WINTER TIME
Icône, star et maman, Monica Bellucci
Hiver 2011 n°97 – CHF 10.97
9 771662 619008
Surprises et voyages, des évasions magiques Maison Cartier, le joaillier des rois Rencontres surprenantes et passionnantes
UNIQUE COMME VOTRE AMOUR
1888 BY BUCHERER Le couronnement des créations de l’atelier Bucherer: un solitaire taille brillant d’une qualité rare, d’un carat au moins, magnifiquement mis en valeur par une monture en platine
HORLOGERIE BIJOUTERIE JOAILLERIE Basel Bern Davos Genève Interlaken Lausanne Locarno Lugano Luzern St. Gallen St. Moritz Zermatt Zürich Berlin Düsseldorf Frankfurt Hamburg München Nürnberg | Wien | bucherer.com
IMPRESSUM Editeur André Chevalley Promoco Développement SA Chemin de la Marbrerie 1 CH – 1227 Carouge T. +41 22 827 71 00 www.trajectoire.ch © Alan Humerose/Rezo
Directrice de la rédaction Siphra Moine-Woerlen
Publicité & relations publiques Olivier Jordan o.jordan@promoco.ch
Responsable de la coordination & secrétariat de rédaction Nathalie Raneda
ÉDITO
Responsable artistique & graphic designer Carine Bovey
Rédacteurs Mathilde Binetruy Paul-Henry Bizon Jaques Deschenaux Julia Dubreuil Fabrice Eschmann | BIPH Patrick Galan Saskia Galitch Anaïs Georges du Clos Chantal-Anne Jacot Roger Jaunin Anne-Lucie Meyer Elsa Poffet Didier Planche Simone Riesen Francesca Sacco Christopher Tracy Tanja Ursuelo
Relecture et corrections Christiane Lalieu Charlène Guibert Caroline Penzes
Webmaster Rémi Pillon
Abonnements info@promoco.ch
Impression Gessler Impression Sàrl
Tirage vendu 20’537 exemplaires Certification REMP 2011
dont abonnés payants : 18’482 Tirage imprimé 23’000 exemplaires
Diffusion L’abonnement au magazine Trajectoire est proposé aux clients Mercedes-Benz, Volvo, Rolls-Royce, Bentley, Bugatti et Maybach du Groupe André Chevalley SA. Trajectoire est vendu dans les kiosques Naville, envoyé par abonnement aux médecins, avocats, notaires, agences immobilières de Suisse romande ainsi qu’aux membres des clubs de golf et de polo, dans les établissements les plus prestigieux et les hôtels 5 étoiles à Genève, Crans-Montana, Divonne, Lausanne, Montreux, Gstaad, Verbier et Villars.
©Trajectoire La reproduction, même partielle, du matériel publié est interdite. Les pages « People » n’engagent pas la rédaction. La rédaction décline toute responsabilité en cas de perte ou de détérioration des textes ou photos adressés pour appréciation.
UN PEU DE MAGIE ! Si on avait le pouvoir de changer les choses, de les rendre plus belles, plus douces, pour nous, comme pour les autres ? S’il y a un moment de l’année où cela paraît possible, c’est bien en cette période hivernale et festive. Crise, faillite, austérité… l’heure n’est pas à l’optimisme, même si notre économie résiste vaillamment aux bousculades de notre Occident malmené, et que certains groupes de luxe augmentent leur part de marché en remportant des succès significatifs. Trajectoire prend donc le contre-pied du marasme ambiant et vous offre un numéro tout en douceur. Car la magie est avant tout une étonnante fabrique à rêves. Comment s’organise-t-elle ? Comment se construit-elle ? Nous vous dévoilons ici certains secrets de fabrication à travers quelques histoires. Magie et sensualité d’abord, avec l’interview exclusive de notre madone préférée, Monica Bellucci, rencontrée dans son fief à Rome. Magie et envie, en arpentant les capitales du luxe de Londres à New York. Magie et évasion, avec des reportages inédits dans les stations de ski, les palaces parisiens ou les plages paradisiaques du Viet-Nam… Magie encore, grâce aux rencontres de jeunes talents comme la chanteuse Imany, le comique Gaspard Proust, le designer René-Jacques Mayer ou la freerideuse Anne-Flore Marxer, dont les trajectoires semblent désormais s’envoler. Ces femmes et ces hommes qui nous livrent leurs anecdotes, nous permettent de voir la vie sous un autre angle, de s’évader quelques instants et de porter un regard neuf sur les autres. Des instants magiques que je souhaite à tous, en vous remerciant pour votre fidélité.
Abonnements Pour 4 numéros : CHF 35.– (1an) Pour 8 numéros : CHF 65.– (2ans) info@promoco.ch T. +41 22 827 71 00
Siphra M.
Couverture Monica Bellucci Photo © Sylvie Lancrenon
TRAJECTOIRE
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Hiver 2011
TRAJECTOIRE n°97
SOMMAIRE Hiver 2011
1 2 Repérer...
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12 RUE DU RHôNE
Dernières nouvelles.
16 REPéRAGEs
Quelques adresses sélectionnées pour vous.
18 Les news des capitales du luxe
Cap sur Milan, New York, Zürich, Londres et Paris.
32 L’nvitée
Icône et maman, Monica Bellucci se confie à Trajectoire.
36 Bernard Fornas
94 DESIGN
130 Palaces parisiens
68 Eric-Emmanuel Schmitt
Le réveil de la manufacture de Sèvres.
Visite guidée des hôtels les plus somptueux de la ville des lumières.
L’amiral de la Maison Cartier, nous guide à travers sa passion.
L’écrivain nous présente son dernier ouvrage.
70 Imany
La chanteuse de soul music nous envoûte avec « Shape of a broken heart ».
72 Gaspard Proust
Interview décalée du jeune humoriste suisse.
118 Anne-Flore Marxer
Freerideuse de l’extrême, la jeune et belle snowboardeuse nous emmène dans des sentiers hors-piste.
120 Didier Cuche
Icône mondiale, le skieur de compétition revient sur sa carrière et ses projets.
TRAJECTOIRE n°97
SOMMAIRE Hiver 2011
3
(s’)Offrir...
30 LIVRES
Nos 6 coups de cœur littéraires.
50 horlogerie
Les montres envahissent notre planète luxe.
56 MODE
Louis Vuitton met à l’honneur une collection très « Art Déco », pour des divas toutes habillées de tweed, soie et plumes.
76 Shopping coups de cœur
Des idées cadeaux pour un Noël placé sous le signe de l’émerveillement.
106 Automobile
Mercedes présente son nouveau modèle sportif le 4X4 Classe M, pour un hiver en toute sécurité.
4
Découvrir...
48 cinéma
Action, suspens ou romantisme, découvrez les trois meilleurs longs métrages de cette fin d’année.
98 Saga Mercedes
125 ans d’histoire – dernière partie .
110 Psychologie
Addiction au shopping : j’achète donc je suis !
126 Parfumeurs
Créateurs de mode et nez interprètes, zoom sur les compositeurs d’odeurs phares de notre génération.
128 Chalets
Luxe, design et cocooning sont réunis dans les plus beaux chalets de l’hiver.
144 Destination
Nha Trang, une carte postale du Vietnam.
Economie réelle
Concept transparent
Swiss finish
Les 500 meilleures entreprises au monde dans votre portefeuille Si vous partagez ces convictions, nous devrions nous parler: 1 La finance est un art appliqué et pas seulement une technique quantitative 2 La performance est produite par l’économie réelle et ses entreprises 3 Une bonne allocation d’actifs résulte de choix critiques et éliminatoires 4 Les meilleures valeurs de placement se découvrent grâce à l’architecture ouverte 5 La diversification à haute dose accroît le rendement et réduit le risque 6 La simplicité structurelle d’un portefeuille accroît sa robustesse 7 L’investisseur se doit d’affirmer ses objectifs, son horizon temporel et sa vision du risque 8 C’est la philosophie d’investissement qui détermine la performance d’un portefeuille, pas la taille de la banque ou le talent individuel de ses gérants Les conseillers de la Banque Cantonale de Genève se tiennent à votre disposition pour ouvrir le débat, partager leurs convictions et leurs expériences en gestion de fortune avec vous.
Genève Zürich Lausanne Lugano Lyon Annecy Paris Satellite Galileo: 34°00’13.19”N – 17°25’14.69”E – 23’222 km
www.bcge.ch/bestof
EN VUE
RUE DU RHÔNE
45
N°
57
N°
43
N°
Hermès, l’histoire Audemars Piguet Moncler chez Bucherer réchauffe Genève d’un savoir-faire La maison Bucherer est fière de la relation tissée avec Audemars Piguet depuis de nombreuses années. Déjà distribuée dans divers points de vente Bucherer, la marque horlogère du Brassus manquait encore au sein de la boutique genevoise ! A partir du 1er décembre 2011, Audemars Piguet prend donc ses quartiers et propose ses modèles de haute précision. Parmi de nombreux modèles, vous pourrez découvrir la Jules Audemars Extra-Plate, une montre au design élégant, coup de cœur de la rédaction. De plus, la maison Bucherer soutient le Groupe Sida Genève et lance dès le 1er décembre des rubans en or rose, sous forme de pin’s, de pendentif ou sur un cordon en soie, disponibles en exclusivité dans la boutique genevoise. Le 50% des ventes sera généreusement reversé à l’association. Vous aurez alors deux bonnes raisons de passer chez Bucherer avant les fêtes ! —
Moncler poursuit sa stratégie d’implantation dans les plus grandes métropoles internationales, avec l’ouverture d’une nouvelle boutique à Genève. Connue pour ses mythiques et élégantes doudounes ajustées, la griffe grenobloise a pris ses quartiers rue du Rhône, au cœur des commerces de luxe. Le décor porte la « french touch » du couple star d’architectes d’intérieur Gilles & Boissier, à qui Remo Ruffini, Président de la marque de vêtements, a déjà confié l’aménagement de ses appartements privés : les murs en bois sculptés de motifs floraux évoquent l’univers de la haute montagne et les chalets des stations de sport d’hiver, contrastant avec les sols en marbre couleur de miel au look sport chic. Le tout crée un style à la fois chaleureux, moderne et urbain. La Maison franchit ainsi une étape phare dans l’expansion de son réseau de distribution. —
Au terme d’importants travaux d’agrandissement, Hermès ouvre à nouveau sa boutique genevoise. Tout l’univers de la marque y est présenté, fruit d’une expertise confirmée dans la conception de produits haut de gamme. L’assise internationale de la Maison française s’est en effet construite dès 1837 à Paris. Tout d’abord spécialisée dans la confection d’articles d’équitation, l’entreprise étend ensuite sa production à la maroquinerie et à la mode, auxquelles elle adapte avec génie le savoir-faire du sellierharnacheur. Elle fait alors son entrée dans le secteur du luxe, et crée une gamme de vêtements et de parfums. Avec la naissance de l’emblématique carré de soie en 1929, puis du sac Kelly en 1950, la griffe devient une référence dans les plus hautes sphères. Depuis cinq générations, Hermès est le symbole pérenne de l’élégance et du bon goût. —
BUCHERER
BOUTIQUE MONCLER
HERMèS
Rue du Rhône 45 – 1204 Genève
Rue du Rhône 57 – 1204 Genève
Rue du Rhône 43 – 1204 Genève
T +41 22 319 62 66
T. +41 22 310 69 33
T. +41 22 819 07 19
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TRAJECTOIRE
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Hiver 2011
www.h-moser.com MOSER PERPETUAL 1, ref. 341.101-009. Palladium. Mouvement à remontage manuel cal. HMC341.101. L’échappement Double Hairspring. Min. 7 jours de réserve de marche. Calibre perpétuel avec changement de date instantané. Fond saphir.
Milano
VIA MONTENAPOLEONE Par Mathilde BINETRUY
Panerai sous le Dôme
Invitation au voyage A l’occasion de la Fashion Week, la maison Louis Vuitton est revenue sur le devant de la scène de la maroquinerie de luxe, en célébrant la réouverture de sa monumentale boutique de la Via Montenapoleone. Comptant cinq étages, c’est désormais le deuxième plus grand magasin européen après son homologue parisien des Champs-Elysées. Joaillerie, horlogerie et prêt-à-porter y trouvent naturellement leur place. Mais les travaux de restauration engagés ont surtout favorisé l’émergence d’un nouveau concept : la première « Travel room » d’Europe qui, avec un large choix d’équipements de voyage, offre à sa clientèle le service personnalisé Made to Order, très tendance. Parallèlement, l’exposition « Louis Vuitton : The Art of Fashion » à La Triennale, initiée par Katie Grand, rendait hommage à la créativité du directeur artistique Marc Jacobs. —
Le quartier phare de la mode milanais accueille la quatrième boutique italienne de la maison Officine Panerai. D’une surface de 70 mètres carrés, elle se distingue des 25 autres magasins existants par un décor lumineux et contemporain, qui se veut un témoignage des liens étroits tissés avec la Marine royale dès la Première Guerre. Ondulation des formes, éclat et transparence du verre mêlé au marbre blanc et à l’acier évoquent le monde marin. Autre dédicace portant la griffe Panerai, une horloge murale géante dotée d’un cadran luminescent, procédé obtenu grâce au Superluminova plaqué dans la structure en superposition, qui assure une lisibilité sans faille dans l’obscurité. Tous les modèles de la gamme sont déclinés dans cette nouvelle vitrine. En plein essor, le réseau de distribution de la marque devrait prochainement doubler. — OFFICINE PANERAI Via Montenapoleone, 1 20121 Milan T. +39 02 76 28 13 20 www.panerai.com
LOUIS VUITTON
Zilli : l’artisanat de luxe Installé dans 32 pays avec plus de 40 enseignes, Zilli inaugure sa première boutique à Milan. Le choix de l’acajou et du cuir pour orner les 150 m² du magasin s’inscrit dans la tradition de cette entreprise familiale et indépendante, qui a bâti son succès sur la noblesse des matières sélectionnées (peaux, cachemire et soie) et le savoir-faire exclusif de ses artisans. Fondée en 1970, elle propose une gamme complète d’habillement masculin de grand luxe, essentiellement réalisée à la main dans ses ateliers lyonnais et depuis peu italiens, et prisée par une clientèle richissime d’hommes d’affaires internationaux. La politique de mécénat d’institutions et événements culturels menée par le directeur Alain Schimel depuis 2005 valorise – si besoin était – l’image de la marque, qui s’impose numéro un mondial de la Haute Couture masculine. —
Via Montenapoleone, 2
ZILLI
20121 Milan
Via Gesu, 5
T. +39 02 77 71 711
20121 Milan
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www.zilli.fr
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L E PA R F U M . U N E N O U V E L L E D E N S I T É
hermes.com
RENCONTRE
HORLOGERIE Par Simone RIESEN Photos Pierre-Antoine GRISONI
Joaillier des rois Bernard Fornas n’a qu’un mot d’ordre : l’excellence. Une évidence pour la première marque de luxe au monde. Un trait de caractère dominant pour le président de Cartier, dont l’agenda et le carnet d’adresses ferait pâlir N’importe quel ministre. C’est donc entre deux avions et en quelques dizaines de minutes que Trajectoire est parvenu à rencontrer à Genève celui qui a su profondément développer Cartier Horlogerie.
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RENCONTRE HORLOGERIE
L
e Vaisseau Amiral du groupe Richemont : c’est ainsi que l’on surnomme Cartier. Symbole mondialement reconnu du luxe à la française, la maison fondée en 1847 pèse, avec quelque 3,6 milliards de francs de chiffre d’affaires annuel, plus de la moitié des revenus du groupe – qui compte pourtant 17 autres marques de luxe. « Joaillier des Rois » dès ses débuts, Cartier a progressivement étendu son expertise dans d’autres domaines, comme la maroquinerie, les accessoires, les parfums, le prêt-à-porter haut de gamme ou, bien sûr, l’horlogerie. Un amiral, Bernard Fornas ? De tempérament, sans doute. Mais le président de Cartier cultive une simplicité raffinée, faite de sourires chaleureux et de valeurs fondamentales. Le plus beau moment de sa vie ? « La naissance de mes enfants. » Elevé au Maroc dans une famille active dans la presse, la viticulture et la banque, c’est à Lyon qu’il obtient son diplôme de l’Ecole supérieure de Commerce en 1970, avant un MBA à la Kellog School of Management de Chicago. Ses armes, il les fait d’abord au sein de Procter & Gamble, puis à l’International Gold Corporation, avant de rejoindre en 1984 le groupe Guerlain, plus ancien parfumeur français. Comme directeur du marketing international et du développement, on lui doit notamment la conception et le lancement du mythique parfum Samsara. Une véritable montée en puissance dans le monde luxe, comme un parcours initiatique au bout duquel, son goût pour « les belles choses » en guise de karma, son entrée chez Cartier en 1994 ressemble presque à un rite de passage. D’abord directeur du marketing international pendant six ans,
il en devient président directeur général après un bref passage à la tête de Baume & Mercier. Ayant parfaitement intégré la grammaire esthétique de la Maison si chère à Louis Cartier et Jeanne Toussaint – véritable marque de fabrique reconnaissable au premier coup d’œil – Bernard Fornas n’a pas tardé à concentrer ses efforts dans le domaine des garde-temps. Cartier Horlogerie, c’est aujourd’hui près de 1’700 collaborateurs actifs en Suisse sur sept sites. A elle seule, la manufacture de La Chaux-deFonds – dont l’inauguration a coïncidé avec son accession au siège de PDG – emploie plus de 1’000 personnes. Depuis près de quatre ans, la collection de haute horlogerie Cartier a ainsi connu un important développement avec l’avènement d’une dizaine de mouvements, sans compter les calibres destinés à des montres féminines rares. Un véritable parcours initiatique vers l’excellence, avec un amiral pour guide. Bernard Fornas, étiez-vous prédestiné à devenir PDG de Cartier ? Prédestiné je ne sais pas… En revanche, j’ai toujours eu un certain penchant pour les belles choses que j’apprécie depuis tout petit. Si au début de la vie, les premiers jobs sont parfois dictés par le hasard, il faut ensuite savoir saisir les opportunités. L’envie et la détermination m’ont permis d’évoluer dans un secteur qui me correspond. Cartier est une Maison qui véhicule des valeurs dont je me sens proche, où l’excellence prime. Cartier est devenu un acteur important de la haute horlogerie ? Nous avions le savoir-faire pour les complications mais jusqu’il y a trois ou quatre
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ans, nous avions très peu de mouvements disponibles, donc peu de visibilité. Souvent les montres étaient vendues avant d’être terminées. Maintenant nous produisons assez de montres, nous sommes devenus un des grands acteurs de la montre à grande complication. Pour le prochain Salon de la Haute Horlogerie de Genève que nous réservezvous ? En 2012, il y aura une profusion de nouveautés, ce sera une édition exceptionnelle. Je reste toujours séduit, bluffé par ce que mes équipes me proposent. Pour cela, il faut savoir s’entourer des meilleurs. Des montres femmes ? Nous sertissons toujours ces modèles, les femmes aiment la sophistication. Votre clientèle ? Toujours plus jeune grâce à l’addiction des jeunes riches des pays émergents. Les marchés prometteurs pour l’horlogerie ? L’Asie et la Chine en particulier avec un grand réservoir d’une population dotée d’un fort pouvoir d’achat. Dans ces pays, on apprécie les belles choses depuis des millénaires. Ce phénomène va perdurer, car ce sont des clients appréciant les belles mécaniques. Nous implanter dans ces régions était donc essentiel. De façon générale, nous comptons aujourd’hui plus de 300 boutiques à travers le globe. Associer la marque à de grandes célébrités, est-ce que cela reste un axe important de la communication de Cartier ? Nous ne suivons pas, comme certaines autres marques, cette folie qui consiste à
se battre pour placer ses bijoux partout. Certaines célébrités, comme Monica Bellucci, nous choisissent par amour. Monica correspond tout à fait à l’image de Cartier. Elle incarne une féminité et une sensualité folle, elle est adorée autant par les hommes que par les femmes. Elle a un côté séducteur tout en étant une excellente mère. A quoi carburez-vous ? (Rires…) Je me suis injecté des tonnes de Cartier dans les veines! Cartier en quelques mots ? A mes yeux, elle représente la plus belle marque au monde ! La Maison dispose de 160 ans de savoir-faire d’une richesse inégalable. Quelle ligne suivez-vous ? Je veux donner une image cohérente de tous les produits Cartier. Chaque dessin, chaque esquisse passe par moi dans toutes les gammes. Je veille à préserver notre légitimité, nous sommes sur une autoroute bien gardée de chaque côté afin de ne pas affaiblir la marque. Maintenir les codes et les identités de la maison s’avère primordial.
Vous êtes souvent copié dans vos dix métiers différents ? Effectivement, nous sommes souvent copiés, mais nous veillons au grain, nous ne pouvons l’accepter. Pour Cartier, je connais l’art du luxe dans le monde entier, pas question pour nous d’avoir une montre qui puisse faire penser à une autre, copier ce serait de la faiblesse et nous voulons marquer notre différence, affermir notre identité.
collaboration avec le client et ses desideratas particuliers. Cette réalisation sera la sienne et celle de personne d’autre. Nous élaborons également du parfum sur-mesure. Pour ces commandes, nous parlons beaucoup avec la personne: les odeurs de son enfance, sa personnalité, ses aspirations. Nous lui présentons ensuite cinq fragrances. Une fois choisie, la formule sera gardée précieusement dans un coffre pour son usage exclusif.
Les réussites dont vous êtes le plus fier ? Plus que jamais nous sommes le « joaillier des rois » ! Je suis également fier de la percée dans la haute joaillerie et d’avoir apporté, en horlogerie, la Ballon bleu arrivée au bon moment où les acheteurs cherchaient des choses plus vraies.
Et à titre personnel ? Le temps, même si c’est un peu «bateau» de répondre cela. J’arrive tout de même à prendre le temps de vivre, d’aller à la rencontre des gens, un enrichissement, surtout dans mon métier. Et comme je visite de nombreux pays, ces rencontres sont sans fin, cela vaut de l’or pour moi. Je découvre des passionnés, donc je m’amuse en travaillant.
Comment savoir ce que veulent les clients ? L’horlogerie suit les tendances socio-culturelles, comme dans les voitures, il est nécessaire de ne jamais perdre cela de vue. Votre notion du luxe ? L’art d’être unique avec une pièce sur-mesure dans la haute joaillerie, la réaliser en
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Si vous aviez dû faire un autre métier ? Architecte mais mon père a refusé ce choix ! Je me rattrape maintenant largement en construisant et en rénovant des maisons, j’abats des murs, je construis et je reconstruis sans jamais m’arrêter ! —
SORTIES
DISQUES Par Saskia GALITCH
20 ans après, toujours au Nirvana Septembre 1991. Un groupe de Seattle baptisé Nirvana bouleverse l’univers du rock avec l’album « Nevermind » qui, selon les désirs de son leader, Kurt Cobain, mélange savamment « un gros son à la Black Sabbath avec des mélodies de type Beatles », sons distordus et idées noires en prime. Vingt ans et 30 millions d’exemplaires vendus plus tard, l’onde de choc n’est toujours pas calmée. Comme en témoignent, notamment, les innombrables critiques saluant avec enthousiasme la réédition « Deluxe » de ce disque culte, remasterisé et évidemment accompagné de bonus et d’inédits. Parmi lesquels des démos pré-« Nevermind » ou la version de l’album tel qu’il avait été mixé à l’origine. Par ailleurs, le coffret recèle un joyau bouleversant : un concert filmé à Los Angeles en octobre 1991, soit un mois après la sortie de « Nevermind ». Et quelques semaines avant que le succès ne submerge Cobain… — Nirvana «Nevermind» réédition anniversaire «Deluxe» – Universal
Lang Lang, une touche de génie en plus Le jeune pianiste chinois Lang Lang n’a jamais caché l’amour et l’admiration qu’il porte au compositeur hongrois Franz Liszt. Et c’est pourquoi, en cette année de bicentenaire « lisztien », on attendait avec impatience la voix du virtuose. Une attente bien récompensée, car ce « Liszt, my piano héro » se révèle être une pure merveille, tant dans les pièces orchestrales que dans les parties solo. Doté d’un talent fou, le musicien s’empare ainsi d’airs pourtant mille fois joués et leur donne une nouvelle dimension. Avec lyrisme et poésie, il magnifie ainsi le romantisme de « Liebestraum », de « Consolation N° 3 » ou de « Ô pourquoi donc ». De même, plein de panache, il offre une cavalcade somptueuse sur « Grand galop chromatique », met le clavier en transe sur la « Rhapsodie hongroise N° 6 » ou fait résonner « La Campanella » avec une fougue joyeuse. Bref, une galette à déguster sans modération… — Lang Lang et le philarmonique de Vienne, sous la direction de Valery Gergiev « Liszt, my piano hero » Sony Classical. Egalement disponible en coffret Deluxe et en DVD : « Lang Lang – Liszt now »
Au « Paradise » avec Coldplay Vous aviez aimé « Viva la vida ! » ? Vous allez a-do-rer « Mylo Xyloto », cinquième album du quartette formé par Guy Berryman, Jon Buckland, Chris Martin et Will Champion. Car, fidèle à ses crédos rythmiques, mélodiques et harmoniques, Coldplay reste… Coldplay. Pas de révolution ni d’immense surprise, donc, mais d’excellents moments. Au gré des quatorze nouvelles chansons composées par les Britanniques – qui, comme pour « Viva la vida ! » se sont offerts la collaboration du grand Brian Eno – on découvre de véritables petites perles. Ainsi « Paradise » et « Every Teardrop is a Waterfall », ou encore « Princess of China » – le déjà fameux duo Chris Martin-Rihanna –, le très, très réussi « Major Minus » ou le tout doux « UFO ». Efficaces et entêtantes, les mélodies concoctées par Coldplay s’enchaînent, font s’alterner les ambiances tendres, intimistes, symphoniques et pop-rock mâtiné d’électro. — Coldplay «Mylo Xyloto», EMI Music / Virgin
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HORLOGERIE
SÉLECTION Par Simone RIESEN
Chasse INCONTRÔLABLES, DéLIRANTES, ELLES ENVAHISSENT NOTRE PLANèTE LUXE. POUR LE PLUS GRAND BONHEUR DES COLLECTIONNEURS... ça tourne, ça tourne, impossible de s’arrêter !!!!!!!! Bwaaaaah !!!!! Elles sont là !!!!!!!!!!!!
aux
trésors ! Omega Chronographe Speedmaster Co-Axial Ce chronographe automatique présente deux compteurs au lieu des trois normalement associés à la Speedmaster. Ceci grâce au positionnement des aiguilles des compteurs 12 heures et 60 minutes sur le compteur situé à 3 heures. Disponible en acier, en or orange ou en platine. CHF de 7’800.- à 31’900.-
Panerai Radiomir Oro Rosa Le Calibre P.999, entièrement manufacturé par Panerai, dans un boîtier de 42 mm pour les heures, les minutes et la petite seconde, décliné en or rose à fond saphir. Heures lumineuses. Etanche à 100 mètres. CHF 14’700.-
Breitling Chronomat GMT Le Calibre Breitling 04 manufacture automatique est doté d’une réserve de marche supérieure à 70 heures, d’un second fuseau horaire sur 24 heures, un chronographe au ¼ de seconde, deux totalisateurs 30 minutes et 12 heures ainsi que l’affichage de la date. CHF 9’450.-
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MODE
LOUIS VUITTON Par Tanja URSOLEO Photos © Louis VUITTON
Louis Vuitton, Art déco La collection Louis Vuitton multiplie les références culturelles et rend hommage à une femme libre, qui part conquérir le monde en pantalon d’homme. Cette Art Déco Diva, toute habillée de tweed, soie et plumes, célèbre son goût pour le luxe, la séduction et le pouvoir.
L
a collection Prefall 2011 de Louis Vuitton nous invite à revivre le glamour, la modernité et l’esprit des années 20 et 30 avec un discours mode contemporain, élégant et précieux. La fonctionnalité, une qualité prônée par les années Art Déco, est présente dans le vestiaire de ces femmes qui comptent ne renoncer en rien à leur nouvelle liberté mais veulent avant tout conquérir le monde luxueusement. Un hommage à celles qui vivent la modernité en pantalon d’hommes, au volant d’automobiles de course, un peu garçonnes en smoking, ou luxueuses en robe pailletées et plissées. Les références culturelles se distinguent largement dans cette garde robe avant-gardiste. Les motifs cubistes sont comme sortis d’un Picasso sur une robe wrap-dress en jersey. L’esprit des œuvres textiles de l’artiste Louise Bougeois sur un manteau en tweed à rayures reprennent les gammes de couleurs d’œuvres de l’artiste. L’élégance enfin, d’une robe manteau boutonnée de résine en natté fuchsia et vieux rose bordé bleu canard ou la robe chemisier en twill de soie rappellent l’esthétique du film « Le Conformiste » de Bertolucci, tourné en 1970. Le coordonné, normalement proscrit en langage de mode, est très poussé dans cette collection et devient délicieusement « old school » par sa sophistication et son absence de maniérisme. Le style du directeur artistique Marc Jacobs n’est jamais nostalgique, au contraire, il y a toujours un côté inattendu, un peu rock, dans ces collections qu’il dessine pour Louis Vuitton. Oui, toujours
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luxueuse, avec un « twist », soit dans la coupe, soit dans les accessoires ou encore dans la manière dont un look est assorti ou porté… Pour que ça ne soit jamais ou trop ennuyeux ou trop sage ! Avant l’arrivée de Marc Jacobs en 1997 chez Louis Vuitton pour développer le Prêt-à-porter, la vénérable maison était surtout connue pour son fameux monogramme. C’est sans compter sur son créateur – un des plus promettant de sa génération – qui a marqué toute une génération avec cette image de « grunge » qui lui colle à la peau. Marc Jacobs est né en 1963 dans un milieu aisé de l’Upper West Side à New York. Il fut élevé par sa grand-mère paternelle qui l’a initié à la couture et au tricot. Très jeune il s’inscrit à la High School of Art and Design et suit la Parsons School of Design. En 1986 il dessine la première collection Marc Jacobs et en 1988 il occupe la direction artistique de Perry Ellis. Après avoir reçu le « Women’s Designer of the Year Award » en 1992, il prépare le défilé pour la marque Perry Ellis avec notamment une collection « grunge »… qui lui fait perdre son poste. Aujourd’hui, le style Marc Jacobs se décline en deux versions : l’ultra-luxe et la sophistication de la femme Louis Vuitton qui s’inspire de la rue avec un mélange d’imprimés, de couleurs. Notons le côté vintage cher au créateur pour sa propre marque « Marc by Marc Jacobs ». La rumeur dit qu’il va bientôt exercer son talent chez une autre maison de mode, chargée d’histoire et qui se remet de son ancien directeur artistique, devenu ange déchu de la mode... à suivre. —
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RENCONTRE
SOUL MUSIC Par Manon PROVOST Photo Barron CLAIBORNE
Imany
La voix des âmes brûlantes café de la place de la Nation à Paris : Imany irradie à en faire pâlir les statues de Dalou. Mais sa beauté manifeste ne saurait faire de l’ombre à sa voix si envoûtante. Après 7 années new-yorkaises, Paris la rappelle, et lui lance un défi nommé « Shape of a Broken Heart », un 1er album soul.
Pourquoi avoir choisi Imany, un nom qui signifie « la foi » en Swahili ? Mes parents m’ont appelée Nadia, mais lorsque j’ai débuté ma carrière de mannequin, il y a douze ans, ce prénom était très répandu et trop commun. On m’a conseillé d’en changer pour me démarquer. J’ai choisi Imany en découvrant le personnage de Imany Easy, une princesse soumise dans le film « Un Prince à New York ». Ce n’est que bien plus tard que j’ai appris la signification du prénom. Une jolie coïncidence, non ? Comment avez-vous croisé le chemin de Malick N’Diaye, producteur notamment de la chanteuse Ayo ? Comme je ne connaissais personne, je me suis dit qu’il fallait provoquer le destin. Ma démo en poche, j’ai arpenté tous les endroits où je pouvais chanter. Et c’est lors d’un de mes concerts que j’ai rencontré Malick N’Diaye. Au départ, il était hésitant. Puis, les mois ont passé et le public s’est fait de plus en plus présent. Il a vu ma détermination et je crois que c’est ce qui l’a finalement convaincu de me produire. Quel rôle a-t-il joué dans le lancement de votre carrière et l’élaboration de votre premier album, The Shape of a « Broken Heart », sorti en mai dernier ? Malick m’a appris à aller à la rencontre du public et à dompter la scène. Grâce à lui, j’ai pu faire les premières parties d’artistes talentueux comme Wasis Diop à la Cigale, Hocus Pocus au Zénith, et suivre Ben L’Oncle Soul sur une trentaine de dates ! Même s’il n’aime pas que je le dise, Malick a été un véritable pilier dans le
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développement de mon album et son rôle dépasse celui de simple producteur. En plus de produire le disque, il a co-réalisé le clip de « You Will Never Know » et a écrit « Slow Down ». C’est un artiste à part entière ! Il a affiné mon répertoire, il a choisi les musiciens et je savais qu’il était le seul à même de savoir ce que je voulais vraiment. Je ne voyais personne d’autre pour réaliser l’album. Album dont vous êtes l’auteure principale. D’ailleurs, comment est née la chanson « You Will Never Know » ? J’étais au Sénégal, à Dakar plus précisément, dans une sorte de pèlerinage d’écriture et les paroles sont sorties comme ça, instinctivement (elle fredonne le refrain de la chanson). Parfois, les mots s’échappent comme s’ils venaient de l’inconscient. C’est ce qui s’est passé pour cette chanson. Pourquoi chanter en anglais ? J’ai commencé à écrire et à chanter avec des anglophones. Et puis, je trouve que c’est une langue mélodique qui se prête au chant. Elle permet aussi de dire de très belles choses de façon très simple, ce qui n’est pas le cas de la langue française, plus exigeante et moins musicale. Les mots sonnent avec moins d’évidence en français. Si vous deviez qualifier votre album. Reposant, généreux, sincère et brut à certain moment. C’est un album travaillé mais fait sans prétention. Je veux embarquer le public dans mon univers et pas seulement le faire danser. C’est en ce sens que le choix de l’ordre des chansons a été capital. Si « Slow
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Down » est au centre de l’album, ce n’est pas un hasard, il y a une réelle construction. Un rituel avant de monter sur scène ? Je me récite toujours la première phrase de la première chanson que je vais chanter. Parler me permet de me calmer. Je pose mes mots, mes pensées, puis je me lance ! —
RENCONTRE
HUMOUR Par Francesca SACCO Photo Alain LEROY
GASPARD PROUST « Je suis un révolté passif »
CONSIDéRé COMME LE NOUVEAU DESPROGES, l’humoriste se décrit comme un homme passif. Mais derrière cette passivité revendiquée, se cache une détermination insoupsonnée. rencontre D’UN ANCIEN CADRE BANCAIRE SUISSE DEVENU UNe star BOURRée DE TALENT ACTUELLEMENT EN PLEINE TOURNéE.
Etes-vous sur scène quelqu’un de très différent de la personne que vous êtes dans la vie de tous les jours ? Disons que celui que vous voyez sur scène est une version survitaminée de moi-même. Un peu comme une voiture à laquelle on aurait rajouté des cylindres et un turbo… Mais je ne me suis pas créé un personnage. Si c’était le cas, ça ne sonnerait pas vrai. Je suis humoriste, pas comédien ! Pourtant, vous avez joué dans un film qui sortira sur les écrans début 2012, « L’amour dure trois ans »… Oui. C’est mon premier film. J’en ai tourné un autre avant, mais on ne me voit pas à l’écran plus de trois minutes en tout. Là, j’ai décroché un rôle important. J’aime bien l’histoire, celle d’un homme en quête de réponses sur l’amour. C’est une adaptation du livre de François Beigbeder qui porte le même titre. Dans les médias français, on vous a comparé à Pierre Desproges, à cause de votre humour pince-sans-rire. Quel effet cela vous fait-il ? Je ne sais pas trop quoi vous dire… c’est quelque chose qui revient régulièrement quand on parle de moi… Vous avez affirmé éprouver au fond de vous un sentiment de révolte. Mais vous apparaissez toujours très calme, très posé. Ah oui, mais il y a plusieurs façons d’être révolté ! Cela va de la résistance passive à une rébellion sans concession qui flirte avec le désespoir. Moi, je suis du genre révolté passif. Par exemple, j’ai tendance à voir le verre à moitié vide… La passivité est un trait de
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caractère avec lequel j’ai dû apprendre à composer. Pendant longtemps, j’ai été très contrarié parce que mon père était en permanence dans l’action, il me disait tout le temps « il faut te bouger », alors que je suis de nature plutôt contemplative, timide Pour quelqu’un de passif, vous vous débrouillez plutôt bien ! Laurent Ruquier vous a pris sous son aile et les médias vous encensent… Peut-être que je suis un faux passif, alors… Quel souvenir gardez-vous de la période où vous étiez gestionnaire de fortune en Suisse ? Mon travail ne m’intéressait pas. C’était un choix par pure passivité, comme mes études HEC à Lausanne. Et comment s’est opéré la transition vers une activité que vous aviez vraiment envie d’exercer ? Je ne vous cacherai pas que c’est une question que je me pose de temps en temps… Je n’ai pas de souvenirs précis. Il me semble qu’il n’y a pas eu de transition immédiate mais une période de « grand n’importe quoi »… J’écrivais beaucoup, je lisais et je faisais beaucoup de sport. Maintenant, la montagne me manque beaucoup. Vivre à Paris quand on aime la montagne, c’est un peu comme habiter La Mecque pour un chrétien fondamentaliste ! Vous êtes de nationalité suisse, mais vous êtes né en Slovénie et vous avez vécu une partie de votre vie en Algérie… Quel rapport entretenez-vous avec la Suisse ?
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La Suisse est l’un des pays où je suis resté le plus longtemps et je me suis toujours senti chez moi. Mais mes séjours se font de plus en plus rares, car je n’y ai plus d’attache familiale. Cela dit, je reste très redevable envers la Suisse. C’est là que j’ai effectué mes premières scènes ouvertes, que j’ai mis de côté l’argent dont j’avais besoin pour me lancer. Si je n’avais pas fait tout le chemin que j’ai fait en Suisse, je ne serais pas là où j’en suis aujourd’hui. Lorsque vous êtes parti à Paris, vous aviez déjà quelques contacts ou vous ne connaissiez personne ? Absolument personne ! Juste pour vous dire, quand j’ai monté mon premier spectacle, j’ai hésité à inviter Laurent Ruquier, que je ne connaissais pas, parce que je me disais « si tu dois le rencontrer, ça va se faire naturellement, pas besoin de forcer les choses ». Et finalement la rencontre s’est faite de façon naturelle une année plus tard… Comme quoi la passivité a du bon. —
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SHOPPING NOËL
Barouder... John Lobb chausse les hommes de goût, volontaires et séduisants en leur proposant des créations élégantes. Louis Vuitton émerveille leurs déplacements d’affaires en leur proposant les mallettes siglées.
Š Louis Vuitton | Toby McFarlan Pond
DESIGN
PORCELAINE Par Paul-Henry BIZON Photos Gérard JONCA
retour en Fleuron de l’art de la porcelaine française, la Manufacture de Sèvres aurait pu succomber au coma léthargique qui la guettait depuis plusieurs années. C’était sans compter sur la vision de David Caméo, directeur depuis 2003, qui a su réveiller cette belle endormie et la replacer au cœur des débats esthétiques contemporains.
Vases Sèrie, Toguo Barthélemy.
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n professeur des Arts Décoratifs vous dirait sans doute que Sèvres, c’est un bleu inimitable et une certaine idée du goût français hérité du XVIIIe siècle. Il aurait raison. Le problème, c’est que l’imaginaire collectif aurait plutôt tendance à l’associer, au mieux, au fouillis poli d’un décor floral au fond d’une assiette, au pire, au rose désuet d’un vase indien sur la cheminée de l’appartement de tante Yvonne. Bref, autant le dire sans détour, Sèvres et ses délicates porcelaines étaient, depuis bien des années, tombées au rang de vieilleries ringardes. La cause
était entendue. On se disait que cela était bien dommage mais que la vie est ainsi, que les temps changent et avec eux les modes, les usages et les goûts, etc. Et puis, un beau jour, on reçoit une invitation à se rendre au vernissage d’une exposition dans la galerie de la manufacture, on se demande bien ce que l’on va y trouver. Pour tout dire, on s’y rend à reculons. Quelle surprise de découvrir, dans le show-room du Palais-Royal, un crâne en porcelaine hérissé d’assiettes soutenu par un amas de troncs émaillés, des corps de biches en aluminium riveté dont les cous dégorgent de rivières de perles multicolores…
l’œuvre de Myriam Michita, jeune artiste franco-japonaise, contraste franchement avec l’idée qu’on se faisait de la production de Sèvres. Et dans le public, aucune trace de tante Yvonne… enfin, la manufacture a raccroché le cours de l’histoire et retrouve peu à peu la place qu’elle n’aurait jamais dû perdre, celle qu’avait imaginé pour elle Madame de Pompadour.
à Versailles. Aux origines, la porcelaine française est une céramique tendre. Il faut attendre 1770 et la découverte de la présence de kaolin dans la composition pour que soient produites les premières pièces de porcelaine dure. Durant la première moitié du XIXe siècle, sous l’impulsion d’Alexandre Brongniart, la manufacture se développe considérablement et assoit sa renommée internationale. En 1847, les ateliers sont déplacés en bordure du parc de Saint-Cloud, dans un ensemble aujourd’hui classé monument historique comprenant un site de production et un musée dédié à l’art de la céramique. Un lieu rassemblant des pièces remarquables du monde entier, ouvert aux visiteurs extérieurs et ayant aussi une vocation péda-
grâce Un patrimoine hors du commun En 1740, forte du soutien de Louis XV, c’est elle qui crée la première manufacture de porcelaine à Vincennes, souhaitant concurrencer celles de Chantilly et de Meissen. Dès 1757, pour des raisons de facilité commerciale, elle la fait établir à Sèvres, sur la route qui mène de Paris
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Homme de Bessines, Fabrice Hyber
PARFUMS
CRÉATEURS Par Elsa POFFET
Artistes de Il y a des parfums qu’on ne quitte jamais, d’autres qui traversent brièvement le creux de notre cou sans laisser de trace. Les fragrances foisonnent, avec l’espoir secret de séduire toutes les narines. Entre les talents étourdissants des nez interprètes et l’inspiration exaltante des créateurs compositeurs, il y a de quoi avoir la tête qui tourne.
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JACQUES POLGE
SERGE LUTENS
ELIE SAAB
NICOLAS GHESQUIèRE JEAN-CLAUDE ELLENA RICCARDO TISCI
senteurs L
a parfumerie est un domaine prolifique. Chaque année, ce sont des dizaines de nouvelles fragrances qui déboulent sur le marché et titillent l’odorat, versions parfois à peine modifiées d’un jus précédent. Toutes les marques l’ont bien compris, le parfum est un bon filon, porteur et prometteur. Elles s’efforcent donc d’élargir perpétuellement leur collection d’effluves, et font tout leur possible pour les transformer en « classique », suffisamment plaisant pour traverser le temps et les époques. Rares sont pourtant les fragrances qui ont laissé une trace au fil des ans et qui s’étalent encore sur les rayons, telles qu’elles étaient à l’origine. Si tout un chacun peut faire appel à une entreprise de parfumerie afin qu’un
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nez professionnel concocte un petit jus malin qui passera avec succès les tests de consommateur, la composition d’un parfum singulier, doté d’une histoire et d’une identité propres, est une autre paire de manches. Elle nécessite de la passion, de la patience, une liberté quasi illimitée et des matières premières de qualité. L’art du parfum est un art en soi, fort des talents des nez qui interprètent leurs respirations et leurs émotions olfactives. Toutefois, comme toutes disciplines artistiques, la parfumerie s’enrichit d’expériences et de rencontres, avec d’autres domaines et d’autres créateurs, leur imagination et sensibilité particulières. Petits portraits de compositeurs d’odeurs, de leurs univers et leurs inspirations, et des liens privilégiés qui se déploient entre la mode et la parfumerie. —
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DESTINATION
VIETNAM Par Patrick GALAN Photos Elisabeth GUÉRIN
Nha Trang Carte postale vietnamienne Célèbre pour ses immenses plages de sable blanc, son eau turquoise transparente et ses superbes récifs coralliens propices à la plongée, la cité balnéaire de Nha Trang, la plus fréquentée du pays, est nichée dans l’une des plus belles baies du monde.
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