle est négative. Ce sont là des résultats qui semblent accessibles à l’expérience et on a espéré que les observations astronomiques pourraient permettre de décider entre les trois géométries. Mais ce qu’on appelle ligne droite en astronomie, c’est simplement la trajectoire du rayon lumineux. Si donc, pas impossible, on venait à découvrir des parallaxes négatives, ou à démontrer que toutes les parallaxes sont supérieures à une certaine limite, on aurait le choix entre deux conclusions : nous pourrions renoncer à la géométrie euclidienne ou bien modifier les lois de l’optique et admettre 3
que la lumière ne se propage pas rigoureusement en ligne droite. Inutile d’ajouter que tout le monde regarderait cette solution comme plus avantageuse. La géométrie euclidienne n’a donc rien à craindre d’expériences nouvelles.
* Dans le mouvement de l’explication : Une analyse synthétisée qui permet d’avancer. L’Infini : l’être tel qu’on ne saurait en concevoir de plus grand. “Eus quo majus concipi non potest”
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Valeur poétique - valeur relative, propre et personnelle. Non fondée sur la capacité d’échange. Valeur autarcique, individuelle - des plus douteuses.
* Très intéressant fragment extrait de L’évolution créatrice de Bergson concernant sa définition de l’intelligence. Je la recopie ici : La fonction essentielle de l’intelligence sera donc de démêler, dans des circonstances quelconques, le moyen de se tirer d’affaire. Elle cherchera ce qui peut le mieux servir, c’est-à-dire s’insérer dans le cadre proposé. Elle portera 4
essentiellement sur les relations entre la situation donnée et les moyens de l’utiliser. Ce qu’elle aura donc d’inné, c’est la tendance à établir des rapports, et cette tendance implique la connaissance naturelle de certaines relations très générales, véritable étoffe que l’activité propre à chaque intelligence taillera en relations plus particulières. Là où l’activité est orientée vers la fabrication, la connaissance porte donc nécessairement sur des rapports. Mais cette connaissance, toute formelle de l’intelligence a sur la connaissance matérielle de l’instinct un incalculable avantage. Une forme, justement parce qu’elle est vide, peut être remplie tour à tour, à volonté, par un nombre infini de choses, même par celles qui ne servent à rien. De sorte qu’une connaissance formelle ne se limite pas à ce qui est pratiquement utile, encore que ce soit en vue de l’utilité pratique qu’elle a fait son apparition dans le monde. Un être intelligent porte en lui de quoi se dépasser lui-même. Il se dépassera cependant moins qu’il ne le voudrait, moins aussi qu’il ne s’imagine le faire. Le caractère purement formel de l’intelligence le prive du lest dont elle aurait besoin pour se poser sur les objets qui seraient du plus puissant intérêt pour la spéculation. L’instinct, au contraire, aurait la matérialité voulue, mais il est incapable d’aller chercher son objet aussi loin : il ne spécule pas. Nous touchons au point qui intéresse le plus notre présente recherche. La différence que nous allons signaler entre l’instinct et l’intelligence est celle que toute notre analyse tendait à dégager. Nous la formulerions ainsi : Il y a des choses que l’intelligence seule est capable de chercher, mais que, par elle-même, elle ne trouvera jamais. Ces choses, l’instinct seul les trouverait ; mais il ne les recherchera jamais.
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* La poésie m’est toujours apparue :
Marginale, inutile et de faible portée. Cet outil “obligatoire” m’a constamment apparu d’une pauvreté sociale aberrante. Est-ce un agréable divertissement pour les beaux esprits ?
Bungurten Harald H. E Universalis Version 4
En dépit des succès remportés par le C.E.R.N., un grand nombre de questions restent à résoudre. Le moteur des activités scientifiques ambitieuses du laboratoire demeure la curiosité intellectuelle de ses utilisateurs. Comprendre ce qui s’est passé durant les premières minutes de l’explosion originelle - le Big Bang - il y a 15 milliards d’années, lorsque l’Univers n’était qu’une poussière, rien d’autre qu’une incroyable concentration d’énergie. Une fraction de seconde après le Big Bang, l’Univers commence à se dilater - les symétries se brisent et l’énergie se “ condense ” ou “ cristallise ” en matière. La force fondamentale, jadis unifiée, se divise en quatre forces que nous pouvons observer ici.
Certaines nous sont familières - la force électromagnétique, par exemple, qui régit le comportement des atomes et maintient les électrons en orbite autour du noyau. Le vecteur de cette force est le photon, dépourvu de masse. La deuxième, la force faible, engendre la radioactivité. Ses vecteurs sont, les bosons lourds W et Z, 6
ils ont été découverts au C.E.R.N. en 1983. La troisième force subatomique, la plus puissante des quatre, d’où son nom de force “ forte ”, est véhiculée par des bosons de jauge appelés gluons qui ont été détectés en 1978 au centre allemand de recherches en physique des hautes énergies, le Deutsch Elektronon Synchroton (Desy). Les gluons retiennent les quarks dans les neutrons et les protons, et soudent le noyau. La quatrième force - la gravitation - agit sur de longues distances et maintient les planètes sur leurs orbites et nous-mêmes sur le sol. Bien que son action ait été décrite au XVIIe siècle déjà par Newton, nous ne savons pas encore comment elle opère, de même que nous ignorons tout de ses vecteurs, appelés gravitons. Et certains physiciens soutiennent qu’il pourrait bien exister une cinquième force …
Selon une formule de Victor F. Weisskopf, qui fut directeur général du C.E.R.N., nos connaissances restent une île dans un océan d’ignorance. Il a été observé que les particules élémentaires, c’est-à-dire les constituants fondamentaux de la matière dont la structure interne nous échappe - se répartissent en deux groupes de six : six sortes de leptons - dont le mieux connu est l’électron - et six sortes de quarks (dont cinq seulement sont connus aujourd’hui). Elles composent toute la matière que nous connaissons ou que nous pouvons produire dans des accélérateurs, mais nous ne savons pas pourquoi elles ne sont que six ou si elles sont réellement fondamentales. Une autre question cruciale attend toujours une réponse, à savoir pour quelle raison la plupart des particules ont une masse et pourquoi ces masses sont aussi différentes. Les théoriciens postulent l’existence d’une autre particule responsable de la création de la masse, le boson de Higgs, qui est recherché au L.E.P.
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* Il doit bien y avoir un système cérébral d’investigation permettant de regrouper les méthodes artistiques.
* Religion, spiritualité, arts.
Famille et regroupements
Linguistique
N
Philosophie
IA Intelligence artificielle
Psychologie
M Mathématique
PC Physique/Chimie
A
L
Logique
I
Informatique
Anthropologie Economie
Psycho sociologie Me Mécanique T
Me
In Invisible
Mémoire ? Anthologie Histoire Temps ?
Neurosciences Histoire
Neurosciences
Temps
Nature Na Monde
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Temps
Essence
La Science existe-t-elle avant le rapport que les objets ont entre eux ? S’il y a Science avant la création des objets, Qui ou quoi décrète ce rapport ? Car c’est ce qui justifie de l’existence de la Science. À moins que la Science et les objets s’organisent, se développent et sont par une sorte d’équilibre de vérité entre la Science et le développement des objets, et que les modifications de la Science engendrent la vérité organisée dans les objets.
* Dans 100 millions d’années, la matière connaîtra des modifications, ces modifications répondront à des lois de la physique, mais ces lois existaient auparavant.
Il y aura donc une association entre les objets et la Science, et une évolution des objets et des Sciences simultanément. La loi de la gravitation s’est mise en place plus tard, mais elle n’existe pas en prescience du big-bang. L’homme invente de la “ science ”. À l’état de nature, la droite n’existe pas. Lui décide de faire des routes plates, puis d’étudier des frottements de pneumatiques sur ces surfaces créées. Il obtient des vérités, il en tire des principes. Mais c’est bien lui qui a fabriqué ou créé ces outils d’analyse. L’homme fabrique-t-il du hasard en lançant un dé ? Car le dé n’existe pas à l’état de nature.
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*
On utilise le centimètre comme repère orthonormé. Mais pourquoi ne pas utiliser la brique élémentaire qui a permis la construction de la matière, ce qui serait la référence la plus basse et la plus vraie dans son idéal d’appréciation des distances.
* N’y aurait-il pas une confusion mathématique entre l’emploi d’un opérateur pour accomplir un acte de calcul, et l’utilisation infinie de cet opérateur ? L’on peut sur une ligne infinie proposer le multiplicande et prétendre que le calcul est possible - ce qui est vrai - mais cela ne correspond à aucune réalité mathématique ou scientifique raisonnable. Cela fait partie de l’absurde. Cela est autorisé toutefois. Il y a confusion entre l’outil mathématique, qui lui permet une écriture illimitée, indéterminée, constamment au-delà de ce qui est écrit, et la réalité même à l’échelle de l’Univers du vrai infini quantifié. L’on peut écrire 1 00, 10 000, 100 000, 1 000 000 000 milliards de $ - c’est une écriture, mais en vérité le nombre de $ réel sur la planète est limité, et cette écriture est imaginaire (1 000 000 000 milliards de $). Idem de l’utilité de 39 chiffres après la virgule permet de déterminer la grandeur de l’univers avec une erreur de la taille d’un atome d’hydrogène. Alors pourquoi l’homme est-il capable de proposer 100 millions de chiffres après ? Par challenge ? Par preuve de sa crédibilité ? - Certainement.
Faut-il fractionner un nombre indéfiniment tandis que les éléments basiques 10
pour construire la matière ont été trouvés et que rien en deçà n’est actuellement déterminé ? L’on voit ainsi, l’immense contradiction entre les capacités numériques de calcul et la réalité à l’échelle universelle de la détermination élémentaire de la matière.
Il y a tant de contradictions dans les mathématiques, que cet outil remarquable par certains endroits, me semble inapte pour participer ou servir à l’élaboration de l’Univers. Je veux dire ainsi que Dieu n’a pas pu se servir de la mathématique des hommes pour construire cet ensemble. L’homme préhistorique dit : je suis dans le vrai avec le feu. Le feu, c’est : deux silex ou deux fragments de marcassite frottés l’un contre l’autre. Je prouve ce que je dis parce que je fais du feu. Et nous, nous savons que ce vrai n’est pas suffisant, car il existe cent façons de faire du feu, le soufre, le thermonucléaire, la chaleur, l’atome, le gaz, le pétrole etc.
Son vrai est un vrai inférieur, limité - en deçà. N’en serait-il pas aujourd’hui de notre mathématique qui se doit de gérer des contradictions aberrantes, qui est inapte à calculer avec exactitude la surface d’un cercle, qui ne peut offrir la division par zéro, qui exploite l’imaginaire de l’homme pour concevoir des limites infinies ? Tout ceci est loin d’être stable, pourvu de raison, et de sagesse rationnelle.
Sur une ligne continue, on mettra des nombres rationnels, irrationnels, imaginaires, incommensurables, fractionnaires, mais il sera difficile de prétendre que l’ensemble de ces valeurs offrira une possibilité harmonique entre elles, - et pour cause ! Il manque des éléments permettant leurs liaisons, - ces éléments correspondent à d’autres valeurs mathématiques encore inconnues appartenant à des ensembles dont on ne peut soupçonner l’existence. 11
C’est pourquoi ces individus rangés dans un certain ordre, sont toutefois extérieurs les uns aux autres comme l’observe Henri Poincaré dans son chapitre II de La science et l’hypothèse. L’opérateur mathématique est infini, mais la grande mathématique, elle serait finie. Le mathématicien utilise l’opérateur à l’infini et prétend que la grandeur est infinie - ce qui est loin d’être évident puisque l’Univers a ses limites, puisque la matière existante a ses limites. Il y aurait donc confusion entre l’opérateur et la grandeur de l’opération obtenue.
Le continu mathématique serait, dans cette manière de voir, une pure création de l’esprit, où l’expérience n’aurait aucune part (H. Poincaré - La S. de l’Hyp). Le mathématicien donne un sens aux objets qu’il utilise tandis que le logicien ne s’occupe que du rapport entre les choses qu’il considère.
En ce sens, je contredis H. Poincaré qui écrit : Les mathématiciens n’étudient pas les objets, mais des relations entre les objets ; il leur est donc indifférent de remplacer ces objets par d’autres, pourvu que les relations ne changent pas. La matière ne leur importe pas, la forme seule les intéresse.
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Mécanique quantique L’étude détaillée des représentations des groupes d’invariance offre une base solide et satisfaisante pour la construction concrète des algèbres d’observances quantiques. On pourrait être surpris que les principes d’invariance soient capables de remplacer le principe de comptabilité dont la nature semble être totalement différente. Cependant, l’hypothèse même de l’invariance spatio-temporelle des lois physiques quantiques représente en fait une extension de la connaissance de l’espace-temps telle qu’elle a été acquise microscopiquement et telle qu’elle se traduit en mécanique classique. Le postulat que cette structure reste valable en mécanique quantique est assimilable à une forme très faible du principe de comptabilité entre les mécaniques quantique et classique. Les deux approches ne sont donc pas totalement distinctes.
Alain Laverne/Jean-Marc Levy-Leblond * En mécanique quantique, l’invariance des lois régissant un certain système en physique sous une transformation d’un groupe de symétrie exige l’invariance des probabilités, telles que les donne la relation, qui régissent les prédilections théoriques. Un théorème fondamental, dû à Wigner, assure alors que l’effet de la transformation en question sur le système est donné par l’action, dans l’espace de Hilbert des états, d’un opérateur unitaire associé à la transformation. La loi de groupe, qui régit la composition des diverses transformations, entraîne alors que les opérateurs unitaires qui leur sont associés forment une représentation (unitaire) du groupe. Si ce groupe est continu, et plus précisément s’il est un groupe de Lie, il peut être étudié par des méthodes infinitésimales. On considère alors son algèbre de Lie, 13
qui est représentée dans l’espace de Hilbert des états par une algèbre des opérateurs auto-adjoints : ce sont les générateurs infinitésimaux de la représentation du groupe. Ces opérateurs sont étroitement associés à ceux qui correspondent aux observables physiques. Ainsi l’invariance par translation spatiale a-t-elle pour générateurs infinitésimaux les opérateurs de quantité de mouvement. De même l’énergie se trouve-t-elle associée à l’évolution temporelle, le moment angulaire et la position aux transformations de Galilée ou de Lorentz (mise en mouvement uniforme). Les relations de commutations fondamentales entre les opérateurs représentent les observables physiques reflètent donc simplement les propriétés d’invariance spatiotemporelles. Ainsi l’opérateur de position X se transforme correctement lors d’une translation spatiale, dont l’opérateur de quantité P est le générateur infinitésimal.
L’on voit ainsi l’immense possibilité qu’offre la mathématique de pouvoir se transformer ou se convertir par l’intermédiaire de son algèbre ou de ses lois en physique réelle et quantifiable. Constamment ses fondements étaient remis en cause, comme elle idéalisait les objets qu’elle étudiait ou produisait. Il existe pourtant une convertibilité possible entre les principes de la mathématique et les observations de la physique moderne. Delà à prétendre que la mathématique est une sorte de perfection des applications de la nature, - certains ont franchi aisément le pas et lui concède une toute puissance de vérités.
Les raisons de croire en la validité de cette adéquation entre la réalité physique et la représentation mathématique sont les suivantes :
elle peut être vérifiée avec une précision égale à celle de nos meilleurs instruments, c’est-à-dire, fréquemment, avec des incertitudes relatives inférieures au millionième ; elle a été confirmée dans des millions d’expériences qui couvrent pratiquement 14
toutes les propriétés de la matière inerte, et aucune expérience ne semble, jusqu’à présent, l’avoir contredite ; les conséquences tirées de l’analyse mathématique de la représentation ont très souvent conduit à la prédiction d’effets inconnus.
Roland Omnes
Des probabilités Il n’y a que ce qui sera, mais comment le savoir ? Ce n’est pas possibilité d’homme. Il faut donc prétendre au hasard, et tenter de le régenter. * Analyser c’est défaire de vrai dans une situation complexe pour déduire (en tirer) une conclusion satisfaisante. Quand tu analyses, tu n’as pas besoin de tout comprendre, il y a toutefois une sorte de vitesse, de compression de la situation, donc une sorte de synthétisation ou travail de l’esprit avec choix, éviction, extraction. (Pas évident)
* Je recopie ici un extrait d’un texte de Claude Roy appartenant au recueil A la lisière du Temps.
Le poète se met à faire le philosophe
Ni la théorie de la relativité Ni la théorie des quanta
ni le théorème d’incomplétude de Gödel 15
ni le principe d’incertitude de Heisenberg ni la théorie des catastrophes de René Thom ni la mathématique non euclidienne de Bourbaki ne sont pour le fou que je suis un garde-fou suffisant devant le vertige un peu nauséeux que donne le néant et pas davantage Platon
saint Thomas
ni les autres grands philosophes
Spinoza
ni les poètes
(même si je suis tenté de faire quatre exceptions Tchouang-tseu
Blaise Pascal
Angelus Silesins
et Ludwig Wittgenstein dans sa cabane en Laponie selon le principe d’expérience auquel je me tiens : Les dogmatiques ont toujours tort Les mystiques ont toujours raison) Et toi solaire
petit soleil de mon système mon attentive
ma très force ma relation
ma très fragile
ma tendresse
ma relation toi l’absolu intermittent
dans le relatif familier au temps
ma douceur
de l’instant qui parfois échappe
toi que je nomme ma vie vivante
Le haut Bout 19 juin 1983
Utilité de l’opération infinie ?
Mettre 500 milliards de milliards de chiffres après la virgule, correspond à une possibilité d’écriture. Cela correspond-il à une vérité possible ? Cela a-t-il réellement un sens quand on sait qu’un électron se détermine à 10-27 ? Que les particules ou les 16
composants élémentaires basiques répondent à cet ordre de grandeur ? Idem de l’aptitude à chiffrer après la virgule ? Pourquoi et jusqu’où ?
* Prenons un archer qui lance des flèches, il peut à sa guise décider de l’intensité de la tension de sa corde, il obtient donc des lancers de flèches différents les uns des autres. Il décide également de tourner sur soi-même, c’est-à-dire de changer d’angle, une fois au Nord, une autre fois au Nord Est, au Sud, etc. Il accomplit donc des changements d’angle et sa rotation totale correspond à 360°.
Peut-on trouver des propriétés communes à ces différents lancers car les vecteurs-flèches sont de longueurs différentes ? Peut-on tous les dénombrer ? Ils partent tous du point O.
Algèbre de Lie. *
La mathématique a uniformisé la valeur tandis que l’art est modulable, subjectif. Objectif Subjectif Science
Art
Perceptions de l’homme
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Imperceptible force Qu’est-ce qui m’oblige à accomplir certaines actions et à en évincer d’autres ? Puis-je prétendre que tout vient de ma raison ? Parfois il semblerait que des forces autres que nous-mêmes nous empêchent, nous convainquent d’agir de telle ou telle autre sorte. Ho ! Ceci est insidieux, à peine perceptible, il y a toutefois Force et Contre-Force, et cela s’interprète dans le cerveau par : Ho ! Non pas ça, cela ne me convient, ou encore : je pense à autre chose, je vais faire autrement. S’agit-il d’une sorte de fluide, d’envoi de directives percevables par une partie du cerveau, et très faiblement accessibles à la conscience humaine ? Peut-on parler de la “part de Dieu”, de l’influence d’actions supérieures relativement impossibles à déterminer par la raison logique ? Il est vrai que l’ensemble peu clair, peu net, se perçoit de manière psychologique, sensible et n’est pas discernable par l’intelligence cartésienne. Il y faut du sens, de l’écoute au mystère, au peut-être, au bizarre, mais il y a quelque chose d’étonnant. Dans quelques décennies, il se peut que cette perception à laquelle je fais allusion, et que je définis fort mal sera mieux contenue et plus facilement explicitée.
* L’analyse, c’est de la pénétration par la logique pour tirer des résultats de vérités. H. Poincaré dans La valeur de l’hypothèse écrit : La logique et l’intuition ont chacune leur rôle nécessaire. Toutes deux sont indispensables. La logique qui peut seule donner la certitude est l’instrument de la démonstration : l’intuition est l’instrument de l’invention. 18
L’algèbre réexprime autrement les valeurs données, L’algèbre repense la proposition offerte sans en changer le contenu. Combinaison d’ensemble J’essaie de trouver un système me permettant de raisonner parfois logiquement, parfois d’aller outre en prenant des risques, de gérer des contradictions, d’admettre que des expériences ne soient point renouvelables, de comprendre avec du manquant, d’accepter certaines hypothèses comme étant des vérités, non pas pour prétendre que ce principe-là sera dur comme du béton, vrai dans sa constance, mais pour me permettre d’accéder à des vérités qui, par la voie traditionnelle du vrai occidental, m’auraient échappé.
Problème des fractals
Cette mathématique trop rigide comme de la tôle ondulée, comme un plan sinusoïdal ! Et je songe à réécrire le déplacement des tiges, des branches, des feuilles, quand le vent les caresse. Par quelles équations parviendrai-je à rendre possible cette vision des choses ? Je considère ainsi toute l’importance du calcul infinitésimal, mais je crois qu’un nouveau système de calcul, peut-être par un scintillement de points ou de non-scintillement dans un plan précis, me permettrait de rendre vrai ce à quoi je pense. Est-ce du “ Husserl ” dérivé ? Points-sources ; points-réponses ? (Attention de ne pas tout mélanger !) La forme Une forme sensible F donnée dans l’espace extérieur E occupe une certaine portion W de E. Ce domaine d’occupation - que Husserl appelait le “ corps spatial ” de la forme - est limité par un bord B = .W Il est en outre rempli par des qualités sensibles q1, …, qn, les biens connues “ qualités secondes ” de la tradition 19
philosophique, qualités s’opposant à la “ qualité première ” qu’est l’extension spatiale. L’idée est donc que l’extension spatiale W de la forme F contrôle la variation des qualités sensibles qui la remplissent. Il y a toujours variation continue dans W mais, à la traversée de limites (de discontinuités), certaines qualités peuvent varier discontinuement. Notons K l’ensemble des discontinuités qualitatives ainsi définies dans W. Avec le bord : B W, K est la caractéristique essentielle de la forme F : ce qui fait que le substrat matériel occupant l’extension W est une forme est qu’il est qualitativement structuré et organisé par les accidents morphologiques (B, K). On remarquera que cette morphologie est constituée de bords : bords délimitant W de l’extérieur, bords délimitant des catégories différentes de qualités. Nous avons jusqu’ici supposé que W était un domaine spatial et F une forme statique. Si on introduit le temps, W devient un domaine de l’espace-temps et on peut alors considérer des formes évoluant dynamiquement et soumises à des processus de morphogenèse. Au cours de tels processus, les bords B et K peuvent évoluer et subir des événements les transformant qualitativement (CF, par exemple, l’embryogenèse). Tous ces endroits ont été tirés à l’article FORME du CD Universalis 4. Le paragraphe suivant est consacré à René Thom et à sa description “ catastrophe ”. Je ne vois guère l’utilité de reproduire les endroits comme un élève reproduirait un cours.
Plus loin, dans le même article : À aucun moment on ne fait l’hypothèse que la structuration qualitative du 20
monde de l’expérience en places, chemins, états, événements, processus, formes, choses, états de choses, etc … puisse en partie émerger, par un processus naturel de phénoménalisation, d’une organisation morphologique spontanée des substrats.
9. 715.C
Encore, je trouve ceci : Une des principales originalités de Maar et d’avoir introduit entre l’esquisse primaire 2-D et le traitement proprement tridimensionnel 3D, un niveau intermédiaire appelé joliment celui de l’esquisse 2 ½-D.
Je poursuis :
Ici la théorie de la perception devient dépendante de profondes théories mathématiques, physiques et computationnelles. Il y a d’abord la géométrie différentielle et la théorie des singularités. Théories mathématiques pêle-mêle : utilisation du théorème de Whitney-Thom plis, fronces, croisements normaux. Lignes, points de plus pouvant admettre des singularités isolées des points cups et des croisements, théorie des jets, accidents morphologiques, contours, topologies, propriétés de convexité etc. Théories physiques, idem : comprendre comment l’information géométrique critique que constitue les contours apparents peut être encodée dans le signal lumineux. Il faudrait comprendre comment les singularités décrites en temps d’optique géométrique (caustique, singularités des fronts d’ondes, etc …) peuvent être décrites en termes d’optique ondulatoire (théorie des intégrales oscillantes). Théories computationnelles : il s’agit de construire des algorithmes à implémentation neurophysiologique plausible capables de calculer les jets suffisants 21
pour la reconstruction de la géométrie des projections / S. Le critère de zérocrossing en fournit un exemple élémentaire, qu’il s’agit de généraliser.
Chez moi, il faudrait éviter de confondre 3 réceptions ou 3 outils ou 3 moyens permettant de comprendre, de percevoir ou de transformer la vérité de la forme. Il y a ensuite la chose telle que je la perçois, et c’est analyse de mon optique.
Il y a enfin mon outil de transformation mathématique, récent qui est l’algorithme. Il est vrai qu’à l’heure actuelle, cette analyse semble judicieuse pour combiner ou mieux comprendre la forme sensible dans sa perception ou son interprétation. L’optique interprète quand l’algorithme restitue autrement l’optique. Mais la vérité n’est pas affaire de sens humain.
Quand une chose est donnée, comment le cerveau de chacun perçoit la chose reçue ? Peut-on réécrire tout cela avec le zèle de Jean Petitot par son article Forme ? La variabilité de chacun poserait des problèmes au niveau de l’interprétation, du langage, de la communication etc. Dans le relationnel humain, cela engendre même du conflit. L’analyse de la forme transposée au domaine géométrique permet, au moyen de l’écriture mathématique, de réécrire ou de mieux contingenter une explication floue des choses perçues.
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Les travaux de plus en plus nombreux qui se poursuivent sur la catégorisation et la typicalité retrouvent dans les domaines perceptifs et sémantiques un phénomène coextensif au concept même de forme.
Les notions de contour apparent et discontinuité qualitative (- Je prétends que la “ forme ” possède une propriété démontrable et quantifiable à tel moment, et la perd à tel autre pour la retrouver un peu plus tard) fournissent des exemples privilégiés de ce que Husserl et les premiers gestalt-théoriciens appelaient des moments dépendants (parties d’objets non détachables.) La forme qualitative du monde n’est qu’une forme de langage. Toute la sémantique moderne s’est engagée sur cette voie.
L’on peut également prétendre que chaque humain perçoit le contour des informations avec sa sensibilité, sa différence, sa culture, etc … Il y a donc une variabilité humaine. Peut-on dire que cette différence, que cette perception est réellement utile ? Dans la quasi-totalité des cas, je dirais non. Mais l’aptitude forte de concevoir autrement, de percevoir autrement peut engendrer ou offrir à la société, à autrui un système de compréhension ou d’applications variant donc utile. L’être humain serait à la fois une sensibilité qui rentrerait dans une rigueur. Son degré de sensibilité associé à son principe rationnel de compréhension lui offrirait la possibilité d’agir et d’avancer dans la liberté du compromis social.
* L’homme doit apprendre à être un Dieu. Tant qu’il ne sera pas un Dieu, il ne pourra comprendre ce qui l’entoure, puisque c’est un Dieu qui a produit ce qui 23
l’entoure. L’ajout - la génération sur la génération.
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