FRANCK LOZAC'H FLORILèGE
Version 2016
1
FLORILèGE
2
Avertissement
Il m'a été demandé, voilà déjà quelques années par un rigoureux directeur de revue, de proposer une restriction d'œuvre représentative de ce qu'il m'avait été permis de produire.
Je considérais l'exercice d'une difficulté extrême me sachant incapable d'être un réel critique de ma propre personne. Ce que je prétendais mériter quelque intérêt me semblait deux semaines plus tard dépourvu de tout contenu.
Je voyais plus encore une aberration à concevoir cet exercice devant la faible quantité de pages proposées. Comment réduire 200 000 vers en trente ou quarante feuilles ? Cela me paraissait impossible.
Je m'y suis toutefois essayé ou astreint par jeu de l'esprit. J'espère sincèrement que ce petit florilège qui n'a certes pas de vertu pédagogique aura l'avantage de divertir un peu le lecteur ou de le charmer quelques instants.
Franck Lozac’h
3
L'Huile fraîche
À ma dormeuse
Je ne veux pas ce soir, licencieuse ennemie, Respirer en ton corps le doux parfum des songes Ni déplacer mon coeur sur tes seins endurcis Ni la jouissance facile où parfois tu me plonges.
J'espère sur cette bouche inventer un amour Puissant et immortel que tu composeras. Redorer cette nuit jusqu'aux lueurs du jour Dans la chambre lugubre offerte à nos ébats !
Qu'importe les espoirs de nos mains en détresse, Le souffle accéléré que réchauffaient nos yeux ! Je demande plus fort que houle et que tendresse,
Un bonheur sans silence pour l'esprit ingénieux. Car de son pur cristal où le génie descend Rêvent de vrais soupirs qu'avait soufflé l'enfant.
4
À Sandrine
Repose sur ce sein que la paresse offense, Et brûle en ma raison tes prochaines fumées. De mon ravissement, embrasse mes carences Qui s'imposent sur ma joue frappée et profanée.
Alors pour ta liqueur, bois le fruit des délices Et organise un songe où tu reposeras Qu'importe, vraie beauté, les mouvements factices, Car l'appel de ta chair me redemandera.
Ah ! Courir sur les flots antiques de lumière ! Qu'une étincelle éclaire et chante tes fureurs ! À l'ombre du platane, je te vois, tu es fière ! ...
Parée de tes bijoux, de parfums délicats, Tu conçois des étoiles pour orner mes lueurs, Adorable beauté que j'aime, et qu'il brusqua !
5
Au soleil, je m'avance
Au soleil, je m'avance par ce brûlant servage, Et l'ombre accoutumée à ma face soumise M'emporte là, tout près de toi, jusqu'au rivage. Mais ta substance aimée est déjà compromise !...
Que n'entends-je se plaindre ton rayon si brutal ? Est-ce la masse étonnante de son puissant métal ? À mes yeux tant cernés, l'étonnement est doux...
Prolonge en ma fraîcheur de longues accalmies ! De l'embellie si vive, le regard flambant neuf Consume les pensées obscures de ma nuit !...
J'accours sur ta mémoire rappeler en ton heure Ces somnolences rêvées et ces voix enivrantes, L'heureuse cérémonie sertie de ses candeurs Qui forte du miroir, fait ma lèvre tremblante !...
6
Pour l'ombre de toi-même
Pour l'ombre de toi-même, tu voltiges et tu plonges Dans le pur infini de ton morne délice. Et battrais-tu de l'aile ? Toi, tourmentée tu sondes Les aurores oubliées par ton génie propice !...
Lourd amas de vertus tournoyant dans l'orage, Ton esprit s'égarait dans son Azur épais ! Sous le déchirement de l'éternel carnage Un mage déployé venait et fécondait !
Que tu soulèves les roches, exilée dans ton âme, Un Océan s'agite jusques à l'embouchure. Et dans les sombres traits de l'odieuse voilure,
Tel l'étrange vaisseau qui longe ses parures Du pur consentement toi tu vas et regagnes, Les mâtures inventées, les vagues et les drames !
7
À Arthur Rimbaud
Il retiendra son souffle
Il retiendra son souffle, car lui ailé même dans les retombées de ses pluies, s'élève inlassablement. Il sonde les déluges, les tempêtes et les vents, et sous les vertes mers s'étalent les bruissements de ses eaux nouvelles.
Il confondra les cieux d'ocre, les horizons de l'amour, les vagues et les cataclysmes. Même dans la topaze de ses yeux, renaîtra l'éveil de l'enfance heureuse.
Au chant du golfe blanc, le visage de la vierge embrassera l'énergique appel du carillon du matin. Pour l'assaut de la nuit, circuleront les nuptiales rumeurs des astres étoilés. Et dans les miroitements des nébuleuses dorées, l'automne resplendira pour sa fatigue et sa langueur promises.
L'évasive multitude parmi les vapeurs brunes, bouche ouverte, lèche déjà les montagnes du printemps qui peintes aux couleurs de la lave mauve, trempent leur duvet de soie dans les lacs glacés.
L'empreinte diluée de son pas neigeux, et sa robe incrustée de minuscules diamants enveloppent le rivage de bronze et les couches de l'aurore.
8
Il détiendra la clé et du rêve et de l'instant de l'homme car lui seul est ange et poète ressuscités.
9
Il brillait dans les yeux
Il brillait dans les yeux de ce rêveur ailé de lentes courses comme les fraîches vapeurs matinales se levaient dans les rayons à la teinture pastel.
Dans les sous-bois où la fleur suave abandonne un parfum printanier, ses souliers faisaient craquer les petites branches mortes. Et quand il eut franchi le vallon - le vallon de mousse - ses pas accompagnèrent l'écho lointain.
L'exil s'essayait à de folles transhumances, les fureurs s'enivraient de futiles préciosités et le jour descendait plus calme encore sur l'horizon limpide.
Il baignait et entourait son coeur de mélancolie. Son joug condamna d'admirables complaintes. Ses regards enflammés par un esprit malin changèrent en haine toute chose vécue.
Il but de ces liqueurs aigres et frelatées et transperça avec des aiguilles remplies de venin la face humainement désespérante.
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Il aurait voulu
Il aurait voulu des courses folles - démesurément folles - à travers la campagne, jouir des dernières chaleurs d'un automne avancé et marcher à la recherche d'espoirs perdus.
Il prévoyait dans toute sa candeur de fulgurantes et intensives excitations de l'âme, des sortes d'images transformées pourtant réelles suivant les lois internes de son esprit, suivant des pensées brutes tirées de son imaginaire.
Etaient-ce des rêves éveillés où le réel côtoie l'indécis, où l'excès est maître de ses interdits ? Une liberté d'action parfaite dans le miroir de sa jeunesse !
Une pierre jetée ricoche dans l'eau morne d'un bras de rivière et la lumière questionne le présent et son temporel.
Ce sont des vols d'étourneaux battant de l'aile, craintifs de la froidure. Ce sont des montagnes lointaines qui dansent là-bas. Puis la femme, belle et sensuelle qu'un espoir de conquête embrasse.
La magie est à répéter.
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Il est un minuit
Il est un minuit qui se perd et que tu enjambes malgré toi. Certaines concordances dissidentes naissent du coffre des ombres. Des feuillées d'abeilles tourbillonnent par-delà les minuits dans les grands regrets du mécanisme. Les tapis d'or placés sur les dômes d'azur ne sont que des succursales initiatrices de notre inconnu.
Léger comme l'envol virevoltant sur des incendies fraîchis, l'ange plonge dans les gaz et les étoffes et les mousselines argentées.
L'horloge teinte les douze doigts de la présente année et semblable aux modulations des cloches à venir, évade des sonorités comme l'Angélus ou la métamorphose du soir.
12
Rien ne détruira
Rien ne détruira les frayeurs promises à son front si clair. Ni souffle ni violence n'épancheront de fièvres froides les douleurs de ses plaintes.
Il vit solitaire, et immortel, caché dans sa retraite au fond des bois. Il dort d'un sommeil paisible ou contemple la nuit les grands champs alentours.
Encensez la sagesse de son coeur ! Embrassez son calme mortel ! Ce sont ces bouches qui vous parlent, écoutez-le !
On se joue de lui pour un écrin de perles ? Qu'importe ! Personne n'admirera le diadème qui l'habite. Son secret divinement gardé sera seulement dévoilé au maître des lieux.
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Il faut savoir
Il faut savoir que les perceptions n'étaient que des chuchotements indistincts, - Efforts, appels, supplications - rien ! De vagues lueurs s'évadaient parfois sur les tempes comme de lentes lumières attirées par un miroir éclairaient une face promise au réel.
Des mois d'attente, des incendies soufflés par une brise légère, et des orchestres si mal dirigés comme dans les squares d'un Thabor ancien. Ô feux sauvages, ô complainte de toujours, je me souviendrai...
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Que le délassement
Que le délassement assombrisse les pensées élevées ! Que l'or battu parmi les treilles inonde les pages de transparence ! Que l'orgueil envoûté par un maléfice inhumain use de troublantes paroles en ces décennies de perdition ! Ô qu'une transfusion de sang neuf comme une gerbe d'allégresse emplisse mes veines !
Le passage étroit pour deux âmes accède aux caves de la déportation. Il nous faut être bien nés dans la solitude, - là est la dernière image de l'amour ! Vies de l'âme, ingratitude des râles, la volupté est bénie encore. La volupté contemple le monde. Elle va, elle vient et s'étonne dans les profondeurs du moi.
Stupide à noircir la feuille, dit l'ancien. Heureux présage de l'enfant, dit l'adulte. Déferlement animal, dit le sage.
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À la cloche d'ivoire
À la cloche d'ivoire, comme drapé de mélancolies diverses, il hume les survivances alentour éteintes. Par le jeu des syllabes, le grand précipice offre des chaleurs à ses dépravations intimes. Son masque d'argent se désagrège petit à petit.
De l'éternelle et souffreteuse anecdote, on assure l'infini des jouissances. On promet un réel sublime que le sauvage doit faire naître en sa demeure. On détruit la rareté d'une force distincte...
Immuable soir qui s'égare sous des nuées honteuses. Un coeur voué à la solitude sensuelle, use de tentations et fait de l'être impur un mémorable délice en ce jardin de terre.
16
Ô solitude morne
Ô solitude morne et plate qui envahit l'être d'admirables torpeurs ! Jadis tu m'étais inconnue... Pas un souffle de faiblesse pour respirer le calme mortuaire, la langueur et le déroulement infini du temps.
Comme je soupèse le bonheur de l'homme seul, sa survivance profonde dans l'âme insondable !... J'interviens posément, et goûte le luxe de la repartie. Je laisse confusément comme un monotone fleuve dans le cours de ses eaux, la folie sereine s'emporter vers des paysages perdus.
En amont, une source pure et claire que des montagnes chérissent avec tendresse. En aval, la beauté majestueuse, l'épanouissement de la pensée.
Eaux calmes, quand le silence règne en moi, comme je voudrais pour toujours m'endormir...
17
Le Germe et La Semence
De royales prophéties
De royales prophéties que l'on distingue à peine, Qui s'entassent lugubres dans de noires floraisons, Des serpentins d'extase sur des lits étouffés, Quand le doute remplit les profondeurs de l'âme.
C'est un nuage superbe décrivant un combat Qui regagne les airs avec son Moi auguste, Trop d'étonnantes syllabes mâchées et décriées Que l'oracle ne peut contenir en un souffle.
Mais gracieux ou démis, vibrant ses souvenirs Taché de fourberies, envieux de grandeurs Tout ce joug est puissant avec ces malices.
Sont-ce des guerres ? Non, jamais. Des traces de l'Ophélie Fait par ces jeux incompris, des soleils de la terre, Ou d'immenses farandoles, des hymnes de jouissances !
Ah ! Vaincu, amoindri par des forces pesantes, Ivre de lassitudes, et respirant les nuits Jonglant sur les sentences de ce Dieu malveillant C'est l'espoir qui décline vers des villes retrouvées 18
Sur des cités sans vie, pourtant monumentales !
Subirai-je des frissons, de blanches apothéoses, Une espérance vaine pour ce feu déloyal ?
L'adulte se détourne en pleurant sur son rêve, Et le voilà soumis à son cristal de gloire, L'adulte se détourne pleurant sa survivance.
19
D'un soupir ancien
D'un soupir ancien naît l'indifférente gloire Qui éclaire de l'ennui le plus pur diadème D'hier. (On prétendrait mourir en ma mémoire Un or épais et ocre dispendieux à l'extrême...)
Fustigé à l'écart, éloigné des disciples, Je l'entends battre inexorablement en moi ! ... Vaste écrin d'amertume aux facettes multiples, Il fuit, meurt avorté sans l'ombre d'un émoi !...
Mais que demain traînant son horrible fardeau, Pour l'éveil purifié resplendisse son nom ! Peut-être testament au bas autel des maux...
Ô le soleil de chair contemplant un vain drame, Idole de toi-même marqué à l'unisson, Seras-tu des substances faire couler une larme ?
20
Venise
Et dans ce lieu fétide où dorment des gondoles, L'eau morne et transparente fut raison de soupirs. Ô sanglots répétés et si mouvantes violes, Contre un ciel de grisailles qui semblait s'obscurcir.
De tendres barques glissaient sur l'étendue. Nos rêves Profonds comme l'amour s'inclinaient lentement, Et penchaient plus encore par la brise qui soulève, Tremblaient, espoirs perdus, bercés au gré du temps.
Et toi, ô calme soeur, tu chantais ma faiblesse Lorsqu'un vol de corbeaux foudroya le vrai ciel. Pour noircir les souffrances d'une odieuse paresse, Je vis dans tes yeux clairs les rayons d'un soleil,
D'un soleil pâlissant, or, rouge et fatigué Qui semblait se mourir à l'orée de tes yeux. J'y trouvais un déluge de larmes délaissées Croyant à l'avenir de nos étés heureux.
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Cérémonial
Grâce ! Voici venus les ans Où teignant ta chevelure, Je fis tomber suivant L'éclat doré de ta parure,
Le cor fini, l'onde d'argent. Et vaincu des découvertes, Alignées contre l'effort vacant, Fussent gloires très offertes ?
Nenni ! Par le plomb infusé, Couleurs royales de l'ennui, Pour le coeur, aux pieds jetés
Rempart dans cette froidure, C'était ! Eté engourdi, Casque sacré et impur !
22
Du démoniaque héros
Du démoniaque héros Naquit qu'enfin je pleure Dégustant l'outrance d'un tombeau En signe d'éternelle demeure,
Que je sais séraphin parfois résigné Est ombre de pales roses et ombre encore. Au minuit du pétale déployé Tel aspergeant le langoureux soupir,
Viole d'une flore ou violon ahuri ! Dégage le parfum désirable et détruit : Au vase résigné tombent fleurs et jasmins Que son sanglot transportait un matin !
23
Miroir
Accroché à des vasques d'or Un divin dont j'ignore le prix, S'émoustille dans de blanches flores À l'ombre d'un mets obscurci.
Et il obtient la floraison Des pousses claires bercées au vent ! Rutile, ô belle pâmoison, Car ton disciple déjà t'attend !
En l'heure aimée pourtant tu dors Là dans mes bras, à l'infini !... Et la subtile pensée d'éclore
Va, se dissipe sans bruissement!... Elève donc son pur ami, Au jeune jour encore tremblant !
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Dédiant à la plus haute voix
Dédiant à la plus haute voix, Rêve du cristal fort ancien, Je promis quand du macabre émoi, S'estompa l'or saigné qui fut tien.
Quiconque s'il doit briller d'une faux Où le givre blanchit comme l'espoir Vrai taira le fustigeant tombeau Que de bercer l'affreux nonchaloir.
J'obscurcis. Pourtant l'âme transformée Pleure nuitamment l'ocre souvenir ! Si ce n'est satin pour son plaisir,
Corrompu au vieux grimoire posé, De cela vivifiant de soupirs, Ce vent excédé se sent souffrir.
25
Hanté et songeur
Hanté et songeur d'une tenture nue Dont l'orgueil s'extasie encore Se vit crouler ou qu'il s'exténue Par maints rêves, un légitime remords.
Apparue et défaite telle en chevelure Qui en ses âges parfois m'envahit, Acclamée de soi-même en voilures, Ô miroir jadis dans son minuit.
Vagabonde à la mémoire de l'oeil Comme de mousseline sertie au passage Pareillement au drame parfumé du deuil S'éloigna à jamais du mince paysage.
26
Volée aux traces
Volée aux traces de l'espérance, Par le suicide à effleurer, S'en vient la décisive complainte, Reflet de pourpre et incendiée.
Pour son fatal qu'il tue le jour ! L'esprit est vain de conviction Un chant d'amour ensanglanté, Le luxe pur de sa raison.
Sur la source tarie, c'est l'heure De vaincre l'histoire, nul ne sait, Du dénouement furieux, demeure,
L'emblème visqueux pendu du mort. Cette croulante fin dont dépend La destinée est celle du corps.
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Le Moût et Le Froment
Fraîcheurs spirituelles
Fraîcheurs spirituelles qui vagabondent à l'orée des moissons, envolées légères qui s'élèvent vers les cieux cristallins ! Jeune homme aux épaules solides, va et porte tes fruits sur les terres purifiées. Laisse l'insouciance et la rancune sur le seuil de ta porte. Là-bas les routes courbées et cahotantes déambulent. Mais l'effroi et la crainte unis et passionnés te font languir.
Je te préviens, ton orgueil doit me suivre. Moi, j'obscurcis tes secrets, je conjugue l'inertie, la force de tes vingt ans ! C'est le devoir aujourd'hui maudit, le bonheur de demain ! Toutes les voix de la délivrance mystifient le Temple court des repentirs. Toutes les traces des confrères sont à oublier. Il ne reste qu'une femme sensible qui indique la route à suivre...
... Sueurs qui transpirent déjà par mes veines ! Et meurtres de l'enfance que j'ai abandonnés ! Eterniser son malheur est raison du pauvre ! La magnifique satisfaction de l'enjeu ! Ô l'immense succès que le temps saura apprécier !
... "Le fruit qui savamment a mûri, n'est point cueilli ? Doit-il pourrir dans la terre déjà grasse, dans la terre si féconde ? C'était un jus fraîchi pour les haleines assoiffées..."
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Ta vorace solitude grossit dans les bras d'un égoïste. L'aigreur se transforme en haine, et maudit toutes les facilités acquises par l'ordre des destinées, des forces présentes en ton esprit !
Que ton souffle enterré s'émeuve de chocs funèbres ! Ô justice de demain ! Et cette inexpérience, ce départ trop rapide seraient-ils les raisons des lugubres échecs ? Les précipitations d'une jeunesse impétueuse seraient-elles les principes de ces constantes erreurs ?
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L'éruption
L'éruption ainsi métamorphosée libère ses fruits. Les feux règnent sous les clartés blanchâtres, et de larges fumées roulent sur des cieux neigeux. Plus loin, les chocs des tonnerres, l'éclair et sa foudre tombent sur des laves encore incandescentes. Les traînées sanglantes, troupeau incessant, mordent la terre lavée, brûlent l'herbe tannée.
Elle gonfle les volcans de braises, épuise les soufres qu'elle respire. Elle remplit les tranchées, les gorges luxuriantes, comme elle monte des sommets, avec des chaînes d'esclaves et des bruits immortels ! Des vengeances de Dieux, et comme des drames humains les pleurs dévastateurs de nos pensées divines !
Les torrents de chaleur frôlent les bouches. L'impénétrable venin circule dans les ombres finies. Lorsque les mensonges éclatent, les airs soulevés, les bourrasques de mots répercutent les frayeurs.
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Ainsi ai-je vu
Ainsi ai-je vu de lourds chevaux traîner de superbes cohortes de sel. C'était au sortir du rêve. Oisive, entretenue par la fatigue du matin, l'imagination jouit, reine du lieu de la chambre. Elle conduit le repos jusqu'aux ports de l'inconnu. Encore du drôle peuplé de romantisme, des croissants de bonheurs comme des étapes successives. Elle égrène sa course puisque le sommeil gagne et condamne les premières heures du lever ! Quand je distribue les rôles de chacun, par de mesquines allusions, je les sais composer l'image sacrée et transformer à leur goût les règles de mon propre jeu.
Silence, distorsions comme des cambrures sur de planes figures, puis des mouvements cycliques dans des bourrasques d'eaux pleines : Elle se plaît avec l'impossible, rit de ses nombreuses découvertes. Amie de l'absolu, du négatif, femme ou démoniaque Circé qui est-elle ?
31
Il a perdu les esplanades
Il a perdu les esplanades enlacées sous les sourires de guerres et les charmes frileux. Et les baisers brûlants comme des soupirs florentins liquéfient les pâles signatures d'un demain. Il avait aimé les fibres mauves ouvertes aux pétales des insouciances, et bleus les esprits respiraient lentement. Sur des bouches, l'haleine chaude avec des satins de bonheur frôlaient les tendres silences et les neiges aussi. Comme abaissées, des pentes multiformes ivres et libres, et c'étaient des duvets pour des brises raréfiées. Les pas tremblaient sur les couleurs, mais les spacieuses plaies contaient les délices de l'air. Plus loin transposée dans des courbes, une pluie fine de battements montait vers des éclairs heureux.
Un jour la fluidité éloigna petit à petit l'étincelle verdoyante des fusions lourdes. Parfaite dans sa rondeur, elle dansait sur les fils bleutés de la vie et plongeait dans les intimités avares des silences. Contre les ailes d'or, les feuillages fondaient leurs écumes et leurs chaudes toisons. Les boutons de soie sous des sommeils de plaisirs ont soufflé les hymnes de froidures. Maintenant invitée pour les complaintes et les cris de l'enfance, elle laisse un à un les étés fuir dans les chaleurs boréales.
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Les filigranes et les miroirs
Les filigranes et les miroirs réapparaissent trempés d'images troublées, et les frissons vieillissent les ombres de la nuit. Les jardins puis les miracles tombent et meurent sous les délectables souffles. Les fileuses consument les grâces sublimes des instants. Dans sa blancheur, elle épuise les plaies pensantes.
Le songe s'épuise et l'espoir s'ennuie. Bouleversée roulant parmi les meurtres de ses ombres, épousera-t-elle l'effet des voix entendues ou s'écroulera-telle sous le poids de ses faiblesses ? Des nombres soulèvent déjà les passives déclarations et les chants règnent sur l'or défini.
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À part l'explication cosmique
À part l'explication cosmique, son poète reste un incompris. Sa plume enchante les symphonies. L'effort de minuit entreprend de faire le point sur le Beau. Il repart sans musique en vrai poète. Il se replie dans son corps vers d'autres noctambules.
Vibrant de ses cordes vocales mais écouté dans ses solitudes. Bras tendus aux portes des caves. A toucher de la main les sources de la jeunesse.
Soude-t-il les dégagements des eaux baignées dans la tourmente ? Le vol des airs suspendus à l'aile noire ? Terre plate recouverte de laves refroidies. Des flammes semblaient descendre... Volcan !
Ce temps n'a de durée que pour le jeune homme. Fini son amalgame de chances, il rentre dans son Néant. Fleurs odorantes, pétales chagrinés, où vont les feuilles qui volent ? Dans l'Espace soulevé et tendu de son génie. Mais à choisir qu'il m'aurait plu de boire la mare sous les vents endiablés ! Couché sur les terres, de manger de cette boue comme un soleil. D'y lire les vols pour tout mois. Puis de chanter les rêves, sueurs des lits, baignés aux cris des fois anciennes.
Des espoirs vagabonds ruisselaient dans des libertés. Un vin de couleur remplaçait les jeux. Animalier, ce tour de force me prit aux poignets. Grâce aux vieux on prêche pour se bagarrer à la surprise des sales découvertes !
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Et le coeur lutte contre les yeux, contre les sons qui roulent pupilles et corps dans leur immensité chaotique. Equilibrer les battements de mon bonheur !
Si un vent soufflant vient à mourir entre deux focs, comment son bonheur sera-t-il certain ?
Un dernier regard vers les astres aimés. Quelle réponse me témoignera plaisirs ou danses ? Hélas, mon nom est piqué sur la page blanche.
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Un champ visuel
Un champ visuel limité que des murs blancs barricadent, et le poète assoiffé de mystères attend impassible et résigné sa mort. Il pensait à une intelligence supérieure, digne de sa forte condition. Il n'eut que rires et ricanements, et murmures aussi. Neuf mois se déroulèrent ainsi dans la bêtise et dans des brouillards de bruits.
Etroitement invincibles ces forces ne sont que le jouet de ma propre imagination, - à mes dépens. Je ne faisais pas courir la page sous des abords douteux, je ne faisais pas voler des ailes frottées à l'air de la nuit.
Des brumes lourdes et des ténèbres de pus noyaient des femmes et des êtres ensanglantés. A peine éclatés, à peine démis ces tares, ces déchets humains venaient se frotter à ma personne.
Putréfactions horribles, débris de chair ! Là des visages teigneux prétendaient s'imbiber de gloire. Marche sur ton corps car il est pourriture encore !
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Ont-ils tué l'or
Ont-ils tué l'or d'une alchimie verbale ? Les puissants instincts ne parlent plus. Ils tombent dans les feux de l'absence. Il reste un vide immense où même les interrogations ne résonnent plus.
La faute est en moi-même. La voix était ailleurs. Les silences prouvent que je me suis trompé. En dilapidant la source de l'espoir, tu as voulu vivre une aventure impossible. Ta faiblesse véritable, c'était la vanité dans un travail bâclé. La passive insouciance est ta plainte fatale.
Mais ce renoncement pour ces erreurs pénibles, doit-il faire oublier les instants de bonheur et les grandeurs d'une rébellion enfantine ?
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Ce n'est plus une idée
Ce n'est plus une idée simple et compréhensive en peu de temps qui est ainsi exprimée, mais les caractères mêmes de la pensée qui sont explorés avec toute l'attention nécessaire. À moins qu'il faille envisager l'analyse avec plus de discernement, avec une rigueur incisive et efficace telle que personne encore n'avait osé s'y astreindre.
Pourquoi s'essayer à trouver des arguments, des preuves alors que le bon sens que chacun possède suffit à démontrer le contraire ?
Certains savent que nos vues ont fui à ce mélange trouble. Pourtant plusieurs chemins s'offraient à nous. Deux pouvaient être empruntés. Ils semblaient aisément praticables. L'un indique l'impuissance et le retour prononcé sur soi-même avec une jouissance ressentie dans la vie du malade. L'autre est plus dangereux, il est le sceau de la vie fatidique. On ne peut pas le fuir.
Une issue dernière comparée à cette porte ouverte sur le néant, chaque étape étant identique, impossible à dissocier de la précédente. Une mort qui serait le point idéal de stabilité comme un neutre, équilibre parfait.
C'est la chance révélatrice des destinées qui fit échouer l'expérience de l'emprisonnement. Une force magnétique qui conditionne les pensées, les change et les fait resurgir déformées comme par envoûtement. Tout l'esprit se voudrait autre, car il est conscient de sa perte : c'est un venin qui se diffuse en nous, une araignée qui enveloppe sa proie. 38
La conscience éclaire le possédé pour lui donner la raison de résister, mais comment lutter contre son destin ? On aimerait à comparer le destin à une machine infernale lancée que le conducteur serait incapable d'arrêter, à une espèce d'énorme bête besogneuse qui avancerait gueule écrasée, les pas alourdis par l'empreinte du temps.
La foi est l'unique guide puisque le Saint Livre détient la clé de la Vérité. Seul, l'apport divin peut lever les voiles, lui seul a prouvé l'Annonciation. Lui seul te sauvera des misères et des embûches de ta détestable vie. Mais le rire divin éclate à mes oreilles, et fait trembler mon être, comme pour ironiser de mon piteux effort !
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Il te faudra
Il te faudra cette semaine vieillir les fruits exaltants et longtemps descendre les montagnes de rêves. Ils symbolisent déchets et crasses, putréfactions horribles, odeurs insoutenables que toi seul hélas !, tu oseras humer. Dans le désespoir de la solitude, les sens malgré un dégoût répugnant cherchent un bonheur vain, une délivrance et un air pur regretté. Ces roulis de peines déchireront un corps déjà noir de pus.
Images captivantes que la misère développe à une cadence effrénée avec l'horreur que cela inspire. L'une d'elle assassine les pages blondes qui vivent dans l'attente d'un lendemain. Elle détruit l'espoir, cette unique contemplation que tu t'essaies à conserver en toi. Je la sais brûler les tâches d'or épousées dans les ténèbres de son néant. Je la sais flamber les feuillets superbes dont l'existence est déjà compromise.
L'autre comme attelée de quatre chevaux dévale les sommets et les pentes de l'infortune avec l'agilité divine. Elle, parée de somptueux bijoux avance majestueusement tenant dans sa main droite les rênes de la postérité. Les coursiers bavent de l'écume par les naseaux, se cambrent et crachent des flammes qui vont se perdre dans l'infini. Elle seule sait les maîtriser.
Elle est ce corps svelte aux proportions harmonieuses, ce sourire éclatant qui lui donne la dignité de la femme forte de son avenir.
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Ce sont du moins ces parties qui se chevauchent, qui se succèdent avec une vitesse, avec une rapidité incroyables. Elles glacent les intestins qui éclatent sous l'action du froid, qui explosent sous les regards vainqueurs de la femme.
Mais libéré ou prisonnier, sous le joug de l'incorruptible confusion, les sinuosités m'envahissent. Les éléments même de la déperdition s'acharnent sur les sueurs de l'insomnie. Des tremblements puis des bontés, des drames puis des voluptés et des raffinements luttent dans un tumulte de vice et de luxure.
Engagement de deux colosses gigantesques qui s'écrasent et se relèvent, qui sont tonnerre et foudre, immortels et invincibles. Des sentences pour ces démons, de phénoménales vengeances pour retrouver la quiétude et la paix désirées.
Impitoyables ennemis et pourtant en harmonie avec moi-même. Mon âme crée les combats, les charniers et les artifices. Elle engendre des nuées de cauchemars, elle enveloppe d'étoffes gonflantes les cataclysmes subis, les catastrophes vénérées.
J'aime à comparer cette fresque étrange avec l'épique marasme qui détruit tout sur son passage, qui multiplie les dangers d'une vie vouée à l'étrange et au mystère.
Quand s'éteignent lentement les lumières vacillantes des chandeliers d'argent, les chambres consument encore les dernières lueurs qui s'enfuient : Or, palme et plaisirs ! Tout s'entrelace dans des coffrets immondes, tout respire les 41
parfums discrets que juxtaposent dans de phosphorescentes fêtes des fantômes exhibés. Depuis que la porte laisse échapper les envolées divines par des trous béants, ils mystifient la raison pure et contribuent à haïr les actes sauvages.
Par manque de logique déterminante, hagards et bornés leurs mouvements irréfléchis restreignent les essais. Ils avortent les fruits dans des solutions troubles et inexpliquées. Le poids des fatigues retarde un exode désiré puisqu'ils font courber les protestations avec des fouets excrémentiels. Je m'explique : hier, les pensées les réactions se rejoignaient par l'essence inconnue mais révélée. Des complexités poreuses montaient irréelles sur des magmas de terres travaillées. On voyait s'élever les pulsions, il en résultait cette appréciation mouvante et incertaine.
A présent les conditions diffèrent. Je malaxe des rejets, et les substances inondent de caractères blanchâtres des œuvres indéfinissables...
Un non sens toujours, car s'accouplent des mots incapables d'exprimer une opération logique. Ils sont des groupements subtils de malfaçons, incohérents et pourtant harmonieux. Ils déterminent le doute absolu que chacun doit posséder en soi. C'est l'incertitude pour le monde incompréhensible. C'est convaincre l'homme de son impuissance à se diriger soi-même.
Rien que des planifications et des regards braqués sur l'histoire ! Des illusions avec des instruments d'aucune efficacité. Vous brandissez des rapports, des analyses structurées et des conclusions, des bilans sur le devenir humain. Vos complexes machines sont vos cervelles grises qui restituent des amalgames 42
approximatifs. Des millions de données pour d'insignifiants résultats ! Vous en êtes encore à la sorcellerie scientifique, vous plaisant à programmer des banalités, des débilités de rêves enfantins.
De là, vos ressources se désagrègent, vos profondes expériences n'accaparent que des vents incertains. Quand bien même de minuscules vérités s'offraient aux interprétations diverses, jamais vous n'obtiendrez la juste appréciation recherchée.
Je suis la pensée qui exprime les intolérables mensonges que personne n'avait osé dépister, la splendide tricherie que vous n'observez que chez les autres, qui se cache en vous-même malgré votre bonne volonté et vos apparences trompeuses.
Vous vous propagez croyant manier avec habileté un appareil sans âme, un bureau sans sentiments, une sorte de divine force que vous contemplez comme l'irréfutable Messie.
Hommes de science, vous n'idolâtrez qu'un mémoire, que des fonctions irréfléchies. Vous vous plongez dans l'univers du chiffre sans espoir de conquêtes sur le mouvement des destinées et de ses révolutions.
43
Le Manuscrit inachevé
Vision divine
En guise de croyance, une force à adorer. L'Etre de Lumière qui ordonne. Le flux de l'amour et le tourbillon lumineux, Immuables dans toute leur sérénité. Vit et semble renaître à chaque instant, L'Etre s'éclaire de ses pensées.
Les ondes soufflées de vie à ma face. Vent de joie inépuisable qui s'accélère. Parfaite éternité, souveraineté divine.
Le raisonnement vif comme l'éclair : Les images de mon enfance filent, sont lues. Etapes de mon enfance. Procès libérateur.
Dieu : "Retourne d'où tu t'en viens." Le passage dans le tunnel étroit. Retour. L'immense faiblesse à réintégrer son corps.
44
C'est avec netteté
C'est avec netteté que je voyais, et tous les troubles de ma pensée n'étaient que d'insignifiants prétextes à des expériences captivantes. En effet, la plus infime observation pour une vicieuse opération devenait objet de fixation.
La nuit était favorable pour accomplir ces expériences, plus encore lorsque les sommeils difficiles à faire venir fixent l'esprit court et s'affolent des événements passés de la journée.
De quoi étaient composés ces manigances ou ces indéchiffrables flashs qui à peine compris ou interprétés s'effaçaient de la mémoire remplacés rapidement par d'autres flashs tout aussi éphémères ?
C'étaient des phrases ou des bribes de phrases qui venaient se fracasser à l'endroit de mon front accompagnées de sonorités diverses.
45
Je suis la Félicité
Je suis la Félicité, et je t'annonce de grands changements pour demain. Tu as d'abord défait toutes les acrobaties, les tangages de la cervelle, et vrai ils ont existé.
Tes recherches étaient donc à l'intérieur de l'homme. C'est l'idée, la seule trajectoire pour une aventure réalisable. Le reste est mesquin. C'est un toi-même à développer et à chérir. L'enfant de l'impossible et les écrits et les découvertes ne formeront qu'un moule.
Le banal et les autres et l'amour : assez ! Moi ! Moi seul contre cent mille fronts dans les déserts, les métropoles. (Je serai un inconnu). Contre tous, glacé et fécond, - les puanteurs de nos distances !
Assez de salutations et des blêmes sourires pour les voisinages ! (Je serai un solitaire), et mon grand plaisir sera pour l'émotion. On dégustera les heures glorieuses sans homme, sans raison. Je serai libre de croire en Dieu, et je lui parlerai.
46
Collages
Oui, aux portes des cieux
Oui, aux portes des cieux baignés d'anges étranges Où se mêle l'abandon, se pense un rêve qui change.
Dans le mouvement imperceptible des nuits, Cette angoisse morose est l'ennui de tes craintes, Et son effroi stérile, puissant et infini S'élève jusqu'à l'aurore imprégné de contraintes.
Ô soupirs vainement soufflés par mon orgueil ! Ô la lumière torve des derniers sacrements ! La racine interdite jette la feuille qu'elle cueille, Absence de blanche sève distribuée au temps.
Mais un délire encore m'arrache à mon sommeil. Je veux par l'alchimie l'impétueux effort, Et je renais d'or pur vers des faibles merveilles. Mon âme est consumée et sa raison s'endort !
Et l'espace agrandi en rimes de rumeur Offre l'objet stupide, tintamarre sans éclat, Au maître de mes lieux sans pitié pour mon coeur, Pourtant reconnaissant d'un quelconque débat ! 47
Bercées dans des pâleurs
Bercées dans des pâleurs tes mains se sont lassées, Ou enivrées dans l'or d'objets sonores, elles dansent Puis se meurent, abandons dans les échos lointains.
Lentement vers la chair ténébreuse de honte, La tienne roule encore sur la peau moite ou sèche Qu'accompagne une bouche nourrie de ses baisers.
L'amante longuement affaiblie de péchés Rêve sous ses douleurs à des pensées nuptiales Endormies... puis se dresse en fauve de désirs Pour une chair jamais reposée et renaît !
Extases des amours, vous forces inconnues, Existez dans le sein battant, hélas ! vaincu Qui se propose encore pour connaître une mort Plus précieuse, plus délicieuse que sa vie.
48
Un désir
Un désir de changer d'existence secoua mon âme tout à coup.
"Mon coeur, mon cher coeur défunt ne rêves-tu point à l'oubli et à la paresse ? Ne veux-tu pas noyer le chagrin qui t'obsède et t'éloigner, partir, fuir ? Regagner d'autres terres où ton corps travaillé par la vermine trouvera refuge ? Il te faut la langueur, la mollesse des hâles enivrants, parfumés de musc et de rêves des tropiques.
Oui, je crois voir une forêt de mâts baignés par la pureté bleue de l'Azur. Et j'entends déjà les chants lugubres des esclaves nègres, ivres de liberté, réconfortés par quelques bouteilles de rhum !
Comme tout ceci est beau et prenant mon coeur ! La houle berce mélodieusement ton corps et chasse l'ennui !"
Peut-être que le rêve et l'oubli m'éloignent de la triste réalité où mon âme s'était mise.
49
Un oint
Un oint s'était emparé de la pure beauté. Il convoitait sa silhouette comme une ombre à histoire. Le rêve s'éclipse. La réalité apparaît. Que de plantureux soleils entre tes cuisses très douces ! Les lumineux rayons de l'amour resplendissent à la porte de la jouissance. Mais je me baigne pour ton corps dans les moiteurs de ton vagin !
Le jeune homme de ses dix-huit ans armés se transforme en prince vainqueur. Je t'épouse et te prends comme la folie accompagne les plus nobles !
Nos masses fumantes d'amour sont mortes évanouies sur le lit fatigué.
Le passé fraîchit. Hier s'éteint :
Que ne suis-je aujourd'hui qu'une forme d'ombre, qu'un spectre d'hallucinations ou de fantasmes ?
50
Un jour
Un jour, je fus assis à l'ombre de son Ombre et c'était le chêne. On me chassa avec des cordes serrées autour du cou. Je m'endormis dans les herbes et la bruyère. On me livra aux sorcières et aux démons. Je criais avec tout mon corps. On m'invita aux fêtes de la boisson, et mes pas me précipitèrent dans la honte de l'amour.
Je me suis défait du nombre, enfant agile parmi les grands. Je me suis évanoui à quatre heures sonnantes. Quel carnage dans la frêle tête à idées ! Peutêtre ne suis-je qu'un sot ? Tout cela n'est que du rêve ?
Fort de l'inexpérience, je me bats contre des Morts et je roule mes nuits perverses dans l'enivrement de la femme. L'odeur n'éloigne pas la haine. Ô tête incestueuse, écoeurement divin, femme sans lait, enfance sans chair, c'est à vous que je m'adresse !
51
Des vagins de reines
Des vagins de reines, des lieux de jouissance martyrisés par le pouvoir des hommes.
Les générations des poètes crachent le feu. L'exil au plus près de la femme. C'est bien une sorcière bourrée de recettes alchimiques des grands inspirés.
Des alcools hors de toute raison. Les vins coulent sur des draps de soie multicolores. Par-delà les cordes rouges et les baldaquins élégants, les couches superbes ont éveillé l'ébat des amours.
De larges baies ouvertes absorbent les rayons d'or, les ruisseaux du Sceau Divin et les pluies de bonheur chaud.
Les images par l'arc-en-ciel transpirent des gouttes d'orgasme, des silhouettes d'ombres, des effets très curieux.
C'est le lever. Aux champs face au château, des pauvres s'activent et sèment pour nos sports favoris.
52
Hélène
Azur ! C'est moi... Je viens des grottes de l'Enfer, Et j'entends l'onde fracasser les rochers sonores, Je revois les galères dans les blanches aurores Renaître dans les ombres d'un plus bel univers.
Mes précieuses mains tendues vers les monarques Suppliaient d'attendre fébriles leur noble venue. Je priais ; mais jamais les navires ne débarquent, Sur les rives de Troie, jamais galère n'est vue.
Moi je sais en maints rêves la militaire ardeur Surgir des gouffres obscurs de mon néant de reine Et venger mon destin de l'insigne vainqueur.
Mais les Dieux satisfaits de ma souffrance vaine Au sourire exalté condamnent mes supplices. Hélène se meurt d'attente, de pleurs et d'injustices.
53
Etude sinistre
Etude sinistre ou ville de ton maître en délire, Ne sais-tu pas, folie, quelles heures d'élévation Attendent patiemment l'ange ailé de soupirs Dans les méandres infimes de ton obstination ?
Je sais l'homme têtu parfois m'appartenir Gâchant tout son génie pour un vœu humiliant, La conquête de soi pour enfin en finir Et gagner le combat au destin éreintant.
Moi je perds des années à jouer de la lyre. Le poème est médiocre, achevons la bêtise ! Parfois je pleure de honte, parfois je fais sourire, Mais je poursuis l'écrit que la pensée attise !
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Louanges du feu
Viens plus près
Viens plus près ma cruelle car tu sais que je t'aime, Et je veux sur ton corps apaiser mes baisers Plus rugueux et plus secs que le tigre cruel ! Aux amants fatigués, le vice est toléré !
Alors dans la souffrance de la couche secrète, Je brûlerai tes seins de morsures enflammées Pour voir si la succion de mes dents indiscrètes À ton coeur trop éteint saura le ranimer !
Mes ongles sont pareils aux lames étincelantes !... Dans ta chair impie, je saurai les enfoncer. Que ton sang roule sur tes reins, saccades brillantes Et rouges, mon tigre sensuel et indompté !
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Fi de ton espace
Fi de ton espace, les placides plaies chutent dans ma bouche. Silence, sarcasmes furieux : choix, et c'est mon orgueil !
À vous ! À vous, je me donne à vous, gongs incertains ! Saveurs du silence, éternelles retombées de l'esprit impartial !
Et je mugis dans cette excellente haleine les rêves qui percent comme l'abcès ! Je me veux cheval, race spirituelle et vagabonde.
Mais lourde est la teneur des propos. J'ouvre les portes d'écume par principe. C'est à vous que j'offre.
Fruit offert à ma souffrance, ou force sanglée dans des principes. Femme fidèle, c'est à vous que je donne.
Ronce amère, ma ronce amère, Bave, écume en cette demeure, race de mes étés puants, Finissons-en, qu'enfin je gagne les demeures étroites !
Sel et larmes de pleurs, palme éventrée par la délivrance sans croire en Vous !
Je me donne à l'accoutumée fort des danses.
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Poïétique
Objet indistinct
Objet indistinct ; noirceurs éphémères de l'intellect. Ô la puissance totale de soi ! Et ces visions brouillées compensations tardives d'un rêve en oubli ? Et ces jeux et ces règles invisibles, accouplés dans le plus abstrait des desseins ?
La dynastie des très riches - l'effort violent du défavorisé. Ô race, race d'hommes accomplis ! Nous chercherons encore !
***
Mémoire. Diphtongues et syllabes dans ma cervelle. Accumulations d'idées fixes. Penchants, renversements, attentes. Espoirs d'un temps infini. Etrange conquête de l'indécise échappée. Valeurs intuitives comme repères du temps et de l'espace.
Modulations des termes employés. Architecture indépendante de ma volonté. Saturation vers le son aigu qui crisse ses avant-dernières. Puis ce silence qui résiste... qui résiste.
Explosions. Rumeurs de multiples voix coordonnées en une seule - la mienne.
57
***
Pur que, subtilité sonore, le vers soit intense jusqu'à son exquise vibration finale.
Quelque explosion buccale par la lèvre diffuse, haute note dans l'oreille amoureuse.
Certains crissements entendus en mélodies ! - Amateurs barbares.
La libération du son comme une retenue qui s'écoute, joue au rythme des cordes vocales.
58
*** L'influence, instrument d'autrui - son œuvre par l'effort du copiste même vulgaire affirme le style traduit.
Du choix de ses maîtres. Après l'ignorance, la virginité littéraire opération de croissance rationnelle.
Etude de structure, de rythme alangui ou resserré, et maints avantages encore. L'important : se faire Autre.
Puis la haine de Soi : médiocre et terne. Et traiter l'Admirable de coupable, de cause de son échec.
La découverte des invisibles - les règles.
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Eloge de l'orgasme Ô femmes
Ô femmes plus délicates que le vent, j'aspire à la sainte beauté, à l'effluve vain de mes pensées. Je vous hais, et vous supplie encore !
Invoque ton délire ; supplie-le dans ton fantasme. Et ton âme qui court de femmes en femmes, de poèmes en soupirs pourra enfin le transcrire.
L'aurore tiède de son souffle blême, j'ai dit l'aurore - et ses milliers de feux qui se meurent dans la clarté - j'ai dit l'amour. Il me souvient de mes orgasmes...
60
***
Ô les filles sublimées de jouissance exquise, ô les femmes parfumées de senteur divine, j'offre mes semences aux moiteurs froides de l'été, je donne mes délivrances aux sueurs étranges de mon passé.
Qu'elles existent, qu'elles soient, elles seront toutes des magiciennes du fantasme et de l'orgasme, ô toutes belles que j'ai à jamais et toujours désirées.
***
C'est donc la femelle à l'ongle acide, et les hommes se meurent de souffrances autour. C'est donc elle, la femme à la robe citrine et les formes d'hommes pleurent de jouissances et d'amours.
Et toi plus belle que mes douleurs, tu gis dans l'orgasme de mes pensées. Ne te saurais-je douce immortelle qu'en des plaisirs d'images, qu'en des fantasmes d'idées ?
Le fruit s'expulse lentement dans les déchirements de tes soupirs. Le fruit se propose, face rose dans les hurlements de tes nuits.
61
***
Cette grande fille blonde à l'aisselle moite et l'on respire déjà son odeur de reine - cette longue fille si belle dont les baisers miroitent les senteurs des haleines.
J'étouffe sa lèvre sur ma lèvre qui perle, tel un diamant d'eau pur, l'élixir de mes rêves - tel un fruit se mourant d'être sur le plaisir de ses braises.
Et vous, je vous invite à me distraire à ne point me calomnier. Je vous conseille de proposer le rêve, ou d'invoquer le songe.
***
Ombre d'or qui soupires à l'ombre de la mort, expulse tes dernières touffes d'air pur, propose ton ultime spasme de jouissance.
Ô clarté vaine qui danses sur les flammes de l'espoir, voltiges et baignes ta candeur première, et fais saigner ta douceur d'ignorance.
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Le Livre blanc Va, mon cœur amoureux
Va, mon coeur amoureux caresser la charmante : Va longtemps respirer sa douce odeur d'amante. Quand ivre de vertiges tu sauras t'endormir, Sa folle chevelure sera un long soupir.
Toutes tes passions mêlées dans un grand rêve, Vogueront lentement vers la mer qui s'achève Et comme le tangué qui berce le bateau, Seront baisers d'écume sur le roulis des flots.
Évade-toi toujours ; tes puissantes pensées Comme font les marins dans leurs cœurs oppressés, Seront colombes blanches dans l'ombre qui expire.
Mais au matin songeant au rêve qui délire Te réveilleras-tu aux bercements des flots ? Mais ô mon corps, entends les pleurs des matelots !
63
Quand j'aurai épuisé
Quand j'aurai épuisé ma semence charnelle Dans tes gémissements, ô ma douce cruelle, Quand le noir repentir sur la couche d'extases Saura trop me punir de l'horreur des orgasmes,
Je plongerai mon coeur dans mes froides ténèbres, J'éclairerai mon âme de ses torches funèbres, Et regagnant ce lieu que tu ne connais pas J'irai maudire mon corps d'apprécier tes appâts.
Et peut-être verrai-je à la clarté du Mal Descendant l'escalier de mon vice infernal De ce vers resplendir le feu de ma passion ?
Dans la nuit son phosphore rongera mes remords Et me fera mourir de pénétrer ton corps, Ô mon sublime objet, terrible tentation !
64
Je supplie ton sadisme
Je supplie ton sadisme de me frapper encore, De faire hurler d'extase les passions de mon corps ; Je veux que ta torture engendre mon fantasme, Que le sang et les pleurs saccadent mon orgasme.
J'implore tous tes vices, monstre de cruauté. Que ton viol inhumain s'unit à ma beauté. Je veux dans ma souffrance atteindre le plaisir, Et faire jaillir en spasmes les enfers du désir.
Il est que je ne puis pareille à ces amantes Eprouver le bonheur des amours nonchalantes En ces caresses tendres, il n'est pas de soupirs.
J'infligerai longtemps à ma chair qui expire Les hurlements d'horreur qui toujours me condamnent À n'apprécier l'amour que dans l'horreur du drame.
65
Ô sublime beauté
Ô sublime beauté, sirène de mes songes, Quand mon âme se noie je crois voir et je plonge Dans l'élixir des eaux, extase de mes nuits, Profondeur inconnue qui lave mon ennui !
Et ton corps apparaît perlé de gouttes d'or À l'épave enivrée qui s'attache à tes bords. Ma détresse infinie appelle ton amour Qui hurle, naufragé, le cri de son secours.
Que t'importe inhumaine que mes pleurs dans ma voix Implorent l'impossible de mon terrible effroi, Tu ne sais qui je suis, tu ne sais où je vais.
Dans le rêve étoilé il se faut inventer Le superbe qui se joue à jamais d'exister Du moins pour oublier son atroce mauvais !
66
Sueurs sacrées
Expulse les sueurs
Expulse les sueurs sacrées, extases du Bien et du Mal organes du savoir et du sexe.
Belle solitude d'ivresse. Ame vierge entourée du Néant invisible à leurs yeux, insensible à leurs cœurs, tu proposes le poème jamais lu, toujours vin et jamais bu.
S'il te faut l'image, l'horrible facilité, la terrible inutilité, je me tais et je te hais. Cherche dans ta cervelle, crache sur ton fantasme et créée ton monde, possède l'immonde.
***
A toujours contempler, tu connaîtras la jouissance d'admirer ton néant. Dans l'image du mensonge, tu obtiendras ton exil, ta seule force pour t'enfuir.
67
***
L'aube laiteuse engendre le soleil tremblant du vieillard sénile. Toute vie exprime la mort. Tout cri de vie explique le remord de vivre. Sur ton sein de femme, je me suis déjà plu.
Plus je pense, plus je souffre. Plus j'orgasme, plus je prêtrise. Je pourrais ignorer mes actes de vie, si je ne me savais moi-même.
***
Appelle la Mort, ton bel espoir. Dans l'éternelle nuit, elle vomit ses torrents d'éclairs, phosphore et savoir. A toi de dépecer le coeur de la chair, l'ignoble du sublime.
Toujours dans ta torture, supplie ton innocence. A te frapper, ils s'habituent pour leur plaisir.
Une idée d'initiative, d'invincible tentation ; imperceptible probable, respecté pour sa recherche.
68
***
Dans le chemin des invisibles, si tu croises la beauté du Savoir, viole-la, frappe-la jusqu'à lui faire cracher, vomir ou saigner la connaissance interdite, les sublimes secrets du Bien et du Mal.
A l'ombre molle, succombent les fleurs folles. A l'aube claire, s'exaltent les flammes qui espèrent. Du néant au savoir l'incompétence sublime s'exalte jusqu'à l'obtention de l'impossible devenir.
***
Quand tu seras capable d'éprouver le vrai plaisir de la souffrance, ils s'échapperont en hurlant ceux dont le désir était dans ton doute sexuel, spirituel.
Aigre dans la torture, le châtiment dure. Facile est le plaisir du Dieu à faire souffrir nos corps.
Tu donneras au feu, le sang du Texte Sacré. Tu préféreras l'ignorance à l'audace remplie du Mal : l'insouciance.
69
Les Sonnets
Celui qui pureté
Celui qui pureté atteindra l'Immortel Passant de porte obscure à la claire Déité, Celui-là obtiendra par sa félicité Le bonheur qui confère le plaisir éternel.
Celui-là gagnera l'aile pure qui respire Voltigeant, inconscient dans le sublime azur, Et nageur fait d'espoir par la gloire du futur, Construira de ses cendres la beauté d'un empire.
Les superbes princesses, les reines à genoux, Seront Saintes ou esclaves admirant sa grandeur, Soumises à son génie, promises à sa hauteur.
Ou que ses frères d'esprit, haineux et en courroux, Se fassent chiens et loups, par le Mal qui honore Et de leurs crocs sanglants lui infligent la Mort.
70
Je ne m'abuse point
Je ne m'abuse point qu'en tout lieu de nos villes Celles mêmes pucelles se changent en catins, Et pareilles effrontées comme sont les putains, S'aguichent et se transforment en de vilaines filles.
Je ne m'amuse point qu'en ces jeux les plus vils Celles-là fleurs encore se donnent jusqu'aux demains, Et s'offrent des plaisirs et s'activent des mains, Fantasmant ou rêvant de leurs mâles virils.
En ces temps tout est bon, à la cuisse légère A désirer la chair, à caresser la peau ; Et celles-ci sont loin de ma pure bergère,
Vagabonde et limpide, dans la belle campagne, Sinon que celle-là, jouant de son troupeau, S'essaie peut-être aussi leur servant de compagne.
71
Ô mon âme incomprise
Ô mon âme incomprise, ne te languis en rien ! Tu te dois de laisser l'insensible critique, Incapable qu'elle est par son droit despotique, De savoir séparer l'ivraie de son bon grain !
O mon esprit penseur, cesse enfin de gémir ! Tu ne peux l'ignorant de toujours l'accuser, Innocent qu'il sera, ne veux-tu l'excuser, De ne comprendre point l'amour et son soupir ?
Il est qu'un Comité satisfait de son rang, Prétend par le pouvoir qui lui est conféré Décider du savoir dont il use en régnant.
Il ne sert de jurer de son inaptitude A vouloir encenser ce qu'il a préféré Même si son erreur prêche l'exactitude.
72
Vois-tu mon Buridan
Vois-tu mon Buridan, je sais sur cette terre Ne me plaindre jamais des malheurs les plus bas ; De ne gémir jamais des gloires que je n'ai pas, De ne râler en rien du génie qu'on enterre.
Vois-tu, je puis tenir, et noircir dans mon ombre De mon vers, le précieux, le bien qu'on n'aime pas. Je peux ternir l'amour qui m'est chair et appât, Et dormir dans la Mort que je veux pierre sombre.
Je dis qu'il est demain aux plaisirs de mon ange De croire en un Toujours, en des désirs si beaux, De couler par mes pores maints sanglots de mes eaux,
Je sais qu'on ne peut pas aimer de mon étrange De ce sonnet sensé, tous ces mots à graver. Qu'il leur faut la folie pour oser les braver !
73
Grappillages
Nymphes de mon désert
Nymphes de mon désert, graines de solitude Qui de l'or en éclat unissent la multitude De ce moi qui s'endort dans ces premières eaux ! L'orgueil de mon orgasme s'enflamme sur les flots !
Je l'entends qui respire, soupir dans son sommeil. La profondeur est pure et le songe est vermeil. La première me prend, s'étend sur le mensonge, Et le feu de sa chair dans ma mémoire me plonge.
Au futur de l'oubli qui conte son mourir, Comme un astre perdu qui pleure un avenir, Les sœurs de sa pensée s'étirent sur l'étendue !...
Immenses dans son ombre qui recherche un moi-même, Elles s'éloignent et s'échappent à ma raison suprême !... Et l'heure de mon silence est toujours suspendue !...
74
Pernicieuses et impures
Pernicieuses et impures, filles de mon désordre, Délices de mes extases qui désirent me mordre, Je répands ma substance, je succombe et je cède A ce délire de vivre que cette âme concède !...
Presque nues dans l'intime d'un esprit qui se pense, Je confonds de vos formes le soupir qu'il dispense, Et j'implore l'azur clair dont le rayon premier Punira tout le doute de mon royaume entier !...
Enfin moi ! et du plus pur je renais de mon ordre Qui m'obstine à chasser cet interdit rêvé, Comme de ce mentir son mensonge est levé !
Enfin toi ! qui enlaces et se veux de le tordre Ce stérile baiser de la fleur qui enivre, Mais qui de son soupir vain pleure et me délivre.
75
Au soleil irradiant
Au soleil irradiant ma sublime puissance, Je bois l'or qui s'écoule de la sphère exaltée. Je me nourris de nard, d'extase, dès ma naissance, Je roule dans son souffle de lumière enivrée.
Et le Dieu satisfait de ma nature sereine S'élève vers le ciel réjouit de bonheur. Il caresse l'éther baignant de blanche haleine L'invisible inconnu jusque dans sa hauteur.
Tout principe de vie instruit d'autorité, Dans la gloire immortelle et l'esprit de splendeur Eclaire l'intelligence de pure lucidité : Car l’oint jadis promis, superbe et éternel Resplendit de beauté parmi ces deux grandeurs, Ô divine vision d'espace solennel !
76
Voyance ! Ô mes divins
Voyance ! Ô mes divins par l'esprit de lumière, Les superbes effets baignés de transparence Pour l'espoir absolu de pure intelligence, Je vous veux désormais dans ma pensée entière.
La puissance abolit l'opacité du mur : Je peux glorifier la vision suprême. Je me nourris d'extase comme le saint de Chrême. Hagard et accompli, je supplie vers l'Azur.
Vous placez ma présence dans l'extrême grandeur Où mon âme incomprise se suffit de l'exil Et je contemple encore l'aspect de la splendeur,
La vôtre, si au plus près de l'éternité Dans le produit d'étoiles insensé et fertile Où même vous riez de votre immensité !
77
Alexandre
Acte II - Scène Argone, Alexandre
Argone
Restez, Seigneur, Restez ! Il suffit d'un instant. Je ne vous retiendrai que pour un court moment. Ne fuyez point encore ! Je veux m'entretenir, Et exprimer enfin ce qu'Argone doit dire. Trop souvent animée du désir de vous voir, Je patientais en vain du droit d'apercevoir L'ombre de mon époux dans ce sombre palais, Mais je croyais hélas ne le croiser jamais. Vous-même décidé à laisser votre Argone, Vous prétendez encor que la loi vous ordonne De quitter cette salle, et de n'en plus paraître Comme à d'autres raisons, vous devez vous remettre. Cesserez-vous, Seigneur, de vouloir vous enfuir Et d'ignorer toujours ce qu'il vous faut séduire ? Feindrez-vous de savoir qu'il vous faut épouser Argone la princesse dont vous vous abusez ? Je ne puis tolérer de votre indifférence
78
L'intérêt médiocre que vous fait ma présence. Et je veux vous prouver que ce comportement Attise dans mon âme ce fol emportement.
Alexandre
Quelle haine farouche tout à coup vous anime ? Calmez, Madame, calmez l'esprit qui vous domine. Et tentez d'apaiser en de simples propos, La violence verbale en usant d'autres mots. Que vous sert de jurer, de crier votre outrance ? Une bouche en colère ignore la tolérance, Et sa lèvre en furie se nourrit de l'excès Qui ne produit en vous qu'un stupide procès. Ce n'est point sur ce ton indigne d'une Reine Qu'une pensée émise se prétendait sereine.
Argone
Et sur quel autre ton la princesse trahie Se pourrait exprimer par l'aigreur envahie ? Je vous prie d'excuser de cette humeur haineuse, Les ampleurs et l'effet de mon âme amoureuse. Si je puis m'accuser de ce trouble certain, C'est qu'un coeur confondu veut voiler son chagrin. Mes propos insensés cachaient ce désespoir 79
De toujours vous chercher, de ne jamais vous voir ; Et mes regards perdus de vouloir vous trouver, Imploraient un amour qui semblait s'éloigner. Si je suis rassurée du désir d'Alexandre, Le plaisir que j'en tire est encore de l'entendre ! Si je ne puis douter du devoir de mon roi, L'espoir qu'il m'a promis est d'accomplir sa loi !
Alexandre
Toujours je vous l'ai dit, je vous choisis Argone. Et mon coeur en émoi à vos pieds s'abandonne. Tel que je l'ai juré, je dois vous épouser : Et ma raison s'étonne de vous voir jalouser. Jamais dans ce royaume une plus tendre face N'égale la beauté que vous paraît la grâce. Car jamais la nature n'a vêtu tant d'attraits Qui flattent ce visage de ces sublimes traits. Alexandre apprécie la douceur de vos charmes. Votre Empereur s'émeut quand s'écoulent vos larmes ; Il admire de trop les lumières dans vos yeux, Qui brûlent leurs chaleurs et leurs feux merveilleux. Oserais-je le dire quand mon ardeur s'éveille Que ma chair enivrée des transports du sommeil, Attisée par l'envie, de plaisirs soupirants Exalte les désirs de sa chair expirants. 80
De quelle autre façon pour satisfaire Argone, Parviendrais-je à prouver l'amour que je lui donne ? Si ce n'est suffisant, comment lui démontrer Que l'Empereur la cherche, et la veut rencontrer ?
Argone
Quels heureux sentiments vous animent, Alexandre ! Et quelle joie extrême me comble à vous entendre ! De sinistres douleurs me troublaient quelquefois, Et encombraient mon âme de tristesse et d'effroi. Vos amours exaltées par la beauté d'Argone Ne résistent à l'envi que le désir leur donne. Ces soupirs exprimés vous ont trop confondu, En déclarant l'aveu que j'ai tant attendu. Mais c'est assez, Seigneur. L'Empire vous appelle. Et le ciel peu à peu de lumière se constelle. Argone est satisfaite, et ne doit retenir Alexandre affairé des charges à accomplir.
81
Scène III Argone, Cléone
Entendais-tu Cléone, ce que disait son âme ? Ecoutais-tu la force qui animait sa flamme ? Je ne pouvais douter qu'il me cachait toujours, Le bien que mon esprit cherchait de son amour. Je ne saurais le croire que son désir ardent, Eût pu à mon égard devenir évident, Que sa pensée promise exprimât tant de joie A dévoiler son coeur au secret autrefois ! Quel prodige à mes yeux éclaire ses lueurs ! Et quelle sublime foi domine ses fureurs ! Son feu que je jurais éteint à tout jamais, S'illumine à nouveau et brille désormais !
Acte IV Scène première Ephilie, Céphise
Ephilie
Quelle que soit ma pensée, mon âme est dérangée, Et ma pauvre raison est toujours ravagée : De sinistres tourments remplissent sa mémoire. 82
Cette mouvante image ne m'est point illusoire. De noires inquiétudes encombrent mon esprit Son malheur est haineux, et il m'est incompris ; Il paraît me damner à souffrir son horreur, Ou soumettre Ephilie à subir la terreur, L'impalpable m'entend semblable à des présences, A chacun invisibles, mais dont les existences Enveloppent et entourent de simples créatures, Et aux vivants s'intègrent comme des impostures. Cette moite atmosphère est propice au délire. La conscience craint en invoquant le pire. Elle se remplit de doutes. Et une ombre, un effroi La condamnent à l'angoisse jusqu'à son désarroi. Vois-tu ma chère Céphise, ce que croit Ephilie : L'irréel, le mentir s'animent et s'amplifient. Et quels que soient ce trouble et ses pressentiments, Cet esprit et ce corps s'agitent en vains tourments.
Céphise
Madame, je vous conjure de chasser tant de craintes, D'éloigner hors de vous ces mauvaises complaintes. Je peux vous assurer qu'Ephilie sans danger, Doit pouvoir du présent le mieux envisager. Vous semblez ignorer votre heureux privilège : Alexandre amoureux par ses lois vous protège, 83
Et son ordre interdit qu'Ephilie prisonnière Soit traitée par ces soins en vulgaire dernière. Décidez, demandez : l'Empereur à genoux Commande l'impossible uniquement pour vous. Plus encore, ordonnez : cette joie de vous plaire Le consacre au sublime ne sachant s'y soustraire. Vous paraissez émue sans pouvoir signifier Par quelconque réel ces maux à justifier. Délassez-vous, Madame. Et l'esprit en repos, Retrouvant ses raisons changera ses propos.
Ephilie
Je ne peux soulager mon âme en mouvement. Elle s'empare de moi quel que soit le moment. Quand bien même la nuit, je cherche à la clamer, Elle brise mon sommeil se plaisant à bramer. Dans ce profond silence, je l'entends s'approcher. Et son spectre est affreux. Je ne sais l'arracher. Il s'accroche à mon corps. Il s'anime ou il danse, Ou se plaît à jouir de ma faible impuissance. Dans ce couloir de marbre, je le sens me poursuivre. Il se rit de moi-même, et m'interdit de vivre.
Je le crois disparu, mais sa chair invisible Démontre à chaque instant sa présence nuisible. 84
Céphise
Je vous supplie, Madame, de maîtriser vos peurs Qui ne sont que l'effet de mirages trompeurs.
Ephilie
Je le sais, ma Céphise, mais ne puis-je douter Que ma mort en ces lieux est encore souhaitée ? Ne serait-il heureux de détruire Ephilie : La faisant disparaître, du moins se résilie L'hyménée interdit qu'espérait Alexandre, Et que croyait ce roi par son ordre prétendre ? Ne faut-il davantage que la cour, le palais Détruisent la nuisance d'Ephilie à jamais ? Ne faut-il employer ce moyen radical Qui l'envoie au trépas par cet arrêt fatal ? Ma Céphise, tu le sais, que la nécessité M'inflige de mourir par une atrocité.
Céphise
Je vous implore, Madame, de penser autrement, Et je vous prie encore de voir différemment. Vous semblez oublier la foudre qu'Alexandre : Dans le coeur d'Ephilie, il cherche à la répandre. 85
Vous ignorez hélas que sous sa protection, Jamais il n'admettra votre disparition !
Ephilie
Que cette douce voix atteigne son esprit ! Que ton tendre propos lui soit enfin compris !
Céphise
Que craindrez-vous, Madame, quand il sera uni Pour ce nouveau bonheur, par la reine béni ? Serez-vous inquiète quand Argone à sa main, Scellera l'hyménée, et ceci dès demain ? Les convives se pressent pour la fête suprême, Et tous les invités sont dans la joie extrême. L'union attendue ne sera retardée : Ce qui doit s'accoupler est déjà décidé. Ce nuptial effet sera de gracier, Ephilie ! La maudite sera remerciée ! Et au plus tôt, Madame, expulsée du palais Libre enfin vous serez de partir désormais. Oui, cette longue attente achevée dans un peu d'heures, Vous permettra de fuir cette sombre demeure. Et vous retrouverez la patrie et vos biens, Distribuant l'amour qu'appellent vos anciens ! 86
Je crois imaginer que la gloire vous attend, Et le peuple en liesse qui vers la place descend ! Je les revois, Madame, exprimer leurs bonheurs, Acclamer leur princesse dans la joie ou les pleurs !
87
L'Ancien Testament
LA GENESE
LES ORIGINES DU MONDE ET DE L'HUMANITE
LA CREATION ET LA CHUTE
Premier récit de la création
I.1 Au commencement, Dieu fit le ciel et la terre. 2 Or la terre était vague et inorganisée. L'obscurité était au-dessus de l'abîme, Le souffle de Dieu planait sur la face des eaux. 3 Dieu dit : "Que la lumière soit, et la lumière fut". 4 Dieu vit que la lumière était bonne, et Dieu fit La départition de la lumière des ténèbres.
5 Dieu appela la lumière Jour, il appela Les ténèbres, Nuit. Il y eut un soir, il y eut Un matin, premier jour. 6 Et Dieu dit : "Qu'il y ait Un firmament au milieu des eaux, qu'il sépare Les eaux d'avec les eaux". Et il en fut ainsi. 7 Dieu fit le firmament qui sépara les eaux Qui sont sous le firmament avecques les eaux 88
Qui sont sur le firmament, 8 et Dieu appela Le firmament, Ciel. Alors il y eut un soir, Et il y eut un matin : second jour.
9 Dieu dit : "Que les eaux sous le ciel s'amassent en un seul lieu ! Que le sol apparaisse !" Et il en fut ainsi. Dieu appela le sol, terre, la masse des eaux, mer. Et Dieu vit que cela était bien. 11 Et Dieu dit : "Que la terre fasse pousser de la verdure, des herbes Portant de la semence, et des arbres fruitiers Faisant du fruit sur la terre selon leur espèce Portant de la semence". Et il en fut ainsi. 12 Et la terre fit pousser de la verdure, des herbes Portant de la semence, et des arbres fruitiers Faisant du fruit sur la terre selon leur espèce Portant de la semence.
Et Dieu vit que cela Etait bien. 13 Et il y eut un soit, il y eut Un matin : troisième jour. 14 Et Dieu dit : "Qu'il y ait Des lustres au firmament des cieux pour séparer Le jour d'avec la nuit. Ils serviront de signes Pour les saisons, pour les jours et pour les années. 15 Ils serviront de lustres au firmament des cieux Pour éclairer la terre". Et il en fut ainsi. 89
16 Dieu fit les deux plus grands lustres avec le plus grand Pour dominer le jour, avec le petit lustre Pour dominer la nuit ainsi que les étoiles. Alors Dieu plaça au firmament des cieux Pour éclairer la terre 18 pour dominer le jour, La nuit, pour séparer la lumière des ténèbres, Et Dieu vit que cela était bien. 19 Il y eut Un soir, il y eut un matin : quatrième jour. 20 Dieu dit : "Que les eaux pullulent d'un pullulement D'êtres vivants, que des oiseaux volent au-dessus De la terre sur la face du firmament des cieux", Et il en fut ainsi. 21 Dieu fit les grands dragons Tous les êtres vivants qui se meuvent dans les eaux Où ils pullulent selon leur espèce, ce qui vole Ailé selon son espèce, et Dieu vit que cela Etait bien. 22 Dieu les bénit en disant : "Croissez Et multipliez-vous et remplissez les eaux Dans les mers, et que les volatiles sur la terre Se multiplient." 23 Il y eut un soir, il y eut Un matin, cinquième jour.
24 Et Dieu dit : "Que la terre Produise des êtres vivants selon leur espèce : Bestiaux, reptiles, bêtes sauvages selon leur espèce Et tous les reptiles du sol selon leur espèce", Et il en fut ainsi. 25 Alors Dieu fit les bêtes 90
Sauvages selon leur espèce, selon leur espèce Les bestiaux, selon leur espèce tous les reptiles Du sol. (Ainsi) Dieu vit que cela était bien.
26 Et Dieu dit : "Faisons un homme selon notre image Selon notre ressemblance. Qu'ils aient autorité Sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, Sur les bestiaux et sur toutes les bêtes sauvages, Et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre." 27 Dieu créa l'homme à son image, à son image Il le créa. Il les créa mâle et femelle.
28 Et Dieu les bénit. Ainsi Dieu leur dit : "Croissez Multipliez-vous, soumettez-la. Dominez Sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, Et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre."
29 Dieu voici que je vous ai donné toute herbe Portant de la semence qui est à la surface De toute la terre, de tous les arbres qui ont fait des fruits Portant de la semence. Ainsi ils serviront Pour votre nourriture.
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Premier Livre de Samuel SAUL ET DAVID
DAVID A LA COUR
Onction de David
16 1 Et Yahvé dit A Samuel : "Jusques à quand mèneras-tu Le deuil de Saül, c'est moi qui l'ai rejeté Pour qu'il ne soit plus roi sur Israël. Emplis Ta corne d'huile, va ! Je t'envoie vers Isaï De Bethléem, car je me suis choisi un roi Parmi ses fils."
2 Samuel dit : "Comment irai-je ? Si Saül l'apprend, il me tuera !"
Yahvé dit : "Ainsi tu prendras de ta main une génisse Et tu diras : "je suis venu pour sacrifier A Yahvé. 3 Et tu inviteras Isaï Au sacrifice, et moi, je te ferai savoir Ce que tu auras à faire, tu oindras pour moi Celui que je te dirai." 4 Samuel fit donc 92
Ce qu'avait dit Yahvé, il vint à Bethléem. Les anciens de la ville arrivèrent en tremblant A sa rencontre, ils dirent : "Serait-ce pour la paix Que tu viens ?" 5 Il dit : "Pour la paix : je suis venu Pour sacrifier à Yahvé, sanctifiez-vous, Vous viendrez au sacrifice avec moi."
Alors Il sanctifia Isaï et ses fils, il les Invita au sacrifice. 6 Dès qu'ils furent entrés, Il vit Eliab et lui dit : "C'est vraiment son oint Qui est devant Yahvé !" 7 Yahvé à Samuel Dit : "Mais ne considère pas son apparence Ni la hauteur de sa taille, je l'ai dédaigné : Car Dieu ne voit pas comme voit l'homme, puisque l'homme Voit ce qui paraît aux yeux, Yahvé voit le cœur."
8 Alors Isaï appela Abinadab Et le fit passer devant Samuel, qui dit : "Celui-ci non plus, Yahvé ne l'a pas choisi !" 9 Isaï fit passer Shammah, Samuel dit : "Celui-ci non plus, Yahvé ne l'a pas choisi !"
10 Isaï fit ainsi passer sept de ses fils Devant Samuel, Samuel à Isaï Dit : "Non, Yahvé n'a choisi aucun de ceux-là." 93
11 Et Samuel dit à Isaï : "Sont-ce là Tous les jeunes gens ?" Il dit ceci : "Il reste encore Le plus petit, voilà qu'il est en train de faire Paître le petit bétail !"
Alors Samuel Dit à Isaï : "Envoie-le quérir, puisque Nous n'irons pas à table tant qu'il n'est venu Ici." 12 Il envoya et il le fit venir. Celui-ci était roux, il avait de beaux yeux, Une bonne apparence. Yahvé dit : "Lève-toi, Oins-le, car c'est lui !"
13 Samuel prit la corne d'huile, Il l'oignit au milieu de ses frères, et l'esprit De Yahvé, dès ce jour et dans la suite fondit Sur David. Samuel se leva, et s'en fut A Ramah.
94
Premier Livre de Samuel
David entre au service de Saül.
14 L'esprit de Yahvé se retira De Saül, et un esprit mauvais suscité Par Yahvé se mit à l'épouvanter. 15 Alors Les serviteurs de Yahvé lui dirent : "Voici donc Qu'un mauvais esprit de Dieu te fait des terreurs. 16 Que notre Seigneur parle ! Car tes serviteurs sont Devant toi, et ils chercheront un homme sachant Jouer de la cithare : dès que sera sur toi Le mauvais esprit de Dieu, il en jouera donc De la main, tu te trouveras mieux."
17 Saül dit A ses serviteurs : "Voyez bien à me trouver Un homme qui joue bien, et vous me l'amènerez." 18 L'un des garçons prit la parole et dit : "Voici Que j'ai vu un fils d'Isaï de Bethléem Qui sait jouer de la musique, et c'est un brave De valeur, et un homme de guerre, à la parole Intelligente ; il a belle tournure, Yahvé est Avec lui."
95
19 Saül envoya des messagers Vers Isaï et il dit : "Envoie-moi David Ton fils qui se trouve avec le petit bétail". 20 Isaï prit cinq pains et une outre de vin, Ainsi qu'un chevreau qu'il envoya à Saül Par la main de David, son fils. 21 David vint donc Vers Saül et se tint devant lui ; celui-ci L'aima beaucoup, et il devint son porteur d'armes.
22 Puis Saül fit dire à Isaï : "Que David Je te prie, se tienne devant moi car il a Trouvé grâce à mes yeux !"
23 Quand un esprit de Dieu Etait sur Saül, David prenait la cithare Et en jouait de sa main. Saül en était Soulagé et se trouvait mieux : l'esprit mauvais Se retirait loin de lui.
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Les Psaumes
PSAUME 1 Les deux voies.
1 Heureux l'homme qui refuse les conseils des méchants, Et qui n'emprunte pas le chemin des pécheurs, Et qui n'a pas siégé au milieu des railleurs, 2 Mais qui prend son plaisir en la Loi de Yahvé, Qui médite sa Loi tout le jour et la nuit.
3 Il est l'arbre planté près du cours du ruisseau Qui distribue son fruit en son temps de saison. Son feuillage reste vert. Ce qu'il fait, réussit.
4 Il n'en va pas de même de ceux qui sont méchants. Ils sont comme la bale emportée par le vent. 5 C'est pourquoi les méchants ne tiendront pas débout Lors de leur jugement, pas plus que les pécheurs Dans l'assemblée des justes. 6 C'est Yahvé qui connaît La voie des justes, mais la voie des méchants se perd.
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PSAUME 45
Epithalame royal
1 Du maître de chant. Et sur l'air : des lys ... des fils De Coré. Poème. Chant d'amour.
2 Mon coeur s'agite En belles paroles. Je vais dire mes poèmes au roi. Que ma langue soit la plume d'un habile écrivain !
3 Tu es beau, le plus beau parmi les fils d'Adam. La grâce est répandue et elle coule sur tes lèvres. C'est pourquoi Elohim t'a béni pour toujours.
4 Ceins ton glaive à ta hanche, ô héros ! Dans le faste Et l'éclat, 5 bande ton arc, bondis et chevauche Pour la cause de loyauté, de la douceur, De la justice. Ta droite t'enseigne des exploits !
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6 Que tes flèches sont aiguës ! Les peuples sont sous toi ! Et elles percent le coeur des ennemis du roi !
7 Ton trône subsistera à jamais, à jamais ! Un spectre de droiture que ton spectre royal ! 8 Tu aimes la justice et détestes le mal !
C'est pourquoi Elohim, ton Dieu, t'a oint d'une huile D'allégresse, de préférence à tes compagnons. La myrrhe et l'aloès et la cannelle parfument 9 Tous tes habits. Et sortant des palais d'ivoire, Les luths te réjouissent.
10 Parmi tes favorites Il est des filles de roi. À ta droite est la reine Parée de l'or d'Orphir, qui se trouve debout.
11 Ma fille, écoute, regarde et tends bien ton oreille. Et oublie ton peuple et la maison de ton père !
12 Que le roi s'éprenne de ta grande beauté ! Puisqu'il est ton Seigneur, courbe-toi devant lui !
13 Ainsi la fille de Tyr est chargée de présents, Et les gens opulents adoucissent ta face.
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14 Resplendissante, la fille du roi fait son entrée Parée de tissus d'or. 15 En habits diaprés, Elle est conduite au roi. Des vierges sont à sa suite.
On mène des compagnes qui te sont destinées. 16 Dans la joie, l'allégresse, elles pénètrent au palais.
17 À la place de tes pères, te viendront des fils. Tu en feras des princes sur tout le territoire.
18 Je veux redire encore ton nom dans tous les âges. Que les peuples te louent à jamais, à jamais !
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PSAUME 110
Le sacerdoce du Messie.
1 De David. Psaume.
Oracle de Yahvé donné À mon Seigneur : "Assieds-toi à ma droite jusqu'à Ce que je fasse de tes adversaires l'escabeau De tes pieds !"
2 Le spectre de ta puissance, Yahvé L'étendra depuis Sion : domine au milieu De tes ennemis !
3 En toi la noblesse, au jour De ta naissance accompagné d'honneurs sacrés, Dès le sein, et à toi, dès l'aurore, la rosée De ta jeunesse !
4 C'est ainsi : Yahvé l'a juré, Et il ne s'en repentira pas : "Tu es prêtre A jamais à la manière de Melchisédech."
5 Adonaï est à ta droite, il brise les rois Au jour de sa colère, 6 il juge les nations : 101
C'est plein de cadavres, dont il a brisé la tête Sur l'étendue de la terre.
7 Au torrent il boit En chemin, c'est pourquoi il relève la tête.
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Les Cinq Rouleaux
LE CANTIQUE DES CANTIQUES
1 Le cantique des cantiques qui est de Salomon.
2 Qu'il me baise des baisers de sa bouche !...3 Car tes Caresses sont meilleures que le vin, tes parfums Sont agréables à respirer, et ton nom est Une huile qui se répand. Et voilà pourquoi Les jeunes filles t'aiment ! 4 Entraîne-moi, courons Après toi !... Quand le roi dans ses appartements M'aura introduite, nous exulterons, grâce à toi Nous nous réjouirons, et nous évoquerons Tes caresses meilleures que le vin. Et l'on t'aime Avec raison.
Premier Poème.
5 Je suis noire mais jolie, filles de Jérusalem, comme les tentes de Cédar, Comme les pavillons de Salomon. Aussi Ne faites pas attention à mon teint noirâtre Car le soleil m'a hâlée. Les fils de ma mère Se sont irrités contre moi : ils m'avaient mise 103
À garder les vignes, mais ma vigne, je ne l'ai pas Gardée.
Fais-moi savoir, ô l'aimé de mon âme Où tu mènes paître le troupeau à midi, Où tu le fais coucher pour que je ne sois pas Comme celle qui se cache auprès des troupeaux De tes compagnons.
7 Ô la plus belle des femmes, Si tu ne le sais pas, sur la trace des brebis Sors, et fais paître les chevrettes près des demeures Des bergers.
À une cavale parmi les chars Des Pharaons, je te compare, ô ma compagne. Tes joues sont jolies parmi les colliers, ton cou Parmi les perles : nous te ferons des colliers d'or Avec des pointes d'argent.
Comme on faisait cercle Autour du roi, mon nard a donné son odeur : C'est un sachet de myrrhe, mon bien-aimé pour moi, Et il repose entre mes seins ; c'est une grappe De henné, mon bien-aimé, pour moi, au milieu Des vignes d'Engadi. 104
Que tu es belle, ma Compagne, que tu es belle ! Tes yeux sont des colombes ! Que tu es beau, mon bien-aimé, combien gracieux ! Et les poutres de notre maison sont de cèdre, Nos lambris sont de cyprès.
Je suis le narcisse De Saron, le lis des vallées. Et tel un lis Parmi les épines, telle ma compagne parmi Les filles.
Tel un pommier parmi les arbres du Bois, tel est mon bien-aimé parmi les garçons.
A son ombre j'ai désiré m'asseoir, son fruit Est doux à mon palais. Et il m'a introduite Dans la maison de vin, dont l'enseigne au-dessus
De moi, était Amour ! Soutenez-moi avec Des gâteaux, réconfortez-moi avec des pommes, Car je suis malade d'amour : sa main gauche est Sous sa tête, sa droite m'enlace.
Je vous adjure, Filles de Jérusalem, par les gazelles ou Par les biches des champs, n'éveillez pas l'Amour, 105
Ne le réveillez pas jusqu'à ce qu'elle le veuille !
Second poème.
8 C'est la voix de mon bien-aimé ! C'est lui qui vient, Bondissant par-dessus les montagnes, et sautant Par-dessus les collines ! Mon bien-aimé ressemble À une gazelle ou au jeune faon des biches. Et le voici qui s'arrête derrière notre mur, Par les fenêtres regardant, par les grillages Guettant.
Mon bien-aimé a pris la parole et Il m'a dit : Debout ! Ma compagne, ma belle, et viens Car voici que l'hiver est passé, et la pluie A cessé, elle s'en est allée, dans le pays Les fleurs sont apparues le temps de la chanson Est arrivé et la voix de la tourterelle S'est fait entendre dans nos campagnes, le figuier À produit ses fruits verts, les vignes en bouton Ont répandu leur odeur ! Debout ! Ma compagne, Ma belle et viens. Cachée dans le creux des rochers Et dans le secret du raidillon, ma colombe Fais-moi voir ton visage et entendre ta voix, Car ta voix est douce et ton visage est charmant.
106
Prenez pour nous les renards, les petits renards Qui ravagent les vignes, nos vignes sont en fleur. Mon bien-aimé est à moi, moi je suis à lui, Lui qui paît parmi les lis avant que le vent Du jour ne souffle et que les ombres ne deviennent Fuyantes, reviens, sois semblable, mon bien-aimé À une gazelle ou au jeune faon des biches Sur les montagnes de l'horizon. Sur ma couche, Durant les nuits, j'ai cherché l'aimé de mon âme, Et je l'ai cherché, mais je ne l'ai point trouvé ! Je me lèverai donc et je circulerai Par la ville, dans les bazars et sur les places, je Chercherai l'aimé de mon âme, je l'ai cherché Et je ne l'ai point trouvé !
Ils m'ont rencontrée, Les gardiens, ceux qui ont circulé par la ville : "Avez-vous vu l'aimé de mon âme ?" Mais à peine Les ai-je dépassés que je l'avais trouvé L'aimé de mon âme. Je l'ai saisi et ne le Lâcherai pas jusqu'à l'avoir fait pénétrer Dans la maison de ma mère, dans l'appartement De celle qui m'a conçue.
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Le Nouveau Testament
EVANGILE SELON JEAN PROLOGUE
I 1 Au commencement était le Verbe, et le Verbe Etait auprès de Dieu, le Verbe était Dieu. 2 Il était au commencement auprès de Dieu. 3 Par lui tout a paru, sans lui rien n’a paru De ce qui est paru. 4 En lui était la vie, La vie était la lumière des hommes ; 5 la lumière Brille dans les ténèbres, les ténèbres n'ont pu L'arrêter.
6 Paru un homme envoyé de Dieu ; Son nom était Jean, 7 et il vint en témoignage Pour rendre témoignage à la lumière afin Que tous crussent par lui. 8 Celui-là n'était pas La lumière, mais il devait rendre témoignage À la lumière.
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9 Car la lumière, la véritable Qui illumine tout homme venait dans le monde. 10 Il était dans le monde, et le monde a paru Par lui, et le monde ne l'a pas connu.
11 Il est venu chez lui, et les siens ne l'ont pas Accueilli ; 12 À tous ceux qui l'ont reçu, il a Donné pouvoir de devenir enfants de Dieu, À ceux qui croient en son Nom, 13 qui ne sont pas nés Du sang, ni d'un vouloir de chair, ni d'un vouloir D'homme, mais de Dieu. 14 Et le Verbe est devenu chair. Il a séjourné parmi nous. Et nous avons Contemplé sa gloire, gloire comme celle que tient De son Père un Fils unique, qui est plein de grâce Et de Vérité.
15 Jean témoigne à son sujet, Et il crie ceci : "C'était celui dont j'ai dit : Celui qui s'en vient après moi est passé Devant moi, parce que, avant moi, il était».
16 Car de sa plénitude, nous avons tout reçu, Grâce sur grâce ; 17 car la Loi a été donnée Par Moïse, pourtant la grâce et la vérité
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Sont venues par Jésus-Christ. 18 Aussi, Dieu, personne Ne l'a jamais vu ; un Dieu, Fils unique qui est Dans le sein du Père, Celui-là l'a fait connaître.
LA PREMIERE PAQUE LA SEMAINE INAUGURALE
Le témoignage de Jean.
19 Et tel est le témoignage de Jean, lorsque, De Jérusalem des Juifs lui ont envoyé Des prêtres avec des Lévites pour l'interroger : "Qui es-tu ?" 20 Il l'avoua, il ne nia pas, Et il l'avoua : "Moi, je ne suis pas le Christ." 21 Et ils l'interrogèrent : "Quoi donc es-tu, Elie ?"
Il dit : "Je ne le suis pas" - "Es-tu le prophète ?" Il répondit :"NON". 22 Ils lui dirent donc : "Qui es-tu ?" Que nous rendions la réponse à ceux qui nous ont Envoyés. "Que dis-tu de toi-même ?" "Je suis la voix Déclara-t-il de celui qui clame au désert :
Redressez le chemin du Seigneur, comme a dit Isaïe, le prophète.»
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24 Les envoyés étaient Des Pharisiens. 25 Ils l'interrogèrent et lui dirent : "Pourquoi donc baptises-tu si tu n'es ni le Christ, Ni Elie, ni le prophète ?" Jean leur répondit, Et dit : "Moi, je baptise dans l'eau ; au milieu De vous est quelqu'un que vous ne connaissez pas, 27 Celui qui vient après moi, je ne suis pas digne, Moi, de délier la courroie de sa chaussure». 28 Cela se passa à Béthanie, au-delà Du Jourdain, où Jean se trouvait à baptiser.
29 Le lendemain, il regarde venir Jésus Qui venait vers lui, et il dit : "Voici l'Agneau Qui enlève le péché du monde. 30 C'est celui Pour lequel moi j'ai dit : "Après moi vient un homme Qui est passé devant moi, puisque, avant moi, Il était. 31 Et moi, je ne le reconnaissais pas, Mais pour qu'il fût manifesté à Israël, Voilà pourquoi je suis venu, moi, baptisant Dans l'eau.»
2 Et Jean témoigna en disant : "J'ai vu L'Esprit descendre, comme une colombe qui venait Du ciel, et il est demeuré sur lui. 33 Et moi Je ne le connaissais pas, mais Celui qui m'a Envoyé baptiser dans l'eau m'a dit : Celui 111
Sur lequel tu verras l'Esprit descendre, sur lui Demeurer, c'est lui qui baptise dans l'Esprit Saint. 34 Et moi j'ai vu, et j'ai témoigné que c'est lui, L'Elu de Dieu."
Les premiers disciples.
35 Et le lendemain, de nouveau Jean se tenait là avec deux de ses disciples 36 Regardant Jésus qui passait, il dit : "Voici L'Agneau de Dieu.»
37 Les deux disciples l'entendirent Parler, ils suivirent Jésus. 38 Mais se retournant Et les voyant qui le suivaient, Jésus leur dit : "Que cherchez-vous ?" Et ils lui dirent ceci : "Rabbi (mot qui veut dire : Maître), où demeures-tu ?" 39 Il leur dit : "Venez et vous verrez». Et ils vinrent Et virent où il demeurait, et ils demeurèrent Chez lui ce jour-là, c'était vers la dixième heure.
40 Or, André, le frère de Simon-Pierre était l'un Des deux qui avaient entendu Jean et suivi Jésus. 41 Et il trouve d'abord son frère Simon Et il lui dit : "Nous avons trouvé le Messie !" (Ce qui veut dire Christ). 42 Il l'amena à Jésus 112
Et le regardant, Jésus dit : "Tu es Simon, Le fils de Jean ; et tu t'appelleras Képhas." (Ce qui signifie : Pierre).
L'APOCALYPSE
LE CHATIMENT DE BABYLONE
La Prostituée fameuse.
17 1 Un des sept anges Qui avaient les sept coupes vint, et il parla Avec moi en disant : ""Ici ! Que je te montre Le jugement de la grande prostituée Qui est assise sur les grandes eaux, 2 avec Qui les rois de la terre se sont prostitués, Les habitants de la terre se sont enivrés Du vin de sa prostitution.
3 Il m'emporta En esprit au désert. Et je vis une femme Assise sur une bête écarlate à sept têtes Avec dix cornes, pleine de noms blasphématoires.
113
4 La femme était vêtue de pourpre et d'écarlate, Toute dorée d'or, de pierres précieuses et de perles. Elle avait dans sa main une coupe d'or pleine D'abominations avec les impuretés De sa prostitution, et sur son front un nom Ecrit, - un mystère : Babylone la grande, mère Des prostituées et des abominations De la terre.
6 Je vis cette femme s'enivrer Du sang des saints, du sang des témoins de Jésus. Aussi je m'étonnais d'un grand étonnement En la voyant. 7 Alors l'ange me dit : "Pourquoi T'étonner ? Car moi, je te dirai le mystère De la Femme et de la Bête qui la porte, de celle Qui a les sept têtes et les dix cornes.
114
Symbolisme de la Bête et de la Prostituée
Or la Bête Que tu as vue était, elle n'est plus. Et elle va Monter de l'Abîme et aller à sa perte. Ceux Qui sont sur terre, dont le nom ne se trouve pas Ecrit, dès l'origine sur le Livre de vie, S'étonneront de voir la Bête, car elle était, Elle n'est plus et elle reparaîtra. 9 Ici est L'intelligence, et la sagesse : les sept têtes sont Sept montagnes sur lesquelles la Femme est assise. Ce sont également sept rois, 10 cinq sont tombés, L'un existe et l'autre n'est pas encore venu, Pourtant quand il viendra, il doit demeurer peu.
11 Et la Bête qui n'est plus et qui était est Elle-même un huitième roi ; et elle est des sept, Elle va à sa perte. 12 "Les dix cornes que tu as Vues sont dix rois, mais ils n'ont pas reçu La royauté, ils reçoivent pouvoir de rois Pour une heure, avec la Bête. 13 Ils n'ont qu'un dessein, Ils donnent leur puissance et pouvoir en la Bête.
115
14 Ceux-là feront la guerre à l'Agneau et l'Agneau Les vaincra, parce qu'il est Seigneur des seigneurs Et Roi des rois, et avec lui ses appelés Ses élus, ses fidèles."
15 Et il me dit : "Les eaux Que tu as vues, là où la Prostituée est Assise, ce sont des peuples, des foules, des nations Et des langues. 16 Et les dix cornes que tu as vues Avec la Bête haïront la Prostituée, Ils la rendront déserte et nue, ils mangeront Ses chairs et ils consumeront par le feu.
17 Puisque Dieu leur a mis au coeur d'exécuter Son dessein, et d'exécuter un seul dessein, De donner leur royauté à la Bête, jusqu'à Ce que soient achevées les paroles de Dieu La femme que tu as vue, c'est la grande ville Qui a la royauté sur les rois de la terre."
Un Ange annonce la chute de Babylone.
18 1 Après cela, je vis un autre ange descendre Du ciel avec un grand pouvoir, et la terre fut Illuminée de sa gloire. D'une voix puissante, Il s'écria : "Elle est tombée, elle est tombée, 116
Babylone la grande, et elle est devenue Une demeure de démons et un repaire Pour tout oiseau impur et détesté, puisque Toutes les nations ont bu du vin de fureur De sa prostitution, puisque les rois De la terre se sont prostitués avec elle, Et les marchands de la terre se sont enrichis De la puissance de son luxe."
Le peuple de Dieu doit s'enfuir.
4 Et j'entendis Une autre voix provenant du ciel, qui disait : "Sortez donc de chez elle, ô mon peuple, pour ne pas Vous associer à ses péchés et pour ne pas
117
Recevoir de ses plaies. 5 Car ses péchés se sont Amoncelés jusqu'au ciel, Dieu s'est rappelé Ses injustices. 6 Payez-la comme elle a payé, Rendez-lui au double de ses œuvres ; dans la coupe Où elle a versé, versez-lui le double. 7 Autant Elle a étalé de gloire et de luxe, autant Donnez-lui de torture et de deuil ! Car elle dit En son coeur, je trône en reine, je ne suis pas veuve Et je ne verrai pas le deuil. 8 Voilà pourquoi, En un seul jour s'en viendront ses plaies : peste et deuil Et famine. Elle sera consumée par le feu, Parce qu'il est puissant le Seigneur Dieu qui l'a Jugée." .
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Le Coran
SOURATE C Les coursiers rapides
Au nom de Dieu : Celui qui fait miséricorde Le Miséricordieux.
1 Par les coursiers rapides, haletants ! 2 Ceux qui font Jaillir des étincelles ; 3 ceux qui surgissent à l'aube ; 4 Ceux qui font voler la poussière ; 5 ceux qui pénètrent Au centre de Jama’a !
6 Oui, l'homme est ingrat Envers son Seigneur : 7 il est témoin de cela, 8 Pourtant son amour des richesses est le plus fort.
9 Ne sait-il pas qu'au moment où le contenu Des tombeaux sera bouleversé, 10 et celui Des cœurs exposé en pleine lumière, 11 ce jour-là, Leur Seigneur sera parfaitement informé De tout ce qui les concerne ?
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Le Coran SOURATE CI Celle qui fracasse
Au nom de Dieu : Celui qui fait miséricorde, Le Miséricordieux.
1 Celle qui fracasse ! 2 Qu'est-ce donc que celle qui fracasse ? 3 Mais comment sauras-tu ce qu'est celle qui fracasse ? 4 Ce sera le Jour où les hommes seront semblables À des papillons dispersés 5 et les montagnes À des flocons de laine teinte. 6 Celui dont les œuvres Seront lourdes 7 connaîtra une vie heureuse, 8 celui Dont les œuvres seront légères 9 aura un abîme Pour demeure.
10 Mais comment pourras-tu le connaître ? 11 C'est un feu ardent.
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SOURATE C La rivalité
Au nom de Dieu : Celui qui fait miséricorde Le Miséricordieux.
1 La rivalité vous distrait 2 jusqu'au moment Où vous visiterez les tombes.
3 Non ! ... Vous saurez Bientôt ! 4 Encore une fois : vous saurez bientôt !
5 Non !... Mais si vous le saviez de science certaine ! 6 Vous verrez sûrement la Fournaise ; 7 avec l'oeil De la certitude, vous la verrez. 8 Ce jour-là On vous demandera compte des plaisirs passés.
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SOURATE CIV Le calomniateur
Au nom de Dieu : Celui qui fait miséricorde, Le Miséricordieux.
1 Malheur au calomniateur, au médisant 2 Qui amasse les richesses et les compte !
3 Il pense Que ses richesses le rendront immortel ! 4 Et non ! ... Il sera précipité dans la Houtama.
5 Mais comment saurais-tu ce qu'est la Houtama ? 6 C'est le Feu de Dieu, le feu allumé 7 qui prend Jusqu'aux entrailles.
8 Il se refermera sur eux 9 En longues colonnes.
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SOURATE XCV Le figuier
Au nom de Dieu : Celui qui fait miséricorde Le Miséricordieux.
1 Par le figuier et par l'olivier ! 2 Par le Mont Sinaï ! 3 Par ce territoire sacré !
4 Oui, Nous avons créé l'homme dans la forme parfaite ; 5 Nous l'avons renvoyé aux plus bas des degrés, 6 Excepté ceux qui auront cru et qui auront Accompli des bonnes œuvres, une récompense Sans fin leur sera destinée.
7 Après cela Qui est-ce qui t'incite à traiter de mensonge Le Jugement ? 8 Car Dieu n'est-il pas le plus juste des juges ?
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SOURATE XCVI Le caillot de sang
Au nom de Dieu : Celui qui fait miséricorde, Le Miséricordieux.
1 Lis au Nom de ton Seigneur qui a créé tout ! 2 Et qui a créé l'homme d'un caillot de sang.
3 Lis ! ... Car ton Seigneur est le Très-Généreux 4 qui a Instruit l'homme au moyen du calame 5 et lui a Enseigné ce qu'il ignorait.
6 Bien au contraire ! Car l'homme est rebelle 7 dès qu'il se voit dans l'aisance 8 - Oui, le retour se fera bien vers ton Seigneur 9 As-tu vu celui qui empêchait de prier 10 Un serviteur de Dieu ?
11 As-tu vu s'il était Dans la bonne voie 12 et s'il ordonnait la piété ? 13 As-tu vu s'il criait au mensonge et s'il voulait S'en détourner ? 14 Ne sait-il pas que Dieu voit tout ?
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15 Bien au contraire ! Mais s'il ne cesse pas, alors Nous le traînerons par le toupet de son front, 16 De son front menteur et pécheur.
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SOURATE CVIII La preuve décisive
Au nom de Dieu : Celui qui fait miséricorde, Le Miséricordieux.
1 Les incrédules parmi les gens qui ont le Livre Avec les polythéistes ne changeront pas Tant que la preuve décisive ne leur sera pas parvenue.
2 C'est un Prophète envoyé par Dieu Qui dit des feuillets purifiés 3 contenant Des Ecritures immuables.
4 Ceux qui ont reçu Le Livre ne se sont divisés en sectes qu'après La venue de la preuve décisive.
5 Et pourtant On leur avait ordonné comme de vrais croyants Qui lui rendent un culte sincère, d'adorer Dieu ; De s'acquitter de la prière ; de faire l'aumône - Telle est la Religion vraie ! -
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SOURATE XCIII La clarté du jour
Au nom de Dieu : Celui qui fait miséricorde, Le Miséricordieux.
1 Par la clarté du jour !... 2 Par la nuit qui s'étend ! 3 Ton Seigneur ne t'a point oublié ni haï !
4 La vie future vaut mieux pour toi que celle-ci, Oui. 5 Ton Seigneur t'accordera bientôt ses dons, Tu seras satisfait.
6 Ne t'a-t-il pas trouvé Orphelin, et il t'a procuré un refuge. 7 Il t'a trouvé errant alors il t'a guidé. 8 Il t'a trouvé pauvre alors il t'a enrichi. 9 L'orphelin, ne le brime pas.
10 Et le mendiant, Ne le repousse pas.
11 Mais raconte plutôt Les bienfaits de ton Seigneur. 127
Livre I - Extraits
L'ENEIDE
Enée parle à sa mère, Vénus
Or, Le pieux Enée qui avait consacré sa nuit À réfléchir, à l'apparition du premier Rayon de la bonne lumière se lève et sort. Il veut explorer ces lieux inconnus, savoir Sur quels bords les vents l'ont poussé, si ce pays Qu'il voit inculte, est habité par des hommes Ou des bêtes sauvages, et rapporter à ses Compagnons ses découvertes. Il cache sa flotte Dans un enfoncement des bois, sous une voûte De rochers, entourée d'arbres et d'ombres touffues. Lui-même se met en route accompagné du seul Achate, balançant à la main deux javelots Armés d'un large fer.
Sa mère s'offre à sa vue Au milieu de la forêt, elle avait les traits, Le costume et les armes d'une vierge de Sparte, Ou telle la Thrace Harpalyce quand elle fatigue 128
Ses chevaux, et devance à la course le survol De l'Eurus. Vêtue en chasseresse, elle avait Suspendu à ses épaules l'arc flexible, selon L'usage, et elle avait laissé sa chevelure Flotter au caprice du vent, sa jambe nue Jusqu'au genou, et les plis flottant de sa robe Relevés par un nœud. "Hé ! Jeunes gens, fit-elle La première, dites-moi si vous n'avez pas vu Par hasard une de mes sœurs errer ici, Armée d'un carquois et couverte de la peau De lynx tachetée, chasser à grands cris la course D'un sanglier écumant ?"
Ainsi Vénus parle, Et le fils de Vénus lui répond : "Je n'ai vu Ni entendu aucune de tes sœurs, ô vierge Que je ne sais comment nommer. Car tu n'as pas L'air d'une mortelle et ta voix n'a pas le son Humain. Déesse, certainement (es-tu la soeur De Thébus, ou du sang des Nymphes ?), sois-nous propice, Et allège, qui que tu sois, notre lourde tâche. Sous quels cieux, sous quelles rives, sommes-nous jetés ? Fais-le nous savoir. Nous ignorons tout, les lieux Les hommes, nous errons ici poussés par le vent
Et les vastes flots ? Et nos mains feront tomber 129
Plus d'une victime devant tes autels."
Alors Vénus : "Je ne suis pas digne d'un tel honneur. C'est l'usage des vierges Tyriennes de porter Les carquois, de chausser le cothurne de pourpre Jusqu'aux jambes.
Tu vois là le royaume punique, En état Tyrien et la ville d'Agénor, Mais le pays appartient aux Lybiens, race Indomptable et guerrière. Le pouvoir appartient À Didon qui a quitté la Ville de Tyr Pour fuir son frère. L'histoire de ses malheurs est longue, Longues ses péripéties : j'en effleurerai Les faits les plus importants.
Son mari Sychée Etait le plus riche des Seigneurs de Phénicie, La malheureuse le chérissait d'un grand amour. Son père la lui avait donnée vierge et l'avait Mariée sous les premiers auspices de l'hymen. Son frère, qui possédait le royaume de Tyr Pygmalion, était le plus abominable Des scélérats. Une haine furieuse se mit Entre les deux beaux-frères, et l'impie aveuglé 130
Par son amour de l'or surprend et tue Sychée En secret au pied de son autel, sans pitié Pour l'amour de sa soeur. Le forfait demeura Longtemps caché, et il fit preuve d'impostures, Trompant d'un vain espoir l'amante désolée. Elle vit dans son sommeil l'ombre de son mari, Privé de sépulture, le visage recouvert D'une pâleur étrange : il lui montra l'autel Sanglant, sa poitrine traversée d'une lame, Et il lui dévoila le mystérieux crime Commis dans son palais. Puis il lui conseilla De fuir en toute hâte, de quitter sa patrie Et pour l'aider dans son voyage il lui montra D'anciens trésors enfouis sous la terre, amas Ignoré d'argent et d'or.
Remplie de frayeur Didon se préparait à fuir et recherchait Des compagnons. Autour d'elle se rassemblent ceux Qui avaient éprouvé une haine féroce Et un âpre sentiment de crainte à l'égard Du tyran. Ils s'emparent de vaisseaux qui allaient Par hasard, appareiller. Ils les chargent d'or Et les richesses que l'avide Pygmalion Avait convoitées, sont emportées sur la mer. Une femme a tout conduit. Arrivés au lieu 131
Où tu verras aujourd'hui d'énormes remparts Et la citadelle imposante de la nouvelle Carthage, ils achetèrent tout le sol qu'on pouvait Entourer avec la peau d'un taureau, d'où son Nom de Byrsa. Mais vous enfin, qui êtes-vous ? D'où venez-vous ? Où allez-vous ?
À ces questions Il soupire, tirant sa voix du fond de sa poitrine : "Ô déesse, dit-il si je remontais jusqu'à L'origine première de mes maux, si tu avais Le loisir d'en écouter le récit, Vesper, Avant la fin de mon récit, aurait fermé Les portes de l'Olympe et du jour.
132
Livre III - Extraits
L'ENEIDE
Enée rencontre Andromaque.
En ce moment par hasard, dans un bois sacré Devant la ville, près de l'onde d'un Simoïs Menteur, Andromaque offrait aux cendres d'Hector Les mets accoutumés et les présents funèbres. Elle invoquait les Mânes près d'un tombeau d'Hector Vide hélas, paré de vert gazon. Elle l'avait Consacré avec deux autels, source de larmes.
Dès qu'elle m'aperçut et qu'elle vit autour de moi Les armes de Troie, éperdue, épouvantée D'un signe prodige, elle demeura à ma vue Figée ; la chaleur de la vie abandonna Ses os, elle s'évanouit et ce n'est qu'après Un long silence qu'elle me dit : "Est-ce bien toi Que je vois ? Es-tu vraiment ce que tu annonces, Fils d'une déesse ? Es-tu vivant ? Ou, si la Bonne lumière s'est effacée pour toi, Hector, Où est-il ?" Elle dit, elle fond en larmes et remplit Tout le lieu de ses cris.
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Livre III - Extraits
Devant son désespoir Je ne sais que répondre à cette âme en douleur. Bouleversé moi-même, je balbutie en mots Entrecoupés : "Je suis bien vivant et je traîne Ma vie dans les pires détresses. N'aie aucun doute Ce que tu vois est vrai. Hélas ! Toi-même, d'un tel Epoux dépossédée, quel destin connais-tu ? Ou quelle fortune digne de toi t'a accueillie ? Est-ce bien toi l'Andromaque d'Hector ? Es-tu La femme de Pyrrhus ?"
Elle baissa le visage Et la voix et me dit : "Ô heureuse entre toutes Les filles de Priam, condamnée à mourir Sur le tombeau d'un ennemi, devant les hauts Murs de Troie : elle n'a pas eu à subir les chances Du sort et n'a pas touché en captive le lit D'un vainqueur et d'un maître. Après l'embrasement De notre patrie, nous emportées à travers Des mers lointaines, nous avons enduré l'orgueil Du fils d'Achille et son insolente jeunesse, Et nous avons enfanté dans la servitude. Puis il suivit la Lédéenne Hermione Et rêvant d'un hymen lancédénonien 134
Il m'a passé moi son esclave à son esclave Hélémus, comme une chose. Enflammé d'amour Pour l'épouse qui lui était ravie, harcelé Par les Furies vengeresses, Oreste surprend Son rival sans défense devant l'autel d'Achille. Et l'égorge à l'improviste. Mort, Néoptolène, Une partie de ce royaume à Hélénus Revint ; c'est en souvenir du Troyen Chaon Qu'il donna le nom de Chaonie aux campagnes Et à tout le pays. De plus, il éleva Sur ces hauteurs une autre Pergame, citadelle D'Ilion.
Mais quels vents, quels destins ont conduit Ta course ? Ou quel dieu sans t'avertir t'a jeté Sur nos rivages ? Et le petit Ascagne ? Vit-il, Respire-t-il encore ? Quand il te fut donné, Déjà Troie... Et tout enfant qu'il est, sent-il Qu'il a perdu sa mère ? L'exemple de son père Enée et de son oncle Hector l'excite-t-il À imiter l'antique vertu et le mâle Courage de ses ancêtres ?"
135
Ainsi parlait-elle En pleurant, tout en continuant de pousser De longs gémissements, quand le fils de Priam, Le héros Hélémus, au milieu d'une escorte Nombreuse s'avance hors des remparts. Il reconnaît Ses compatriotes, et heureux il les conduit À son palais, chacune de ses paroles était Mouillée de larmes.
Je m'approche et je reconnais Une petite Troie, une Pergame bâtie À l'image de la grande, un ruisseau à sec Du nom de Xanthe, et je baise le seuil de La porte Scée. Comme moi, les Troyens jouissent En même temps que moi de cette ville amie : Le roi les recevait sous de vastes portiques ; Au milieu de la cour intérieure, avec Les dons de Bacchus, ils faisaient des libations De vin, devant des mets servis dans les plats d'or, La coupe à la main.
Déjà un jour puis un autre Ont passé ; déjà les souffles du ciel invitent Nos voiles, et l'Auster gonfle la voile de lin. Je vais trouver le roi devin et je lui dis : 136
"Enfant de Troie, interprète des dieux, écho Des vouloirs de Phébus, du trépied prophétique, Du laurier de Claros, toi qui comprends les astres, Les langues des oiseaux et leur vol en avant, Parle-moi, je t'en prie, des oracles remplis D'espoir m'ont prédit une course et tous les dieux M'ont persuadé d'atteindre l'Italie et De tenter ces terres lointaines. Seule la Harpye Céléno m'annonce un prodige d'une nouvelle Espèce, que l'on n'ose évoquer et me menace De lugubre vengeance des dieux et de faim Abominable ; quels sont les premiers périls que J'ai à éviter, et par quel moyen surmonter De si grands obstacles ?"
137
Souffles nouveaux I
I
Ô toi qui plonges
Ô toi qui plonges dans le lourd sommeil sans images, conçois quelque peu par cette substance autre... Tu m'es espoir par la pureté de l’Oint et sur l'onde inventive, tu oscilles ou tu penses y découvrir le futur d'un secret.
Ou mieux, tu es le souffle gonflé d'idées sereines, l'algèbre complexe d'un élixir à découvrir, à déceler là au plus loin, au plus proche pourtant de la raison diffuse.
Tu m'es l'approche insoupçonnée, la brise d'aile légère dans le battement envolé, et je dois te saisir, ombre belle d'idée fraîche comme une femme imagée.
Ou lentement tu descends les marches pour caresser le pur miroir d'eau fugitive, Princesse chaste aux pieds rêvés.
Et je dois te capturer dans la transparence de ma pensée, quand à peine saisie, tu m'es échappée.
Et je dois te concevoir dans la claire essence d'un concept supérieur... 138
Ô folie ! Ô l'audace ! Oser te comparer de la sorte à la femme, toi mon principe d'élévation, toi ma spéculation de l'esprit.
Je délaisse la terre de chair d'ombres et d'odeurs où la forme de femme est repos de mon corps.
Je vous cherche, grains de lumière pensés.
Concevez plus sereinement, ô mes grains de lumière dans mon vide intérieur, comme météorites brûlées dans l'atmosphère. Mon ciel, ma mer dans leur calme apaisé, et c'est douceur encore sous l'égide de Pollux.
Ô femme alanguie
Ô femme alanguie dans sa chair, et qui repose entre mes bras au plus clair de la nuit, qui donc en moi écoute le pur gémissement de ta faiblesse. M'es-tu démon ? M'es-tu captive ? Ou le mal apaisé ? M'es-tu captive et soumise ou belle d'abandon dans l'évanouissement de ta chair ?
Solitude, au plus profond de l'homme ! Celle qui se répand sur mon épaule, lourde de chair et d'abandon, comprendra-t-elle un jour le secret de mon songe ?
Splendide solitude au sublime de l'homme... Je te hais seulement pour ta source de femme, je respire confusément tes paillettes d'or...
139
II
Et cet oint sublimé
Et cet oint sublimé chez les hommes : Prophéties ! Prophéties ! Paroles naissantes inspirées par les Dieux, et tout ce souffle ailé, substances nourricières pour les générations autres, pour les fils et les filles plus pures peut-être... de comprendre l'annonce faite.
Nulle âme encore ne peut y prendre le message. Qu'on le ballonne donc ! Le convainc de se taire dans l'assemblée silencieuse, dans la haute assemblée insouciante des paroles d'avenir !
La belle perte de syllabes confuse roule dans la bouche de l'interdit, se mêle à la salive, à l'huile salivée. Les yeux lumineux brûlent d'un sel supérieur, et contemplent la beauté du Fils, soupirant, soupirant hélas !...
Je contemple et j'ai souci d'extase dans l'invisible à créer : ombre de femme et miel de femme, comme embarcation légère sur des mouvements de tangué et de voiles agitées encore.
140
Souffles nouveaux I
Voici l'amante endormie qui respire imprégnée de songe, soufflée de mensonges à la première heure bleue. Elle-même est fleur épanouie et reposée.
C'est elle qui sommeille dans la pénombre du jour dans son amas confus de formes lourdes et d'étoffes épaisses et drapées. Là dans son avalanche, elle dort.
Et moi, je veille celle qui ne m'entend pas.
Ô rêveuse jusqu'à moi hors de toi, temps d'images, qui médite dans l'inconnu des hommes, comme pensée très pure dans l'espace aérien, que n'es-tu donc que l'imperceptible certitude de vérité, qui côtoie le mensonge, le roule, le soude comme la femme experte ?
Observe-moi enfin : je m'éveille, je m'éclaire tout à coup, je prends science de ta haute naissance, le front marqué du sceau divin ; quel subtil bruissement approche encore tout près de toi ?
Vocation qui s'ouvre sur l'ordre, de l'illuminé de sphères et de lumières ! Ô splendeur de la Force sublime ! Ô Toi éternellement pur qui te consumes et renaîs dans l'instant, dois-je le dire?...
Me seras-tu promesse ? Prompte à m'enrichir dans ta plus haute estime, et dans l'imitation de toi-même ? Parle encore, ô sublime despote. Dans ton assiduité à revenir, veuille m'instruire pour la quête du plus pur. 141
Me seras-tu savoir ? Qui pousse en moi cet appel désespéré de l'avide à nourrir ? Je bois à ta lumière les rayons suprêmes de la connaissance.
142
Souffles nouveaux I
La dominatrice I
Ne veux-tu pas ma chair embrasser la charmante ? Ne veux-tu pas ce soir caresser ton amante ? Et comme un long parfum tout imprégné de rêve, Déshabiller sa grâce qui lentement s'élève ?
Il est doux de mourir dans son corps de déesse. L'âme y trouve refuge très loin de la détresse. La chair est sur la chair et se métamorphose En s'essayant encore dans de sublimes poses.
Tout appelle à l'amour : l'existence brumeuse, La conscience du moi toujours dévastatrice Et sa beauté sauvage ferme et dominatrice.
Implore sa science et supplie-la encore De verser le supplice au profond de ton corps, Et de jouir en toi, ô superbe semeuse !
143
II
Quel plaisir trouves-tu à me soumettre encore, Exigente et cruelle, ô femme de la mort ? Quelle jouissance as-tu ô superbe maîtresse À entourer ma chair dans le bois de détresse ?
Me voici à genoux quémandant le pardon, Ecrasé et soumis nu et à l'abandon. Les mains liées, frappé par ta baguette d'or, Tu m'imposes à lécher les fruits de ton trésor.
Ô Mégère idolâtre, ô divine, ô sublime, Enfonce dans mon coeur cette lame assassine Et viens te reposer en buvant mon poison.
À moins que frénétique et ivre de désirs Tu veuilles chevaucher jusqu'au dernier soupir Les vices inconnus de ma sombre raison.
144
Into himself resolved by death's great change
Il vient à abolir la légende éternelle Par le temps maîtrisé en sa verve féconde ; L'éphémère absolue gît livide, immortelle Crucifiée en son sein par sa haute faconde.
Ô ris si en toi-même tu n'as pu concevoir Sous le sceau du génie la superbe splendeur ! Ta critique aiguisée sait-elle se décevoir Reconnaissant l'acquis triomphant de grandeur ?
Mais il se peut encore que t'essayant au jeu Tu sois, frère, parvenu à gravir l'idéal Encombrant de bouquets l'art du poème feu ?
Avec sérénité, sur toi tu les déposes Et tu veux te gloser d'être le pur féal Pour le couronnement des invisibles roses.
145
Je veux perpétuer
Je veux perpétuer par la race suprême Le don de figurer dans le tombeau, extrême D'une mort qui ne fait que languir, et encore Poser le délicat avec l'éclat de l'or.
Nonchalamment éteint, ou plus vrai, éternel, À présent éloigné du rut bas et charnel, J'offre le vrai poème aux dieux meilleurs élu Ayant la suffisance d'être à deux au moins lu.
Comme toi, Cher Stéphane au pur miroir fugace Une ombre de toi-même apparaît et s'efface Et nie en cet instant le réel du lecteur.
À moins que retournant dans le passé permis, Je vienne visiter pour témoin le Génie Qui ne m'accuse point d'un effet de menteur.
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Magnifique au loin l'Epouse
Magnifique au loin l'Epouse, et l'espérance insoupçonnée !... Chant de fiançailles, ô vous, je vous consacre mon souffle : j'offre ma clameur belle, supérieure encore et qui s'engouffre dans la chambre nuptiale. Si ce n'est ce délire d'excès et de forme, avec quelles faveurs promises témoignerai-je ?
Il me vient à l'esprit d'essayer ces quelques mots, je me dois de les combiner dans un délire raisonné, dans une audace maîtrisée. N'est-ce pas là le jeu que d'y trouver son plaisir ? Oui, mes Dieux, je m'y consacre avec soin, avant qu'elle s’enfuie dans l'éther incompris, cette grande fille vierge de chair, d'étoiles incessantes composée.
Je me dois de produire l'écrit, il me faut concevoir l'écrit. Je l'honorerai de profusion divine. N'est-ce point grande œuvre que d'agir ainsi ? Qui dirige le texte ?
Ô vous mes sublimes donateurs, je vous retourne tous les biens que vous m'avez remis : j'ai entendu l'ordre, j'étais présent quand le message fut transmis. Oui, le bel ouvrage se propose et se fortifie. N'est-ce point obéissance à l'appel de la Voix ?
Je parlerai de vous plus tard.
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Ô brise, berce ma naissance ! Inonde-la de souffles purs ! Que ma faveur repose au vrai soupir de vent léger ! Substance qui conçoit, qui reçoit l'éphémère parole de toute vérité certifiée. Oui ! Au plus beau de l'être, se pense un être qui change.
Extase d'être dans ta chair, en moi-même repu, au délice de m'entendre. L'élan du murmure me dicte tout à coup de produire par ce battement de cil, par ce soupçon d'insignifiance... et j'émets des sonorités diverses, des pulsions d'écrit. Tant de choses qui sur l'instant s'obtiennent... Ai-je l'étonnement ?
Et moi que suis-je au fond de ma chair, dans la certitude du Fils avec souffle vrai de son Père, avec voyance d'intelligence des Frères, des Dieux ?
La main qui pince le calame, uniquement ; qui se berce de paroles faciles, qui produit qui accumule par le poème ; réellement n'est-ce que cela ?
Comme il advint à celui qui très longtemps, sentinelle de son ombre, attendait en vain l'explication du message.
Pour moi, toute la confiance des Dieux, je suis le serviteur. Ne me dessaisissez pas, ô belles clartés, mais que suis-je dans l'immense sérénité, dans cette certitude éternelle, effrayante !
148
Baignée en chevelure
Baignée en chevelure comme cascade blonde Un flot de femme plonge dans la vasque azurée, Pressant une torsade par sa main épurée Elle sépare les gouttes qui dans la jarre tombent.
Et nue et éloignée en sa masse de chair Je vois confusément dans son miroir mêlé La forme abandonnée sur des voilures ailées Que des feux incertains par leurs renvois éclairent.
Tout s'encombre de vague : femme, glace et lumière, Et la confusion est sublime à dépeindre Parmi ce paysage offert à la lumière.
Ramasse mousseline à ses pieds pour se ceindre Tournoie, se précipite dans sa vague azurée Et d'un bond disparaît par le rêve éveillé.
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La chevelure si claire
La chevelure si claire comme flammes qui dansent, Ô mes soupirs si purs dans l'extase, légers, J'y enfouis mes yeux dans la masse, étrangers Vous bondissez, dormez comme femme en cadence !
Mais l'or de la blondeur en richesse d'extase M'émeut moi démuni d'orgasmes à espérer En chair de la plus pure que l'âme doit pleurer Dans sa confusion d'invisible et de gaze ;
De semer ces étoiles dans chevelures floues Tels diamants ou torches, je conçois à l'extrême Le charme éblouissant d'un vibrant diadème,
Et je veux compliquer par ce casque, j'avoue, Des droites fulgurantes pour la gloire de la femme Dans ce feu incessant de courbes et de flammes.
150
Apparition bleue
Quoi ! Plus pure encore là dans l'invisible glace Que l'impossible esprit agite en ma faveur Et anime inconnue par cet air qui efface Sous la masse légère de mon effet rêveur
Mais proche et bondissante en mousseline nue Apparaît et sourit voltigeuse si claire En amas d'ombres jaunes de tête chevelue Comme beauté stérile foudroyant un éclair
Près du réveil soudain s'échappe l'irréelle Enveloppée de limbes et de pâles nymphes, elle Décor agonisant fuyant dans roses bleues
Que je sais murmurer pour un plus bref azur Eloignée mais si proche et s'enfuient à mesure Que l'âme se défait de ses volutes feues
151
Souffles nouveaux II
Cette blonde cascade
Cette blonde cascade de richesse bouclée Glissant en mes doigts purs, je la veux tourbillons D'écume et de vagues sur l'épaule azurée Que la lumière efface, voltige, ou papillon...
Non, c'est assez ! Offrons au miroir ennemi Quelque songe diffus d'un idéal de chair, Réveillons l'astre torve en soi-même endormi Et par l'art de ce fard faisons briller l'éclair.
Suis-je belle à présent ? Suis-je astre de soupir Parfumée d'une essence, encombrée de métal Dont les feux incessants exhortent le désir ?
Je m'apparais en toi, mon image fugace, J'offre ma nudité à l'oeil contemplateur, Sublime corps de femme qu'il supplie et embrasse.
152
Messages I
L'homme s'exhale
L'homme s'exhale inexorablement. L'homme dont la recherche interne est de comprendre. Il se nourrit d'autrui, s'instruit de l'inconnu et tente par l'alchimique effort de réduire, d'étendre, d'élever.
L'homme qui use de prémonitions, d'avenirs proches, se plonge dans le passé, et se construit de l'intérieur.
Aux uns, l'insignifiance de la poésie. Aux autres la sublimation du verbe.
Offrir cette création, orienter la lumière, pour qui ?
Nous tentons stupidement de plaire, mais la clé de la métaphore est seulement accessible à l'élite.
Nous superposons des dimensions et des espaces les uns sur les autres, nous franchissons des portes au-delà de l'audace et pénétrons dans l'invisible. Mais qui pour nous suivre ?
153
Cent chairs de femmes
Cent chairs de femmes resplendissant ici Eblouissant de fleurs parfumées et de musc Se répandent sublimes dans l'âme ébahie
Superbes et irréelles par profusion d'images Alanguies sur sofas et sur litières de roses En cascades de corps de blondeurs amoncelées
Que je sais interdite d'extases, évanouies À la lune halée d'images et de phosphores Et moi de vertiges pris maîtrisant mes délires
Etonnante folie de fantasmes interdits Pour l'adoration de peaux et de substances Dans l'esprit inventif du poète amoureux
154
La pensée intérieure
La pensée intérieure s'ouvre et telle une corolle et un bouquet d'idées remplis de vertiges et d'images resplendit tout à coup sous ce vaste dôme :
Pyramides bleues, cyclones d'espoir, fluides lumineux qui jaillissent comme des boules multicolores, Tournesol voltigeant, oeil d'extase enivré de folies très légères, Puissances de sonorités, chambres de notes, monologues aigus et incompris, Souffles, raisons exquises enrubannées de douceurs adorables, Tourbillons, vapeurs rousses qui s'élèvent dans la nuit de jade, Envolées de lumières, ailes claires tachetées de blanc,
Je m'endormis, j'inventais mon sommeil, je contemplais la nuit se draper de signes lumineux : Femmes vivantes, bracelets de chair et de flammes, îles ardentes qui respirent les parfums aériens, Sources élégantes, chevelures floues et vaporeuses, bras de mouvances làbas dans l'interdit, derrière la porte de sang.
Pourtant j'attendais stupidement qu'une présence féminine s'en vint. Rien que le silence énorme éclatant sous un soleil invisible d'ombre, de néant. Il y avait nul espoir de changement. Qui pouvait venir ? J'entendis une rumeur de pieds bruyants circuler dans les ruelles de l'esprit. 155
Parle-moi, ô fille ! Est-ce toi, fille de l'agonie ? Tu n'as pas de voix ? Il y a du sang, il y a des pieds déchiquetés, souffrants sur les ronces, des habits déchirés, Il y a ta chevelure d'or.
N'y a-t-il pas de bouleversantes femmes qui tourbillonnent sur l'herbe sacrée, dans l'essaim vert et les feuilles d'or ?
Je crois entendre des cris là-bas de femmes claires qui circulent vers l'aube chantante. Non, il n'y a pas de mort, il y a la vie au bord de cette source aveuglée pourtant.
La beauté est difficile à voir. Je la cherche près de la source, loin des ruelles. Elle brillera peut-être dans la nuit immortelle.
Me voilà à présent assis sous l'arbre de tourmaline, quémandant quelques explications, tandis que de superbes vierges s'offrent voilées de mousseline.
Mais quelle importance ? Pour quelle utilité ? En moi-même se construit cette géométrie interdite de poète, cette volonté mathématique de chiffres et d'invisibles structures. Hélas, hélas ! Ce n'est qu'un mirage.
Voici la nuit saignante avec ses tessons de vers, ses corps de poignards dans la rose écartelée, voici la nuit avec cette fille de fleur qui hurle, et son sang gicle et se répand sur sa robe blanche. 156
Voici la nuit avec ses lumières de laser coupantes, avec son silex moderne et ses invisibles douleurs, Voici la nuit qui arrache, qui écorche, Le poète souffre, hurle, plonge dans la poussière et supplie.
Faut-il ramper ? Faut-il gémir ? Quelles possibilités nouvelles pour que l'esprit inventif s'élève plus pur encore, pour que flammes et incendies irradient l'intérieur du crâne, pour que source et images viennent féconder l'univers spéculatif ?
157
Messages II
La soumise
Plaintes de femmes dans le mugissement du plaisir, râles de femmes dans l'orgasme de la nuit, qu'il est doux d'entendre femmes pleurer d'extase, de voir le bonheur versé sur les larmes de l'amante !
Toi, le Dominateur qui prends et qui exiges, observe ton esclave suppliante et comblée.
Soupirs de femmes mêlés de chevelure et de salive, amas de chair fraîche, quémandant une ivresse, douceur plaintive, ô mon délice, quel corps allongé fut plus aimé ?
Mon maître, mon sublime supplice, vois, je t'implore encore, moi femme soumise et dominée !
Femme suis prise et à prendre en tout endroit où me pousse ma convoitise, à la recherche de l'Amant. Qu'il piétine, qu'il meurtrisse sans offenser, sans blesser ! La chair est offerte, le corps s'ouvre, nulle gène, nulle honte. À toi, prends-moi avec décence, prends-moi !
Oui, moi, soumise à ta puissance de cheval fougueux, implorant tes saillies et tes reprises en ma chair ! Oui, toi, mille foudres explosant d'orgasmes et de sel liquide ! 158
Ô maître qui commandes et ordonnes, tu sais trop bien l'usage des larmes, des plaintes de jouissances ! Pourras-tu apaiser ces lieux à dilater, à soumettre et à prendre ? Vois, je t'implore. J'implore ta langue, ton souffle chaud, consacre-moi à ton supplice telle une offrande royale.
Frapperas-tu, maître divin ? Espoir du délice, chair à prendre. Délivre mon impatience, je ne puis implorer plus longtemps.
Tu frapperas, promets-le ! Avec puissance, ta réponse sera forte. Parle-moi, ô mon tyran ! Et avec plus de prise, m'assailles et m'enveloppes.
Tu frapperas, ô mon despote ! Entends hurler l'esclave qui pousse un grand cri déchiré de femelle à sevrer. Le corps s'écroule et veut être comblé. Par-delà l'interdit, pénètre-moi encore ! Que j'explose radieuse, illuminée !
Toi, mon Dieu, viole-moi par le délice du viol, arrache à ma raison le hurlement de la femme dilatée. Emporte-moi là-bas où la raison divague et nourris-moi encore d'images à transformer.
159
La cité intérieure
Environné d'espoirs Souffle immense de rumeurs Grandes silhouettes impalpables Alors je pense, j'entends Je conçois les perceptions sont irréelles Inaudibles - tout se fait et se défait Autour de moi.
Donc j'avance dans mon centre Dans ma pensée circulaire. Oui, j'avance Au milieu des graines illuminées de phosphore, de néant de certitude et d'imbécillité J'avance de manière sereine.
J'entends un murmure plaintif Y a-t-il bourdonnements d'images ?
A présent je produis quelque peu Je tire des signes Un espoir est planté dans la cervelle comme un drapeau noir sur blanc 160
comme des signes sur une feuille de papier.
Le poème s'élabore. Voilà, Dans ma ville poétique, Je réveille les néons, Quelques lampes s'éclairent Je prends en moi, je vole à autrui Je déambule sur les traces de mes idées bric-à-brac d'étincelles Maintenant je marche à droite, à gauche, je décris ce que je vois.
Façade belle de femme, serrure de sexes odeur de salpêtre Oui, comme une statue de marbre puis portique, comme intérieure Va-et-vient du passant balance, oscillations et toujours ces silhouettes formes impalpables, inexplicables mais présentes Je cherche dans cette rue l'extase Mes yeux chavirent, brillent, miroirs captivants. 161
L'avenir toujours est interne, occulte, sous un flot de transparences sous des folies de merveilles Il brille de femmes, de feu, d'orgasme Tout se mêle, se dissipe, se recrée dans la grandeur du Temple On entend des voix monter, supplier, Quémander, On entend des gémissements l'âme se plaint, interroge et veut jouir comme une fille en rut dans l'épanouissement. Les souffles lentement s'éloignent.
Me voilà à nouveau titubant cherchant un principe absolu qui m'échappe qui m'égare.
Au milieu des réverbères, je tiens ma lanterne allumée de certitude certitude ? A rire
162
Me voilà couvert de la cendre des étoiles ! Je cherche un nouveau quartier un lieu où l'être comprendrait sa durée, son génie, son invention. Une porte pour l'être ? Non ! une voie sans issue je cherche encore donc j'écris.
Chaque lettre s'associe, se confond, se mêle, va puiser dans la mémoire quelques possibilités la ténacité persiste elle ressasse et veut exploiter.
Au centre de la place, il y a un jet d'eau, un arbre fluorescent, est-ce pensée suprême est-ce coeur de la ville ?
J'avance à grands pas dans la cité solitaire Les immeubles couvrent de leurs ombres le seul passant hagard que je suis. Je cours mais je me crois immobile je suis comme soufflé, aidé par mes pensées 163
pourtant je n'ai pas même l'impression d'avoir marché. Je crois être resté moi-même, au même endroit... Le temps semble le même, et instable à la fois.
Oui, j'écrivais donc à la lumière de ma cité dans le dédale de ma raison en absolu de croyance en certitude d'éternité et de prétention.
Ainsi j'achève l'acte, le mouvement de mon propos avec conscience de perte et de faiblesse avec l'espoir de chasser l'infamie.
Je me parle encore, mais l'autre dort. Entends-tu ? Non je dors. J'avance dans le noir, seul.
164
Messages III
Elle et moi
Elle et moi pensons là,
qui espérons, comme des personnages
antiques. (N’est-ce pas pour transformer l’acidité veule en excréments du soir, pour poursuivre l’incohérence de l’acte avec effets sublimes à attendre dans ma tête messianique ?)
Me voilà, crétin
expliquant à l’autre, à toi, idéale de femme-
qui t’accouple par l’encre de ce sperme à ma superbe figure.
fille,
Et --- vus dans le lointain, Sur l’aisance de mes dires, sur le contrefort glacial de cette création feue, pour savoir si ton coït de sommeil engendre quelques traces de génialité, sur cette ombre écumante... Silence de la désespérée --- pourtant elle m’aide, monstrueuse salope auréolée de gloire, jusqu’à l’expulsion énorme.
... enfin, son visqueux trou du cul gluant, viens que je te défonce, et te fasse sublimer des orgasmes audacieux. Silence de la désespérée : “A l’aide ! Je reconnais qu’il m’aime --- nous parviendrons à produire ce punk de merde pour l’écriture nouvelle”. 165
Messages IV Je sais mille espoirs Je sais mille espoirs
et le mien seul
c’est moi
sur une table
encombrée de livres main nerveuse écrivant
pensée pénétrante imprégnée dans la feuille
soudain explose en braises de mots chauds
dictant à mon corps
par le pouvoir de l’oeil J’ai plongé dans mille encres d’écriture
bu des hectolitres d’eau
claire condamnant ma jeunesse au supplice poétique observant mes vieilles fleurs séchées Oui, il est un avenir
bourrés d’étamines
qui constellèrent ma tête
dans un monde d’indifférence
la passion, la force, l’énergie y cohabitent
oui avec sa vérité,
Être vivant en tout temps su j’espère encore
166
je l’ai bien
Alors le temps...
Alors le temps est ennemi, est ami avec lequel il faut composer, toujours présent si près comme une grosse goutte invisible qui s’ajoute sur la goutte la fait disparaître et prend sa place
Moi, je prétends à ma luminosité, à ma certitude intérieure, et dans ce bleu très pur, je vois l’éclair éternel et sublime
oui, je vois
Je vis avec le temps où se noircit lentement la jeunesse et la vieillesse rieuse m’offre ses bras
le blanc semble s’enfuir
le noir est
éblouissant
Je ne serai jamais
mes yeux le savent
mort qui m’accueille dans une explosion de bonheur
167
je me tourne vers la
Fragment de ciel I Ce fragment de ciel,
la poésie s’éteint nerveusement.
Là-bas, il y a la source nourrie de lumière. Encore des vérités d’écriture, de formes inconnues, anonymes, de jeunesse, de vieillesse, - à oublier, qui s’en iront mourir - (C’était à prévoir)
Vêtues de leur mieux, incomprises pourtant.
Mauvaise étoile, sale lune, blafarde et inutile. Rien ne scintille, rien ne brille, tout semble mort.
II
Sous ce fragment de ciel, est suspendue une fille mamelles
éclatantes de douleurs
remonte vers elle
irrésistiblement.
[Je sais
accrochée par ces
la marée baveuse, laiteuse
étrange composition sans symbolique analytique]
ainsi je poursuis C’était donc le monde, le mien
refusé
monde unitaire où je courais, marchais, dormais (etc.) 168
construisant avec des accidents de langage, des débris éclatants sans génie, sans lumière, travail de rien - disaient-ils, disaient-ils et s’ils avaient raison ? Je me jette, j’insiste, j’espère de nouveaux espaces de liberté Je déverse ma rage accumulant, accumulant encore Pour qui ?
III Sur ce fragment de ciel, l’agression noire
pluie de grêlons spectrale
le poème râle, lutte pour survivre, “ je ne veux point mourir
- je dois survivre
Bien sûr qu’ils existent - Vous ne les voyez pas ? Vous ne les voyez pas ? N’ai-je pas lutté pour produire, moi ? ”
IV
Une nouvelle vague
auréolée de plumes constellée de clous, de
couteaux etc...
169
Me voici tout à coup avec mes quatre laquais qui rôdent et agressent dans des vêtements invisibles rempli d’aigreurs et de haine
ainsi ça recommence
et ce lieu parfait pour ma solitude entourée d’ombres, d’invisibles à occire
quelle solitude ?
je reprends le mouvement à produire
Oui, ici, encore, avec toute l’innocence d’une créature redescendue
La chair est bafouée ? La chair ? Mais je le sais ! Ce n’est que du sang blanc, qu’ignorance ne voit (confession, pour qui ?)
Je poursuis : encore seul, avec mes Dieux sur ma terre déchirante, ceint d’ombres pour finir rampant, vieux vers détesté je m’enfonce dans le rien
170
V
Tu le sais, toi
qui pénètres dans le vent dépouillé de toute espérance sans lecture d’un littéraire nulle compréhension
bravant le suicide, - et pour cause !
Est-ce récitatif que ces morceaux de formes à coller, à accoupler ? Encore, j’écris :
je fus donc prophète, inconnu, irréel aux hommes,
saint et oint, mais qui le croirait ? J’existe et ma solitude est sublime mon avenir est désespérant
Il y a encore ce fragment de ciel
VI L’âme est ignorée : elle triomphe dans sa défaite elle se glorifie elle raison ?
171
- a-t-
Messages V Retourne d’où tu t’en viens.
Jamais quand bien même des possibilités extrêmes infaillibles réelles dans le futur certifiées par un Dieu
Jamais Moi, Moi, désespéré trahi, haï combinant, cherchant, certifiant
Jamais nourri par des génies leurs génies
produisant avec désespoir avec moult moyens J’avance poussé par le Mal redressant mon envol bondissant, hors et jaillissant
172
Moi, oui, très à l’intérieur de l’écume, soulèvement, enfoui dans la profondeur d’un cauchemar boiteux, à la Poe, Néant, béant d’une chambre maudite refusant l’adaptation à l’autre, aux autres à autrui,
Perché et maître reconnaissant le Nombre le même,
limité dans son extrême à un double six de syllabes ou de pieds J’hésite, je veux et ne peux pas en maniaque, métromaniaque poursuivre l’essai
dans ces calculs nouveaux je combine encore J’espère être pour l’Esprit mien dans le triomphe de ma tempête 173
fabriquant le secret inconnu à l’homme
emporte, emporte-moi nef bouillonnant d’une splendide tête pour des contrées nouvelles J’intègre la probabilité nulle de gains, de crédit, d’avenir terrestre
Nourri de démons ridicules désireux de les chasser
La mer ! La mer !
rejetant la femme fantôme d’espoir, passé illusion d’orgasme hantée de blondeur née de chair bleu turquoise
174
Oui, solitaire et tel prince amer de l’exil dans l’éblouissement pléthorique frère du dérisoire J’avance possédé par l’oeil fatidique
Poète expiatoire du ciel bouc innocent et incompris, de la seigneuriale divinité
Lucide mais feignant gonflé de certitude et allant en soi-même, Moi
Avec conscience, sans vertige par temps de souffrance sur mon rock cherchant la production immense
Existera-t-il autrement que poète virtuel et céleste
commencera-t-il constamment nié 175
Du moins Il s’illumine
Maudit, maudit par cent aiguilles dans la chair portant la honte et le ridicule de la vaine profession
Ce serait... mais Christ choit dans l’écume sinistre de l’insignifiant
se souvenant pourtant de quelque rare baume émané par la Force
Il travaille sans délire pour remplir son gouffre Je dis : Rien n’aura lieu mais élévation d’absence toutefois fondée non sur l’espoir L’acte est plein de certitudes... est-ce ? Je réponds : oui
176
sans perfection réelle, nourri d’absence excepté pour l’au-delà peut-être hors d’intérêt pour toute vérité humaine mais cherchant encore
construisant avec moi-même Pour Orion, éloigné, si proche des Pléiades de feux, d’apprentissage, que sais-je donc
Une constellation de livres née pour s’en retourner dans l’espace inconnu pour accéder à cette pierre de faîte rejetée de tous
La divine parole était un coup de dé
177
La femme insecte Je sortis de mon cauchemar, couvert de sueurs glacées, j’allumais rapidement la lampe de chevet et vis, face à moi, à quelques mètres du lit cette étonnante fille cruelle avec des ailes de papillon qui m’observait dans une fixité étrange. Les ailes commençaient à tournoyer dans une sorte de ballet bizarre, difficile à décrire. La lumière jaunissante de la pièce éclairait çà et là dans un jeu d’ombre la femme-insecte venue pour me faire jouir ou souffrir. Je bondis hors du lit, nu, en érection et m’approchais d’elle. Ma respiration était saccadée, j’étais pantelant, frémissant et angoissé, mais attiré irrésistiblement par cette curieuse femelle. De son regard métal, elle m’obligea à m’agenouiller. J’obéis lentement et plongeais mon visage contre son buisson noir et brillant. Je buvais crispé l’odeur acide et molle de ses lubrifications vaginales. Je passais ma langue avec dextérité dans la fente humide de son sexe et me concentrais pleinement sur son petit bouton rose gonflé de sang. D’une voix légère et claire, elle me demande :
- Où avez-vous appris à faire ça ? - Constamment je le fais. C’est une manière de rendre hommage au lieu qui m’a vu naître...
Puis je me relevais. Avec délicatesse, je lui fis faire un demi-tour sur ellemême, et je pus admirer l’étrange conception de sa chair féminine. Au-dessus du fessier, à la hauteur du creux des reins, l’on pouvait observer une touffe épaisse de poils. J’écartais délicatement cette zone unique, et vis un deuxième sexe 178
comportant une autre fente, des lèvres plus larges et au milieu des lèvres, un sexe d’enfant de quatre à cinq centimètres de long, en position repos. Il s’agissait du second clitoris, volumineux cette fois et totalement adapté à la langue et aux muqueuses internes de l’homme. Je m’efforçais de lui faire une sorte de fellation délicate et subtile, lapant doucement cette zone sensible. Ses ailes se mirent à frémir et je l’entendis de sa voix cristalline gémir avec plaisir. - Oui, encore, bien lentement. Oui, oui, que j’aime ! ...
Cette délicate caresse dura pendant un long moment, puis la sachant sur le point de jouir, je décidais de pénétrer cette touffe noire chargée de muqueuses et d’odeurs vaginales Mon sexe toujours en érection se glissa aisément dans cette ouverture secrète. Le pénis y était emprisonné comme dans une cachette sûre et délicieuse. Je sentis monter en moi la sève de l’orgasme, je décidais de l’accompagner en saccadant de manière plus forte le coulissement intime, je poussais des petits soupirs qui se mêlaient à des grognements légers. Ne pouvant plus me retenir, je laissais exploser mon pénis dans sa chair en feu et donnais de violentes saccades de sperme dans le bas de ses reins. L’éblouissement était total, et je perdis connaissance sous l’effet de la jouissance dévastatrice. Quand j’ouvris les yeux, la femme-insecte avait disparu. Je regagnai mon lit pour m’y réveiller quelques heures plus tard.
179
Non pas un monde, mais des mondes
Non pas un monde, mais des mondes inclus, s’ignorant dans des espaces où le temps varie où le temps décide de l’existence
avec un catalyseur un instrument de passage de convertibilité
pourtant incapables de communiquer les uns les autres, interdits d’accéder à du franchissable Passer d’un monde à l’autre Là-bas, j’étais mort
je suis redevenu vivant
Là-bas, c’est la connaissance du futur donc un autre monde Là-bas, je serai
ici, je n’existe pas
Être ici est impossible mourir ce n’est pas être mais c’est s’en retourner à son néant
180
c’est mourir
Je sais ma survie Je ne recherchai ni consolation ni espoir d’avenir pourtant
181
Messages VI
Enfouies les racines
Enfouies les racines A l’intérieur. Sur le bord des lèvres, Le murmuré, le poussé, Exil au plus profond : L’esprit cherche ce qu’il y a, ce qui croît. Plongée qui n’en finit pas. Oui, la mienne, encore, Dans l’errance maîtrisée Sur l’aile de l’Esprit.
Il faut produire de la parole. L’inspi, l’inspi offre, espère, Une fuite par le haut.
A tisser, à construire Perception fragile, C’est encore de la plainte inaudible, Pour une ligne de sillage sur le papier. 182
Obscurcir ? Quoi ? dans l’oubli du néant, on y songe on y songe
Pensées brisées, basculées, tordues et bondissantes dans l’orgueil de l’espace intime Donc c’est l’appel du souffle il faut mémoriser, inscrire cette perception avec souffrance - il faut Mes yeux, orifices de l’écriture Gavés d’ombres lisent ce fini et le méprisent.
183
Soir d’ignorance Soir d’ignorance
quelle médiocrité autour de moi, d’imbécillités et de
bêtise ambulante J’ai l’intensité d’une force inconnue comme autrefois
invisible et pourtant puissante
époque où je marchais en moi-même
avide d’intelligence
pénétrant les espaces inexplorés de ma première jeunesse lugubres
constellé de lumières fluorescentes
Dieux, mes Dieux
remplis d’espoirs
la pensée gravitait autour de moi
et quelle certitude où j’espère allégrement comme un
esprit léger embraser un Moi puissant Ils étaient tapis dans l’ombre obscure avec présences de violences occultes accédant à la chair, l’humiliant, l’abêtissant
aiguilles affûtées
Puis une graine de semence comme une parcelle d’avenir malgré le fardeau du mal
et je voulais aller au fond Le Vouloir était fort
la violence m’a pétrifié, frustré, interdit les choses associées à l’actif agité et fécond
plongeaient dans la profondeur Les femmes n’étaient que rêves de chair insoupçonnées et inutiles
c’est
pourtant ces femmes qui ponctionnent le temps et transforment le travail en plaisir délétère, éphémère, enfui
184
A présent je gémis
conscient de mon impuissance crispant les poings
cherchant à imaginer l’écrit d’exception
de perfection inaccessible
J’ai récolté des soupirs au milieu de sources lointain d’oublis, d’espoirs avec résonances faibles
s’y exhale parfois un écho faibles
Y surnagent des possibilités poétiques semblant s’aimer
O baiser aériens
avec serments avec discours Puis j’accède à cette extraordinaire beauté qui règne dans la plénitude absolue
avec été resplendissant d’orgasmes
Dieux, mes Dieux
et quelle certitude où j’espère Allégrement comme un
esprit léger embrasser un Moi puissant Cette inspiration offerte d’en haut qui illumine ma solitude intérieure, qui déplace les bornes de mes rêves et me permet Oui, friction d’idées de têtes pleines, doublement élaborées, avec poussées de volonté de savoir pour le livre nouveau !
185
Résonances I L’écrit/le risque/le cul L’écriture / la production/
La fille belle, invisible, ima
L’espoir / la volonté ginée, d’impossible perfection / Intellectuelle / l’avenir
Le sexe / le sexe / l’érection /
Mon manque / ma certitude
L’éjac / l’éjac cul / la tion
De faiblesse, d’inutilité /
Le fouet / les menottes / les
La formation / Dieu comprendra
La jouissance / dominant /
pieds,
dominé / Le Saint aidera / - je m’en
Encu / Enculé au quotidien
Sortirai / Ils ont des consciences /
Par les banques le pouvoir /
Ils peuvent juger / le temps implac
le travail / le profit etc...
cable qui file, fuit, dis /
Tranche de vie - quoi ! -
Paraît. La crainte, constante / l’avertissement / La détermination / le risque / La bêtise, le ridicule / le vouloir Le progrès, le savant / Pourquoi Cette peur ? N’est-il pas là ? Pas là ?
186
1 La coupe, qui la prend, voit à l’intérieur La peine ensanglantée sertie de glaires noires Et buvant le premier, je la rends détestable Aux hôtes du banquet conviés à ma table Car moi, ce flux de nectar, Pindare, n’est point fruit Pour l’esprit du vainqueur, ainsi je prophétise La lyre et le cristal dans l’apparat des flûtes Avec vrais crissements et douleurs du buveur
Ô puissante lignée par les jours éternels De mémoire, de mémoire aux futurs couronnés Ils habitent l’azur, tous ces princes en exil
Et je voudrais pour eux annoncer ces propos De la beauté certaine, toujours il faut s’instruire Aller vers l’avenir en cherchant le repos
187
Marche Marche qui conçoit l’espace comme une certitude où j’écarte l’asphalte, le droit à l’interdit en fait : j’exulte Donc j’avance sans chaîne, sans traverse, pénètre, m’indispose et prétends.
Je peux un geste vers elle, je l’épuise des yeux, la prends, la reprends, ne sais... comme personne : je l’emporte !
Route jalonnée de femmes, de comparaisons, de sexes tendus, de sachants, de sensuels, de Mois en vérité ! Je pousse nu sur l’un sur l’autre de mes pieds
Ai-je besoin de vous revoir - non, je continue, je poursuis La piété me force à lécher - je lèche - j’aime Le dessein élaboré d’une âme qui espère je n’ai pas à
me retourner
Il aimerait comprendre, trouver
188
Le mouvement de l’eau poursuivi là-haut les nuages L’avancée sur le chemin, encore
189
encore.
Résonances II
La Dentellière C’est entre ces deux extrêmes De flux de sperme Et de flux de sang Que la Dentellière Tisse le souffle de vie
Entre ces deux puissances Contraires et complémentaires Le corps jouit et supplie, L’âme épouse les méandres Du corps - est-ce donc cela L’existence de l’homme Avant d’atteindre l’éternel Ou de plonger dans son Néant ?
190
Léda et le cygne Soudain, le heurt d’un vent : les grandes ailes encore Battent sur la fille chancelante dont les cuisses Sont caressées par les palmes noires, dont la nuque Est captive du bec, il maintient sa poitrine Prisonnière sous son cou.
Comment ces faibles doigts Pourraient-ils vaguement repousser tant de gloire, Ses cuisses sont si faibles ? Sous cette ruée blanche, Comment un corps ne sentirait-il pas un coeur Frapper étrangement où il est allongé ?
Un frisson dans les reins fait alors resurgir L’image des remparts et du toit enflammé Et des tours flamboyantes, Agamemnon, sa mort !
La voilà emportée, écrasée par le sang Brutal de l’air. Pria-t-elle ses science et force Avant qu’indifférent le bec l’eut laissé choir ?
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1 S’inspirer. Exploiter l’autre, le tordre, lui extirper quelque substance. Secouer le poème, en faire tomber des fruits d’images - produire
Un peu de toi avec moi. Tu vois, tu existes encore, - je suis une brindille de ta ramification, un élément nouveau, variable de ton identité. C’est notre histoire, n’est-ce pas ?
2
Toi - ils prétendent que non, allez voir ailleurs. Alors tu y vas. Ailleurs, on te dit : “ - Non, ceci n’est pas pour moi. Je n’y peux rien. Cela ne m’intéresse pas ”. Je vous jugerai avec l’instrument que vous avez utilisé pour juger. Et s’il avait quelque aptitude...
Quelle valeur, lui ai-je donné, moi ? Quelle valeur ?
3
Ta verticale est lumineuse Je parfume ton orgasme avec mes senteurs sexuelles 192
Triangle, femme, ventre, abondance Sur ta bouche, deux fois deux ton corps demande la mort bête secouée de spasmes étranges C’est encore notre histoire
4
Imaginer et plaire pour qui ? Balance ta semence l’entrecroisement d’une ténèbre et rien, hélas !
193
Restriction Poésie 98-04
Résonances III
Les limbes Les premiers souffles clairs s’exaltent, je m’extrais Doucement de l’évanouissement de mon rêve vers mon Rêve envolé. Je conçois quelque peu dans la Conscience du vrai. J’étais dans un autre temps. Voici que la valeur converge vers la lucidité. Je délaisse l’amoncellement d’images floues, J’accable l’avenir de ne pouvoir se mieux dessiner. Le cycle temporel de l’homme, présent, passé, Futur, imaginaire, espaces parallèles, tourbillonne Pour une certitude aléatoire. Vais, vais et reviens. Je m’offre un reste dans ma mémoire où le temps circule Avec l’espace. Je crois abolir l’oubli de ma folie Réelle, pensée, en fuite. C’est encore un matin D’éveil, et l’ivresse active ma raison sereine.
194
Pensé autrement C’est pensé autrement avec Syracuse Vous n’y êtes pas C’est cause
c’est la manière
on prend la pente
c’est Deguy
on glisse
Ses Naïades, ses sirènes en feu, la flamme Transparente auréolée Au coin de la rue
le temps de tourner c’est le bon sens - n’est-ce pas ?
Je te congédie, cherche ailleurs cette espèce de souk Fidèle à la modernité
boutiques de luxe, de sexe
Encore pour les hommes à l’affût
chair affamée
C’est conçu avec pertes avec Éléonore Avec l’église
le linge du Christ
J’ai besoin d’un endroit
les agences de location
Pourtant, fidélité au passé, aux antiques Que veut dire ce sonnet
est-ce un sonnet ?
195
Contre-ut
Je ne sais que trembler, trembler parmi les fleurs, au centre de l’éphémère, de l’impalpable, du cristal, Par cette tension artistique qui électrise mes fibres émotives.
Je ne fais que vibrer Au plus profond du Moi, dans mon labyrinthe intellectuel. Je suis devenu une vibration Impossible, irréelle, délétère. J’accède à une forme de conscience épurée, translucide, je rejette la confusion. Je reconstruis le monde avec des concepts autres, nouveaux, interdits. Cette passion dévorante anime, produit de l’activité. Je veux aller outre, au-delà de cette fragilisation De moi-même. Je ne crains pas l’idée de la mort, Je sais pertinemment que rien ne restera.
196
Résonances IV
Cascade Cascade, ô blonds cheveux, bondissant à l’extrême Comme foule excessive de lanières dorées, Je dirais : pose-toi tel un casque célèbre, Imite en sa chaleur ce généreux foyer.
Car pour te figurer, il sortirait des flammes, Ors fustigés, soupirs, clair joyau par le feu. Cette sainte parure qui nimbe toute femme Enivre le poète quand il plonge ses yeux. Ta souple nudité semble soupirer d’aise, Alanguie et riante contemplant le foyer Et l’exploit de beauté que cette chair apaise S’étale bienheureuse, murmure contre mon corps Un désir lancinant qu’il faudrait satisfaire Pour l’extase divine d’un merveilleux effort.
197
Les mains très claires
Avec des mains très claires élevées vers les sphères Il m’arrive de croire non sans quelque ironie En une certitude de saint évanoui ; De moi-même élevé, dans l’azur idéal,
Éloigné à jamais de tout vice, de tout mal Refusant le Néant dont le démon s’honore, Recueillant des pensées et des actes parfaits De créatures fines comme idéalisées
Béates et célestes et de lumière blonde ... Mais proche d’accéder à ces temps éternels Moi défunt dans l’oubli de cette basse terre J’agonise peut-être selon un vain décor Et m’en irai vaquant possédé par le feu Retrouver la femelle saignante et belle et bleue.
198
Toi délice Toi si pure et si chaste, toi délice d’un saint Et je songe parfois à quelque hostie vivante Élevée et soumise telle une humble servante À l’orbe rayonnant dont l’Eglise te ceint.
Te souviens-tu ? Pour moi, ce fut la certitude De pouvoir t’observer dans l’espace temporel Réservé à un Dieu, havre surnaturel, Langage murmuré de la béatitude. Ne peux-tu, s’il te plaît, prier en ma faveur Car voilà trop longtemps que ma raison soupire. Je délire et délire suppliant le Sauveur. Constamment possédé par l’âme maléfique N’en est-il pas assez de se savoir maudit, Subissant en sa chair d’abominables piques ?
199
P.A.I.
Penchée
suçante
ta Phèdre
bandante cheveux liés
brune - et les yeux suppliant Hippolyte
Hippolyte, laisse-moi te sucer la b... ? Lui, cherchant à fuir condamnant l’artifice, le désir.
Puis Andromaque femme perfide et rusée glissant quelque poison rendant stérile Hermione amante et femme de Pyrrhus assez vicieuse à en... en fait et toi pureté d’Iphigénie pleurante, quémandante - sublime sacrifice sur l’autel tu t’offres silencieuse Toi, peut-être dans mon idéal impossible
200
B.I. 98
Fleuves impassibles ....... non, plus guidé par les haleurs OK, criards avec cibles Poteaux nus, naked black colors D’accord, équipages, blés flamands, du Rubens, Du Rembrandt, Vermeer aussi, ....puis ?
Laisse-moi aller où je veux, Laisse-moi, - je descendis, je glisse
L’hiver, toujours l’hiver et les cervelles vides Avec potentialité intellectuelle. Allez outre - plus loin - là-bas D’autres espaces, d’autres lieux, d’autres rives
Encore de la tempête, de la folie interne De la danse à l’intérieur, - c’est ça : bondir Ou rouler - roulé-boulé - OK rock Partir avec l’eau verte d’Arthur Du vin bleu, des vomissures, de l’ivresse, De l’alcool, de la défonce, pourquoi pas ?
201
Gouverne-toi, tiens le bon cap dans la fuite De la mer - astres, lactescent, azurs verts, C’est - : pensif, noyé, descends.
Ou folie avec bleutés, délires, rythmes lents, Accélérés, dingues - est-ce sexe ? Va-et-vient ? - avec lyres - électriques ? Ca fermente - ça devient - des sécrétions Vaginales. Tu bouffes - c’est bon - tu bouffes.
Donc des éclairs, des orgasmes - courants, des peuples Des colombes - c’est pas joli, ça ? Et voir ce que l’homme croit voir.
Voir nourri de vérités mystiques S’illuminer - fuir sur des figements violets,
Rêver de neiges éblouies, de sèves éternelles, De phosphores, d’éveils, d’élans purifiés
Heurter d’incroyables Florides, des panthères sexuelles À peaux de chair, des femmes-lynx scandinaves
Encore de la pourriture, des gouffres de honte Où l’on cache sa misère de poète, 202
Son ridicule et sa médiocrité Ô soleils, ô cieux d’amour, Quelque miséricorde ! Parfums de haine ! C’est certain - toujours à la recherche de vents Supérieurs - ailes légères ou l’ère Peut se déplacer.
Il y a cette femme à genoux - toutes les Femmes à genoux - j’ai dit : toutes Recule, recule - je suis derrière. Ou encore : poète c’est-à-dire : Bateau perdu, ouragan, carcasse ivre d’eau, Hippocampes, planche folle, cieux ultramarins, Tremblements, angoisses, solitude, C’est bien dans ces nuits sans fond que tu dors Et t’exiles, ô puissance infinie, Ô vigueur inconnue
Des aubes scintillantes, des torpeurs sanglantes Des soleils amers Ou encore : le retour à l’enfance, Car on ne peut jamais - non jamais 203
Supporter le fardeau de cette horrible vie. Non jamais.
204
Résonances V
Je fixe le phosphore Je fixe le phosphore - l’œil du coq veille. Parfois dans mon désert, des fantômes d’idées Apparaissent. C’est espoir à satisfaire. L’alphabet - Abêtissez la substance des mots, la lettre c ... L’œil cligne pour le caché, l’intérieur. Le Poète Solitaire crache l’encre sur le papier. La cervelle Broie de la pensée brute, la malaxe, l’extirpe, La répand comme une substance dégueulasse De vomis, de sueurs, d’excréments, de pleurs, - La broie. Extases, jouissances, chiottes, - Va t’en, tu pues. Alors je déclenche l’acte De purification, prête sacrificateur, à l’esprit élevé, Au savoir parfait - j’exulte des stances claires Et belles. Le silence envahit ma bouche - je cherche.
205
L’homme et son double L’homme et son double. Son Moi pensant, supérieur, Transcendé, qui condamne la chair, la repense - s’élève, Qui subit cette relation d’homme à l’être avec nécessités De satisfaire les besoins terrestres - Lui qui s’évanouirait Dans la transparence - qui est englobé, écrasé dans Cette chair ténébreuse et puante ! - Oui, d’autres limites, D’autres possibilités. Il est avec l’Autre, relation Étrange, détestable, de dominant-dominé, de Faible-fort-d’espoirs et de réalités. Cette bipolarité, Cette correspondance. L’homme tend vers la Terre, quand L’Esprit est attiré vers le Ciel. J’attends, je fais du sang, J’attends fébrilement la mort - la rupture, la coupure, La cessation, la fin - pour cette liberté spirituelle D’accession à l’Idéal parfait de la Divinité.
206
L’errance L’errance. Pour découvrir une autre vérité. Au-delà De l’époque. Ignorer toutes les histoires passées Est-ce réellement possible ? Et je pense à Arthur L’errance, est-ce une erreur ? Moi, je lui ai préféré : La synthèse à l’intérieur avec les produits d’autrui. Et j’ai fait œuvre de jeunesse - de valeur inférieure. Cela va s’en dire, mais j’ai cherché également. J’ai insisté, sans faire preuve d’aberrance - avec fréquence Toutefois. Étais-je égaré ? Non, tout ceci était borné, Banalisé, sûr, certain, fort et grand - il me fallait Fusionner le savoir de l’autre, des autres - il fallait. Destin avec Destins. Alors “ la liberté-le sacrifice ” Ou “ le malheur-la réflexion ? ” Pour quelle détresse ? Quel homme ?
207
L’être subissant Je suis l’être subissant la vie, qui ne comprend pas. Je séjourne dans un monde familier - je suis-dans, Mon corps, mon esprit dans cet espace - je cherche Une nouvelle dimension, plus vaste, plus ample - autre
Accéder à un état purifié pour changer mes relations Spirituelles, intellectuelles, de pénétration, de savoir. Ailleurs - là-bas, peut-être ! En exploitant le vrai, La logique, le sensible, le saut etc. les outils -
Rationalité, expérience, futur - le matériel, et D’autres encore ! J’ai donc besoin d’une interprétation Postérieure avec d’autres lieux et d’autres êtres.
Je dois me préparer - devenir apte - pour le vide. Éclairer l’être par la Lumière, la Sagesse et l’Amour. Finalité de l’homme - Est-ce but ultime de la vie ?
208
La vocation de la pensée La vocation de la pensée, - appeler l’Être. Le Transmetteur de l’homme à l’Être. Transmetteur bourré D’énergie. La valeur de la Relation épurée. Abandonner tout instinct, toue spontanéité bestiale. De l’homme à l’Être, transmission et écoute, remise A l’essence supérieure. L’Agir comprend : de l’élan, De l’action, du mouvement, permet : l’élévation, la Compréhension, l’Application, - donne un sens à la vie. L’Essence accumule de l’expérience que lui offre l’homme. Elle n’est donc pas libre du matériel, mais possède Une pseudo-liberté d’analyse. Elle est dans l’Histoire,
Dans la tradition. Elle se meurt dans un espace historique Bien défini. C’est avec du matériel donné, qu’elle préTend, penser. Peut-elle réellement se situer au-dessus ?
209
Du singe à l’ange Une pensée de la purification. Du singe à l’ange. Ce qui s’éclaire. De la caverne à la lumière. La clarté intérieure de l’être, la conscience, par la Sensibilité, d’un : autre chose, transcendant, supérieur ; Par le culte des morts ? Nécessité logique d’élévation. Car il faut accéder à l’Au-delà. Est-ce bonheur ? Ce qui explique la captivité de l’âme dans l’homme, De l’être dans l’homme, de l’essence dans l’être. Jaillit ! La vérité de son essence ! Vers l’ange ! Avec perceptions Plus fortes, plus grandes, plus amples. Enfin il comprend La possibilité mystérieuse et pénétrable. C’est déjà Une métaphysique positive, d’espoir, d’avenir épurés. Pourquoi cet abaissement ? Ce médiocre régime terrestre ? Tout n’est pas explicité par les Livres Sacrés. Ces Dieux ! !
210
L’errance L’errance fantasmatique s’étale sur la ville. L’homme médium coule son fluide sur les objets De la cité, - il les contourne, les palpe, les perçoit, Tente de les saisir. Il va par sa substance Unificatrice associer des idées, des comportements, des Objets indépendants les uns des autres, fusionner, Condenser, symboliser, extraire, dériver, rejeter, Sélectionner et d’autres verbes encore ! Mais l’errance Pour choir, pour échouer, les risques, l’audace, Le ravin, le trou, la mort ? Les limites de l’errance ?
Pour le lieu de recherche, pour trouver, aller au hasard, Vie d’artiste ! Non pas l’erreur, mais l’autre chose, avec Égarements, outrance, le déplacement de l’habitude, Du vrai, par la non-conformité, - démarche heureuse ?
211
L’audace spéculative L’audace spéculative en forme délétère d’apparaître Possède un nuancier subtil ou contradictoire. AdMet l’embrouillis, le manquant, le saut, le risque. Va outre ; ne cherche pas toujours à voir, mais bondit D’audace en plate-forme, redescend, remonte, - agile ! Ferme les yeux dans sa clarté, appelle l’intuition, sa Sœur cachée au fond de la conscience. En repos, puis Erective. Semble tenir quelque chose. Prétend aller Dans un entrouvert de vérités futures à exprimer. S’associe à l’ombre, travaille avec l’heuristique. Miroitements, éclats, pépites, légers brillants apparaissant. C’est chercher un espace où l’intelligence offrira une Constatation solide et vraie, c’est élaborer pour du concret Et du réel dans un dessein de futur accompli.
212
Résonances VI
Le laboratoire de papier
Un poème est un laboratoire pour le langage, une Sorte de risque chimique de combinaisons interdites, Explosives, denses, nouvelles. C’est un outil pour faire Avancer le génie de la langue.
Parfois bijou ciselé, Objet d’art, de retour éternel, - moyen de fixation De l’image mentale. C’est également un outil d’extraction De soi à soi, - pénétrer dans son inconnu, mixer, mélanger Du matériel nouveau par l’apport extérieur. De l’évolution de l’appareil intellectuel, du mécanisme interne Pour élaborer le produit différent. Recherche d’une Équivalence de valeur avec les autres disciplines - se situer Par rapport - être l’égal de … tirer autrui vers le haut. Mais c’est utopique, car ailleurs il y a mieux - en plus fort, Plus complexe, plus difficile, plus subtil, - comment leur dire ? 213
La constellation irréelle
Est-ce toi, toi dans ta virtuelle réalité de mensonges, de doutes et d’audaces d’écriture ?
Tu te conduis avec raison
au quotidien
pour élaborer un édifice.
Ne sont-ce pas de vaines constructions délétères, infinies et inutiles ?
Est-ce élan ? Aptitude cérébrale qui offre et organisme des produits de l’intelligence ? N’est-ce pas faire preuve de prétention que d’oser employer un tel terme : intelligence ? Tout est pour l’intérieur. Autrui te détruit, te persifle, te ponctionne, te méprise. Cela ne les intéresse pas. Ils ont autre chose à faire. L’autre, oui - vous, non, répètent constamment les éditeurs Tu n’es pas réel - tu es un souffle transparent qui disparaîtra avec sa mort. Tu es le manque, o mon absent, mon silence, mon caché, cet encore un en-toi.
214
S’il y a clameur, elle est interne - étouffée sachant à jamais confondue.
Pourtant tu le hurles sur cette feuille de papier. Quelle force t’impose à l’écriture, à le dire, à le proclamer ?
Ton désir est bien de construire sous la constellation irréelle des étoiles poétiques qui passent et disparaissent.
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La belle évaporée
Assoupie, endormie, rêvant encore un peu de soie divine sur un sofa d’extase fluide, alanguie, s’étirant, là, oui inachevée, mais s’étirant encore
sous une lumière lymphatique et pâle sublime énigme de confusion et de nonchalance qui semble régner impérialement
Elle conçoit dans son rêve des images claires qu’elle traverse nue Elle embrasse des souffles d’orgasmes et va cueillir des caresses nonchalantes tremblantes et fuyantes
Je secoue cette masse belle de femme qui tombe en poussière de songe devant mes yeux ahuris
216
Suites/Relances I
Soleils annonciateurs Soleils annonciateurs d’idées nouvelles Que l’on griffonne sur les vieux murs de sa raison
Inspiration qui souhaite repartir fortifiée à nouveau Dans le long chemin intérieur Avec l’intelligence à ses côtés Grand matin d’espoir avec conscience éveillée Dans le silence, l’attente et le désir
Avec les morts aimés, les grands révélateurs De la poésie d’hier - essayons de produire
Etendues reflétées sur le miroir littéraire Avec vagues, flous et audaces d’avancées Nouveaux espaces balayés par l’or des feux D’autrefois, avec beautés et ordres premiers L’élan créatif se veut agencements réguliers, Constructions claires sur le zéphyr inventif
217
Amours poétiques sur l’aube éclairée de senteurs Nocturnes, désireux de chercher un soleil de grâce
Que puis-je, moi avec tous ces éléments, ces images Audacieuses produire d’utile et d’enchanteur ? Tout s’en retournera, peut-être, à jamais dans le Dérisoire et le stupide du sommeil éternel
218
Le coursier
Coursier fier, galopant Ta chevelure d’or clair Et tu sonnes la fière bande De ton allure, vainqueur Agile, tu embrasses l’étendue Ta forme et ta couleur Prennent de la hauteur Sur tes reins une femme est nue
Ho ! Les rêves construits par le Désir, le soupir et l’espoir Pour le pur exil des Dieux
Te nourrissant de myrrhe invisible Tu galvanises le vertige beau Par ton puissant rêve mystérieux
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Autres limbes J’avançais indistinctement dans ces limbes nocturnes, Où la confusion cotonneuse rend informe Tous les objets de la veille. Je glissais Dans ces espaces mystérieux où l’irréel côtoie Le possible, où l’interdit semble aboli, - sorte De transe imaginative offerte à la raison Toutefois.
Des élans de pensées jaillissaient çà et là, Surgissant devant mes yeux, jaunes ou phosphorescents. C’était une lumière nerveuse pénétrant l’esprit Accompagnée d’images indistinctes qui suggèrent Par recomposition et mémoire activée des souvenirs D’autrefois. Puis j’entendis douloureusement la voix Suave du Christ qui m’invitait à le suivre Et à l’imiter dans son impossible perfection céleste.
220
L’architecture imaginaire
Les houles encore là-bas roulis qui sans cesse ressassent Pour recommencer encore le mouvement éternel des flux
Et cet écho perturbateur perdu dans le sel des choses Comme un prolongement de la pensée désire transmettre sa substance C’est encore une sorte de tracé sonore avec pureté de cristal et tempêtes au rythme de l’amertume et de l’oubli
Dans le fracas incessant de la rime, l’espace se déploie en lignes d’écriture et semble construire une architecture imaginaire
221
L’homo desertus (l’homme du désert)
Waldlichtung, la clairière en forêt ; je Lui préfère le désert en soi - le vide - l’espace Infini, sans. C’est libre, c’est ouvert, c’est visible. C’est le rien. Avancer ou construire ? Avec quel Matériel ? C’est en marchant que l’on rencontre d’autres Paysages. Il faut donc accomplir de l’action. Les horizons du temps et la taille de l’espace, Ces dimensions universelles y sont également représentées. L’intensité de la lumière est fonction de la lucidité De l’œil. Prétendre constituer ou reconstituer Du vrai en marchant. Degré de subjectivité De la conscience ?
Pensée intuitive, pensée Spéculative - réside déjà la possibilité De choisir le mode d’actions - ébauche de liberté.
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Suites/Relances II
Paysage d'en face
L'air arrache de vieilles feuilles à l'arbre malingre. Les yeux voient un squelette d'homme édenté et courbé. Que devient la matière revisitée par l'œil ? Le merle et la meule là-bas rappellent la quête éternelle de Manet. Quelques brebis comme des tâches blanches sur une herbe jaunie et brûlée par la violence d'un soleil.
Le jour écrase la campagne, la soumet à des forces de chaleurs implacables. Le jour refuse de disparaître, il est plaqué et dure comme un lutteur immobilisé par un adversaire.
Là-bas de l'autre côté, ce sont des vignes claires et chantantes nourries de soleil, lourdes de fruits à naître, par-dessous.
Un pigeonnier du dix-septième fatigué, branlant, soutenu par des bâtisses de consolidation. Une chemise rouge gesticule, - c'est le fils du voisin.
L'horizon éclaté offre mille saveurs de parfums, de brises, de lumière et de formes.
C'est une sorte de beauté désespérante, une fixation du réel qui donne au temps un goût d'éternité. 223
L’air éclate
L'air éclate comme une séquence impossible, je Prétends voir la matière. Les doigts sont ouverts Au magma. Des effets lumineux très pervers. Un souffle crache de la poussière mentale. Le Long de ma paroi interne suinte de la vérité à Lécher. La pensée frappe les structures des tempes et Cherche à sortir. La fille se retire, la fille S'étire. J'embrasse ses paupières, elle disparaît.
Le jeu de la tête à représenter. La démonstration Verbale. Une vraie logique d'artiste avec du Manquant et de l'inspiration.
Où allons-nous tous deux? L'histoire d'un ridicule accouplement. Fade miroir de Ses yeux ou sublime sexuel ? Que dit-il lui le Lecteur voyeur, critique subtil, méprisant toutefois ?
224
Séquences
Femmes, lesbiennes, léchées, léchantes, merci, merci Auguste buste, penchées et suppliantes. La dentelle Entre les doigts si fins - Formes, mouvements en Constance de changements - L'idéal statique ! Sources de vie et muscles souples. Le plaisir temporel Des caresses devant et derrière en vous serait si tendre Partout ensemencées
J'ai ta pluie d'or, doucement à L'oreille, en toi le puits, demeure accroché A tes mamelles le temps de l'extase est bref Je m'oublie dans tes prunelles vives
Et cette cervelle Impossible qui ne ressemble à rien Je n'entre pas Je butte à l'extérieur pensées de femelle ! La sérénade sensuelle d'appartenance de liberté
Le mâle est-il conçu pour comprendre la femme ?
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Suites/Relances III
Son but
Se déplacer lentement dans l'étonnant labyrinthe De son âme était pour lui un jeu intellectuel, L'univers du poème un espace curieux à Concevoir. L'aventure d'un possible audacieux, parFois. Etait-ce une passion, un vice, une dose D'exercices quotidiens ? Il voulait tenter de Déterminer sa propre limite, reconsidérer son Complexe, élargir les moyens de comprendre. Y parvenait-il ? Il prétendait avec hésitations Régler l'ordre, l'agitation et le tumulte, Il prétendait... Mais ce n'était que chimères, Qu'espoirs vainement soufflés par l'orgueil du Moi, Que folie permise par un idéal poétique rêvé : La probabilité réelle de sa réussite était nulle.
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Les miroirs J. L Borges
Je me demande encore, après maint jour et mainte Nuit perplexe sous la variété des cieux, Par quel hasard étrange ou quel vouloir des dieux Tout miroir me saisit de malaise et de crainte.
Miroirs, cieux, surfaces, espaces
Fragile et éphémère, poète tremblant dans le Miroir de l'imaginaire, espace bariolé de reflets Infinis avec l'impossible qui côtoie L'invraisemblable - un univers de risques, de faux, Et de pulsions émotives ;
mais encore, - azur qui Parfois se déchire avec oiseaux migrateurs dans Un ciel irréel ; lac, surface lisse où La pureté d'un cygne vient troubler le Repos du dormeur.
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Variétés, formes du hasard Pour l'intelligence complexe, c'est l'art de Tisser les lis avec subtilité !
Miroirs, cieux, Surfaces, espaces pensés et regardés comme un Hasard modulable, lieu du questionnement où L'audace poétique s'associe à la raison de l'écrivain.
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La paupière pense
La paupière pense. Activité retournée, intérieure, Vers le cerveau, - l'ami ! Les yeux fermés, il Ne dort pas - il conçoit ! Des mots à connecter. L'encre et le papier sont les supports seconds. Le Cerveau mêle, démêle, associe, combine. Il Prétend, et c'est peine perdue... la faiblesse L'accable. Depuis vingt-deux ans, il fixe le feu. Son feu. Envahi par du phosphore inconnu, inutile. " Pure imagination, disent-ils. Insignifiance, Non, rien. " De jour en jour, pour le dedans. Flot D'écriture qui se déverse au dehors par la bouche, Par la main sans avenir pour le papier qui finira Dans la poubelle de l'oubli. Tout sera-t-il écrit ? Un sentiment d'empoisonnement envahit mon âme.
229
Des labyrinthes fangeux
Des labyrinthes fangeux, des structures internes Complexes et déplorables, un néant à combler Par le travail, par la studieuse constance pour Obtenir le : oui. Alors il avance bêtement, Besogneusement. Retours dans l'illusion, dans L'impensable, l'impossible - c'est ça : il avance. Seul, toujours seul.
Qu'importe d'être compris, d'être Lu, qu'importe ! Algèbre et ténèbre, solitude, oublis ! N'est-ce point là le lot de l'infortune poétique ?
Comment achever cette vie inutile faite de rejets, De déceptions et de pleurnicheries ? N'est-il pas Un séjour de paix où l'âme sera satisfaite ? Car de tombeau de gloire, il n'en est pas question ; Des labyrinthes fangeux, des structures internes.
230
Piqué-avançant
Piqué-avançant, - dans la chair " Il t'est dur de regimber contre l'aiguillon ? " Obtenant du non-sens rêvé, à la table des fantômes.
Combine comme il faut, - algèbre et analyse, chimie et doute - audace et risque, choisis dans du variable conçu par la mémoire.
Crayon à bille qui roule, ligne noire éternelle, suis-moi puisque je produis. -
Me liras-tu ? - Toi en toi, de pensées exquises ou détestables ?
Le front éclate, l'or bouillonne et explose, résidus de scories.
Avance, idée gueulante et bavée !
Tête astrale, cherchant je-ne-sais-quoi d'instable et d'éphémère
231
Les lancées bleues pour le monde d'à-côté ! empanachées dans une explosion gerboyante et retombante... de médiocrité,... qu'ils disent
- Dans un feu de tempêtes ; mille folies d'étoiles bariolées !
Déjà l'horloge du Temps m'ordonne de plier feuilles, de ranger livres, de me préparer au procès du Ciel avec accusateurs, sans défense... déjà !
Pureté d'un autre monde avec lettres belles aux lèvres, peut-être !
232
Lola
Toi, toi changeante
(bouleversée, tu m’émeus)
Toi, toujours plus changeante Que l'on cherche à sonder à exploiter autrement
Tu vacilles de grillages en libertés de carcans en nudités
Tu oscilles dans l'éclatement de l'étonnement
Inutile de te prendre, de te capturer, La fausse mensongère qui invente, dissimule ; veut sortir un instant, halète, supplie, gémit - cendres et flammes avec profusion de Néant
J'étais toi, de toi à moi, habitudes qui coïncidaient avec l'orgasme cérébral pour des sortes d'effractions éphémères
Fulgurants coïts ou piétinements littéraires d'agencements ; 233
- de nuit, phosphorescent et mielleux en neiges sanglantes
S'allonger, s'étirer comme une muqueuse sensuelle et sexuelle ; avec sécrétions - pour la très lourde inquiétude de n'obtenir RIEN Regarde où j'en suis – exclu ; Accouplons-nous en nuits chatoyantes et dorées
Encore, en vain, en de si nombreuses lignes inutiles ou perverses
Ô toi, tombée dans le mental pour ce peu Moi, je t'accompagne avec de méchantes douleurs les plus profondes - sombres
Deuils, deuils et morts, en décalage, sans stabilité, les tiens, les miens, à personne toujours dans notre attente...
234
Accroché à la fièvre
Accroché à la fièvre plongeant dans l'ire Affûté de couteaux des petits monstres courent dans ma mémoire
Flux, poussés, lancés, Ténèbres et phosphores, neurones et chimie
Rimaille qui rime à quoi ?
(Ils dansent encore, tes petits monstres !)
La fièvre, l'ire, la volonté floue
Considère l'acte qui t'impose à manier, Guide l'instinct, imite le repos du poète
Puis, goulot et corps planté dans la terre du poème recherchant mes puissances, aux livres lié réactions d'écriture, crache
Autre séquence : N'ayant-jamais-voulu-être-lu, 235
digne de l'oubli, spéculation en soi
Donc toujours cette fièvre
Consume-toi, imite-les
Travaille.
236
Suites/Relances IV
Parce que tu changes
Parce que tu changes - encore toi - tu n'es pas la plus changeante mais tu balances de toi à moi
tu oscilles de pensées en extases de soumissions en exaltations étonnement toi
De t'accompagner à la poursuite de l'inutile peut-être pour saisir l'instant au dehors puis revenir
Tu n'y étais pas, tu habitais l'éphémère nos coïncidences étaient fortuites
De te tordre la taille pour la saisie aventureuse figurant coït ou danse de piétinements toute la nuit pour ta senteur embaumée de femme-miel neige de blondeurs etc.
Elancements sensuels pour ta très mouvante 237
et délicieuse volte comme un orgasme enchanteur
Oui, nous en de si nombreuses lignes versées et renversées pour l'accumulation du rien, pleurs de pluies de fille gémissante, je m'emporte avec toi
Puis je tords, je fouette ta chair et pour des douleurs et des jouissances aussi
Sexe-poésie, poésie-sexe d'écriture tendancieuse qui est pourtant mienne, fille que je conçois par l'impossible imaginaire
Toi à personne, en vérité à moi.
238
Mouvements de pensée
Mouvements de pensées si subtilement maîtrisés Dans l'aurore virtuelle de l'esprit. Dodelinements De la tête de jeune éléphant qui active Sa mémoire et dit oui et dit non. Fibres et Fièvres de l'activité avec doutes parsemés d'éveil.
Dans ce Néant presque, haute entreprise ; les rayons À larges jets diffusent quelques élans clairs. Des vents légers et aériens ; le ciel se charge De rouge incandescent - c'est l'aurore explosive, Le brasier, les cendres rougeoyantes, la violence
De l'écriture, et des applications pour la feuille De papier. De ce magma, que restera-t-il Réellement d'utile ?
Des manières poétiques, Des élans stupides que tous rejetteront, en vérité.
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Toute chose...
Toute chose comme de produire n'importe quoi avec du matériel insignifiant, d'associer des sons et des idées, de symboliser l'abstraction, de dériver le centre, de rapprocher les traits, - toute chose avec la toile à plat pour déterminer l'équation exacte à déplacer. Et de produire, encore ! Ecrire, écrire !
Frappée de saveurs, elle n'est pourtant qu'un essai prémonitoire dans l'éphémère du temps. Elle purifie le symbole, reconsidère le signe, synthétise l'idée claire ou extrait des substances inconnues. Elle s'approprie un espace pour l'approbation de la suprême application.
Elle veut concevoir l'Unité, le vrai associé sur sa dimension de papier. A l'intérieur de l'intelligence elle a décidé de rapprocher les distances, de lancer des liens, de rendre compatible l'ambiance interne. C'est toutefois un espace de raison où l'imaginaire assure sa continuité.
240
Pensées sculptées Echos d’orgasmes
Il y avait ce moment goût et âcre d'une fraîcheur non-démise et pourtant sensuelle. Une fuite exquise dans la jouissance cérébrale, - il y avait.
Vaguement exquis dans ce dénuement de taffetas et de liqueurs sexuelles.
Le plaisir somptueux bariolé d'orgasmes enchanteurs, dérivé sur la haute partie - et soudain, le déchirement.
Vaguement évasif, dans l'évanouissement de l'homme, d'humeur explosive pour le karma idéal.
A toute heure, sous la chair, contre la graisse besogneuse et vulgaire, il pousse, mugit.
Mon cher amour, pour quelques spasmes déclencheurs de folies maîtrisées - et ci - au plus profond - pour rien ? Pour ? Indécelable fonction génitrice.
Cependant l'autre fuite, vers l'extase saccadée, en rythmes fougueux - que sais-je ? en parades d'excréments et d'urine, et d'éjacs faciales pour ton bonheur, ma splendide soumise en porte-jarretelles ! 241
Encore moi t'attachant, chaînes pieds et mains, dors à mes côtés.
Un vent insignifiant roulait ta chair délicieuse. Faiblement le bruit des parois dans le matin. La voix désenchantée suppliante, implorante l'orgasme libérateur.
La quintessence d'une jouissance extrême, folie de feux explosant -
gémissant dans des hurlements de supplices bienheureux.
Toi, constamment et encore - Toi.
Soudain, ce dernier rêveur illuminé et nu dans un rai d'élans, de lumière filant et clair.
Déchirement de squelettes inquiets à la fontaine ombreuse et vide. Qui sait ? Le feu et les œillades tourbillonnant. Mais ton songe complexe est couleur chaux.
Céleste froissement dans l'arcade de l'élan vert. Et toi, que dis-tu ?
L'imperceptible cillement de lumière, écrit Gracq parmi les intervalles et les palpitations molles. Est-ce ta carence veineuse ?
L'affaiblissement sexuel, et là-bas hagards les pensers voltigeant 242
paresseux. Un vent pousse l'orgueil à se taire - à se suffire de rien.
Tu roules ta poitrine égarée, mielleuse et repue d'haleine suave parfumée de cannelle.
Une autre pulsion physique.
Très claires, se ravivant dans l'espace, deux chairs dressées, combat de proue, et vagues infinies fuyant.
Claire et lente émergence vers le visage taciturne qui semble supplier encore.
Espace et chair, espace qui se remplit d'odeurs âcres et vagabondes dans l'aurore du plaisir.
Nonchalante après le Zénith de l'orgasme suggérant la volonté de jouir encore.
L'imperceptible fuite et l'horizon hagard se déplaçant sur ses nuées d'extase - là-bas, plus loin, ailleurs...
Les flux de lumière s'éteignent dans l'air cristallin, la fraîcheur vive s'exalte dans la fluidité matinale. Quel maître laboureur pour former le tableau ? Quel ? Céleste froissant son pourpre dans l'opale interdit 243
Les boules cotonneuses et jaunes comme suspendues dans ce ciel chargé ; et pourquoi ?
244
*
Dans l'extase - elles s'élèvent, ces filles bleues, avec ruissellements d'orgasmes - transpirant leur plaisir.
Les touffes jaunes bondissent, des silhouettes élégantes circulent dans le feu du cristal, et là-bas accrochées à d'autres fluidités, - ce sont nos orgasmes orgueilleux et moqueurs.
Mais le baiser fondu pour d'autres épreuves, en poussière d'orange salive quelque peu. Des supports de chair, de filles dangereuses nous harcèlent parfois.
Eclairé par l'ange dans l'évidence du nuage.
245
Peut-être nue
Peut-être nue Tes vocalises d'orgasme répandues dans la fraîcheur Le souffle des roses
La chair glisse au point ultime du non-moi Je fonds dans l'oubli y retrouvant tes aises Le cœur au fond du gisement espère y chercher l'émoi répandu
La rumeur de nos haltes, les souffles accélérés, les murailles incomprises, et ce subtil parfum qui s'échappe nonchalamment de nos âmes
Nudité d'orgasmes littéraires inondée de rumeurs sensuelles
Sur les bords, à l'intérieur se rétractent les flux de pensers chauds
Nous sommes solitaires au fond de leurs chairs, prisonniers des muqueuses
Le plaisir illusoire sur des corps élastiques et la fuite inventive pour des combats nouveaux 246
Tu vois, j'agonise selon ta félicité
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Au peintre Mathieu Eclairer l’ombre même I
Eclairer l'ombre même, le noir inoffensif Des rais foncées et rouges : l'orgueil des impuissants Suffis-toi de ces lignes elles circulent, elles éclatent Lance tes blancs tes crèmes invente des spirales Poudroie un sacrement qu'il explose à leurs yeux Condense l'énergie, va dans les fuites claires C'est encore un spectacle que tu veux inventer Cette création saura bien les surprendre Tous ces gestes magiques éclairent nos esprits Fuites, vitesses, vitesses vitesses encore dans ce Gerboiement de pensées éclatantes, avec ces flux Multicolores qui interpellent et nous imposent A considérer l'activité mentale, cérébrale Ou d'autres fuites ~ suites imaginatives
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Demeurée qui éclate II
Demeurée qui éclate figurines explosées expirantes Danse sur le soleil au proche des catacombes Pour la lune éblouie et là-bas l'extase Dans l'or de la voyance pour l'orgasme sexuel Finitude de plaisir corrompre mes destinées C'est étrange, cet infiniment et fuir à tout jamais Regarde, croise le sommet interdit l'élégance Ce ne sont que des Empires encore la corruption On te dit d'éclairer l'ombre des sémaphores Un éveil de phosphores la fille désenchantée Croître pour ta portée indigne et méconnaître Avec ce savant mélange qui ruisselle dans la nuit La folie médusée la haine entrouverte la peur Qui te dit au lointain que tu conçois encore ?
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Qui te dit d’expulser III
Qui te dit d'expulser cette semence même Dans la fuite du vent l'élégance s'impose Eléonore s'élève et la fuite est certaine Légère en transhumance la belle s'élabore Contre la sphère pure, elle invente des courbes Des spirales, des lignes elle invente toujours
Plus loin ce sont des anges dans l'évidence même Qui s'octroient des baisers de bouches purifiées Ce sont des robes claires dansant sur des nuages Sur des songes d'extase quémandant l'idéal
La blanche haleine vole vers les doux précipices Les sombres arabesques cachées dans les pénombres Sillonnent nuitamment espérant un exil Plus loin dans le lointain à l'orée des mensonges
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Endormies sur le feu
De grandes fluidités
De grandes fluidités mauves envahissent l'horizon poétique puis vont se dispersant sous la tiédeur endormie.
Qui erre ici et là dans l'oubli fatal de l'infortune ? Pour l'amour infini interdit, es-tu ma délivrance ? Une vive éclaircie dans le lointain espère quelques flamboiements extrêmes. Sont-ce des illusions du tout au tout, du supposé possible à la rumeur absurde ?
Ou de chastes soupirs ~ de purs alanguissements ~ des sursauts sporadiques ?
Vous, dans cette diaspora universelle, ô comètes de l'esprit - je veux vous rassembler dans la synthèse subtile pour un bégaiement aléatoire.
Qui invoqua ces pseudos répliques mentales, ces intercesseurs de l'écriture, ces génies de la syntaxe ?
Au plus profond du Moi, quelqu'un y songe à mes dépens.
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La belle obscure
De toi à moi, l'obscur - dans le foisonnement Intérieur - l'obscur. Que viennent tant d'ombres Sombres et d'obscurs ! Pour que surgisse la Lumière claire enchevêtrée d'amoncellements De synapses dans l'immense luxuriance du don !
Et paix sans l'accomplissement du Moi, paix tandis Que croît, s'élance et se fortifie la ramifiCation de feuillage obscur ! La belle en glissades De courbes, en fuites éperdues, en élans inCessants, en délires de dires et pour l'écrire - l'obscur !
Ne te précipite pas, ralentis cette course folle et Figurative, ou plonge encore dans l'immanence Insouciante de la raison, dans la vasque remplie De saveurs et de haine, d'amour et d'infini.
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Suspendue dans le feu
Suspendue dans le feu, cette fièvre rougeoyante Avec flux de pensées, toi ta danse scabreuse J'avance en songeant, je guide ton génie Du moins je le prétends. Ta beauté corporelle De femme lascive soumise et quémandante... Je te reprends encore
Ta chair, le puits profond, Corps défait, lié, ma fuite dans ton amertume Gémis, craintive, gémis avec gène adécoïte
Mon regard désireux espère quelques suppliques Je m'évanouis en toi, j'arpente tes méandres Au profond, dans tes labyrinthes, tes issues Interdites, impossibles, parcourant, parcourant encore
Ainsi je cherche en toi d'impensables secrets, D'inimaginables
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Sa vengeance
Sa vengeance ~ encore dans la jouissance Harnais contre la cuisse ~ le miracle sexuel Féminin - Tes chocs de lianes/fouet, triomphe Contre la décrépitude. L'éclat de ton sourire Perverse et soumise - prise et reprise ~ Très denses Avec les souffles caractéristiques de tes suppliques Implore encore - Qui te fait mal à l'image du Cheval.
Il s'agit de pieds, de ceintures, d'anges Noirs - femmes assises sur des hommes - le torse Ensanglanté offert - lui-même à l'envi et retourné.
Ventre, seins, chairs - invoquant les passions, les Délires, les fanges sublimes, l'ivresse et l'interdit Oui, invoquant.
Là, en abondance de poils, de Sang et d'excréments, on te devine vicieuse.
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Elle, et de ses mains, elle
Elle, et de ses mains, elle. Le pied de ma maîtresse Plaquée contre mon sexe. Supplie-moi à l'entrée.
Mes saccades orageuses frappant contre ta bouche. Ses désirs de femme-poulpe dans sa vulve visqueuse.
Encore une histoire de naufrage, de chair mouillée Et chaude. Engouffre-moi jusqu'au cœur, implore-t-elle.
Ce qu'elle a d'étroit. Toujours en son milieu. A l'inTérieur. La douceur parfumée. Aspirant à l'envi.
Déverse ton ivresse, répands-toi sur moi en avalanches De formes infinies. Apaise mon ravissement ébahi.
Est-ce certitude de bonheur avec ses attaches de cuir Et d'or, ce plaisir éternel supérieur ? Liée pour toi.
Quelles intentions avec ton buste qui se balance par deux ? Toujours mieux faire et de m'avoir. À genoux, gémissons.
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Emergences Entremêlées encore Entremêlées encore, s’accordant des formes vides, Des espoirs insipides, entremêlées encore pour un Joug d’écriture nouvelle, les filles s’élancent belles ; Une et mille, tissées et repensées dans l’éveil Du matin pâle, bouleversées en songe, oui Tissées ;
progressivement en germe de romance qui Jamais ne s’atténue, en germe flottant à L’abandon et se voulant mourir d’extase.
Le vent défleurit, défeuille là les nuées blanches, Les filles en volutes d’apparence semblent Disparaître, les filles supplient quelques gémissements Plaintifs.
Dans quel arôme de sueurs, dans quels Tourbillons fluides les ingénues en battements D’ailes parviendront-elles à m’inspirer un peu ?
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De prophétie et prédit en passant à toi, De Dit vers le haut
Paul Celan Reste charitable - dans la tourmente des excréments et dans les rancœurs de l’impossible - reste charitable !
Bouillonnant dans ta haine, réconcilie-toi un peu, apaise ces folies excessives - apaise ! Il est vrai que cela dérive à l’infini, que le tout semble capturé au-dehors.
Lèvre pendante agrémentée de fiels et de folie - il te plaît de baver quelque chose, et dans ton âme parfois tu souris. Là ainsi - pour l’autre monde également.
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I Contre ta douleur - de gré à gré, m’entends-tu ?
Ta force et les infamies La fluidité exquise, les excroissances de l’âme Dans ton souffle nuageux s’ouvre un Temple d’extase
Collée à ton sang - ta liqueur sacrée
II
Se dit, se creuse : La fuite ballante dans l’orgueil inédit, l’air liquéfié bondissant Puis la rumeur éternelle du rendu avec mémoire et syllabes hurlantes Entends-tu, entends-tu ici-bas ? L’esprit suffoque et gémit dans l’ombre, interdit.
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L’une d’entre elles suspendue
Filles saccadées dans l’exorcisme du Mal, Perçues dans l’œil - filles sifflantes et suppliantes, L’orgasme est à construire ! Arpentez l’âme, Traces de vers, enroulée maintenant dans Votre folie vibrante. A plus jamais, oui Portées dans l’obscur pour cet immense tissage Irréel ! L’une d’entre elles suspendue aux neurones De la conscience. Nous habitons dedans. Respire Pour qu’elle se détache, conseille Paul Celan. Voix pénétrantes à l’intérieur, voix pour construire Et pour se libérer de l’emprise mauvaise, il est doux D’avoir filles claires élaborées dans son Temps. Quand une giclée vicieuse venue de l’Inconnu Déchire le bel ensemble aboli à jamais.
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Le feu
Silence comme femmes en fusion, silence Dans des mains transpirant des cendres chaudes
Elles, bénies sous des flammes de soupirs, gémissantes De scories, hurlantes dans le feu passionnel
Brûlées et encerclées de flammèches, de cheVelure volante, habillées et nues, habillées Par la danse des flammes - toujours en soupirs Et implorant l’extase de l’orage, mais le feu.
Encore le feu pour les faire jouir - ces lueurs Rouges et écarlates dans la mouvance du vent
Toi, forgeron sous un flot de vin, effrayante Fumée d’extase et de délire, te voilà Calciné dans tes poussières de fantasme, ramassant Pelletées de femmes irréelles et pourtant vivantes.
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Encore qui germe Encore qui germe ~ formes d’avenir alanguies ; Des voix, et je parviens vers Toi. Toujours en ma deMeure. Mêlées et démêlées, filantes. Il est là, Il émerge. Cette survivance. Un et mille - je Vous offre le Tout. Saisis pour figurer l’oubli, Esprit, écris - Pensée, éjecte. Pour ces grands Aveugles - des lignages incessants. Dans l’œil Du poète, cette lumière assourdissante, bondissante D’ennuis et d’espoirs.
Les yeux éclaboussés. La pensée en dedans. L’audace qui voltige. Sur le bord de l’abîme. La réalité chancelante. Filles, flores, éternelles, revenez nourrir l’âme Désinvolte - redressez cette lourde masse de Chair spirituelle qui ploie fatiguée par les ans.
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Lignages
Le vieil Eros
Ô Eros fatigué comme un sexe lointain, nourri D'odeurs délétères oubliées,
De toutes ces manières sublimes et sensuelles De pures obscénités sillonnent mon âme.
Une à une, polygamies plantées dans un gouffre Abyssal, fermetures blondes ou noires.
Déjà la fièvre va se dissipant, Il semble bon de cultiver sa mémoire :
De grandes beautés inouïes tapissent Un horizon lumineux, et des jouissances rauques De sauvages défonçages, de concupiscence Activent un désir passionné.
Qui vont errant se touchant ces mains miennes Et tremblantes encore !
Vérités douces d'humus et de lèvres chaudes, De duvets et de rondeurs intimement aimés 262
Ou d'agressions heureuses !
Belles en sursauts sporadiques puis de chairs En décombres, alanguis sur les lits après les Humeurs défaites !
O mes amours, vous supposant, amours de vertiges Dans mon vaste amphithéâtre périmé !
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Les soupes tisanières
Encore, de toi à moi, - qui suis-je ? Excellent Nœud enchevêtré de circonstances désobligeantes Et obséquieuses. Gloires modiques et indices de Suffisance. Echos de redites en déplacés, échos Perturbateurs et mensongers. Les prémices de la révérence,
C'est l'art de l'esquive dans les soupes tisanières, sorte De repas de circonstance. " Insistez, venez voir", Imposent-ils ! Pour réduire, décomposer et limiter A l'extrême.
Ô forces sublimes, pour laisser un renom ! Se réduire à soi-même sous une ombre ignorée, quelQues rais de culture disséminés ici et là, une Fugace vie qui s'achève déjà - n'est-ce point la Raison que l'on doit implorer, bien éloigné de tout Ce brouhaha confus, inutile et fastidieux ?
264
Elle ajoute
En purifiant, elle ajoute ~ abstractions, Symbolisations, simplifications, ~ elle ajoute. Les procédés ~ se pourfendre dans le vide ~ S'éclairer, s'éblouir dans son Néant. Elle Précède la lumière, elle anticipe la source.
Isolée, elle organise son désordre, s'invente Un impossible à atteindre, construit sur l'a-raison En liberté propre ~ sa liberté !
Alliée Et solitaire, qui voudrait la caresser ? Qui s'en Soucierait ?
Comprendre, penser et aller outre en Sensibilisant autrement le langage, voilà les Effets à tenir.
Mouvements des ondes créatives Incomprises et fuyantes, - espaces, espaces De l'invention où l'énergie doit se déployer.
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Reconstituer la Vérité
Je reste constamment enfermé en moi-même comme si cet espace insignifiant allait me permettre de reconstituer la Vérité.
Toujours plongé, à la recherche de la lumière où le soleil fond comme une éclipse. Des labyrinthes épais ouverts sur des portes en trompe-l’œil. Je cherche pourtant. Je veux fixer l'immobilité du Réel sachant toutefois que cela est mensonge.
J'avance dans mon silence espérant y entendre le Cri. Encore, encore je suis immobile. J'impose à mon esprit de mieux penser. Halluciner est un moyen. Les Temples s'ouvrent devant mes yeux.
Ces espaces, ces espaces pour comprendre. Tu t'es enfoui dans l'intimité du Moi. La nuit est claire. Elle te nourrit de subtils savoirs.
J'abandonne mes pas poussé par une errance, titubant, titubant, avançant toutefois, quand une jetée de cendres me recouvre entièrement pour me plonger dans mon Néant.
266
Hors-lieu en moi
Hors-lieu en moi qui déjà s'incline comme une fleur-pensée offerte doucement - et cette pluie gracile où s'évaporent de tendres baisers - dans cette pure clairière l'air sylvestre est un enchantement.
Ô sucs, sucs de mon aube déjà mourante, le miroir tremble à l'approche de l'été. Fugues, fugues lointaines infiniment dormez, éternités d'espoirs, d'espoirs à oublier.
Là-bas une femme impossible semble apparaître, nue, vêtue d'une voilure bleue à la chevelure de feu - elle glisse sur le lac invisible.
Tout à coup un flot de sang renverse l'éternel paysage et l'image enchanteresse disparaît dans mon Néant de poète ignoré.
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Les Roses ensevelies
La belle abandonnée
Elle, et encore, elle pour de si clairs Parfums suaves ~ endormie dans La pâleur des fleurs
pour cette flottaison blême Accoudée à la lumière crue qui berce Ou balance des cordes à l'infini
Dans cette douce solitude exquise, elle de Lait dévêtue à la peau beige ;
ses formes Lourdes qui s'étalent dédaigneusement sur le Sofa fatigué, des formes épanouies chargées De mémoire, repues d'extase, abandonnées ~ là.
Généreuse, à la chevelure abondante, chatoyante Respire-t-elle, songe-t-elle aux flots d'orgasmes Satisfaits, aux nourritures charnelles d'autrefois ?
L'imperceptible frisson d'aile l'éveille tout à coup.
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L'ange
Tu flottes mais ne penses guère ; tes envolées Nocturnes ne sont que des effets trompeurs.
Tu fluidifies ton vrai : l'extase s'enfuit Dans les méandres de l'inconnu ~ là-bas.
Je touche l'ombre aérienne, et la folie Tournoie dans l'interdit à pénétrer.
Les formes immortelles poudroient un impossible Froissement d'ailes - des flots de roses Envahissent ton âme - tu les respires confusément.
Beauté, ma toute pure, va rafraîchir tes seins Dans les frémissements clairs et les opales sublimes, Va quérir l'immensité fugace où l'éphémère Intemporel qui nimbe ton visage clair
~ une manière D'ange déploie tout à coup ses ailes purifiées.
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En chairs si douces
Des tenues claires en Eve d'apparat avec de L'or entre les jambes. A l'infini, puisant et Remontant. Bel amant présomptueux en subtiles Tentatives rectales imaginant l'interdit. PousSières d'orgasmes en jaillissements multicolores. Bienheureuses après ruts tendres et désirs recomMencés.
Derrières elles, ou sur le flanc, rampant, Léchant - succulentes goulées nocturnes - ou Giclées en gelées exquises. A vous de prendre, à Vous. Quémandez, suppliez et implorez Encore !
Rendant heureuse l'intime prestation nocTurne de vos délires corporels, ensevelissant L'intelligence ou la réduisant à un état de vasSalité féminine, il est bon de mourir en chairs si douces !
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Les Miroirs obliques
Actions !
Non-sens, coupable. Positionne-moi sur du passé. Harangues. Quelles règles de déchets ! Toujours en Adoration du Moi. Ne sois pas à défaut. SouviensToi des acouphènes. Coups de pieds dans le symbolisme, Dans l'abstraction. Produis du " post ".
Encore : " Les femmes Sont belles. " Histoire de sacraliser. Superbe esprit, tu Deviens. Strictement déplacé vers. Pensée, quel Etait ton but ?
Rien au semblable, la nouveauté. Passant par la nuit noire. Impose-toi ici. Fais Osciller cet autre centre. Considère autrement.
271
Minimonologues
Minimonologues - de soi à soi - cette autre Unité-là. Me répétant en. Toujours en ces Persiflages satisfaisants. Au banquet du soliTaire, jouissant d’une autocratie, se complaiSant encore.
: Traité de pureté - je soumettrai toute mes Carences - j'appliquerai avec Autrui. Les Grands frères invités dans mon royaume insensé.
Je vocifère et c'est risible, n'est-ce pas ? Le beau languir, et quelle prétention !
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Ego cherche
Et par quels procédés, quelles fixations, quelles convergences ~ d'intellectualisation pure ~ pour quelles essences de soi à soi, en donnant à Autrui ? Quelles fluidités claires ou orageuses à expliquer ? Mais encore ? Avec du vent stellaire, le tout-possible des aïeux ~ où ?
Quelles dimensions extensives, en quelles rafales de souffles inédits ordonnées désordonnées, d'Alpha jusqu'à Oméga pour exploser en synthèses inconnues ?
Sublimes véhémences en plénitudes d'acquis avec des poudroiements différenciés dans des extases lyriques, ~ là encore, encore pour un déluge inconnu à inventer.
Ego cherche, ego vainement en attente insensée pour une aberrante potentialité universelle que jamais il ne parviendra à espérer.
273
Eve, Eva
Eve, Eva, fournies, fournies ! On va de Belles en belles formes. Et toujours alanguies Sur des sofas dorés - blondes d'abandon en Parures sexuelles et alléchantes ! À mille vignes De sevrage titillé ! Entrez au bois et passez Par le centre !
Concernant le charme : des flèches Sublimes avec tir à vue en boutonnières, en Bas pour le superbe !
Vos braises hurlantes en multi Couleurs de désirs. Adam futur, qu'en dis-tu ?
Multiplie-les par le désir - chairs allongées ! La mourre de beaucoup, retourne-les en cheveLures rouges ou platines ou noir métal, toisons Succulentes et poitrines dressées, parais-tu apaisé Nourri de tes fantasmes en chevauchées rêvées ?
274
La miséricorde
L'ombre des lointaines - ces silhouettes oubliées Qui vainement courent en mémoire - empreintes Grises, vous sillonnez encore dans une âme déserte !
Figurines floues qui appelez là-bas, Eternelles de temps vous apparaissez parfois !
Dans ces chemins tortueux, écrasés sous des Brouillards épais, je sais l'appel vers vos Ténèbres sombres.
Verdissez, verdissez encore Tiges légères de l'avenir ! Pliez-vous dans La brise du vent, indiquez-moi la voie Du lendemain.
L'âme libre, je m'en irai heureux, Espérant un nouvel exil, espérant et suppliant Un Dieu de me comprendre avec miséricorde, Avec mansuétude et pardon - je demanderai.
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Le bannissement de l'Elue
S'est effacé insidieusement dans le domaine de L'Elue - en perspectives tiennes - ce pas aérien S'épaississait sur d'autres fleurs - les lignes droites Et les lacis de jambes - balcon et hyperboles, Mélanges de cheveux, visions bouillonnantes - la Chair des filles jaunes avec tilleuls et abricots.
J'avoue les vingt ans dans un état d'excitations miennes Le colloque de l'aveugle - en vexations d'interdits. Toutes Ces femmes positionnées en a-saintes de génuflexions Sexuelles - goulûment salives et sécrétions au plus profond -
Je me défais d'Elle - je soutiens d'autres lourdeurs Des vertus triplement visitables. S'est enfui tristement Dans l'usure de l'impossible, vaines désillusions d'autrefois. L'espoir est mort seulement encombré d'images inutiles.
276
Florence
Dans quelle profondeur, Florence, léchant tes Plaies, me repaissant encore de ma propre culture Avec amas de chair, de filles, de femmes - c'est ma Fuite inventive - nous deux collés dans ce pseudoMariage ~ notre volupté cérébrale ~ toi, si près, Toi, accrochée en moi - je connais l'horreur de L'étouffée ;
se comporte sans sourciller et s'imMobilise là dans ma symbolique sexuelle D'intentions ;
va succéder en applications mystiques, En entrelacements de forêts vierges, en bras ruisSelants de philtres sensuels pour plier ses genoux Et se soumettre encore.
Ma belle fluidité D'exquises saveurs, toi si longtemps suppliante, Je vomis sur tes fanges et je t'aime encore.
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Les filles crues
Là, pliées, jetées, en amas de confusion Sur mon axe méditant l'orgasme - offertes Aux vignes verdoyantes - plus bas, mais rougeoyant Encore - des filles crues en cascades de cris Aigres : quelles plongées dans la béatitude Poétique ! Si chaud le vent hautain pour les faire Jouir à nouveau !
Tandis que des cuves de lait à Loisir semblent s'étaler sur des nuages clairs. Est-ce illusion ? Sensation de l'infortune à Satisfaire ?
Voici mon champ clos et la montée De mes tonnerres - À la volée, toutes mes semences Plaçant Octobre dans l'espoir d'un futur.
Filles, filles crues dans l'immense nature d'un moi-même Déployez-vous enfin, quémandez la vendange nouvelle !
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Substances et Distances La douceur azurée
Où la douceur azurée d'être plus haut dans la brise claire et fuyante d'un été Douces douceurs d'extases suspendues en finitudes d'orgasmes D'un éternel jamais glorifie-toi, tu es ! Contemple tes dérives, décline en lassitude Vers l'évasement d'un ciel poudreux appelant le soir de quelque subtil murmure, voile tes pénombres - là, endors-toi Les sources jaillissent sonores, virginités belles et paresseuses Les limbes d'une beauté limpide s'essoufflent nuitamment. Elles s'essaient à transluire vers la pâle clarté D'évanouissement en évanouissement, des filles-ombres, des femmesmousseline se nourrissent de vapeurs poreuses tout près, contre moi
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Ombre délivrée de la chair fangeuse, pieuse et suppliante, éveille-toi enfin et fais s'enfuir l'impossible paysage. Oui, là éveille-toi
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Essences et apparences, et quelles Fuyant la vague morne profondément en soi L’être, balançant en non-être et déviances sans questionner son infini Vain centre crépusculaire en lassitudes inassouvies dans la mesure du déroulement tout en glissant Quel fameux bruissement d’ailes là-haut emporté par ce vent qui vivifie tandis qu’une plainte maladive semble encore supplier Les souffles frôlés s’élèvent insensiblement Ce qu’il croyait toujours évanoui dans l’ombre de son ombre, en poussières de lumière, en déchets entassés Et les présences émerveillées qui trament et retrament dans le sein de l’éther Combien encore de marches inutiles, de conquêtes limpides dans le foyer boréal du Moi ! Endormi sous le charme mensonger de quelque vaine idole et contemplant les astres parfaitement posés 281
Je, et quelle fraîcheur claire éparpille mes pas, je léger d’hypnoses neigeuses, m’élevant encore, là et là-bas dans l’errance où je diverge immensément ~ elles, sont des féeries dansantes L’impensable dans la sphère pure vois : je me désespère mille éclats éclairés de lune affaiblie s'émerveillant sur le diamant activant son souffle en abondance de rêves là s'y essayant encore pour le comble du désir qui s'étire vers de vaines directions entremêlées de spasmes suffocants, fuyant de pâles divagations inconnues et encore : pour quelles perspectives ? Finalement aveuglées là dans le tréfonds de l'âme
282
sublimes oublis espérant malgré tout...
283
I Ô habiter dans l’indécis Penchées en équilibre, vous m’élevez vers l’abandon Songe et ne puis Halos halos de fuites évanouies en évanescences d’astres, ici point le clos mais lové en soi renais et reviens en fumées déliées et là encore, oui là abandonné
II Fragment joint au disjoint L’éclat des poussières devient phosphore devant mon front salvateur Le rayonné m’éclaire tout à coup La turgescence de l’être Et cette finalité insignifiante qui noie ma brûlure dans le chagrin de la douleur C’est une fin subtile avec essence : me voici dans l’ombre 284
Fébrilement troublé, léger sur ce fragment d’azur Ô yeux tournés vers l’intérieur, phares de la raison, que voyez-vous ? Quelles perceptions internes pouvez-vous décrire ? Conçois le songe qui se propose en toi, vasque qui se dilate et ondoie sous l’effet de la pensée
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Les vertiges À l'intérieur sont les vertiges Et cette fille, plus qu'un corps interne En jouissances de dilatations Des ouvertures avec parois épaisses, Humides et de beaux mamelons souples La consistance, et cette couleur qu'intimement Je pénètre - plaqué contre des lointains de phosphore, J'y pense quelque peu. Nuit royale et bleue où l'infini est mal inspiré, j'y cueille des impressions de femelles en positions pyramidales, proposées à l'envers - belles heures dans le luxe de mon consentement. La blonde nymphe invitée au partage de jouissance se tourne et se retourne - c'est vrai là appuyée sur les côtés, jouant son protocole pour les labeurs domestiques. Pourquoi doit-elle se frotter assidûment en trente-six statues déifiées ? - Pourquoi ? Avec la nudité dans les feuillus vers cet impossible savoureux. Fouette ces déesses avec moult accessoires pour le plaisir de voir 286
irriguer entre tes mains des vulves de fournaise qui couleront leur sang bleu comme des chaleurs d'extase. Qui s'allonge, s'allonge contre l'ennui des choses avec cette progression d'enchaînements Sensuels et sexuels jusqu'au Fini de la mort vers l'éblouissement du néant. Elle, de s'élargir en sa somptueuse chevelure, Elle, léchant les gouttes précieuses, dans mon désert ~ avec concupiscence, si gourmande et moi dormant à l'échéance du repu. De douceur, comment l'aider sans bousculade ; si bien pensant sur des flotteurs avec nuance de mots adorables ? Elle, de gémir d'aise.
287
Premier Livre des rois
Vieillesse de David
1
1
Le roi David était vieux, avancé en âge. On le couvrait d’habits sans qu’il se réchauffait.
2
Ses serviteurs lui dirent : “ Qu’on cherche pour mon seigneur Le roi, une jeune fille vierge, qu’elle se tienne en présence Du roi et qu’elle devienne sa gouvernante ! Alors Elle couchera sur ton sein, mon seigneur le roi Sera réchauffé ”.
3 Et dans tout le territoire D’Israël, on chercha donc une belle jeune vierge Ainsi l’on trouva Abisag, la Suramite, Qu’on amena au roi. 4 La jeune fille était Extrêmement belle, elle devint la gouvernante Du roi, elle fut à son service, le roi ne la Connut pas. Le vieux David Jeune fille, tu mêles à ma saveur une goutte de sperme d'Adam. Vieux, je suis, vieux je suis exténué subissant jour après jour, subissant les offrandes de ma bouche.
288
Mon visage se défait mois après mois. Les cris. Les affres. Les jouissances pour ces attouchements ~ puis la nausée car j'inventais - et je t'ai prise à rebours déchaussant mes pieds fébriles vers tes tétons érectés. Le coq du désir carillonnait encore - moi nu et dénué, demeurant en plomb, je m'exhibais encore - j'ai fait grincer ta grande tête blonde... Je te parle de sommeil et te supplie de venir gémir avec moi. M'entends-tu dis-moi ? Et toi, jeune fille, La dernière fraîcheur, la dernière beauté - car après, que sera-ce ? - Un imaginaire de fortune, un retour au passé ? Va vers tant d'hommes - je m'épuise et meurs à présent - et meurs à présent... Oui, grande tête de beauté claire...
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Araignées-reines Vous m'avez sublimé - de se donner dans l'aube - pour la fuite incessante de vos orgasmes nus. Ors, sécheresses et nocturnes infidélités d'araignées-reines succombant dans vos bras. Ô feu ! Ô fraichissime équilibre de lumière crue dans les controverses de la jouissance et de l'interdit ! Mais le tout est à balayer - je vois : cercles profonds ou légers s'évertuer à naître. Apprends-moi ! Apprends-moi toutes ces feintises en luxures cérébrales pour des potentialités hors-limites. Ou encore avec scintillements, en circonférence, infusés en moi, - j'ai grincements narcissiques. Mais vous - est-ce lumineux avec intuitions intellectuelles ? - Tout en demeurant vide, votre aura conçoit !... Sous l'ombre ! Sous l'ombre dans le-comprendre - dans la-connaissance sans l'aveuglé - oui, moi l'excès, moi l'à-peu-près invoquant l'impossible,
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Je plonge dans mon Néant - lumière et infini - j'apprends puis prétends au plus fécond. Mais qu'est-ce ? Quel tourbillon d'extase en dénué offert ? Pour quelle splendeur ? - Répondez-moi.
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Le délétère s'évapore Au plus profond du Moi surgit ma transparence, idéal et désir de pureté - un Christ et une Vierge sont aspirés vers l'Au-delà. J'attends dans l’ombre du miroir. Libérez-moi de tous mes sangs et excréments de ma dégénérescence sauvage ! La main délaisse les limites de cette feuille car l'esprit s'échappe. Derrière les ombres dévore l'alignement obscur des signes. Faut-il se conformer à ces actes ou penser autrement que ces signes à produire ? Le geste est-il étroit ? - La pensée peut-elle aller outre ? Plonger là dans le vide au plus profond - je dois renverser la chute vers le léger. Dénué de toute forme, le délétère s’évapore et s'élève vers le baiser de l’être avant de retomber. Alors pour retourner la chute, que faut-il inventer ? Ce sont des espaces de pureté inouïe inclus les uns dans les autres. Même forme pour l’ouvert à intégrer.
Enveloppée en moi devient une substance. Au versant je dégage l'opprobre, je fuis les excréments. Que puis-je encore ? 292
Dans la substance même Des pensées dans la substance même – immobilisées cherchant la transparence. Mais il n’y a plus personne. L'espoir en fusion sécrète quelques possibles incomplets. J'essaie - je veux mais ne peux au plus loin dans ce labyrinthe fuyant. Échos, échos d'autrefois et origines savantes de ces temps sacralisés. Que puis-je moi avec mon insignifiance de poète civilisé ? Toute ma médiocrité s'exprime dans la forme. Je le sais : mon nom est rien. L'obscurité et la lumière - la séquence fugitive de l'instant. La pensée avec sa transparence - le cristal du vrai qui deviendra Néant à son tour. Pense-moi. Sois. Deviens une autre lumière en suspension de l'instant car le vrai se déplace.
293
L'immense muet de l'Inconscient La transparence disparaît et laisse place au silence - belle chute de cristal clair pour de nouveaux yeux bleus. Tu seras peut-être plus prêt des choses comprenant les signes et la transposition, les courants et les subtilités croisés intelligemment. L'Etre est toujours le contraire de ses idées - la configuration nouvelle le détruit. Futurs fragments, fleurs qui flétrissent, pure façon de raisonner. Il y a cette plongée dans le noir céleste - la pensée s'y répand effrayamment absolus, grands absolus, choses mêlées avec filaments dérivés et flottants, abandons dépouillés - qui peut savoir ? L'âme est poussée vers le désespoir, vers l'ombre inconnue. Le vide est à aimer. Poursuivre. Poursuivre. Continuer. Les paroles s'épuisent. Oui, poursuivre et se taire. La porte du néant est fermée. Mais à l'intérieur, il y a autre chose à vivre. Dans les élans successifs, vivre est une nouvelle alternative. C'est encore la beauté et la transparence qui explosent ici ! Enfin tout se pense dans l'immense muet de l'Inconscient...
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Restriction Poésie 2005-2009
Variances Allégories et catacombes
Allégories et catacombes - je te sais renaître dans ce fer tyrannique pour la beauté des coups. Je te sais gémir pour l'interdit et l'impuissance - pour le vice et la cruauté. Pour l'idéal de la perversion. Je te sais : tu gémis - gémis et soupires de plaisirs.
Voilà ! Coups sur coups. Gémissements sur gémissements, ô mon amour qui te tords et te retords, tu le sais - je veux te suspendre dans les airs pour des jouissances inconnues.
Et te voilà interdite, bénéficiant de spasmes aériens - te voilà heureuse, prise et reprise dans des sangles de cuir - comme suspendue et léchant, suçant l'objet rare, en érection - en désir de vice et de vomissures... Car tu as envie de vomir, ma reine.
- Vois, je t'accompagne dans des hoquets de dégueulis légers. Vomis, crache, pleure et relèche. Comme tu es belle ! Comme !
À nouveau, fais-toi prendre et reprendre par derrière. Pour l'éjaculation sublime dans tes spasmes de vomis avec ta bouche pour lécher encore. Oui, lèche, lèche, lèche encore.
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Ruptures et chutes
La fatigue disparaîtra dans la transparence. A sa place, ce seront ruptures et chutes, axes transmis sur le seuil des yeux ouverts. S'élèvera inlassablement le silence accompagné de choses asphyxiantes. Du moins un cristal acéré fendra de nouvelles ténèbres.
Oui, mais se formera lentement comme dans des contradictions consenties le génie furtif, prolongeant dans ses mains des formes étroites. Qui faudra-t-il invoquer ? Les invisibles actifs - les retraits de ses mains ? L'intelligence qui bouleverse l'ensemble saura répondre à la question.
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Disparaît la transparence
Disparaît la transparence pour que s'épanouisse à sa place le silence. Chutes, ruptures, - tout se fait ou luit face au cristal. Reste-là. Reste-là avec tes yeux ouverts ou invente un langage propre.
Tu affaiblis ma pensée - tu veux transposer ma réalité. L'inévitable contraire est validé tout à coup. Je conçois le possible dans mon esprit. Je suis là où la déflagration se détruit à tes pieds.
Tu me maudis et m'aimes pour que j'invente et anime un espace nouveau. Mais je suis caduque, vieil informe qui ne sait ce qui est. Voilà je t'implore un sublime idéal - tu m'expliqueras la configuration nette, la perfection à atteindre. Mais l'ombre déjà détruit...
Obscurément sont-ce des briques ou des courants nuitamment liés dans l'ordre de la construction ?
J'ai besoin d'écrire, de produire, de penser autrement. Crois-tu que tu me permettras d'extraire des pensées claires aptes à s'intégrer dans le schéma de l'écriture-mienne ? Je t'aime et veux savoir.
Ce sont des vannes obstruées. - l'Etre ne saurait s'y développer. L'énergie fond, le Néant s'extasie. Personne ne connaît le poids de la rose. La beauté se déploie et déploie son contraire. 297
Le lieu autre
Plonger là oui devant soi pour exploiter un nouvel espace, pour fondre dans un clair absolu et remplir un autre vide.
Il faut construire ce lieu dépouillé, y exercer une réelle liberté jamais connue.
Ce n'est pas un abîme, c'est un territoire vierge à construire.
Poursuivre et s'enfoncer où cela n'a plus de sens. Aller encore toutefois.
L'être disparaît mais que peut-il trouver ? Il y a descente dans le vide, sorte de saut retenu par les pensées qui ralentissent la chute.
Il finit par aimer le vide car cette attraction est certitude de lieu autre - lieu nouveau où l'intelligence pourra se déployer.
Le vol pour plonger dans la transparence, en témoigne cette lumière évidente obtenue par la vitesse et la fuite. L'on parvient à illuminer l'abîme.
Abîme ! Bel abîme ! Quels seront tes secrets ?
Je persévère dans l'extrémité la plus lente sans parvenir à achever ma chute.
J'ai parfois rêvé de me dresser à la verticale pour accéder aux extases célestes. Mais cela était luxe impossible, que salut inventif, que folle expectative... 298
Déterminations de profondeur
Déterminations de profondeur et de pénétration pour parvenir à trouver un nouvel espace.
Supposons que nous possédions cet espace - où se situe-t-il ? Que contient-il ?
N'est-ce pas un autre actif - je veux dire un langage différent avec du matériel de mots associé dans un ordre déplacé ? Et quel langage ? Car il s'agit de choix, de prélèvements, de distinctions.
Mais il se peut que l'espace détermine un autre fondement verbal de mots - que l'ensemble offre un inconnu totalement vierge de toute spéculation cérébrale - et c'est acte de créativité à l'état pur !
Ou encore une rare vérité d'images - d'extrapolations mentales ou de symbolisations autres - que sais-je !
Alors ! Comment déterminer ce nouveau vrai ? - Il faut qu'il soit suffisamment crédible pour se personnaliser dans l'espace poétique connu. Il faut que la critique - et quelle critique, - prétende que cet autrement est vrai pour l'intégrer à sa vérité poétique.
299
Certes - je suis naïf - mais je crois en la jeunesse - car elle saute les étapes, passe outre, ignore le passé, compresse, condense dans son présent. Oui, elle ignore l'expérience mais on peut lui donner la possibilité d'affiner ou de purifier son application offerte.
300
Le gouffre-néant
Ce gouffre-néant planté là devant soi gémissant dans le silence espérant quelques vérités de vie...
Obscur ! Obscur au bord du rien qui pourtant implore l'ultime d'une éclaircie, je te sais supplier d'extase.
Dans l'entrevoir, je sens les mots se déplacer pour combler ce vide, pour le nourrir d'ombres légères, de douces fluidités, de sens étranges et d'audaces inouïes.
Les fumées m'échappent - les larmes antiques de : "N'entre pas car ceci ferait violence à ta poétique", m'imposent à me comporter autrement.
Déjà je vocifère dans ce rien - j'espère et exploite une cendre nouvelle déjà...Pourquoi ? Pour : demeurer en sans découverte aucune, sans espoir de substance supérieure.
O luxe de rien - me laisseras-tu gémir éternellement pour ce faible feu, pour ce Néant insignifiant ?
Des larmes chaudes se répandent sur le marbre noir car La Conscience sait pertinemment qu'elle ne peut obtenir quelconque objet inédit.
301
Apparences
La poudre de printemps
Tes chevilles, jeune fille dans ta poudre de printemps
Fille élancée, beauté particulière Avec ces avancées hautes, altières Et glus de sang au fond de toi
Dans maints rêves, est cette fille svelte Je te vois légère sur tes pieds nus
Le bleu de l'étoffe caresse ton épiderme clair S'y jette une pluie de pourpre, de lumière et de feux entrecroisés encore
Le tout forme une seule ombre avec ton sourire de menthe douce sur ton visage
Tu es mon éden, cette floraison de vignes dans la beauté de l'idéal
Et moi, je te supplie humblement dans l'incandescence de ma vieillesse, me soumettant encore
302
Elle, égarée et nue
Elle, égarée et nue En jouissances saccadées
Suspendue, écartée, En toi, fleurissent tes odeurs
Elle s'immortalise dans mon foyer interdit Elle possède des dons surnaturels en spirales de fille prise qui accouche
Perverse, tu dois déglutir en saccades de rots et de plaisirs insignifiants - du moins pour le partage
Elle espère constamment que sa résistance s'achève, qu'il supplie humblement la fin de ses soupirs
Toute la nuit, elle a pensé l'étrangler
Fais-la circuler - écrase-la avec ses spasmes et ses désirs - elle accouche ses grains et ses raisins, rossés, en spirales.
Ton ingénuité est un orgasme. 303
Défends-toi avec tes reliques.
304
Recherches
I
Toi, dans quel espace, avec quelle pensée, parviendras-tu à extraire des solutions nouvelles ? Tu désires ardemment sans réellement trouver quoi que soit d'utile.
Poursuis. Essaie la découverte ! Balaie les sortilèges. Avec l'or, tu sauras peindre. Tente d’obtenir des sucs ou des substances autres.
Nulle faillite en moi-même. Je puis penser encore. Je suis sous le vertige. J'extrapole toujours.
Je saurai reconstituer ta chair. Ta beauté m'éblouira.
II
Forme. Forme aveugle, emportée dans le Néant - j'imagine parfois un songe à extraire. Dans l'impossible fragilité de Être qui n'est rien.
Je me défais des particules absurdes. La pensée devient transparente. Je vais dans l'air bruissant, forçant vers la lumière. 305
III
L'avidité du rien. Le réel du peu. Je prononce ton mensonge. Je m'exorcise à Sodome.
Je mesure mon désarroi de cohabiter avec le Néant. Le silence glorifie ton message.
Plus loin dans la pauvreté, j'y vois un délice. La folie habituelle de désirer l'intensité.
Dans la mutation du possible. Espérant une nouvelle allégresse. Je considère la chute. J'espère un dessein.
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Les absolus inconnus
Ce sont des poèmes envoûtés de fiels et d'excréments. Tout est dans l'art de l'hypnose avec le vice et l'interdit.
Je me déçois dans des humeurs maussades. J'exècre le tournant sexuel pervers.
Déploierais-je des folies musicales ? Des vérités nouvelles riches d'émotions ? Saurons-nous les comprendre ?
L'ordre est d'innover avec une acoustique soumise. Avec le dansant pour extraire de l'insolite.
Tu pourras toujours exploiter le diamant interne, pervers qui gémit d'aise qui se soumet également.
Ce sont des marchepieds pour l'Idéal prometteur, pour la finesse et la succulence sans l'ivresse.
Remplies de chaleur, tu peux les déterminer et les aimer au-delà de l'ire. Elles conçoivent des faits et s'accouplent dans des saisons vicieuses : tu sais pertinemment que cela correspond à leur principe - chair, lubricité et orgasmes destructeurs. Du moins, elles ressuscitent.
307
Mais toi, tu es étrange - tu pénètres l'interdit, te réjouis de ces folies et tu t'esclaffes pour ces grandeurs.
Quelque chose en toi est autre, immense peut-être et désire des absolus inconnus.
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Approches mutantes
L'A-désir
Fuyants dans l'A-désir pour se sentir prêts Au-delà, au plus sauvage, et se prétendre, et délaisser l'effondrement Concevant sa lumière qui s'élevait, Ce sont de belle parties pour l'effraction !
Je t'abandonne là dans ta petite naissance avec des sources claires - reconnais-moi dans ton intimité.
Pour ma substance pure, tu es le plus léger. Si rarement pensé, peux-tu supposer de nouveaux équinoxes ?
Nous nous sommes aimés sous les déluges, écumant des haleines fraîches, - ô grande jeune fille bercée dans tes extases ! Je supplie tes innombrables délices - je défaille quelque peu.
Gisais-tu dans la crainte accumulant des sèves immortelles ?
Mes chères beautés, je vous supplie pour ce sublime idéal menteur.
309
La recherche éperdue
Je te cherche éperdument Les fruits de tes saveurs sont des souffles à espérer Massives sont mes caresses dans des délires de fille-perverse Je m’associe avec l'intime et te suppose éternelle Qui pourra entre nous deux déterminer l'ultime à pourfendre ?
Je te veux et ne suis ~ qui accueille les maléfices et les délires dans des folies obscures ?
Oui, douces abondances pour ces feux obséquieux ! Je m'exalte dans des profondeurs sinistres et je t'attends en moi éternellement.
Ce sont des pertinences de lait qui néanmoins se donnent jusqu'aux folies du lendemain.
Nos ombres douloureuses et sensibles s'esclaffent au-delà de la nuit.
Tu m'apparais dans mon délire. Et je t'octroie de nouvelles saveurs.
Va dans l'inconnu refléter tes mensonges - va plus loin dans l'extraordinaire - je te sais quémander un supplice - un maléfice.
310
Mais jamais je ne pourrai t'atteindre. Ta folie est une domination paisible au-delà de nos mœurs. Je te laisse soupirer et je ne puis, hélas !
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L'apothéose de sa féminité À Matisse
Parfumée là dans un halo étrange Évaporée encore espérant quelque nudité C'est une aube à la robe sanguine Qui s'élève doucement hors de ses torpeurs nocturnes
Un vent d'accalmie semble la caresser Une figure fine disparaît dans la nuit Le plus léger circule vers l'imprévisible doux C'est un tracé subtil qui s'égare toutefois
Nul vertige ne vient plonger pour fragiliser mon âme Dans cette peinture irréelle et subtile Mais encore ce prolongement de soupirs Qui repense les vides et s'égare dans les sinuosités...
Arbitraire en bleue beauté exaltant ma rêverie De présence annonçant l'apothéose de sa féminité !
312
L'hyper-génialité
Son hyper-génialité L'intelligence de sa cervelle Sa capacité outre lui permettant de penser au-delà
Il pense, pense et repense Sa limite semble imprécise Il ne possède pas la possibilité scientifique Il est en de ça
Voilà un bouquet d'osmoses où il conçoit par extrapolation ~ l'idéal inutile rêvé
Il certifie un con ou un sur incompris dans la vérité de son présent. Sera-t-il intégré par le futur, par l'au-delà ?
À bon entendeur : incompris ~ telle est l'humeur du temps présent.
Sera-t-il un artiste savant, une capacité cérébrale Associant les deux lobes unifiés ? Une sorte de Kim Peek de l'écriture ou de la poésie ? Son intelligence est une chance. Il poursuit assidûment sa tache poétique. 313
Dans la moiteur de l'estime, je le prétends mieux.
À partir de la tête, l'autre vrai est un possible acceptable.
Il n'y a pas d'amour ni d'intelligence ~ il n'y a qu'un vrai scientifique, mathématique qui prétend prouver la vérité.
Le génie n'est pas entendu - le génie ne s'entend pas. S'il cherche à se crédibiliser, sa personne est refusée.
Lui faut-il tenter de plaire ? Doit-il être auprès d'autrui ?
N'est-ce pas comédie de la vie que cette volonté gracile d'être ?
314
New Sessions L'été profond
C'est un été étrangement profond, l'air pur de nos actes s'y consume stupidement. Ce sont d'anciennes survivances d'un passé aujourd'hui éteint. Je revois le combat épique de ces tristes Templiers et de rares traversées promises à la lumière divine ; - des spectacles, des allégories, enfin des particules infimes déployées contre les murs de la Cité.
Sont-ce des marchands que ces êtres mercantiles ? Les voilà qui usent de leurs bras pour produire des signes, et sur leurs ventres bedonnant ils protestent et réclament la vérité.
Vraiment, tout ceci semble absurde. C'est du luxe grandi, non point de la pureté. Des syllabes mâchées pour des constructions obscènes. On se doit de haïr de telles ignorances.
Marcher, marcher encore et soumettre ses idées dans un dépotoir visqueux car tout mélange est de règle et obtenir une rare place à l'ombre des infortunés. Voici la contribution latente pour nos incertitudes. Trébucher et parvenir. Oui, parvenir. Voilà le vain mot !
Je dirai les souffrances accumulées : ordre de l'architecture, déplacements erronés, fils d'espoirs et files d'attentes.
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Ils veulent sublimer leur rêve barbare, leur réussite future ! Ils côtoient des images perçues et se certifient de leur magnificence.
Pourtant la Force logique parle, émet de puissants discours. Mais qui accepterait de se soumettre ? Un souffle de mots distribue la rançon comme un vent libérateur.
Sublime valeur, tu changes les visions. Oublie les règles et convoite un autre lieu !
Leurs détestables rigueurs entrent dans le jeu infernal et perpétuent une peine déchirante. Fuir pour l'inexorable feu. Fuir ! Ô l'éloignement assuré, la promesse du Temple ! Le présage de l'infortune peut-être, mais l'amour de la grandeur certainement.
25 octobre 1978/30 juillet 2008
316
L'immense fuite
Fuir, fuir ! Mais où ? Quelle destination sublime ou quel mal nous dépècera encore ? Quel regard qui m'a vu naître me tendra les bras ? Douteuses visions du passé accompagné d'hésitations, je féconde les traces de mon chemin.
Je suis parti. C'était hier. La route jonchée d'arbres immenses et de lumières fugaces frappe le blanc de l’œil.
Je suis parti. Une mélodie étrange d'évasion, un instant de solitude espéré depuis tant de mois... Et puis…la chute ! La mort avec de sinistres gémissements. Je compose la nuit pour prolonger mon enterrement. Un suicide sanglant ? Non ! Les mains sont propres. Là est le drame. Une cérémonie coûteuse sans fleurs ni couronnes. Point de prêtres. De vulgaires écritures. Voilà tout.
Je crie faiblesse. Je me conseille la patience. Je titube, la mémoire confuse, troublée de livres fort anciens. Ô l'incertitude, sœur de mon enchaînement, quand me délivreras-tu ?
Pourtant dans l'azur serein, je crois voir parfois les premières pierres d'un Temple, et je souris quand les rayons frappent d'un éclat vermeil les plus hautes fenêtres de ma demeure.
23 octobre 1978/31 juillet 2008
317
Les pensées élevées
Que le délassement assombrisse les pensées élevées ! Que l'or battu parmi les treilles inonde les pages de transparence ! Que l'orgueil envoûté par un maléfice inhumain use de troublantes paroles en ces décennies de perdition ! Oh ! Qu'une transfusion de sang neuf comme une gerbe d'allégresse emplisse mes veines !
Le passage étroit pour deux âmes accède aux caves de la déportation. Il nous faut être bien nés dans la solitude, - là est la dernière image de l'amour ! Vies de l'âme, ingratitudes des râles. La volupté bénie contemple le monde. Elle va, elle vient et s'étonne dans les profondeurs du Moi.
Stupide à noircir la feuille, dit l'Ancien. Heureux présage de l'enfant, dit l'Adulte. Déferlement animal, dit le Sage.
L'importance de l'enjeu n'est qu'une égratignure, ~ une morale vieille de deux mille ans. Le plaisir s'exporte dans la stérilité. Voilà où vous en êtes : un détroussement sauvage, un mépris bestial. Je parle de catastrophes mais nul n'entend.
Point de chorales ni de perceptions célestes. La Consternation considère la déplorable destinée de nos actes stupides. Amèrement je pleure. Je pleurerai encore.
18 octobre 1978/31 juillet 2008
318
Des lumières bleues
Des lumières bleues où l'exil couche ses floraisons chantées. Une aube claire voilée de ses pures rosées, et l'écarlate divin exalté de vapeurs louant au ciel une étoile argentée. Des ondes bénéfiques, ivres de feux, en extase devant les lueurs et l'éveil - ô luxes grandis !
Plus loin, dans les chantiers des portes furieuses se fracassent continuellement. Les ouvriers tels des funambules de cirque réclament encore quelques pièces impossibles.
Là-bas un autre monde s'endort paisiblement - un monde composé de chantiers monstrueux où des astres argentés resplendissent et répandent leur fragilité au milieu des outrages et des sabbats. l'ensemble se mêle dans les couleurs - les contrastes s'épousent alors.
Que firent-ils donc quand le spectacle s'éteignit ? Adieu Malandrines, Aphrodites qui venaient tournoyer au milieu du Léthé !
Je poursuis mon rêve. Mes mains lèchent une rose noire. Des taches humiliantes constellent mon front immaculé de rouge. Mes os se disjoignent. Le cadavre s'étire tout à coup.
319
Ha ! Charniers de l'âme ! Atroces pécules ! Oserai-je quand vous dormirez ?
18 septembre 1978/3 août 2008
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Errances En fixité, elle ouvre la bouche La pluie est plus subtile Je la soupçonne en très mauvais
Je voudrais atteindre l'idéal des colombes Et me parachever dans l'Abstrait Tout est labyrinthe, laboratoire incompris Tout est dans le pernicieux et l'inutile, dans le non-vrai et l'audacieux - Enfin ! Comment mentir ?
Je veux transformer la perfection supposée pour accéder à la folie Je cherche l'immonde, histoire de l'écrire médiocrement
Laisse-moi abandonner mon ire - Côtoyant l'irréel, je me morfonds en invisibles pipeaux - ceci sera pour mon audace !
Je laisserai des parchemins, des tresses de gloire - j'irai maudire mon tout
J'obtiens - le voyez-vous ? - J'obtiens (bêtement en ce cas)
321
*
Elle pense, elle soupçonne avec absurdité. Elle est téléguidée dans son auditorium. Elle gémit des fragments jamais écrits. Elle accepte l'impossible.
Ma beauté est acoustique dans une sorte de transe visuelle. En vérité, elle suppose en 3D. Elle anticipe le paranormal et prétend au virtuel.
En ondes de survie avec du créatif - c'est la saison du scintillant le plus et son contraire s'éloignent.
Je : et avec toi essayant - aime-moi avec ténacité. Je plonge dans le plus dur. Je m'y croyais en vérité.
Pour tous ces monticules. Avec fragments de vrai, d'ancien ou de mauvais avec film et beauté absolue, je m'octroie quelques mensonges - je cherche à certifier de nouveaux faits.
Ô moi en insuffisance - j'essaie quelques exploits et me prétends meilleur.
322
Pensée complexe
Pensée complexe englobant le tout de nécessaire en spontané avec effusion/ effervescence d'orgasmes
De ta poitrine à mon Saint réels dangers de : voltigeons dans les corps
implusion/ : impulsion de chair avec contacts le double effort
Je me désouale en toi sur des images prohibées de miroitements phosphorescents, d'énigmatiques invraisemblances
Même pur, installé, j'y croyais
Mages, altercations, sauts de mine - j'inventais des obstacles, je déambulais dans mes absurdes
Des traces de limonaire - croyons au plus parfait
Je conçois à nouveau l'équilibre général le jugement limité les possibles erreurs 323
Je dois m'affliger dans mon déjà tôt
Je creusais en très mauvais
Et mes installations épurées, mes séquences abjectes // : il se targue encore dans sa bêtise
Recul et tel pour savoir en perpétuel
Dans ta logique irrésolue, veuille révoquer les informels
Je crache dessus - toujours impures ! - Fascinantes ces beautés aux trous étincelants, magnétisés
324
Le port
Toujours nos bouches ivres-abreuvées, encore buvantes Dans ce bar à putains où l'on vidait nos schnaps Valdingués-bourlinguant, frère avec frère les mêmes Chez la mère Clausen, elle, et nos fronts écarlates
Nos deux gabarres bleu-noir enflammées sur les bords Encore poussées longeant bouges au quai des Étoiles Docks en délire voguant à minuit assoiffés
Ô gué ! Ô gué ! Ô toi dans cette flottaison basse Ca chante dans le cœur avec ces bateaux-phares Qui viennent de très loin lourds de leur chargement
Lance ta chance aux dés et broie tes noirs jurons Fraie-toi une autre route sur la toison des mers Ou viens-t'en t'endormir, vieille poulie grinçante Allongé contre moi en contemplant le ciel
325
Dissipations
*
Là-bas encore quelques douceurs âcres ... comme l'épanouissement de son concept
Être là dans l'infiniment rien, espérant quelques déchirures - au plus profond de n'être pas
Je suis - je me pense - je sais -
Avec le sensible et l'invisible qu'elle déploie pour ma grandeur
Ce seront des profusions éternelles de désirs, de soupirs et d'amours spirituelles ~ ce seront
Je t'offre des larmes de tendresse pour que tu fondes en moi
Viens-t'en dans mon naturel et mon dérisoire
Ce sont vraiment des choses à approfondir avec Alpha, Bêta et Oméga
Dans la plus vive avec constatation
326
Vérités opiavées, violacées
Poudres de faussaire pour quel élixir à exprimer ou découvrir ?
Je me soupçonne dans mes défenses - j'agis pour l'accompli Je me comprends encore - mais puis-je réellement ?
327
*
Vertigineusement, au plus profond déjà Baille ma nudité belle. De calice, n'est point De néophyte sexuel prétendant en l'ardeur Telle de n'être pas ou de jouir en l'extrême.
De jaculat latent, fuyant vers des extases Pour la rousseur légère de ma vulve arrondie, Je m'enivre de sang et j'atteins diaphane La pureté émise par mes sources limpides.
Est-ce foutre de glaires ? De grâces interdites ? La beauté d'Aphrodite m'apparaît tout à coup Dans le néant obscur de cette somnolence...
Oui, je crois et je vois décliner l'irréel Comme un ange effrayé condamnant son vrai Ciel Soucieux quelque part de ma blanche agonie.
328
Muses qui conspirez dans l'Absolu
Muses qui conspirez dans l'Absolu, je sens se soulager en moi des possibilités délétères.
Avec son arc et sa virtuosité - de nouveaux symboles extravagants s'émancipent tout à coup !
C'est l'Art physique, l'éternelle réalité de nos deux corps !
Sois ombre en moi-même, dépourvu d'impossibles - croîs et invente un autre toit !
Il se peut que l'espace s'éclaircisse quelque peu et obtienne de vrais délires pensés dans le Concept !
- Stupides et debout - là ! dans l'air !
À quoi vais-je véritablement songé ? Quelles seront mes humeurs ?
Une pensée fétide m'envahit à présent.
Mille visions extrapolées surgissent dans les absurdes de l'invisible.
329
D'autres formes ruissellent, des beautés s'extasient, des inaccessibles s'enivrent dans le chatoiement.
Peux-tu breveter ces réalités acides ou te satisfaire de drôles à entrevoir ?
Tout est hors norme - la vitesse vacille stupidement.
Plus loin, ce seront des orgies et des perversités grotesques à percevoir avec vices et lubricités.
La crinière de ta chevelure lourde s'étale comme un plaisir éternel.
L'élan s'épanouit et cherche à ceindre.
J'existe tel quel et je t'implore.
Lumières et obscurités, fascinations d'orgasmes à concevoir.
Beauté qui procure son solide, femme à soupçonner avec son attelage beauté dominatrice, impériale avec aubes sublimes ou instantanées Femme flagellant sur son passage, abusive de mains et de fers, concevant ses pollens dans son immense mea culpa - je te sais délirer en toi-même.
Magicienne qui converge vers l'espace interdit 330
La superposition des images insolites - l'inéquation qui sortirait de ces lieux, de ces lieux de jouissance.
Le tout qui va à rien et le nu qui s'octroie stupidement...
N'était-ce que cela ?
La Vision absolue espérait encore !
331
*
Ovule ongulée en A Toi, tu es mon mystère et ma pensée intérieure
Tout est en moi inversement Je respire des somptuosités exquises Je me déploie totalement
L'impossible finalité
Cela même - et le verbe m'indispose cela même - toute tentative m'apparaît abjecte
332
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Quel est mon souvenir ?
Quel est mon souvenir ? Quel est mon devenir ? Qu'ai-je à espérer dans cette vasque infâme ? Je ne veux pas ce soir - (mais le voudrais-je encore, une autre nuit ?) fille perverse ou femme débraillée, coller contre ma chair ta chair obséquieuse et vicieuse ; faire régner le mystère du plaisir comme une fuite inventive pour oublier la réalité du temps existant.
Je ne veux pas ce soir, licencieuse ennemie, Respirer en ton corps le doux parfum des songes Ni déplacer mon cœur sur tes seins endurcis, Ni la jouissance facile où parfois tu me plonges.
Voilà le vice ! La déchire de nos âmes purifiées. Voilà l'excrément, la sueur, les larmes et les cruautés qui s'accouplent dans ce ballet démentiel pour obtenir un stupide et vile orgasme !
J'espère sur cette bouche inventer un amour Puissant et immortel que tu composeras, 333
Redorer cette nuit jusqu'aux lueurs du jour Dans la chambre lugubre offerte à nos ébats !
Car c'est là-bas, c'est plus loin, c'est plus haut que doit s'opérer la transhumance de la chair ! Là-bas loin du désir fécond de nos pulsions en détresse !
Qu'importe les espoirs de nos mains en détresse, Le souffle accéléré que réchauffaient nos yeux ! Je demande plus fort que houle et que tendresse...
De ce qu'une nuit accédant à mon sublime, je puisse égorger le sinistre ébat ténébreux, infection que jamais n'aurait pu soupçonner l'enfant. Le bel enfant idéal de l'icône du Fils dans sa merveilleuse pureté !
Un bonheur sans silence pour l'esprit ingénieux. Car de son pur cristal où le génie descend Rêvent de vains soupirs qu'avait soufflés l'enfant.
334
23 août 1978 -14 septembre 2008
Remarque : ce poème pourrait être dit avec en accompagnement musical le "Love Me, Please Love Me" de Michel Polnareff.
335
Soupir ancien II
Qu'ai-je à espérer ? Quel peut être mon futur ? Toutes ces choses m'apparaissent insignifiantes et ridicules. Non. Cela ne serait tenir.
D'un soupir ancien naît l'indifférente gloire Qui éclaire de l'ennui le plus pur diadème D'hier. (On prétendrait mourir en ma mémoire Un or épais et ocre dispendieux à l'extrême...
Me faut-il aller vers Autrui, lui expliquer qui je suis, ce que représente mon travail, mon œuvre, mon génie ? Sera-t-il apte à comprendre ? Non ! Je ne connaitrais que le mépris...
Ce ne sera qu'indifférence et dérision, inutilité de l'œuvre obtenue, que pierre tombale rejetée par Autrui !
Fustigé à l'écart, éloigné des disciples, Je l'entends battre inexorablement en moi ! ... Vaste écrin d'amertume aux facettes multiples, Il fuit, meurt avorté sans l'ombre d'un émoi ! ... Non. Jamais je ne serai. Voilà la pure inspiration réduite à l'état de 336
Néant. Mais ai-je su une fois, une seule fois, proposer de l'émotion ~ et faire tendre un cœur inconnu vers mon poème incompris ?
Mais que demain traînant son horrible fardeau, Pour l'éveil purifié resplendisse son nom ! Peut-être testament au bas autel des maux...
Ô le soleil de chair contemplant un vain drame, Idole de toi-même marqué à l'unisson, Seras-tu des substances faire couler une larme ?
21 octobre 1978 - 16 mars 2009
Remarque : Ce fragment pourrait être dit accompagné du morceau de "Lettre à Lise" de Ludwig Van Beethoven.
337
Venise II
Non ! Plus jamais ! Plus jamais ! Quel est l'espoir de cet amour défunt ? Non ! Je suis résigné : cela n'est plus !...
Et dans ce lieu fétide où dorment des gondoles, L'eau morne et transparente fut raison de soupirs, Ô sanglots répétés et si mouvantes violes, Contre un ciel de grisailles qui voulait s'obscurcir.
L'âme tangue ! L'esprit vacille ! L'esprit sanglote délicatement, enivré d'impossibles à atteindre, idéal de raisons qui vont disparaître ou s'enfuir sous ce ciel déclinant...
Des barques s'étiraient sur l'étendue. Nos rêves Profonds comme l'amour s'inclinaient lentement, Et penchaient plus encore par le vent qui soulève, Tremblaient, espoirs perdus, bercés au gré du temps. Et toi ma calme sœur, tu chantais ma faiblesse Lorsqu'un vol de corbeaux foudroya le vrai ciel. Pour noircir les souffrances d'une odieuse paresse, 338
Je vis dans tes yeux clairs les rayons d'un soleil...
Sera-ce encore possible ? Existe-t-il un infime espoir ? Non. Tout cela va mourir à tout jamais, à tout jamais ! Telle est la vérité de nos amours défuntes.
D'un soleil pâlissant, or, rouge et fatigué Qui semblait se mourir à l'orée de tes yeux. J'y trouvais un déluge de larmes délaissées Croyant à l'avenir de nos étés heureux.
4 décembre 1978 - 16 mars 2009
339
Diaphanes Jeunes marins
J'ai vu plein de jeunes marins solitaires qui paraissaient trop jeunes pour êtr aussi tristes. Ils me rappelaient de jeunes arbres frêles croissant dans la douleur
Trajet. Trame en Car, - je ne sais Une autre pensée - Cette fille candide avec cet enfant dans les bras.
No possibility. No place. Les courants mouvants. Je me suis reposée sur son épaule m'indignant des gestes. Puis l'enfant s'est endormi sur moi.
Unique pensée de chaleur - être ou mal être avec circlations de vitres autour de mon cou.
340
Douce incertitude
Douce incertitude - elles engagent un combat dans le vent constamment recommencé. Ces feuilles vont se déchirer, - elles vont mourir sous le soleil, et pourtant fouettées fouettées après chaque goutte de rosée elles renaitront d'un plus puissant vermeil.
Quant à Moi, batailleuse des campagnes, j'évince la déception, la tristesse, les yeux ternes par de petits vaisseaux et je renais d'or pur pour un plus clair soleil.
Je rejette ces cheveux ternes plombés comme une sale cascade, cette bouche pâle et ces yeux presque morts. Je dessine à nouveau la lèvre belle et tous les contours soulevés par les violents orages...
...Qui me dit, qui me dit :je t'embrasse à nouveau.
Ceci signifie autre chose que d'être fustigée à l'écart.
341
La vieille femme
Et encore cette vieille femme fardée - c'est le puisi qui l'empoche avec ces octaves de graves qui vociféraient stupidement. ~ ~ ~ Ondines. Elle portait mal ses seins.
Il faut ôter la misère. C'était son souffle édenté qui pleurait la misère dans cette sombre après-midi d'orage.
Oui, mais cette vieille femme face à sa glace qu'elle essuie pour être la poussière ~ qui se regarde et s'observe jeune, telle autrefois.
Sa pensée plonge dans le vide et s'octroie un nouveau meilleur.
Mais la robe pâle de mousseline et les bras inertes jamais éveillée et plus pure encore - que dire ?
342
La maison verte
Puis-je rêver encore de cette maison verte en bois brut et de ce canapé en velours bleu ? Il y a également ce buisson près de la porte.
Il me revient : cette poupée qui sautait les pavés de sa poussette.
Nouveau plan :
Les prairies sont immenses : atteignent, atteignent le ciel - délaisse-moi en ton pourtour avec ces herbes piétinées et ton corps contre mon corps amassé - sans vie - poussera-t-il encore autre chose ?
A présent :
Je me nourris de gouache - de pensées délétères d'invisibles inconscients -
Sont-ce les portes de l'Immortalité ?
J'y crois en souriant
343
Le fleuve
Le fleuve majestueux se déploie et circule - au-dessus quelque chose... le vent, la pluie - encore ce fleuve.
A présent, le silence excepté le grondement de toutes choses et le murmure de toutes choses, le murmure étouffé au-delà de toute tristesse.
Et les bruits assourdis loin des gémissements plaintifs cette fade teneur - teneur réelle et irréelle - teneur.
Et cette vague immodérée qui se répand avec tristes sanglots c'est la vie même.
Tu dois : - gémir et souffrir pour la perte de ton sublime. Vacille et ploie sous la brise.
- La joie édulcorée s'époumone encore. Persiste dans le calme - sois calme. Existe encore.
344
Les ponts
Oh ! Comme j'aimerais être morte - oui, être morte à tout jamais ! Loin, loin, loin, très loin d'ici éloignée de n'importe quel lieu mais comment le ferais-je ?
Il y a toujours des ponts - le pont de Brooklyn ! - Non, celui-là je le garde car j'aime ce pont (de là, tout est beau et l'air est si pur) - Quand on y marche, tout semble calme et apaisé même avec toutes ces voitures qui roulent comme des folles là dessous !
Donc il faudrait que ce soit un autre pont - un pont moche et sans vue - pourtant quelque part j'aime les ponts, tous les ponts - il y a toujours quelque chose d'intéressant en eux, d'ailleurs un pont moche je n'en ai jamais vu.
345
Cotangentes
Gloire du poète
L'homme sonne trois fois devant le Soleil. Son beffroi est amoureux. Il s'octroie de l'or en solitaire. Non ! Ne vacille ! Oui : s'immobilise.
Avec ces filles claires et aveugles qui quémandent quelque plaisir mais vont dormir sous des mouches puantes.
Des mains graissent des acteurs ; la bouche de l'adolescent se dérobe étrangère et sage, prétend Trakl ; des lèvres battent apeurées en septembre ; qu'en est-il de la Vérité ?
Ce sont les cris des ossements ; les cercueils livides circulent de blasphèmes en blasphèmes.
Le laurier viendra sertir la tempe déjà vieillie de l'être purifié.
346
Les pâles sentiers
Dans les pâles sentiers, nous étions sinistres ; l'eau verte se putréfia en noir ; avions-nous quelque espoir d'accéder à un sublime ? Quel était notre potentiel de croissance ?
Le crâne pourri du cheval ; les hallalis étranges étranges ; les petits monstres dans les bosquets ;
Un rêve de claire étoile s'éveillait toutefois ; la fille mince ; la paysanne claire ;
Avivant quelque fraîcheur, nous supposions cette fièvre qui consumait nos espérances. Tu as recouvert tes plaies avec le sang puant des chiens. Tu t'égayais de spasmes, de vomissures avec lancées de sperme dans des latrines puantes...
Le bleu redescend nuitamment. Quelqu'un y boit son lait accompagné d'étoiles.
N'était-ce donc que cela ?
347
L'éternel orgasme
La chair est sur la chair, bel amoncellement De tant d'apothéoses pour accéder encore Aux pures métamorphoses quand les ébats des corps S'abandonnent et expulsent leurs ultimes saveurs !
Sublimes impudeurs pour cette mort superbe ! Agonies ! Agonies ! Voyez, je vous célèbre Et quémande toujours en vous de m'achever... Je m'épuise et je meurs, je veux m'abandonner...
Je râle, souffle et implore tant de divinités De vouloir, s'il se peut, de me ressusciter Pour jouir en orgasmes et là m'évanouir En éblouissements, en purs éclatements D'avalanches et cascades... Oui, je veux en finir Et dans l'éternité renaître pour mourir !
348
Hortense
Toutes les atrocités violent les gestes ardents d'Hortense. Elle est, elle existe, elle n'est plus. Que de pitoyables facéties pour qu'elle soit, s'assume, s'impose, s'épanouit !
On n'ose la quémander. On la désire avec ardeur. Elle semble femme lubrique offerte à tous les excès, ingérant supplices et excréments.
C'est la misère sexuelle qui l'exploite assidûment. La visée stupide d'un peuple en chaleur qui quémande des orgasmes à tout-va.
On prétend. On suppose. On croit. De là, tant de délires, tant d'apothéoses, de reines et de rois !
Nulle frigidité, nulle impuissance. Tout s'octroie dans le fantasme et l'interdit est banni.
Ô la sublime masturbation et l'enchevêtrement d'images perverses ou superbes pour la faire apparaître !
Ce n'est. Ce n'est pas. J'exploite l'idée. Et j'y crois fébrile et médusé.
Je me dépense en nuits sadiques et je pense autrement le sens à accomplir.
Qu'en sera-t-il de la beauté pure, idéale de naïveté respirant les haleines 349
claires sur le duvet de douceur ?
Le fouet s'abat et j'hurle horriblement.
350
Enigmes(matiques)
Commettant l'impensable ...
Ici il s'agit de séries de pluie qui plombent goutte-à-goutte le désormais hiver imbécile Oui, mais je sais l'absurde du délire, du souhaitable, du ...
Elle dysfonctionne appliquant ses méfaits dans l'ordre du mérite Elle détache des hérissons épais et se prétend veuve (La côte critique la dessert - tout cela est inaccessible, n'est-ce pas ?)
Je reprends la guimauve et semble exalté
Laetitia ! Laetitia ! Advienne qui peut ! dans les eaux saumâtres t'essayant à quelque écrit ... Le dérèglement est transmis aux averses de louanges
Nous sommes qui vous êtes, cherchant à expliquer, Nous abaissant dans le Principe
Aurons-Nous quelques saveurs pour Nous exalter ? Avec cette Donne divine, qui serez-vous ?
Je m'amourache stupidement Les plus nombreux sont presque rien 351
As-tu souillé des assemblées ? Nous voilà tous en l'air
Et la Beauté qui incube le savoir ? Et l'Energie autre qui suspend ses pensées ? N'est-ce point ? Est-ce ?
L'odeur de l'étamine m'éveille tout à coup.
352
Les fééries rêvées
Seront-ce des fééries rêvées sous des sourires de guerre et des charmes fiévreux ? Les baisers toujours gerboyant brûlent comme des exils florentins et liquéfient les pâles signatures d'un demain.
Il avait choyé les fibres mauves offerts aux pétales de l'insouciance. Bleus les esprits soupiraient vaguement dans leur âme immortelle.
Sur des lèvres enivrées de rouges pétales et de fleurs multicolores, l'haleine tiède des satins était une fuite à espérer.
- Souffre ... M'aimes-tu ? Gémissait la voix éternelle. - Oui, dans l'effondrement de mes pensées.
La fluidité s'éloigna lentement. Les envolées légères frappaient l'air cristallin. Une nouvelle écume ? Non. Des vols sapientaux cruellement subtils, inaptes à comprendre. Invitée aux fêtes de la pensée, Eléonore explore encore d'autres impossibles, se noie dans ses images et se meurt tristement.
Non. Des pluies d'orgasmes jamais inassouvies. Fuira-t-elle sur des chairs nouvelles ? S'indignera-t-elle sur des sources inconnues ?
Toute espèce inventive attestera de la difficulté de nos mensonges
353
Vapeur d’une audace II
Vaste enveloppement ~ Déjà L’animosité s’endort ; golfe aérien D’une étoile diffuse ; Aux firmaments clairs d’une opale de feu, L’opulence des magnanimes exploits ; Auprès de la veillée, l’oracle certifié : - C’est la douceur des morts dans le murmures des vagues ; Ou la volée neigeuse que des aubades Dédaignent dans la cohorte des nuits. Une ondée parfois s’amuse Et l’eau neuve circule librement parmi des paysages sauvages. Ô lenteurs des pôles que l’attraction que l’attraction distribue à soi-même ; pour la courbe cosmique, la certitude de la Parousie et l’invitation des Anges. - Ce sont des fractions évidentes sous un ciel bellâtre ! Il distribue l’amour et condamne l’ordre établi comme aux temps soucieux De sa première rage ! Apnée ; respirations incertaines ; circulations et folies. L’ordre est de redescendre. 354
L’accusation Ils vont te conspuer t’accusant de refus, n’ayant point connu La Lumière intérieure. Ne sachant pas. Etres … Etres humains. Considérant le principe poétique … Du moins leur principe poétique. Et que leur dire ? Que ?
Je suis coupable. Vous êtes certitude de vérité. Que faut-il ajouter ?
Lumière. Au fond. Autre lumière. Le dire. Le projeter. Sous des astres incessants, que penser ? Avec la clarification du miel en cent mille visages qui restituent une image diaphane de vérité, de mensonges également … Puissances vastes, puissances de l’Immortalité, laissez couler en moi votre savoir immense !
Le don se développe en son centre. Chaque tentative de rencontre se solde par un échec ! Ha ! La ! La ! Poète stupide et médiocre !
355
Fantasmes Je ne doute pas. Je dispose. Entre la racine et l’ensoleillement, je prétends à l’acte. Il s’agit de sexes délurés, d’orgasmes aberrants. Je plonge dans
mon propre sommeil.
La lumière diffuse des images crues, audacieuses, impossibles, interdites. Me voilà vautré dans la chair considérant les exubérances, les avalanches de beautés d’un idéal désespérant. Sang, orifices, spasmes, ardeurs : leurs jambes s’illuminent phosphorescentes dans la candeur de ma nuit. La veine rougeoie et devient violette. Les idylles fugitives disparaissent d’un coup. Leurs muscles souples se reflétaient dans des miroirs et nourrissaient des lignes claire à inventer. Oui, La Cité est faite d’âmes humaines, - ce sont flammes qui dansent en cadence. Et l’ivresse de leur fascinante perfection laisse le poète hagard mais rempli de béatitudes.
356
Prolongements
Critique poétique
Pour en revenir à cette accélération mentale qui est de ne pas ou de trouver l'équation algébrique pour résoudre le problème de la variabilité grammaticale ou littéraire - le point ultime de la créativité verbale - pour ajouter, obtenir, détenir - être un moment dans l'Art - être soi - être un Nom - avoir une renommée - avec des distorsions cérébrales de non pas - d'être - d'inventivité.
Enfin - existons !
Voici l'instant précis de mes idées, mon cher public forcément attentif. Je vous dis le nouveau concept - ceci est sensé. Ajoutez-y du vrai subjugué dans un délire maîtrisé - c'est encore Moi.
Je propose donc la constance d'actions transcendantes avec effluves de parapets dans le sous-bois de l'Inconnu. Vous me suivez ?
Non. Chercher. Chercher toujours en soi par des principes nouveaux, des volontés rimbaldiennes, grammaticales, autres.
La canicule, au fond de soi. Et des stupeurs qui toujours s'échangèrent. Sur le rythme de la paroi interne, parfois surgit un écureuil. Il va vite. Vite. Véloce comme l'Inconscient.
357
La peur. Les fougères. La Vérité de la Nature. Et quoi ?
358
Il est un minuit II
Il est un minuit qui se perd hélas ! et que tu refuses dans ta grande naïveté visionnaire. Tous les spasmes des ombres femelles tourbillonnent au-delà de l'insipide à inventer. Veules, tournoiements, stupidités actives, rougeoiements et presque laides - là, le décor de la folie explose à nouveau devant tes yeux. Ce sont des réflexes tapageurs dans l'exercice du Moi où l'Inconscient domine sur l'Absolu - du moins il le prétend. Lui se déplace dans le parfait, invente des chimères, reconnait des délires, explose dans l'évidence. Même les rois-néant amplifient leur pensée destructrice.
Encore l'évasive dans les vapeurs brunes, encore la bouche parlant quémandant la douceur, la sève et les viandes puis dans les hauteurs la Certitude stigmatisée.
Qu'en est-il du solstice ? De la progéniture béatifiée ? De l'idéal mensonger ? - Tout s'en retournera dans les rumeurs de l'impossible absent.
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Les parures Les parures pour scintiller dans l’absence Les gestes lents, l’humeur acide pour justifier des fermoirs de jeunesse Des silences attentifs qui frissonnent déjà Puis se déploient ou s’évadent dans les cieux surhumains des lancées claires qui plongent et replongent pour la féérie épuisée de maigres songes
Des lionnes fantasques apparaissent quelquefois De se dire qu’il est peu par la chair toutefois Et l’évidence inassouvie perçue dans le pire mensonge Tout se tient dans des lumières molles : - L’océan, Le feu, le sang, l’ordre, la vérité, l’éclair. J’implore mille ardeurs de ne pas se transluire Oui, j’implore - s’exalte alors la magie béatifique ! …
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Femme espérée
Femme espérée dans l'alcôve du soir ; femme Quémandant son premier soupir ; femme-là ; Femme implorant un fantasme ; femme de dormeuse, De baigneuse, et gémissant. Ce sont des dérives Intérieures.
Femme avec voiles transparents et glus dans l'air. Et décentrée et implorant encore. Oui, débordeMents ultimes. Saveurs, jouissances, là.
Dans l'or de l'atmosphère avec variables onduLatoires, de fluides et d'éblouissements. Chair encore ! Je célèbre l'apothéose de l'interdit. Je vais Vers l'aberration de formes belles et je conçois :
Vibrations saccadées de toi à moi, et léchant Qui, et léchant quoi ? - Un long filet d'idéal Corrompu se répand plus ou moins. Oui et moins.
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FLORILèGE
Avertissement Recueils ayant participé à l’élaboration de cet ouvrage :
L'Huile fraîche - Le Germe et la Semence - Le Moût et le Froment - Le Manuscrit inachevé - Collages - Louanges du feu - Poïétique - Eloge de l'orgasme - Sueurs sacrées - Les Sonnets - Grappillages - Alexandre - L'Ancien Testament - Premier Livre de Samuel - Les Psaumes - Les Cinq Rouleaux - Le Coran - L'Enéide Souffles nouveaux I - Souffles nouveaux II - Messages I - Messages II - Messages III - Messages IV - Messages V - Messages VI - Résonances I - Résonances II Restriction Poésies 1998-2004 - Restriction Poésies 2005-2009 - Restriction Poésies 2010-2014 -
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