Les bains de mer de la Corniche, plaquette d'architecture, PFE 2019, Julie Bujon

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LES BAINS DE MER DE LA CORNICHE L’HARMONIE DU LITTORAL, ENTRE ACTIVITÉ BALNÉAIRE, ESPACES NATURELS ET ÉROSION

JULIE BUJON ENSAM PFE SESSION 2019 - DIRECTEUR D’ETUDES PATRICK BUFFARD - DOMAINE D’ETUDES : ART ET ARCHITECTURE JURY : ISABELLE ARNOLD / CLOTHILDE BERROU / PATRICK BUFFARD / EMANUELLE ETIENNE / ANDRÉ MARTINE / YAN OLIVARES



LES BAINS DE MER DE DE LA CORNICHE L’HARMONIE DU LITTORAL, ENTRE ACTIVITÉ BALNÉAIRE, ESPACES NATURELS ET ÉROSION

JULIE BUJON ENSAM PFE SESSION 2019 - DIRECTEUR D’ETUDES PATRICK BUFFARD - DOMAINE D’ETUDES : ART ET ARCHITECTURE JURY : ISABELLE ARNOLD / CLOTHILDE BERROU / PATRICK BUFFARD / EMANUELLE ETIENNE / ANDRÉS MARTINEZ / YAN OLIVARES



Je tiens à remercier mon directeur de PFE Patrick Buffard, pour son soutien, son dévouement et ses précieux conseils. Merci à Robert Célaire pour son investissement et sa généreuse présence envers les étudiants. Merci à Stephanie Pecorai pour son soutien, et pour m’avoir transmis le goût de la sculpture sur argile. Merci aux experts du littoral, Cyril Mallet et Alexis Stephanian, pour avoir pris le temps de répondre à mes questions.

Je souhaite également remercier le jury: Isabelle Arnold, Clothilde Berrou, Emmanuelle Etienne, Andrés Martinez, Yan Olivares et Patrick Buffard, pour l’attention qu’ils accorderont à mon travail.

Enfin, je remercie tous ceux qui m’ont aidée à la réalisation de ce projet, qui ont pris le temps d’en discuter pour le faire évoluer. Merci à Loïc, à Vincianne, ainsi qu’à mes proches, pour l’intérêt qu’ils ont porté à mon travail au cours de ces cinq années d’études à l’ENSAM. Merci à ma famille pour son soutien inconditionnel, notamment à Christel Bujon pour son savoir faire et sa passion pour la scultpure.



AVANT-PROPOS Voici une brève introduction du site et de la thématique du sujet. Mesdames, messieurs, préparez vous à être plongés, immergés, submergés par l’univers salé des bains de mers. Ce projet part d’un lieu. La plus belle plage de Sète. La fascination pour les bâtiments surgissant de la roche. Travailler la matière. Tailler dans la masse. L’envie de développer un processus de sculpture pour faire naître le projet.

Réparer, révéler, donner accès.

Le fond de la réflexion est porté par une sensation, une émotion, que l’on ressent en se baignant seul, face à l’immensité de l’horizon. Se sentir vulnérable, presque nu face à la puissance des éléments, minuscule entre la profondeur de la mer et l’infinité du ciel. Protégé, isolé du monde par une roche si solide et pourtant si fragile. Expérimenter, l’espace d’un instant, l’énergie du présent, et notre appartenance immédiate et totale, presque brutale, à la globalité du monde. Photo©Julie Bujon



LES BAINS DE MER DE LA CORNICHE

L’harmonie du littoral, entre activité balnéaire, espaces naturels et érosion Comment perpétuer et améliorer l’offre balnéaire saisonnière dans un secteur menacé par l’érosion ?

SOMMAIRE Introduction

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1. Sète, au fil de l’eau Une ville bâtie sur la mer

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La mer dans la ville

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Les bains de mer à Sète

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2. Ambiances d’une crique sauvage et urbaine

Le quartier-village de la Corniche

32

Crique et paysage

36

3. Sculpter la matière, révéler un lieu Matières et références

46

Aménagement public contre l’érosion

52

Un centre de soins à l’eau de mer

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Introduction La Conque est une plage nichée au creux des rochers, en contrebas de la voie principale. Invisible depuis la route, elle offre une situation privilégiée entre la roche et l’horizon. J’ai découvert cette plage en vacances, et je suis tombée sous le charme de ce massif de calcaire plongeant dans la mer, de ces immeubles du XXème siècle, à la fois intrus et protecteur, forgeant l’intimité et l’identité du lieu. Cette crique paradisiaque est néanmoins soumise à diverses problématiques, dont la plus imminente est la menace d’effondrement des logements par la violence marine et l’érosion. Ce projet propose de repenser ce lieu dans sa globalité. Le protéger. En donner l’accès. L’aménager. Il réinterroge le bain de mer, offre de nouvelles façon de se confronter à l’immensité salée. Ce projet est aussi l’occasion d’interroger le destin balnéaire de Sète. Cette ville n’est pas épargnée par le phénomène mondial de l’augmentation de la population sur les littoraux, et doit faire face aux enjeux de demain : densification du littoral, préservation des sites naturels et des écosystèmes, mise en place du développement durable et gestion des risques climatiques. Aujourd’hui les enjeux touristiques du bord de mer sont tels qu’il est fondamental pour la ville de s’adapter à cette demande toujours croissante. Elle doit pouvoir anticiper l’essor du tourisme et cultiver son attractivité, tout en augmentant le confort quotidien des habitants. Comment perpétuer et améliorer l’offre balnéaire saisonnière dans un secteur menacé par l’érosion ? Photo©Julie Bujon



SETE, AU FIL DE L’EAU


A9

A75

14


SETE, UNE VILLE BATIE SUR LA MER

SITUATION DE SÈTE Sète, aussi surnommée «l’île singulière» par Paul Valéry, se situe dans le sud de l’Hérault. Considérée comme «la Venise du Languedoc» en raison de ses nombreux canaux, cette ville de 43 000 habitants a une situation stratégique dans le Golfe du Lion. Cela lui a permis de se développer depuis l’an 1666, et d’être à l’heure actuelle une importante ville portuaire. Ce mont de calcaire se déploie entre la mer Méditerranée et l’étang de Thau. La côte méditerranéenne de Sète est constituée de plages et de sable, en formant à l’ouest un lido, ou cordon littoral reliant Sète à Agde.

Cette présence constante de la mer en ville a profondément marqué son identité culturelle, en inspirant ses artistes natifs, comme Georges Brassens, Paul Valéry, Jean Vilar ou les frères Di Rosa, pour ne citer que les plus renommés. Sète est une ville débordante de vie. L’espace public est investi de toutes part : les lycéens déjeunent dans les parcs, les séniors font le marché en bavardant, les promeneurs déambulent le long des quais et investissent les restaurants quand vient la saison chaude... La ville s’anime quotidiennement au son des pêcheurs, 15 commerçants et touristes.

Si la relation à l’eau de cette ville portuaire Cette atmosphère iodée, baignée de est la raison de son existence, c’est aussi une lumière et de reflets lui confèrent une identité menace perpétuelle contre laquelle la ville a appris à faire face pour se développer au cours singulière. de son histoire. La présence de canaux dans la ville a donné lieu à une formidable alchimie entre eau, soleil et vents, qui a imbibé la culture et la manière de vivre Sétoise.


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SETE, UNE VILLE BATIE SUR LA MER

17

Cadastre de Sète, 2019


1682

bibliothèque nationale de France gallica.bnf.fr

18

1820

carte de l’état-major 1820-1866, source : géoportail.gouv

La Corniche 1950

archive médiathèque ENSAM, dessinée en 1956 par M. PONTIC, géomètre expert DPLG topographe


SETE, UNE VILLE BATIE SUR LA MER ÉVOLUTION HISTORIQUE SUR LA MER

Sète, l’évolution du port sur la mer C’est en 1596 qu’Henri de Montmorency, gouverneur du Languedoc, décide de bâtir un port sur le cap de Sète. En effet, c’est à cette époque que les projets d’un canal reliant l’Atlantique à la Méditerranée sont présentés au roi, dans l’objectif de cesser de contourner la péninsule Ibérique. Ce projet relierait Toulouse à l’étang de Thau. Cela implique donc la nécessité d’un port stratégique permettant une interface entre le futur Canal du Midi et la mer Méditerranée. De plus, il existait une grande nécessité de créer un port protégé pour les navires entre Marseille et Perpignan. Menés par Pierre Paul Riquet, les travaux du canal débuteront en 1667, un an après le début de la construction du port de Sète. C’est donc en 1666, sous le règne de Louis XIV, que la première pierre du môle saintLouis est posée. La création de cette digue de protection(1) du port, longue de 650 m signe la naissance de la ville de Sète.

Ces ouvrages bien situés ont pour effet de rendre le port accessible par n’importe quel temps. Contrairement à Marseille où le Mistral immobilise souvent les bateaux au large pendant plusieurs jours, à Sète il n’a pas d’influence. Une fois que la rade est franchie, les navires sont en sécurité. En 1950, le port de Sète a continué à développer son emprise sur la mer. La jetée de Frontignan s’est transformée en deux nouvelles Darses(5) toujours plus à l’Est. Aujourd’hui le port de Sète gère le transport de marchandises et de passagers, ainsi que la pêche, et il se positionne toujours comme un pôle stratégique puisque le port Sud-de-France est le premier port de pêche de la Méditerranée.

Quartier de la Corniche, restructuré suite à une tempête

Le quartier de la Corniche, situé à l’Ouest de Sète, hors du centre ville, voit son urbanisation débuter dans les années 1950. Il se tourne vers le tourisme balnéaire, sous l’effet de l’aménagement touristique du littoral, porté par Le port se développe au XIVè siècle avec le la mission Racine. commerce du vin, du bois, du souffre, des céréales Une histoire relatée par un habitant, raconte ainsi que du fer. Sète est également un port de que jadis, ce village composé de cabanons de transit d’agrumes en provenance des Baléares, pêcheurs, fut détruit par une tempête. Suite à des Canaries, puis du Maroc et d’Algérie. cela le propriétaire cessa de louer ses terrains aux pêcheurs et les céda à des aménageurs qui y En 1820, Sète est protégée par deux construisirent des logements. ouvrages : le môle saint Louis, face à la Ce quartier, n’appartenant pas au cœur Méditerranée, et la jetée de Frontignan(2) historique de Sète, fut beaucoup moins protégé située à l’est du port. Un brise-lame(3) sera de la violence marine, et son évolution en subit construit en 1850, avec ses prolongements, dits donc les conséquences. Malgré la construction de Épi de l’Est(4), complètement détaché de tout plusieurs digues et brise-lames en bord de plage, lien avec la terre. il est encore aujourd’hui soumis aux mêmes aléas.

5

2 1

3

4 évolution du port sur la mer

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20

La Grande Vague de Kanagawa, Hokusai, 1830


SETE, UNE VILLE BATIE SUR LA MER

LA LUTTE CONTRE L’EROSION, TOUJOURS D’ACTUALITÉ Aujourd’hui, la lutte contre les éléments et l’érosion est toujours de mise. Le littoral a un parvis mouvant. Par endroit il s’engraisse, et à d’autres endroits il s’errode. Malgré cela, le littoral français a tendance à reculer dans sa globalité. C’est un phénomène naturel et normal, qui a toujours eu lieu. En revanche, depuis les années 1950, l’urbanisation des littoraux, initiée par la mission Racine et fondée sur le succès des stations balnéaires s’est largement développée. Aujourd’hui les habitations en bord de mer se retrouvent très souvent menacées par le recul du trait de côte. Une des causes de l’observation de l’érosion est la bétonnisation des fleuves côtiers, qui a pour conséquence, en plus que de provoquer des inondations, de stopper l’engraissement des plages. Aujourd’hui les plages sont géologiquement mortes.

la route. Suite à cela, des interventions maritimes ont vu le jour : un rechargement en sable ainsi que la pose d’un atténuateur de houle constitué de géotubes remplis de sable, constituant une digue sous-marine à 350m du rivage. Ces digues sous-marines ont montré leur efficacité, avec un engraissement de la plage d’une douzaine de mètres en trois ans. Des chantiers du même ordre sont menés à l’Est, le long des 8 km du lido de Frontignan. Ils 21 consistent aussi en un rechargement de la plage en sable, doublé de la végétalisation des dunes et de pose de ganivelles.

L’agglo travaille actuellement sur la côte rocheuse située entre le Môle saint-Louis et le Lazaret. Une importante faille a notamment été découverte sous le théâtre de la Mer. Un confortement par bloc rocheux et un crépissement A cela vient s’ajouter les effets du de roche avaient déjà été réalisés entre 2005 et réchauffement climatique, qui ont pour 2010, et une étude est actuellement en cours pour conséquence une violence accrue des tempêtes déterminer le diagnostic et prendre les mesures ainsi qu’une montée des eaux prévue entre 1m et nécessaires. 2m d’ici un siècle. En effet, ces luttes sont insuffisantes Sète est certes une ville bâtie sur la mer, aujourd’hui sur la côte rocheuse, et les logements mais c’est encore une ville battue par la mer, et en première ligne sur la côte sont en danger imminent. Une décision doit être prise : faut-il se elle n’est pas épargnée par cette érosion. replier ? Faut-il résister à la mer ? La zone la plus fragile constitue le lido, situé à l’Ouest, entre Sète et Marseillan. Des travaux de restructuration terrestres ont d’abord été mis en place, avec une restructuration des dunes (fixées sources : à l’aide de ganivelles, végétalisées...), le recul de https://www.midilibre.fr/2019/03/19/sete-ces-falaises-menacees-par-lerosion,8076575.php https://www.midilibre.fr/2016/11/28/,1431651.php


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PhotoŠJulie Bujon


LA MER DANS LA VILLE

L’EAU ET SON INFLUENCE DANS L’IDENTITÉ SÉTOISE Cela semble être une évidence, l’eau marque fondamentalement la ville de Sète dans son identité. Elle s’est culturellement développée à partir de cette présence constante dans la ville, à la fois discrète et centrale.

Sète est encore aujourd’hui bercée par les chansons de Georges Brassens et les poèmes de Paul Valéry, qui ont œuvré à la valorisation de la culture sur ce territoire. Elle est aujourd’hui un emplacement de choix pour les nombreux festivals (concerts, expositions d’art et de bateaux...), qui Tout d’abord nécessité économique s’y déroulent tout au long de l’année, allant parfois et alimentaire, la pêche est devenue l’activité jusqu’à doubler sa population. principale de la ville, et l’a marquée dans sa morphologie. La présence des chalutiers sur le L’art culinaire n’est pas un domaine à grand canal, ainsi que les pêcheurs repliant leur négliger dans la compréhension d’une culture, filet sur les quais animent le quotidien de la ville. encore moins pour la culture sétoise ! Venant de l’étang ou de la mer, une cuisine de pêcheurs Ces canaux, tout d’abord s’est développée au fil des immigrations et des fonctionnels, ont vu se développer des jeux générations. Les pêcheurs catalans apportèrent la populaires, tout aussi représentatifs de cette salaison des poissons et les provençaux la cuisine 23 identité : les joutes Sétoise. Enseignées dès le des légumes. Les premiers italiens, originaires du plus jeune âge, elles sont le sport traditionnel golfe de Naples, apportèrent la tradition culinaire du bassin de Thau. Le Cadre Royal se retrouve de l’Italie du sud. La célèbre tielle sétoise est donc alors bordé de tribunes quand vient la saison née du mariage entre les fruits de la pêche et estivale, pour le plus grand plaisir des Sétois et l’ancêtre de la pizza, de même que les macaronis des touristes. ont trouvé leur réadaptation dans la préparation de la macaronnade. Aujourd’hui ces canaux, singularité de la ville, sont en réalité devenus un des principaux atouts touristiques. Ils irriguent la ville en oxygène, tout en développant une véritable poétique, révélant une deuxième ville en miroir par temps lisse. Cette poésie urbaine a donné naissance à de nombreux artistes bien inspirés, si elle ne les a pas attirés. Cette capitale régionale culturelle héberge actuellement, en plus de ses six musées, le peintre Pierre Soulages, les frères Di Rosa, le rappeur Demi-Portion, ou encore l’artiste Thomas Ville, créateur de Monsieur Chat, pour ne citer que les plus renommés. De nombreux street artistes s’expriment sur les façades, influencés par l’univers marin.


La promenade du Maréchal Leclerc, avec vue sur le quartier de la Corniche Photo©Julie Bujon

5 966 754,06 m2

Pointe-Longue

Pointe-Courte

24

Gare Ferroviaire 18 392,05 m2

48 792,71 m2

41 634,27 m2

44 258,54 m2

3 846,82 m2

2 553,10 m2

14 952,91 m2

13 659,04 m2

9 681,94 m2

5 966 754,06 m2

18 959,20 m2

15 785,89 m2

18 392,05 m2

3 583,52 m2

48 792,71 m2

41 634,27 m2

Le cadre Royal 44 258,54 m2

3 846,82 m2

8 937,95 m2

44 265,45 m2

2 553,10 m2

14 952,91 m2

65 847,58 m2

13 659,04 m2

9 681,94 m2

450,86 m2

18 959,20 m2

604,52 m2

15 785,89 m2

974,32 m2

515,03 m2

3 583,52 m2

338,42 m2

26 551,08 m2

8 937,95 m2

44 265,45 m2

4 987,28 m2

65 847,58 m2

27,76 m2

672,82 m2

450,86 m2

604,52 m2

974,32 m2

La Criée

515,03 m2

948,20 m2

338,42 m2

9 870,72 m2

26 551,08 m2

4 987,28 m2

27,76 m2

672,82 m2

948,20 m2

9 870,72 m2

Le Môle Saint-Louis 24 991,80 m2

24 991,80 m2

20.75

Le Lazaret

20.75

16.73 16.73

Le Théâtre de la Mer

Plage de la Corniche Plage du Lazaret

Plage de la Vigie

Promenade du Maréchal Leclerc

0

100

0

200 300

100

400

500

200 300

N

400

500

Zone de rupture de fluidité piétonne

Zones de rupture sur la promenade principale des berges de Sète, ech 1:20 000

N


LA MER DANS LA VILLE

L’ESPACE PUBLIC ET L’EAU Le lien entre l’espace public et l’eau en ville est la condition de l’attractivité de la ville de Sète. La rupture de l’espace piéton, qui est une des incohérences traitée par ce projet, est pourtant une problématique récurrente à Sète, notamment le long des berges. Ce phénomène altère la fluidité du parcours et son lien aux canaux.

Une fois arrivé au Môle, la Promenade Leclerc commence enfin. L’entrée de cette promenade est marquée par un bâtiment très fort, le théâtre de la mer. C’est un des rares espaces publics à Sète dédié exclusivement à la mobilité douce. Elle offre ensuite une place au piéton et au cycliste, et multiplie lieux de repos et belvédères. Aujourd’hui elle se termine par En analysant la promenade piétonne le un délaissé urbain qui donne un accès officieux long du quai principal côté ville, on s’aperçoit aux criques en contrebas. Cet accès pourrait se qu’elle est régulièrement entrecoupée, ou rendue poursuivre pour rejoindre la plage du Lazaret 25 difficile, parsemée de micro-interruptions. en longeant la côte, mais il est interrompu encore une fois, par quelques bâtiments. Chaque pont devient un obstacle à la déambulation, et le quai sert parfois même de L’eau en ville pour l’habitant ou le visiteur zone de stationnement. est donc exclusivement visuelle. Pour pouvoir expérimenter l’eau autrement et éventuellement Pour accéder au Môle saint-Louis s’immerger, il faut attendre d’accéder à la plage depuis le canal, il est nécessaire de traverser du Lazaret, ou encore la plage de la Vigie pour les un non-lieu à l’écart du quai, derrière la Criée. plus connaisseurs. Le piéton est privé de la relation au quai par un espace de travail clôturé.


26


LES BAINS DE MER A SETE L’HISTOIRE DES BAINS DE MER Ce n’est que récemment dans notre civilisation que les bains de mer furent démocratisés. Avant cela, la mer et ses rivages étaient réservés aux marins et pêcheurs. L’immensité tumultueuse était considérée comme un milieu hostile qui digérait les hommes dans ses tempêtes. Mais alors comment la baignade telle qu’on la connait aujourd’hui, avec son trio maillotserviette -crème solaire, est-elle arrivée sur nos plages ? Au commencement, la baignade était très loin de tout ce que l’on peut connaître aujourd’hui. Elle débuta en Angleterre au XVIIè siècle, où l’immersion en eau de mer s’effectue par prescription et sous surveillance médicale. Cette pratique thérapeutique se répandit par la suite en France. C’est tout d’abord l’élite française qui va s’approprier les cures marines, car il est alors de bon ton de s’offrir une villégiature à la mer. Plus précisément, la duchesse du Berry lancera la vogue des bains par ses séjours tous les étés, de 1824 à 1829. Cependant, la pratique thérapeutique de la baignade ne dure alors pas plus de 10min consécutives, et ce une seule fois par jour et pas plus de trente fois par saison. Le client est trempé dans l’eau la tête en bas par le baigneur, «afin d’augmenter la suffocation». A Sète, plusieurs établissements protestants de bains de mer sont créés : le centre hinschien, créé par Coraly Hinsch en 1847, et le Lazaret en 1865 fondé par l’église réformée. Ils poursuivent des objectifs médicaux, sociaux et religieux.

Avec le développement des transports ferroviaires puis automobiles, la mode des bains de mer se développe à la fin du XIXe siècle. La plage cesse progressivement d’être un espace médical. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, elle se démocratise et devient peu à peu un lieu de plaisir, de détente et de relaxation. Cette tendance des bains de mer, renforcée tout au long du XXe siècle notamment grâce à l’apparition des congés payés, encourage la création de stations balnéaires sur les côtes. Elle connaît une nouvelle vigueur après la Seconde Guerre mondiale en répondant à une demande sociale bien différente, le tourisme de masse, accompagnée par la mission Racine dans l’aménagement du littoral. A Sète, la plage de la Corniche est une plage historique puisqu’elle a vu naître un de ses premiers établissements de bains de mer : le Lazaret. Autrefois, un tramway reliait cette plage au Môle saint Louis, d’où partait une autre ligne de tramway reliant le Môle à la gare. La Corniche était ainsi reliée au réseau ferroviaire français et la plaçait parmi les stations balnéaires les plus pratiquées. On pouvait aussi accéder aux plages de Frontignan grâce à la ligne qui circulait depuis les Halles, en centre-ville, jusqu’à la Peyrade. Ces aménagements, héritage de la mission Racine, sont-ils toujours adaptés à la demande touristique actuelle ? Autrefois, il fallait rendre la mer accessible pour le plus grand nombre, coûte que coûte. Maintenant que la côte est urbanisée dans son ensemble, comment se démarquer et proposer un aménagement qualitatif à la fois adapté au tourisme, mais aussi à la population résidant à l’année ?

https://savoirsdhistoire.wordpress.com/2017/08/04/histoire-de-latrempette-12-les-premiers-bains-de-mer-ou-la-genese-dun-scandale/

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28

Crique de l’Anau, © Philippe Manaël

168 507 773,20 2

m

36,37 2

m

8 442 554,13 2

m

0,33 2

m

6,98 2

m

450,86 2

m

604,52 2

m

974,32 2

m

515,03 2

m

338,42 2

m

4 987,28 2

m

672,82 2

m

948,20 2

m

9 870,72

Plage de la Baleine

991,80 2

m

Plage les trois Digues

24

Plage du Vassal

Plage du Jalabert

2

m

Plage du Castellas

Plage du Lido Plage de la Fontaine Plage de la Corniche Plage du Lazaret

Corniche 16.73

C C5

20.75

Plage de la Vigie Crique de l’Anau (la Conque) Poste de secours C C5

Terrain de jeux (foot, volley) Restaurants

Aménagement des plages de Sète ech : 1/50 000


LES BAINS DE MER A SETE L’ACTIVITÉ BALNÉAIRE À SÈTE AUJOURD’HUI

Le tourisme balnéaire de loisirs… et participe activement à l’activité touristique de la ville.

Si la région possède de nombreuses ressources naturelles, comme le vin, la pêche ou l’ostréiculture, le tourisme balnéaire reste néanmoins la principale ressource du Pays de Thau, avec un chiffre d’affaires de 275 millions d’euros. Balaruc-les-Bains accueille chaque année plus de 53 000 curistes, ce qui en fait la première station thermale de France. A Sète, l’importance de la fonction touristique se fait ressentir dans l’activité commerciale : près de 40 % du total des entreprises sont représentées par l’hôtellerie, la restauration, les bars et les agences immobilières. Les équipements commerciaux et services se localisent essentiellement en centre-ville : seulement 28% des commerces et services de Sète sont en dehors du centre alors que ces quartiers représentent plus de la moitié de la population. La densité commerciale est forte : elle est de 1 250 m2 pour 1000 habitants à Sète, alors que la moyenne de l’aire Sète-Mèze-Frontignan n’est que de 780 m2 pour 1000 habitants.

Il est d’une importance capitale de soigner cet attrait touristique pour la santé économique de la ville, sans pour autant que le tourisme devienne prédominant sur l’activité de la population locale. Sète est au cœur d’une destination touristique de toute première importance au niveau national et européen, dans un territoire dense et riche. Si on vient à Sète pour profiter de la vie culturelle sétoise, comme la visite de musées, de monuments, spectacles, festivals, on y vient tout d’abord pour le repos et la baignade.

Les plages de Sète

Bien que Sète dispose de nombreuses plages, les principales se situent sur la bande de sable du lido. On en dénombre une dizaine. Les plages disposent de douches et sanitaires publics, en plus d’offrir un aménagement adapté aux personnes à mobilité réduite : tiralo, tapis Le chiffre d’affaires généré par les touristes de cheminement, sanitaires PMR... Elles sont qui séjournent à Sète peut être estimé à environ surveillées en période estivale de 11h à 19h, 75 millions d’euros par an. A ce chiffre, s’ajoutent au moyen de six postes de secours répartis toutes les dépenses effectuées par les touristes régulièrement le long du lido jusqu’à la plage du de passage et les croisiéristes. Lazaret. Les bateaux de croisières sont une grande ressource économique, avec une fréquence à l’année de 75 bateaux de 900 passagers possédant un fort pouvoir d’achat. La consommation des touristes en visite pour la journée est loin d’être négligeable, estimée à 80 euros par jour et par personne. Cette fréquentation génère 406 000 euros par an, hors dépense des équipages. Cette clientèle de passage consomme sur Sète : restauration, produits locaux, boutiques, activités de découverte, activités sportives et

Le paysage de baignade est varié et les choix multiples, cependant est-ce suffisant ? Existe-t-il d’autres manières de vivre la plage que

de poser banalement sa serviette sur le sable ? Comment diversifier, requalifier la baignade ? Comment perpétuer et améliorer l’offre balnéaire saisonnière dans un secteur menacé par l’érosion? https://www.petitfute.com/v19374-sete-34200/guide-touristique/c132506economie.html https://www.tourisme-sete.com/medias/documents/assises2.pdf

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AMBIANCE D’UNE CRIQUE SAUVAGE ET URBAINE


3 583,52 m2

8 937,95 m2

44 265,45 m2

tableau d’assemblage napoléonien 1820 archives de l’hérault 65 847,58 m2

450,86 m2

604,52 m2

974,32 m2

515,03 m2

Ville historique

338,42 m2

26 551,08 m2

4 987,28 m2

27,76 m2

672,82 m2

948,20 m2

9 870,72 m2

24 991,80 m2

Quartier de la Corniche 20.75

16.73

Promenade du Maréchal Leclerc ex-RN112 0

32

100

200 300

400

500

lien actuel entre deux densités

Extrait du Rapport de présentation du PLU - Source RGP 1999

N


LE QUARTIER-VILLAGE DE LA CORNICHE

L’IDENTITÉ D’UN QUARTIER BALNÉAIRE EXCENTRÉ

Le quartier de la Corniche a débuté son urbanisation seulement dans les années 1950, en tant que station balnéaire, porté par l’impulsion de la mission Racine. Cela explique le fait qu’il ne fasse pas partie intégrante du centre-ville. Il est relié à celuici par la promenade la Maréchal Leclerc, et la voie routière de l’ex-RN112. Ce cordon, conséquence de la topographie de la colline, relie les deux zones denses de la ville. Aujourd’hui quartier à part, il fonctionne de manière presque indépendante, c’est pour cela que dans le vocabulaire Sétois, on parle du «village» de la Corniche.

Ce quartier demeure encore aujourd’hui très balnéaire, avec la plus forte concentration de résidences secondaires de la ville. Le quartier de la Corniche et des Quilles concentre près de 60% des résidences secondaires existantes de la ville, ce qui représente 2/3 des hébergements 33 du quartier soit 3 125 logements. Le secteur des Quilles connaît une vie saisonnière fortement marquée, et souffre d’un manque de vie en avant et en après saison. La présence de résidences secondaires n’est malgré tout pas négligeable dans d’autres quartiers de la ville, essentiellement situés au sud de la ville et tournés vers la mer.


9 066 433,14 m2

9 066 433,14 m2

Topographie

9 066 939,00 m2

PISCINE MUNICIPALE

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LYCEE JOLIOT CURY

LYCEE JOLIOT CURY

9 066 939,00 m2

PISCINE MUNICIPALE

GROUPE SCOLAIRE LANGEVIN

GROUPE SCOLAIRE LANGEVIN

MAISON D'ENFANTS ADPEP

MAISON D'ENFANTS ADPEP

LE LAZARET

LE LAZARET

CENTRE DE VACANCES

CENTRE DE PRESBYTERE VACANCES

MAIRIE ANNEXE

EGLISE

PRESBYTERE

MAIRIE ANNEXE

EGLISE

Immeuble des années 1950 Bâti dense en îlot aligné sur voierie Tissus pavillonaire équipement

Tissus urbains composant le quartier

9 066 939,00 m2 9 066 939,00 m2

9 066 939,00 m2

CASINO

Hôtels et résidences principalement touristiques

CASINO

Commerces


LE QUARTIER-VILLAGE DE LA CORNICHE

TISSUS URBAINS D’UN VILLAGE DANS LA VILLE

Les équipements

L’aspect du front de mer

Le développement du quartier est Bordé entre la mer et le tissus pavillonnaire du mont saint Clair, ce quartier comporte divers déterminé par un fort dénivelé de terrain qui limite sa dispersion dans l’espace, tout en l’orientant équipements qui l’animent toute l’année. vers la mer. - Des équipements scolaires, notamment le grand Les groupements résidentiels des années 1950 surplombent la plage d’une dizaine de mètre lycée professionnel Joliot-Curie. - Des équipements commerciaux regroupés en formant une bande continue de quelques autours de l’axe routier principal du quartier, centaines de mètres sans percées visuelles sur 35 comportant un rayonnement important sur toute la mer. Malgré tout la silhouette de la colline en arrière plan vient néanmoins empêcher la la zone ouest de la ville. - Des équipements culturels et sociaux touchant sensation d’étouffement. De plus, une circulation tous les âges de la population : une piscine, un piétonne existe entre les immeubles et la mer sur la partie ouest. casino, un centre de vacances, une église. L’axe principal structure le centre du quartier et catalyse la présence de ces équipements. Cet axe permet de rejoindre la plage de la Corniche et du Lazaret, formant ainsi la principale connexion entre le centre ville et la plage. Malgré la grande proportion de logements secondaires, cette «station balnéaire de la Corniche» a su conserver une ambiance de village, notamment grâce la présence d’équipements sociaux-culturels.


Carte postale ancienne : Cette, plage de la Corniche

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Carte postale ancienne : Sète, Station Balnéaire - Bord Mer à la Corniche

anciennes cartes postales de Cette. Photos © Julie Bujon


CRIQUE ET PAYSAGE

UN PAYSAGE SAUVAGE ET URBANISÉ

La roche est la condition de la présence de cette baie. Elle est le support, la limite, le rempart. Elle est la fin de Sète et le commencement de la mer. Sa matière modèle le relief, sculptée par la houle et les vents. Recouverte d’un voile de végétation rase se parant parfois de couleurs surprenantes, elle accueille de nombreuses espèces d’oiseaux venant nicher. Quelle sensation intense que de se retrouver seul, entre la roche et la mer, face au travail puissant des éléments. Et si alors à ce moment là quelques goélands ou aigrettes garzettes viennent ajouter leur chant au bruit du ressac des vagues, et que la pleine lune pointe timidement le bout de son nez en plein jour, le spectacle est tellement bouleversant qu’on ne peut penser à rien d’autre qu’à cette sensation d’être là, attentif à chaque son, chaque reflet que le spectacle de la vie nous donne.

La matière évolue, s’émiette sous la vague, se patine. Ce décor est un ballet mouvant, mettant en scène une roche éphémère dans une danse éternelle. Le mouvement perpétuel déplace les plages au fil des saisons, dépose son sel corrosif sur tous les éléments à sa portée. S’il ne les brise pas sur l’instant, il effrite le cœur de pierre le plus solide à l’usure, patiemment. Pour redevenir 37 sable, et enfin redémarrer le cycle de la terre. Par endroits la trace de l’homme est visible. Comme une tentative désespérée de lutter contre les éléments. Ces efforts sont-ils vains ? Tout n’est qu’une question de temps, avant que la vague et les vents désagrègent ces simples bouts de roche rapportés.


244,95 m2

20.75

15.58 16.05

Promenade du Maréchal Leclerc

16.69 16.73

14.35

12.80

16.50 16.60 14.50

14.70 14.18

Plage de la Nau

11.55

0.00

11.55 0.50

10.75 4.30 10.40

1.99

Villa des Balcons sur la mer 9.10 8.25

Plage de la Vigie

38

Crique de l’Anau (ou la Nau) - La Conque à Sète

8.15

8.20 3.55

Cap de la Corniche Falaise érodée 6.25 2.95

accès aux criques de l’Anau, ech: 1/2000

villa des balcons sur la mer, 1982 source : Un Aménagement à l’Anse du Lazaret à Sète, mémoire cycle 3, AGNIEL Patrick et CICAGNA Maria Pia

villa des balcons sur la mer, 2019, Photos © Julie Bujon


CRIQUE ET PAYSAGE

UN ACCÈS AUX PLAGES DIFFICILE Les terrains côtiers se sont vus privatisés, et quelques maisons individuelles, notamment «La Villa des balcons sur la mer», se sont implantées directement sur la côte rocheuse avec un accès privé à la mer. La présence de cette villa est antérieure à la construction des Leur accès demeure cependant tout ce immeubles balnéaires à l’arrière. Ici, la route n’a qu’il y a de moins évident. Pour parvenir à la pas joué son rôle de garde-fou en libérant la côte première, la plage de la Vigie, une fois arrivé au de constructions. bout de la promenade du maréchal Leclerc, «il Cette situation a pour effet de bloquer net la suffit de passer par le petit “tunnel” (maculé de tags) situé sous une résidence privée de la rue de promenade littorale à l’anse du Lazaret, et oblige les promeneurs à traverser le noyau urbanisé pour Savoie»1. Pour la seconde, il est possible de continuer leur balade. Ce schéma a été rendu 39 contourner le rocher par la mer en se mouillant possible avant la loi de protection du littoral en jusqu’aux hanches depuis la plage de la Vigie, ce 1986, obligeant par la suite les aménagements à qui n’est pas une solution très satisfaisante, ou laisser un passage et une certaine distance entre encore de descendre le long de l’immeuble qui la mer et les premières urbanisations. clôt la fin de la promenade du maréchal Leclerc A l’heure actuelle, cette villa est directement en escaladant les rochers glissants, tout en menacée par l’érosion. En mai 2018, un pan de bravant le panneau d’interdiction de l’accès. Il existe néanmoins des escaliers, eux aussi interdits roche s’est effondré, laissant apparaître la sousen raison de leur état dégradé, reliant les deux face de la terrasse. Est-il toujours légitime qu’elle soit là où elle se trouve aujourd’hui ? Serait-il plages. possible de poursuivre cette balade littorale en Aujourd’hui, l’accès à ces plages n’est passant outre les obstacles ? donc ni évident, ni de tout repos. Les criques de l’Anau, composées de deux havres de sable et de galets lovés sous les falaises de la Corniche, abrités du vent du nord, à 1,5km du centre-ville, font partie des plus belles plages de Sète.

1 https://www.midilibre.fr/2018/10/25/criques-de-lanau-lenvers-dudecor-dun-petit-paradis,4745187.php

panneaux de site, photos © Julie Bujon


244,95 m2

20.75

16.05

16.69 16.73 16.50

14.50

14.70 14.18

11.55

11.55 0.50

10.75 4.30 10.40

1.99

9.10 8.25

8.15

8.20 3.55

8.50

Cap de la Corniche 2.15

3.75 6.25 2.95

5.95

4.85

5.85 3.00

5.55

4.43 4.70 2.65 4.00

3.20 2.60

0.90 1.15

tracé du projet de réamanégement de la Corniche de Neuburg , ech: 1/5000

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Plan de masse du projet de la corniche de Neuburg, agence Traverses

Détail du projet de la corniche de Neuburg, agence Traverses

Photomontage du projet de la corniche de Neuburg, agence Traverses


CRIQUE ET PAYSAGE

UN PROJET INITIÉ MAIS INCOMPLET

Des travaux sont actuellement en cours pour prolonger la promenade du Maréchal Leclerc jusqu’à la plage du Lazaret. Il est prévu de faire passer une large voie piétonne ainsi que le prolongement de la piste cyclable sur l’axe du cœur du quartier de la Corniche. Cette solution est tout à fait évidente. En effet, il serait très difficile de prolonger cette voie principale le long du littoral, compte tenu de la topographie, de la largeur disponible, et des constructions en place. Il est absolument nécessaire de mettre en place un accès piéton adéquat depuis la fin de la promenade littorale jusqu’à la plage du Lazaret.

En revanche, ce projet est incomplet. Il n’est pas suffisant de fournir cet accès. Il faut aussi pouvoir poursuivre cette balade le long du littoral, tout en fournissant un accès aux criques, ainsi que revoir leur aménagement. Cette balade 41 aurait un statut secondaire par rapport à la voie principale restructurée du centre du quartier. Le droit à l’horizon doit être la ligne directrice de cet aménagement.


42

Photos : ©Julie Bujon


CRIQUE ET PAYSAGE

UNE BAIE VICTIME DE L’ÉROSION

La houle grignote peu à peu cette baie, arrachant des pans de roches entiers lors de ses plus vives tempêtes. Des enrochements ont été réalisés, ainsi que des crépissements de roche. Les crépissements ne sont gère efficaces. Les enrochements permettent à la falaise de ne pas s’effondrer par endroits. Bien que leur colorimétrie soit travaillée en relation avec le site, les rochers comme le crépis n’apportent pas un aménagement particulièrement qualitatifs sur le plan spatial et esthétique. La falaise est certes menacée, ce qui est dans l’ordre naturel du cycle du littoral. En revanche les habitations en première ligne sur la côte sont directement exposées à la violence marine ainsi qu’au risque d’effondrement. On notera spécifiquement la Villa des balcons sur la mer, la résidence à l’Est de la ruelle avec des habitations directement posées sur la plage, ainsi que la résidence à l’Ouest du passage, menacées par l’effondrement de la roche sur laquelle elle est construite.

Quelles dispositions tenir face à ces menaces de taille ? Faut-il procéder à un «retrait stratégique» et démolir les résidences pour laisser la mer reprendre ses droits ? Faut-il résister et combattre encore la mer ? L’économie que le tourisme insuffle à la ville de Sète ainsi que le coût de démolition de tels 43 immeubles fait de la stratégie du repli une solution qui n’est pas idéale. De pus, la montée des eaux liée au dérèglement climatique n’atteindrait probablement pas ces résidences, situées une dizaine de mètres au-dessus du niveau de la mer. Lutter contre l’érosion est une décision difficile et coûteuse. Il peut être alors plus avantageux de coupler cette lutte avec un aménagement public permettant d’améliorer l’offre balnéaire, à la fois à destination du tourisme, mais aussi des Sétois. Il s’agirait alors de concevoir un aménagement public défensif et protecteur contre la houle.



SCULPTER LA MATIERE, REVELER UN LIEU


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Casa Malaparte, Capri, Italie. source : www.bellanapoli.fr


MATIERES ET REFERENCES

QUEL IMAGINAIRE CONVOQUER ? Comment construire entre la roche et la mer ? Comment construire avec la roche et la mer ? Il faut pouvoir manier de telles matières de compositions, portant intrinsèquement une force caractérielle indomptable et une poésie sans fin. Souvent, l’intervention humaine, si minime soitelle, révèle le lieu.

Pour la villa Malaparte, cela se traduit par un bâtiment prolongeant le rocher, devenant une part de roche anthropisée, passant presque inaperçu bien qu’il dégage une force incroyable. Pour les piscines d’Alvaro Siza, il s’agit plutôt d’avoir une connaissance précise du site pour composer avec : former des bassins en décaissant, formaliser le passage en laissant parfois la roche s’exprimer, parfois non.

Si l’architecture est l’art d’organiser la matière, il faut pouvoir dompter ces matériaux La matière va évoluer avec la roche sous mouvants, et bâtir en composant avec. les éléments. L’édifice et son support ne forment plus qu’une seule entité. 47

Piscinas das Marés, Leça da Palmeira, Portugal. Architecte : Alvaro Siza


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Le théâtre de la Mer, Sète

Le bain thermal de Pantelleria, Italie photo©Alessandro Giannini


MATIERES ET REFERENCES

COMPOSER SUR LA CÔTE DE SÈTE

A 1km du site du projet, le théâtre de la Mer, ouvrant la promenade du Maréchal Leclerc s’inscrit dans ce registre. Cette architecture militaire épouse son rocher pour s’élever vers le ciel et offrir l’horizon en spectacle. Comment faire écho à ce bâtiment emblématique ? Est-il possible de créer une amorce de cohérence sur cette côte rocheuse ? Comment créer des espaces de baignade dans des lieux jusqu’alors inaccessibles ? Comment abriter des espaces avec le minimum de matière ? Comment protéger, révéler le site, en donner l’accès ? Donner vie à un lieu, à la matière, à des instants ?

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3

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1

1

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5

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PhotosŠJulie Bujon


MATIERES ET REFERENCES

ÉTAT DES LIEUX La côte érodée se répartit en plusieurs lieux repérables. La première zone se situe sur la plage [1]. Comblée actuellement par des rochers, son érosion menace très fortement les immeubles audessus. Il y a donc un fort enjeu d’érosion à ce niveau là. La deuxième [2] est une toute petite crique avec un rocher juste devant. La troisième [3] est une crique composée d’une courte plage comportant des rochers de taille moyenne. Elle est fermée par une avancée sur la mer donnant lieu à une nouvelle crique [4] juste derrière. Aujourd’hui non accessible, sa situation et sa dimension lui donne un certain potentiel d’intimité. La cinquième [5] est beaucoup plus large, et très érodée. Elle menace les jardins des logements, mais surtout la promenade au-dessus qui devient plus étroite à ce niveau là.

La côte devient ensuite beaucoup plus rocheuse et n’offre plus de criques. On observe malgré tout, juste avant le cap de la Corniche, un renfoncement [6], très rocheux, avec un petit rocher assez identifiable sortant de l’eau. Ce tronçon de côte rocheuse, aujourd’hui inaccessible pour l’homme, offre de nombreux potentiels de lieux privilégiés pour la déambulation 51 et la baignade. Il s’agit aussi de protéger les zones les plus fragiles par un aménagement accessible.


Protection du haut de plage par perrĂŠ. source : https://www.u-picardie.fr/beauchamp/littoral/GRENOBLE-4.html

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source : https://www.u-picardie.fr/beauchamp/littoral/GRENOBLE-4.html


UN AMENAGEMENT PUBLIC CONTRE L’EROSION COMMENT LUTTER CONTRE L’ÉROSION Aujourd’hui, il existe différentes techniques plus ou moins efficaces pour lutter contre l’érosion. Il existe tout d’abord les méthodes souples en harmonie avec la dynamique des côtes, consistant à un engraissement artificiel de la plage en sable (pouvant malgré tout générer une zone d’érosion à l’endroit de prélèvement du sable), ainsi que la restructuration des dunes, par exemple à l’aide de végétation et de ganivelles. Vient ensuite les luttes actives dures, consistant à la construction d’ouvrages de défense solides. La crique de l’Anau est constituée à l’Est d’un système de plage-dune sableuse, et à l’Ouest de falaises à protéger. Il existe différentes manières de protéger les falaises. L’érosion peut être ralentie par des perrés [3], des épis [1] générant des stocks de galets [2], ainsi que des galets mobiles déplacés par la dérive littorale [4], et autres travaux de consolidation. L’accumulation de galets aux pieds de falaise joue un rôle protecteur. Une action «en dur» peut cependant conduire à augmenter l’érosion des petits fonds au droit de l’ouvrage et sur les zones adjacentes. Plus la plage sera chargée en sable, mieux la falaise sera protégée. Alors, que choisir pour protéger ces côtes ? Les méthodes souples ne sont pas adaptées au site puisque c’est une falaise et non une plage duneuse. La méthode la plus souple serait le retrait du bâti, ce qui n’est pas envisageable. Il faut alors en venir à la lutte active dure.

Cyril Mallet, ingénieur risques côtiers, a formulé dans son mail le même avis que son collègue : «Il n’y a pas de solution universelle pour la protection contre l’érosion. La réponse doit être précise et adaptée à chaque cas, pour intégrer l’ensemble des paramètres (géomorphologiques, hydrodynamiques, etc..) et socio-économiques.» En l’absence d’études scientifiques et géologiques de ce site, le projet se basera sur les procédés génériques existants semblant les plus pertinents. Il semblerait qu’une protection du pied de falaise soit adaptée aux problèmes posés. Il pourrait alors s’agir de perrés architecturés. En effet, Cyril Mallet suggérait à première vue du site : «Pourquoi ne pas faire une protection que du pied 53 de falaise ?» Si ce dispositif ne suffisait pas, il serait alors envisageable dans un second temps de poser une digue sous-marine en géotextile comme il a été fait sur le lido, pour protéger la côte, empêcher que le sable de la plage ne s’échappe vers le large et atténuer la force des vagues qui attaquent la plage et le pied de falaise. Au regard du dérèglement climatique et de la montée des eaux, il semble toujours pertinent de protéger les logements, se trouvant actuellement une dizaine de mètres au-dessus du niveau de la mer. La plupart d’entre eux serait hors de portée du nouveau trait de côte.

Bien entendu, comme le souligne Alexis Stephanian, géologue et chef de projet littoral qui L’aménagement protecteur risque, a eu la gentillesse de répondre à mon mail, à terme, d’être submergé, mais il peut être conçu de manière à servir de socle à un nouvel «Il est [...] délicat d’apporter un avis « a priori » aménagement public futur. sans une étude spécifique du site qui permette de caractériser les aléas côtiers (facteurs d’érosion et de submersion marine d’origine naturelle et anthropique), la dynamique sédimentaire, l’état de l’estran et de l’avant-côte, etc...».


54

photosŠChristel Bujon


UN AMENAGEMENT PUBLIC CONTRE L’EROSION PROCESSUS DE SCULPTURE ET PROGRAMME

La sculpture du contexte m’a permis, dans un premier temps, de mieux comprendre les zones les plus victimes de l’érosion. Une fois la côte modélisée, l’argile malléable a permis de penser et proposer des solutions, tout en laissant le droit à l’erreur. Le projet d’aménagement public s’est donc immiscé dans les creux, pour protéger la roche de la vague, mais aussi pour inviter le visiteur à investir des zones aujourd’hui inaccessibles. Il se crée alors, presque naturellement, des instants privilégiés. Le projet, faisant varier ses dimensionnements et surfaces praticables, permet d’obtenir différentes capacités d’accueil, et donc différents niveaux d’intimité, variant selon le placement de la surface. Le projet se définit selon un jeu de niveaux s’insérant dans la falaise. Il donne lieu par moments à un simple chemin de déambulation, et à d’autres moments des plateformes d’observation au bord de la plage, investissant les criques comme des gradins sur la mer. En arrivant dans la mer, ces plateformes se transforment en baignoires publiques protégées de la houle, chauffées naturellement par le soleil. Tout comme les plateformes, leur diversité de dimensions permettent différents degrés d’intimité. On vient alors se baigner dans un bain public, ou encore entre amis ou en famille, dans des baignoires accueillant 4 à 5 personnes, ou encore seulement à deux, au bout du cap de la Corniche. A l’échelle de la baie, ces plateformes permettent un cheminement rendant un accès officiel et sécurisé aux criques. On peut désormais relier la promenade du Maréchal Leclerc à la plage du Lazaret sans quitter l’horizon des yeux.

L’unité du projet réside dans la géométrie choisie, mais aussi dans la matière utilisée pour la construction. Les sols seront composés de béton teinté clair bouchardé, dont la rugosité sera maîtrisée pour offrir une surface douce mais suffisamment antidérapante pour ne pas glisser. Cette surface sera généralisée sur tous les sols du projet paysager. Les murs serviront de rempart contre la mer, ils devront donc être épais et solides. Ils seront composés de béton pisé, qui est la traduction littérale de «rammed concrete». Il s’agit de la même technique de mise en œuvre que la 55 terre pisée, mais avec du béton. Les adjuvants de résine et de polymères rendront le béton hydrofuge et permettront de résister à l’humidité et à l’assaut des vagues. Le projet nécessitera un décaissement, et la roche récupérée sera concassée pour intégrer le béton pisé en strates régulières. Cela permettra au projet de s’intégrer au mieux dans le site, tout en maintenant une certaine solidité. Tout comme les sols, ces murs seront généralisés sur toute l’intervention. Le programme paysager sera centré autours de l’activité de la baignade. Pour ce faire, il sera composé d’un chemin, de gradins sur la mer, mais aussi d’un local dédié aux vestiaires et douches publiques, ainsi que d’un centre de secourisme et un café. En plus de ces bains de mer publics, il sera proposé un centre de baignade plus hautde-gamme, comprenant des soins à l’eau de mer, ainsi que des bassins d’eau de mer chauds.


Plan Vestiaires et douches 1/200

Coupe A-A 1/200

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vestiaires publics, photoŠChristel Bujon


CENTRE DE SOINS À L’EAU DE MER ACCOMPAGNER LA BAIGNADE

Les vestiaires publics

Le centre de secourisme

Ce petit édifice composé de deux étages est particulièrement intégré dans les plateformes de l’aménagement. Le Rez-de-chaussée accueille le public et propose un espace de soins, et l’étage permet d’obtenir un poste de surveillance global Elle est éclairée par une lumière tombant sur la plage de la Vigie. Le maître-nageur sauveteur a la possibilité en cascade entre la roche et la dalle du toit, et en de descendre par une échelle discrètement second-jour par les ouvertures du mur. intégrée au mur, sans quitter l’objectif des yeux. Dans la pièce principale, les douches et Le bâtiment se ferme grâce à des portes pédiluves. Pour se changer, on pousse une des basculantes métalliques, qui une fois ouvertes portes des cabines sur la gauche, et un nouvel permettent une protection solaire. univers s’offre tout à coup à nous. Éclipsé par En hors-saison, ce petit édifice est fermé, 57 l’effet de surprise de la caverne, l’horizon ressurgit. C’est alors l’occasion de se retrouver seul face à mais son intégration à l’aménagement et à la soi-même, méditant sur la ligne qui réconcilie la falaise lui offre un camouflage qui le fait passer inaperçu. limite et l’infini. Afin d’étendre la saison estivale, les Des éléments fins organisent l’espace vestiaires, eux, peuvent rester ouverts puisque leur interne. Une multiplicité de poteaux élancés en maintenance quotidienne sera prise en charge métal noir patiné reprend le vocabulaire portuaire par le centre de soins à l’eau de mer. industriel, tout en dialoguant avec la brutalité Une journée de sel et de soleil déshydrate minérale. particulièrement le corps humain. De plus, que Ces poteaux vont intégrer plusieurs serait la baignade sans glaces et boissons fonctions. Tout d’abord, porter la dalle en béton fraîches ? Un café sera mis à disposition. Il ne fera hydrofuge, mais aussi porter les partitions des pas l’objet d’un petit édifice mais sera intégré au cabines de changes et par endroits devenir bâtiment des soins à l’eau de mer. douches. L’atmosphère de la caverne sera conservée grâce à la légère inclinaison des portes des cabines de douche, pour provoquer un retour de porte naturel, et éviter la pose d’un dispositif fragile à la corrosion. Cela permet de ne pas être confronté directement à l’horizon depuis les douches. L’édifice des vestiaires publics se compose d’éléments bruts composant l’espace. Un mur épais protégeant de la mer, le rempart. La roche, qui devient mur. La caverne est là.

centre de secourisme, photo : ©Christel Bujon


photos du site, ©Julie Bujon

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les Thermes de Vals, Peter Zumthor

Maurice Sauzet, «entre japon et Méditerranée»

les Bains de Mer Chauds, Pietri architectes, deux maisons individuelles, Marseille


CENTRE DE SOINS À L’EAU DE MER

CONSTRUIRE AU PIED DES IMMEUBLES Pour permettre le projet du centre de bains à l’eau de mer, il sera nécessaire, dans un premier temps, de démolir la villa des balcons sur la mer. En effet, en plus d’être en plein milieu d’une connexion potentielle entre les deux tronçons de promenade, elle est soumise à un grand risque d’éboulement. Plusieurs questions se posent alors. Comment construire au pied des logements ? Quelle écriture architecturale adopter ? Quelles stratégies ? Comment instaurer un climat, une atmosphère propice au calme et à la relaxation, à l’exaltation des sens, pour renouer un lien avec soi-même, mais aussi au monde qui nous entoure ? Maurice Sauzet analyse le fonctionnement des temples japonnais, et leurs effets sur l’esprit. Le parcours, savamment dessiné, évolue dans une succession de jardins, jonglant entre mystère et effet de surprise, rappelant sans cesse notre conscience à l’instant présent. Il se résout par un tableau final exposant une vue sur la montagne et le lointain. «Après un parcours d’approche tout en retenue. A chaque pas, remontant de la profondeur de l’être, notre appartenance au monde nous est rendue. Alors surgit, bouleversante, la découverte de la splendeur de la nature.» Maurice Sauzet, à propos de Shisendô Temple.

Bien que le parcours soit déterminé, la limite entre l’intérieur et l’extérieur n’est jamais très franche, ce qui permet une meilleure fluidité visuelle et spirituelle. Comme si le visiteur était constamment à l’extérieur, mais abrité, protégé. Tout comme le projet de bains, la maison des bains de mer chauds à Marseille s’intègre au pied du bâti. Elle se distingue de lui par un dessin léger et très contemporain. Il s’agit d’un ancien centre de thalassothérapie réhabilité en maison. Le contraste de géométrie, de couleur et de 59 langage permettent à la fois de mettre en valeur les logements en arrière-plan, mais aussi le projet lui-même. Comment puiser l’inspiration du temple japonais au pied des immeubles Sétois ? La massivité s’impose d’elle même, pour dialoguer avec la roche, s’opposer à la mer, et contraster avec le bâti, offrir une protection sure, contre laquelle s’appuyer dans l’eau chaude et relaxante des bains.


IMPLANTATION

flux piéton envisagé

implantation

trame transversale

positionnement des patios et bassins

FONCTIONNEMENT

60 N

GSPublisherVersion 0.0.100.100 Version 0.0.100.100

maquette argile et carton bois, photo©Christel Bujon GSPublisherVersion 0.0.100.100


CENTRE DE SOINS À L’EAU DE MER LES BAINS DE MER DE LA CORNICHE

L’espace public

Quel fonctionnement énergétique ?

L’édifice doit établir une relation avec l’espace public et le paysage. Ces notions se pensent simultanément. La qualité de l’espace public se définit par la relation qu’il entretient avec le bâti limitrophe, mais aussi par le lien qu’il tisse avec le reste de la ville. La promenade dictera donc l’emplacement que le bâti devra prendre. Un chemin joindra la promenade du Maréchal Leclerc au centre de soins une dizaine de mètres au-dessus de la plage. Un accès sera aussi ouvert depuis la rue de Savoie, par l’actuel passage des voitures jusqu’au parking. Devant l’établissement, un parvis prendra la forme d’un belvédère sur la plage et la mer. Il sera tenu par l’entrée des Bains, et par le petit café dont la terrasse débordera sur ce belvédère. Un des arbres existants sera conservé pour ombrager le café et l’espace public. Le sol sera composé de la même dalle en béton bouchardé, qui matérialisera la continuité de l’ensemble du projet.

Cet édifice se veut le moins énergivore possible. Comment chauffer une eau de mer à 33°C à Sète ? L’énergie la plus évidente est bien entendu le soleil. Un dispositif sera mis en place pour chauffer l’eau passivement : De petits tuyaux noirs strieront la toiture pour ensuite plonger dans le sol des bassins, et chauffer l’eau par transfert thermique. Mais le circuit du liquide chaud ne s’arrête pas là ! Une fois qu’il est légèrement refroidit par les bassins, il circule ensuite dans les dalles du bâtiment pour chauffer l’hiver. Et il retourne en toiture pour se recharger en calories. Ce dispositif sera complété par une chaudière à copeaux de bois, mais il limitera grandement les besoins énergétiques du bâtiment.

L’édifice Les bains seront tenus et maîtrisés par une trame transversale avec un entraxe d’1m50. Cette trame permettra d’orienter et de cadrer des vues sur la mer. Le calme sera maintenu grâce à l’acoustique traitée au plafond. Les bains seront couverts, mais complètement ouverts. L’accueil permettra un accès aux vestiaires, qui laissera le choix entre les bassins, ou bien l’espace de soins. Une fois l’accueil passé, le calme et l’apaisement se feront au moyen d’une succession de jardins méditerranéens qui agrémenteront le parcours. L’horizon, alors oublié, ressurgira au moment voulu, d’abord timidement au travers de plusieurs écrans muraux, puis de plus en plus proche, avec le bruit des vagues de plus en plus perceptible, nous rendant notre appartenance au monde.

La relation avec le projet paysager Le bâtiment est écrit dans la même logique de volumétrie et de matière que le reste du projet. Il est lié aux interventions paysagères par un cheminement se déroulant pour joindre les édifices et ouvrir un passage nouveau. Les bains de mer sont désormais très diversifiés dans la crique de l’Anau : de la simple plage aux gradins sur l’horizon, sans oublier les baignoires en pied de la falaise et les bains chauds bouillonnants... Cette intervention devient un décor idéal pour accompagner une émotion, un ressenti. Celle de se sentir minuscule entre la profondeur de la mer et l’infinité du ciel, bouleversé et rempli par la présence si forte des éléments, comme si son être devenait enfin complet, l’espace d’un instant.

61


B

ACCES AUX SOINS

ACCES AUX BAINS 1 2 3 4 5 6

13H x 155 12F x 29

7 8 9 10 11 12 13

+7,20 +7,20

+7,74

A

17H x 155 16F x 29 11

10

12

13

14

15

16

17

1

2

3

4

5

6

7

8

9

62 3

LOCAL MENAGE

+7,94

1

STOCK

2

CHAUFFERIE

RECEPTION STOCK

3H x 15 2F x 30

+7,20

CAFE 32

33

34

35

36

31

27

28

29

30

18

19

20

21

22

23

24

8 7 6 5 4 3 2 1

RDC ech : 1/500

25

9

N

26

10

11

12

13

14

15

16

17

cm x 15 36H x 35 cm 35F


B

LIVRAISON +9,86

STOCK STOCK LINGE PROPRE ET COSMETIQUES LINGE SALE

TISANERIE

A

63 +11,59

R+1 ech : 1/500


64


65


66


67

Coupe B-B ech : 1/500

Coupe A-A ech : 1/500


68


Faรงade diagnostic : 1/500

69

8,88

7,20

1,25

Faรงade avec projet : 1/500



BIBLIOGRAPHIE Ouvrages : PASKOFF Roland, Les littoraux, Impact des aménagements sur leur évolution, Paris, Armand Colin, 1998 SAUZET Maurice, Entre Japon et Méditerranée, architecture et présence au monde, Paris, Editions Massin, 2005 ZUMTHOR Peter, Athmosphères, Bâle, Birkauser 2008

Revues : EL CROQUIS n°168/169, ALVARO SIZA, Master Lesson, 2008-2013 ARCHITECTURE INTÉRIEUR, n°287 février-mars 1999 (02928567), la Digue Habitée, Article de revue p.88-89

Sites internet : LE PETIT FUTÉ, Guide de sète, 2019 : URL : https://www.petitfute.com/v19374-sete-34200/guide-touristique/c132506-economie.html MIDI LIBRE, Criques de l’Anau : l’envers du décor d’un petit paradis, 25/10/2018 : URL : https://www.midilibre.fr/2018/10/25/criques-delanau-lenvers-du-decor-dun-petit-paradis,4745187.php

MIDI LIBRE, Sète, ces falaises menacées par l’érosion, 19/03/2019 : URL : https://www.midilibre.fr/2019/03/19/sete-ces-falaises-menaceespar-lerosion,8076575.php

MIDI LIBRE, Entre Sète et Marseillan, la sauvegarde du Lido se poursuit 28/11/2016 : URL : https://www.midilibre.fr/2016/11/28/,1431651. php

SAVOIRS D’HISTOIRE, Les premiers bains ou la genèse d’un scandale : URL : https://savoirsdhistoire.wordpress.com/2017/08/04/histoirede-la-trempette-12-les-premiers-bains-de-mer-ou-la-genese-dun-scandale/

UNIVERSITE DE PICARDIE JULES VERNES, Les aménagements et leur impact : URL : https://www.u-picardie.fr/beauchamp/littoral/ GRENOBLE-4.html

documents de la ville : SCHEMA DE DEVELOPPEMENT TOURISTIQUE, VILLE DE SETE, juillet 2003 : URL : https://www.tourisme-sete.com/medias/ documents/assises2.pdf

conférence : LE LITTORAL : RISQUES CLIMATIQUES, 22 mai 2019, Centre d’art La Fenêtre, Montpellier

Travaux d’étudiants : AGNIEL Patrick,CICAGNA Maria Pia, Un Aménagement de l’Anse du Lazaret à Sète (Hérault), mémoire de cycle 3, juin 1982 PIALOUX Mathieu, Sète, ville balnéaire, un équipement de bains de mer sur le môle Saint-Louis, PFE, juin 2017




La Conque est une plage nichée au creux des rochers, en contrebas de la voie principale. Invisible depuis la route, elle offre une situation privilégiée entre la roche et l’horizon. Un caractère très fort se dégage de ce massif de calcaire plongeant dans la mer, de ces immeubles du XXème siècle, à la fois intrus et protecteur, forgeant l’intimité et l’identité du lieu. Pourtant, cette crique paradisiaque est soumise à diverses problématiques, dont la plus imminente est la menace d’effondrement des logements par la violence marine et l’érosion. Ce projet propose de repenser ce lieu dans sa globalité. Le protéger. En donner l’accès. L’aménager. Il réinterroge le bain de mer, offre de nouvelles façons de se confronter à l’immensité salée.


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