Franck lozac'h poèmes amoureux

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FRANCK LOZAC'H

Poèmes amoureux

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L’Huile fraîche

À Sandrine

Repose sur ce sein que la paresse offense, Et brûle en ma raison tes prochaines fumées. De mon ravissement, embrasse les carences Qui s'imposent sur ma joue frappée et profanée.

Alors pour ta liqueur, bois le fruit des délices Et organise un songe où tu reposeras. Qu'importe, vraie beauté, les mouvements factices, Car l'appel de ta chair me redemandera.

Ah ! Courir sur les flots antiques de lumière ! Qu'une étincelle éclaire et chante tes fureurs ! À l'ombre du platane, je te vois, tu es fière ! ...

Parée de tes bijoux, de parfums délicats, Tu lances des étoiles pour orner mes lueurs, Adorable beauté que j'aime, et qu'il brusqua !

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Je croyais voir

Je croyais voir en l'or de tes cheveux un nuage tendrement endormi sur des aquarelles mortuaires. J'y discernais un convoi de broderies éparses, et j'embrassais dans cet amas confusément respiré la rêverie lointaine. Je m'égarais dans les parfums, dans les sueurs de nos amours anciennes.

Mais toi d'un geste dédaigneux, presque machinal tu passas ta main blanche et bien faite dans ce désordre de mèches blondes, et la noble rêverie s'est plu à se défaire, n'est-ce pas, Isabelle ?

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C'est un spleen

C'est un spleen qui renferme toute la nostalgie d'une lueur sublime, une douloureuse faiblesse de cœur recueillie dans la solitude, morne solitude près du feu pétillant de la cheminée, où le seul ami est peut-être encore cette bouteille de vin rare et ce verre de cristal.

Glacial amour, amour tendrement chéri, amour rêvé, amour volatilisé que la fantaisie de la femme reproduit inlassablement comme pour retenir son idéal, comme pour retenir le temps !

Et la dernière lueur du brasier s'est plu à mourir. Ce n'est plus qu'une lumière douceâtre qui baigne la chambre décorée de bibelots rares et de meubles fort anciens.

Ce n'est plus qu'un désir impossible qui resplendit encore dans l'âme d'Agathe. Ce n'est plus qu'une douleur inconsolable qui vit dans le cœur d'Agathe.

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Enivrée par le nectar, elle s'endort entourée de somptueuses étoffes posées nonchalamment sur le divan superbe.

Parée de somptueux bijoux, l'œil hagard et livide, soulevant d'une main nonchalante quantité de soierie déposée sur le divan, elle rêve des délicieuses soirées passées chez les De Busy.

Et des images tenaces, toujours martelant son âme voyageuse s'amoncellent les unes contre les autres comme une pellicule de film inlassablement répétée.

Et dans ses souvenirs voués déjà à l'ennui, elle multiplie les scènes, grossit les visages, et espère embrasser dans cet amoncellement de détails, l'instant unique et sublime que son esprit s'était juré de ne jamais oublier : le regard saisissant du jeune homme aux yeux foncés, tirant vers un marron extrême, - ce regard de feu exprimant toute la force et l'intrépidité de la jeunesse conquérante. Oui, malheureuse, presque envoûtée par ce sourire d'ange, par cette bouche suave, elle éternise son évasive rêverie sur le caporal blond.

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C'était un vieux boudoir

C'était un vieux boudoir où tremblaient des spectres d'ombres, où un mal invisible rôdait lugubre parmi les meubles de la pièce. Point de mots, points de regards - une attente éternelle épiait le moindre bruit, l'infime craquement des planchers. Les boiseries comme travaillées nuitamment gémissaient de douleurs et de plaintes répétées.

À travers les carreaux de la fenêtre obscure, une lune pâle, ronde comme une hostie propageait ses rayons blanchâtres - un instant sublime que la peur éternisait, un instant d'inquiétude et de bonheur en soi.

Il y avait les masses inertes de nos chairs blotties dans de profonds fauteuils. Les yeux du chat luisants étaient prêts à s'enfuir. Et nos mains transpiraient de faiblesse et d'effroi.

Un coup de tonnerre puissant et le silence disparaît. Un cri perçant de sa gorge étroite, s'expulse et se propage en dissonance dans la pièce. Un cri inhumain et la femme indécente se transforme en vampire !

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L'architecture de la femme

L'architecture de la femme ouvre ses yeux et dépose ses rayons rougis par le soleil. Pieds nus, tête penchée contre le regard pensif de l'éclusier, l'eau monte le long de la façade de bois - la cour est haletante. Elle vocifère l'inexpérience et sa paresseuse blancheur.

Quant aux tapisseries, elles noircissent lentement sous les fouets du saule pleureur.

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Que tu proposes nue

Que tu proposes nue À ma souffrance ancienne Fruits, délices conçus Avec liqueurs suprêmes,

Lentement de l'éclat Reposé sur un cœur Un souffle poussera Cris sublimes et candeurs ...

Perdue une seconde, Dans ce combat royal, Ma faiblesse profonde, Ô destinée fatale !

S'émancipe quelque peu ... Semble vivre et se meurt Dans la lueur du soir, Et chasse mon désespoir !

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À ma dormeuse

Je ne veux pas ce soir, licencieuse ennemie, Respirer en ton corps le doux parfum des songes, Ni déplacer mon cœur sur tes seins endurcis, Ni la jouissance facile où parfois tu me plonges.

J'espère sur cette bouche inventer un amour Puissant et immortel que tu composeras, Redorer cette nuit jusqu'aux lueurs du jour Dans la chambre lugubre offerte à nos ébats !

Qu'importe, les espoirs de nos mains en détresse, Le souffle accéléré que réchauffaient nos yeux ! Je demande plus fort que houle et que tendresse,

Un bonheur sans silence pour l'esprit ingénieux. Car de son pur cristal où le génie descend Rêvent de vrais soupirs qu'avait soufflé l'enfant.

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Ô si pure et si loin

Ô si pure et si loin qu'une lueur m'émeut ! Hélas ! Belle sous le doux bercement de la fleur, Je vis la merveilleuse dans les antiques feux, Une pâle beauté saignante de douleurs.

Telle défaite de l'éternel complice encore ! Lourde de somnolence, ô baisers de saveurs, Maint drame répété en mon cœur à éclore ! Et l'œil pour les substances divines et les douceurs.

Se pose sur l'inconnue, le blond désir rêvé ! C'est le terrible aveu, terme clair de l'espoir. Enivré de nature, je croyais voir couler Sur votre bouche rouge la blancheur d'un cristal.

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Le Germe et la Semence

Venise

Et dans ce lieu fétide où dorment des gondoles, L'eau morne et transparente fut raison de soupirs, Ô sanglots répétés et si mouvantes violes, Contre un ciel de grisailles qui voulait s'obscurcir.

Des barques s'étiraient sur l'étendue. Nos rêves Profonds comme l'amour s'inclinaient lentement, Et penchaient plus encore par le vent qui soulève, Tremblaient, espoirs perdus, bercés au gré du temps. Et toi ma calme sœur, tu chantais ma faiblesse Lorsqu'un vol de corbeaux foudroya le vrai ciel. Pour noircir les souffrances d'une odieuse paresse, Je vis dans tes yeux clairs les rayons d'un soleil,

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D'un soleil pâlissant, or, rouge et fatigué Qui semblait se mourir à l'orée de tes yeux. J'y trouvais un déluge de larmes délaissées Croyant à l'avenir de nos étés heureux.

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Ta main alanguie

Ta main alanguie, profusion de saveurs, Qui contemple la nuit, désinvolte froidure, Ta main a délaissé sur le drap amoureux Les stigmates profonds de ses sombres morsures !

Et cette nonchalance abattue, aigre ou vile, Décline lentement dans ses douleurs dorées. Ses souffrances sont grâces et ses pensées occultes !

La survivance s'éteint, antique et froissée Pareille au vieil orage sur nos murs tapissés.

Je te goûte, fruit mûr, palme je te caresse. J'ondule, ô mon silence, parmi tant de furies, Luxure de mes nuits qui te désintéressent !

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La vieille maîtresse

Quand respirant encore sa poitrine, soumise ! De tes yeux couleront les tristesses du soir ; Quand de vives querelles, des sanglots et des crises Viendront s'imprégner sur ton fétide mouchoir ;

Quand vieillie et défaite sous son joug inhumain, Tu trembleras de honte par ses peines, obscurcie ; Suppliante, à genoux et joignant les deux mains, Tu diras des mots tendres pour consoler tes nuits ; Alors femme fatidique, ô cœur égaré ! Sur mon sein balbutiant de confuses paroles, Baisant et implorant d'autres chaleurs rêvées Alors tu tomberas dans mes extases molles !

Et ta bouche et ta lèvre pour des plaisirs encore Viendront sucer mon sang, délice de mon cœur ! Et impure et esclave, oubliant le remords, Tu dormiras repue, voluptueuse sœur !

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Plaidoyer pour deux crânes

Par des liens soudés, par la honte prescrite, C'est le deuil contracté sur les terres nuptiales, La haine apparente vit dans les doigts crispés.

Avec ces faces macabres, de progressives vengeances, L'indescriptible fièvre, puis des moments hagards. C'est la mort qui sommeille déjà dans chaque esprit.

Le frottement constant de deux pieds qui se touchent Glacés sous les draps noirs d'interminables nuits ; Le geste cadencé, immuable des bouches, C'est la perle suprême de l'entente infinie !

Oh ! Les démons intimes, les déplorables bêtes, Qui sont assermentés par l'alliance jaunie, Et ces cœurs enchaînés à ces atroces têtes ! Oh ! Les années terribles dans les bas-fonds d'un lit !

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Sa grâce accoutumée

A.P.V.

Sa grâce accoutumée S'enivre de soleil. Ô la nymphe égarée Dans ses rayons vermeils, D'un brin de pureté, Sur son onde, s'éveille, Si sensible beauté.

Et le vent dégarni Plisse dans les roseaux Les substances réunies Par le calme des eaux. Elle, baignée à demi, Évasive sans trop Elle dit, mélancolie.

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Les bruissements subtils De son regard si fin Ont dĂŠcouvert fragile L'Ĺ“il clair qui est le mien. J'emporterai l'exil Car te sachant au bain Je ne pourrais, sensible, T'imposer le tien.

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Que tu proposes nue

À Sandrine

Que tu proposes nue À ma souffrance ancienne Fruits et délices conçus Avec liqueurs suprêmes,

Lentement de l'éclat Reposé sur un cœur Un pur souffle unira Cris sublimes et candeurs !

Éloignée une seconde De ce combat royal Ma faiblesse profonde De sa pensée fatale

S'émancipe peu à peu ... Semble revivre et meurt Dans les lueurs du soir, Et chasse mon désespoir ! 18


Éloignement

Folle aimée qui d'une jouissance Offre des fruits langoureux, Oserai-je te parler Quand résonne ce cœur pluvieux ?

L'enchanteresse s'éloigne Au plus profond du corps Elle désire, elle décline Dans ses cheveux soyeux Sa délivrance la tord, Le sommeil est cherché.

La jambe longue, la jambe fine Posée sur le bord du lit S'étale dans un rêve Tout imprégné de fleurs.

La pâle, l'amoureuse encore, Sur le drap bleu s'est endormie.

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Je veux te dédier

Je veux te dédier, chatoyante parure, sur des coussins bercés par le luxe et l'encens, cet hymne solennel bordé de sa froidure, et promis aux secousses vengeresses du Néant.

Alors je te convie entre ces quatre murs, au sublime festin de l'inconnu malheur, et je prépare, cynique, une noble mixture qui brûlera ta peau et percera ton cœur.

Et quand, momie étrange et desséchée, sur un plateau superbe, je te poserai nue, tu vibreras encore de spasmes saccadés, admirable beauté que j'aime et que je tue !

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Quand exténuée, ravagée

Quand exténuée, ravagée par cette douleur latente, quand l'ombre même transformée en supplice déploie ses grands bras et gesticule menaçante en tourbillons immenses, ô l'éternelle substance succombe aux tentations du plaisir et oublie un court instant le martyr qu'elle endure, et oublie la tâche inhumaine qu'elle s'est vouée.

Malgré les horribles contorsions, les déchirures internes, les feux superbes sortis de la panse de Lucifer, pas un croyant ne viendra soulager ces mortelles blessures.

Qui oserait se fourvoyer pour soulager un mal dont il ne peut apprécier la monstruosité ? Toi, pauvre créature, disposée sur le drap de satin, lourde de fatigue amoureuse, toi que j'embrasse confusément pour éloigner mes craintes, saurais-tu entendre les hurlements de mes désespoirs ?

Tu reposes, ivre de servitude passée dans un grand lit d'allégresse ! Tu rêves avec ta chevelure imprégnée de parfums

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exaltants à une contrée lointaine ; Quelle monotonie insipide dans tes yeux évasifs ! Quelle lente paresse par ton corps sacré !

Quelle force encore me pousse à combattre moi qui suis englué dans une toile d'araignée ? Moi qui à l'orée de mes vingt ans espérais une terre ferme, moi qui marche sur des sables mouvants ?

Sont-ce les derniers soubresauts d'une mort fatidique ? J'entrevois comme des images sacrées dans mes rêves, une marche funèbre, des soldats bleus fusil en main, et j'entends un caporal crier en joue.

Parfois c'est une corde qui se balance dans un mouvement régulier, et moi je place ma gorge entre ses nœuds serrés. Plus loin, le tombeau où mon corps sera exhumé, les pleurs des femmes et les fleurs artificielles.

Mais tout ceci n'est d'aucun intérêt pour vos pauvres consciences que d'entendre les gémissements malingres d'un poète inconnu.

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Dans mon rêve épuré

Dans mon rêve épuré, je discerne ton nom Dans les lieux à venir, j'entends battre tes yeux Je sais ton chant, je sais ta voix et ta beauté Et le regard d'amour qui encombre tes bras.

J'écoute frémir mon heure puissante et ténébreuse Que l'instant et l'histoire encenseront encore J'embrasse l'enfant violence des voluptés Et je dors lentement à l'ombre de mon ombre.

Je me plais à vêtir le monologue qui dure Patience, dévouement, sagesse, supplices Tasses d'or et d'argent jetées contre nos cieux Et délires et délices et salive et amour Et les ans passeront comme un souffle inhumain.

J'observe la douceur et l'orgueil de ces transes La chaude montée au cœur qui est rose et bleue Et j'approuve en moi-même le désir de survivre Pour rester longtemps presque mort en nous deux.

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Même rêverie

Dans mon rêve épuré, je discerne ton nom. Déjà je sais ton chant, ta voix et ta beauté, Et le regard d'amour qui enroule tes bras.

J'entends frémir mon heure si grave si ténébreuse Que l'instant et l'histoire encenseront encore.

Et j'embrasse l'enfant, fruit de nos voluptés, Et je dors lentement à l'ombre de mon ombre. Je me plais à vêtir les paroles qui fuient.

Patience et sagesse, dévouement et supplice, Et délires et délices et salive et amour ! Les années passeront comme un souffle inhumain.

Je contemple la vie et l'orgueil de ces transes, La chaude montée au cœur qui est rose et bleue, Car j'éprouve en moi-même le désir de survivre Pour rester allongé presque mort en nous deux.

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Immolée sur les plaies

Immolée sur les plaies sanguinaires des suicides, Soulevée par la pure vengeance des Dieux marins Dans sa candeur, violée aux furies de ses eaux Rejetée par les vents sous les courants torrides Même dans la bravoure, la vague rejette l'épave.

Mais affreuse et tremblante presque morte déjà ivre Dans les excès de fièvre sous l'ardeur de l'été Transparente parfois mais libre sur les mers O Beauté vénérée derrière les larges terres Mon âme désinvolte, accablée de remords Quand sur toi le malheur, repose, que faut-il faire ?

Alors vers quels plaisirs dans l'univers fangeux Faiblesse de conquêtes, ô sœur de l'infini Détourner de ce joug, l'impossible grandeur ? Règne, siècle, frayeur ! Ame promise, que faire ?

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Les membres décharnés

Les membres décharnés, vomis sous les silences Que la chambre lugubre a subi en dormant, Et des voiles jaunis, perdus de transparence, Univers trop sordide et pâmoison du temps !

Ils mêlent pourtant des corps, des âmes, des sens, Des actions divines offertes chaque nuit ! Ils combattent des formes, jouissent de leur transe, Et tombent agenouillés sur un cadran qui fuit !

Veules de béatitude dans leur macabre loi Unissant des plaisirs sur des lèvres plissées, Nous !, sans plus d'harmonie pour deux cœurs qui festoient !

Et des frayeurs étranges m'occupent tout à coup : Ne sont-ce pas des spectres ou des esprits vidés, Ces deux chairs qui s'écroulent dans la mansarde floue ?

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J'ai dû aimer

J'ai dû aimer sous d'autres cieux, Mais je ne sais plus quel matin, Agile et noble comme le feu La beauté au regard divin.

C'était désir stérile mêlé de grâces Que l'ivresse emplissait sans grandeur ; Quand l'âme libre enfin s'efface, L'amour de Dieu devient pêcheur.

Quiconque use de ses ongles sur sa peau Et comprime son souffle dans l'abus, Vrai, bannira l'horrible fardeau De l'acte facile sur le corps nu.

Mais la beauté en fruit lubrique Métamorphose son idéal Sous les saccades rythmiques De son galeux caporal !

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La protubérance excessive

La protubérance excessive Qui me servait de sommeil S'éclipse dans les premières senteurs De mon vaste ciel.

Que d'inconnus rivages Et que de sources à explorer ! L'infini commérage A déjà bouillonné.

Chastes idées reçues, Catacombes enfantines, Quand l'espoir est perçu La chaleur me fascine !

D'autres vents se sont engouffrés Sous ma porte vagissante. Mon tendre esprit, il est arrivé Le seuil étroit de ma pente !

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Clairons, sonnez l'expansive Et heureuse cérémonie Puisque des femmes agressives Sur les couches se sont endormies.

Ô la câline, la débaucheuse, Le tempérament étrange ! Elle gît Sandrine la pleureuse Comme le sourire de mon Ange !

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Éloignée mais si proche

Éloignée mais si proche Par le rêve qui te ressemble, De l'âme quand tu approches C'est tout un corps qui tremble...

Ne connaissant le triste émoi, Tu avances insolente sœur Et me parles maintes fois Sans savoir ma douleur.

Pour ma faiblesse extrême, Voici ces quelques vers. Affreuses lignes ou diadème ? Qu'importe ! Puisque je t'aime !

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Le serpent

Avec ses contorsions voulues en son lugubre Déclin, c'est le serpent annelé jusqu'au cou Orientant des instincts à moi-même si salubre, Sur mon ventre pâmé, à l'instant le plus doux.

Et qui va comme une amertume sommeillait, Transformer la nuisance prochaine de mes frayeurs, Pareil au rarissime amant qui se penchait.

Des voiles, des langes clairs pour ces maux confus, Et des accords parfaits entre nature, oublis, Qui condamnent pourtant les plaisirs que l'on tue ! ...

Ho ! Le reptile immonde jouant entre ses mains Parmi la blancheur troublante des autres pensées ! Par ton acte morose, il se perdrait des riens Qui pleurent en leurs soupirs les saignantes aimées !

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Alors tu te réveilles

Alors tu te réveilles, ô beau corps de déesse ! Tu cherches mes désirs comblés par les tourments. La pointe de ton sein sevré de sang se dresse, Mon admirable amie et mon sublime amant !

Si mon ventre s'éteint, j'appelle tes lueurs. Je jouis de l'incomparable volupté De rester en moi-même et d'être un autre ailleurs, De créer un génie aux plaisirs insensés !

Je verrouille ta chair, la place du bonheur. Je dors paisiblement dans le cœur des Aimées. J'invoque ta richesse, ta sublime saveur, Ta substance promise et ton nectar sacré !

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Le Moût et le Froment

Ainsi ai-je vu

Ainsi ai-je vu de lourds chevaux traîner de superbes cohortes de sel. C'était au sortir du rêve. Oisive, entretenue par la fatigue du matin, l'imagination jouit, reine du lieu de la chambre. Elle conduit le repos jusqu'aux portes de l'inconnu. Encore du drôle peuplé de romantisme, des croissants de bonheurs comme des étapes successives. Elle égrène sa course puisque le sommeil gagne et condamne les premières heures du lever ! Quand je distribue les rôles de chacun, par de mesquines allusions, je les sais composer l'image sacrée et transformer à leur goût les règles de mon propre jeu.

Silence, distorsions comme des cambrures sur de planes figures, puis des mouvements cycliques dans des bourrasques d'eaux pleines : elle se plaît avec l'impossible, rit de ses nombreuses découvertes. Amie de l'absolu, du négatif, femme ou démoniaque Circé, qui est-elle ?

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Dans le dégoût

Dans le dégoût, la femme s'envole et s'enivre des fraîcheurs matinales. Les veines sont gonflées par les saveurs extrêmes et le sang bat sous la peau lisse et fatiguée. Allongée, le corps nu sous le drap de satin, la respiration est courte, saccadée par moments. Puis une longue bouffée d'air pur gonfle sa poitrine. Le sein droit découvert dévoile une pointe violacée, tendre et ferme. La main caresse un autre corps qui repose à ses côtés. Un visage lourd de rides et d'espérances oubliées. Les yeux transparents d'amertume collent un plafond grisâtre. Et la lèvre pendante encore semble boire avec avidité ses vingt ans.

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Sans famille

Sans famille, il est permis de rêver. Sans femme, sans enfant, l'unité de soi-même est grande. Le retour à la vie libère des attachements et des seuls ennuis. Mesure-t-on les plaisirs retrouvés ?

"J'aime, dit-elle. Si le respect est un droit que la fortune me soit donnée".

Faible femme, que veut-elle dire ? Illusions des mots, incompréhension absolue ! Mon corps déchiré s'éloigne de la naïve, et l'inconstante perdue ne me parle plus.

Présent dans ses états d'âme, je divaguais aussi, perdant ma vigueur et mes longues nuits. Moi, amoureux, je cherchais l'accord de mes chairs, mais mon esprit s'enfuyait ailleurs.

L'esprit allait vers d'autres lieux. Sa demeure était mienne pour quelques jours. Je revins dans la chambre sans plus de choix que de voir de nouvelles femmes s'offrir à moi.

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Un phallus de cristal

Un phallus de cristal incrusté de pierreries, d'émeraudes et de saphirs, avachi et mou sur un coussin de velours avec des garnitures d'or.

Je m'imagine et m'appartiens. Au point le plus haut de m'appartenir une vision terrestre de beauté transparente m'apparaît, une femme vêtue d'un voile léger, bercée par un vent flotte devant mes yeux et sa chevelure noire baigne et tournoie autour de son corps. Ses pieds recouverts d'une robe limpide sont soulevés audessus du sol. Elle tend ses deux mains vers moi, s'approche lentement et son corps glisse. Son regard me fixe, elle m'invite à me lever et à la rejoindre.

Sur le point de la rejoindre alors si près que je m'enivrais de son parfum, si près que ses doigts tendus touchaient les miens, elle disparut comme une bonne fée inaccessible aux simples mortels que nous sommes.

Un phallus de cristal incrusté de pierreries et d'émeraudes et de saphirs, raide et tendu sur un coussin de velours avec des garnitures d'or. 36


L'or

L'or sur des paupières repose près des yeux amoureux. Il dormirait des anges berçant ta chevelure noire. Sur le lit défait, le corps langoureux sourit, amas de chair lassée, confusion de membres affaiblis.

Au lieu-dit de l'espoir

Au lieu-dit de l'espoir, une femme se présenta nue à mes yeux. Avec des coups de poing terribles, je la chassai. Elle résista sous des abords disgracieux à mes avances. Elle s'émut de mon intelligence et de mes capacités étrangères à ses possibilités. Je la violai sans la retourner. Je m'enfuis dans les déserts de l'indifférence. Peu après, je la haïssais sans méchanceté. Premier ménage.

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J'ai fauté avec la belle

J'ai fauté avec la belle, avec l'éternelle beauté. Le printemps s'est engouffré sous la farouche sœur, et a gonflé sa robe rose comme l'air filait dessous. Nous nous sommes allongés près d'un vieux chêne. Sa poitrine respirait, se déplaçait sous la robe légère.

La goutte a coulé belle

La goutte a coulé belle sur la hanche bombée Le sang s'est répandu entre les lèvres ouvertes Le sperme est sur les dents de la femme courbée Le liquide jaunâtre sur la langue est séché.

La fille s'est tordue entre les draps salés L'amour a pleuré pur au bord de son délire Le lit fait de soupirs a murmuré encore Et la nuit vagabonde s'est enfuie au grand jour.

S'est inclinée la tête sur le rêve endormi.

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Tout près, si près

Tout près, si près, si proche aux délices d'entendre, Comme une ombre lassée des plaisirs de la chair, Femme endormie, tu m'appartiens ce soir, très tendre Ou tu remues la tête baignée dans la lumière.

Tète ce sein Tète ce sein, fœtus rejeté du ventre de ta femme !

Bois le lait maternel qui gonfle les mamelles de réconfort, qui dresse les pointes rouges vers le ciel !

Que la soif brûle tes entrailles, avide nourrisson, et que ta petite main faite de doigts agrippe la tétine précieuse !

Comme son haleine chaude glisse dans ton appareil digestif ! Comme la semence blanche de ta mère est douce à avaler !

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Ignorant petit homme, bats-toi pour survivre dans cette existence !

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Nuits grasses de sperme

Nuits grasses de sperme qui roulait sur des poitrines, et tombait en cascades dans des gorges assoiffées ! Ô jets immondes qui fécondaient une vulve étroite !

Sexe s'engouffrant dans ses rondeurs lourdes et interdites ! Place innée pour les couples de chair !

Laideur qu'on appelle amour ! Je me rends à vos pieds, femmes humaines ! Hélas, j'aime encore !

Et toutes les vomissures bues, les urines goulûment avalées, les crachats léchés sur vos ventres tombés. Les langues qui s'introduisent dans les parties intimes de vos corps de possédées.

Ô femmes, et ces matières fécales arrachées avec l'index honteux et ces doigts sucés avec délectation ?

Qu'ai-je donc appris ? Que l'amour était une horreur ? Que le plaisir était une douleur stupide ? Un sexe gratté jusqu'au sang par des ongles très longs, des glands brûlés et sucés jusqu'aux entrailles, un pénis tordu et mordu par des dents tout blanches avec un rire ou un 41


rictus sur vos bouches entrouvertes ? Ô femmes, je ne sais plus.

Fallait-il sodomiser et rire de la laideur, et de son acte ? Cela était-il le bonheur ? Ô femmes ou démons, le rouge n'a jamais envahi vos visages de salopes !

Que l'homme fait de conscience s'en repente ! Jamais plus, et plus jamais, et maudits soient les plaisirs éphémères !

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Nue. Elle était nue.

Nue. Elle était nue. Et la jambe longue et la fesse lourde étaient un appel à l'amour, à la caresse, à la jouissance et à l'ivresse.

Le sein superbe et droit, viril comme une tigresse, dressé au ciel appelait la morsure sublime de l'homme.

Ma langue léchait encore cette aisselle que des gouttes de pluie trempaient de saveur. Mes yeux remplis d'éclairs et de désirs appelaient ses yeux bleus. L'ivresse et les soupirs berçaient de leur langueur mélancolique l'âme satisfaite et rassasiée de plaisir.

Et la femme, bouche ouverte, la chevelure bleue renversée en arrière soupirait d'aise.

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Des caresses nonchalantes

Des caresses nonchalantes sur des coussins de pourpre d'or, baignées dans une lumière molle. Les corps fatigués comme une ombre chinoise, se donnent sur les murs de la chambre.

La flamme bienveillante regarde les monstres énormes surgir et souffler inexorablement. Les langues s'unissent et se mêlent dans un palais merveilleux, les odeurs et les chaleurs éveillent les sensations des désirs enfouis.

Ô râles, cris sauvages des bêtes griffées ! Les corps se fondent, lutteurs inassouvis de chair et de jouissance ! Les corps s'usent dans un combat de plaisir monotone.

La bête crache, hurle et s'éteint. Les survivants se délassent et meurent dans les draps parfumés d'excréments et de senteurs anales. Ô les maudits dont les sexes sont gonflés du suc épais ! Les saletés respirées, léchées et avalées ! Les contacts vicieux et lâches. Les coins de chair ensanglantés et brûlés !

Toutes les erreurs et tous les naufrages sillonnent dans ma tête. Mais le plaisir se meurt, hélas le plaisir est oublié ! 44


Laure, ne m'en veux pas

Laure, ne m'en veux pas. Je quitte l'espoir et je m'engage dans la ténèbre. Il ne faut pas m'en vouloir. Il faut pardonner mon égoïsme.

J'ai besoin de me cacher et de vivre sur moi-même comme un homme trop gras qui se nourrit de ses réserves.

Laisse-moi le repos ! Ne me dérange pas. L'obscurité me mènera à la lumière. Est-ce Dieu que je recherche ? Est-ce l'ambition qui frappe à ma porte, et qui me somme de m'enfermer ?

Je ne te parlerai point d'amour, ma Laure tant aimée. Si je me recroqueville à la manière de la marmotte qui a froid, ce n'est pas que j'aie peur de l'avenir (je ne crains pas hélas ma folle jeunesse) ; je désire comprendre et entendre. Oui, je veux savoir d'où provient la force qui m'anime et m'inspire.

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La vague langueur

La vague langueur des poses amorties paresse ou se meurt dans l'infini de ton mouvement. Et ton buste, ô reine, dans ce coup de reins sublime érecte ta poitrine orgueilleuse.

C'étaient l'ivresse et l'assouvissement des sens ! La moiteur défendue dans ta chevelure noire, dans ce duvet paresseux où la mélancolie s'épuise et que la source tarit.

C'étaient l'automne nonchalant, les derniers soupirs et les odeurs délicates !

C'étaient des bouches fatiguées, des corps épuisés qui s'appelaient encore !

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Pour le plaisir des quatre yeux

Pour le plaisir des quatre yeux, le souffle de l'amour frôle les corps fatigués.

Pour un orgasme à venir, les sexes se rapprochent, les sexes sentent bon.

Les langues s'appellent, et les yeux et les lèvres dans un mouvement immuable se comprennent déjà.

Mon haleine chaude, mon amour et la pointe de ton sein rouge de désir. Ta chevelure se perd dans la mienne, oui la béatitude de ton sourire pour mon sourire !

L'élan du couple, la force du couple, la force de l'union.

Et le calme serein après le tumulte, et les ébats amoureux, le grand calme dans la nuit sans fin.

Le calme étrange quand les corps s'entrelacent et se délassent.

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Les formes rondes sous la lumière tamisée, les formes mouvantes diluées dans l'espace.

L'amour se meurt, mon amour, et déjà tu revis.

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Une beauté au comportement bizarre

Une beauté au comportement bizarre a taché ma jeunesse, et j'ai heurté les rocs de la consternation. Plus loin dans des mouvements incertains, la belle s'est métamorphosée en reine, non ! en ange.

Angélique apparut pour la première fois au bal. Son magnétisme était foudroyant. Dans les chambres, elle a tourné son regard vers moi et sa silhouette féminine glissait sur les tapis. Je transpirais une sueur aigre et m'essuyai du revers de la manche.

Elle flottait, plutôt qu'elle ne marchait. Et j'ai suivi sa démarche au-delà des murs où elle a disparu. Au balcon, je vis son spectre traverser l'allée faite de roses rouges et d'œillets multicolores. Elle m'échappait, je m'avançais.

Plus tard dans le parc, je reconnus sa démarche, et je courus à sa rencontre. Je l'ai prise par la taille, et je tombais à ses genoux.

Elle s'assit sur mes hanches sous les chênes roux. J'embrassais sa poitrine et je glissais tous mes bras dans ses cheveux. 49


Peut-être roulerai-je avec elle vers les sous-bois, et dans l'herbe foncée. Au premier choc, je me suis enivré de tendresse, et hagard d'amour je me suis laissé emporter pour les tourbillons d'illusions.

Vers la première heure, je m'endormis.

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J'ai besoin de ta poitrine

J'ai besoin de ta poitrine où je cueillerai le fruit de nos entrailles. J'ai besoin de ton odeur douce de pucelle où j'engouffrerai mes cheveux. Que m'importe l'inceste, Marie. Il n'y a pas d'inceste entre toi et moi. Ton corps m'appartient et je suis ton corps. Ne souris pas, Marie, de ton sourire d'ange. Ne te moque pas de moi. Je suis purifié et je suis le fruit de ta chair.

Un ange ou un Dieu a posé son aile blanche sur la tête des morts. La femme s'est ouverte et le feu de l'amour a réchauffé ses jambes et ses seins. Et son sexe a brûlé d'une chaleur vive.

J'ai jeté un baiser sur tes lèvres, moi avec ma bouche infectée de mensonges et de crimes, moi avec ce cœur qui bat au rythme de l'envie et du vice de la chair. C'est avec une humeur étrange que je me suis allongé près de toi. Et j'ai senti ton haleine chaude, et l'orgasme si proche qu'il semblait te contenir.

J'ai caressé tes jambes lentement, et je me suis couché sur ton épaule. J'ai bu dans ton œil pur le plaisir qui libère. J'ai bu le sang du pauvre, la jouissance infinie.

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Ne m'accable pas de péchés. Mes sens inassouvis ont demandé le droit au bonheur. Je lèche ton sein, et je me repose dans tes odeurs.

Ô femme, que n'es-tu femme et déesse et vierge et bontés ! Pourquoi tant de haine dans ce cœur, toi qui as joui de mon parfum de rêve ? Marie, baigne-moi dans tes caresses, baigne l'enfant sacré dans tes faiblesses de mère !

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Poèmes Amoureux

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