
2 minute read
Des déchets plastiques pour des millénaires
On trouve aujourd’hui du plastique autant dans les sols et les rivières que dans la mer et l’air que l’on respire. Jeroen Sonke, auteur principal d’une étude visant à modéliser le cycle de vie des plastiques sur les prochains millénaires, nous raconte le destin de ces matériaux polluants.
JEROEN SONKE directeur de recherche à l’unité Géosciences environnement Toulouse du CNRS.
Advertisement
Que devient le plastique lorsqu’il n’est pas recyclé ?
Depuis les années 1950, 4 % du pétrole extrait du sous-sol a été transformé en plastique. En termes de masse, cela représente plus de 8 milliards de tonnes de plastique de toutes sortes et, parmi elles, 2,5 sont toujours utilisées. Le reste a été jeté, réparti probablement à parts égales entre l’environnement et les décharges.
La dégradation des déchets plastiques est très lente, si bien que l’on a même du mal à la mesurer. On pense qu’elle s’étend sur des décennies, voire des siècles. Avec le temps, les plastiques ont tendance à se fragmenter en morceaux plus petits jusqu’à devenir des microplastiques de tailles comprises entre 1 micromètre et 5 millimètres. Mes collègues et moi avons souhaité construire un modèle du cycle de vie des plastiques, pour mieux comprendre le destin de ces déchets polluants.
En quoi consiste votre modèle ?
Nous avons construit ce que l’on nomme un système à une dimension, un modèle en « boîtes ». Nous avons estimé la quantité de plastique contenue dans chacun des réservoirs de la planète (atmosphère, fonds marins, sols, etc.). Les transferts de plastique au cours du temps sont modélisés par des flux qui connectent entre elles chacune des boîtes du modèle.
Ce cycle de vie est complexe et comporte beaucoup d’inconnues. Pour construire notre modèle, nous nous sommes appuyés sur la littérature scientifique des deux dernières décennies, mais nous sommes contraints par le nombre d’observations, qui manquent parfois pour l’océan profond ou pour l’atmosphère. Le bilan que nous dressons est ainsi associé à des incertitudes parfois considérables, d’un facteur 5 à 10 sur le budget de certains compartiments.
Qu’apprend-on de ce bilan ?
Une fois jetés, les plastiques restent un certain temps dans les réservoirs terrestres. Mais les eaux de pluie et les rivières finissent toujours par les mobiliser et les conduire vers l’océan.
L’action du vent et les vagues projettent des microplastiques vers l’atmosphère par le même processus que celui qui forme la brume marine. Et là démarre un cycle vicieux : les plastiques charriés par les rivières vers l’océan sont fragmentés puis émis vers l’atmosphère. Ils sont ensuite transportés par les vents et retombent sur les continents. Ils seront, à l’échelle des millénaires, de nouveau emportés par les rivières pour un nouveau cycle.
À chaque passage par l’océan, une partie des plastiques est entraînée vers le fond. Les déchets finissent ainsi par être séquestrés dans les sédiments marins où ils resteront pendant des millions d’années.
Combien de temps ces microplastiques circuleront-ils dans l’environnement ?
Si on arrête complètement de produire du plastique aujourd’hui ou en 2050 – ce qui est assez peu réaliste –, tout ce que l’on a rejeté dans l’environnement continuera à se dégrader, à se fragmenter et à circuler pendant des millénaires. Les politiques visant à limiter la production de plastique doivent donc s’accompagner d’assainissements du milieu naturel.
On voit souvent dans les médias des projets de nettoyage de la surface de l’océan. Je pense qu’ils sont intéressants symboliquement, mais ce ne sont pas des solutions réalistes. C’est comme éponger avec le robinet ouvert ; il faut s’attaquer au robinet !
Le plus pertinent serait de récupérer les plastiques dans les cours d’eau, principaux vecteurs de transfert du plastique des terres vers les océans.
Selon nos estimations, il faudrait assainir chaque année entre 1 et 3 % du plastique de tous les réservoirs terrestres pour que l’effet soit visible pour la prochaine génération. n