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David Fincher acteur Producteur Superviseur effets spéciaux

réalisateur De Seven à The Social Network, le statut de David Fincher a changé mais son obsession est restée la même : montrer les puissances et les cauchemars d’un monde livré aux forces du numérique.


Sommaire Introduction Obsession de l’image Biographie

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Alien 3 Se7en The game Fight Club Panic room Zodiac L’étrange Histoire de benjamin Button The social network Millénium, les hommes qui n’aimaient pas les femmes

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Interview bibliographie

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Introduction David Fincher est un réalisateur et producteur américain, né le 28 août 1962 à Denver (Colorado). Il est particulièrement connu pour le style sombre et violent de ses films, en particulier Seven, Fight Club et Zodiac. Dernièrement, L’Étrange Histoire de Benjamin Button et The Social Network lui ont valu une nomination à l’Oscar du meilleur réalisateur.


obsession de l’image

David Fincher est à classer parmi les réalisateurs «visuels», au même titre que Ridley Scott qui a comme lui débuté sa carrière de réalisateur dans la publicité. Issu aussi du monde des effets spéciaux et des vidéo-clips, Fincher maîtrise parfaitement les techniques permettant d’obtenir le rendu visuel qu’il désire, notamment en matière de photographie et de postproduction. À l’instar de Stanley Kubrick, il est réputé pour son perfectionnisme et pour tourner un très grand nombre de prises de ses plans et séquences (pour exemple, 99 prises lui ont été nécessaires pour tourner la scène d’introduction du film The Social Network). Les thèmes communs à tous ses films concernent la représentation de la douleur psychologique ou physique causées par l’aliénation, l’obsession, l’auto-enfermement ou encore l’usure du temps. Le héros fincherien est toujours un inadapté social mit à rude épreuve. Fight Club a été critiqué pour son orientation politique. On l’a accusé de propager un message fasciste, voir nihiliste, ou à l’inverse anarchiste, véhiculant un message libertaire. David Fincher a aussi été un membre actif de la demoscene, une sous-culture informatique ayant pour but la création artistique sous forme de programme, fondée sur les trois domaines que sont : la musique assistée par ordinateur, l’infographie et la programmation.


Biographie - prĂŠsentation de son travail


David Fincher est né le 28 août 1962 à Denver, Colorado (États-Unis). Sa mère, Claire, était infirmière psychiatrique et travaillait dans des programmes de désintoxication. Son père, Howard, était chef de service pour le magazine Life, sous le nom de Jack Fincher. À l’âge de 2 ans, David et sa famille déménagèrent à Anselmo, en Californie. Ils déménagèrent ensuite à Ashland, dans l’Oregon, où il devint diplômé de l’Ashland High School. Inspiré par le film Butch Cassidy et le Kid, Fincher commence à faire des films avec une caméra 8mm dès l’âge de 8 ans. Il s’est ensuite éloigné de la voie scolaire, pour finalement travailler comme «technicien à tout faire» sur les films de John Korty. En 1980, il est engagé par Industrial Light & Magic, où il travaille sur des films comme Star Wars, épisode VI : Le Retour du Jedi et Indiana Jones et le Temple Maudit. En 1984, il quitte ILM pour tourner une pub télé pour l’American Cancer Society. Cette publicité attire l’attention des producteurs d’Hollywood, et lui permet de diriger la réalisation du documentaire The Beat of the Live Drum en 1985. Il continua ensuite à réaliser des publicités pour Nike, Pepsi, Sony ou Levi’s, et de nombreux vidéo-clips pour les plus grandes stars de la musique; avant de se tourner vers le cinéma. De 1990 à 1995, il a été marié avec Donya Fiorentino, avec qui il a eu une fille, Phelix Imogen, en 1994.





Alien 3 Pour son premier long métrage, Alien 3, il a pour dure tâche de succéder à Ridley Scott et James Cameron, dont les films ont connu un succès critique et commercial : 78 millions de dollars de recettes aux États-Unis pour Alien, le huitième passager et 81 millions de dollars pour Aliens, le retour. Fincher doit donc faire preuve de sang-froid pour réaliser un film réussi cinématographiquement et commercialement rentable. De nombreux désaccords entre le réalisateur et la production émaillent le tournage et le montage. Les producteurs, mécontents de la fin du film, en tournent une seconde. Ainsi privé du final cut, Fincher reniera le film par la suite. Le 22 mai 1992, Alien³ sort sur les écrans américains. C’est une œuvre sombre, aussi bien sur le fond que sur la forme. Le film rapporte 55 millions de dollars de recettes aux États-Unis, ce qui est insuffisant pour son budget de 50 millions de dollars. Mais il s’amortit largement dans le reste du monde, rapportant plus de 159 millions de dollars au total.


Synopsis Seule survivante d’un carnage sur une planète lointaine, Ripley s’échoue sur Fiorina 161, planète oubliée de l’univers, balayée par des vents puissants. Une communauté d’une vingtaine d’hommes y vit. Violeurs, assassins, infanticides, ce sont les plus dangereux détenus de droits communs de l’univers. L’arrivée de Ripley va les confronter à un danger qui sera plus fort qu’eux.


- Mais qu’est-ce qu’il veut au juste ce putain d’animal, hein ? Nous bousiller les uns après les autres ? - Oui. Alien 3, le prisonier et Ripley.





Se7en Trois ans plus tard, soucieux de ne pas récidiver ses erreurs passées, Fincher s’apprête à mettre en scène un film d’envergure plus restreinte. Basé sur un scénario d’Andrew Kevin Walker, Seven raconte l’histoire de deux détectives (joués par Brad Pitt et Morgan Freeman) traquant un tueur en série qui base ses meurtres sur la violation des sept pêchés capitaux. Il sort le 22 septembre 1995 aux États-Unis. Le film permet à Fincher de se faire remarquer dans la profession et s’imposera même comme une référence visuelle pour le genre Thriller dans les années suivantes. Seven rapporte 100 millions de dollars de recettes aux ÉtatsUnis et plus de 320 millions dans le monde, pour un budget de 33 millions de dollars. C’est à cette époque que naît alors une collaboration entre Brad Pitt et le réalisateur.


SYnopsis Pour conclure sa carrière, l’inspecteur Somerset, vieux flic blasé, tombe à sept jours de la retraite sur un criminel peu ordinaire. John Doe, c’est ainsi que se fait appeler l’assassin, a décidé de nettoyer la société des maux qui la rongent en commettant sept meurtres basés sur les sept péchés capitaux: la gourmandise, l’avarice, la paresse, l’orgueil, la luxure, l’envie et la colère.


Quand t’es en train de lire une revue de chasse en te masturbant dans ton caca, il t’arrive de t’arrêter et de dire « Wahou, c’est quand même incroyable à quel point je peux être givré ! » ? Seven, Lt. David Mills à John Doe.





The Game Dans son troisième film, Fincher choisit de continuer à approfondir sa sombre vision de la société : The Game dépeint le bouleversement d’un riche homme d’affaires incarné par Michael Douglas lorsqu’il accepte de participer à un jeu de rôle mystérieux que vient lui proposer son frère, joué par Sean Penn. Le film sort sur les écrans américains le 12 septembre 1997 et cumule 48 millions de dollars de recettes aux États-Unis, pour un budget estimé à 50 millions de dollars. Malgré ce demi-échec au box-office américain, The Game accumule environ 110 millions de dollars dans le monde.


Synopsis Nicholas Van Orton, homme d’affaires avisé, reçoit le jour de son anniversaire un étrange cadeau que lui offre son frère Conrad. Il s’agit d’un jeu. Nicholas découvre peu à peu que les enjeux en sont très élevés, bien qu’il ne soit certain ni des règles, ni même de l’objectif réel. Il prend peu à peu conscience qu’il est manipulé jusque dans sa propre maison par des conspirateurs inconnus qui semblent vouloir faire voler sa vie en éclats.


On m’a drogué, laissé pour mort à Mexico et tout ce que j’ai eu c’est ce t-shirt à la noix.





Fight Club Le 15 octobre 1999, Fight Club sort sur les écrans américains. Ce long métrage est une adaptation du roman éponyme de Chuck Palahniuk avec Brad Pitt, Edward Norton et Helena Bonham Carter dans les rôles principaux. David Fincher réalise un film au regard critique sur la société de consommation, tournant autour du thème du trouble de l’identité et de l’instinct de violence primaire. Le film est un échec au box-office américain (37 millions de dollars de recettes pour un budget de 65 millions de dollars) mais rapporte plus de 100 millions de dollars dans le reste du monde et rencontre ensuite grâce à sa sortie en DVD un statut de Film culte et générationnel.


Synopsis Le narrateur, sans identité précise, vit seul, travaille seul, dort seul, mange seul ses plateaux-repas pour une personne comme beaucoup d’autres personnes seules qui connaissent la misère humaine, morale et sexuelle. C’est pourquoi il va devenir membre du Fight Club, lieu clandestin où il va pouvoir retrouver sa virilité, l’échange et la communication. Ce club est dirigé par un personnage, Tyler Durden, sorte d’anarchiste entre gourou et philosophe qui prêche l’amour de son prochain.


C’est seulement quand on a tout perdu qu’on est libre de faire tout ce qu’on veut. Fight Club, Tyler.





Panic Room Après les débordements de Fight Club, les studios proposent au réalisateur un « film de commande » : Panic Room. Sur un scénario de David Koepp, ce thriller en huis-clos et au suspense très hitchcockien avec Jodie Foster, Kristen Stewart (dans son premier rôle important au cinéma), Forest Whitaker et Jared Leto sort le 22 mars 2002 aux États-Unis. Il permet à Fincher de renouer avec le succès car il rapporte plus de 96 millions de dollars sur le territoire américain pour un budget de 48 millions et accumule plus de 196 millions de dollars de recettes au niveau mondial.


Synopsis Une femme divorcée, Meg Altman, s’installe avec sa fille dans son nouvel appartement new-yorkais. Elle y découvre une pièce truffée d’écrans et d’appareils sophistiqués. Un soir, des intrus pénètrent chez elle. Ils cherchent quelque chose qui se trouve dans cette pièce mystérieuse.


- Est-ce que le code Morse ? - Non, SOS. - O첫 avez-vous appris cela ? - Titanic !





Zodiac Après cinq ans d’absence et plusieurs projets de réalisation avortés (dont Mission impossible 3 à cause d’un désaccord artistique avec son acteur star Tom Cruise ou encore Les Seigneurs de Dogtown que finalement il ne préfèrera que produire), David Fincher réalise son sixième long-métrage, Zodiac, sorti le 2 mars 2007 aux États-Unis, adapté du roman éponyme de Robert Graysmith et dont les rôles principaux sont tenus par Jake Gyllenhaal, Mark Ruffalo et Robert Downey Jr.. Le film revient sur les méfaits de l’un des tueurs en série les plus célèbres de l’histoire des États-Unis : le tueur du Zodiaque. Le film rapporte 33 millions de dollars de recettes aux États-Unis, pour un budget de 65 millions. Mais il est amorti par les recettes mondiales estimées à 84 millions de dollars.


Synopsis Zodiac, l’insaisissable tueur en série qui sévit à la fin des années 1960 et répandit la terreur dans la région de San Francisco, fut le Jack l’Eventreur de l’Amérique. Prodigue en messages cryptés, il semait les indices comme autant de cailloux blancs, et prenait un malin plaisir à narguer la presse et la police. Quatre hommes, dont Robert Graysmith, jeune et timide dessinateur de presse, vont tout tenter afin de le démasquer.


- Nom de dieu de bordel à cul de merde Bobby, tu fais quoi là ? Tu fais ce truc, ce truc dont je t’ai parlé, là le truc que j’aime pas qui commence par un « F » ... - Euuuh... Fouiner. - Ouais. Zodiac, Pault Avery et Robert Graysmith.





L’étrange histoire de benjamin button L’Étrange Histoire de Benjamin Button sort en 2008. Ce long métrage est une nouvelle fois l’adaptation d’une œuvre littéraire, cette fois-ci celle d’une nouvelle de Francis Scott Fitzgerald qui raconte l’histoire d’un homme qui nait dans le corps d’un vieillard et qui va rajeunir jusqu’à sa mort. Brad Pitt, avec qui il collabore pour la troisième fois, et l’actrice Cate Blanchett y tiennent les rôles principaux. Pour un budget de 150 millions de dollars, le film en rapporte plus de 333 millions à travers le monde (mais «seulement» 127 millions aux Etats-Unis) et en fait son plus gros succès à l’international à ce jour. Le film remporte trois Oscars « mineurs » lors de la 81e cérémonie des Oscars : meilleure direction artistique, meilleur maquillage et meilleurs effets visuels.


Synopsis ‘Curieux destin que le mien ...’ Ainsi commence l’étrange histoire de Benjamin Button, cet homme qui naquit à 80 ans et vécut sa vie à l’envers, sans pouvoir arrêter le cours du temps. Situé à La Nouvelle-Orléans et adapté d’une nouvelle de F. Scott Fitzgerald, le film suit ses tribulations de 1918 à nos jours. L’étrange histoire de Benjamin Button : l’histoire d’un homme hors du commun. Ses rencontres et ses découvertes, ses amours, ses joies et ses drames. Et ce qui survivra toujours à l’emprise du temps...


Nous sommes censés perdre les gens que nous aimons sinon comment pourrait on savoir l’importance qu’ils ont pour nous. L’étrange histoire de Benjamin Button, Benjamin Button.





The social network David Fincher revient en 2010 avec The Social Network. Adapté par Aaron Sorkin d’un roman de Ben Mezrich, le film décrit la création du célèbre réseau social Facebook. Produit notamment par Kevin Spacey, on y découvre une nouvelle génération de comédien avec Jesse Eisenberg, Andrew Garfield, Justin Timberlake, Armie Hammer et Rooney Mara. C’est sur ce film que le réalisateur arrive à convaincre Trent Reznor d’en composer la musique. Fincher a longtemps été un fan du travail de Reznor dans le groupe Nine Inch Nails. Il avait d’ailleurs utilisé un remix de leur titre Closer pour le générique d’introduction de Seven et réalisé en 2005 le clip de la chanson Only pour le groupe. Ce premier essai est une réussite puisque Trent Reznor et son collaborateur Atticus Ross remporte l’une des trois statuettes qui récompenses le film à la 83e cérémonie des Oscars avec l’oscar de la meilleure musique de film (ainsi que l’oscar du meilleur scénario adapté pour Aaron Sorkin et l’oscar du meilleur montage). The Social Network fait partie des succès surprises de 2010 car avec un budget de 40 millions de dollars il en rapporte 225 millions à travers le monde.


Synopsis Pour se venger de sa petite amie qui vient de le larguer, Mark Zuckerberg, un étudiant de Harvard, crée un site misogyne baptisé Facemash sur lequel les garçons peuvent juger la beauté des filles du campus. Avec ses amis, il va ensuite se lancer dans un projet autrement plus ambitieux, de ceux qui révolutionnent le monde de l’Internet : ils vont inventer le site Facebook. Une idée brillante qui va attirer les convoitises et mettre fin à des amitiés. Le film suit cette incroyable épopée, de la création du site en 2004 à l’incontournable réseau communautaire et social qu’il est devenu aujourd’ hui. César 2011 du meilleur film étranger et Oscars 2011 du meilleur scénario original, meilleure musique et meilleur montage.


Tu sais ce qui est plus cool qu’un million de dollars ? Un milliard de dollars !

Vous n’êtes pas un salaud Marc, mais vous faites beaucoup d’efforts pour l’être. The social network, une avocate à Mark Zuckerberg. - Il y avait 1000 dollars sur ce compte. Et vous avez rajouté 18000, ce qui nous en fait 19. Vous êtes d’accord ? - Attendez, attendez ! Je pose le calcul ! Ah oui c’est bon j’obtiens pareil. The social network, une avocate et Mark Zuckerberg.





Millénium, les hommes qui n’aimaient pas les femmes David Fincher s’attèle pour la troisième fois à une histoire d’enquête autour de meurtres d’un serial killer avec le film Millénium, les hommes qui n’aimaient pas les femmes, une adaptation du roman suédois à très gros succès Les Hommes qui n’aimaient pas les femmes de Stieg Larsson — ce roman avait déjà été adapté dans Millenium, film suédo-danois de Niels Arden Oplev sorti en 2009. Les deux rôles principaux sont tenus par Daniel Craig et Rooney Mara. Après l’expérience réussie sur son film précédent, le réalisateur demande à nouveau à Trent Reznor et Atticus Ross d’en composer la musique (dont une reprise impressionnante du morceau Immigrant Song de Led Zeppelin qui accompagne le générique d’introduction réalisé entièrement en 3D). Le film est sorti aux États-Unis le 21 décembre 20113 et le 18 janvier 2012 en France. Pour un budget de 90 millions de dollars, le bénéfice national du film déçoit les producteurs puisqu’il ne rapporte «que» 102 millions sur le sol américain. Mais une fois de plus ce sont les recettes mondiales de 232 millions de dollars qui permettront au réalisateur de conserver son pouvoir décisionnaire sur son projet suivant.


Synopsis Mikael Blomkvist, brillant journaliste d’investigation, est engagé par un des plus puissants industriels de Suède, Henrik Vanger, pour enquêter sur la disparition de sa nièce, Harriet, survenue des années auparavant. Vanger est convaincu qu’elle a été assassinée par un membre de sa propre famille. Lisbeth Salander, jeune femme rebelle mais enquêtrice exceptionnelle, est chargée de se renseigner sur Blomkvist, ce qui va finalement la conduire à travailler avec lui. Entre la jeune femme perturbée, spécialiste de l’informatique, et le journaliste tenace, un lien de confiance fragile va se nouer tandis qu’ils suivent la piste de plusieurs meurtres.


Tout le monde A des secrets. Il s’agit simplement de dÊcouvrir lesquels.


«Je n’aime pas diriger les acteurs !» Propos recueillis par Juliette Michaud (Studio Magazine) (Studio Ciné Live), publié le 01/11/1997

Le réalisateur nous parle du tournage de The game, son film qui réunit Mickael Douglas et Sean Penn. Même si The Game, où l’on voit un Michael Douglas traqué, pris dans les filets d’un jeu mortel pour riche clientèle, est loin d’être Seven, David Fincher y confirme, si c’était nécessaire, son écrasant talent de metteur en scène. Qui, à 34 ans et en trois films, a su depuis Alien 3 imposer un style magnifique, sombre et élégant... Quand on vous a donné à lire le scénario de The Game, quelle a été votre réaction ? J’adorais le sujet. Et l’idée de cette course infernale qui se termine au milieu d’une grande réception d’anniversaire... Mais il y a eu quatre ou cinq réécritures du projet. On est arrivés à la version définitive quand j’ai terminé Seven. The Game était dur à écrire, car le problème de la crédibilité se posait tout le temps. Au départ, la personne qui propose ce jeu à Michael Douglas n’avait pas de lien avec lui. Puis, on a pensé que si c’était un membre de sa famille, c’était plus crédible et plus fort.


Avant d’être le frère joué par Sean Penn, cette personne devait être une jeune femme et il était alors question de Jodie Foster... Non, c’est l’inverse. Il a toujours été question d’un frère. Mais si Jodie avait joué le rôle, nous aurions réécrit le film. Au lieu d’un frère, nous aurions alors «donné» une fille à Michael... Mais Jodie devait tourner Contact au même moment et elle s’est retirée du projet. A la réflexion, même si j’avais très envie de travailler avec elle, je pense qu’elle était peut-être trop populaire pour le film. C’était mieux si le rôle était tenu par quelqu’un de plus ambigu, comme Sean Penn. À l’époque de Seven, vous disiez que vous n’étiez pas à l’aise sur un plateau de tournage, est-ce toujours vrai ? Toujours ! Pour moi, c’est le pire moment. Il faut se lever tôt pour aller s’engueuler avec des gens, en cajoler d’autres, biaiser... user de tous les moyens indispensables pour diriger votre armée. Ce que je préfère, en fait, c’est la préparation, le story-board, les répétitions... Ce moment où tout est encore possible, où vous n’avez pas encore pris conscience que vous ne pourrez pas réaliser la moitié de ce que vous aviez imaginé. J’aime aussi la postproduction. Couper, remonter, c’est très jouissif.


Michael Douglas parle de vous comme d’un bon directeur d’acteurs... Mais je n’aime pas ça non plus, diriger les acteurs ! C’est une suite de problèmes à résoudre : « Pourquoi mon personnage fait ça ? Quelle est sa motivation ?... « Etre acteur, c’est dur, car c’est un métier où vous êtes finalement seul, avec le risque d’être trahi par le réalisateur. J’espère que je ne trahis pas trop les acteurs avec lesquels je travaille. Avec Michael, nous nous comprenons bien. Quelque part, nous devons aussi nous ressembler. C’est peut-être notre attraction pour le «côté obscur» des choses... Comment lui avez-vous présenté son personnage ? Je lui ai dit qu’il serait un homme très riche sans passions... qui allait être l’objet de mon sadisme pendant deux heures ! En tout cas, sa présence promet du divertissement au spectateur en même temps que de la curiosité, car on ne sait jamais de quel côté de la barrière il va se trouver. Il l’a déjà prouvé dans Liaison fatale et Chute libre. Quelles sont les règles à respecter quand on fait un thriller comme The Game ? Le but, c’est que le spectateur se sente perdu, mais garde en tête un ou deux indices clés. Pour The Game, j’aimais bien l’idée de ne faire apparaître Sean Penn que quelques minutes. Le spectateur a vu son nom sur l’affiche, il se dit donc qu’il va apparaître


à l’écran d’un moment à l’autre et puis non... Mais quand, enfin, il intervient, on retient son souffle. Pour ce qui est des «règles» du genre, je ne crois pas qu’un film comme Seven aurait été aussi bien accueilli, s’il n’y avait pas eu, avant lui, Le silence des agneaux... Comme dans Seven, les décors de The Game sont très très sombres. Pourquoi ce goût pour l’obscurité ? Pour Seven, je voulais aller à l’encontre des effets bleutés des années 80, comme dans Terminator. Pour The Game, on a tourné dans des grands hôtels qui nous faisaient payer très cher la journée de tournage. C’est une des raisons pour lesquelles on utilisait peu d’électricité ! De plus, le décor est en symbiose avec le personnage de Michael : c’est un homme incapable de se regarder dans une glace. Un vampire, habitué à exercer son pouvoir dans le noir. Peut-être que pour ça, c’est Le parrain qui m’a inspiré. Avez-vous d’autres références cinématographiques ? J’aime tous les films. De La guerre des étoiles à Butch Cassidy et le Kid, en passant par Abattoir 5 ! Jusqu’à 10 ans, j’étais fan de tous les films de Spielberg, George Roy Hill et Kubrick. Adolescent, mes réalisateurs préférés sont devenus Alan Parker et Ridley Scott. Les goûts suivent souvent la mode...


À quel âge avez-vous voulu devenir réalisateur ? À 8 ans. Mais j’ai dû attendre 18 ans pour commencer à travailler. C’était chez Lucas, à ILM. Je n’ai jamais fait une vraie école de cinéma, parce que si vous voulez faire un film, c’est à vous de payer. Je trouvais bien plus intéressant de me faire embaucher directement sur des clips et... de me faire payer ! Après Alien 3, vous a-t-on proposé de réaliser le quatrième Alien ? Il en a été question. Mais ce n’est pas une expérience que j’avais envie de revivre. Alien 3 a été un cauchemar. Je n’avais qu’un scénario de 45 pages quand on a commencé le film, alors que j’en aurais eu besoin de 120 pour faire du bon travail ! Dès le premier jour, j’ai voulu abandonner, mais mon agent m’a dit que si je faisais ça, je ne retravaillerais plus jamais. Je me suis promis de ne jamais refaire un film sans être celui qui a le pouvoir de tirer la sonnette d’alarme et d’arrêter le bus.


Bibliographie # Notices d’autorité : Bibliothèque nationale de France • WorldCat • Fichier d’autorité international virtuel # Dominique Legrand, David Fincher, explorateur de nos angoisses, coll. « Septième Art », Cerf-Corlet, 2009



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