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exposition à du vendredi au 30 octobre

01 Ferme Turc Dessin de Danièle Ducellier

MIRAGE AGRICOLE

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La ferme dite Turc, ou Ferme en briques ou L’Ermitage, est une grande bâtisse blottie dans le vallon, à l’architecture comparable à certaines bâtisses de Cossimont (avec les fenêtres en ogive).

Cette bastide est devenue successivement campagne de chasse puis bâtiment à usages agricoles. Selon André Turc, la ferme appartenait à sa famille jusqu’en 1800, avant qu’elle ne soit vendue aux Tuileries de Saint-Henri de La Plata. En 1880, les Tuileries la vendent au Docteur d’Home, qui en fait un pavillon de chasse, et qui la revend à son tour en 1920 à un “collègue”... Pierre Turc, le grand-père d’André. Propriétaire de nombreuses boulangeries du bassin de Séon qu’il alimente en bois coupé sur le massif, Pierre Turc s’est enrichi et peut racheter la ferme familiale.

Les Turc en exploitent alors surtout les terres agricoles, “plus de quatre cents oliviers dans le vallon”, et y gardent les mulets. Ils y logent exceptionnellement les deux dernières années de la guerre en 43-44, leur propre ferme au hameau à côté de l’église étant réquisitionnée par les allemands. Par la suite, la bâtisse reprend usage comme bâtiment agricole. Le rez-de-chaussée notamment est prêté aux bergers “jusqu’à ce qu’un jour leurs brebis en liberté bouffent tout le blé des prés exploités par les Turc”.

Sirio SIMONI est né en 1932, il vit à la Galline avec son neveu Daniel qu’il a recueilli car il a été très tôt orphelin. Le père de Sirio était contremaître à la carrière et habitait dans une maison de la

Coloniale de 4 appartements sur le futur site du lac. Avec son neveu, ils habitent actuellement dans un petit appartement situé à l’arrière de la ferme depuis que Ginette Turc née Simoni, sa sœur, aujourd’hui décédée, lui avait demandé de se rapprocher d’elle pour l’aider à soigner son mari, avant qu’il ne meure.

Il a travaillé à Lafarge et toute sa vie et, surtout depuis sa retraite, il a consacré tout son temps à veiller et à entretenir les terres et les plantations d’oliviers (environ 500 à 600 arbres) qui s’élèvent dans les vallons devant et derrière la ferme Turc du haut.

Sirio a commencé à travailler à La Coloniale (ancien nom de Lafarge) à 14 ans comme « Mousse » en portant de l’eau aux ouvriers. Il avait un livret de travail et il a obtenu de nombreuses médailles du travail pour sa longue carrière à Lafarge.

« Pour l’école, c’était à l’Estaque qu’on allait, à pied jusqu’à la place de l’église, on mettait une demi-heure, notre mère aussi faisait tout à pied, comme tous les habitants du hameau. » Sirio a été ensuite mineur dans les carrières : « On faisait les tirs de mine, c’était deux fois par semaine. Anciennement on avait des concasseurs et c’est sur les wagonnets qui descendaient vers l’Estaque qu’on chargeait les ciments et les roches, par 22 wagons à la fois. Ici maintenant on ne produit plus que les granulats et les camions charrient du sable vers Fos pour charger ensuite les péniches. Avant, on n’avait qu’un mulet mais il avait peur de tout. Une anecdote, pendant la guerre, un jour il a eu peur, il est parti comme un fou chargé de cageots de cerises. Il a couru au galop par le chemin de terre caillouteux jusqu’aux champs de la ferme en brique et il a tout renversé…Finies les cerises ! »

NDLR : Il y avait donc des cerises à la Galline !

Extrait des entretiens réalisés par Jacqueline Lepetit McCumber durant les “Explorations du Sens de la Pente”, décembre 2019-février 2020.

01 Entretiens dessinés par Françoise Manson 2019

01 Paul Cézanne, Rochers à l’Estaque, 1879-1882

02 Georges Braque, L’olivier près de l’Estaque, 1906

*Profitons d’un instant de pause pour observer la ferme Turc avec l’oeil d’un crayonneur.*

Les couleurs et les lignes de la Nerthe ont inspiré des générations de peintres : Braque, Cezanne, Derain, Duffy, Guigou.. et d’autres ont ouvert un chemin que continuent d’emprunter peintres, dessinateurs, plasticiens qui parcourent encore aujourd’hui ces collines.

PENTE COMMUNE

Des usages multiples qui se croisent et parfois entrent en concurrence

UN ESPACE D’ARPENTAGE...

Maryse a une superbe coiffure. Un panaché de mèches de teintes diverses et vraiment bien assorties : des blonds cendrés, des cuivres et des roux qui ressemblent à une fourrure élégante de jeune renard. Elle nous accueille au seuil de sa porte, nous surplombe comme une reine.

Maryse habite le coeur ouvrier de l’Estaque, le quartier des Riaux, qui porte profondément la marque de l’entreprise La Coloniale. C’est cette entreprise qui employait une grande partie des habitants et qui a construit la plupart des logements, la salle des fêtes, l’espace de santé qui étaient mis à la disposition des ouvriers et des cadres.

Maryse habite au niveau d’un carrefour où se font face une maison de cadre, le dispensaire, la coopérative et les citéslogements, avec leurs cours, buanderies et jardin en commun. Le dispensaire Lafarge, c’est l’actuelle maison de Maryse : l’entreprise l’a revendu en 1974, elle et son mari l’ont racheté en 1977, en tant qu’anciens employés, ils étaient prioritaires. Le commun est partout. Qu’il s’agisse des infrastructures construites par La Coloniale, puis par Lafarge ou plus globalement des matériaux mis à disposition par l’usine : habitat ouvrier, maisons des cadres, équipement, poussière sur la peau au retour du travail, minéralité de la montagne,… : le ciment lie tout cela.

“C’était la famille, il te donnait des cadeaux pour ton mariage par exemple. Moi quand j’ai épousé mon mari nous avons eu une maison là en- bas [...]. On habitait sans payer, c’était la famille.”

Dans le récit de Maryse, le massif lui-même semble faire partie de ces équipements communs à une famille.

“Je prenais la poussette avec mes petits, des jumeaux, et j’allais biberonner là-haut à pied. On allait pique-niquer à la table ronde, les enfants jouaient dans le château, allaient se baigner [...]. A Cossimont, on cueillait les asperges, on ramassait le bois du barbecue, on allait aux fleurs.”

Extrait de ROUGE_récit d’enquête sur l’histoire industrielle de Marseille_Louise Nicollon des Abbayes

DE CHASSE...

Au début des années 90, François Marrot, le mécano-garagiste du Garage de la plage de l’Estaque et sa femme, Jacqueline Lepetit dite « Bicou », ont demandé à M. Henri Turc, fils de Pierre et père d’André, la permission d’installer leurs chevaux dans les prés « Le Grand champ » ou « Grand terre » et « Le Cappelan » ou la Cappelane, qui sont situés juste à l’entrée du hameau et juste après l’église.

Ils ont construit l’abri en bois qui existe encore aujourd’hui. Ensuite, afin de nourrir leurs chevaux avec du foin local, et pour rendre service, ils ont proposé à Henri Turc et à Sirio Simoni de les aider à entretenir les champs de l’Ermitage.

Durant 10 ans ils ont développé une activité équestre familiale, en caressant le rêve (fou ?) de voir un jour s’ouvrir un Poney Club à la Galline…. L’occupation équestre de la ferme de l’Ermitage a toujours été refusée à François par la famille Turc, qui redoutait d’être envahie de nouveau par des squatters, ou des fêtards ou/et des étrangers, c’est-à-dire des non habitants de la Nerthe…

Les chevaux de la Galline sont partis vivre dans les Cévennes en 2001, suite au refus de la société des chasseurs de Lafarge de voir se développer un poney-club traversant leurs terrains de chasse, alors que la Direction de Lafarge était d’accord avec ce projet ainsi que la Famille Turc qui avait aussi donné son accord. La raison officielle de ce refus était qu’un accident de chasse pourrait arriver si des poneys avec des enfants croisaient des chasseurs.

01 et 02

photos de Louise Nicollon des Abbayes “Exploration Le sens de la pente #4”, lundi 3 février 2020

Témoignage de Jacqueline Lepetit McCumber, “Exploration du Sens de la Pente”, décembre 2019-février 2020.

« Le chasseur n’est pas un assassin, c’est un régulateur qui entretient la nature » prévient immédiatement Charles. Et de détailler un programme chargé hors saison : « En février, on attaque les territoires avec le débroussaillage, la pose des pancartes de limites de chasse par zone, le nettoyage de la colline qu’on débarrasse des douilles non récupérées mais aussi et surtout des tas de déchets laissés par les pique-niqueurs… » Un respect de la nature destiné à préserver intacte une passion qui se transmet de père en fils. Ce sont aussi les chasseurs qui « mettent les coupe-feux en place, ajoute le jeune David, car il faut savoir que les terres brûlées sont les plus grandes responsables de la disparition des animaux ».

« Il n’y a qu’à voir quel dépotoir était devenue la Galline avant que Vincent ne s’en occupe ! »

En effet, depuis 14 ans qu’il préside «la Galline mon poumon», Vincent Facela, épaulé par Salima, n’a eu de cesse de nettoyer et reboiser le site. Ce territoire, qui « n’a rien de communal mais appartient à Lafarge, était interdit de

01 et 02

Louise Nicollon des Abbayes “Exploration Le sens de la pente #4”, lundi 3 février 2020

Installations des chasseurs

Camions Lafarge faisant des allers-retours entre la carrière et ...

chasse depuis 2003, suite aux incendies », explique Vincent. Jusqu’à l’année dernière où le grand bétonneur en a confié l’exploitation à la Société de la Myrthe. « C’était le CE de Lafarge qui le gérait, mais tout le monde venait taquiner la galline sauvage sans carte. »

Donc sans contrôle et sans déontologie. Aux chasseurs désormais de revitaliser le site.

Extrait de l’article de Myriam Guillaume, Gardiens des collines ils taquinent la Galline, La Marseillaise, 10/01/2011

AU MILIEU DES CAMIONS ET DE LA POUSSIÈRE.

Pourquoi devrait-on des égards au monde vivant? Mais parce que c’est lui qui a fait nos corps et nos esprits, capables d’émotions, de joie et de sens. (...) Comment a t-on pu devenir assez fous pour croire qu’il est irrationnel d’avoir des égards envers ce qui nous a faits et qui assure à chaque instant les conditions de notre vie et de notre félicité possible? C’est aux idéologues de la modernité de nous montrer que ces égards sont irrationnels. Comment ont-ils opéré ce tour de passepasse sur les derniers siècles? Il leur a suffi de mécaniser le monde vivant, de le désanimer, de le désenchanter. (...) Il ne s’agit pas pour autant d’une nostalgie antimoderne rêvant de temps anciens où on vénérait la “Nature”, où elle était sacrée. C’est précisément l’effort du concept d’”égards” que de déplacer tout le champ du problème en dehors de l’opposition entre sacré et profane, vénérer et exploiter. (...) Et les égards se déploient sur un autre fond de carte cosmique que celui du dualisme. Ils ne s’opposent pas à l’usage ni à l’exploitation, au contraire: plus vous exploitez un milieu plus vous lui devez d’égards, plus vous prenez à la terre, plus il faut lui restituer, mais à cette terre là, et pas à un dieu transcendant hors du monde, au bosquet sacré intact, ni au parc naturel. (...) Il n’y a pas deux espaces, profane et sacré, il n’y a pas deux logiques de l’action (sanctuarisé ou exploiter), il n’y a qu’un monde, et qu’un style de pratiques soutenables à son égards: vivre du territoire avec égards.”

Extrait de Manières d’être vivant, Baptiste Morizot, Actes sud, 2020

01 Le lac octobre 2019

02 Le modelé original, ou «naturel» de la colline

03 L’eau contenue dans l’ancienne carrière Lafarge

04 Les déchets inertes

LUTTES PENTUES

“J’ai fait cette huile avant le combat” montre Christian.

Il nous a surpris, sa compagne et moi, en train de s’entretenir dans la salle à manger sur le dit “combat de la Nerthe”. Il a disparu sans un mot, et resurgit du garage portant un tableau devant lui. D’une main il le soutient délicatement, de l’autre il montre.

“Je l’ai peint avant qu’ils mettent les remblais, voyez, donc en fait tout ça, vous là, vous êtes la route blanche de cette poussière volant des camions qui la sillonnent, aller-retour. Et là en contrechamp je suis le lac. Ils ont coupé là, et toutes ces parties boisées ici ont été ensevelies, et surtout il y avait en haut à gauche les zones humides marécageuses avec des roseaux et les crapauds protégés qu’ils ont remblayées. Le niveau a monté depuis, on ne voit plus les plages. Les gens entraient par là, de là où vous êtes, ils descendaient les voitures derrière ces arbres là. L’eau était claire.”

Extrait de La montagne_récit d’enquête sur l’histoire industrielle de Marseille_Louise Nicollon des Abbayes

C’est un lac artificiel, une ancienne carrière d’extraction creusée à flanc de colline à l’intérieur de laquelle se sont accumulées des eaux de ruissellement, à moins qu’il ne s’agisse du jaillissement d’une source ! En tous cas les eaux, au lieu de continuer leur descente dans le sens de la pente, se croient arrivées au bout de leur voyage lorsqu’elles rencontrent le socle de marne, plus argileux que calcaire et donc imperméable, laissé au fond de la carrière. Pas d’échappatoire possible !

Bien que artificiel, le lac sert d’habitat à toute une biodiversité, dont une espèce protégée de batracien : le pélodyte ponctué.

Le lac synthétise de nombreux enjeux concernant les usages du massif : d’un côté l’entreprise Lafarge, propriétaire de la carrière, souhaite poursuivre un usage industriel par l’exploitation du site comme aire de stockage de déchets, de l’autre, une partie des habitants locaux se mobilise contre ces aménagements au profit d’un usage récréatif et déplore la pollution au plastique du site.

TENTATIVE D’HISTORIQUE

1981 Désaffection de la carrière de la Nerthe, comblement par infiltration des eaux souterraines : futur lac.

1983 Premières mobilisations des CIQ de l’Estaque à propos de la poussière générée par les camions

1984 Classement de 3 400 ha de la “Côte Bleue” Zone Naturelle d’Intérêt Ecologique, Faunistique et Floristique (ZNIEFF) pour la préservation de son patrimoine environnemental remarquable.

1986 Loi Littoral pour la protection des côtes contre la spéculation immobilière et pour la préservation de l’accessibilité des sentiers littoraux pour le public. 1988 Création de l’association des Peintres de l’Estaque et installation à la Villa Bellevue.

1991 Création de Thalassanté, « tiers lieu portuaire » sur la plage de l’Estaque.

1993 Les carrières deviennent des installations classées pour la protection de l’environnement.

1995 Destruction des toitures du site de Cossimont par son propriétaire, l’entreprise Lafarge. 1997 Publication de l’étude de l’AGAM (Réflexions préalables à l’Aménagement de la Zone de Projet de la Nerthe Nord) à la demande du Secrétaire général adjoint de la ville de Marseille en faveur d’aménagements pour la valorisation culturelle et touristique du massif de la Nerthe.

1997 Projet de l’arboretum porté par Jean Claude Laffage. 1998 Les CIQ des Hauts de l’Estaque et de l’Estaque le Marinier soutiennent des propositions en faveur de la valorisation culturelle et touristique du massif. 1998 Création de l’association «la Galline mon poumon» qui associe chasseurs et riverains pour la préservation du massif de la Nerthe. Grandes opérations collectives de nettoyage et création d’une zone de pique nique sur la route du hameau de la Nerthe.

2006 Les camions de l’entreprise Lafarge ne passent plus par l’Estaque mais par une route dédiée.

2008 La ville de Marseille propose une “gestion raisonnée” du massif de la Nerthe comprenant la construction du demi-échangeur Lafarge à usage exclusif, un projet de Cité des sciences et de la mer sur les anciens sites d’industries chimiques et un port de plaisance de 2000 à 3000 anneaux au Port de la Lave. Des négociations pour la vente des terrains Lafarge au Conservatoire du Littoral sont annoncées.

2010 Annonce du projet de centre de déchets inertes dans la carrière désaffectée du lac et projet de stockage des containers à la Nerthe.

2010 Regroupement des associations de protection du massif et mobilisation contre le comblement du lac, le stockage des pneus et la construction de l’échangeur Lafarge. 2011 Lafarge obtient l’autorisation de stocker des déchets inertes dans le lac.

20 juin 2013 Classement du massif de la Nerthe, en vertu de son patrimoine environnemental remarquable (mais le zonage ne concerne pas les terrains propriétés de Lafarge). 2013 Inscription par la municipalité du 16e arr. dans le Plan Local d’Urbanisme (PLU) d’un emplacement réservé au projet de construction de l’échangeur Lafarge. 2014 Les associations interpellent collectivement les élus sur la protection du massif dans le cadre des municipales. 2016 Débuts du projet artistique de la Déviation, sur le site d’une ancienne usine Lafarge, chemin de la Nerthe. 2016 Lafarge interrompt le comblement du lac, le stockage des déchets s’effectue à l’arrière du lac.

2016 Premier protocole signé entre Lafarge et le Conservatoire du littoral afin de prévoir dans l’année la signature d’un compromis de vente de terrains pour compenser l’impact environnemental de la construction du demi-échangeur. Cette dernière figure comme clause suspensive du compromis.

2017 Mobilisation des associations et riverains contre la demande par Lafarge de prolongation de 15 ans du comblement de la carrière Liautaud par stockage de déchets inertes et de “fractions solubles” (déchets du BTP contenant des taux de polluants supérieurs aux normes standards).

14 avril 2019 Signature de la promesse de vente de 90 ha autour du site de Cossimont signée entre Lafarge et le Conservatoire du littoral. La construction du demiéchangeur demeure clause suspensive.

2019 Achat du site de la Déviation par l’association du « Parpaing libre » selon des modalités garantissant la propriété d’usage du lieu (impossibilité de transformer cette propriété en bien immobilier classique, l’usage artistique et collectif est garantie). Septembre 2020 Lancement par l’état de la concertation publique autour de la construction du demi-échangeur.

Octobre 2020 Plusieurs associations demandent la mise en place d’une véritable enquête publique, d’une étude environnementale indépendante, d’une modification du PLUi pour sécuriser le respect des accords ainsi qu’une cession sans contrepartie des terres au Conservatoire du littoral.

HABITER À MIPENTE

NOMMER C’EST HABITER

“C’est déjà quelque chose de pouvoir dire où l’on va et d’où l’on vient. Au moins, on a l’air d’être quelque part.”

Jules Verne, L’île merveilleuse, Chapitre XI, 1875 Selon André Turc, les deux prés situés devant chez lui (où se trouvaient les chevaux), s’appellent la Grand Terre et la Capellane.

Le pâté de maison situé derrière la Chapelle qu’il loue actuellement à trois locataires différents s’appelle Les Fortunés. « En 1910 quand les Turc ont acheté, c’était un Fortuné Gouiran qui était propriétaire, c’est pour ça que ça s’appelle Les Fortunés. ».

L’origine du nom Cossimon est, selon André Turc, qu’il y avait là la maison de Mr Simon. Mais il semblerait plus vraisemblablement que le nom vient du Col Simon qui se situe sur la route des crêtes du massif de la Nerthe au lieu-dit La Galline ou hameau de la Nerthe, d’où l’habitude originelle de l’écrire Cossimon sans t.

Le château de l’Air s’appelle aussi le château des puces sans doute car on mettait des troupeaux ici.

Extrait des entretiens réalisés par Jacqueline Lepetit McCumber, “Exploration du Sens de la Pente”, décembre 2019-février 2020.

01 La Galline Dessin de Danièle Ducellier

02 Carte postale Notre Dame de la Galline Procession

03 La Galline Dessin de Sophie Bertan de Balanda

04 La galline depuis le château “Exploration Le sens de la pente #4”, lundi 3 février 2020

Le hameau de la Nerthe est situé sur une “zone verrou”, c’est-à-dire un lieu de passage quasi-obligé pour traverser le massif.

Qui dit passage obligé dit aussi lieu propice aux attaques de voyageurs !

D’où la présence de lieux de protection comme le château de l’air, ancien fortin templier, qui défendait autrefois le passage.

Détruit durant les combats d’août 1944, le château dominait depuis son promontoire rocheux la chapelle de la Galline ou la chapelle de la petite poule.

Consacrée en 1042, c’est une des plus anciennes chapelles du territoire. A l’intérieur un ex-voto de 1631 : “naissance au bord d’un champ”. Derrière l’autel, une statue en bois représente une Vierge à l’Enfant : le petit Jésus tient dans sa main une galline, une poule en provençal, symbole de protection. Chaque année, une foule de pèlerins se réunit début septembre pour promener la statue en procession.

“Je me demande dans quel autre endroit du monde on pourrait entendre d’une même voix un chœur si éclectique : camion, coq, avion, gabian, train et vent.”

JONATHAN _ Nous passons d’un état de calme et sérénité dans ce paysage bucolique et de campagne à un état d’alerte et de tension quand un avion passe au-dessus de nos têtes. En effet, cette proximité de sentiments est très étrange, car nous avons l’envie de vivre ici, dans cet environnement particulièrement accueillant par sa qualité de nature sauvage, du confort qu’offre le hameau et de son calme apparent alors que nous sommes régulièrement mis en alerte lorsqu’un avion ou camion passe à toute vitesse. Entre la lenteur et l’hyperactivité, l’hospitalité et l’inhumanité.

MORGANE _Premières sensations – En contrehaut de l’église, le soleil frappe nos joues. Entre mer et collines, on se rappelle à Marseille lointaine. Au-dessus de nous, une ronde de gabians par centaines ; elle laisse vite place à un avion assez proche pour qu’on en distingue bien la silhouette et les couleurs. Son bruit arrête la discussion. Un couloir aérien emprunté par différents volatiles. Au village, interdiction de klaxonner – sur un panneau jamais-vu. Un autre avion au-dessus de nous, et son bruit qui déborde nos mots.

JONATHAN _ D’autres sentiments vont et viennent régulièrement entre l’introspection et l’exhibition. Dans certains endroits (comme le lac par exemple) nous perdons tout repère ; l’eau nous rappelle le niveau 0 de la mer alors que nous sommes en altitude et le paysage, délimité par les crêtes des collines avoisinantes, nous amène dans une posture de solitude, puis de sérénité voire d’intimité. Ces sentiments sont très vite rattrapés par celui de dévoilement ; quand nous sommes en haut de ces mêmes collines où nous pouvons voir loin et où nous pouvons être exposés à tous les regards et coups de mistral. Nous nous rattachons à nos repères bien ancrés.

MORGANE _Toujours à Marseille oui, puisque les panneaux électriques arrachés dévoilent leurs coulisses, que les bennes à ordures dégueulent à côté du ruisseau.

RESSENTIR LA PENTE

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Le chien regardant la lune Dessin Mathilde Haegel, “Exploration Le sens de la pente #4”, lundi 3 février 2020

JONATHAN _ Encore le même contraste entre les moments de déambulation dans la garrigue en toute liberté stoppée net par des grilles infranchissables avec des panneaux d’avertissement comme seul moyen de communication.

MORGANE _Quelques indices d’un ailleurs… Peuton parler d’un habiter ici ? Entre villa pimpante et barrières rouillées. C’est un village presque fantôme. Des traces du passé s’inscrivent dans les carrés de paysage abandonnés. Les roseaux y reprennent leur droit. Sur un mur, le vent et la pluie effacent les ayants-droits : la mention d’un « jardin » passé se devine dans la pierre, à côté d’un panneau délavé portant l’inscription « CIMENTS LAFARGE – ENTRÉE INTERDITE – DANGERS – TIRS DE MINES ».

JONATHAN _ Ce morceau de territoire est comme un palimpseste, il est construit sur plusieurs couches dans le temps long de son histoire, mais aussi de couches d’usages qui n’ont rien à voir les uns avec les autres.

extrait Explorations Le Sens de la Pente, récit #4, lundi 3 février 2020

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