
3 minute read
Le chocolat Elot

Texte : Corinne Daunar
Advertisement
Alors que l’astronome Edmuth Halley donnait son nom à la comète qui traverserait notre ciel tous les 76 ans, il était à des années-lumière de se douter que sa découverte bouleverserait les goûters de milliers de petits Martiniquais au début du siècle dernier…
Sur son emballage, une jeune créole en robe d’antan, tête marrée, cueille une cabosse. A l’horizon, une comète chevelue file dans la nuit, un fin liséré en madras borde les côtés et, gravé sur le fond rouge d’un cadre doré, l’on peut lire Chocolat Elot, un siècle de tradition. Vous tenez dans vos mains avisées une tablette d’un chocolat comme nulle part ailleurs, qui depuis des générations, à l’instar de son rhum, fait la fierté de ses Martiniquais.
Une histoire de goût depuis 1911.
« Après la sortie de classe Quand ma mère venait à ma rencontre avec mon goûter À la cloche de l’école qui tintait La fin de la journée Je salivais à l’idée de mon quatre heures Du pain du beurre et deux bâtons de gros chocolat noir Elot Marchant sur le chemin du retour mâchouillant la dernière bouchée la salive sucrée Déjà fini » nous chante Pierrot. Lui comme plusieurs générations avant et après lui ont un souvenir à conter. Mais qui est ce monsieur Elot qui ravit tant de palais. Issu d’une fratrie de 5 enfants, Auguste né le 21 novembre 1871. Il est le fils ainé d’Alcide ELot, originaire de Saint-Pierre en Martinique. Le père est géreur sur une cacaoyère des Chaulet à VieuxHabitant en Guadeloupe et sa mère Marie Louise Siméon est une guadeloupéenne de bonne famille. Alors, comme il se doit à l’époque, après de brillantes études au lycée de Basse-Terre et fort d’un diplôme obtenu haut la main de L’école Nationale d’Agriculture avec pour mémoire « le cacao, sa culture, son industrie » il revient au pays. Et le jeune agronome nourrit de doux rêves : développer sa propre entreprise. De retour s’associe à Gaston Ernoult fabriquant de pâtes alimentaires et crée la société Auguste Elot et compagnie. Nous sommes en juin 1911. Un évènement astronomique se profile : comme tous les 76 ans, la comète Halley fait son passage éclair dans le ciel martiniquais. Coïncidence ou fait exprès, Cette nuit-là, une légende va naître : une tablette d’exception grave son nom dans la fève : le chocolat Elot.





Une recette tenue secrète
Des fèves d’ici et d’ailleurs (Afrique, Colombie ou Amérique Centrale) mêlées au sucre de canne du Galion, de la vanille…qui sait au juste. La recette est gardée sécrète de maitre chocolatier en maitre chocolatier et donne à la tablette ses marques de noblesse. D’aucuns chuchotent même que la Martinique serait le seul endroit au monde où l’on trouverait des barres cacaotées élaborées à partir de ses produits du terroir, totalement naturels ! Quoiqu’on en dise leur goût est inimitable, leur texture, leur robustesse et la profondeur de leur arôme incomparables ! La tablette bien emballée dans son joli papier à de beaux jours devant elle. Conciliant tradition et innovation l’entreprise ne cesse de prospérer alors qu’Auguste Elot, souffrant d’une maladie oculaire, cède ses parts et quitte la Martinique en 1924. Il rejoint les étoiles le 10 juin 1942. En 1956, la biscuiterie Girard (crée en 1949 à Ravine Vilaine par monsieur Roger Girard) rachète la chocolaterie et relance sa production dans la zone industrielle de la Lézarde au Lamentin. A la mort de monsieur Girard en 1978, elle est reprise par un groupe martiniquais qui depuis ne tarit pas d’ingéniosité pour s’adapter à la concurrence et aux lois du marché. En plus des milliers de tablettes emballées chaque jour, l’offre se multiplie dès 2001. La plaque se décline. Coco, citron, ananas, café, amandes, biscuités ou séries limitées… et comme un bonheur gourmand n’arrive jamais seul, d’autres produits dérivés font leur apparition. Le chocolat en poudre 100% cacao instantané du petit déjeuner ou communion pralin, cannelle rivalisent avec les brownies, pâtes de fruits ou bouchées de fête de quoi fondre de plaisir petit et grand jusqu’au prochain passage de la comète Halley.
