Olivier DEMAZET
HISTOIRE DE DIRE (Poèmes et textes libres
Olivier DEMAZET, 17 Bis Rue Jeanne d’Arc, 82000 MONTAUBAN Tél : 05.63. 03.79.13
HISTOIRE DE DIRE
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Olivier DEMAZET
HISTOIRE DE DIRE
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OLIVIER DEMAZET Né à Tours en 1930. Enseignant à Montauban Œuvres couronnées aux Jeux Floraux de Bretagne, de Touraine, à l’Amitié par la Plume, au Borée. Marguerite d’Or (Orientation Littéraire - Paris) Participation à plusieurs anthologies : Jeux Floraux de Bretagne - Vent nouveau - Les Poètes Français Actuels - Le courrier des Marches - Art et Poésie de Touraine. Recueil publié : Foi d’Animal - 1978 (Millas - Martin - Paris).
Éditeur Presse :
AQUITAINE EXPANSION S.A. 4, rue Vauban 33000 BORDEAUX Tél : (56) 48.02.11 (jonctions multiples)
Composition : Montagne :
Sandrina Garay Muriel Reneteau
Achevé d’imprimer Février 1982
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TOUTES REPRODUCTIONS INTERDITES
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CE CHEVAL Regardez bien ce cheval, Peint par les hommes Des cavernes, On dirait qu’il est vivant.
15.6.67
LE FEU O bonne dĂŠcouverte La bonne flamme chaude La bonne chair chaude La bonne nuit impolie La bonne pierre polie Les bons os cuits Les bons outils Le bon travail Les bonnes armes Les bonnes guerres Les bons os crus.
15.6.67 6
LE FEU FROID Dans la Gaule des huttes Le feu est dans la hutte Un trou haut dans la hutte La fumée dans la hutte Si nous avions une cheminée ! Dans la Gaule sans huttes Le feu dans la maison L’être dans la maison Fumée dans la maison Si nous n’avions pas ces cheminées ! Dans la Gaule sans huttes Le feu dans la maison Le poêle à la maison Fumée dans la maison Si elle tirait la cheminée ! Dans la Gaule sans huttes Chauffage dans la hutte Panne dans la maison Le droit dans la maison Si nous avions une cheminée !
15.6.67
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ADORATION Les Gaulois adorent Et dévorent Le Soleil Le Ciel et ses merveilles Les ours Les sources Les rivières Les lavandières. Dès la cueillette du gui, Ils se retrouvent « groggies » ! Ils supplient leurs druides D’être de bons guides. Mais quand le tonnerre gronde, Que la foule inonde, Sonne l’hallali, Les Gaulois adorent le lit. Ils dévorent les lavandières Sans rivières Sans ciel de lit. Devoir accompli.
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UN TRAVAIL DE ROMAIN Lever de bonne heure Est lever de vigueur. Un petit déjeuner, Un peu d’eau sur le nez. Du travail raisonnable En ce matin affable ! Il reçoit les clients, Ces Plébéiens, ces gens Ou bien ouvre aux amis Entre deux accalmies. Il va rendre visite, Mais parfois il hésite : Une affaire à régler Ou bien aller ronfler ? Enfin, il se décide Par désir de déride : Une ballade au forum : « Homo sum ! Homo sum ! » Romain fort en discours, Il manque un peu d’humour Hélas! Déjà midi ! Toujours il s’étourdit D’affranchir par édits, Subir les érudits, Jeter les interdits, Maudire les bandits. Ô lourd travail fini ! Ô fatigue bannie !
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Il casse un peu la croûte Et il se met en route Faire peau neuve aux thermes, Se rincer l’épiderme Pour le repas du soir Et le sommeil de loir : Cérémonie orale, Chaleureuse et frugale, Régulière du jour, Appétit de vautour, Menu gastronomique, Un entrain tout celtique Jusqu’aux moments obscurs. On assiste aux spectacles. Et on fait des oracles. Et on fait des miracles Dans tout le réceptacle : Sur les belles de jour, S’il fait encore jour ; Sur les belles de nuit, S’il fait encore nuit.
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LE LABOUREUR DU PHARAON Il n’a guère plu ; La dernière récolte, il n’y en a plus. L’hippopotame a rempli sa veste Et les vers ont mangé le reste. La récolte cette année, Elle est morte presque née. Les oiseaux, les rats, les sauterelles Ont pillé la moisson-faminelle. Les voleurs ont rasé les champs, Le soleil a brillé, desséchant. Les courroies sont usées, L’attelage épuisé. On n’a plus la force de tirer l’araire. Une avide nudité sur l’aire, Une avide avidité dans l’air ! L’atroce cupidité dans l’air ! C’est l’heure de l’impôt, de la taxe Sur la récolte qui vous désaxe. C’est le collecteur Avec son sécateur, Avec ses gardes et ses gredins Avec ses nègres et leurs gourdins : - « Nous voulons votre grain tout de suite ... et sans fuite ! - « Mes champs sont épluchés, écorchés, A rebrousse poil Jusqu’aux os et la moelle ! Que venez-vous chercher ? mais, Messieurs, désirez-vous prendre un petit verre ? »
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Les casseurs jettent le Jacques à terre, Le frappent, le lient comme un désossé, Lui plongent la tête dans le fossé. Sa femme est liée devant lui ; Ses forces l’abandonnent Ses voisins l’abandonnent La haine l’environne Et la mort l’environne.
Par la loi, Pour le Roi, Il n’aura même pas le temps De construire Le Tombeau Royal. Pour lui seul, En linceul, Il n’aura même pas le temps De construire Son tombeau loyal.
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L’EMBAUMEUR Le métier d’embaumeur ? De l’adresse, de la noblesse ! L’embaumeur ? Un artisan De la ville travaillant A domicile et sur commande. Quelqu’un décédait-il ? Rien de plus simple : La famille se présentait, Munie du défunt Chez l’homme de l’art Qui lui exposait ses modèles Sur bois peint. Des séances de pose préalables Avaient été nécessaires, Affirme la tradition. Trois classes, Modèles variés pour avariés. - Que choisissez-vous ? Quel prix désirez-vous ? - Première classe. Modèle Osiris. Le plus cher. Nous pouvons le faire. Marché conclu. L’embaumeur opère derechef En vrai chef De chirurgie, d’autopsie, Les yeux obstinément fixés Sur la recette qui suit : - Retirer la cervelle En la tirant par les narines Avec un fer recourbé. - Ouvrir le flanc, de préférence A l’aide d’un couteau en silex. - Extraire par l’ouverture réalisée Les intestins. 13
- Les laver au vin de palmier. - Saupoudrer d’aromates broyés (myrrhe et cannelle à conseiller) - Remettre l’ensemble dans le ventre Et recoudre avec soin, - Plonger le corps du délice Dans le bain de natron - Laisser reposer soixante dix jours Pour permettre à l’opérateur De respirer un peu Pour obtenir une momie D’apparence squelettique (ce n’est qu’une apparence) Et habillée de sa seule peau de chagrin. (Allons ! Remontez-vous ! On dirait des momies !) - Envelopper enfin dans des linges (nylon à déconseiller) Et entourer de bandes Velpeau. (adressez-vous à votre pharmacien) Cette recette exquise Exécutée fidèlement Comme une ordonnance, Le sommet de l’art-baume est atteint. Votre embaumé Sera couché dans des boîtes-gigognes : Boîtes en bois, tête de bois ; Boîte en pierre, cœur de pierre. Votre amie de momie Vivra dans son tombeau Une conserve de tout repos, Tout en gardant toujours Sa bonne mine de déterrée Jamais enterrée. Jolie momie !
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HERACLES Un ami visite Héraclès Pour une entrevue d’un instant - « Mais ne vois-tu pas mécréant, Que je turbine au palmarès De mes succès sur carnassiers, De mes exploits à publier ? Attends-moi ! Mon heure est programmée : Combattre la force affamée D’un sanguinaire aux dents de lion, Tout en respectant le talion. Le travail devint difficile En cette époque d’imbéciles. » Héraclès, violent, monstrueux, Tire à pleines mains la tignasse De la puissance qu’il terrasse. Il étrangle son cou noueux. Les bras du viol et de vengeance Déchirent la fauve pelisse Pour finir le cruel supplice Du félin mort de défaillance. Il revêt la peau, ce vainqueur, Et, à son tour, se mue en lion, Pour dévorer son compagnon Qui avait troublé son labeur.
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VERCINGETORIX Privés d’eau, privés de pain, Prisonniers de leurs fortins Assiégés par des parias Dans leur ville d’Alésia, Ces chahuteurs de Gaulois Discutent en rabat-joie. Vercingétorix s’écrie : - « Terminez toutes vos rixe ! Il faut que ces sacrifices Vains, héroïques finissent ! Voici l’instant de César ! Ce brigand fou, barbare ! » Il prend son plus beau cheval Pour fêter ce carnaval, Empoigne sa plus belle arme En gardant pour lui ses larmes, Et quitte le camp en trombe ... En poussière, il s’estompe ... Tout en bas de la colline, On fait marcher les babines ... Le César et son ensemble Affirment : « Le gredin tremble ! Sa ruine est notre victoire ! Vive Rome et la Victoire ! » Murailles et tours de bois, Soldats, attendent leur proie ... Ah ! Le Gaulois qui arrive ! Il lance son offensive : - « Grand salut, Jules César ! Excuse moi du retard ! »
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Vif, il saute de cheval, Se propulse au piédestal Où s’exhibe la statue De l’Auguste court vêtu. Le Gaulois, fou de bourrasque, Arrache, jette son casque, Piétine sa chère épée, Sa compagne d’épopée, Élève son bouclier Jusqu’au césarien trépied, - « César ! Ô vindicatif ! Me voici, vaincu, captif ! Crie-t-il. Je suis Alésia, Je suis la Gaule en furie ! Moriturus Salutat, César, légions scélérates ! Souvenez-vous, Romains, Chacun son tour pour demain ! »
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LES GALLO-ROMAINS Les Gallo-Romains savent S’habiller, se déshabiller, Dormir, aimer, boire et chanter, Parler pas trop mal en latin, Aller faire le cirque, Visiter les arènes, Jouer aux courses, Suivre les combats de bêtes apprivoisées, Mais quelle peur des Gladiateurs Vraiment trop cruels ! Mais quelle peur des martyrs Vraiment trop païens ! Les Gallo-Romains sont vraiment trop sensibles !
LE DUC - « Pardon, Monsieur le Duc, Pour aller à la gare ? - « Prenez l’aqueduc. Vous arriverez à Nîmes. Que l’eau vous anime ! ».
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CHARLEMAGNE Charlemagne empereur D’occident en fleurs Charlemagne instructeur D’Occident grondeur A fait le souffleur A un gosse peu travailleur. Rappelle-toi mon cœur J’ai été couronné empereur En l’an huit cents. Pour le pays, J’ai été bon bagarreur Et aussi bon gouverneur Maître de palais Maître de chapelle Maître d’école. J’ai même créé des inspecteurs.
15.6.67
GENEVIÈVE - Geneviève qui veilles sur Paris, Ne vois-tu rien venir vers ta montagne ? - Je vois venir les uns, si las... et surtout Les autres qui viennent de la campagne 18.1.68 19
HISTOIRE ENFANTINE L’histoire romaine fut écrite Par un homme Jésus Christ qui fût assassiné. Vercingétorix défendit les Romains Commandés par Charlemagne Les distractions des seigneurs Étaient les Huns et les fessetins. Les Huns étaient très malheureux ; Les invasions des Huns étaient dirigées Par Quiome le Quonquéran Sainte Gene-Vierge défendit Paris. Charlemagne installa des écoles et des femmes. Les chevaux des Croisés étaient modestes. La Tour de Bise flanche.
CLOVIS Clovis pas rasé, mais rusé, Pour devenir Roi des Gaules Dut se faire chrétien. Il le comprit bien, Le païen. Clothilde, parfaite princesse, Pour devenir reine des Gaules Dut se faire païenne. Elle le comprit bien, La chrétienne.
15.6.67
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L’ACCUEIL Le silence pèse lourd dans la nuit noire. Le château fort dresse sa monstrueuse silhouette. Tout à coup, des pas légers, furtifs ... Une douce voix implore : - Ouvrez-moi vite ! - Qui va là ? grogne un garde. - Ouvrez-moi vite ! - Monseigneur, quelqu’un frappe pour vous ! Hurle le garde. Des pas métalliques, heurtés, rapides : Sans doute le Roi qui descend ? ... - Qui êtes-vous ? interroge-t-il. - Je suis la dulcinée du Roi de France ! La porte de la muraille grince et se referme. Le garde s’éloigne discret, gêné. Le Roi de France enlace Dulcinée de France. Sans détours, tous deux s’éclipsent dans la nuit de France.
LA NORMANDIE Si la Normandie Est une province de France C’est grâce à une offre d’or Faite par le Roi de France Aux Normands ; Pour que la Normandie Soit une province de France, La Normandie valait bien de l’or.
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L’ANNONCE FAIRE AU MARRI Revenant de Croisade, Un seigneur au cœur gai S’adresse en dérobade A sa belle aux aguets. Eh ! Bonjour toute belle ! Toujours si chaste et pure Par châteaux et venelles ? Les chemins sont-ils sûrs ? Et sans cesse, il tâta Le corps-chair de sa femme, Par fracas il tenta, En invoquant Sésame, De briser la ceinture De ferme chasteté Contre la forfaiture, Haute sécurité. La chaîne résista ... Le cadenas sans clé, Dans les ondes bouclées, Se rit du potentat. - Madame, il reste un mur Entre nous ! Comment faire ? En coinçant la serrure Pour sortir de l’enfer ? Belle Épouse sourit : - Mon Dieu ! Pitié pour vous ! Avant que la nuit pérît, J’avais pris rendez-vous !...
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Dites-donc, à quoi rime Pour des amants épris Une clé de l’énigme ? Je vous salue, marri !
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VINCENNES On observe toujours à Vincennes Cette éternelle scène : Saint Louis pose les fesses En venant de la messe Au pied du fameux chêne Et justice dégaine. Les plaignants se rassemblent. Les voix s’engorgent, tremblent. Et le bon Roi de France Leur impose silence : - « Jugez-moi ce procès ! » - « Sire ! Je dois rosser Ce vilain qui voudrait me rosser Après le jugement du procès ! » - « Ce n’est plus des procès, Ni même un procédé ! »
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HOMMAGE Le Comte dit : - « Veux-tu être mon homme ? » Le Vassal dit : - « J’en veux le maximum ! Tu es Dieu qui m’enlace ! (Comte et Vassal s’embrassent) Je jure d’être fidèle Solide sentinelle Sur l’immense terrain De mon cher suzerain ; Être sans jalousie, Fourberie, hérésie, Jusqu’au bord de la mort : Honnêteté d’abord ! » Admiratif, le Comte, Au visage de fonte, Se découvre le chef Abandonne son fief. O cette altière allure ! Cette fière stature ! Il frappe la digne épaule De l’Aimé monopole : Son Vassal ! Le geste est virginal, Plusieurs coups de sa verge Qu’il tenait dans sa main. Il l’asperge ... De son seigneurial vin ... Il est décrit ailleurs En de belles couleurs, Forts gracieux intermèdes La nature de l’aide Due par le vassal 25
Puissant et colossal A son seigneur et maître. Ah ! Les scènes champêtres.
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LES OTAGES Pieds nus, en chemise, corde au cou, Les six bourgeois de Calais Se présentent au Roi d’Angleterre Et lui tendant les clés de la ville. - « Qu’on tranche immédiatement La tête de ces hommes », s’écrie le monarque. La Reine éplorée se jette Aux pieds de son auguste époux. - « Oh ! Gentil Sire !, implore-t-elle, Épargnez-moi la vie de ces innocents ». - « Belles Dame ! Vos demandes sont des ordres. Prenez ces gens, je vous les donne ! - « Monseigneur, très grand merci !... Mais Sire, seulement celui-ci ... J’avais déjà choisi ... Murmure la Reine au sourire angélique.
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SALON DE THÉ Dans la ville de Blois Exista ma foi Un salon de thé Sans futilité. Sur une vitrine Aux lettres dandines On lisait l’enseigne, Souvenir qui saigne Salon de Thé Jeanne d’Arc Nos spécialités anglaises. Une telle remarque Vous met à votre aise.
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CHRISTOPHE COLOMB - « Où sommes-nous les amis ? Dieu ! Où vous ai-je mis ? » Pleurniche Colomb Trouvant le voyage un peu long. - « Lune, Lune ! » Hurle un matelot - « Distinction inopportune ! » Rétorque Christophe, falot. - « Terre ! Terre ! C’est la terre au bout de l’air ! » Lance un matelot D’une voix en javelot. - « Les Indes ! Les Indes ! » Crie un matelot Par le hublot. - « Espèce de dinde ! Réplique Colomb. Tu ne trouves pas le voyage assez long ? Nous abordons l’Amérique ! Ca va faire bien dans les chroniques ! »
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FRANÇOIS 1er Avec ton arquebuse, Espèce de buse Tu as l’air malin, Aigle-fin ! En Italie, t’amuser A piller les musées ! Va donc au lit Embrasser l’Italie Sans arquebuse, Espèce de buse !
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BAYARD Le Chevalier Bayard Ce singulier gaillard, Défendit seul un pont Par reculs et par bonds, Déroutant l’ennemi. Il n’eut que des amis, Aima les belle dames Et protégea les femmes, Les faibles, les enfants Contre les sacripants. Jamais il ne pilla : Pourtant son cœur vrilla. Il fut brave et honnête, Jamais ne fut maltraite : Heureux comportement ! Héros sans anicroches, Ni crimes outrageants, Indigne de reproche. Mais Bayard scintillait De par sa foi ailée.
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1515 S’il n’y avait eu Un François 1er Pour gagner La bataille de Marignan En quinze cent quinze Et enrichir son auréole, Il n’y aurait eu Peu de Français premiers Pour gagner Les batailles de fainéant Après quinze cent quinze Et enrichir les écoles.
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JE TE FAIS ... Je te fais ouvrier, tu casseras la croûte Je te fais cantonnier, tu referas la route Je te fais charbonnier, tu vivras dans la soute Je te fais brigadier, tu mettras la déroute Je te fais chevalier, Tu es ma clé de voûte Je te fais infirmier, que veux-tu que ça me foute ?
HENRI IV Henri IV est un bon roi. Il voudrait que chaque Français Mette la poule au pot Chaque dimanche. Henri IV est un bon roi. Il voudrait que chaque Français Fasse le beau aux poules Chaque dimanche.
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DON Je suis Don Jon La grande tour La forteresse, Pour protĂŠger les femmes. Je suis Don Juan : Le fol amour, Sans forteresse Pour me protĂŠger des femmes.
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UNE CONCESSION Pauvrelieu à la Rochelle distribua des figues aux mères, organisa une grande ripaille parmi les troncs d’arbres et les pierres. Il interdit le port de la dentelle, ferma l’entrée du corridor et empêcha les badauds de s’approcher. Il enleva toutes les filles fortifiées aux débutants, mais il leur permit de garder leur séduction.
M. 1967
UN ROI DÉVOUÉ Chaque matin, il assiste au lever des courtisans. Il leur présente leurs chemises, leurs habits, leurs souliers. C’est une grande horreur pour lui. A table, il se tient d »bout derrière eux. Il les regarde manger. Il leur présente les plats. Il décerne les repas. Le soir, il assiste à leur douche, Participe à leur couche. Toute la vie du Roi et de la Cour Est réglée comme du papier à musique La France s’habitue vite à ces cérémonies. C’est le règne de « l’étiquette ». Le Roi, autrefois si peu obéissant, Sert maintenant comme un domestique.
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MARCHE COMMUN Kohlberg est un grand travailleur : Il travaille seize heures par jour ; quand il rentre dans son bureau à cinq heures du matin, il se frotte les mains de joie. Il veut que la France devienne riche, en vendant aux autres pays de belles marchandises d’excellente qualité. Pour cela, il crée des manufactures où il fait travailler des ouvriers encore meilleurs que lui. Il fait monter de nombreux bateaux qui vont vendre ces denrées dans les pays lointains pour les développer. Il réunit de nombreuses conférences autour de la nappe noire, où l’on éprouve partout le tract de l’Atlantique.
14.6.67
LOUIS IV « J’ai failli attendre, Mais je crois comprendre »... Dit le Roi fort courroucé, Outragé A sa maîtresse en retard. « J’ai failli m’étendre Et j’ai cru m’éprendre » Dit la dame fort pincée Et figée A son hormone-retard.
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AUX GOBELINS Le roi Louis XIV interpelle : - « Eh la belle ! Que fais-tu dans cette venelle Ici, assise sans travail ? A regarder le soupirail ? » - « Sire, sa Majesté me rit ! Je fais tapisserie. »
MONTCALM Au Pays du froid Et du sans-Roi, Les Français se vêtissent De pelisses Pour garder la peau rouge, Le sang-froid, Le bras droit. Le Canada bouge. Tout craque. Les Anglais attaquent Avec confort Montcalm Offensé, sans renforts, Blessé à mort. L’âme calme, Comme par réconfort, Montcalm se dit : « J’en finis avec la vie Mais seul, j’ai un peu cloué le bec Aux Anglais du froid Et du Sans-Roi ».
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AU CANADA Jacques Cartier A débarqué Au Canada Tout son barda. A ses gens, il s’adresse : « Ici, aucune faiblesse Ni quartier Pillez et pillez ! Il fait froid, Pas du tout de bois, Mais beaucoup de sauvages. Impossible de faire un second voyage. Tout sera pris ! Vous m’avez compris ? Vous embarquez tout, épices, coton, soie ... De par ma loi De manitou ! » Chose dite, presque faite. C’était déjà la fête. Arrivent les Anglais ... Ils aiment bien chasser, Mais plus rien à chasser. Ils chassent les Français Et embarquent tout, Ces gros manitoux.
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LES DÉPUTÉS DE THIERS Tous les députés de Thiers Sont indignés, toujours fiers. On leur ferme la porte au nez ! On les a déracinés ! Ils montrent les poings, les crocs Et brandissent les couteaux ! Ils crient la publicité Pour leur vaillante cité. Nullement découragés, Ils se sont tous engagés A trouver un autre endroit Pour s’unir en toute joie Enfin voici une salle ; Elle ira bien pour le bal ! Et puis pour le jeu de Pommes Ah ! Les plus heureux des hommes ! 14.6.67
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AU POIL En général, Les États Généraux siègent En piteux état, à rebrousse-poil. Louis Seize, de mauvais poil, Ordonne aux députés De quitter la salle. - Puis-je me raser ? s’écrie-t-il - Des prunes ! A poil Hurle Mirabelle Depuis cette algarade, Les Français n’ont plus voulu D’un roi si velu. Ils auraient bien voulu Un vrai roi au poil Qui ne les rase plus.
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LE DÉPUTÉ J’ai été recruté Sur un tas de butés Dit notre Député. J’avais bien débuté Parmi les députés Dit notre Député. Je me suis rebuté Parmi les députés Dit notre Député. Je suis peu réputé Parmi les députés Dit notre Député. J’ai été recruté Sur un tas. de butés Dit notre Député.
Montauban. 16.11.63
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LA FÊTE DE LA GÉNÉRATION C’est la fête de la France ! La France a avalé la Pilule. Tous les Français se réconcilient et célèbrent, en chemisette, cette recette magnifique, en se réunissant sur le terrain fleuri du Champ-de-Mai. C’est la fête de la Génération. Elle vaut plus de dix ! On s’embrasse de toutes les régions et de toutes les filles de France. Ces gens qui se réunissent s’appellent les Libérés. Ils représentent toutes les chances de la France. Tout alentour, plus de deux cent mille Parisiens s’amassent sur les gredins qui gênaient le passage. La foule applaudit, c’est la houle. Les drapeaux flottent. Le Roi y participe et paie de sa personne. Il jure d’obéir aux nouvelles lois. Tous les Français sont les fils d’un même pari. Toutes les Françaises sont les filles d’un même mari. Tous les Français sont fiers de se faire au plein air !
14.6.67
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VIVE ! Le Roi est mort ? Vive le Roi ! Le Roi est vivant ? A bas le roi ! Mort ou vif Vif ou mort Vive la vie ! Mort à la mort ! Le Roi c’est toi ! Le Roi c’est moi !
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LE ROI Les maîtresses du roi N’ont pas d’effet sur moi Dit le Ministre Je travaille pour la mamelle en France. La carence du roi N’a pas d’effet sur moi Dit Richelieu Je travaille pour notre Église en France. L’étiquette du roi N’a pas d’effet sur moi Dit Jean Colbert Je travaille contre les prix en France. Les serrures du roi N’ont pas d’effet sur moi Dit Antoinette Je travaille à la tête de la France. La confiance du roi N’a pas d’effet sur moi Dit Robespierre Je travaille bien sur mesure en France. Les obsèques du roi N’ont pas d’effet sur moi Dit Bonaparte Je travaille pour qu’il revive en France. Les mâchoires du roi N’ont pas d’effet sur moi Dit le bonhomme Je travaille pour le blé de la France.
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Les sueurs froides du roi N’ont pas d’effet sur moi Disent les gens Qui travaille pour incendier la France Montauban. 1963
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LES RAVIOLIS Bonaparte ! As-tu fait ton lit ? Il faut que tu partes A travers l’Italie Goûter les raviolis De Rivoli.
Ton avenue Des Raviolis A Paris, Tu l’auras Scélérat ... Dès ta revenue De Rivoli A Paris : Mon ami, C’est promis.
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POUR DE L’EAU Bonaparte, Le petit caporal ordinaire, Naquit-il Sous le signe des Poissons ? Lui, l’éternel esclave A la merci de l’Eau ? L’Eau, son ange gardien, L’Eau, à qui âme fut vendue En échange d’un Univers De fer, de feu, de sang. L’Eau, l’insaisissable ennemie, Noya sa vie, Noya sa mort. La naissance corse, Île de Beauté. Austerlitz ! Victoire du soleil, Du gel, de la glace Sur étangs et rivières Vincennes Le Château Enghien fusillé sur ordre dans les fossés ! Trafalgar ! Quel triste sort Pour la flotte anéantie, coulée ! Le Blocus continental Qui bloqua toutes les voies d’eau ! L’ironie du Channel Devant le camp de Boulogne Prévu pour l’invasion de l’Anglemer ! La rencontre avec le Tsar à Tilsit Sur un bateau de Niemen. Les soldats de la Grande Armée décimée Ensevelis sous les eaux glacées de la Bérésina. Le débarquement sur l’Île d’Elbe. La remontée du Rhône ... L’écumée de Walter-l’Eau. La scène d’adieu de Fontaine-Bleau. 47
Le séjour aux Îles Britanniques. Le départ vers l’exil en plein Océan. La captivité à Sainte-Baleine, Où il perdit haleine. Le retour triomphal des Cendres par mer Pour le repos des Invalides ... Napoléon Bonaparte, Invalide par l’Eau, Pour de l’Eau ! L’Eau transmua sa vie Et sa mort En destin, Commencé sur une île, Terminé sur une île.
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L’ABASOURDI ET LE GROGNARD Qu’est-ce que vous dites ? Ici, zone interdite ? J’ai un cœur de granit Une tête inédite, Ma mine est déconfite ? Je cours à la faillite ? Quel beau temps ? Vous me dites ? Il faut que j’en profite ? Moi ? Changer de conduite ? L’armée n’est plus séduite ? Mes chances sont réduites ? La défaite est subite ? J’ai pris une bronchite ? Mais non ! Mon Empereur ! ... Qu’est-ce que vous dites ? J’ai dû prendre une cuite ? Les carottes sont cuites ? ... Non, Sire ! Faites vite, Ici, patates cuites : Prenez donc la plus cuite ! 21.6.67
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A VUE DE NEY Louis Dix Huit eut toujours Bonaparte dans le ney Pour une histoire de ney mal ney. Cent jours durant, ils s’acharnèrent A trôner, à se détrôner, à se malmener, A se faire des pieds de ney. N’y voyant pas plus loin que le bout de leur ney, Ils se querellèrent jusqu’à s’arracher le ney. Tant et si bien qu’ils prirent des coups dans le ney. Finissant ney à terre, ils hurlèrent Au peloton d’exécution Qu’ils avaient eu le ney de désigner Pour s’écraser le ney : Soldats ! En plein dans le ney ! Tirez dans le ney Le ney s’aplatit. L’histoire s’arrête là, Car il n’y eut pas moyen De leur tirer les vers du nez Mais par cette légende, ce fut la France Qui fut visée en plein cœur, A sa barbe, à son ney.
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UN BRAVE Le Général est brave : Et ses soldats le savent .., C’est la nuit. Les Arabes l’attaquent ; Les hommes sortent, les fusils claquent. Notre Général se précipite Au combat, évite la faillite : Il avait oublié son képi, Il avait oublié son crépi. Il est sorti en bonnet de nuit Si bien que les ennemis ont fui ! C’est depuis que l’on chante, La chemisette d’un étourneau, La Casquette du Père Bugeaud. Le Général est brave : Et ses soldats le savent ...
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LE DIPLOMATE Je joue avec ma chatte Qui marche sur ses pattes Mimie saisit sa natte Et la tresse à la hâte Je porte des cravates Jolies en acétate Mimie aime les pâtes A la sauce tomate Comme le diplomate Qui est un vrai pirate Qui toujours gratte et gratte Cette terre déjà mate Qui toujours tâte et tâte Les gens pour qu’il s se battent Qui toujours rate et rate De jouer avec ma chatte.
GAMBETTA Gambetta sauva la France En ballon Des ballons d’essais Gambetta sauva la France Au grand air De l’absence d’air Gambetta trouva la France Après Tours Sans final recours.
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BEUVERIE Un homme fleuve Sainte-Beuve Moins vierge Que concierge S’abreuva Toute honte bue Et rebue De la soif Des assoiffés De sources claires. Quelle beuverie A l’abreuvoir Conciergerie Du mal-savoir.
A Georges COURTELINE
AU RAPPORT C’était peu avant la Grande Déclaration D’une première où chacun aurait sa ration. A la pension, chez les pauvres enfants de troupe, Un rapport, par un Sergent à tête de croupe, Fut, sur un gosse à canon, écrit non sans art En ces mots : « Passe devant le Sergent Canard En imitant fort le cri de cet animal ». Encore heureux, veinard, qu’il t’ait pris pour un mâle ! M. 8.5.63
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SON ÂME Il a perdu son âme Sur le chemin des Dames Elle a perdu son âme Un soir au macadam.
21.10.65
L’EXEMPLE A titre d’exemple, Je vous cite un exemple Pour vous donner un exemple Il a fusillé pour l’exemple Pour servir d’exemple L’exemple confirme l’exemple Un exemple entre tous Mais quel exemple Les exemples vivants Sont d’un autre pouvoir.
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LES POILUS Tous nos poilus N’ont pas voulu Se déplacer pour rien Par les chemins sanguins. Ils firent le serment : «Battre les Allemands ; Ils ne perceront pas, Ils ne passeront pas ! » Ils tinrent leur parole : Leur assaut bénévole Sauva la métropole D’être la Nécropole. Croix-Blanches, ils reposent, Après leur gain de cause. C’est la dernière fois ? La guerre est hors-la-loi ? Jamais plus : « A Berlin ! » Jamais plus de Verdun ?
15.6.67
LE POILU TRANSI Dans sa tranchée bouante Dans sa tranchée fumante Dans sa tranchée puante Dans sa tranchée tonnante Dans sa tranchée saignante Dans sa tranchée hurlante Le poilu transi Saisit son fusil Puis s’écrie Pétain de vie ! 55
A mon père
ONZE NOVEMBRE Des marches cadencées en discours nuancés, Défilés vers les stèles décontenancées... Souvenir ... Silence étranglé ... Onze Novembre. Fête de ceux qui eurent les tranchées pour chambres. Fête des morts vivants. Fête de leur victoire. Fête des gars-fusils abattus par la gloire. Fête du sang versé dans l’incendie de fer. Fête de la jeunesse immolée par cratères. Le langage mortel des guerres n’est que volcance Où les laves sur monuments font éloquence. Il défonce les champs, écrase les vallons, Puis étouffe les chants des paysans-clairons. Ne nous amusons plus aux tueries militaires. Contentons-nous plutôt du travail de la terre. Prenons nos armes d’or, assassinons la guerre. Soldats de l’amitié, décimez la misère !
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TEXTE LIBRE HISTORIQUE C’est la fête de l’Armistice au village Les gendarmes et les pompiers Décorés d’ifs, Étaient entourés de colonels. Nous fîmes le tour de la place Tandis que la cloche nous accompagnait. La musique entama son morceau Ayant terminé de jouer, Monsieur le Maire sortit une feuille de sa poche Et nous fit son récit. Je fus touché à la pensée Que je ne connus pas mon grand père Qui, par sa bonne volonté, Se fit tuer pour la France.
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MESSIEURS LES ANGLAIS La bataille de Dunkerque Bataille mise en exergue La bataille de Londres Bataille contre l’ombre La bataille de Lybie Bataille pour la survie La bataille d’Égypte Bataille contre les Cryptes La bataille d’Europe Bataille pour la syncope De l’ennemi Ahuri, Équarri. Messieurs les Anglais, Vous avez résisté Et vous avez gagné. Messieurs les Anglais Vous avez tiré Et payé Les premiers.
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LE PILOTE Descendit l’Allemand Du gris firmament. Finira une chute Du lent parachute Sur la plage ou la mer Si bardée de fer ? Un, deux coups de fusil L’abattu saisit Descendit l’Allemand, Du gris firmament Branlant météorite Qui s’éteignit vite Sur l’écume rougie Flottille jaillie.
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BALIVERNES 40-44 Priez pour la France Et ceux qui la gouvernent Ceux qui la bernent Ceux qui la cernent Qui la prosternent Qui la consternent Pour qu’elle hiverne Dans les casernes Dans les tavernes Dans les cavernes Et sans lanternes.
15.6.67
CROUPIER Il vécut Croupier Au Casino Il mourut Troupier Au Cassino
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LA VIE Socrate fut empoisonné J’en donnerais ma langue au chat Jeanne d’Arc se fit brûler vive J’en mettrai ma main au feu Montmorency fut décimé J’en mettrai ma tête à couper Hitler se tira dans son bunker J’ai fait une de ces bombes ! Et la vie continue Toute nue ...
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ASTUCE Le Führer, ce bon aryen Eut des fureurs de bon à rien Certes l’astuce est éculée Mais elle s’applique Sans réplique A ce refoulé, ce ravalé Cet ensorcelé, Cet obsédé. Il eût été bon Et de bon ton De le trucider A coups de courge A coups de fourche, Comme le Duce, La Sainte-Nitouche. Il eût été bon Et de bon ton De l’écrouler De l’immoler Sur l’autel de la honte Ce mastodonte De bestiale cruauté. Ô calamité !
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LE PRISONNIER Le prisonnier Des barbelés, Des miradors, Des cabanons, Des sentinelles A la main tout en sang A force de serrer, Griffer la liberté.
27 janvier 1964
LE PETIT RÉSISTANT Un petit résistant victime du canon, Par bien des compagnons, sans sonner le clairon, Fut couché sur un lit d’une chaude maison Chez des gens complaisants un petit peu grognons, Afin d’y déposer bientôt dix huit saisons. Un explosif au foie l’avait mis en haillons. Il geignait, haletait. Il perdait la raison. Son regard était bleu, il nous en disait long. Ses cheveux étaient blonds. Son visage était rond. Ses mains crispées cherchaient l’amitié à tâtons. Son cœur goulu battait et voulait des chansons. Et maintenant la vie lui disait non. L’hôtesse alors pleura : « Oh ! Le brave mignon ! Il a taché mon lit de son sang vermillon ! » Et sous le moribond, elle y mit des torchons. Le soleil sanglotait ses tout derniers rayons, Le village à la nuit faisait partout ronron. Que jeunesse se passe. Ainsi veut le dicton. 63
RIEN DE MIEUX FUT DIT De Gaulle, primat des Gaules, Un jour surgit de la calvitie En Juin quarante en France. A tous il dit : « Nous avons perdu une bataille, Mais nous n’avons pas perdu la guerre. » Ainsi fut dit. Rien de mieux fut dit. Un chauve parmi les chauves, Plus tard surgit de la calvitie Qui désenchante en France. A tous il dit. « Nous avons perdu les cheveux, Mais nous n’avons pas perdu la tête. » Ainsi fut dit. Rien de mieux fut dit.
14 JUILLET Le quatorze juillet Il assistait toujours Au défilé Des chars d’assaut Il en était bouleversé Un quatorze juillet Il assista de jour Au défilé Des assauts de chars Il en tomba tout transpercé. 14.2.70
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DRÔLE ... Ce n’était pas La drôle de guerre. C’était plutôt La guerre du drôle, La guerre d’Hitler, Du drôle d’Hitler.
A John Kennedy
CINQ et CINQ DIX Le Président tue La guerre qui tue Et l’assassin tue Le grand Président Un assassin tue Son sale assassin Notre société Tue cet assassin Mais la tuerie tue Notre société.
27.11.63
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UNE OURSE Il était une ourse Originaire d’URSS Qui écrivait Réécrivait Beaucoup, beaucoup. Il était des ours Originaires d’URSS Qui la suivaient La resuivaient Beaucoup, beaucoup. Alors pas folle, La guêpe esthète Elle prit sa retraite Aux Urselines Plutôt câlines Hors métropole.
HUIT NEUF Je reviens de la lune A la une. Avec Apollo huit J’ai fait vite. Je reviens sur la terre Au grand air. J’attrape une grippe Qui m’étripe. Je prendrai mon teuf-teuf Sans plus d’Apollo neuf.
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LA BOMBE EN ROSES Sous la terre Sous la mer Dans les airs Sans s’en faire On expose On explose On s’explose On entrepose On fait la bombe On fait la tombe Encore on ose Cueillir la rose La rose en bombe La bombe en roses.
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LE DERNIER Du dernier avion du monde Le dernier aviateur du monde Vient de jeter sa dernière bombe au monde. Il n’y a plus sur terre qu’un grand trou par terre ; Il n’y a plus de monde sur terre, Il n’y a plus de terre au monde. Le dernier aviateur de l’ancien monde Tournait dans le dernier avion du monde. Il ne tournait pas même en rond : Il n’y avait plus de rond. Le dernier aviateur de l’Ancien monde Parlait de tout le monde, Parlait déjà à tout le monde Sans se soucier du monde : « Ah ! La Barbe ! J’ai oublié mon rasoir ! Me voici le plus joli du monde ! Heureusement qu’il n’y a plus de monde ! »
23.1.68
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LE CANON Nous ne voulons plus Voir primer la force du canon sur le droit de la vie Entendre tonner l’obus ravageur Nourrir les bouches à canons Vivre à portée de canon Choisir entre beurre et canon Choisir entre portées kilométriques Et portées de neuf mois Sentir la chair à canon Nous battre, pleurer, mourir Pour les marchands de canons. Nous aimons trop les belles filles pleines de vie Les beaux vieux pleins de souvenirs Nous ne serons plus canonisés Par l’obus du canon. Nos âmes resteront lisses Notre canal de vie coulera Dans notre canal de lumière. Le canon est mort ! Vive le canon ! Alignons les canons Buvons à notre santé ! Nous ne sommes plus canonisés ! Le procès est instruit.
Juin 67 - 23.1.68
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LA COMPLAINTE DES VEUFS DE GUERRE La scène se passe à 3 personnages. Il y a 3 solos et 3 trios. Le 1er personnage dira le couplet 1 et le refrain R. Le 2e personnage dira le couple 2 et le refrain R. Le 3e personnage dira le couple 3 et le refrain R. Les trois personnages diront ensemble les couplets 4, 5, 6 en les alternant du refrain modifié R’. 1er acteur : Couplet 1
Moi, j’étais dans bien des affaires Je suis Ancien Président Du Conseil d’Administration Des derniers Sacrements.
Refrain R :
Ma très bien aimée est partie Je ne la reverrai jamais Notre Guerre Éternelle est morte. Je n’ai hélas plus rien à faire Sur la terre cruelle, injuste, Pitié pour moi le veuf de guerre Sans citation et sans pension ! Je suis en deuil, la vie dans l’âme
2e acteur : Couplet 2
Moi, j’étais dans tous les états Je suis Ancien Président D’un très pitoyable Conseil Que personne n’a voulu suivre. Reprendre le refrain R
3e acteur : Couplet 3
Moi, j’étais chez les gens de l’Arme Je suis un Ancien Général Au firmament de mes étoiles Qui vivait au particulier Reprendre le refrain R
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En trio : Couplet 4
Nous étions trois membres actifs D’une riche société Baptisée à travers le monde Croix de Bois Internationale.
Refrain R’ : Notre bien aimée est partie Nous ne la reverrons jamais Notre Guerre Éternelle est morte Et nous n’avons plus rien à faire Sur la terre, cruelle, injuste. On est en deuil, la vie dans l’âme Pitié pur nous les veufs de guerre Sans citation et sans pension ! Couplet 5 :
Nous sommes trois innocentes Victimes de la Loi des Lois. Nous avions peuplé notre terre Courageusement de bois mort. Reprendre le refrain R’
Couplet 6 :
La verte forêt nous a pris Un travail qui était de l’or En boisant, reboisant la terre De plants trop jeunes et vivaces. Reprendre le refrain R
Montauban 15.5.63
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LE BON SENS Le bon sens ne serait perdu Vaille que vaille Peine perdue à fonds perdu En ce monde sur guerre. Ne seraient pas perdus Tous nos vœux De proscrire une marche éperdue Vers une planète chauve.
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LES CHANCES En France quelle chance Avec ces engeances d’intelligences. L’intelligence Des gens à droite, des adroits, des maladroits, Des gauchistes, des gauchers, des gens à gauche, Des gens du centre, des centrés, des décentrés, De recentrés, des excentriques, Des contrôlés, des contrôleurs, Des incontrôlés, des incontrôlables, Des structurés, des non-structurés, Des évolués, des demeurés, Des résidents, des non-résidents, Des lucides, des extra-lucides, Des autonomes, des autochtones, Des irresponsables, des responsables De leur intelligence De leurs chances, de leur France.
ENTRE HOMMES Homme politique Homme de lettre Homme d’affaire Homme d’église Homme de métier Homme de fer Homme de paille Homme de terre Homme à faire ? Homme ?
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QUESTION DE PRINCIPE La question ne pose pas de problèmes particuliers, mais ces problèmes soulèvent de sérieuses difficultés. On apprend de bonne source que, dans les milieux bien informés, cette question d’urgence ci-dessus mentionnée a été mise à l’étude dans les ministères intéressés par cette question. Mais dans l’attente d’une solution immédiate, à notre grand regret, nous élevons une énergique protestation ; nous opposons le démenti le plus formel aux allégations inadmissibles, relevant des rumeurs sans fondement ; nous exigeons le châtiment exemplaire des propagateurs de fausses nouvelles, nous rappelons la nécessité d’une vérification préalable des informations répandues ; nous dénonçons les traités en vigueur ; nous n’accepterons jamais que le statu quo ante soit remis en cause. Le retour à l’avenir n’est plus de mise à l’époque thermonucléaire. A l’heure où nous avons rédigé les lignes de ce journal, nous apprenions que les pourparlers se poursuivent à huis-clos entre les parties concernées et nous en profitons pour proclamer l’incompétence des juges et des parties en absence. On ne peut être juge et partie à la fois. Un débat public et contradictoire suivra ces échanges de vue fructueux. La discussion risque d’être animée. La question de confiance sera posée pour trouver un interlocuteur valable. On évitera, en tout état de cause, de passionner le débat. Malgré les surenchères prévisibles, on optera plutôt pour une position réaliste, franche et loyale, dans cette situation explosive. On nous permettra d’ajouter que, d’après les milieux autorisés, les atermoiements, les fins de non-recevoir ne seraient pas permis et que l’on se défendrait d’adopter à l’unanimité une politique partisane. De toute façon, une solution juste et durable ne saurait être trouvée dans le dénouement de la crise : une conclusion logique aboutirait finalement à la séparation de la conférence tenue au sommet, dans le cadre des accords reconnus par les petites puissances. Seul, le déroulement des évènements permettra d’affirmer ou d’infirmer. Mais nous réclamerons avec force la vérité, toute la vérité, sur cette affaire pour éclairer notre lanterne à acétylène. En dernière minute, nous apprenons que le débat inscrit à l’ordre du jour des assemblées compétentes, devait se tenir en séance de nuit, mais qu’il a été ajourné. La question sine qua non n’avait pas été, en effet, formulée suivant la procédure normale conforme au droit canon international. Aussi l’hémicycle aurait-il été jugé trop clair. Mais les personnalités représentant les nations ayant la situation bien en main affirment à la radiotélévision qu’elles demeurent optimiste sur la suite à donner à cette affaire, en raison de la cordialité des entretiens. 74
Si les faits annoncés se répètent à la cadence actuelle, il n’en reste pas moins que ces faits, considérés dans leur ensemble, constitueraient une violation flagrante des accords outrepassés et de nos droits imprescriptibles et indescriptibles, et qu’ils comporteraient des répercussions graves. Leurs auteurs seraient les seuls responsables irresponsables des réactions qui en découleraient. Une action adéquate ferme et efficace s’imposerait dès lors, en étroite collaboration avec nos alliés héréditaires. Ces alliés font en effet toujours preuve d’une largeur de vue tout à fait adaptée aux circonstances. Qu’on nous permette de préciser que la question pose des problèmes sérieux, et implique des obstacles non insurmontables, mais en ce cas de force majeure, on peut compter sur la bonne volonté de tous, sur l’esprit coopératif de tous. Une table ronde se réunit d’ailleurs, dans des délais encore indéterminés. Table ronde où chaque partenaire pourra ensabler le Champagne de la Réconciliation et du Règlement des questions en litige, à propos de l’avenir imprévisible de l’humanité. Réunion pleine de promesses non tenues, où chacun se tiendra prêt à toute éventualité. Un telex-consommateur nous apprend à l’instant qu’il s’agit tout simplement d’une question de principe, mettant en lumière l’ambiguïté des négociations, notamment en ce qui concerne la non-prolifération des armes à double tranchant. En conclusion, nous vous dirons donc que nous nous réjouissons de la tournure prise par les évènements. Allo ... Allo ... Un flash de dernière minute nous signale que la Première Paix Mondiale vient d’éclater ... Chaque état mobilise ses farces et attrapes, éparpille ses ressortissants, ouvre ses embrassades et se met sur pied de paix. Les populations sont électrisés par cette atmosphère de haute tension internationale. Un pressant appel est lancé à chacun de vous pour qu’il garde son sang-chaud et qu’il fasse son devoir. L’heure de la délivrance a sonné, avec l’heure exquise et solennelle de nous séparer. Bonne nuit les petits ! Merci de votre attention. Juin 67
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A l’homme du XXe siècle
ÉPITAPHE Ci-gît Non un surhomme Mais un homme, Qui vécut Sans l’avoir su, Qui agit En Français moyen, Au-dessus de ses moyens Et qui, par ce moyen; Mourut Dehors A la belle étoile, A tisser sa toile De Pénélope Ce n’était plus la peine ... Top !
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TABLE DES MATIÈRES
Ce cheval ...................................................................................... 5 Le Feu .......................................................................................... 5 Le Feu Froid ................................................................................. 6 Adoration...................................................................................... 7 Un travail de Romain .................................................................... 8 Le Laboureur du Pharaon ............................................................ 10 L’embaumeur.............................................................................. 12 Héraclès...................................................................................... 14 Vercingétorix .............................................................................. 15 Les Gallos Romains .................................................................... 17 Le Duc........................................................................................ 17 Charlemagne ............................................................................... 18 Geneviève ................................................................................... 18 Histoire enfantine ........................................................................ 19 Clovis ......................................................................................... 19 L’Accueil.................................................................................... 20 La Normandie ............................................................................. 20 L’annonce faite au marri ............................................................. 21 Vincennes ................................................................................... 22 Hommage ................................................................................... 23 Les otages ................................................................................... 24 Salon de thé ................................................................................ 24 Christophe Colomb ..................................................................... 25 François 1er ................................................................................. 25 Bayard ........................................................................................ 26 1515 ........................................................................................... 26 Je te fais...................................................................................... 27 Henri IV ..................................................................................... 27 Don ............................................................................................ 27 Une concession ........................................................................... 28 Un Roi dévoué ............................................................................ 28 Marché commun ......................................................................... 29 Louis XIV................................................................................... 29 Aux Gobelins .............................................................................. 30 Montclam ................................................................................... 30 Au Canada .................................................................................. 31 Les députés de Thiers .................................................................. 32 77
Au Poil ....................................................................................... 32 Le député .................................................................................... 33
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La fête de la génération ............................................................... 34 Vive............................................................................................ 34 Le Roi ........................................................................................ 35 Les raviolis ................................................................................. 36 Pour de l’eau............................................................................... 37 L’abasourdi et le grognard........................................................... 38 A vue de Ney .............................................................................. 39 Un brave ..................................................................................... 39 Le Diplomate .............................................................................. 40 Gambetta .................................................................................... 40 Beuverie ..................................................................................... 41 Au Rapport ................................................................................. 41 Son Âme ..................................................................................... 42 L’exemple ................................................................................... 42 Les Poilus ................................................................................... 43 Le Poilu transi ............................................................................ 43 Onze Novembre .......................................................................... 44 Texte libre historique .................................................................. 44 Messieurs les Anglais .................................................................. 45 Le Pilote ..................................................................................... 45 Balivernes ................................................................................... 46 Croupier ..................................................................................... 46 La Vie ........................................................................................ 47 Astuce ........................................................................................ 47 Le Prisonnier .............................................................................. 48 Le petit résistant.......................................................................... 48 Rien de mieux fut dit ................................................................... 49 14 Juillet ..................................................................................... 49 Drôle .......................................................................................... 50 Cinq et cinq dix ........................................................................... 50 Une ourse.................................................................................... 51 Huit Neuf.................................................................................... 51 La bombe en roses ...................................................................... 52 Le dernier ................................................................................... 52 Le canon ..................................................................................... 53 La complainte des veufs de guerre ............................................... 54 Le bon sens ................................................................................. 55 Les chances................................................................................. 56 Entre Hommes ............................................................................ 56 Question de principe.................................................................... 57 79
Épitaphe ..................................................................................... 59
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