Mémoire Ninon MIGAYROU

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JE DIRAIS QUE LES HUMAINS N’ENTERRENT PAS LES MORTS SIMPLEMENT POUR LES MAINTENIR À L’ÉCART PAR UNE SÉPARATION ÉTANCHE, MAIS AUSSI ET SURTOUT POUR HUMANISER LE SOL SUR LEQUEL ILS CONSTRUISENT LEUR UNIVERS ET FONDENT LEUR HISTOIRE. ‘Jardins: Réflexion sur la condition humaine’ Robert Harrison, 2007

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INTRODUCTION // P.6 CONTEXTE // P.10

AU CARREFOUR DES INFLUENCES: // LES RITES D’AUJOURD’HUI P.12 // UN MONDE DE RITES 1 LE RÔLE FONDATEUR DES RELIGIONS // LE MÉTISSAGE DES CROYANCES // LA QUESTION DE LA PLACE DES MORTS // ET DEMAIN? DE NOUVELLES PRATIQUES ET DES NOUVEAUX ESPACES

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P.24 // EN FRANCE

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P.34 // POURQUOI GRENOBLE?

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LAÏCITÉ ET RELIGIONS // LES BOULEVERSEMENTS SOCIAUX // LE DÉVELOPPEMENT D’UN IDÉAL IMMATÉRIEL // L’ÉTAT DE LA LÉGISLATION LA GÉNÈSE DE MON SUJET // UN INTÉRÊT CONTEXTUEL // UNE AMBIVALENCE MINÉRAL/NATUREL

HISTOIRE // P.42

LA VILLE ET LA MORT: // HISTOIRE D’UNE RELATION P.44 // ÉPOQUE ANCIENNE 1

GRENOBLE, PORTE DES ALPES // UN FOND DE VALLÉE MARÉCAGEUX // L’HÉRITAGE ANTIQUE ET MOYEN-ÂGEUX // LES GUERRES DE RELIGION


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P.56 // XIXe Siècle

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P.68 // XXe Siècle

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P.80 // ÉPOQUE MODERNE

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GRENOBLE, VILLE DÉSENCLAVÉE // LES INFLUENCES CULTURELLES // LES CONTRAINTES PRATIQUES // L’INVENTION DE NOUVELLES PRATIQUES GRENOBLE, VILLE REFUGE // LA PREMIÈRE GUERRE ET LES ANNÉES FOLLES // LA SECONDE GUERRE MONDIALE // LE BOOM DES ANNÉES 60 DE NOUVELLES INFRASTRUCTURES INTERCOMMUNALES // LE RÉSEAU DES LIEUX LIÉS À LA MORT // LE CENTRE FUNÉRAIRE: AU COEUR DE L’INTENSITÉ DU DEUIL

ESQUISSE // P.92

SUR LES BORDS DE L’ISÈRE: // UNE NÉCROPOLE MODERNE P.94 // CONTEXTE GÉNÉRAL 1

L’ISÈRE, UN FIL CONDUCTEUR SYMBOLIQUE // LA BASTILLE, POINT HAUT DE GRENOBLE // LE CRÉMATORIUM, INFRASTRUCTURE EXCENTRÉE

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P.104 // RIVE GAUCHE: GRENOBLE

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P.116 // RIVE DROITE: LA TRONCHE

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P.128 // LE PARC DES CIMETIÈRES DES DEUX RIVES

LE CIMETIÈRE SAINT-ROCH // LA COULÉE VERTE DES ANCIENS REMPARTS // LE QUARTIER DE L’ÎLE VERTE // LES BERGES RIVE GAUCHE LES CIMETIÈRES À LA TRONCHE // LE CENTRE FUNÉRAIRE ET SON ACCÈS À L’ISÈRE // UN TISSU MIXTE ET LA FRICHE NORD // LES BERGES RIVE DROITE FÉDÉRER LES ESPACES MORTUAIRES AUTOUR DE L’ISÈRE // CRÉER DES CONTINUITÉS VERTES ENGLOBANTES // FAIRE COHABITER LA VIE AVEC LES ESPACES DE DEUIL



INTRODUCTION Quand on entre dans un cimetière, on baisse la voix. On ralentit le pas. Il n’y a pas besoin d’être croyant pour ça. Un cimetière, c’est particulier : Ça nous parle de mystère…

Et dans un monde qui cherche à tout rationaliser, quel mystère que la mort ! L’au-delà reste un concept insoluble, et notre seul moyen de l’accepter est de le sacraliser. - Sacraliser, de sacer, couper en Latin: Ce que l’on coupe, ce que l’on sépare du commun Le sacré se trouve là. Bien réel et contemporain, dans nos villes et dans nos corps.

Seulement voilà, aujourd’hui les français sont en désamour avec leurs cimetières. Non pas avec la mort en elle-même : Il suffit de regarder fleurir les pages commémoratives sur la toile. Même Facebook s’y est mis ! Il suffit de voir les mouvements de deuil nationaux à la suite des attentats, les bouquets de fleur au bord des routes…

Non. La mort est toujours un sujet qui touche les gens. Mais l’espace du cimetière lui, peine à fournir une réponse adaptée aux évolutions des pratiques 7



D’après la Fédération Française de Crémation,

4 personnes sur 5 disent penser au disparu sans avoir besoin de se recueillir dans un lieu précis. Avec la hausse fulgurante de la crémation en à peine 40 ans (1 % des obsèques en 1980 contre 33 % en 2013, 50 % des souhaits en 20141), l’idéal de la mort change.

Même lorsque l’inhumation est choisie, la mode est à la sépulture écologique et à la disparition de la trace du défunt. Une dernière chose marquante:

Le corps n’est plus la mesure du rituel.

Le besoin de personnalisation et d’humanisation des obsèques.

Il devient poussière pour mieux se mêler à l’espace infini du paysage (50 % des personnes souhaitant la crémation désirent aussi voir leurs cendres dispersées2).

Si en 2007, le souci premier des familles était le prix, en 2014 c’est le caractère chaleureux de l’accueil qui prime3.

Alors, que faire de ces espaces clos, saturés, coincés dans des tissus urbains complexes, lorsque notre société rêve de communion avec la nature ? Quel sens y a-t-il à proposer un lieu public pour ritualiser la mort, si les endeuillés préfèrent se tourner vers des pratiques intimistes et personnalisées ? 1 - CREDOC 2014 2 - Les français et les obsèques, CREDOC, 2014 3 - La montée de l’immatériel dans les pratiques funéraires, CREDOC, 2014

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AU CARREFOUR DES INFLUENCES: LES RITES D’AUJOURD’HUI

1 UN MONDE DE RITES LE RÔLE FONDATEUR DES RELIGIONS LE MÉTISSAGE DES CROYANCES LA QUESTION DE LA PLACE DES MORTS ET DEMAIN? DE NOUVELLES PRATIQUES ET DE NOUVEAUX ESPACES 10

P.12


POUR MIEUX COMPRENDRE à quel point nos rites funéraires sont liés au contexte culturel, nous commencerons par évoquer la diversité des pratiques dans le monde. Loin de viser l’exhaustivité, cette partie permettra d’identifier les ressors de la frabrique du sacré.

Forts de cette analyse, nous resserrerons notre regard sur la France afin de qualifier le contexte actuel des pratiques funéraires. Enfin, nous verrons comment ces considérations générales ont poussé mon choix vers la ville de Grenoble.

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POURQUOI GRENOBLE?

EN FRANCE LAÏCITÉ ET RELIGIONS

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P.24

LA GÉNÈSE DE MON SUJET

LES BOULEVERSEMENTS SOCIAUX

UN INTÉRÊT CONTEXTUEL

L’ÉTAT DE LA LÉGISLATION

UNE AMBIVALENCE MINÉRAL/NATUREL

LE DÉVELOPPEMENT D’UN IDÉAL IMMATÉRIEL

P.34

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CHRISTIANISME L’Homme invente constamment des rites et des croyances afin de donner du sens à ce qu’il ne comprend pas. La mort, «cette inconnue qui reste la plus grande des certitudes»(P. Thiollière), est un mystère auquel tout le monde se confronte un jour. Chacun, croyant ou non, invente sa propre conception de l’au-delà. Mais tous les imaginaires sont influencés par des idéaux et des mythes communs à une société. Les religions sont une de ces influences majeures.

J’ai choisi d’évoquer ici les grandes religions monothéistes, car ce sont celles qui ont le plus d’impact sur notre société occidentale. Source: «Cimetière Autour du Monde: Un désir d’éternité» de J.C. Garnier (photos) et J.P. Mohen (textes)

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Bulgarie, Varna - Les photos sont omniprésentes pour marquer l’individualité de chacun. Chez les chrétiens, la croyance dans le jugement dernier régit le rapport à la mort. Le mot cimetière ( de coemeterium, dormir) est le lieu où dorment ceux qui attendent la résurrection. Ainsi, il est important de respecter l’entièreté et l’identité du corps pour que celui-ci puisse se présenter devant Dieu. Pour les catholiques, cette croyance passe par une forte personnification de la sépulture. La tombe doit magnifier le défunt et faire acte de toutes les richesses de son vivant. Au contraire, chez les protestants, les tombes doivent rester humbles. Le défunt se détache de ses biens matériels pour s’en remettre à Dieu dans toute sa simplicité.


UN MONDE DE RITES

LE RÔLE FONDATEUR DES RELIGIONS JUDAÏSME

ISLAM

Canada, Montréal - Les Juifs demandent à être regroupés pour affirmer leur communauté.

Mali, Tombouctou - Toutes les tombes sont anonymes et vouées à disparaître.

Le lien à la terre dans les sépultures juives est primordial. Encore aujourd’hui, la crémation est interdite par le judaïsme. En tant que peuple exilé, sans terre, le fait d’enterrer ses ancêtres symbolise l’appartenance, l’ancrage.

L’islam est une religion profondément opposée à l’idolâtrie. De la même manière que les images sont interdites pour prévenir de la complaisance des images, les tombes ne doivent pas être exubérantes.

Dans certaines familles, si le rapatriement du corps en Israël n’est pas possible, un sac de terre de Sion est déposé sous la tête du défunt.

Une toilette du corps est pratiquée avant l’inhumation rapide du défunt. Traditionnellement, les femmes n’assistent pas à l’enterrement. Par contre, elles sont chargées de préparer la fête qui s’en suit. 13


LE MÉTISSAGE DES CROYANCES UN MONDE DE RITES

POUVOIR DES MORTS

Les Religions sont de grands guides spirituels lorsqu’il s’agit de penser la mort. Pourtant, il existe d’autres types de croyances, parfois moins officiels, qui se sont développés selon les régions à travers le monde. Ces croyances, sans être reliées à une religion en particulier, façonnent notre imaginaire funéraire. En France, nous avons parfois tendance à croire que ces croyances sont la preuve d’un certain archaïsme. Pourtant, ces images sont tenaces et nous influencent inconsciemment.

Pour appuyer mon propos, j’ai choisi d’illustrer des rites qui touchent directement notre inconscient occidental.

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Paris, Le père Lachaise - Le gisant de Victor Noir est supposé apporter fertilité à qui le touche. «Cimetière Autour du Monde: Un désir d’éternité» de J.C. Garnier

La croyance la plus répandue à travers le monde est que les morts peuvent agir depuis l’au-delà. Cette superstition donne lieu à des rites d’hommages qui ont pour but d’apaiser les esprits ou de s’en attirer les bonnes grâces. En France, ces pratiques sont courantes, bien que non officielles.


JOUR DES MORTS

HALLOWEEN

Guadeloupe, Morne à l’eau - À la Toussaint, les vivants festoient sur les tombes

Les dessins de Tim Burton sont inspirés par l’univers d’Halloween

«Cimetière Autour du Monde: Un désir d’éternité» de J.C. Garnier

>> http://keywordsuggest.org/gallery/112532.html

En France, cette fête correspond au 2 Novembre, au lendemain de la Toussaint. On rend alors hommage à ses morts en déposant des fleurs sur leur tombe. En Amérique du Sud, la fête se déroule sur plusieurs jours. Les vivants partagent un repas sur la tombe de leurs ancêtres pour les morts puissent récupérer les présents pour en profiter dans l’au-delà.

Halloween est une fête païenne d’origine celtique qui a été maintes fois modifiée. Aujourd’hui, ses rites sont majoritairement inspirés du conte Irlandais de Jack o’lantern qui décrit un homme condamné à errer sur terre car il a été refusé au ciel et en enfer. Les enfants se déguisent et vont réclamer des bonbons, sous peine d’un sort, dans les maisons du voisinage.

Cette tradition Sud-Américaine nous parle. Elle reste dans notre imaginaire bien que nous ne le pratiquons pas.

En France, cette fête n’est pas aussi populaire que dans les pays anglo-saxons, mais l’image de la citrouille édentée reste une référence.

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LA PLACE DES MORTS, LA PLACE DES VIVANTS

UN MONDE DE RITES

Au delà de la dimension idéologique, la question de la place géographique et sociale des morts modèle les traditions funéraires. La géologie, le climat, les circonstances historiques, démographiques, sont autant de facteurs qui déterminent la forme et l’usage des cimetières. Aujourd’hui, avec l’urbanisation massive des modes de vie, la question principale reste la gestion du manque de place.

Les exemples choisis visent à montrer qu’il existe une grande diversité de réponses à cette préoccupation moderne.

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USAGES MIXTES

Egypte, Le Caire - Le quartier de El Arafa est construit dans un cimetière. >> http://www.huffingtonpost.fr/2014/10/31/photos-bienvenuedans-la-cite-des-morts_n_6075248.html

Un des moyens de gagner de la place est de combiner les usages. Au Caire, un cimetière s’est entièrement fait coloniser par les vivants. Si cet exemple est un peu extrême, les cimetières peuvent facilement se prêter à d’autres usages que celui de rendre hommage aux morts: En occident, les cimetières sont souvent des lieux de détente. Ils peuvent servir d’écrin quand ils se trouvent encore autour des églises, de source de fraîcheur quand ils sont arborés et au milieu des villes ...


SÉPULTURES HORS-SOL

COLOMBARIUM

Espagne, Igualada - Le cimetière tire partie de la tradition espagnole de sépultures hors-sol.

Japon, Nagoya - Le temple Banshoji offre un décor futuriste pour le recueillement des endeuillés.

Architectes : Enric Mirrales et Carme Pino Ouverture: 1994

Architecte : Masuo Fujimura Ouverture: Inconnue

Dans la culture méditerranéenne, de nombreux cimetières sont construits hors-sol: Les morts ne sont pas enterrés directement dans la terre, mais sont entreposés dans des sortes de casiers ventilés par l’arrière. Cette façon de faire découle certainement de la difficulté de creuser dans une roche affleurante.

Un columbarium est une sorte de grande étagère à urnes funéraires. Au Japon, à cause du manque de place, la crémation est devenue obligatoire en 1948. Les temple jouent le rôle de cimetière et deviennent de vrais columbarium géants.

Il en résulte des formes de cimetière très englobants et extrêmement minéraux. Le mort n’est plus présenté par la symbolique du lit, mais de petites surfaces verticales et carrées, semblables à des tableaux.

Si l’exemple du temple Banshoji illustre une version très futuriste de ce mode de sépulture, en France, les columbarium restent plus classiques: Les matériaux utilisés sont les mêmes que ceux des tombes avoisinantes et chaque case peut être personnalisée au goût des endeuillés.

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ET DEMAIN? DE NOUVELLES PRATIQUES ... UN MONDE DE RITES

Si les rites funéraires sont intimement liés aux sociétés qui les pratiquent, il ne faut pas oublier que ces sociétés évoluent. C’est pourquoi les rites sont continuellemnt amenés à se réinventer. Aujourd’hui, la crémation est en nette hausse dans les cultures occidentales(cf chiffres p.9). Pour autant, cette pratique est aussi critiquée pour son impact écologique (rejet de gaz à effet de serre, dépense d’énergie ...). Ces nouvelles questions me semblent être au coeur des évolutions funéraires actuelles.

J’ai donc choisi de vous présenter des pratiques développées dans le monde occidental pour remettre en question la crémation. Ces pratiques sont à ce jour interdites en France. 18

HYDROLISE ALCALINE

Extrait vidéo de l’interview de Terry Regnier (Directeur du service anatomique au Mayo Clinic - USA) sur le procédé de Resomation. >> https://www.youtube.com/watch?v=7Le7rLbkFe4

Résomation, Crémation Biologique, Aquamation: autant de noms pour décrire un même procédé chimique: celui de décomposer un corps par hydrolyse alcaline. Cette technique a été développée au XIXe et XXe siècle pour se débarrasser des déchets animaux. Le corps est plongé dans un bain à plus de 90°C qui dissout les tissus organiques et détruit les virus. Les os sont ensuite réduits en cendre. Depuis peu, la technique est développée comme alternative à la crémation en Australie, en Amérique du Nord et au Royaume Uni. L’hydrolise alcaline nécessite 10 fois moins d’énergie que la crémation, elle est moins polluante et pourrait produire de l’engrais vert grâce à la solution organique retirée.


HUMUSATION

DIAMOND BURIAL

Extrait vidéo RTL-TVI Emission *I Comme* du 15/10/2016 Mise en scène d’un enterrement par humusation.

Extrait vidéo du clip d’introduction au Diamond Burial.

>> https://www.humusation.org/

>> http://www.algordanza.co.uk/

L’humusation consiste à accélérer la décomposition du corps en le plaçant dans un compost fait de broya de bois. Cette solution se veut 100% écologique et le corps est supposé se transformer en humus sain sous 12 mois. Au bout de se processus, un peu de terre pourrait être prélevée pour fertiliser un arbre du souvenir. Cette technique n’a jamais été officiellement pratiquée car elle n’est pas légale. En belgique, des pétitions circulent pour la légaliser. L’humusation traduit bien l’envie de donner un sens à sa mort. Jusqu’au bout, nos gestes sont sensés refléter nos convictions et renvoyer un message positif de vie après la mort.

En suisse, la crémation est devenue la pratique majoritaire. Des entrepreneurs se sont spécialisés dans la «fabrication de rites» autour de cette pratique. Par exemple, la société Algordanza propose de transformer les cendres du défunt en véritable diamant. Dans leur clip d’introduction, la dimension scientifique de l’acte est mise en avant, comme pour prouver la justesse d’un tel geste. 19


Centre funéraire municipal de Leon - Espagne Conception : Jordi Badia /Josep Val Ouverture: 2000 >> https://www.archdaily.com/3891/tanatorio-municipal-de-leon-baas

En architecture, l’accent est mis sur la solennité du lieu. Les lignes sont droites. Les volumes sont simples. La place est donnée à la lumière et au ciel. À Leon, on pénètre sous terre, sous un immense miroir d’eau qui reflète le ciel, pour dire adieu au défunt. À Modène, le columbarium se présente comme une masse compacte depuis l’extérieur. Mais une fois à l’intérieur, dans le domaine des morts, la structure s’illumine et révèle sa poésie. 20

Cimetière de San Cataldo Modène - Italie Conception : Aldo Rossi Ouverture: 1971 >> https://www.archdaily.com/95400/adclassics-san-cataldo-cemetery-aldo-rossi


... DE NOUVEAUX ESPACES UN MONDE DE RITES

Extension du Willamette National Cemetery - Portland - USA Conception : G Brown Design, Inc. Ouverture: inconnue >> http://gbrowndesign.com/willamette-cemetery/

Chez les paysagistes, le cimetière est un espace qui joue avec les éléments. Il trouve sa puissance dans l’atmosphère du lieu. Hornli cemetery - Riehen - Suisse Conception : Vetschpartner Landschaftsarchitekten Ouverture: 2003 >> http://www.landezine.com/index.php/2011/01/the-hornli-cemetery-byvetschpartner-landscape-architecture/

À Portland, les columbarium prennent la forme d’un mur qui révèle l’épaisseur de la terre. À Riehen, ils se font vitraux pour matérialiser la lumière.

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CONCLUSION

UN MONDE DE RITES Notre manière d’aborder la mort est profondément idéologique. Que ce soit à travers les religions ou dans des croyances populaires, nous construisons une idée mentale de ce qui est digne pour nos morts. Cette idée se traduit dans des gestes, des traditions, et aussi dans des espaces.

Il existe autant de rites funéraires qu’il existe de sociétés pour les pratiquer. Ce constat montre à quel point il est important de parler de contexte, et donc de paysage, lorsque l’on veut aborder la question des pratiques funéraires. Afin de développer plus en détails mon analyse des rites contemporains, je vous propose de zoomer sur le territoire qui fait notre culture: La France du XXIe siècle.

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EN FRANCE

LAÏCITÉ ET RELIGIONS La France est un pays laïque depuis la Révolution. Cette laïcité se fonde sur des principes humanistes et non religieux. À ce titre, la liberté de culte est assurée à chacun et aucune religion n’est censée être favorisée. Pourtant, la France est un pays de tradition chrétienne et beaucoup de fêtes nationales s’alignent sur le calendrier religieux. C’est par exemple le cas de la fête des morts à la Toussaint.

Les grandes religions influentes en France sont le catholicisme (48% de sentiment d’appartenance1), l’islam (6%), le protestantisme (2%), et le judaïsme (1%). Pour autant, du point de vue des pratiques religieuses, l’islam occupe une bien plus grande place à hauteur de 1/3 des pratiquants français.

1 - Étude Observatoire France Sociovision «Une demande de discrétion religieuse dans la vie collective» Novembre 2014

RELIGIONS ET PARTICULARITÉS RÉGIONALES EN FRANCE FOYER D’INFLUENCE RELIGIEUSE

MOUVEMENT D’INFLUENCE

CONCENTRATION RELIGIEUSE

Catholique

CIMETIÈRES ROMANTIQUES Culture urbaine

Protestant Musulman

CIMETIÈRES MILITAIRES Mémoire collective

TOMBES MONTAGNARDES Lien au paysage

CIMETIÈRES BASQUES Régionalisme laïc CIMETIÈRES FAMILIAUX Tradition protestante

CIMETIÈRES MARIN Importance du paysage 25


LES BOULEVERSEMENTS SOCIAUX EN FRANCE

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Pyramides des âges en France en 1914 ( ) et en 2014 ( ), avec superposition de la pyramide de 1994.1 >

En comparant les pyramides des âges de 1914 et de 2014, on remarque que leur forme générale n’est pas la même. Cela traduit des structures de société différentes: En 1914, la pyramide présente une forme de «meule» caractéristique d’une société équilibrée. Le nombre de personnes âgées est moins grand que celui des jeunes, ce qui est dû aux morts naturelles ou infectieuses. En 2014, la pyramide est «enflée» en son centre. En lui superposant la pyramide de 1994, on voit distinctement les effets des deux grandes guerres. Le «renflement» constaté correspond aux générations nées entre 1945 et 1970 dites du «Baby Boom».

Aujourd’hui, la génération du «Baby Boom» arrive à la fin de sa vie. Pendant les 20 prochaines années, le nombre de décés va continuer à augmenter avant de se stabiliser à nouveau.

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En parallèle de ça, l’espérance de vie des Français n’a pas cessé d’augmenter depuis l’après-guerre. En 2016, les hommes pouvaient espérer atteindre 79,4 ans, et les femmes 85,4 ans2. Pour autant, la durée de vie en bonne santé n’a pas évolué aussi vite. Le vieillissement de la population entraîne une hausse des maladies dégénératives (Alzheimer, Parkinson). Au cours des années 2000, le cancer est devenu la première cause de décès en France (30% en 20092). Cette situation est due à un recul des autres causes de mortalité (entre 1990 et 2009 : maladies de l’appareil respiratoire - 42 %2; morts violentes - 39%2).

Extrait du 12/13, Fr3 Rhône-Alpes, 03/03/15. Présentation du film «La vie des gens» qui montre le travail d’une infirmière à domicile. >> https://www.youtube.com/watch?v=WVzL6FHSLQI

Les maladies dégénératives transforment la personne aimée et nécessitent souvent une hospitalisation, voire des soins palliatifs. Cette situation entraîne une désocialisation des mourants et donc une mort sociale avant la mort physique. Dans ces conditions, les proches rentrent dans une période de pré-deuil qui peut faciliter la construction d’un deuil de l’après-mort.

Les morts violentes restent extrêmement traumatisantes: Elles sont aujourd’hui moins communes ( -39% entre 1990 et 20092) Cette baisse crée un «oubli social» qui rend d’autant plus difficile leur travail de deuil.

1 - Source Étude INED «1914-2014 : Un siècle d’évolution de la pyramide des âges en France» - Population et société n°509, 2014 2 - Source Étude INED «L’évolution de la mortalité et des causes de décès entre 1990 et 2009» - Adsp n°80, Septembre 2012

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LE DÉVELOPPEMENT D’UN IDÉAL IMMATÉRIEL EN FRANCE

Comme déjà présenté dans l’introduction1, la forte hausse de la crémation souligne un basculement dans les pratiques funéraires des Français. L’idéal est à la disparition matérielle du corps. La cendre, même si elle est contenue dans une urne, est vouée à se disperser: Elle rend sensible ce retour de l’homme à l’état de poussière. Nous aspirons donc à nous effacer en tant qu’être, pour rejoindre un tout globalisant incarné par la Nature. Suède, Stockholm

«Cimetière Autour du Monde: Un désir d’éternité» de J.C. Garnier

Ce cimetière de Stockholm illustre parfaitement l’idéal bucolique que beaucoup de Français ont pour leur lieu de dernier repos. Nous sommes aujourd’hui beaucoup plus touchés par cette esthétique «à l’anglaise» qui évoque le repos éternel à travers la Nature, que par la longévité rigide de la pierre. Comment se fait-il qu’à l’âge de la représentation égocentrique, l’aspiration générale est à la disparition de la trace ? À l’effacement du moi au profit d’un tout globalisant ? C’est que nous sommes avant tout dans une société du présent, de l’hédonisme. Le phénomène Snapchat nous le montre bien : Ce qui importe, c’est ce qui se passe maintenant et tout de suite. Nous ne voulons pas nous encombrer d’un historique. 28


Le numérique a une influence considérable sur notre rapport à l’immatériel. Internet semble être une porte d’accés à l’éternel: pur, immatériel. Un message posté sur le mur facebook d’une personne décédée est une bouteille lancée à la mer, une prière nouvelle, qui se perd dans le flot numérique. Le réseau social a d’ailleurs prévu un dispositif spécial pour transformer ses profils en page commémorative. Image extraite de la vidéo «Animatas» de Boltansky, 2014 >> https://www.youtube.com/watch?v=XcgP28oruTU

Cette installation est une oeuvre à la mémoire des disparus de la dictature de Pinochet. Le bruit des clochettes dans le vent évoque le bruissement des âmes dans l’air. L’ambiance sacrée n’est pas créée par la noblesse du matériel utilisé, mais par le fait que la nature elle-même exprime le temps qui passe.

1 - Pour plus de détails chiffrés, se référer à l’introduction (p.7)

TICULIER PAR

ATÉRIEL M M I COMMUN

D’après le philosophe Thomas Macho, le cimetière de la post-modernité est le cimetière sans les morts, le cimetière virtuel. Mais n’y a-t-il pas encore un réconfort à trouver dans la dimension spatiale? La puissance évocatrice de la Nature, qui poursuit son chemin au delà de notre existence, est bien un ressort de nos nouvelles aspirations funéraires.

MATÉRIEL

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RÔLE DES POMPES FUNÈBRES LOI n° 93-23 (1993)

> Les pompes funèbres ont le droit de transporter les corps (avant et après mise en bière); d’organiser des obsèques; de pratiquer des soins de conservation; de gérer des chambres funéraires; de fournir du matériel funéraire. > Ces missions peuvent être assurées soit par la commune, soit par une entreprise déléguée. > Tout contrat d’exclusivité est exclu.

RÔLE DES COMMUNES LOI n° 96-142 (1996)

> Depuis le 12 juin 1804, les cimetières Français sont des cimetières municipaux. > Toute personne décédée, domiciliée, ou souhaitant rejoindre le caveau familial du cimetière d’une commune a le droit d’y être enterré. > Chaque mairie peut choisir le type de concessions qu’elle vend parmi celles autorisées. > Seules les communes et les EPCI ont le droit de gérer des sites funéraires.

CONSIDÉRATIONS SPATIALES

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> Les terrains élevés et exposés Nord sont à privilégier dans le choix de l’emplacement d’un cimetière.

> Le terrain dédié à l’inhumation doit être 5 fois plus grand que la moyenne annuelle d’enterrement de la commune.

> Il est interdit de construire un cimetière en zone inondable.

> Hors commune, il est interdit de constuire à moins de 100m d’un cimetière.

> Le cimetière doit être un espace enceint de murs. La hauteur minimum de ce mur est arrêté à 1,50m.

> En ville, le préfet peut donner des dérogations de construction ou d’agrandissement.


L’ÉTAT DE LA LÉGISLATION EN FRANCE

La loi encadre et normalise les pratiques funéraires. Elle est influencée par les acteurs de terrains mais transfigure leurs demandes en une législation universalisante. En décembre 2008, l’état Français a clarifié le statut des cendres en leur attribuant les mêmes droits qu’aux corps.

SYSTÈME DE CONCESSION LOI n° 96-142 (1996)

> Seules les concessions de 15 ans, 30 ans, 50 ans ou perpétuelles sont autorisées. > Au bout de 30 ans d’abandon notoire, la municipalité peut enclencher un droit de reprise de la concession. > Un corps doit rester au minimum 5 ans enseveli dans la terre avant que toute manipulation puisse être exercée. > Pour les personnes dépourvues de ressource, un service funéraire et une sépulture en carré commun est assuré.

GESTION DES CENDRES LOI n° 2008-1350 (2008)

> Toute commune de plus de 2000 habitants est tenue de posséder un site cinéraire. > Ce site cinéraire doit se composer d’un espace de dispersion, d’un équipement présentant les noms des personnes dispersées, et de colombarium ou cavurnes. > Il est interdit de conserver des cendres chez soi > Les urnes peuvent être entreposées jsuqu’à 1 an par un crématorium ou par un lieu de culte. > Les cendres ne doivent pas être séparées ou mélangées avec d’autres cendres. > La dispersion des cendres est autorisée en «pleine nature», hors des espaces protégés. > Toute dispersion doit être signalée en mairie.

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TYPES D’INFLUENCES Religieux Laïc Technique 32

La sphère religieuse tire les pratiques vers le sens du commun en proposant des rituels institutionnalisés. Les vieilles générations restent attachées à ces rituels et considèrent l’espace de la

mort comme un lieu commun et matériel. Les nouvelles générations quant à elles aspirent à des pratiques personnalisées. Elles ont une vision intime et non matérielle de la mort.


CONCLUSION

EN FRANCE

En France, le rapport à la mort semble prendre une tournure laïque, individualiste et immatérielle: Les pratiques religieuses sont diverses; La fin de vie est devenue taboue; Le numérique dématérialise une partie de nos vies.

Mais l’image d’une Grande Nature comme dernière demeure semble fédérer un engouement pour le rôle apaisant de l’espace. Ce sentiment partagé est une opportunité à saisir pour proposer des pratiques communes et spécialisées en France. Après ce constat, le temps est venu de spatialiser mon propos. La partie suivante me permettra d’expliquer comment le choix de Grenoble s’est fait.

Par conséquent, les associations laïques explorent et militent dans différentes voies pour porter les désirs multiples des jeune générations. Enfin, les artisans du funéraire restent beaucoup ancrés dans le matériel pour des raisons mercantiles et de tradition. 33


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POURQUOI GRENOBLE? LA GÉNÈSE DE MON SUJET

Ce n’est pas un site qui a décidé mon sujet de TFE mais bien une idée: Celle de penser l’espace dédié à la mort dans le contexte contemporain. Après réflexion, je me suis arrêtée sur l’idée de travailler sur un milieu urbain. La saturation des villes semble aller à l’encontre des aspirations modernes de calme et de nature, et il y a donc un vrai enjeu à penser l’espace de la mort dans la ville.

3 Je me suis intéressée au cas de Grenoble lorsque j’ai lu la thèse de Pascaline Thiollière: «L’Urbain et La Mort: Ambiance d’une relation» . Les cimetières forment une couronne autour de Grenoble. Beaucoup d’entre eux se situent à la naissance de la montagne et sont à la fois des portes vers la nature et des points de vue sur la ville. Cette disposition a attiré mon attention car elle suggère un vrai rapport au paysage.

(<) Carte de l’aire urbaine de Grenoble et de ses cimetières (10.000e) (<<) Massif de St Eynard (Chartreuse) vu depuis le cimetière des Grands Sablons (La Tronche) 35


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UN INTÉRÊT CONTEXTUEL

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POURQUOI GRENOBLE?

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Grenoble, au pied des montagnes. (Vue vers le Sud depuis la Bastille) Puissance? Ou petitesse? (Randonnée en Abondance)

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Grenoble est une grande ville des Alpes. Cette situation m’a attirée car la montagne est un paysage qui dégage une atmosphère particulière: D’un côté il y a la force, la puissance, l’hostilité. On se sent tout petit face à des forces qui nous dépassent: Celles qui ont contracté la roche, plissé la glace, tordu l’arbre. De l’autre il y a le calme, l’immensité, la plénitude. On se sent bien dans les montagnes parce qu’elles imposent un rythme différent: Celui des déplacements lents, des saisons tranchées, des lumières crues.


Le paysage de la montagne porte en lui une force évocatrice qui nous pousse à questionner le sens de notre existence. Dans un travail sur le deuil, cette caractéristique n’est pas à laisser de côté!

En plus de bénéficier des qualtiés paysagères des montagnes, Grenoble se trouve au carrefour de nombreuses influences religieuses. Cette diversité culturelle (expliquée plus en profondeur dans le chapitre II) a créé un contexte funéraire riche et assez représentatif du contexte français. FOYER D’INFLUENCE RELIGIEUSE

MOUVEMENT D’INFLUENCE

Catholique

TYPES DE SÉPULTURE CIMETIÈRES TRADITIONNELS Omniprésence du signe de croix

Protestant

CIMETIÈRES FAMILIAUX Traces de l’histoire protestante

Musulman

CARRÉS MUSULMANS Question des communautés religieuses CIMETIÈRES ROMANTIQUES L’exotisme = symbole de l’au-delà

TOMBES D’ALPINISTES La montagne = rappel de notre finitude

37


UNE AMBIVALENCE MINÉRAL/NATUREL POURQUOI GRENOBLE?

Photo choisie par Le Petit Futé pour illustrer Grenoble

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Beaucoup de Grenoblois sont sportifs. Les bords de l’Isère ( ) et la montée de la bastille (>) sont des lieux très appréciés par les coureurs.

Grenoble est le coeur d’une métropole de 450 000 habitants1. Elle constitue le 2ème pôle de recherche français1 avec 23 500 chercheurs1 actifs, publics et privés confondus. Ce dynamisme est en fait relativement récent. Il a été impulsé à l’après-guerre par la tenue des Jeux Olympiques de 1968. L’architecture de la ville s’en ressent fortement et offre un cadre très minéral. Pour autant, les Grenoblois aiment les sports de pleine nature. Ils sont sensibles aux enjeux écologiques (comme le prouve l’élection en 2014 d’un maire EELV à la mairie de la ville). Cette ambivalence entre une vie très urbaine et des idéaux écologistes est tout à fait caractéristique de notre société actuelle. Elle est très intéressante quand il s’agit de penser l’évolution de nos rites funéraires vers un idéal laïc et dématérialisé. 1 - Source: Grenoble Alpes Métropole (https://lametro.fr/10-un-territoire-attractif.htm)

38


39


LES RITES FUNÉRAIRES SONT DES PRATIQUES AUX FONDEMENTS COMPLEXES. ILS SONT FORTEMENT LIÉS À LA TRADITION D’UNE CULTURE ET TROUVENT DONC LEURS ORIGINES DANS L’HISTOIRE. On peut distinguer les influences idéologiques d’une part (religions, croyances, morale...), et les influences pratiques d’autre part (géographie, hygiène, sur-population...). 40

EN FRANCE, LE CONTEXTE MODERNE POUSSE À REMETTRE EN QUESTION LES PRATIQUES TRADITIONNELLES. Ce changement s’explique d’une part par le développement d’un idéal laïc de communion avec la nature dans la mort, et d’autre part par le grand besoin d’individualisation que produit notre société libérale.


CONCLUSION

POURQUOI GRENOBLE? Grenoble, aussi minérale qu’elle soit, est une ville qui jouit d’un panorama extraordinaire sur les massifs du Vercors, de la Chartreuse et de Belledonne. La montagne est visible partout. Les sports de pleine nature sont à portée de main.

À l’heure où l’idéal de la mort glisse de la rigidité de la pierre tombale à la légèreté des cendres répandues dans la nature, Grenoble est un terrain d’investigation choisi pour envisager les mutations des espaces liés à la mort dans le milieu urbain. En m’appuyant sur la puissance évocatrice et apaisante de la montagne, je tenterai de relever le défi de créer des espaces ouverts et poétiques dans le tissu urbain Grenoblois.

CE QUI A MOTIVÉ MON INTÉRÊT POUR LES ESPACES DE LA MORT À GRENOBLE, C’EST L’AMBIVALENCE DE LA VILLE ENTRE MINÉRAL ET NATUREL. D’un côté, Grenoble est dense et laisse peu de place à la poésie recherchée lors d’un deuil. De l’autre, l’omniprésence des montagnes à l’horizon offre une opportunité pour amener de la spiritualité aux espaces de la mort de la ville.

I

AU CARREFOUR DES INFLUENCES: LES RITES D’AUJOURD’HUI

Cette première partie m’a permis de clarifier les enjeux conceptuels et contemporains liés aux espaces de la mort. J’en ai tiré l’envie de bien comprendre comment les quatre pôles identifiés (Matériel/Immatériel et Commun/Personnel) se sont exprimés tout au long de l’histoire de la ville de Grenoble. 41


II

LA VILLE ET LA MORT: HISTOIRE D’UNE RELATION

1 ÉPOQUE ANCIENNE GRENOBLE, PORTE DES ALPES

42

P.44

2 XIXe Siècle GRENOBLE, VILLE DÉSENCLAVÉE

UN FOND DE VALLÉE MARÉCAGEUX

PÉRIODE HYGIÉNISTE

L’HÉRITAGE ANTIQUE ET MOYEN-ÂGEUX

SÉPARATION DE L’ÉGLISE ET DE L’ÉTAT

LES GUERRES DE RELIGION

COQUETTERIE DE FIN DE SIÈCLE

P.56


AFIN DE BIEN COMPRENDRE les spécificités du paysage funéraire Grenoblois, je vous propose d’engager une lecture chronologique de l’évolution de la ville. Cette démarche me permettra d’aborder les pratiques funéraires d’un point de vu spatial:

- Quel lien existe-t-il entre le milieu montagnard et les sépultures? - Comment chaque pratique funéraire a impacté le tissu urbain? - Comment s’expriment les tendances matérialistes ou non, communes ou individualistes à Grenoble?

3 XXe Siècle GRENOBLE, VILLE REFUGE LA PREMIÈRE GUERRE ET LES ANNÉES FOLLES LA SECONDE GUERRE MONDIALE LE BOOM DES ANNÉES 60

4 ÉPOQUE MODERNE

P.68

DE NOUVELLES INFRASTRUCTURES INTERCOMMUNALES

P.80

LE RÉSEAU DES LIEUX LIÉS À LA MORT LE CENTRE FUNÉRAIRE: AU COEUR DE L’INTENSITÉ DU DEUIL

43


44


1

Plan de la confluence du Drac et de l’Isère en 1604 par Jean Beins - Musée de Grenoble

ÉPOQUE ANCIENNE 45


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GRENOBLE, PORTE DES ALPES ÉPOQUE ANCIENNE

L’HISTOIRE de la ville de Grenoble remonte à

l’époque Romaine. La ville s’appelait alors Cularo et constituait une étape sur la voie romaine traversant les Alpes et reliant . À Grenoble, les marchandises pouvaient également embarquer sur l’ en direction de . En plus de cette opportunité commerciale Est/ Ouest, la ville tirait partie du corridor naturel Nord/ Sud nommé le . Cette grande succession de vallées, formée par le passage de glaciers, permettait le commerce entre .

En 381, la cité est renommée Gratianopolis en l’honneur de l’empereur Gratien qui dote la ville d’un évêché. C’est le début de l’influence Chrétienne sur la région. Le nom définitif de Grenoble ne sera choisi qu’au XIVe siècle. La ville est également une importante place forte militaire. Capitale de la Province du , Grenoble tient la frontière du Royaume de France face au duché de (représenté ici au XVe siècle). Le tracé des frontières actuelles ne sera établi qu’en 1947!

47


UN FOND DE VALLÉE MARÉCAGEUX ÉPOQUE ANCIENNE

48


La vallée du Grésivaudan a été formée par un grand glacier. En glissant vers l’Est, la glace a creusé le socle rocheux sur plusieurs centaines de mètres. Lors du dernier réchauffement climatique il y a 10 000 ans, le glacier s’est retiré et a laissé devant lui la grande cuvette qu’il avait creusé. Cette dépression s’est remplie d’eau et a formé un immense lac comparable aux Grands Lacs Italiens. Au fil du temps, l’érosion des sommets et la sédimentation ont comblé le lac. Le fond plat de la vallée actuelle correspond à la surface de cet ancien lac!

L’histoire géologique de la vallée de Grenoble explique l’implantation des villages sur les reliefs: Les sédiments argileux, qui constituent le sol du fond de vallée, sont parcourus par des

nappes d’eau très superficielles. Cela rend ces terres plates très marécageuse et sujettes à inondation. Pendant longtemps, les hommes y ont cultivé de quoi vivre en creusant des drains.

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L’HÉRITAGE ANTIQUE ET MOYEN-ÂGEUX ÉPOQUE ANCIENNE

Durant l’époque Romaine, l’inhumation et la crémation étaient également autorisées. Les sépultures étaient interdites à l’intérieur des villes et s’étalaient donc le long des routes alentoures. À Cularo (Grenoble), les traces archéologiques de nécropoles antiques ont été découvertes en rive droite de l’ , hors de la zone inondable. À partir du VIe siècle, les tombes seront peu à peu regroupées autour de sanctuaires cruciformes. Les plus importants sont: , qui est aujourd’hui le musée archéologique de Grenoble et qui est aujourd’hui le cimetière ancien de La Tronche.

Nécrolope de Pompéi

Musée Archéologique - Grenoble Les sépultures romaines de Grenoble devaient ressembler à celles de Pompéi (<) On constate que chaque tombe ressemblait à une maison ou un temple miniature. C’est ce lexique qui sera réutilisé dans les cimetières romantiques du XIXe siècle.

50


L’influence Israélite et la croyance en une résurrection prochaine des nouveaux chrétiens vont peu à peu interdire la crémation des corps. Avec la fin de l’Empire Romain, la sécurité des terres n’est plus assurée. S’inscrit alors un changement majeur dans l’histoire des cimetières occidentaux: les sépultures entrent dans la ville et se lient avec le lieu de culte. Jusqu’à la Contre-Réforme (courant XIXe), le cimetière est souvent le seul endroit ouvert et accueillant de la cité. On y pratique le commerce, la justice, on s’y réfugie au moment des invasions.

Au Moyen-Âge, le lieu des morts est un espace public et commun au plus haut sens: C’est un espace de proximité, tout le monde peut s’y retrouver et tous les morts sont enterrés ensemble dans une fosse commune.

De l’Antiquité au Moyen-âge

DES ARCHITECTURES POUR LES MORTS Dès le IVe siècle, des mausolées chrétiens sont construits parmi les tombes romaines. Une église funéraire nommée Saint-Laurent (<) sera finalement implantée au VIe siècle dans un style Italien. Ce bâtiment abrite aujourd’hui un musée archéologique. Il est intéressant de noter l’existence de cimetières en forme de cloître (>) pendant le Moyen-âge, même si aucune preuve évidente de leur existence n’a été trouvée à Grenoble. Gravure (date inconnue) - Cimetière des Innocents - Paris > 51


LES GUERRES DE RELIGION ÉPOQUE ANCIENNE

Au XVe siècle, Grenoble subit de grandes épidémies de peste. La gestion des corps dans la ville devient trop compliquée. En 1497, un Hôpital des Infez (infectés) est fondé en dehors des remparts. Il est entouré d’un cimetière pour les pestiférés et d’une chapelle en hommage à Saint-Roch.

Prise de Grenoble par Lesdiguière - 1590 Au XVIe siècle, sous l’influence de Genève, le Dauphiné devient une terre protestante. Entre 1562 et 1590, la ville de Grenoble est le théâtre de violents affrontements entre catholiques et protestants. Tour à tour gouvernée par les uns et par les autres, Grenoble est prise en 1590 par le Duc de Lesdiguière. Ce gouverneur protestant ramène l’ordre dans la ville et s’unit avec le gouverneur Catholique pour combattre la Savoie. Huit ans plus tard, en 1598, Henri IV promulgue l’édit de Nantes qui assure aux protestants le droit de culte. Une période de calme s’en suit et permet le développement de la ville, basé sur l’industrie de la ganterie. En 1685, la révocation de l’édit de Nantes interdit à nouveau le culte protestant. Il faudra attendre 1787 pour qu’un nouvel, et définitif édit de tolérance soit accepté. 52

Le site, choisi en urgence, reste proche de la ville, mais subit les remontées de nappe de l’Isère. En 1717, l’hôpital est définitivement abandonné. Seule restera sa chapelle.

Pendant de nombreuses périodes entre le XVIe et XVIIIe siècle, les protestants n’ont pas eu le droit d’être enterrés avec les Catholiques. C’est de cette époque que date la tradition des cimetières familiaux protestants.


Fin du XVe Siècle

PREMIER CIMETIÈRE SAINT-ROCH

Triomphe de la Mort - XVe siècle

Plan de Grenoble - daté entre 1639 et 1642

53


54


CONCLUSION

ÉPOQUE ANCIENNE

L’implantation des sépultures de l’époque romaine suivent les contraintes topographiques du site. Plus tard, ces nécropoles continueront d’être utilisées et ce n’est qu’à la fin du XVe siècle que seront lancées les bases de l’actuel cimetière SaintRoch.

Les pratiques funéraires d’alors étaient intimement liées à l’idée du commun: Le sens de l’appartenance à une communauté était très développé. Mais la matérialité et l’individualité du corps n’étaient pas forcément sacrées. L’étude de cette époque m’a permis de situer les espaces historiques liés à la mort à grenoble. Elle m’a également montré à quel point nos traditions funéraires n’ont pas toujours été attachées au matériel.

ATÉRIEL

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2

Vue de Grenoble sur l’Isère - Alexandre Debelle - non daté du XIXe - Musée du Dauphinois

XIXe Siècle 57


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GRENOBLE, VILLE DÉSENCLAVÉE XIXe Siècle

À LA RÉVOLUTION FRANÇAISE, la Province

du Dauphiné est dissoute. Elle est transformée en trois nouveaux départements Français: l’ , la et les . Grenoble est la seule ville de ces départements a être desservie par le chemin de fer au début du XIXe siècle. (1856 à Grenoble) Cette faveur lui est accordée car elle est toujours une place forte militaire face au duché de (représenté ici au début du siècle).

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PÉRIODE HYGIÉNISTE XIXe Siècle

Le XIXe siècle est marqué par le souci de rendre les villes plus propres et agréables à vivre. Cette préoccupation touche bien entendu l’aménagement des sépultures: En 1804, le nouvel État décrète que les cimetières devront être aménagés en dehors des villes et que tous les cimetières paroissiaux devront être fermés. À la suite de cela, la ville de Grenoble crée en 1808 le nouveau cimetière Saint-Roch. Son emplacement coïncide avec celui du cimetière pour pestiférés construit puis abandonné à la fin du Moyen-âge. Fontaine symbolisant Grenoble ( le lion) maîtrisant l’Isère (le serpent) - 1843

60

Ce cimetière ne cessera d’être agrandi jusqu’à coloniser la rive opposée de l’Isère dans la forme qu’on lui connait aujourd’hui.


et sont des rivières impétueuses. La première est comparée à un serpent pour ses méandres changeants, la seconde est associée à un dragon pour crues violentes et imprévisibles.

Pendant toute la durée du XVIIe et XVIIIe siècle, les autorités du Dauphiné ont entrepris de grands travaux d’endiguement et de contrôle des crues. Ce n’est qu’en 1821 que sera définitivement fixé le dessin des deux rivières.

61


SÉPARATION DE L’ÉGLISE ET DE L’ÉTAT XIXe Siècle

Dès 1776, un édit royal charge les municipalités d’acheter les terrains voués à la sépulture et d’y faire régner l’ordre. Pour autant, la majorité des cimetières restent terre d’église. Il faudra attendre la Révolution Française pour que les biens ecclésiastiques tombent dans le domaine public. Le décret prairial de 1804 va définitivement affirmer la «neutralité» religieuse des cimetières et les placer sous l’autorité municipale. Selon l’article 15, «chaque culte doit avoir un lieu d’inhumation particulier». Pour autant, il est facile de constater encore aujourd’hui la prédominance des signes catholiques dans les cimetières.

62

Enterrement à Ornans - Gustave Courbet - 1849


De la Révolution à aujourd’hui

LA QUESTION DE LA CRÉMATION Le débat de la crémation est venu en France à la fin du XVIIIe siècle: Dans l’esprit des révolutionnaires, toute personne doit être libre de disposer de son corps. Ce n’est pourtant qu’en 1887 que l’état Français autorisera définitivement cette pratique. À cette époque, seuls les protestants reconnaissent cet acte. L’église catholique ne l’acceptera qu’en 1963, ce qui explique le faible développement de cette pratique avant cette date en France.

L’enterrement de Shelley - Louis Edouard Fournier - 1889

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COQUETTERIE DE FIN DE SIÈCLE XIXe Siècle

Sépultures typiques du mouvement romantique au cimetière Saint-Roch (Grenoble).

Dessin de Victor Hugo issu d’une séance de spiritisme, 1853 http://expositions.bnf.fr/hugo/arret/spirite.htm

Avec la révolution industrielle, une classe bourgeoise se développe. Elle cherche à montrer sa réussite et dépense des fortunes dans la réalisation d’objets, de meubles, de demeures... Parallèlement, sous l’influence américaine, le spiritisme devient à la mode. L’idée d’une relation magique avec les morts s’installe. Cette époque est très visible dans les cimetières car elle a donné lieu à des réalisations exubérantes et chargées de symboles. C’est la gloire de la pierre et du monumental. 64


Coquetterie du XIXe Siècle

AVÈNEMENT DES POMPES FUNÈBRES L’obligation de construire les cimetières en dehors des villes pose la question du déplacement du corps jusqu’à la sépulture. Peu à peu, des entreprises se spécialisent dans l’organisation des obsèques: C’est la naissance des pompes funèbres. Cette privatisation des services funéraires va aussi jouer sur le développement d’une coquetterie funéraire.

Cette conception de la mort, mystérieuse, énigmatique, parfois exotique, a impressionné notre imaginaire. C’est cette dimension romantique, que l’on regrette aujourd’hui en rentrant dans des

Corbillard hippomobile de 1ère classe - 1900

cimetières dits «trop minéraux». Cela montre bien que nous sommes avant tout attachés à une ambiance, à un imaginaire qui nous fait rêver. 65


66


CONCLUSION

XIXe siècle

Au XIXe siècle, sous l’influence de la révolution, les espaces funéraires se détachent de l’Église. Les considérations hygiénistes éloignent les cimetières des bourgs, et on aurait pu s’attendre à une perte d’intérêt pour les cérémonies mortuaires. Mais au contraire, la bourgeoisie de l’époque va développer une fascination pour l’ambiance mélancolique des cimetières.

L’embourgeoisement de la société donne lieu à une pratique plus individualiste de la mort. Le cimetière devient un lieu d’expression et de démonstration de la richesse. Le cimetière Saint-Roch à Grenoble a été construit à cette époque. C’est pour cela qu’une atmosphère romantique s’en dégage encore aujourd’hui.

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Grenoble vu de Seyssinet - 1929 - En rouge le cimetière Saint-Roch

XXe Siècle 69


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GRENOBLE, VILLE REFUGE XXe Siècle

GRENOBLE DEMEURE UNE VILLE PEU DÉVELOPPÉE. À la fin du XIXe siècle,

L’annexion définitive en 1860 d’une partie de la Savoie par la France enclenche le déclin de la vocation militaire de la ville. Les départements de la et de la sont créés et intégrés la même année au domaine Français.

La production d’électricité hydraulique va se développer et Grenoble va vite devenir une ville dynamique.

PENDANT LES GRANDES GUERRES, GRENOBLE SERA CONSIDÉRÉE COMME UNE VILLE SÛRE ET ACCUEILLANTE. Située non loin de la zone d’occupation allemande et de la zone d’occupation italienne, la ville fait parti du couloir démilitarisé des Alpes. Elle sera tout de même envahie en 1942 par l’armée Italienne. De

nombreux réfugiés, chassés par les dictatures, vont immigrer à Grenoble et lui conférer ce côté multiculturelle qu’elle arbore aujourd’hui.

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72


LA PREMIÈRE GUERRE ET LES ANNÉES FOLLES XXe Siècle

La manne de l’énergie hydraulique booste l’économie Grenobloise - 1925 Dès la fin du XIXe siècle, la région Grenobloise tire partie des cours d’eau de montagne pour produire de l’électricité. En écho à la «houille noire» du charbon, cette nouvelle forme d’énergie est baptisée «houille blanche».

Au déclenchement de la guerre, Grenoble, qui est encore une ville de garnison, se vide de ses hommes. Mais sa position en retrait du front et son accès facile à l’énergie hydraulique vont transformer la ville en site de production pour l’effort de guerre. Ce développement économique va attirer une forte immigration Italienne. La hausse de la population est telle que Grenoble ne tient plus dans ses murs. Les remparts sont déclassés en 1920 et la ville s’étale vers le Sud.

Création d’un service public

LES POMPES FUNÈBRES MUNICIPALES Depuis le XIXe siècle, l’Église n’est plus chargée des obsèques. Dans les petites villes comme Grenoble, la constitution des pompes funèbres va prendre du temps.

C’est en 1924, que des pompes funèbres municipales seront créées pour répondre à l’augmentation de la population. Ce service perdra son statut public en 1988, où il se constituera en Société d’Économie Mixte. 73


LA SECONDE GUERRE MONDIALE XXe Siècle

Durant la seconde guerre mondiale, Grenoble fait partie de la «zone libre». Elle accueille de nombreux réfugiés venant principalement d’Espagne et d’Italie. Cette immigration apporte avec elle une forte culture catholique qui se ressent encore dans les cimetières grenoblois. Grenoble sera libérée après avoir été occupée par l’Italie Fasciste et le pouvoir Nazi de 1942 à 1944. Après la guerre, chaque français porte le deuil d’un proche. Ce deuil collectif, souvent privé de corps pour le matérialiser va sortir la mort de l’espace du cimetière

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On voit que la pyramide des âges est fortement entaillée par les guerres.


Une culture du commun

LES MONUMENTS AUX MORTS L’enjeu des monuments aux morts est de spatialiser une mort sans corps. Pour contre-balancer l’immatérialité et l’anonymat de ces disparitions, l’accent est mis sur la dimension sculpturale et collective de l’hommage. Cette stratégie pourrait être réutilisée pour penser les rites liés à la crémation, qui doivent eux aussi répondre à l’immatérialité du défunt. Monument des déportés - 1950 - Parc Paul Mistral - Grenoble Carré militaire - Cimetière Saint-Roch - Grenoble

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LE BOOM DES ANNÉES 60 XXe Siècle

Après la guerre, Grenoble se lance dans de grands travaux de modernisation de la ville. Une agence municipale d’urbanisme est créée et de gigantesques travaux sont lancés pour créer un campus «à l’américaine» (1961) et pour accueillir les Jeux Olympiques d’hiver de 1968. La ville se développe toujours plus vers le Sud et fini par occuper toute l’étendue du fond de vallée. Carte postale de 1968 montrant le village olympique. Ce type d’architecture reste dominant encore aujourd’hui dans la ville de Grenoble.

76


Les années 60 sont aussi celles où les enfants de l’après guerre arrivent à l’adolescence. Cette génération, qui n’a pas connu la guerre, va marquer une rupture dans la vision de la mort. Elle aspire à une vie hédoniste et n’a pas le rapport grave à la mort qu’ont développé leurs parents pendant la guerre. On voit que la pyramide des âges le boom démographique de l’après-guerre.

77


78


CONCLUSION

XXe siècle

Suite aux Guerres Mondiales, le deuil a pris une dimension collective et grave. Mais la génération qui a suivi a voulu se détacher de ce carcan et s’est désintéressée de la question de la mort au profit d’un idéal de vie et de jouissance.

La première moitié du XXe siècle a construit un rapport solennel à la mort. Les générations qui ont suivi ne se sont pas reconnues dans cette nouvelle forme de deuil. Ceci a produit un sentiment de désenchantment que nous resentons encore aujourd’hui. Au milieu du XXe siècle, le décor de notre relation contemporaine est posé. Dans le chapitre suivant, je ne m’appesantirai pas sur le contexte idéologique qui a déjà été décrit dans la première partie pour me concentrer sur les espaces de la mort du Grenoble contemporain.

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Grenoble vu de Seyssinet - 2011 - En rouge le cimetière Saint-Roch

ÉPOQUE MODERNE 81


DE NOUVELLES INFRASTRUCTURES INTERCOMMUNALES ÉPOQUE MODERNE

Dans les années 90, la métropole de Grenoble se dote de nouveaux lieux pour accueillir les pratiques funéraires. Les terrains d’implantation sont choisis au plus proche du centre ville, mais la densité du tissu urbain repousse les constructions les plus modernes au pieds de la montagne.

82


Le centre funéraire est la première infrastructure funéraire et intercommunale aménagée à Grenoble. Si les bâtiments sont publics, ils sont gérés par la S.E.M. des Pompes Funèbres Intercommunales. L’intérieur du bâtiment a été modernisé et il offre un cadre digne et apaisant aux familles. Mais les alentours du site laissent à désirer: parkings, zones d’activité, voie rapide,...

Le crématorium de la région Grenobloise a été construit en 1986. Il est géré par les Pompes Funèbres Intercommunales. L’endroit est très reposant. Positionné légèrement en hauteur, il ménage des vues sur Grenoble et la Chartreuse. Un jardin de dispersion et un petit sentier accompagnent le bâtiment.

Dans les années 90, les cimetières communaux commencent à être saturés. Pour pallier à ce problème, l’intercommunalité crée en 1995 un cimetière accessible aux résidents de toutes ses communes. Aujourd’hui, ce cimetière est parfois confondu avec un cimetière musulman tant son carré confessionnel est grand. Beaucoup de cimetières communaux n’offrant pas cet aménagement, la grande majorité des musulmans de la Métropole se font enterrer là. 83


LE RÉSEAU DES LIEUX LIÉS À LA MORT me tiè re Ci

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ÉPOQUE MODERNE

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Décès à domicile

Les nouvelles infrastructures que sont le centre funéraire et le crématorium viennent se placer dans un réseau plus large et déjà constitué: Les cimetières bien sûr, mais aussi les lieux de culte ( églises; mosquées; temples; ...) et les hôpitaux. Ces derniers ont un rôle particulièrement important car 80% des décès ont lieu à l’hôpital. Lorsque cela advient, les corps sont transportés dans une chambre mortuaire, qui se situe pour Grenoble sur la commune de La Tronche, au C.H.U Grenoble Alpes. À partir de ce moment là, toute la période des obsèques (c’est à dire entre la mort et l’enterrement ou la crémation) va se dérouler dans des structures institutionnalisées. 84

Dans le cas d’un décès à domicile, il est de plus en plus rare que la famille garde le corps à la maison. La seule solution est alors de l’entreposer au centre funéraire. On remarque sur la carte que, à part les lieux de culte, tous les lieux de la mort se situent en périphérie. Le centre funéraire est encore l’infrastructure la moins excentrée de toutes.


85


CHU Grenoble Alpes

Grenoble Alpes Métropole

Établissement public d’état soumis à l’autorité du préfet (Lionel BEFFRE depuis 2016)

Chambre Mortuaire

Service de 6 personnes dédié à la conservation des défunts après décés en milieu hospitalier public. 2 salons de recueillement. Moyenne de 1800 décès par an.

Pompes Funèbres Intercommunales Société d’Économie Mixte depuis 1988. Détient 80% du marché. (Direction : Mr CORGIER)

Centre Funéraire

Service d’une 60n de salariés dédié à l’accompagnement des familles endeuillées, au transport, à la conservation et à l’inhumation et exhumation des corps. 21 salons de recueillement, 1 salle de cérémonie. Moyenne de 3200 obsèques par an. Les PFI gèrent et détiennent les locaux mais sont dans l’obligation d’accueillir le service d’autres Pompes Funèbres dans leurs locaux.

Crématorium

Service d’une 10n de salariés dédié à la crémation des corps et à la conservation temporaire des urnes. 1 salle de cérémonie, 1 jardin du souvenir. Moyenne de 1900 crémations par an. Les locaux appartiennent à la Métropole et sont gérés par les PFI depuis 1985.

INFRASTRUCTURES Centre Hospitalier Universitaire (CHU) Gestion de l’avant-mort

Cimetière (service communal) Inhumation, dispersion, recueillement

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Cimetière Intercommunal

Service de 2 personnes sous la responsabilité de Mr BIANCARDINI dédié à la gestion et la vente des concessions. L’entretien des parties communes est réalisé par un partenaire privé, celui des concessions par les familles. Possède 2679 concessions dont 887 disponibles (2017) Toute personne résidant ou décédée sur une des communes de la métropole peut prétendre à reposer au cimetière intercommunal.

Ville de Grenoble

Commune de 161 000 habitants. (Maire : Eric Piolle EELV depuis 2014)

Cimetière St-Roch et des Grands Sablons Service sous la responsabilité de Mme DELPLANQUE dédié à la gestion et la vente des concessions. L’entretien des parties communes est réalisé par le service des espaces verts de la ville, celui des concessions par les familles. Possède 25 000 concessions au cimetière Saint-Roch. Les deux cimetières de Grenoble se trouvent en zone inondable. Le cimetière des Grands Sablon se trouve sur la commune de La Tronche.

TYPES D’ACTEURS Service Intercommunal

Espace funéraire Conservation, présentation, préparation des corps Crématorium Crémation des corps, conservation des urnes

Intercommunalité créée en 1966 sous le nom de SIEPURG et comptant à ce jour 49 communes, soit 450 000 habitants. (Direction générale des services : Mr PAPAUD)

État

Gestionnaire Propriétaire

Grenoble Alpes Métropole Commune PFI Pompes Funèbres Intercommunales PFG Pompes Funèbres Générales


LES ACTEURS

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LE CENTRE FUNÉRAIRE: AU COEUR DE L’INTENSITÉ DU DEUIL ÉPOQUE MODERNE Devant ce réseau de lieux si dispersés, comment créer un espace commun? Les cimetières sont de moins en moins visités au quotidien à cause de l’explosion géographique des familles. Pourtant, une société a besoin d’ancrer son histoire dans son paysage pour pouvoir exister1, et les autres lieux de la mort sont tous enfermés dans des bâtiments.

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Mais il reste encore le moment de la cérémonie des obsèques pour parler de commun: Qu’elle précède une inhumation ou une crémation, elle se déroule avec l’ensemble de la communauté ayant connu le défunt. Ce rassemblement des proches se fait très souvent au centre funéraire, où l’on peut dire un dernier adieu au corps avant sa mise en bière.

Il semble qu’aujourd’hui, l’intensité de la confrontation à la mort se déplace du lieu public au lieu privé.


Cet adieu est le temps fort des obsèques car il marque le basculement de la présence physique du défunt à sa présence symbolique, à travers le cercueil. Après cette étape, vient souvent une phase de relâchement. Un repas peut être organisé, et on prend plaisir à être avec les gens que l’on n’a pas vu depuis longtemps.

Les temps qui précèdent et succèdent la cérémonie sont des moments de partage qui pourraient se dérouler à l’extérieur, en contact avec la nature. 1 - Pascaline Thiollière, 2016

Je propose de créer un cadre public à ce rassemblement de la communauté. Un tel espace se situera au plus proche du centre funéraire, sur la commune de La Tronche. 89


LE RAPPORT À LA MORT DES FRANÇAIS N’A CESSÉ D’ÉVOLUER À TRAVERS LES SIÈCLES. Il est passé par une approche communautariste, avant de s’individualiser, avec l’embourgeoisement de la société. Puis, la période des guerres mondiales a désenchanté 90

notre vision de la mort. La société dans laquelle nous vivons aujourd’hui est fondée par cette histoire. À Grenoble, ces évolutions historiques se ressentent dans l’aménagement de la ville, et donc, dans l’aménagement de ses espaces


CONCLUSION

ÉPOQUE MODERNE

L’espace funéraire a pris une forme plurielle avec l’arrivée d’infrastructures telles que le centre funéraire et le crématorium. Dorénavant, le corps transite dans des bâtiments institutionnels jusqu’à son enterrement ou sa crémation.

Pour ramener la mort dans l’espace public, je propose d’aménager des lieux autour du centre funéraire qui accueilleraient le rassemblement de la communauté autour du défunt. En m’appuyant sur la puissance évocatrice et apaisante de la montagne, je tenterai de relever le défi de créer des espaces ouverts et poétiques dans le tissu urbain Grenoblois.

II

LA VILLE ET LA MORT: HISTOIRE D’UNE RELATION

mortuaires. Un noyau dur semble s’être formé dans un méandre de l’Isère, à la frontière des communes de Grenoble et de La Tronche. C’est ce site qui va m’intéresser pour développer mon projet.

Cette deuxième partie m’a permis d’ancrer ma réflexion dans l’espace de Grenoble. J’ai pu déterminer un site qui pourrait être porteur pour développer un projet en accord avec les préoccupations contemporaines liées à la mort. Dans le dernier chapitre, l’analyse du tissu urbain et de ses potentialités me permettra de proposer le schéma directeur de mon projet.


III

SUR LES BORDS DE L’ISÈRE: UNE NÉCROPOLE MODERNE

1

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STRUCTURE GÉNÉRALE

RIVE GAUCHE: GRENOBLE

L’ISÈRE, FIL CONDUCTEUR SYMBOLIQUE LA BASTILLE, POINT HAUT DE GRENOBLE LE CRÉMATORIUM, INFRASTRUCTURE EXCENTRÉE

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P.94

LE CIMETIÈRE SAINT-ROCH LA COULÉE VERTE DES ANCIENS REMPARTS LE QUARTIER DE L’ÎLE VERTE LES BERGES RIVE GAUCHE

P.104


AFIN D’ABOUTIR AU SCHÉMA DIRECTEUR de mon projet, je commencerai par présenter les traits généraux de mon site. Cette vision large de la situation me permettra de dégager les grandes thématiques de mon projet.

Puis, je m’intéresserai plus en détail aux opportunités offertes par le tissu urbain de Grenoble et de La Tronche. J’en tirerai des objectifs ciblés et spatialisés. Enfin, je construirai la synthèse de mes intentions sous la forme d’un schéma directeur.

3 RIVE DROITE: LA TRONCHE LES CIMETIÈRES À LA TRONCHE LE CENTRE FUNÉRAIRE ET SON ACCÈS À L’ISÈRE UN TISSU MIXTE ET LA FRICHE NORD LES BERGES RIVE DROITE

P.116

4 LE PARC DES CIMETIÈRES DES DEUX RIVES FÉDÉRER LES ESPACES MORTUAIRES AUTOUR DE L’ISÈRE

P.128

CRÉER DES CONTINUITÉS VERTES ENGLOBANTES FAIRE COHABITER LA VIE AVEC LES ESPACES DE DEUIL

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STRUCTURE GÉNÉRALE 94


1

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L’ISÈRE, FIL CONDUCTEUR SYMBOLIQUE STRUCTURE GÉNÉRALE

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Sur mon site, quatre cimetières se répartissent le long de l’Isère. Les cimetières des Sablons et le cimetière Saint-Roch se font même face, chacun de son côté du cours d’eau( ). Cette situation évoque la figure mythologique du Styx: Le fleuve parcourait les Enfers et toute personne décédée devait le traverser en payant une obole au passeur Charon.

Les berges de l’Isère seront un espace clef dans l’aménagement d’un ensemble funéraire cohérent et englobant.

À Grenoble, cette poésie du lieu n’est pas exploitée. Les cimetières se terrent, chacun derrière sa digue.

Traversée du monde souterrain - Joachim Patinir On y voit Charon traversant le Styx (1524)

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LA BASTILLE, POINT HAUT DE GRENOBLE STRUCTURE GÉNÉRALE

La montée à la Bastille est un chemin bien connu des Grenoblois. Beaucoup d’entre eux y pratiquent leur jogging ou s’y baladent le long des chemins aménagés.

Raynaude - Arriège - L’accès au cimetière se fait par un chemin de croix. L’effort physique demandé par une ascension peut prendre un rôle expiatoire et méditatif. Le corps est physiquement engagé par le dénivelé. Il fait écho à la douleur mentale et participe ainsi au travail de deuil.

Ce balcon sur la ville revêt donc à la fois une dimension intime et une dimension commune. De plus, l’ascension de la Bastille pourrait être considérée comme un espace dit de «pleine nature» où les cendres seraient (ou sont peut être déjà) dispersées.

La succession de parcs qui se trouve entre le centre funéraire et la Bastille sera investi pour permettre la procession des endeuillés.

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LE CRÉMATORIUM, INFRASTRUCTURE EXCENTRÉE STRUCTURE GÉNÉRALE

Dans le chapitre I , j’ai montré à quel point la crémation était structurante dans l’évolution de nos pratiques. Or, à Grenoble, le crématorium est situé à 3 km à vol d’oiseau du centre funéraire. Par commodité, les familles dispersent souvent les cendres dans le jardin du crématorium plutôt que de les ramener dans leur cimetière communal. Mais aujourd’hui le crématorium est saturé et des prospections sont en cours pour en ouvir un second.

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Certaines personnes ne souhaitent pas disperser les cendres en pleine nature car elles veulent avoir un accès facile au lieu de mémoire. Pour cela, un espace du souvenir proche du centre ville serait avantageux.

Un espace pour les rites liés aux cendres devra être proposé proche du centre funéraire.


Usine intercommunale de traitement des déchets «Athanor»- La Tronche >> http://www.ville-latronche.fr/110-athanor.htm

Le cadre du crématorium est très agréable et reposant.

Dans les années 80, il a fallut choisir l’emplacement du futur crématorium. Les autorités ont d’abord pensé à le placer proche du centre funéraire. Mais la présence, non loin de là, de l’usine d’incinération des déchets a remis en cause ce projet: On ne veut pas associer la crémation à l’acte de se débarrasser des déchets par le feu.

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CONCLUSION

STRUCTURE GÉNÉRALE Le site choisi se prête à la poésie à travers ses éléments naturels: L’isère traverse les cimetières à la manière du Styx et la montagne, toute proche, offre un cadre contemplatif propice au deuil.

Mon projet consistera à guider les familles vers des espaces végétalisés, tout proches du centre funéraire. Le lien avec le grand paysage sera souligné afin d’offrir un cadre apaisant et poétique. Grâce à cette analyse générale, j’ai pu dégager les grands enjeux de mon projet. Voyons maintenant comment ces ambitions peuvent se réaliser dans le tissu urbain voisinant le centre funéraire.

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GRENOBLE

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2 La commune de Grenoble se situe sur la rive gauche de l’Isère. Pourtant, un de ses deux cimetières communaux se situe sur la rive droite, propriété de la commune de La Tronche. Nous allons voir comment le tissu urbain s’articule autour du cimetière Saint-Roch, côté rive gauche.

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LE CIMETIÈRE SAINT ROCH GRENOBLE

Photo (A) prise depuis l’allée principale en regardant vers l’Est. La densité des tombes est très importante. Le cimetière Saint-Roch est le cimetière historique de la ville de Grenoble. Les lieux retracent l’histoire de la ville, et il est possible de le visiter avec les commentaires d’un guide1. Aujourd’hui saturé, seules les personnes possédant déjà un caveau familial peuvent espérer s’y faire rapidement enterrer. La rotation des concessions est rendue difficile car les corps se décomposent mal2.

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Photos prises dans le secteur Nord (B) et le secteur Est (C). Les services du cimetière favorisent le développement de la végétation dans ces secteurs de la fin du XIXe siècle.


Photo de l’entrée principale du cimetière (D) . Des artisans funéraires occupent une petite zone d’activité aux portes du cimetière.

1 - Association «Saint-Roch! vous avez dit cimetière?» >> http://cimetieresaintrochgrenoble.e-monsite.com/ 2 - La nappe de l’Isère est estimée à seulement 2m sous la surface du sol. Voir la coupe p.115

> Renforcer la qualité d’espace d’agrément du cimetière. > Poursuivre la végétalisation des secteurs périphériques. 107


LA COULÉE VERTE DES ANCIENS REMPARTS GRENOBLE

1945

Le cimetière Saint-Roch est séparé du centre ville de Grenoble par le parc de l’Île Verte. Cette coulée verte correspond à l’emprise des anciens remparts de la ville. Dans les années 60, trois tours y sont construites au milieu d’un parc de 57 000 m². Aujourd’hui, le parc est vieillissant, mais une vraie vie de quartier s’y est implantée: jardins d’enfants, terrain de sport pour les école, jeu de boule...

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> Renforcer l’ambiance de tunnel vert > Gérer le lien avec le cimetière

1/1000

La coulée verte est bordée à l’Ouest par le Boulevard Maréchal Leclerc, et à l’Est par des entreprises funéraires (pépinière, graveurs, pompes funèbres, ...). Cette petite zone d’activité coupe le Parc du cimetière.

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LE QUARTIER VIVANT DE L’ÎLE VERTE GRENOBLE

Photo (A) prise depuis le jardin d’un immeuble jouxtant le cimetière. L’ambiance du nouveau quartier est calme et arborée

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Photo (B) prise sur la rue Blanche Monier en regardant vers l’Est. L’Île verte est constituée à la fois de maisons particulières et de collectifs. Le quartier de l’île Verte correspond à une zone résidentielle située au Nord du cimetière Saint-Roch. En 1959, la destruction de la partie Est des remparts va entraîner le développement rapide de ce quartier. Aujourd’hui, c’est un des secteurs le plus peuplé de la ville. Dernièrement, des collectifs ont été construits aux abords du cimetière. L’orientation des bâtiments laisse imaginer des porosités entre le quartier et le lieu de repos des morts.

Photo (C) prise sur les berges de l’Isère en regardant vers le Nord. Les quais sont un endroit apprécié des habitants du quartier.

> Créer des porosités au Nord du cimetière.

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LES BERGES RIVE GAUCHE GRENOBLE

La berge gauche de l’Isère est constituée d’une digue de 5m au dessus du niveau moyen d’eau. Elle se compose de quatre niveaux: > La rive «naturelle» qui entretient un rapport privilégié avec l’Isère. Elle est plantée d’un alignement de peupliers; > La piste cyclable qui chapeaute la digue; > L’ancien chemin de hallage, qui est aujourd’hui une route à sens unique > Le cimetière sur lequel on a une vue plongeante depuis la route.

> Valoriser les vues sur l’autre rive. > Tirer partie du jeu de niveau de la digue.

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Aujourd’hui, les peupliers bouchent la vue sur l’Isère. Il faudrait ménager des ouvertures pour valoriser les qualités du lieu.


La nappe de l’Isère est toute proche sous le niveau du sol. Lors des crues de printemps, il n’est pas rare que les caveaux soient inondés par capillarité.

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CONCLUSION

GRENOBLE

La rive droite de l’Isère est un quartier vivant et dynamique. Il bénéficie déjà d’un parc qui le traverse et le cimetière Saint-Roch est un lieu apprécié pour sa dimension historique. Mais le cimetière communique mal avec ses espaces alentours.

Mon intervention portera sur les liens qui peuvent être tissés entre les espaces de vie et les espaces deuil. Cette analyse vaut pour la rive gauche de l’Isère. Qu’en est-il pour la rive droite?

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La commune de La Tronche est située en rive droite de l’Isère. Elle héberge sur son territoire le cimetière du Grand Sablon appartenant à Grenoble, le Centre Hospitalier Universitaire de la Métropole et le centre funéraire intercommunal. La zone qui m’intéresse ici est totalement en zone inondable. Nous allons voir comment cette situation a modelé le tissu urbain autour du cimetière.

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LA TRONCHE 117


LES CIMETIÈRES À LA TRONCHE LA TRONCHE

Photo (C) prise depuis le parking des cimetières en regardant vers le centre funéraire. Le stabilisé est en mauvais état et donne une image négligée du site.

Photo (A) prise dans l’espace cinéraire du cimetière du petit Sablon. Cet endroit est le seul espace ouvert et enherbé des trois cimetières présentés. Photo (B) prise depuis l’entrée du cimetière du Grand Sablon. L’ensemble du cimetière est déjà bien boisé.

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Le cimetière ancien de La Tronche est aujourd’hui encerclé par les bâtiments du CHU. Les enterrements se font surtout au cimetière du petit Sablon qui est accolé au cimetière du Grand Sablon appartenant à Grenoble. Depuis leur création dans les années 40, ces deux cimetières ont été gérés par les services de la ville de Grenoble. Mais en 2015, la commune de La Tronche a récupéré la gestion de son cimetière et a muré la porte qui permettait de circuler entre les deux entités.


> Continuer la végétalisation des deux cimetières. > Requalifier le parking d’entrée.

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AU SUD: LE CENTRE FUNÉRAIRE ET SON ACCÈS À L’ISÈRE LA TRONCHE

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> Ouvrir l’accès à l’Isère. > Aménager un passage sous le pont du Sablon.

Photo (A) prise depuis le pont du Sablon en regardant vers le sud. L’accès à l’Isère n’est pas du tout aménagé.

Photo (B) prise depuis le parking du centre funéraire en regardant vers l’Isère. On distingue la ripisylve mais jamais l’Isère.

Le centre funéraire est niché entre le talus du pont du Sablon au Nord, celui de la D1090 au Sud, et la digue de l’Isère à l’Ouest. L’omniprésence des voitures rend l’endroit bruyant, mais la forte présence végétale apaise l’ambiance.

Cet accès est emprunté par les gens du voyage qui séjournent de l’autre côté de la départementale, dans la forêt alluviale des Sablons. Cet ancien terrain militaire est aujourd’hui classé inconstructible et doit jouer le rôle de zone tampon pour les crues de l’Isère. Un vague projet de parc existe, mais le déplacement de l’aire des gens du voyage freine la spéculation.

Il est possible d’accéder aux berges de l’Isère en voiture depuis le parking Ouest du centre.

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AU NORD: UN TISSU MIXTE LA TRONCHE

1945 - Le pond du Sablon vient juste d’être construit et ne relie pour l’instant que le cimetière

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1993 - Le tissu urbain est déjà bien en place. Certaines zones industrielles ont été désaffectées dans le but de construire un échangeur à la D1090.


Les cimetières du Sablon ont été implantés sur d’anciennes terres maraîchères. Les maisons de l’époque sont encore là. Seuls des bâtiments d’activité ont été construits depuis car la zone est classée inondable au PPRI. Dans les années 8090, un projet de rocade est envisagé, puis abandonné.

(<<) Maison individuelle typique du quartier (<) Le Restaurant Universitaire qui illustre le type de bâtiments construits dans les années 60, et qui contraste avec les maisons d’origine.

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LA FRICHE NORD

Photo prise depuis la friche en regardant vers le Nord Le CHU est érigé sur un promontoire pour se tenir hors du risque d’inondation.

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> Investir la friche en la mettant en relation avec l’espace du cimetière. > Prendre en compte le risque d’inondation dans l’aménagement futur

Le projet avorté d’échangeur routier a laissé une friche au bord du cimetière du Grand Sablons. Aujourd’hui, l’espace est utilisé temporairement comme parking de substitution par le CHU pendant ses travaux d’agrandissement. Aucun projet d’aménagement n’est en cours à cause de la situation inondable du terrain.

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LES BERGES RIVE DROITE LA TRONCHE

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La berge droite de l’Isère est constituée d’une digue de 3m au dessus du niveau moyen d’eau. Elle se compose de quatre niveaux: > La rive «naturelle» basse, qui présente certainement la pente d’origine des berges. Elle est envahie par une végétation pionnière; > La rive «naturelle» haute, qui est légèrement surélevée et présente des trace d’élagages réguliers; > Le sommet de la digue, qui est aménagé en piste cyclable; > Le niveau du sol réel qui culmine à 2m au dessus du niveau d’eau, composé d’abord d’une route à sens unique, puis du cimetière.

> Valoriser l’ouverture des points de vue. > Investir l’arrière digue.

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CONCLUSION LA TRONCHE

La rive gauche de l’Isère est un quartier hétéroclite. On peut distinguer quatre zones autour des Cimetières du Sablon: Un espace de friche industrielle, un tissu mixte fait de pavillons résidentiels et de bâtiments d’entreprise, le CHU et la forêt alluviale des Sablons

Mon intervention visera à créer des couches englobantes autour des cimetières des Sablons afin de les protéger des nuisances de la zone d’activité. Cette analyse du tissu urbain des sablons m’a permis de comprendre la différence qui existe entre les deux rives. L’enjeu de la dernière partie sera de construire une cohérence de part et d’autre de l’Isère.

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LE PARC DES CIMETIÈRES DES DEUX RIVES I FÉDÉRER LES ESPACES MORTUAIRES AUTOUR DE L’ISÈRE REQUALIFIER LES CHEMINS DE DIGUE SCELLER LE LIEN DES DEUX RIVES PAR UNE PASSERELLE PRÉVOIR DES ESPACES D’INFILTRATION DES EAUX

II

CRÉER DES CONTINUITÉS VERTES ENGLOBANTES ORGANISER DES CHEMINEMENTS DEPUIS LE CENTRE FUNÉRAIRE CRÉER UNE ENVELOPPE PROTECTRICE ET ARBORÉE AUX CIMETIÈRES PENSER LA TRANSITION DES USAGES DES CIMETIÈRES

III

FAIRE COHABITER LA VIE AVEC LES ESPACES DE DEUIL MÉNAGER CERTAINS VIS-À-VIS ET PENSER DES ZONES DE RENCONTRE GÉRER LA CIRCULATION ET LE STATIONNEMENT AUTOUR DU PARC RÉORGANISER LA ZONE D’ACTIVITÉ FUNÉRAIRE AUX PORTE DE SAINT-ROCH

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FÉDÉRER LES ESPACES MORTUAIRES AUTOUR DE L’ISÈRE LE PARC DES CIMETIÈRES DES DEUX RIVES Les cimetières se tournent le dos derrière leurs digues.

Je propose de requalifier les berges en promenades contemplatives. La position surplombante des deux chemins de digue permet déjà souvent d’avoir une vue plongeante sur l’Isère et sur les cimetières. Mais l’espace n’est pas formellement destiné aux piétons et les endroits permettant de faire une pause sont rares et non aménagés. La digue pourrait devenir un vocabulaire support au dialogue des espaces: > Des promontoires permettraient de créer des points de vue privilégiés. > Des vis-à-vis de part et d’autre de l’Isère souligneraient la symétrie des deux rives. > Des jeux d’écrans permettraient au contraire d’aménager des zones d’intimité au sein même de l’espace public.

A 132


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Passerelle Simone de Beauvoir - Dietmar Feichtinger - Paris - 2006 Cette passerelle ménage des espaces d’intimité et des espaces de surplomb. >> http://fr.archello.com/en/project/passerelle-simone-debeauvoir

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Amphithéâtre du parc des Berges -Grenoble Cet aménagement pourrait être répliqué de l’autre côté de l’Isère, au plus proche du centre funéraire.


Pour vraiment fédérer les deux rives, il faudrait que les chemins des berges se lient en une boucle. Le Pont des Sablons est déjà beaucoup emprunté par les familles pour rejoindre le cimetière Saint-Roch depuis le centre funéraire. La création d’une passerelle au Nord des cimetières permettrait de faire une boucle et dans le parc des cimetières des deux rives. De plus, cet espace, entièrement voué à la déambulation piétonne, pourrait devenir support à l’organisation de cérémonies d’hommage. Je pense aux pièces jetées dans les fontaines, aux cadenas du pont des soupirs, aux fleurs jetées dans les cours d’eau... Des cendres pourraient même y être dispersées, si la législation l’autorise.

Cette passerelle pourrait donc, en plus de sceller l’union des trois cimetières, devenir un lieu repère du deuil. 135


CRÉER DES CONTINUITÉS VERTES ENGLOBANTES LE PARC DES CIMETIÈRES DES DEUX RIVES

Les abords du centre funéraire ne correspondent pas aux idéaux de nature et de calme que recherchent les personnes endeuillées.

Je propose d’aménager des coulées vertes partant du centre funéraire et cheminant autour des cimetières. Leur situation, au plus proche du lieu des morts, et pourtant en dehors, offrira aux familles un lieu pour se retrouver en marge de la cérémonie. À la manière des couloirs de palais de justice, il sera tour à tour sas de concentration avant la cérémonie, et sas de décompression après. Des tables y seront disposées pour accueillir des moments de convivialité qui rendent plus agréable le moment des obsèques.

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Jardin de ta soeur - Collectif ETC - 2012 La tablée crée un espace de convivialité et d’intimité au milieu de l’espace public.


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(<) Allée du cimetière de Vestre - Copenhague L’alignement serré et la hauteur du houppier évoque la nef d’une cathédrale. Un espace se crée alors même qu’il n’est pas fermé.

La disposition de ces continuités vertes dessine les contours des cimetières.

(<) Aujourd’hui, l’extrémité sud de la marge entre le cimetière et l’avenue du Grand Sablon possède déjà une ambiance agréable. <

( ) Projection à +2, +10 et +20ans de l’évolution de l’aménagement de cette marge.

On pourrait imaginer, à long terme, que cette enveloppe se fonde dans l’espace du cimetière. En effet, si la pratique de l’inhumation reste aujourd’hui importante, on peut penser que dans une vingtaine d’années, la pression sur les cimetières diminue. Les tombes (certaines d’entre elles vendues comme perpétuelles), vont peu à peu devenir des objets patrimoniaux.

Les balades arborées, créées initialement comme contour du lieu des morts, pourraient devenir un écrin végétal autour du joyaux historique que représenteront les cimetières. 139


FAIRE COHABITER LA VIE AVEC LE DEUIL LE PARC DES CIMETIÈRES DES DEUX RIVES Aujourd’hui, les espaces que je compte mobiliser pour mon projet sont utilisés par les riverains pour se balader, faire du sport, piqueniquer, ou se garer... Ces usages de la vie quotidienne devront être incorporés dans le nouveau parc des cimetières des deux rives.

La présence d’enfants, d’amoureux ou d’étudiants apportera de la gaieté au lieu.

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( ) Coupe schématique montrant une succession possible d’ambiances: du plus intime (à gauche) au plus social (à droite). >

Pour autant, il faudra ménager des zones de calme et d’intimité pour ne pas gêner le recueillement des personnes en deuil. Le parc de l’île verte et l’aménagement de la friche nord pourraient jouer le rôle de «zone de rencontre» de ces deux mondes. Au contraire, les berges, plus au coeur du parc, resteraient intimes et liées à l’espace du cimetière.

A’


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Université technique - Lyngby - Danmark Ce parking a l’allure d’un parc tant il est boisé. Ce type d’aménagement pourrait servir de transition avec le quartier du CHU >> http://buildabetterburb.org/copenhagen-green-city-greenparking/

<

( ) Projection avant (à gauche) / après (à droite) de l’entrée de Saint-Roch avec le remaniement de la zone artisanale.

Il faudra aussi prendre en compte la dimension fonctionnelle des cimetières. Tous les jours, des enterrements sont réalisés dans l’enceinte des cimetières. Ces évènements peuvent mobiliser beaucoup de monde et il est primordial de prévoir des stationnements autour du cimetière.

Les espaces de parking serviront à organiser des transitions entre ville et parc, voiture et marche. Enfin, il faudra tenir compte du travail des artisans funéraires qui modèlent tous les jours les cimetières. À Grenoble, un certain nombre de ces artisans sont basés à l’entrée du cimetière SaintRoch. Pour améliorer la qualité de cet accès, je propose de les répartir de part et d’autre de l’axe central pour dégager un seuil végétal.

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CONCLUSION Depuis mes études en Arts Appliqués, je n’ai cessé de me demander ce que pouvait apporter le concepteur aux pratiques intimes des gens. Grâce au travail de recherche que j’ai mené sur l’évolution des pratiques mortuaires, j’ai pu mesurer l’impact de l’aménagement de l’espace sur les pratiques personnelles. Le site des trois cimetières de l’Isère m’a permis de prolonger ma réflexion théorique et de la mettre à l’épreuve du réel. J’ai pu développer des outils spatiaux pour permettre un deuil inspiré d’idéaux naturels au coeur même de l’agglomération Grenobloise. Ce travail m’a demandé beaucoup d’énergie et de rigueur, mais je suis satisfaite de la tournure que prend ce travail de fin d’étude, car j’ai découvert un sujet passionnant, sensible et très formateur pour ma vie de jeune adulte.

I FÉDÉRER LES ESPACES MORTUAIRES AUTOUR DE L’ISÈRE II CRÉER DES CONTINUITÉS VERTES ENGLOBANTES III FAIRE COHABITER LA VIE AVEC LES ESPACES DE DEUIL

III

SUR LES BORDS DE L’ISÈRE: UNE NÉCROPOLE MODERNE 145


BIBLIOGRAPHIE REVUES ET MAGAZINES 303 «Arts et rites funéraires» (n°142, 2016) > Pour une autre conception du rôle des morts p.7 ( Anne Bossé et Élisabeth Pasquier) > Orchestration des rites funéraires p.35 (Julin Bernard)

Built environment (Vol.41 n°4, 2015) > Building the sacred in suburbia: improvisation, reinvention and innovation. (Claire Dwyer, David Gilbert and Nazneen Ahmed)

Étude sur la mort (Vol.139 n°1, 2011) > Mourrir et tuer pour de faux pp. 11-23 (Tiesson Serge)

Jola «Ruins / Beuys / Conservation / Chemetoff» (Aut 2009) > Living with the dead. (Andy Clayden, Jenny Hockey, Trish Green, Mark Powell)

Jola «Disaster and its aftermath» (1-2015) > Landscape as memory. (Thilo Folkerts)

Archives de sciences sociales des religions

«Évolution de l’Image de la Mort dans la Société contemporaine et le Discours religieux des Églises» (n°39, 1975) > www.persee.fr/doc/assr_0335-5985_1975_num_39_1_2767 > L’Evolution des cimetières pp. 61-77 (Ligou Daniel)

THÈSES ET ÉTUDES Les morts mobiles. Étude sur la circulation des cendres en France Arnaud Esquerre, Raisons politiques 2011/1 (n° 41), pp. 69-85.

L’urbain et la mort: ambiance d’une relation > Pascaline Thiolliere, 2016, Thèse en architecture, aménagement de l’espace, sous la direction de Grégoire Chelkoff, Université Grenoble Alpes, Laboratoire CRESSON.

Mortal infill: Finding space for the dead in today’s suburbs. > Martin N.S. Powell, 2013, Master thesis in landscape architecture at Victoria University, Wellington, New Zealand.

What now? Cremation without tradition. > Pamela Robert, 2011, OMEGA, Journal of the death and dying, Vol.62(1) pp. 1-30

Paysages et entretien des cimetières. > S. Larramendy, C. Gutleben,P. Laille, 2017, Plante & Cité (Recueil de fiches repères et actions pour la réhabilitation écologique et paysagère des cimetières)


LIVRES

CONFÉRENCE

Cimetières autour du monde - Un désir d’éternité

CENTRE CULTUREL INTERNATIONAL DE CERISY

> http://cimetieresdumonde.com/ > J-C. Garnier et J-P. Mohen, 2003, Édition Errance

«Que vont devenir les cimetières en Normandie et ailleurs?»

Last Landscapes - The architecture of the cemetery in the West.

> http://www.ccic-cerisy.asso.fr/cimetieres17.html

> Ken Worpole, 2003, Reaktion books, Ch8: A place at the end of the earth

Jeunesse du sacré > Régis Debray, 2012, Gallimard

Histoire du Dauphiné > Paul Dreyfus, 1976 , Librairie Hachette

(31/08/17 au 02/09/17) > Révolution de la mort, révolution des cimetières? (François Michaud Nérard)


SITES INTERNET

INSTITUTS DE SONDAGE

JALMALV «Jusqu’À La Mort, Accompagner La Vie»

CREDOC «Centre de Recherche pour l’ÉtuDe et l’Observation des

> http://www.jalmalv-federation.fr/

Conditions de vie»

FFC «Fédération Française de Crémation»

> http://www.credoc.fr/ > Les français et les obsèques, 2014 > La montée de l’immatériel dans les pratiques funéraire, 2014

> http://cremation-ffc.fr/

Géologie des Alpes > http://www.geol-alp.com/chartreuse/

Histoire de Grenoble > https://www.lametro.fr/ > https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_Grenoble

Législation Française > https://www.legifrance.gouv.fr/affichCode.do?idArticle=LEGIARTI 000019983164&idSectionTA=LEGISCTA000006192267&cidTexte=L EGITEXT000006070633&dateTexte=20180117 > Code général des collectivités territoriales (dernière modification: 19 Janvier 2018)

Humusation

> https://www.humusation.org/

INED «Institut National des Études Démographiques» > http://www.ined.fr/ > 1914-2014 : Un siècle d’évolution de la pyramide des âges en France, Rubrique «Population et Société», n°509, 2014

INSEE IFOP


ÉMISSIONS DE RADIO France Culture «Les Nouvelles Vagues» (31/05/16) > Brûler nos morts (Arnaud Esquerre, Myriam Gervais, Renaud Peters)

France Culture «Cultures Monde» (20/02/14) > De la PMA à l’euthanasie, des questions de vie ou de mort(4/4) Enterrer, incinérer, exposer: l’avenir des cadavres. (Gaëlle Clavendrer, Andrea Whalley, Arnaud Esquerre)

France Culture «La fabrique de l’Histoire» (12/17) > Cycle «Que faire de nos morts» en 4 parties du 04 au 07 décembre 2017

VISITES ET RENCONTRES Musée d’archéologie de Grenoble Musée de l’ancien Évêché > Exposition «Les Alpes de Jean de Beins: Des cartes aux paysages (1604-1634)

Visite du cimetière intercommunal > Guidée par Mme Mylène With, chargée de la relation aux familles à la direction des services et équipements solidaire de Grenoble Alpes Métropole

Visite du centre funéraire > Guidée par M. Gay, directeur général délégué des Pompes Funèbres Intercommunales

Rencontres avec: > M. Spindler, Maire de La Tronche, vic-président de la Métropole et vice-président des PFI > Mme Delplanque, Responsable du Service des Cimetières de Grenoble

MERCI



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