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La technologie sauvera-t-elle la pulvérisation ?
from Terre-net Le Magazine n°103
by NGPA
Voici quelques années que la profession a entamé sa troisième révolution. Il suffit de jeter un œil sur la montée en puissance récente des outils pour comprendre ! La digitalisation a considérablement amélioré la précision et la qualité du travail. Capteurs, caméras, intelligence artificielle… la technologie a envahi les agroéquipements. Vous l’aurez sans doute remarqué, mais le prix aussi a flambé ! À se demander si finalement, avec un tel niveau de technicité, les agriculteurs sont encore capables d’exploiter les capacités des engins… Il ne suffit pas d’être geek ou d’avoir un goût certain pour l’innovation, surtout du côté de la pulvérisation. Les appareils sont devenus de véritables tireurs d’élite, capables de distinguer une adventice au milieu de la culture et de shooter seulement la plante à détruire. À partir de là, inutile de vous faire le dessin ! La quantité de produits épandue est en chute libre. Les constructeurs cherchent à réduire la dose jusqu’au seuil critique en dessous duquel la matière active ne sera plus efficace. C’est sans doute l’opportunité technique qui permettra à certaines molécules de subsister, voire aux firmes de renouveler leur AMM. L’argument ne devrait pas laisser les agrochimistes de marbre, tant leur modèle économique est chahuté. Entre réglementation européenne et acceptabilité sociétale, l’activité a « les fesses entre deux chaises ». Et les coopératives dans tout ça ? En tant que distributeurs des produits, elles ont aussi leur carte à jouer. Question matériel, autant dire que chaque outil demande maintenant un tel niveau d’expertise qu’il est légitime de s’interroger quant à la capacité des agriculteurs à tout maîtriser. Selon les conditions de l’année, les problématiques diffèrent et donc les réponses à apporter aussi ! D’où l’idée de développer des structures capables tant de supporter le coût financier de l’investissement que de devenir spécialiste en termes d’utilisation. En outre, ces entreprises permettront de figer le coût d’une intervention, ce qui donne davantage de visibilité économique au chef d’exploitation. Et pourquoi ne pas opter pour un service « satisfait ou remboursé » ? L’agriculteur consulte sa coopérative comme il va au supermarché, achète les couvertures nécessaires à ses cultures et bénéficie d’une garantie de résultat. La méthode aurait a minima l’avantage de faire chuter les IFT et donc de répondre au cadre réglementaire. Car ce n’est pas tout de fournir de la technologie pour de la technologie. Encore faut-il que le gain de précision ne soit pas là juste pour combler le manque de maîtrise de l’applicateur. Sans compter que dans un contexte de pénurie de maind'œuvre qualifiéé, finis les tracas liés à la bonne conduite du pulvérisateur…
Bonne lecture ! Sébastien Duquef
N° 103 Mars-avril 2023
REPÈRES
6 Bon à savoir
7 Agenda
8 Adoptez la réalité augmentée ! Mode d’emploi
10 Décryptage : pourquoi le sujet du stockage de l’eau divise-t-il ?
TENEZ-VOUS PRÊT
12 TEMPS FORT
Faut-il encore labourer ? L’éternelle question
19 Comment transmettre un maximum de puissance au sol ?
DOSSIER
22 Pulvérisation : payer un service « efficacité garantie » ou investir ?
PARTAGE D’EXPÉRIENCE
32 TEMPS FORT
Améliorer le potentiel des sols en évitant les tassements
40 Softi Rover e-K18 : le robot grandes cultures biberonné par un agriculteur béarnais
Br Ves Des Champs
42 En photos : démarrage d’une nouvelle saison
44 La revue des réseaux
46 Fermeture d’usine : la France va se faire sucrer la production de sucre
47 Éclairage : face à la baisse de production, Tereos va fermer une sucrerie et une distillerie
48 Shopping
49 Vu sur le Web
Est joint à ce numéro, sur la totalité de la diffusion, un encart Duraplas.
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Conflits De Voisinage
« Faut pas qu’on emmerde » les agriculteurs
De moins en moins nombreux dans les campagnes et confrontés à l’arrivée de « néo-ruraux », les agriculteurs se plaignent de voir leur activité entravée par les plaintes de riverains qui leur reprochent de traiter leurs champs, salir les routes, moissonner la nuit ou vouloir agrandir leur exploitation. « Pardon pour la caricature, mais c’est le Parisien qui vient de s’installer près d’une ferme. C’est un rêve bucolique qui pour lui se transforme en cauchemar quand il entend le coq chanter », a ironisé le garde des Sceaux, Éric Dupond-Moretti, lors d’une conférence sur le stand du syndicat agricole majoritaire, la FNSEA, au Salon de l’agriculture. Selon lui, il est prévu de donner un « coup de main » aux agriculteurs via une proposition de loi « sur la responsabilité civile » « L’idée, c’est qu’un voisin ne peut pas se plaindre de nuisances qui préexistent à son emménagement », a-t-il indiqué, avant de préciser : « On veut porter ça en septembre prochain. Le monde agricole, oui il y a du bruit, des gens qui se lèvent le matin, partent avec le tracteur, et qui interdisent à d’autres de faire une grasse matinée. [...] Je le dis sur le ton badin, mais ça génère des tas de procès ces trucs-là, et faut pas qu’on emmerde les gens qui travaillent. » Éric Dupond-Moretti a poursuivi : « Que celui qui arrive et qui veut remodeler la campagne à sa guise et à raison de réflexes [...] urbains vienne pas vous ennuyer [...], vous faire de faux procès. Si on n’aime pas la campagne, on reste en ville et si on va à la campagne, on s’adapte à la campagne qui préexiste. » Pour le garde des Sceaux, il est « surréaliste qu’on encombre la justice » avec des « litiges dont l’objet c’est le meuglement des vaches la nuit ». « Qu’est-ce que vous voulez qu’on fasse ? Qu’on les sédate ? », s’est-il interrogé.
La Citation
ÉCONOMIE 12 MD€ DE CA POUR L’AGROÉQUIPEMENT ALLEMAND
Outre-Rhin, record battu pour la filière agroéquipement ! En ces temps compliqués, le VDMA, l’association des constructeurs allemands, vient d’annoncer plus de 12 milliards d’euros (Md€) de chiffre d’affaires (CA) en 2022. Soit une augmentation significative de 18 % des ventes qu’a recensée l’organisme, versus l’année précédente. Le Dr Tobias Ehrhard, directeur général du VDMA, explique : « Nous avons réussi pour la première fois à réaliser un CA industriel de plus de 12 Md€. Les machines agricoles innovantes sont en demande dans le pays et à l’étranger comme rarement auparavant, car c’est un élément indispensable pour assurer la sécurité de l’approvisionnement dans le monde entier. Un facteur qui compte en ce moment. » Les bons prix à la production dans presque tous les segments agricoles, en particulier pour le lait et le blé, ont alimenté la demande de technologie des agriculteurs et des entrepreneurs. Au cours des derniers mois, les producteurs se sont rués sur les marchés mondiaux. Difficile, cependant, de prédire si cette tendance se poursuivra, compte tenu des effets spéculatifs possibles sur les marchés des matières premières. Pour l’heure, les carnets de commandes sont pleins, offrant de bonnes perspectives.
Toutefois, la situation tendue des coûts des entreprises agricoles reste à observer. Les prix exceptionnellement élevés des intrants, engrais et produits phytosanitaires, par exemple, ne facilitent pas la vie des exploitants.
COOPÉRATIVES AGRICOLES LE DÉSENGAGEMENT DES ADHÉRENTS, UNE MENACE POUR LE MODÈLE COOPÉRATIF ?
31 mai
Depuis quelques années, le modèle coopératif fait face à un désengagement progressif de ses adhérents qui menace à plus long terme l’approvisionnement des coopératives et, plus généralement, la survie d’un modèle historique riche de nombreux atouts pour les agriculteurs ainsi que la vie économique et sociale des territoires. Si des critiques ont pu être émises vis-à-vis de la gouvernance, les causes de ce désengagement sont multiples. Parmi les plus fréquemment exprimées figurent le temps disponible des coopérateurs, « notamment quand on leur demande d’être administrateur », le niveau de compétences exigé et la question de la distance, pour les réunions, indique Rodolphe Bonsacquet, consultant en prospective stratégique après un passé d’éleveur laitier engagé en tant que coopérateur et administrateur. « On considère que ce sont à la fois de vraies causes et des signaux d’alerte pour des causes qui ne sont pas forcément exprimées », poursuit-il. Il évoque ainsi un engagement qui change de nature : « Autrefois, il était institutionnel, collectif, communautaire, motivé par de grands récits auxquels tout le monde participait. Aujourd’hui, ces grands récits n’existent plus, le récit de l’agriculture qui sauve et nourrit le monde est largement réinterrogé. » Et l’engagement qui va avec se perd aussi. Une problématique qui n’est pas propre au modèle coopératif et qui concerne d’autres formes historiques d’organisation, comme les grands partis politiques.
Une enveloppe de 400 millions d’euros (M€), financée par le plan France 2030, servira à subventionner les achats de matériels devant aider à préparer la transition environnementale et écologique de l’agriculture. Un quart de cette somme est destiné à la seule filière fruits et légumes, et figure déjà dans le plan de soutien de 200 M€ visant à faire reculer les importations. La subvention financera 20 à 40 % du coût d’achat de l’équipement. Depuis le 6 mars, et jusqu’au 31 décembre, FranceAgriMer a ouvert un guichet unique pour centraliser les demandes. Les agriculteurs peuvent choisir parmi une sélection de 23 équipements dans des domaines tels que la modernisation des serres, les systèmes d’irrigation, la robotique ou la rénovation d’un certain nombre de structures.
Syndicalisme
Dernier salon pour Christiane Lambert à la tête de la FNSEA
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L’ex-gardienne de handball sera restée au centre du jeu jusqu’au bout. Porte de Versailles, la haute silhouette du seul candidat à sa succession, Arnaud Rousseau, n’était jamais loin, mais c’était toujours elle la patronne. Parvenue début 2017, par intérim, à la tête de la FNSEA après le décès de Xavier Beulin, Christiane Lambert était devenue, peu après, la première femme élue à la tête du syndicat. L’éleveuse de 61 ans a récemment annoncé qu’elle souhaitait « lever le pied » vis-à-vis de ses engagements syndicaux, en France du moins. Elle continuera à présider le Copa, l’équivalent de la FNSEA au niveau européen.
« J’ai enterré deux de mes prédécesseurs. [...] J’ai eu une opération à cœur ouvert en 2010, j’ai 150 points de suture sur le cœur, je n’ai pas envie de forcer trop la machine », avait-elle justifié en janvier, expliquant que sa famille s’inquiétait. « Côté boulot, avait-elle ajouté, je ne sais pas faire autrement, je travaille à 250 % [...] et c’est un poste à fort stress, on est attendus, il ne faut pas décevoir. » Voix légèrement voilée et débit rapide, Christiane Lambert n’a cessé, en six ans, de croiser le fer par micros interposés avec son meilleur ennemi, Michel-Édouard Leclerc, qui écume lui aussi les médias mais pour le compte de la grande distribution. Elle
Colloque Cap protéines à Paris (75) www.terresinovia.fr/-/ colloque-cap-proteinesinnovons-pour-notresouverainete-proteique
7 et 8 juin
Salon de l’herbe et des fourrages à Poussay (88) www.salonherbe.com
Salon Expobiogaz au parc des expositions de Strasbourg (67) www.expo-biogaz.com/fr
14 et 15 juin
Les Culturales à Congerville-Thionville (91) www.lesculturales.com/ accueil.htm
5 au 7 septembre Innov-agri à Outarville (45) www.innovagri.com
20 et 21 septembre
Tech&Bio 2023 à Bourg-lès-Valence (26) www.tech-n-bio.com/fr
25 au 26 octobre Betteravenir à Berny-en-Santerre (80) www.betteravenir.com
12 au 18 novembre Agritechnica à Hanovre (Allemagne) www.agritechnica.com/en a largement endossé son rôle de « VRP de la ferme France », observait une éleveuse de volailles croisée au Salon de l’agriculture, « elle connaît les dossiers, elle y met du cœur ». Seul regret : que les instances dirigeantes de la FNSEA ne se soient pas davantage féminisées sous sa présidence.