Entre ciel et terre Vers un nouvel horizon…
Séminaire d’initiation à la recherche Espace public, Arts, Anthropologie de l’espace Sous la direction de Catherine Grout et Sabine Erhmann ENSAPL 2012
Zoé Laebens
« En marchant vous ignorez que sous vos pas, sous la terre que vous pensez pleine, parce que portant votre poids, celui du bâti, il y a comme un espace, des creux d’air, des galeries, des réseaux »
Esther Salmona
2
Remerciements : En préambule à ce mémoire d’initiation à la recherche, je souhaite adresser mes remerciements les plus sincères à Philippe Perdereau et sa famille, propriétaire du site « troglodytes et sarcophages » à Doué la fontaine, pour m'avoir accueillie et hébergée quelques jours sur leur site. Cette recherche n'aurait pu aboutir sans le suivi de mes professeures, Catherine Grout et Sabine Erhmann que je remercie.
J'exprime ma reconnaissance à l'équipe du CAUE du Maine et Loire, à Angers, à l'équipe de l'office du tourisme de Doué-la-Fontaine, ainsi qu'au cabinet d'architecture Bruneteaux-Dahhan situé au Rosiers sur Loire pour leur collaboration interdisciplinaire et le partage de leurs connaissances.
J'exprime, également ma gratitude à Laurent Aubineau et Mr Girault Pascal qui m'ont emmenée avec enthousiasme dans les carrières et caves souterraines de la ville de Doué-la-Fontaine. Je tiens enfin à remercier ma famille et mes amis pour leur soutien au cours de la rédaction.
3
Introduction : ............................................................................ 6
II- La conquête du sous- sol ..................................................... 29
Méthodologie : .......................................................................... 9
IIA- Perceptions des «dessous de la ville» curiosité contemporaine ..................................................................................................... 29 a) Métaphores et imaginaires dans le récit. ................................................ 29 b) Architectures et Utopies ............................................................................... 33
I- Urbanisme et nouvelle densité, évolution et transformation du territoire. ................................................................................ 13
IIB- La ville profonde, paysage et épaisseur .......................................... 35
IA- Densité et disponibilité spatiale ........................................................... 13
a) Action de creuser et origine de la configuration en trou de la ville, le geste du sculpteur ............................................................................................ 35
a) La ville comme espace expérimental, laboratoire d’échange et expérience urbaine. .............................................................................................. 13
b) Se pencher pour comprendre la ville et son épaisseur. ................. 37
b) L’urbanisme souterrain dans une réflexion sur l’aménagement des villes ................................................................................................................... 15
IB- Villes, patrimoines et enjeux écologiques ....................................... 20 a) Espace vécu et mémoire collective .......................................................... 20
IIC- Objectif architectural et paysager ...................................................... 39 a) Architecture du détournement, esthétisme de la disparition et insertion paysagère ............................................................................................... 39 b) Un sol partagé pour l’aménagement d’espaces publics ................. 41
b) Patrimoine et enjeux actuels du développement durable ............... 22
IC- Territoire et sol, vers un sol urbanisé ................................................ 24 a) Stratification et paysage géologique ........................................................ 24 b) Stratification urbaine et évolution de la considération des sols ... 26
4
III- . Espaces souterrains comme révélateur de la ville sensible. ... 46 IIIA- Un interstice entre émergence et immersion .............................. 46
Table des annexes .................................................................. 72 Annexes : ............................................................................... 73
a) Données contextuelles et objets émergents comme indices de « sous » espaces. ................................................................................................... 46 b) Action de (re)descendre et de (re)monter la diagonale intervenant dans la mise en scène urbaine. ........................................................................ 50
IIIB- Les cadres sensibles de l’espace souterrain .............................. 52 a) Propriété lumineuse : entre ombres et lumières .................................. 52 b) Influences des phénomènes acoustiques .............................................. 56
IIIC- Espaces souterrains et temporalité ................................................. 58 a) Illusions et phénomènes thermaux-aérauliques .................................. 58 b) Etendue de notre regard dans le processus d’enfouissement ..... 61
Conclusion et ouverture ........................................................... 65 Table des illustrations : ........................................................... 67 Bibliographie : ........................................................................ 68
5
compacte2 minimise l’espace, ses réseaux et ses infrastructures et
Introduction : Depuis l’antiquité et le Moyen âge, le modèle des villes ne cesse de se transformer. C’est à partir de la fin du XIX ème siècle, ère industrielle marquée par de nombreux bouleversements sociaux, économiques et politiques que se posent les problèmes de l’aménagement urbain. Il s’agit d’une période où les villes se sont de plus en plus étalées créant l’avènement de nouvelles formes urbaines. Cet étalement est l’une des conséquences de l’essor démographique
encourage une concentration des villes. Dans le schéma inverse, la ville qui se diffuse est une ville qui se développe en périphérie, une ville qui s’aère. La ville du XXI ème siècle exige un développement urbain compact et intense et d’un point de vue urbanistique, l’enjeu principal est aujourd’hui de limiter le déploiement urbain en périphérie. Dans ce contexte, il s'agit de questionner les nouvelles stratégies d'aménagements qui interviennent dans cette densité3.
de cette période, qui intervient sur la croissance urbaine. En effet, l’augmentation de la population observée au XIX ème siècle eu un effet non négligeable sur le développement des villes. C’est ainsi que les villes doivent faire face à une nouvelle croissance. Une croissance
Cette réflexion sur la densification urbaine me préoccupe déjà depuis plusieurs années. Enfant déjà, sur mon vélo je me baladais beaucoup, entre villes et campagnes. Les rencontres et découvertes paysagères étaient pour moi un premier moyen d’élargir mon imaginaire infantile.
qui va questionner l’aménagement d'un futur urbanisme.
Il y a quelques années, au départ de Hem je suis partie en vélo sur les Pour
comprendre
les
principes
de
l’urbanisme
et
de
son
routes d’un voyage en direction de Paris.
développement, on distingue au début du XX ème siècle deux grands schémas urbains. Il s’agit des notions de la ville dense/compacte et de la ville diffuse/étalée. Selon Le dictionnaire de l’urbanisme et de l’aménagement 1 la ville
1
Merlin (Pierre) et Choay (Françoise), Dictionnaire de l’urbanisme et de l’aménagement, deuxième édition revue et augmentée, Presses universitaires de France, 1988,p 845.
2
Politique menée, à partir des années 1980, par certaines grandes villes européennes pour enrayer les effets négatifs du desserrement de la population et des activités au cours des générations précédentes 3 D’après les sources du Larousse dictionnaire la densité est un terme de physique qui se traduit par un chiffre. Pour le démographe, elle est un outil classique d’analyse qui comptabilise le nombre d’habitants à l’hectare ou au kilomètre carré. Pour les acteurs de l’aménagement, les choses se compliquent: la densité s’exprimant par un chiffre, chacun pense que c’est un indicateur fiable, or un chiffre en lui même ne signifie pas grand chose, la densité n’étant qu’un indicateur parmi d’autres pour rendre compte des formes urbaines
6
Ce
parcours
captivant
magies
Afin de faire ma propre expérience du souterrain, je pris le choix
patrimoniales, une rencontre avec les paysages urbains et ruraux,
d’étudier la typologie troglodytique4 comme support de mon étude. Le
leurs aménagements, leurs topographies, leurs repères et lumières.
troglodytisme est né au XIII ème siècle, au début défensif il s’est
Au cours du cheminement, je commençais déjà à déceler des
transformé dés le XV ème siècle en lieu de vie. Je partis ainsi explorer
similitudes dans la composition des paysages traversés. Une certaine
l’une des villes françaises du Saumurois connue pour son patrimoine
évidence m’apparaissait alors dans les transitions entre villes et
troglodytique exceptionnel : la ville de Doué-la-Fontaine, située dans
campagnes et chaque jour, après la linéarité rurale parcourue, la
la région du Pays de la Loire, à 17km de Saumur et 50km d’Angers.5.
densité réapparaissait progressivement. C’est ici la genèse de ma
La région est considérée comme la plus dense en habitations et
première réflexion, qui interroge l’intégration des formes urbaines
exploitations troglodytiques français. Aux confins du bassin parisien
dans le profil des paysages. Le circuit vallonné me permettait de
et au contact du massif armoricain, l’extrême diversité géologique et
découvrir petit à petit la topographie et le relief des sols qui rythmaient
géothermique de ce territoire permet des formes troglodytiques
la cadence de mon avancée. Ainsi, au fil de la traversée, je portais
évoluées. Cette typologie du creux, partielle dans la ville, va influencer
progressivement
ses
l’aménagement du territoire et l’organisation des ses constructions
métamorphoses. Les villes me paraissaient de plus en plus saturées,
futures. Ce voyage m’a permis d’observer les conséquences du
discontinues et étalées. Afin de permettre aujourd’hui des villes
« trou » dans la ville et ainsi d’expérimenter les interactions et
denses, aérées et fluides il est pertinent de penser à (re)faire la ville
transitions entre le milieu aérien et le milieu souterrain
intérêt
fut
à
source
de
l’épaisseur
surprises
de
la
ville
et
et
à
sur la ville. C’est ainsi que je me suis intéressée à la troisième dimension de la ville : la profondeur. En questionnant les potentialités du sol et de son sous-sol, l’intérêt fut peu à peu porté sur l’investissement souterrain dans la ville. L’enjeu fut alors d’explorer comment
le
« dessous »
l’aménagement du territoire.
des
villes
peut
intervenir
dans
4
Pour éviter toute confusion, je tiens à faire la distinction : troglodytique désigne le mode de construction qui consiste à aménager les souterrains. Le troglodyte vient du latin « troglodyta », lui-même du grec ancien « τρωγλοδύτης », de « τρώγλη » (« caverne »), et « δύειν » (« pénétrer dans », « plonger »). Est un être humain ou un animal vivant dans les cavernes ou dans les espaces creusés. 5 cf. annexe 1 p 73
7
Conçu antérieurement aux problèmes de densité des villes modernes,
Dans un contexte de croissance/décroissance, le sous-sol intervient
le troglodytisme n’intervient pas directement comme résolution aux
aujourd’hui dans les débats villes concentrées, ville étalées. Il permet
difficultés. Consciente de ce fait, le choix de visiter les carrières et
d’anticiper la ville compacte ainsi que de répondre aux nouveaux
habitations troglodytiques fut pour moi un support de compréhension.
enjeux durables.
En effet, questionnant l’échelle du territoire, il me semblait pertinent de parcourir une ville troglodytique afin d’interroger l’évolution des
En quoi la typologie souterraine influence-t-elle lʼaménagement
aménagements urbains. Pourtant, au quotidien, en prenant le métro je
urbain et comment lʼexpérience sensorielle de ses espaces
suis confrontée à l’espace souterrain. Mais, à l’échelle de mon étude,
module-t-elle nos perceptions?
cet espace entièrement souterrain n’était, selon moi, pas adapté à mes attentes de recherche.
Les villes semblent avoir besoin d’air, on peut se demander comment aérer la ville sans la disperser dans sa périphérie? Et comment l’espace souterrain permettrait-il une nouvelle densité sans étouffer?
Il s’agit aujourd’hui dans ce mémoire d’introduire une réflexion sur l'épaisseur et l’investissement des sous-sols et d’en étudier son impact sur la transformation des territoires. Les notions d’ambiances liées à ce milieu particulier sont ici une idée clé dans la compréhension des perceptions urbaines. Ainsi, en s’intéressant aux sols /sous-sols et donc au dessous des villes, je poserai les différentes interrogations relatives à la ville de demain.
8
Méthodologie :
Les
deux
architectes/urbanistes
spécialisés
dans
l’habitat
bioclimatique et «l’archi-paysage» établissent dans leur livre des liens Par
sa
thématique,
le
séminaire
«Espace
public,
art,
anthropologie de l’espace » me conforta dans les prémisses de mes réflexions antérieures. L’idée d’explorer la notion de l’espace public m’encouragea à approfondir mes connaissances et perceptions de ces lieux qui questionnent l’urbanisme et le paysage.
pertinent entre l’habitat troglodytique et son contexte souterrain. Ainsi grâce aux contenus de leurs écrits qui questionnent d’une façon judicieuse : la manière d’habiter la roche, le mode de construction, l’impact sur l’environnement et les innovations architecturales, je pris connaissance de ces nombreux faits qui ont motivés mes quêtes sur l’habitat troglodytique comme support d’étude. Caractérisé par une
Pour réaliser ce mémoire, j’ai entrepris trois types d’actions. Tout d’abord la lecture d’ouvrages théoriques qui se sont spécifiés au cours de la recherche. Dans un second temps, la visite d’une ville troglodytique et enfin un travail d’enquête-action avec la rencontre de différents acteurs qui m’ont permis de récolter les informations nécessaires pour mon étude.
architecture en «creux», ce type d’habitat original permet des apports énergétiques, négligeable.
économiques, Interrogeant
architecturaux
l’investissement
et du
paysagers sous-sol
non
comme
hypothèse d’aménagement, je prenais la visite troglodytique comme un outil d’investigation pour la recherche. En parallèle à l’organisation du départ, la lecture des ouvrages m’indiquait progressivement de nouvelles pistes de recherches. C’est notamment avec les réflexions
Les premières lectures se sont tout d’abord orientées sur le phénomène du troglodytisme et plus particulièrement sur le mode d’habiter en sous sol. Un phénomène naissant au XV ème siècle qui se modernise au début du XX ème siècle. L’ouvrage de Jean Charles Trebbi et Patrick Bertholoo,6 Habiter le paysage, maisons creusées,
du sociologue et directeur de recherche au CNRS7 Jean Paul Thibaud, de l'architecte Grégoire Chelkoff et de Jean François Augoyard, philosophe et fondateur du CRESSON8 que mon étude s’orienta vers les ambiances en ville et plus particulièrement, aux ambiances « sous » la ville comme expérience urbaine et sensible.
maisons végétales fut une introduction au sujet de recherche. 6
Trebbi (Jean-Charles) et Bertholoo (Patrick), Habiter le paysage, maisons creusées maisons végétales, Editions Alternatives, 2006.
7 8
Centre national de la recherche scientifique Centre de recherche sur l’espace sonore et l’environnement urbain
9
L’ouvrage Ambiance sous la ville 9 fut révélateur pour l’étude de la
- L’agence d’architecture Bruneteaux/Dahhan situé dans la commune
troisième partie de ce mémoire. Je m’appuierai également au cours
Les Rosiers sur Loire qui a étudié l’architecture troglodytique et sa
de mon écrit plus précisément sur les auteurs spécialistes tel
réhabilitation. - Mr Perdereau, propriétaire du site « troglodytes et sarcophages » à
Françoise Choay, historienne des théories et des formes urbaines et architecturales qui a entrepris en 1965 une anthologie
10
Doué la fontaine et Mr Aubineau propriétaire du site « des perrières ».
sur
Leurs informations par mails furent nécessaires à l’organisation de
l'urbanisme, où elle explore les questions de l'évolution des
mes visites.
aménagements urbains ; à l’architecte Utudjian Edouard qui formalisa
- Mr Girault photographe et écrivain avec qui j’eu quelques échanges
l’urbanisme souterrain et au théoricien Arnheim Rudolf pour ses
avant et après le voyage.
réflexions sur la spatialité en architecture. Afin de prendre en compte la terminologie de l’espace souterrain, au travers des ouvrages, j’ai
La méthode principale fut de parcourir l’agglomération en marchant
ensuite constitué un lexique11 relevant les termes employés par les
afin de prendre conscience et connaissance des épaisseurs de la ville,
divers auteurs pour évoquer le sous-sol. Un travail qui m’a permis de
comme l’écrit Gordon Cullen dans son ouvrage The concise
prendre conscience de la spécificité et de la diversité des termes
townscape 13 «On apprend à connaître une ville en marchant, on
utilisés.
apprend à connaître un bâtiment en le parcourant». Par confort et
Pour préparer le voyage prévu pour le début du mois de février je pris
habitude j’ai choisi la marche comme outil d’investigation pour
contact avec plusieurs organismes publics et privés des villes de
comprendre l’organisation de la ville et pour m’imprégner des qualités
Doué la fontaine et Angers où se trouve le CAUE12de la région. Avec :
de son sol. Par ce moyen, je m’efforçais à rester attentive à tout contexte et indices extérieurs qui me permettaient de comprendre l’existence de cette ville immergée 14 . Je suis ainsi partie sur une
9
Chelkoff (Grégoire) et Thibaud (Jean-Paul), Ambiance sous la ville : une approche écologique des espaces publics souterrains, Convention de recherche sur l’espace sonore et l’environnement urbain, laboratoire du Cresson, 1997. 10 Choay (Françoise), L’urbanisme, utopies et réalités une anthologie, éditions du Seuil, 1965. 11 Cf annexe 9 p 84 12 Conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement
période de cinq jours début février avant le commencement de mon
13
Cullen (Gordon), The concise townscape, the architectural press, 1996
14
Selon les termes de Jean-Paul Thibault, cf annexe 9 p84
10
stage en agence. Dés mon arrivée je me suis fait surprendre par les
dans les rues. La succession de dessins et de photos que j’effectuais
conditions climatiques ; le sol était en effet recouvert de 10cm de
au cours du parcours me permettait de suggérer le mouvement et le
neige! Un climat avec lequel je dus cohabiter pour mon étude. Une
temps. Le but de mes observations était de percevoir, de comprendre
fois sur place, les pieds dans la neige, je récoltais alors le maximum
les transitions entre les mondes aériens et souterrains. C’est ainsi que
de données nécessaires en créant des relevés, des dessins, des
le sol et ses usages furent l’une de mes attentions principales. Pour
schémas, des enregistrements et des photographies. J’avais au
compléter l’investigation, j'entrepris un travail d’enquête-action sur le
préalable préparé des tableaux15 à remplir afin d’optimiser le temps
site, constitué d’une succession d’entretiens avec des habitants
sur le site. Je m’efforçai également d’effectuer une analyse
troglodytes et autres propriétaires de la ville ainsi qu’avec des
séquentielle
objets
professionnels travaillant sur le sujet. Les entretiens se faisaient de
d’observations. Pour constituer cette liste je me suis inspirée de
manière spontanée au cours des visites. Ce qui me permettait de
l’ouvrage de l'architecte Dominique Spinetta16 dans lequel il donne
poser les questions selon les sites et leurs contextes urbains. Afin de
une méthode pour la lecture de la ville. Divisé en trois chapitres, il
conforter mes réflexions sur les formes et densités urbaines dans un
donne une série de définitions illustrées qui m’a permis de distinguer
enjeu durable, la visite d’un site troglodytique fut primordiale dans
quelques points importants pour mon observation.17Pour satisfaire
l’expérimentation de ces transitions entre espace aérien souterrain.
avec
pour
éléments
d’études,
divers
mon travail, en tant que future architecte, je pense que d’autres outils, tel des outils de géomètres auraient été un supplément nécessaire à
De ce fait, en première partie, les notions de densité et de
l’étude des sols.
transformations des territoires introduiront les réflexions sur une façon originale de pensée l’urbanisme : l’urbanisme souterrain. Intervenant
Les objectifs étaient fixés, je marchais et me laissais ainsi divaguer
dans l’aménagement des villes et leur patrimoine, il s’agira d’explorer comment les espaces souterrains répondent aux réflexions durables.
15
cf. annexe 10 p 86 Spinetta (Dominique), L’apprentissage du regard, savoir-faire de l’architecture, éditions de la Vilette,2002.
16
Des réflexions liées à un sol géologique et urbain qui évolue au travers du temps.
11
Ensuite, il s’agira de comprendre la genèse et l’imaginaire liés à ces espaces qui influencent encore aujourd’hui notre perception de ces lieux du « dessous ». Des lieux qui seront ensuite étudiés à l’échelle urbaine au travers de la typologie troglodytique de la ville de Doué-laFontaine.
Une
étude
qui
permettra
d’explorer
les
objectifs
architecturaux et paysagers de cette configuration, dans un contexte novateur.
Finalement, la dernière partie présentera l’espace souterrain comme espace révélateur d’ambiances. L’étude des transitions entre les deux univers ainsi que l’étude des phénomènes physiques permettra d’exploiter l’impact de ces lieux dans la perception urbaine.
12
I- Urbanisme et nouvelle densité, évolution et transformation du territoire. IA- Densité et disponibilité spatiale a) La ville comme espace expérimental, laboratoire d’échange et expérience urbaine.
Au cours de mes études et de mon apprentissage en architecture, j’ai progressivement compris que la ville est un réel laboratoire d’échange, un lieu propice aux rencontres. Ainsi, par expérience, je peux distinguer trois échelles d’observations: une échelle urbaine qui permet de (re)penser l’organisation générale des villes et de ses flux, une échelle paysagère qui (re)questionne les accès et l’empreint au
Dans un contexte d'exploration des typologies urbaines, cette
“naturel” dans les métamorphoses du territoire. Enfin, une échelle
première partie expose la ville comme espace expérimental. Depuis la
architecturale qui engage des recherches et conceptions plus à
formation des villes dans l’antiquité, les espaces urbains et ruraux
l’échelle humaine. Il est vrai que l’ensemble des actions sur le site
sont en effet considérés pour les théoriciens et les concepteurs,
interroge la morphologie des villes et donc des formes urbaines. Des
comme de vastes territoires d’expériences. En terme urbanistique,
interrogations que l'on retrouve dans l'ouvrage de Sitte Camillo18 et
architectural et paysager, ces derniers semblent être un terrain d’objet
Françoise Choay19 L'art de bâtir les villes20. Les auteurs analysent ici
propice à la manipulation. Un lieu d’action où l’on expérimente la
dans leurs écrits, les structures urbaines des villes avant leurs
spatialité et les volumes qui vont alors influencer directement
mutations et se questionnent sur l'esthétique de l'urbanisme grâce à
l’organisation et la planification générale des villes, des modes de vies
l'étude des éléments qui constituent le tissu urbain.
et ainsi de notre quotidien. Il est intéressant de visualiser les opérations de transformations comme le regroupement de l’ensemble des actions et expérimentations17.
18
Sitte Camilli est architecte et théoricien de l'architecture
19 17
Selon l’encyclopédie Wikipédia, “ l’expérimentation est une méthode scientifique qui consiste à tester par des expériences répétées la validité d'une hypothèse et à obtenir des données quantitatives permettant de l'affiner “
Françoise Choay est historienne des théories et des formes urbaines et architecturales. Elle était professeur aux universités de Paris I et Paris-VIII. 20 Sitte (Camillo), L’art de bâtir les villes, l’urbanisme selon ses fondements artistiques, édition du Seuil, 1996.
13
L’évolution
21
et l’émancipation des villes sont selon moi en
Au fil des années de formation, nous devons en tant que futurs
permanence régis par un groupement de pratiques expérimentales et
architectes, de plus en plus appréhender le territoire et tenter
théoriques qui influent au quotidien les paysages de demain.
d’expérimenter ses potentiels. Par leurs propriétés physiques et
L’évolution des formes urbaines et des stratégies d’interventions sur
morphologiques, ils présentent de forts potentiels et l’un des enjeux
et dans le sol permettent les interactions entre les sociétés et le cadre
dans la transformation des villes et l'évolution des formes urbaines
bâti dans lequel elles évoluent.
semble d’exploiter les richesses existantes, afin d’en extraire les qualités. Un travail dans la conception du projet que je ne peux pas
Durant ma formation en architecture, je suis, avec mes collègues,
dissocier des critères historiques, économiques et réalités sociales
confrontée à ces expérimentations en permanence. En effet, afin de
des sites.
comprendre les territoires, il est indispensable de prendre le temps de manipuler les formes, volumes, espaces, mais surtout les territoires et
Il est ainsi intéressant de penser la transformation de la ville comme
leurs sols, leurs limites, leurs morphologies, leurs géologies. C’est
phénomène d'intervention pour expérimenter et élargir le champ des
principalement par le biais de maquettes, que nous, étudiants en
possibles de nos modes de vies. L’urbanisme s’associe parfois à
architecture
caractéristiques
l‘architecture, parfois à la géographie. Comme en agriculture, le
morphologiques des territoires. Le plus souvent le seul contact que
terrain, «la terre» semble être le facteur essentiel aux métamorphoses.
l’on a avec le sol et le sous-sol, est lorsque que l’on dessine les
La tridimensionnalité des sites est caractérisé en terme de largeur,
fondations de nos bâtiments ou encore lorsque que l’on interroge
hauteur et profondeur. Trois dimensions qui offrent des opportunités
l’espace paysager.
d'aménagement pour le concepteur. C’est ainsi que je questionne
et
paysage,
expérimentons
les
aujourd’hui la dimension prospective du souterrain qui paraît être une nouvelle approche à la qualité des transformations. Il s’agit de 21
Extrait du Larousse : Passage progressif d’un état à un autre. Ensemble de ces modifications, stade atteint dans ce processus, considérés comme un progrès ; développement : Être arrivé à un haut degré d'évolution. Ensemble des changements subis au cours des temps géologiques par les lignées animales et végétales, ayant eu pour résultat l'apparition de formes nouvelles.
comprendre l’influence de ces espaces sur notre perception urbaine ainsi que dans nos pratiques quotidiennes.
14
En effet, il est vrai que beaucoup d’entre nous pensons la
b) L’urbanisme souterrain dans une réflexion sur l’aménagement des villes
transformation des volumes en surface en oubliant la présence de son sous-sol qui influence de manière inéluctable l’organisation des villes.
L’urbanisme est une discipline récente qui émerge au début du
22
En France, par exemple l’association de l’Aftes soutient l’importance du sous-sol, dans la configuration des villes et expose l’espace souterrain comme un outil de reconquête urbaine.
Il semble en effet enrichissant au sein de l’étude de considérer le contexte souterrain et les réalités historiques, sociales, économiques comme espace d'expérience pour la ville. Un contexte qui va influencer les interventions et les aménagements vers un nouvel urbanisme.
XX ème siècle. Selon Françoise Choay l’urbanisme est un « champ d’action, pluridisciplinaire par essence, qui vise à créer dans le temps une disposition ordonnée de l’espace en recherchant harmonie et efficacité, c’est à dire à concilier commodité et économie. Il est alternativement défini comme science, art et/ou technique de l’organisation spatiale des établissements humains» 23 . Les trois vocations de «sciences, art et technique» soulignent déjà selon moi la difficulté à saisir la définition du terme et introduisent la complexité du concept.
La réflexion introduit dans ce mémoire, la notion de l’urbanisme souterrain, un peu méconnu dans un contexte d’aménagement des villes. C’est en 1774, à Paris, après un effondrement dans le quartier St Michel que l’on commença à se préoccuper, en France, des questions relatives à l’espace souterrain.
22
Association française des tunnels et de l’espace souterrain nait en 1972 et regroupe depuis 2011 800 membres français et étrangers. l’Aftes est administré par un conseil d’administration et gérée par un bureau exécutif composé de 7 comités. Lien internet : http://www.aftes.asso.fr
23
Merlin (Pierre) et Choay (Françoise), Dictionnaire de l’urbanisme et de l’aménagement, deuxième édition revue et augmentée, Presses universitaires de France, 1988
15
Plus tard, en 1910, dans un contexte d’avant guerre, l’architecte et urbaniste français, Eugene Hénard, évoque déjà le principe “de la rue à étages multiples”, où il imaginait la ville dans sa profondeur constituée d’une superposition d’usages qui s’adaptait selon les besoins urbains. Quelques années plus tard, en France, le concept d’urbanisme souterrain pris naissance en 1930 avec l’architecte et urbaniste arménien Edouard Utudjian. Monsieur Utudjian était l’élève d’Auguste Perret et fut considéré comme “apôtre de l’urbanisme souterrain” car il fut le premier à nommer et à s’intéresser réellement aux potentiels de ces espaces. Il évoque clairement ses ambitions en 1966 dans son ouvrage Architecture et urbanisme souterrains où il énonce qu’ «Après la terre, après la mer et l’air, c’est le sous-sol qu’on commence à conquérir». 24
Figure 1: Le zoning souterrain selon Edouard Utudjian, année 1950 Source : Utudjian (Edouard), L’urbanisme souterrain, presses universitaires de France, collection que sais-je, 1972. Auteur inconnu.
24
Utudjian (Edouard), Architecture et Urbanisme souterrains, Robert Laffont éditeur, 1966 p73.
16
De plus, au cours de leur ouvrage,25 Sabine Barles 26 et Sarah Jardel 27
Pour lui, il s’agit d’utiliser le sous-sol comme un espace de débarras.
définissent la notion selon les termes du précurseur Utudjian
«Le principe majeur est d’enfouir sous terre tous les organes utilitaires
« L’urbanisme souterrain, discipline visant à une utilisation raisonnée
de la cité, comme l’est la cave par rapport à la maison»
sinon raisonnable de l’espace souterrain, à la troisième selon les uns,
réflexions d’Utudjian partent en effet du constat de l’accroissement
quatrième, selon les autres dimension dans la réflexion urbanistique et
des pratiques automobiles depuis le XIX ème siècles. Ainsi la
planification urbaine ».Il est enrichissant de trouver une telle définition
congestion urbaine, notamment des modes de circulations, que l’on
dans un ouvrage qui introduit les réflexions sur l’aménagement à
peut encore observer de nos jours dans les grandes villes est en
grande échelle des villes de Montréal et de Tokyo. Cet ouvrage fait
partie, résolue par ce phénomène d’urbanisme souterrain. C'est
Architecture
principalement l’insertion des lignes de transports qui va faciliter
et urbanisme souterrains. L'architecte énonce ici la genèse, l’usage et
l'organisation des flux dans l'aménagement d’une ville dense. Au
les
sur
quotidien, nous sommes tous confrontés à ces pratiques de
que
circulation et l’enjeu majeur semble d’améliorer les conditions vitales
référence
divers
au
livre
de
Utudjian
aménagements
l’encombrement
des
flux
publié
envisagés urbains.
en
dans
En
effet
1966
une il
réflexion explique
«L’urbanisme souterrain est une solution d’allégement»28.
29
Les
des populations urbaines, dans leurs modes de circuler mais aussi dans leur manière d’habiter.
Cette émergence questionne les procédures administratives qui supposent une remise en question des conceptions et réflexions juridiques. En effet l'urbanisme souterrain semble être peu pris en 25
Barles (Sabine) et Jardel (Sarah), L’urbanisme souterrain : étude comparée exploratoire, Laboratoire théorie des mutations urbaines, “ collection que sais-je?”, Avril 2005. 26 Ingénieure en génie civil et docteur en urbanisme 27
Titulaire d'un DESS en urbanisme et aménagement (Paris 8, Institut français d'urbanisme, 2004). Chercheur au Laboratoire Théorie des mutations urbaines, de l'Institut français d'urbanisme (en 2005). 28 Utudjian (Edouard), Architecture et Urbanisme souterrains, robert Laffont éditeur, 1966 p5
compte dans les documents urbanistiques et est souvent absent du tracé cadastral. Il est vrai qu’aucune politique d’investissement du sous-sol n’est indiquée. En France les espaces creusés ne sont pas 29
Utudjian (Edouard), Architecture et Urbanisme souterrains, robert Laffont éditeur, 1966 p79
17
envisagés comme des acquisitions construites et ne possèdent donc
Le sous-sol semble une ressource complexe qu’il faut étudier de
pas d’assurance de propriété.
façon stratégique et qui nécessite une bonne gouvernance. D’après les prérequis de l’AFTES, il «mérite d’être répertorié, représenté,
Lors de mon périple dans la ville de Doué la Fontaine, j’eu l’occasion
communiqué; sa mémoire et sa connaissance doivent être gérées et
de rencontrer des habitants, et je me souviens de l’un d’eux qui
rendues accessibles à tous les professionnels de l’aménagement ainsi
s’exclama en disant « Nous, les troglos on est des rebelles, et nous
qu’aux décideurs»31 Selon Sandrine Barles, docteur en urbanisme et
sommes propriétaire du vide »30 Un fait étonnant au XXI ème siècle. Il
en aménagement, les règles de l’urbanisme tel le POS (Plan
existe en effet des différences d’imposition entre l’habitat en sous
d’Occupation
face et l’habitat en surface. Au cours d’un échange, Mr Perdereau
d’Aménagement et d’Urbanisme) devraient inclure la présence du
Philippe me confia « On a coutume de dire que ce qui est sous terre
sous sol de manière explicite. Il s’agit d’une conception où l’espace
n'est pas imposable; mais en réalité, maintenant, si l'on réhabilite un
en surface et l’espace souterrain doivent être traités ensemble et de
troglos, il faut faire les demandes administratives »33De manière
manière complémentaire. Dans l’extrait La ville, problématique de
juridique seule la façade serait pris en compte comme élément bâti.
l’espace souterrain Daniel Farray soumet d’ailleurs la réflexion d’une
Cependant chaque Français doit déclarer ses revenus et sa surface
administration raisonnée de l’espace souterrain, qui travaillerait en
habitable, en troglos la démarche est un peu particulière du fait que la
corrélation avec l’aménagement aérien. Il envisage même la
roche bouge et donc fait sans cesse varier la surface d’habitation.
dénomination de POSS, «Plan d’Occupation du Sous-Sol », qu’il
« Les propriétaires de troglos sont
soumet comme la prise en compte du sous sol dans l’aménagement
Ainsi comme témoigne Philippe souvent
atypiques
et
parfois
rebelles;
ils
peuvent
oublier
des
Sols)
et
le
SDAU
(Schémas
Directeur
urbain.
"volontairement" les démarches administratives... »30
31
30
cf. annexe 6 p 80.
Issu du Manifeste de L’aftes ; http://www.aftes.asso.fr/contenus/upload/File/Comite%20Espace%20Souterrain/Publicatio ns/AFTES%20Manifest%20a20101214_Court.pdf. 2006, consultée en mai 2012
18
Cette prise en compte semble toucher plusieurs personnalités tel
De surcroit, Pour approfondir et soutenir ces principes, de
Michel Labbe, architecte et membre au bureau de l’association
nombreuses associations 34 mondiales ont vu le jour lançant des
Espace souterrain qui écrit: « Le sous sol est introduit à devenir une
revues, des activités politiques et des congrès internationaux. Cette
partie vivante de la ville»32. L’emploi du terme «vivante» est fort et
prise en compte urbanistique questionne dés lors les nouveaux enjeux
témoigne selon moi ici le souterrain comme un espace faisant partie
environnementaux, à la fois dans la préservation patrimoniale et dans
intégrante de l’urbanité des villes.
un contexte durable.
Au fil des années, les projets à la fois urbanistiques et architecturaux prennent de l’ampleur et concernent les réflexions internationales sur l’aménagement. L’exemple le plus répandu est celui de la ville de Montréal avec ses impressionnants aménagements sous terre. Outre les pratiques classiques telles les réseaux techniques, la ville de Montréal utilise son sous-sol principalement pour les transports en communs ainsi que pour la conception de centres commerciaux. D’une longueur de 30km dans les années 1990, avec 178 accès dont 150 sur rue, avec prés de 35% des commerces du centre ville et d’une moyenne de 500 000 visiteurs par jour, on parle ici d’une réelle « ville intérieure » .33
32
http://www.aftes.asso.fr/contenus/upload/File/Espace%20Souterrain/Documents/DuPro cheAuLointain.pdf 33 Source issu de l’ouvrage de Barles (Sabine) et Jardel (Sarah), L’urbanisme souterrain : étude comparée exploratoire, Laboratoire théorie des mutations urbaines, “ collection que sais-je?”, Avril 2005.p9
34
Elles sont le plus souvent composées ingénieurs, architectes, paysagistes, géologues, juristes, biologistes, chimistes, géotechniciens.. Groupe d’études et de coordination de l’urbanisme souterrain (GECUS) fondé en 1933 par utudjian , aujourd’hui qui compte 385 membres. Aftes association française en 1972, AITES internationale en 1974 relayés depuis 1995 par CUUS, association des centres de recherche en urbanisme souterrain. En 1988 l’association française des tunnels et des espaces souterrains (Aftes) militait pour “que l’utilisation du sous-sol soit soumise aux même règles d’urbanisme que les constructions de surface” car le sous-sol fait partis des aménagements urbains. L’association ne traite pas ici les propriétés techniques des souterrains mais s’engage à faire connaître les pratiques possibles du sous-sol. Elle s’attache également à faire étudier les obstacles administratif et juridiques liés à ces espaces.
19
IB- Villes, patrimoines et enjeux écologiques
Il y eu quelques rebondissements sur la question de la préservation en
a) Espace vécu et mémoire collective
architecture, notamment avec le mouvement moderne qui a incité une rupture de l’héritage urbanistique des siècles précédent. Mais depuis
Dans
sa démarche Edouard Utudjian initia le concept
le XX ème siècle, avec la loi Malraux et la loi des secteurs
d’urbanisme souterrain dans le but premier de préserver le patrimoine
sauvegardés, la prise en compte du patrimoine existant est
urbain. Il énonce en 1966 :
importante .Classé ou inscrit, cette protection permet entre autre de conserver un héritage qui est significatif des villes. Chacune des villes
Il est regrettable qu’on abatte, comme on l’a fait naguère, et
se sont construites et se développent encore aujourd’hui sur un
comme il arrive qu’on le fasse encore, des quartiers entiers
espace urbain hérité. Le patrimoine urbain est souvent un symbole
qui ont l’histoire dans leurs murs et la beauté de leurs
pour le citadin et au fil des années se grave dans les mémoires
façade, au nom des besoins actuels; on perce des rues, on
collectives. J’aimerai introduire dans cette partie la richesse du
remplace d’anciennes constructions par des immeubles neufs, sans soucis de la réalité, sans discipline35.
patrimoine troglodytique qui interroge l’héritage architectural et urbanistique. En effet, en parallèle des actions qui ont défini l’urbanisme
Cette citation ouvre la réflexion sur les rapports entre l’aménagement des territoires urbains, les rapports temporels entre le passé, le présent, le futur et l’intérêt que je porte à la notion de patrimoine. Un patrimoine perçu en tant qu’espace vécu et en tant que support aux préoccupations durables.
souterrain,
cette
dénomination
prend
appuie
sur
l’avènement du troglodytisme. La nécessité de ce mode de construction fut à travers plusieurs civilisations à l’origine de trois besoins humains : l’exploitation, la circulation et la protection. Ainsi plusieurs études démontrent que ce patrimoine fut un atout pour le développement des territoires et fait partie d’occupations collectives et historiques.
35
Utudjian (Edouard), Architecture et Urbanisme souterrains, robert Laffont éditeur, 1966, p64
20
L’une des récentes interventions, qui ébauche les réflexions sur ce
C’est plus précisément en 2005, grâce au programme européen
patrimoine comme un atout de développement fut le colloque
«Cavesnetwork»37 que l’on entrepris la protection et la préservation
européen en Saumurois.
Car il ne faut oublier qu’au cours des
des cavités souterraines dans le monde. En lisant une fiche
dernières décennies, les villes se densifient et que les sous-sols
enseignante d’architecte sur la notion de patrimoine38, j’ai retenu trois
s’intensifient.
termes pour moi significatifs pour définir le patrimoine: «collectif»,
Au cours de mon investigation dans le Maine et Loire, je pris
«identité» et «pérennité». Il est collectif car il semble faire partie d’une
conscience de l’importance de la préservation de ces lieux
connaissance et mémoire commune; l’identité souligne la notion
particuliers, qui caractérisent le profil de la région. Comme l’énonce
d’élément distinctif dans un environnement, enfin la pérennité renvoi
Françoise Choay en 2006, dans son livre, Pour une anthropologie de
au caractère de la durée presque éternelle du patrimoine.
l’espace, « le monument sollicite et mobilise par sa présence physique une mémoire vivante, corporelle, organique »36. Il peut sembler un peu
Dans un souci de préservation de nos richesses, notre devoir en tant
paradoxale ici de parler de monument pour évoquer le troglodytisme
que concepteurs, aménageurs et gestionnaires de la ville est entre
qui est caractérisé par une architecture conçue dans la roche. Mais il
autre de préserver et de pérenniser l’avenir des patrimoines urbains.
semble important dans l'étude, de considérer cette typologie tel un monument. J’entends ici par monument, un ouvrage architecture inscrit dans son histoire. Le contexte souterrain apparaît dés lors comme témoin de notre passé, un héritage que l’on ne doit pas négliger.
36
37
Opérationnel depuis octobre 2005, « Cavesnetwork » est un projet qui a pour objectif la valorisation économique et culturelle des troglodytes et cavités souterraines à travers un programme d'échange de pratiques et de savoir-faire entre partenaires européens.
38
Service pédagogique Château Guillaume le conquérant 14700 Falaise, fiche enseignant “la notion de patrimoine” Extrait de la définition suivante « Le mot patrimoine vient du latin patrimonium qui signifie littéralement « l’héritage du père ». A l’origine, il désigne l’héritage que l’on tient de son père et que l’on transmet à ses enfants. Il a alors un sens de bien individuel. La notion de patrimoine dans son acceptation de bien collectif peut se définir comme l’ensemble des richesses d’ordre culturel – matérielles et immatérielles – appartenant à une communauté, héritage du passé ou témoins du monde actuel. Le patrimoine est aussi bien naturel que culturel. Il est considéré comme indispensable à l’identité et à la pérennité d’une communauté donnée et comme étant le résultat de son talent. A ce titre, il est reconnu comme digne d’être sauvegardé et mis en valeur afin d’être partagé par tous et transmis aux générations futures. »
Choay (Françoise), Pour une anthropologie de l’espace, éditions du Seuil, 2006, p 266
21
Un patrimoine qui doit perdurer et qui permet d’anticiper l’avenir des
b) Patrimoine et enjeux actuels du développement durable
territoires dans l’histoire.
Il
s’agit au cours de ce point d’explorer la préservation de ce
Françoise Choay prône pour l’investissement des enseignants dans
patrimoine et de son intervention au sein des préoccupations
notre formation quant à la prise en compte du patrimoine existant. Elle
actuelles liées au développement durable. En effet, dans un objectif
évoque ainsi à propos du patrimoine que «son étude, sa visite, son
de ville pérenne, c’est depuis plusieurs années que les politiques,
exploration
doute
architectes et urbanistes expriment leurs engagements en faveur du
aujourd’hui des seuls moyens de les réconcilier avec l’expérience de
durable. Il s’agit pour eux de concilier dans leurs interventions les
la durée, de leur faire découvrir l’échelle humaine»39. Impliquée au fil
aspirations des citoyens et les nouvelles contraintes liés à la
des mes études dans ces préoccupations, je peux ainsi me demander
préservation de notre environnement. Le développement durable a été
comment donner un futur au passé?
défini en 1987 au cours de la commission mondiale des Nations unies
corporelle,
son
questionnement
sont
sans
sur
l’environnement
et
le
développement.
Selon
l’article
de
Les convictions qui ont émergées sur la sauvegarde du patrimoine ont
Nascimento Iuli, “il s’agit d’un mode de croissance qui garantit au
permis un regard différent sur le patrimoine troglodytique, dans le
long terme le progrès à la fois économique, social et environnemental
monde et en France. Cet engouement pour les espaces souterrains
de la société.” 40
depuis le milieu du XX ème siècle vont ainsi de pair avec les réflexions écologiques.
L’enjeu de la recherche est ici de présenter les qualités des espaces souterrains comme espaces bénéfiques aux préoccupations durables. Car il faut le noter, il n’y a de «durable» sans la prise en compte des ressources. Les législations sur l’environnement préconisent les biens à sauvegarder essentiellement les milieux naturels avec leur 40
39
Choay (Françoise), Pour une anthropologie de l’espace, éditions du Seuil, 2006, p 315
Extrait de la revue de Nascimento (iuli), “ le développement durable “, Note Rapide IAUIDF, N°346, décembre 2003 p 2
22
patrimoine bâti et archéologique. L’environnement souterrain s'insère
Ensuite, l’inertie thermique et la faible conductivité, due à la masse de
de manière subtile et volontaire dans les nouvelles volontés politiques.
la roche, conserve la chaleur accumulée en hiver et garde la fraicheur
En effet comme l’énonce l’ingénieur géotechnicien Jean Piraud, dans
en été. Cette conception que l’on peut qualifier d’architecturale et de
l’article Utiliser et aménager l’espace souterrain 41 «la ville durable du
paysagère permet une anticipation énergétique indéniable. De plus, le
futur sera plus compacte et ne pourra se passer de son sous-sol» La
sous-sol protège et confine son espace, il figure alors comme un lieu
«disponibilité» semble être une des premières propriétés de l’espace
idéal de stockage, et principalement comme support de stockage de
souterrain. De plus dans un contexte où l’on s’engage à limiter les
gaz, de pétrole, de déchets et de CO2. .Cette capacité de réserve
dépenses énergétiques, les propriétés physiques des sous-sols
intervient directement dans la préservation de l’environnement et dans
présentent de vastes qualités. Initialement, dés la construction,
la diminution de la pollution sur terre.
l’espace souterrain semble économique, les maisons troglodytiques par exemple se sont construites par soustraction de matière. En effet,
L’opacité de ces espaces qui intègre une architecture dans le sol
on extrayait la pierre du sous-sol que l’on utilisait ensuite pour la
permet également un impact moindre sur le paysage existant et
construction des habitations en surface, un double avantage en une
assure ainsi un rôle durable dans la préservation du cadre de vie des
action.
usagers.
Il
est
facile
d’imaginer
que
le
paysage
crée
par
l’enfouissement atteste d’une interaction « harmonieuse » entre Ces espaces sont de plus avantageux en matière d’énergie grâce à
l’environnement, le territoire et l’homme. C’est ainsi que les
l’isolation sonore et thermique qui se fait de façon naturelle grâce à
aménagements envisageables de l’espace souterrain répondent à la
l'épaisseur de la roche et est donc optimale. Une roche dans la région
valorisation
du Maine et Loire qui est le falun ou le tuffeau et qui par leurs
environnements et à leurs évolutions dans un contexte durable.
des
centres
anciens,
à
l’intégration
dans
leurs
propriétés permettent la qualité de la construction.
41
Piraud (Jean) « Utiliser et aménager l’espace souterrain », revues géosciences, 10 enjeux des géosciences, 2009.p110
23
Ces évolutions vers le durable dépendent néanmoins des richesses
IC- Territoire et sol, vers un sol urbanisé
géographiques, géologiques et urbaines des territoires. Cette prise en
a) Stratification et paysage géologique
compte met en avant les propriétés des sols stratifiés qui vont influencés l'aménagement des villes.
Il y a dix millions d’années, l’ouest de la France fut partiellement envahi par la mer des faluns. En effet il est impressionnant de constater qu’à cette époque le niveau des océans était élevé et que la Bretagne était une île, la région de Doué-la-Fontaine, une zone côtière. Les faluns sont des sables composés de coquillages de l’ère tertiaire et se matérialise par un dépôt épais et pelliculaire. Dans la région du Maine et Loire, le bassin de Doué-la-Fontaine se distingue par l’importance du gisement de falun qui sera un atout pour la ville et sa formation troglodytique.
Figure 2 : Situation géographique de la ville de Doué-laFontaine il y a 10 millions d'années
Source :Carte postale
+V\t SH MVU[HPUL
Site troglodytes et sarcophages-Douéla-Fontaine
24
La composition géologique des sols est organisée de milliards de
J’imagine ainsi ici qu’il y paysage dés qu’il y a matière. Il s’agit ici
strates qui se distinguent par leurs textures, leurs couleurs, leurs
d’un paysage d’ordre géologique du sous-sol qui est rendu visible,
proportions et leurs aspects. Ce regroupement et cet étagement
par exemple dans la typologie troglodytique de la région du Maine et
créent au fil des siècles une topographie particulière qui identifie le
Loire. Creusé à la verticale ou à l’horizontale, nommé troglodysme de
relief des sites. En observant les coupes géologiques, nous prenons
plaine et troglodysme de coteau il donne à voir la matière et son relief
vite conscience et connaissance de la richesse du sol sur lequel nous
et intervient alors dans la perception urbaine. (cf. figure 10 p 39) Il faut
marchons. Le sol est ainsi selon les climats, formé par une succession
savoir ici qu’entre le sol naturel, c’est à dire un sol qui n’a pas subi
de métamorphoses permanentes liée aux processus de stratification
d’interventions, et le sol actuel il y a une multitude de strates
et de sédimentation. Il semble être un élément instable sur et dans
composites qui seront plus ou moins exploités au fil des années. Il
lequel l’homme doit appréhender son investissement.
faut dés lors, recontextualiser les potentiels du territoire, du sol dans son volume, vers une évolution des compositions urbaines. De plus, il
De surcroît, en étudiant les coupes archéologiques nous remarquons
est important de rappeler le fait qu'initialement les villes prennent
l’enchainement des couleurs et des reliefs qui forment un «paysage»
naissance sur des lieux naturels de communications. Elles sont ainsi
stratifié intéressant à distinguer. Je mets ici le terme paysage entre
fondées sur des sols sédimentaires, en grande majorité, au bord des
guillemets car la notion doit être entendu au sens large. Selon la
réseaux hydrauliques tels les mers ou rivières. La région du Maine et
définition donnée dans la convention européenne du paysage 42 «il est
Loire par exemple possède l'un des plus important réseaux
une partie de territoire telle que perçue par les populations, dont le
hydraulique de France, avec plus de 4000 km de rivières, fleuves,
caractère résulte de l’action de facteurs naturels et/ou humains et de
ruisseaux. On parle ici de réseaux dés qu’il y a contacts et échanges
leurs interrelations.»
entre les flux. L’emprise spatiale est alors délimitée et la formation géologique des sols a contraint certains territoires et a donc créé un environnement qui est physiquement limité.
42
Extrait du cilabus écologie et territoire, années académique 2010 2011, gestion environnemental, chapitre 3 introduction aux approches paysagères de la diversité des territoires contemporains. p4
25
Ceci souligne les limites qu'il faut prendre en compte dans le
b) Stratification urbaine et évolution de la considération des sols
développement et l’aménagement des territoires à urbaniser. Un
Comme
investissement et une urbanité qui doit se faire à la fois en surface et en volume.
nous
l’avons
vu
précédemment
les
sources
archéologiques et géologiques permettent d’identifier les sols. Cette approche stratigraphique permet ainsi de comprendre l’histoire des villes,
leurs
géologies,
topographies
et
leurs
évolutions.
La
stratification urbaine est pressentie par l’alternance de construction, destruction et reconstruction qui ont conduit à l’empilement de couches successives. Selon Henri Galinié43, le sol est «un système complexe qui évolue, s’allonge et se rétracte».44 Il est ici selon l'auteur pressentis comme une surface qui va se modifier. Cependant, dans le contexte de mon étude sur le souterrain, il doit aussi être considéré comme volume.
Dés le début des années 1960, l’archéologie urbaine est directement liée aux politiques de réhabilitation des villes. Ce nouvel engagement de reconstruction va de manière inévitable porter atteinte aux transformations du sous-sol et de son histoire. On va le modeler et l’exploiter selon les besoins. Un travail qui va ainsi permettre de reconnaître et comprendre les activités passées et les usages urbains
43
Archéologue et spécialiste de l’archéologie urbaine médiéval. Barles (Sabine), Breysse (Denys), Guillerme (André) et Leyval (Corinne), Le sol urbain, édition économisa, “ collection villes ”, 1999.p7
44
26
associés. La notion de sol urbain fut travaillée par l’archéologue Henri
transformations plus ou moins rapides. La ville se construit entre autre
Galinié, je cite : «de façon empirique, ce qui fait reconnaître un sol
par étagement et il est simple de visualiser et de parcourir trois
urbain est relatif: il est plus divers, plus épais et plus étendu que les
profondeurs du sol urbanisé. La partie supérieure qui accueille les
autres sols»45. Selon moi, dans la conception, le sol urbain réclame
caves, parking et hall, la partie intermédiaire avec les réservoirs et
des approches complémentaires tels des aspects culturels et
garages et la partie basse qui sont les infrastructures tels le métro,
juridiques. Par autres sols il évoque de manière non exhaustive les
réserve et agencements techniques.47 Voir illustration ci contre.
sols agricoles ou encore les sols domestiques comme les jardins. Conscient que l’on puisse identifier une multitude de sols dans la ville il dit que «c’est justement l’observation de cette variété qui conduit à conclure que l’on est en présence d’un sol qualifiable, dans son 46
ensemble, d’urbain». Le sol semble être à la fois un volume, à la fois une surface complexe où les interactions sont fondamentales. Métaphoriquement, dés son origine la ville ne finit pas de s’engouffrer dans le sol. Je souligne par exemple ici le simple fait que l’on creuse depuis toujours les sols, à différentes profondeurs pour des questions d’usages, qu’il soit temporaires, les tuyaux par exemple, ou permanents tel les fondations. Dans ma recherche et dans un contexte de reconsidération du sous-sol, cette approche me fit prendre conscience de la pluralité des sols qui sont conduits à des
45
Barles (Sabine), Breysse (Denys), Guillerme (André) et Leyval (Corinne), Le sol urbain, édition économisa, “ collection villes ”, 1999.p6 46 Extrait de Barles (Sabine), Breysse (Denys), Guillerme (André) et Leyval (Corinne), Le sol urbain, édition économisa, “ collection villes ”, 1999.p7
47
Source extraite du livre de Utudjian (Edouard), L’urbanisme souterrain, presses universitaires de France, “ collection que sais-je? ”, 1972.
27
Ainsi
l’occupation
des
sous-sols
évolue
et
intervient
dans
l’aménagement des villes et varie selon les besoins urbains. Pour l’archéologue Henri Galiné, le sol «est par définition hétérogène et culturel; il constitue le (sous) sol urbain historique/anthropique.»48Ce sont en effet les éléments culturels qui se succèdent dans et sur le sol qui lui donne son caractère urbain. Les modifications de la couche superficielle qui est, ne l'oublions pas, épaisse interrogent ainsi la reconsidération des sols et de leurs usages qui constituent notre territoire. Afin d’approfondir cette notion de sol urbain, je me suis également intéressée au point de vue des pédologues. La pédologie (du grec Pedon=sol) est l’étude de la science des sols, de leur formation et de leur évolution. Selon l’écrit de Corinne Leyval, pour le pédologue le sol: «est la couche supérieure de la couche terrestre, composé de matière minérale, de matière organique, d’eau, d’air et d’organismes» il est défini comme «un système dynamique complexe, qui se forme, évolue, atteint un équilibre avant de se dégrader».49 Ce sont
ainsi
les
différentes
affectations
humaines
mais
aussi
géologiques qui régissent l’évolution et les métamorphoses des sols. Ces théorisations selon les points de vues des archéologues, 48
Figure 3 : Représentation des sous-sols parisiens Source : Aquarelle de Clément Bollinger extrait de la revue urbaine 13, p 28
écrit de Henri Galinié chapitre 1 : l’appréhension archéologique du sol urbain. issu du livre de Barles (Sabine), Breysse (Denys), Guillerme (André) et Leyval (Corinne), Le sol urbain, édition économisa, “ collection villes ”, 1999. 49 Barles (Sabine), Breysse (Denys), Guillerme (André) et Leyval (Corinne), Le sol urbain, édition économisa, “ collection villes ”, 1999 p128
28
géologues, urbanistes et pédologues me permettent de prendre en
II- La conquête du sous-sol
compte les différentes approches des sols et leurs transformations IIA- Perceptions des «dessous de la ville» curiosité
afin d’introduire la profondeur de la ville. Cités au cours de cette
contemporaine
partie, chacun des spécialistes donnent ainsi des indices d’études,
a) Métaphores et imaginaires dans le récit.
géologiques, urbanistiques, sociaux... Cette première partie exploite le sol en tant que succession de couches horizontales et verticales qui modèlent les sols et influencent l’aménagement urbain. L'épaisseur de ce sol et l'investissement de sa profondeur inspirent depuis toujours. C’est ce que nous introduirons dans la seconde partie. Il s’agit néanmoins au travers des observations sur le site de comprendre la configuration en « trou » de la ville troglodytique de Doué-la-Fontaine et son impact sur l’aménagement urbain.
Si
l’urbanisme souterrain est bien réalité, un univers étendu,
vivant et divers dans son usage, l’image que les citoyens en font est souvent loin de la vérité. En effet la symbolique attribuée aux espaces sous terre est forte. L’image du monde clos et distinct, originaire de la mythologie est évaluée soit par la littérature soit par des théories architecturales et urbanistiques. Cela peut s’expliquer notamment par l’existence des récits et des mythes de l’antiquité qui déjà imaginaient la vie en sous-sol. J’aimerai dans cette partie, confronter l’imaginaire du récit avec les sensations ressenties par les visiteurs en sous-sol. La littérature est un outil qui a transmis des idées et fantasmes et c’est notamment avec les auteurs du XIX ème siècle, tels Cyrano de Bergerac, Georges Wells et Jules Vernes que les aventures souterraines ont pris naissance. Aux travers de leurs fictions, chacun d’entre eux exploitent le souterrain. L’écrivain britannique Georges Wells utilise dans son récit La machine à explorer le temps50 des mots assez crus et lourd pour évoquer le sous sol. Il raconte en effet 50
Wells (Georges), La machine à explorer le temps, 1895
29
l’histoire de «non» possédant (les Morlocks) qui travaillent pour les
souterrain de manière positif, et c’est au cours de ses deux ouvrages
possédants (les Elois) en surface et décrit alors les Morlocks comme
Voyage au centre de la terre 53 et les Indes noires 54 qu’il puise le
«Des être souterrains qui sont des monstres humains dégénérés, aux
potentiel fantasmatique.
cheveux blanchis, aux yeux démesurément agrandis»51. Dans cette
décrire ces espaces: la figure une est vision poétique avec les
double société Wells décèle dans les profondeurs du sous-sol les
cathédrales souterraines, lacs et rivages, la figure deux est la
ténèbres de l’humanité et évoque ainsi un aspect de la civilisation. Je
rencontre du fantastique. Par ces divers écrits, je remarque que les
cite : «Nous tendons à utiliser l’espace souterrain pour les besoins les
mythes ont crées un imaginaire collectif qui influencent notre
moins décoratifs de la civilisation. Dans cette double société,
perception sur cet univers.
Il existe selon lui une double vision pour
comportant un positif et un négatif, le sous-sol est bien le lieu de l’esclavage, de la bestialité, du travail exclusif». A l’opposé, Il est intéressant d’identifier les divers points de vues avec les auteurs tel Cyrano de Bergerac et Jules Verne qui ont un imaginaire bien plus positif concernant le souterrain. Le premier d’entre eux, poète français du XVII ème siècle, parle au cours de son récit Voyage dans la lune de curieuses habitations souterraines qui transportent le voyageur hors du temps. «Les maisons sédentaires apparaissent plutôt comme des fleurs qui éclosent avec le printemps, disparaissent l’hiver, vivant ainsi en harmonie avec le cycle des saisons.»52. Jules Verne, grand écrivain français de sciences fiction et romans d’aventures, explorent lui aussi le sous-sol de la terre. Il semble l’un des rares à écrire sur le
51
53
52
54
Loubes (Jean-Paul) Archi troglo, édition parenthèses, 1984p 8 Loubes (Jean-Paul) Archi troglo, édition parenthèses, 1984p 7
Verne (Jules), Voyage au centre de la terre, Pierre-Jules Hetzel, 1864 Verne (Jules), Les indes noires, Hertzel, Paris, 1878.
30
Figure 4 : Vision poétique : cathédrales souterraines, lacs et rivages. Coal City dans les Indes noires Source : illustration issu du livre de Jean-Paul Loubes p10, auteur inconnu
Figure 5 : Celui qui lève les bras, la rencontre du fantastique. Le vieillard Silfax représentant l’esprit du mal dans les Indes noires sera finalement terrassé. Source : illustration issu du livre de Jean-Paul Loubes p10, auteur inconnu
31
Un univers que j’ai découvert, au cours de mon voyage dans le Maine
d’entre eux comparait l’espace souterrain à un labyrinthe et évoquait
et Loire grâce aux visites troglodytiques. De plus, en m’inspirant du
la succession de mur comme limite et obstacle dans son parcours qui
travail de Jean Paul Thibaud55 qui dans son ouvrage Ambiance sous la
entrainait sa perte d’orientation. «Je me suis perdu plus d’une fois»59
ville56analyse les ambiances souterraines de deux sites parisiens (les
disait-il à sa sortie. Il est vrai que la relative clôture restreint l’entendu
halls et le Louvre) ; j’ai effectué une petite enquête auprès des
de nos déplacements et perturbe le parcours. Le sentiment de crainte
visiteurs et habitants sur leurs ressenties après avoir parcouru les
et de danger fut ressenti pour l’un des adolescents qui découvrait les
lieux souterrains. C’est généralement entre la fascination et la peur
lieux pour la premières fois. Ce sentiment est souvent ressenti à
que nous appréhendons cet espace peu connu. D’après les travaux
cause de l’obscurité prédominante qui règne en sous-sol et que Wells
de Sandrine Boucher sur le sous-sol lyonnais, la journaliste exprime
par exemple évoquait dans ses récits. C’est par la métaphore de la
clairement que «Ces lieux attirent parce qu’ils sont chargés de
cave qu’il qualifia son expérience, un lieu qu’il fréquentait quand il
mystère, ils font parti de l’imaginaire mais aussi d’un passé
était enfant. De plus l’humidité des lieux n’est pas restée indifférente
commun.»57. L’emprunt de ces espaces stimule le corps et l’esprit et
aux yeux d’une jeune femme qui subissait ce phénomène se sentait
au fil de mon investigation dans la ville de Doué-la-Fontaine, les
quelque peu oppressée dans certaines pièces. Elle employa la
passants avaient recours à des termes plus ou moins métaphoriques
métaphore de la serre pour décrire ses ressenties. Les phénomènes
pour décrire leurs sensations. C’est au travers de deux sites; le site 1 :
sensibles chargés de symbole activent notre imaginaire que l’on a
des Perrières et le site 2 : troglodytes et sarcophages58, que j’ai pu
souvent construit dans notre enfance. Le milieu ambiant du sous-sol
rencontrer et interroger les visiteurs. Je me souviens bien que l’un
suscite, il est vrai d’autres phénomènes et sensations que j’évoquerai ultérieurement au cours du mémoire.
55
Chercheur CNRS au laboratoire Cresson. Chelkoff (Grégoire) et Thibaud (Jean-Paul), Ambiance sous la ville : une approche écologique des espaces publics souterrains, Convention de recherche sur l’espace sonore et l’environnement urbain, laboratoire du Cresson, 1997. 56 Amphoux (Pascal), Thibaud (Jean-Paul) et Chelkoff (Grégoire), Ambiance en débat, édition à la croisée, 2004. 57 Boucher (Sandrine) et Maihes (François) “ Voyage au ventre de la terre ”, Tribune de Lyon, dossier “ Lyon sous terre ”, mai 2006, p22 58 cf ; annexe 2/ 3 /4 p 74 75 77
59
Cf annexe 8 p 83
32
Par la succession de ces métaphores et ressenties, Jean-Paul
b) Architectures et Utopies
Thibaud 60 ne se trompait pas quand il énonça dans son ouvrage
Les raisons et les arguments en faveur de l’utilisation des sous-
Ambiance sous la ville 61 «Plonger son corps dans la carrière, c’est le laisser couler dans “l’autre monde». Un fait qui a également était illustré par les récits fantastiques tels les aventures d’Alice aux pays des merveilles qui en voulant suivre le lapin tomba dans un trou et poursuivi son aventure dans un monde ici merveilleux du sous-sol. Un «autre monde» que les architectes et autres concepteurs ont également étudié selon leurs interrogations qui sont différents de ceux des récits. C’est ce que nous allons voir dans la partie qui suit.
sols de la ville sont depuis longtemps controversés. Dés la Renaissance, l’architecte français, Philibert de l’Orme62 exprimait déjà son point de vue sur l’espace souterrain. Dans ses célèbres ouvrages sur l’architecture, il évoque le sol sous la maison «comme un matériaux hostile, qu’il faut apprendre à connaître et apprivoiser»63 Il parle également de la tendance du sous-sol comme un lieu réceptif à nos déchets. L’architecte analyse les lieux et espaces architecturaux avec précision et ce n’est qu’en 1648 qu’il exprime et prend en compte l’importance du sous-sol dans le processus de fondation des bâtiments. Je cite« Car le commencement est de si grande importance, que si les premiers fondements ne sont bien droicts, et à l’équarre, le reste de l’édifice ne sera jamais sans avoir quelque deformité.. ».
64
C’est avec son œil d’architecte qu’il met ici en avant
la cohérence verticale, d’un point de vue constructif qui existe entre la surface et la sous-face.
62
60
Jean-Paul Thibaud est sociologue, urbaniste, chercheur CNRS
61
Chelkoff (Grégoire) et Thibaud (Jean-Paul), Ambiance sous la ville : une approche écologique des espaces publics souterrains, Convention de recherche sur l’espace sonore et l’environnement urbain, laboratoire du Cresson, 1997.p 53
Né en 1510 et décédé en 1570, il est un architecte français de la renaissance, il sera architecte de Henri II et initiateur de nouvelles construction en bois. 63 De l’Orme (Philibert), Architecture de Philibert de l’Orme, Pierre Mardaga, Bruxelles, 1981 64
Von Meiss (Pierre) et Radu (Florian), Vingt mille lieux sous les terres, presse polytechniques et universitaires romandes, 2004.p17
33
Dans les années 1920, Charles-Édouard Jeanneret dit le Corbusier, issu du mouvement moderne, établit une réflexion sur la maison et son sol avec la définition des cinq points pour une nouvelle architecture moderne. Il propose ainsi de soulever les habitations sur pilotis afin de s’affranchir des caves qu’ils nomment comme des « lieux médiocres, non éclairés-ou mal-humides généralement » 65 Suite à ces réflexions sur les rapports entre sol et sous-sol, c’est en 1948 avec son coéquipier géométre Edouard Trouin que le Corbusier se lance
concrètement
dans
un
projet
souterrain
qui
n’aura
malheureusement jamais vu le jour. Il s’agissait d’un projet de basilique souterraine qu’ils qualifiaient comme «l’expérience grotte». Le mot «grotte» ici n’est selon moi pas anodin et fait référence aux termes employés par les récits mythologiques décrits ci dessus. D’après une lettre adressée à l’archevêque de Marseille, les volontés du projet étaient claires " Nous bâtirons en creux. Nous construirons en négatif. Nous ne poserons pas la première pierre, nous l'ôterons»66. Figure 6 : Projet de la basilique, la basilique traverse la montagne du versant nord au versant sud, dessin de Trouin Source internet :http://www.saintebaumetourisme.fr/medias/fichiers/Le_Corbusier_4.pdf ;mars 2010
65
Le Corbusier, Précisions sur un état présent de l’architecture et de l’urbanisme, Altmira, Paris, 1930. 66 http://ww.saintebaumetourisme.fr/medias/fichiers/Le_Corbusier_4.pdf. Mars 2010 consulté en mai 2012
34
Par ces exemples nous pouvons remarquer que depuis le XVII ème
IIB- La ville profonde, paysage et épaisseur
siècle, le sous-sol inspire les concepteurs et parallèlement les projets
a) Action de creuser et origine de la configuration en trou de la ville, le geste du sculpteur
utopistes. L’utopie est indispensable dans les conceptions car il fait évoluer les esprits. Au début du XX ème siècle déjà, l’architecte
Dans
américain Max Abramovitz élabora un projet de ville souterraine pour Pittsburg, deuxième plus grande ville de Pennsylvanie. Un projet utopiste qui consistait à creuser les 300 000m2 d’une vallée à des fins commerciaux, de recherche, d’aire de distractions, de restaurations etc. Ce projet ambitieux ne fut pas réalisé mais l’architecte restera comme l’un des premiers a lancé le mouvement sur les interventions à grande échelle sur la spatialité du sous-sol.
la ville, les formes urbaines façonnent la spatialité de
notre environnement. La spatialité est définie par l’interaction entre les objets qui s’y regroupent, selon Rudolf Arnheim68, la spatialité est tout se qui compose l’espace qui est une «entité absolue, finie ou infinie, disponible et susceptible d’être rempli d’objets»69. Dans une réflexion sur les configurations spatiales, on peut ici distinguer, le construit et le creusé. Ainsi si l’on observe la construction des villes, on remarque que le constructeur soustrait de la matière par déblaiement et en
Le récent projet utopiste de ville souterraine dans le désert du Nevada, imaginé par le bureau d’étude américain Matsys 67 prouve l’ambition des concepteurs quant aux potentiels des espaces souterrains. Il présente un réseau de cavernes composées de
rajoute par l‘accumulation de remblaie. L’image que donne Jean Paul Loubes70 au «construit et au creusé» est celle de la cabane et de la caverne, deux archétypes que Rudolf Arnheim préfère nommer comme l’abri et le terrier.
logements et de centre commerciaux et vise à protéger les habitants des rayons du soleil qui sont de plus en plus insupportable dans ce continent. Par ces quelques projets, il est évident que ces 68
expériences «architecturales» relatives au sous-sol interrogent la spatialité des villes ainsi que sa troisième dimension: la profondeur. 67
Lien internet :http://matsysdesign.com/2009/06/25/sietch-nevada/ .2009, consulté en mars 2012.
Théoricien américain des arts et du cinéma
69
Arnheim (Rudolf), Dynamique de la forme architecturale, Architecture+recherche, Pierre Margada éditeur, 1986. P 19 70 Professeur à l’école d’architecture et de paysage de Bordeaux, chercheur au labo Architecture-Anthropologie de l’école d’architecture de Paris la Villette .Colloque Européen en Saumurois, “ le patrimoine troglodytique : un atout pour le développement des territoires ”, 25 et 26 septembre 2007. P 8
35
Ce dernier identifie au cours de son discours 71 les concepteurs
Ainsi au concave souterrain correspond le convexe de la surface du
comme les faiseurs d’abris et les excavateurs comme les faiseurs de
sol, et c’est l'acte de creuser qui permet le passage du dessus au
terrier. Pour employer la terminologie du sculpteur, Arnheim parle de
dessous reliant alors le monde aérien et souterrain.
concepteur comme le modeleur, de l'excavateur comme le tailleur. Il est dans mon étude intéressant de faire le rapprochement entre le sol
Il est intéressant au travers de cet exemple de percevoir la cohérence
que les acteurs ont façonné, et qui au fil du temps est devenu creux
entre le travail du sculpteur et celui de l’architecte qui ici travaille avec
avec le travail du sculpteur/tailleur qui soustrait la matière. Selon le
le sol et son épaisseur. Cette archi-sculpture témoigne ainsi le fait que
dictionnaire Larousse, le creux est défini comme cavité, partie vide ou
la surface du sol n’est plus une frontière infranchissable.
concave d'une surface. C’est ainsi que dans son action de creuser, le sculpteur soustrait la matière et crée dés lors de nouvelles spatialités tel le concepteur des espaces souterrains.
Je peux ici illustrer mon propos à travers le projet de «l’hélice terrestre» de Jacques Warminski, nommé aussi l’archisculpteur des troglos. Situé au lieu dit l’Orbière en Anjou dans la vallée de la Loire, le projet de l'artiste s’engouffre comme une vrille dans la terre. Sculpté dans le tuffeau, l’œuvre se compose de deux espaces qui sont indissociables; d’une part un espace entièrement creusé dans la roche et d’autre part un espace moulé et modelé à ciel ouvert. Cette configuration associe alors simultanément le creusement et la construction et prouve que le sol n’est pas plan. 71
Arnheim (Rudolf), Dynamique de la forme architecturale, Architecture+recherche, Pierre Margada éditeur, 1986. p 151
Figure 7: Entrée de l’œuvre de Warminski – lieu dit l’Orbière Source : image internet : http-//lesgrigrisdesophie.blogspot.fr/2011/10/lhelice-terrestrede-jacques-warminski.html.jpg. Auteur inconnu
36
b) Se pencher pour comprendre la ville et son épaisseur.
Lors
de mon arrivée à Doué-la-Fontaine, les premiers pas
furent révélateur pour l'étude. En effet, en marchant on se rend rapidement compte des diverses cavités de part et d’autre du trottoir. D’une profondeur variant de 10 à 12 m les «trous» se succèdent au fil
Ces dernières se manifestent dans le tissu urbain par des «trous» en surface, plus ou moins larges et profonds. On observe principalement une concentration de caves à l'ouest de la vile et une concentration de carrières situées au sud-est. Les cavités semblent ainsi être dispersées sur l'ensemble du territoire que nous devons imaginer comme un territoire à «trou» caractéristique d’une ville «gruyère».
de l'avancée. Pour illustrer cette configuration, je peux dés lors faire référence au vocabulaire de Jean Paul Loubes qui parle de configuration en trou72 pour évoquer les cavités souterraines habitées ou non. Nous avons vu dans la partie précédente la notion de «creux» comme action du sculpteur/tailleur intervenant dans la conception de l'espace. Un terme qui doit être distingué de «trou» qui selon le Larousse est un enfoncement, dépression, cavité, creux dans une surface. Il faut percevoir ici le trou comme une cavité profonde qui est supérieure à celle du creux. La commune de Doué-la-Fontaine possède de nombreuses cavités grâce au patrimoine troglodytique de plaine situé au sud de la ville. Elle se compose, en effet de 102 cavités constituées de caves et galeries, carrières qui ont, récemment
Figure 8 : Schéma-coupe sensible de la configuration en trou Source : croquis de Zoé laebens à Doué-la-fontaine-2012
été répertorié par l'organisme du BRGM73.
72
Colloque Européen en Saumurois, “ le patrimoine troglodytique : un atout pour le développement des territoires ”, 25 et 26 septembre 2007. P 8 73 Il est l'organisme public français référent dans le domaine des sciences de la Terre pour la gestion des ressources et des risques du sol et du sous-sol cf annexe 5 p 79
37
Figure 9 : Coupe sensible sur la ville de Doué-la-Fontaine 1 - Galeries et carrières souterraines (15 20m de profondeur) 2 - Jardins et potagers privés 3 - Habitations en surface (R1 R2) 4 - Habitations troglodytiques, troglodytisme de plaine (5 à 8m de profondeur) 5 – Espace public, voiries et trottoirs
Source : Dessin sur site de Zoé Laebens- Février 2012
38
Une ville dans laquelle il faut se pencher pour comprendre son
IIC- Objectif architectural et paysager
aménagement et la typologie troglodytique. Les parois support du
a) Architecture du détournement, esthétisme de la disparition et insertion paysagère
vide sont verticales et faiblement inclinées selon la topographie des sols. C'est en se penchant que nous prenons alors connaissance de
Comme
l'épaisseur de la ville. Une épaisseur habitée qui témoigne de la capacité de l'homme à investir le sol et ainsi composé avec le paysage. L'investissement du souterrain visible ici depuis la rue, témoigne comme le dit ci bien Pascal Girault, écrivain et photographe du patrimoine, qu'il y a «Une ville sous la ville»74.
en
trou,
nous l’avons vu précédemment, par sa configuration
l’espace
souterrain
semble
dissimulé
dans
son
environnement urbain. On peut remarquer à travers l’univers troglodytique, un patrimoine d’exception qui traduit l’impressionnante capacité de l’homme à s’inscrire dans le paysage. Le troglodytisme de plaine, creusé à la verticale comme le troglodytisme de coteau
Tout ceci questionne la notion d’intégration entre une architecture «creusée» et une architecture «construite», une interaction entre deux
creusé à l’horizontale s’intègrent chacun à leur manière dans l’environnement.
modèles vers un nouvel esthétisme de ville? Troglodytisme de coteau
Troglodytisme de plaine
Figure 10 : Typologies troglodytiques, de coteau et de plaine Source : schéma de Zoé Laebens- mai 2012 74
cf. annexe 7 p 82
39
Tandis que l’un est creusé dans un sol qui ne présente pas ou peu de
En d’autre terme, il s’agit «d‘habiter le paysage», la question est ici de
reliefs, l’autre suit les courbes de niveaux. Par une recherche
repenser le paysage urbain et non de se limiter à l'insertion de
d’équilibre entre un environnement naturel et urbain, cette insertion
volumes dans les sites.
volontaire semble participer à la singularité et à l’identité des
entendre par le terme «habiter» selon moi comme une occupation et
paysages. Lors d'un entretien avec Mr Perdereau, propriétaire du site
expérimentation de l’espace et non sous l’unique compréhension
troglodytes et sarcophages à Doué-la-Fontaine, il me parlait des
habiter/habitat. Comme l’énonce le géographe allemand Mathis
maisons troglodytes en me disant «elles sont la Nature»75. Une phrase
Stock, je cite : « Habiter, c’est pratiquer les lieux géographiques du
forte qui témoigne de l'importante perception que l'on peut avoir
Monde »77Il s'agit ici d'un investissement qui par son enfouissement
d'une architecture dans son environnement.
dans la terre et la roche s’intègre alors intimement dans le paysage.
Il est important de mentionner qu'il faut
Sous un regard d’architecte et dans ce souci de dissimulation, on De plus, comme l’énonce Jean-Charles Trebbi et Patrick Bertholon
perçoit comme un esthétisme de la disparition car il est vrai, que
dans leur ouvrage «Cette étonnante architecture en négatif, creusée
l’objet architectural semble particulièrement perméable au sol et au
dans la masse privilégie l’espace intérieur obtenu par soustraction de
paysage.
matière, et laisse disparaître son volume externe confondu dans le paysage» 76 . Ainsi cette «architecture-paysage» intervient dans la
Comme le pressent l’architecte japonais Tadao Ando qui dans un
composition de l’environnement et de sa surface. J’emploie ici le
article sur la pensée de l’espace souterrain dit ceci: « Une de mes
terme «d’architecture-paysage» pour mettre en avant l’intention de
motivations est le potentiel créatif inépuisable que je perçois dans
travailler/construire
cette idée d’architecture invisible qui permet de concevoir un espace
en
cohérence
avec
l'intention
d’intégration/préservation du paysage.
continu sans en faire apparaître la forme »78 .
77 75
cf annexe 6 p 80 76 Trebbi (Jean-Charles) et Bertholoo (Patrick), Habiter le paysage, maison creusée maison végétale, Editions Alternatives, 2006.p7
Stock (Mathis) "L’habiter comme pratique des lieux géographiques.", EspacesTemps.net, Textuel, 18.12.2004 http://espacestemps.net/document1138.html 78 Ando (Tadao), « Architecture d’aujourd’hui », numéro 338-340, mai juin 2002
40
Il met ici l’accent sur la particularité invisible de cette architecture qui
b) Un sol partagé pour l’aménagement d’espaces publics
par l'enfouissement renforce l’expression de l’horizontalité du paysage et questionne l’usage de la surface du sol et de son rapport aux publics.
Par
le phénomène d'enfouissement, la gestion et l'usage des
sols acquièrent un statut particulier. En effet il est intéressant d'identifier au travers de la typologie troglodytique que le sol de référence n'est plus unique et, comme nous l'avons vu, doit être pensé en surface et dans son épaisseur.
Figure 11 : Axonométrie d’organisation spatiale : site 1 des perrières Source : illustration issu du livre Trebbi (Jean-Charles) et Bertholoo (Patrick), Habiter le paysage, maison creusée maison végétale, Editions Alternatives, 2006.P66
41
Figure 12 : Plan de la ville de Doué-la-Fontaine : Site 1 : « site des perrières »– rue des perrières Site 2 : « troglodytes et sarcophages » – rue de la croix Mordret Source : Plan proposé par l’office de tourisme sur le site de la ville
42
Nous pouvons donc nous demander, comment l’occupation du sol intervient-il dans la perception et la pratique de l'espace public. Il est vrai que le projet souterrain libère la surface du sol et favorise ainsi les pratiques et usages collectifs. En observant le tissu urbain de la ville de Doué-la-Fontaine par exemple, nous pouvons percevoir, à certains endroits que toitures et sols se confondent. Le sol devient toit et vice versa. C'est historique, car en effet pour extraire la pierre de falun l'homme creusa une tranchée de 1 à 5m de long dans les champs de la ville (cf. figure11p41). La roche est ensuite creusée verticalement sur une profondeur entre 15 et 20m avec un élargissement progressif créant alors une forme ogivale en sous-sol. La tranchée servait à la fois pour la transmission des pierres à la surface, à la fois elle était un puits de lumière pour les travailleurs. Ainsi quand le processus d'extraction était terminé, il suffisait d'obturer la tranchée par des blocs pour continuer à cultiver les terres agricoles au dessus de ce vide souterrain. Grâce à cette technique l'homme réussissait à obtenir une complémentarité d'usages entre l'exploitation des terres en surface et l’extraction de la pierre en sous-face. À l'origine on créa des potagers pour limiter les infiltrations d'eaux de pluies et ainsi réduire l'humidité des espaces souterrains. Figure 13 : Délimitation du site 2 « troglodytes et sarcophages » avec son entrée principale – Doué-la-Fontaine Source : Vue satellite et cadastral, site public internet géoportaiL2007
43
Ainsi, par les diverses pratiques attribuées, le sol s'expose à une variété de formes et de modes d'occupations. Au cours de mon investigation dans le Maine et Loire, nous avons pu observer au sein du domaine privé qu'il peut être potager pour l'un des habitants et simultanément toiture d’habitation pour l'autre. Il semble dés lors dans ce contexte être «une épaisseur» que l'on partage et exploite en sur-face et en sous-face. Egalement support de terrasses, jardins, et terres cultivables, il offre une disponibilité spatiale non négligeable à la ville. Je peux illustrer ceci avec l'observation faite au sud de la ville sur le site «troglodytes et sarcophages» à Doué-la-Fontaine. Ici, le terrain est immense et recouvre l'ensemble de la carrière qui est aujourd'hui un territoire «sauvage» accueillant de petits cabanons, yourte, installation de ruches , ect. Un sol qui paraît, il est vrai, organisé et partagé selon les besoins et usages de chacun. Il se présente comme un toit à vivre qui compose le paysage culturel, vivant et évolutif. Par cet exemple, on y observe une cohabitation, certes originale, dont profite également l'espace public.
Il faut imaginer que le sol est presque entièrement vide, et que même sous une partie des places publiques, des routes et des trottoirs il y a Figure 14 : Occupation de la surface du sol du site 2« troglodytes et sarcophages » Doué-la-Fontaine Source : Photographie prise sur le site, Zoé Laebens, Février 2012
occupation d'espace par quelques habitants, de manière temporaire ou permanente (figure 9 p 38). Un fait que nous avons du mal à
44
imaginer sans avoir vécu l'expérience de cette configuration
Cette observation met en avant les «sols» filants qui sont perceptibles
souterraine peu ordinaire.
à différents niveaux dans le paysage et qui sont révélateur d'un aménagement particulier. Cette horizontalité dominante a été au cours
Outre la notion de « toit-sol » mis en avant précédemment, et pour
de mon investigation dans le Maine et Loire, accentué par un
employer la terminologie architecturale, il est important de révéler le
phénomène climatique : la neige. Par sa blancheur et son dépôt
statut paradoxal de « façade » que ce sol semble être pour certains
dense sur le sol, elle semblait unifier les lignes et recouvrir les volumes
espaces souterrains habités. Une façade qui est perçue que ce soit
et ainsi me permettait d'y voir plus clair dans la composition de la
dans un contexte d'habitation troglodytique ou dans un contexte
ville. Sa présence révélait dés alors, de manière distincte, les
public, tels les stations de métro par exemple. Généralement, chaque
quelques émergences du paysage urbain ainsi que les directions
bâtiment possède des faces en rapport direct avec l'extérieur et qui
horizontales, verticales et diagonales de cette ville caractérisée de
sont qualifiées de façades. Dans un contexte souterrain, l'existence
troglodytique.
propre de ces dernières est remise en cause. Il existe en effet plusieurs typologies du patrimoine « creusé », tel le troglodytisme de coteau qui permet l'ouverture latérale, et donc la construction de façades proprement dites. Cependant, l'enfouissement total de certain type, ne laisse apparaître qu'une surface en rapport direct avec l'environnement extérieur, il s'agit de ce « toit-sol » qui prend alors le caractère de façade. « Une façade » sur laquelle on marche, on cultive, on rencontre, on expérimente l'espace.
45
III-Espaces souterrains comme révélateur de la ville sensible. IIIA- un interstice entre émergence et immersion a) Données contextuelles et objets émergents comme indices de « sous » espaces.
L'horizontalité
du paysage observée à Doué-la-Fontaine est
nous allons le voir, rythmée de manière ponctuelle par de petites émergences, dispersées sur le territoire. Dans le cadre de la recherche, l'enjeu fut de déceler en surface les signes qui attestent de l'existence d'un monde souterrain. Comment alors le souterrain devient-il perceptible ? Il existe en effet quelques indices, parfois modestes à l’échelle urbaine, qui nous permettent de comprendre la présence d'un sous-sol habité. Il est ainsi surprenant de voir la succession de cheminées, grandes ou petites, disposées sur la surface du sol et qui s'élancent dans le paysage. Cette verticalité apparente semble être accompagné par la présence d'antennes électriques qui n'hésitent pas à se balancer au gré du vent. Nous pouvons, de plus, percevoir les larges cercles blancs des paraboles qui rythment le profil du paysage en surface. Figure 15 : Emergences dans la ville – Doué-La-Fontaine 1. Vue depuis la rue des perrières 2. Vue sur jardin depuis le site de « la rose bleu » au sud de la ville Source : photographie prise sur le site, Zoé Laebens, Février 2012
46
Figure 16 : Délimitation du site 1 et 3: site des perrières avec ses deux entrées et site 3 : les habitations troglodytiques de la rue des perrières – Doué-La-Fontaine Source : Vue satellite et cadastral, site public internet géoportail .2007
Figure 17 : Emergences dans la ville – Doué-La-Fontaine 1. Vue depuis le trottoir sur le « sol-toit » du site des perrières, site1 2. Vue depuis la rue des perrières site 3 Source : photographie prise sur le site, Zoé Laebens, Février 2012
47
Par cette succession d'émergences observées, tout cet ensemble forme un paysage particulier qui va influencer notre perception. Il existe également, au travers de cette typologie troglodytique, divers murets de protections qui marquent la présence du trou qui lui est adossé. Les trous de différents diamètres sont dispersés sur le territoire, et on peut les déceler aux sols ou dans les murs par la présence de grilles de protections ou encore par la présence de passoirs
79
encore
visibles. De
plus, nous
pouvons
observer
Figure 18 : Attitude souterraine : enfouie, mal cachée, émergente, montrée Source : Revue URBAINE, découvrir et repenser les villes européennes, “ Sous-sols : aire de stationnement, entrepôt de stockage ou nouvel espace de culture ”, édité par l’association dévorateurs d’espaces, N°13 printemps 2007.p75..
l’émergence soudaine d'un sol plus haut que le sol de référence80 qui atteste également d'un investissement du sous-sol.
Ces exemples prouvent qu'il paraît impossible de dissimuler entièrement le souterrain. Ces objets en relation direct avec la surface et l'environnement peuvent, comme le soumet l'architecte Frédéric Franck81 être « mal caché, émergents ou montrés ».
Une alternance qui va influencer le profil des villes soumises à la présence « d'architectures » souterraines. Car en effet, le fait d'assumer l’émergence de l'objet souterrain en surface, constitue des situations paysagères et urbaines particulières. Il est rare, au quotidien, de marcher à côté de cheminées et d’antennes électriques qui ici sont installées de manière permanente. Tout ceci offre selon moi, un caractère presque utopiste82 à la ville.
79
Le passoir et un petit trou en haut des caves qui permettait le passage du raisin. Il est ainsi visible en bas des murs des constructions. 80 J’entend ici comme sol référant celui sur lequel nous marchons en surface. 81 Revue URBAINE, découvrir et repenser les villes européennes, “ Sous-sols : aire de stationnement, entrepôt de stockage ou nouvel espace de culture ”, édité par l’association dévorateurs d’espaces, N°13 printemps 2007.p75
82
Selon le Larousse, se dit d’un esprit attaché à des vues utopiques, lié à une conception imaginaire.
48
De surcroit, il est important de mentionner quʼau quotidien et dans toutes les villes, il existe des indices en surface témoignant de l'existence du souterrain. Les plaques d'égouts, que l’on peut soulever par exemple, paraissent comme la clé des sols vers le soussol. Ces clés interrogent dans cette étude les relations et les communications entre le dessus et le dessous. L'articulation et plus précisément ce contact entre le sous-sol et la surface sont des questions centrales du point de vue de l'aménagement urbain. En effet, comme nous l'avons vu précédemment, par usages et praticités, le sol peut difficilement se passer du sous-sol et vice versa. Une dépendance mutuelle de l'un et de l'autre que je peux illustrer selon mes observations, par l’image de « l'arbre qui prend racines ». Nous pouvons alors imaginer la Co-dépendance et l’interaction des deux espaces, à Doué-la-Fontaine par exemple, grâce à la présence originale de la cime d’un arbre situé au niveau de nos pied à la surface du sol, et à
la présence en sous face des branches, légères et
feuillues qui tombent au travers des cavités. Il s’agit également ici d’indices d’émergence et d’immersion d’un espace extérieur vers un espace intérieur et vice versa.
Figure 19 : Végétation et cavités, site 2 « troglodytes et sarcophages » Doué-laFontaine Source : photographie prise sur le site, Zoé Laebens, Février 2012
49
Deux espaces qui sont liés l’un à l’autre et qui peut aussi se
b) Action de (re)descendre et de (re)monter la diagonale intervenant dans la mise en scène urbaine.
comprendre par la roche qui dans le Maine et Loire semble être le liant principal entre l'espace aérien et souterrain. En effet il est intéressant d’observer que la pierre de falun est un élément qui évolue et se transforme au cours du parcours dans la ville. Par empilement, elle fabrique premièrement les façades, qu'il s'agisse de façade pour habitations ou autres. Elle subit parfois un rétrécissement pour former de petits murets de protection. Progressivement dans la descente, les pierres s’entassent les unes sur les autres et façonnent les murs qui se recourbent ensuite formant le plafond et ainsi la forme ogivale des carrières. Ce changement de statut nous guide progressivement vers une nouvelle direction de la ville: la diagonale qui influence la spatialité de l’environnement urbain.
La
ville semble être une scène sur laquelle se forme une
représentation toujours renouvelée par les personnes qui l’occupent. L’idée est ici d’explorer la direction de la diagonale produite par les espaces souterrains dans la ville et d’introduire son impact sur les perceptions urbaines. Il s’agit de voir cette direction dans l’espace tridimensionnel et non seulement dans un seul plan. Par ses propriétés mathématiques et physiques, la diagonale implique un glissement progressif, ici dans la ville entre l’espace public aérien et l’espace souterrain. Il s’agit alors pour parcourir cette obliquité de (re)descendre et de (re)monter les pentes ou escaliers présents sur les sites. Ce sont deux actions / déplacements / mouvements qui semblent participer à la dynamique urbaine, que ce soit sur un territoire troglodytique ou dans une ville qui possède par exemple un réseaux de métro. Le théoricien Rudolf Arnheim, étudie au cours de son ouvrage Dynamique de la forme architecturale,83 le pouvoir des effets visuels exercés par les formes urbaines et écrit je cite : “Géométriquement, il n’y pas de différence entre monter et descendre, mais physiquement et perceptiblement, cette distinction
83
Arnheim (Rudolf), Dynamique de la forme architecturale, Architecture+recherche, Pierre Margada éditeur, 1986.p42
50
est fondamentale”. L’effort est sensiblement différent quand nous
montent dans la ville, d’autres descendent »84. De manière générale, la
montons ou descendons, que ce soit une pente ou un escalier. Il est
traversée se fait en marchant. La marche est ici qualifiée comme
souvent plus difficile de gravir une pente que de la dévaler, malgré
déplacement et participe alors aux perceptions et transformations
que les deux mouvements nécessitent un effort particulier, de force
urbaines. L’alternance et la rencontre des personnes au cours du
pour l’un, de résistance pour l’autre. Ainsi, dans le contexte du
parcours de la «diagonale » fabrique de petites curiosités urbaines. Un
parcours et de l’expérience de cette diagonale au travers la ville, le
processus et une configuration originale qui interviennent dans
degré de l’inclinaison va influencer et rythmer la perception urbaine.
l’organisation de la ville et de ses flux.
« Perceptiblement » comme l’indique Rudolf Arnheim, monter ou 85
descendre engendre des interactions différentes notamment à ce
Le travail sur la « fonction oblique »
ouvre les réflexions sur la
point de transition, cette interstice entre l’espace extérieur et l’espace
construction en architecture de pentes habitables. L’oblique est
intérieur. Il y a toujours un seuil où les relations avec l’environnement
définie selon le dictionnaire Larousse, par ce qui est de biais, dévié
vont être différentes. Le seuil est caractérisé par ce passage
par rapport à une ligne, à un plan horizontal et vertical et est un
extérieur/intérieur intérieur/extérieur. Il est en effet amusant de
synonyme du terme diagonale. Lors d’une exposition à la cité de
percevoir dans le milieu urbain de Doué-la-Fontaine, l’enfouissement
l’architecture, l’architecte Claude Parent expose ces réflexions et
progressif d’une personne qui pénètre vers l’espace souterrain et d’un
décrit « l'oblique comme moyen de créer de nouveaux espaces
autre côté de la cavité, l’émergence de l’une d’entre elle provenant de
intérieurs, de nouvelles attitudes, de relier les différents niveaux (une
la sous face. On observe ainsi en surface, la disparition et l’apparition
rampe habité), de créer de la fluidité »86. L’idée est ainsi d’exploiter à
progressive des corps. Seul ou en groupe, le franchissement participe
plus grande échelle les rampes et les « promenades architecturales »
aux dynamiques et mises en scènes urbaines intervenant alors dans
que le Corbusier expérimenta au cours de son œuvre.
l’espace public. L’un des passants qui traversait la ville évoqua cette dynamique en me disant : je cite : « Tandis que certaines personnes
84
cf. annexe 8 p 83 Travail appuyé par Claude parent au cours de l’exposition 2010 à la cité de l’architecture et du patrimoine art site n38 p 18 86 Revue art site n38 p 18 85
51
Dans le parcours de ces bâtiments permis depuis le sol jusqu’à la
IIIB- Les cadres sensibles de l’espace souterrain89
toiture, l’architecte permet, grâce à l’invention des cinq points de
a) Propriété lumineuse : entre ombres et lumières
l’architecture 87 , ces « ballades architecturales ». Elles consistent à
Il
s’agit ici de se demander comment l’espace du sous-sol
multiplier les vues sur l’objet d’architecture et son environnement. Ceci montre la volonté de créer une architecture qui se vit dans le parcours. Au travers de l’expérience des traversées des carrières de Doué-la-Fontaine, l’empreint des pentes comme transition entre le milieu aérien et souterrain témoigne de la prise en compte du parcours dans les interventions urbanistiques.
module t’il les ambiances. Une étude qui se fera au travers des transitions et au travers du milieu souterrain en lui même. L’entrée dans l’univers souterrain nécessite l’immersion des corps qui vont alors être soumis à quelques métamorphoses liées aux phénomènes physiques des transitions, entre un espace extérieur et un espace intérieur. Comme l’énonce l’architecte italien Zardini Mirko,
Cette notion et cette perspective de « l’oblique » dans la ville motive aujourd’hui les réflexions des architectes dans une approche de Luminosité, sons, odeurs et surface des lieux suggèrent
reconfiguration des territoires et participe à l’anticipation de la
différentes façons de faire expérience de l’environnement urbain
construction de « bâtiment parcours ». 88 Un processus qui crée des
qui remettent en question la prédominance de la vue. Les seuils
transitions particulières entre deux espaces, aérien et souterrain, et
perceptifs se modifient, comme varient nos niveaux de
qui nous allons le voir au travers des galeries troglodytiques, touche
tolérance ou d’appréciation des odeurs, des sons, des déchets,
nos sens et influence notre mobilité et perception.
de l’obscurité, de la chaleur, du froid.
87
Les cinq points de l’architecture moderne sont régis par : les pilotis, le toit-terrasse, le plan libre, la fenêtre en bandeau, la façade libre. 88 Le groupe d’architecte SANAA par exemple a en effet imaginé une bibliothèque universitaire souterraine à Lausanne qui est une expérience d’architecture créant des volumes intérieurs entremêlés d’élément circulaire ou hélicoïdaux
90
.
89
Terme emprunter à Jean-Paul Thibaud. Thibaud (Jean-Paul) « Les cadres sensibles de l’espace souterrain. Villle de Montréal ». ACUSS, 1997p1
90
Mirko (Zardini), « Sensations urbaines, une approche différentes à l’urbanisme, centre canadien d’architecture », Lars Muller publishers, 2005 p21
52
Une citation qui met en avant dans le contexte de mon étude, l’éveil
Pour l’étude, deux sites souterrains situé à Doué-la-Fontaine seront
des sens vécus dans le franchissement des limites, matérialisées par
exploités: 92 le site des perrières (site1) et le site troglodytes et
des changements simultanés d’ambiances et de volumes. Ainsi, il
sarcophages (site2) 93
s’agit de révéler dans le cheminement des passants les relations sensibles qu’ils partagent avec l’environnement. Nous allons ainsi étudier comment l’univers souterrain provoque des situations particulières qui vont nourrir et amplifier les ambiances urbaines. Selon l’architecte Grégoire Chelkoff et le philosophe Jean-Paul Thibaud, La notion d’ambiance « concerne à la fois les éléments producteurs d’ambiances (espace, objet, signe) et la construction perspective et sociale de celle-ci. Elle nous permet d’aborder simultanément des dimensions physiques et humaines »91. Elle est ainsi régie par divers phénomènes qui vont mobiliser nos aptitudes physiques
et
sensibles.
Les
qualités
sensibles
des
espaces
souterrains se déclinent selon quelques propriétés : visuelle, sonore, thermique, olfactive, tactile. Pour l’étude, trois des phénomènes seront étudiés. Tout d’abord les propriétés et interactions lumineuses propres à l’espace souterrain, la lumière sollicite le passant et lui permet dans tout espace de s’orienter facilement.
Figure 20 : Plan du site 1 : site des perrières- Doué-La-Fontaine En bleu figure le centre d’hébergement En jaune, le parcours touristique Les parties non colorées l’ensemble de la carrière non accessible Source : photographie prise sur le site, Zoé Laebens, Février 2012
92
91
Amphoux (Pascal), Thibaud (Jean-Paul) et Chelkoff (Grégoire), Ambiance en débat, édition à la croisée, 2004.
cf plan des sites p 43, annexe 3 / 4 P 75 77 Je n’ai pas pu ici me procurer les plans de la carrière. On peut voir deux petits extraits dans le livre de Michel Cousin, Archéologie des carrières souterraines de Doué-la-Fontaine, éditions Gal’art, 2002 aux pages 23 et 26
93
53
Deux sites qui par leurs morphologies entretiennent un rapport
les puits de lumière vont favoriser la diffusion partielle de lumière en
particulier avec la lumière. Au cours de notre immersion, dans le
sous-sol. De surcroit, par son caractère mouvant, cette luminosité va
passage entre le milieu urbain aérien et l’univers souterrain nous
créer des reflets qui vont rythmer le pas du visiteur. Une interaction
observons une diminution progressive ou spontanée de la lumière. Il
intéressante qui sollicite notre mobilité et influence alors notre
fait presque entièrement noir ! Le site 1, complétement enfoui est
parcours. L’ambiance non homogène ici créé par cette lumière sur un
alors animé par une lumière artificielle statique et intemporelle,
volume influence ainsi l’expérience souterraine du passant.
provenant d’une succession de spots disposés au sol et parfois sur les parois. Provenant de plusieurs directions, l’une des particularités
De plus, la provenance ici de lumière naturelle par le haut semble être
de cette lumière est de masquer les ombres sur le volume des parois
un indice de notre situation dans un monde souterrain et crée le lien
rocheuses et sur la surface du sol sableux. S’agit-il ici d’un
avec le monde aérien. Car comme l’énonce l’architecte Michel Malet,
aménagement pour rassurer le passant dans son cheminement?
je cite : « la lumière établit le lien, tombant à la verticale, elle confirme le souterrain. »94. Tombant à la verticale ou étant réfléchie, elle semble
Au cours de la traversée, le passage de la lumière artificielle intérieure
également au travers des ouvertures, permettre des interactions entre
à la lumière naturelle extérieure introduit les limites de l’espace, et
le passant et le ciel. Lors de la visite sur le site 2 l’un des visiteurs me
encourage ainsi l’expérience des transitions et seuils. Ancienne
confia son ressenti: « Quand je vois un trou dans cette roche, je lève
carrière de fabrication de sarcophages, le site 2 est ponctué par de
directement les yeux vers le ciel qui me paraît alors être unique,
nombreux trous dans le volume de la roche en liaison alors, direct
comme un tableau mouvant dans cette obscurité »95
avec la surface. Ces ouvertures permettent le passage de lumière naturelle. Une lumière nettement plus contrastée, qui s’engouffre et varie au cours de la journée selon l’orientation et la morphologie du site. Elle se propage alors de façon plus ou moins intense selon le rythme des saisons et des perturbations climatiques en surface. Ainsi,
94
Von Meiss (Pierre) et Radu (Florian), Vingt mille lieux sous les terres, presse polytechniques et universitaires romandes, 2004.p 22 95 cf. Annexe 8 p 83
54
L’une des qualités mis en avant, de cet univers souterrain est que l’on voit partiellement à travers la masse mais que l’on se sent quand même séparé du monde extérieur. De plus, selon la direction des ouvertures, l’intensité de la lumière marque sensiblement le passage d’un lieu à un autre, d’une issue à l’autre. Car parfois, on observe au loin un large trou de lumière creusé dans l’épaisseur de la roche. Filtrée et orientée par le volume minéral, elle sensibilise le visiteur à la compréhension des seuils.
Ainsi, l’interaction entre les volumes souterrains et la lumière influence notre perception des échelles de l’espace. Le caractère obscur et « nocturne » des lieux souterrains est un fait réel, mais selon les sites et leurs morphologies l’intrusion de lumière est l’une des qualités sensibles des lieux qui éveillent les sens et la mobilité des passants. Ainsi comme l’énonce poétiquement Rudolf Arhneim, dans son ouvrage, Dynamique des formes architecturales, je cite :” en creusant, on peut illuminer l’obscurité”96
Figure 21 : Puits de lumière - site 2 troglodytes et sarcophages- Doué-la-Fontaine Source : photographie prise sur le site, Zoé Laebens, Février 2012 96
Arnheim (Rudolf), Dynamique de la forme architecturale, Architecture+recherche, Pierre Margada éditeur, 1986.p 42
55
b) Influences des phénomènes acoustiques
Selon les spécialistes, l’effet de coupure est je cite « une chute
Les
phénomènes sonores sont de même influencés par la
soudaine d’intensité qui peut être associé à un brusque changement
composition spatiale et donc liée aux caractères propres de
d’enveloppe spatiale » Il se produit « par baisse d’intensité, par
l’environnement. Un environnement avec une morphologie spécifique
changement d’ambiance, et ou par occultation d’une source
qui, entre le passage de l’espace aérien à l’espace souterrain évolue.
sonore »
A l’entrée du site 1, les bruits urbains en surface sont nombreux et
caractéristiques sont réunies pour favoriser cet effet de coupure.
divers. Ces indices sonores liés aux compositions urbaines conçues
« L’enveloppe spatiale » est distinguée par le passage d’un milieu
avec leurs bâtis leurs voiries et leurs espaces paysagers, rythment
ouvert à un espace fermé qui va favoriser un bouleversement sonore.
notre quotidien. On peut ici distinguer un paysage sonore propre au
La baisse d’intensité est induite par la perte progressive des sons
milieu urbain qui va se modifier au cours du glissement progressif en
urbains. L’effet de coupure est ici un indice dans le changement et le
sous-sol. En descendant peu à peu dans l’univers souterrain, le
passage d’une ambiance à l’autre. Il permet ainsi de qualifier les seuils
brouhaha des passants, les bruits de moteurs et de klaxons
et les limites entre les espaces aériens et souterrains. Car en effet, la
s’estompent petit à petit nous guidant vers un espace différent. Selon
« coupure » sonore va mettre en valeur les événements qui vont suivre
le répertoire des effets sonores de Jean-François Augoyard et Henry
le phénomène. Bruit-silence-bruit. Elle intervient dés lors dans le
Torgue, l’estompage est qualifié comme « la disparition progressive et
rythme du parcours de l’espace souterrain et permet de distinguer ou
97
insensible d’une atmosphère sonore » . Au cours de l’immersion et
98
. Ici, dans l’expérience des transitions, toutes les
de différencier les parties en séquences.
en s’éloignant ainsi de l’espace urbain, il est vrai que l’atmosphère sonore se modifie, un son disparaît pour en laisser apparaître un nouveau. Mais rapidement, le silence ce fait, comme si l’immersion serait synonyme de rupture sonore. 97
Augoyard (Jean François) et Torgue (Henry), A l’écoute de l’environnement, répertoire des effets sonores, édition parenthèses, 1995.p57
98
Augoyard (Jean François) et Torgue (Henry), A l’écoute de l’environnement, répertoire des effets sonores, édition parenthèses, 1995.p39
56
De plus, parfois, au milieu d’un silence parfait, il est surprenant de remarquer l’absence d’échos. La densité de la roche semble ici absorber tous sons émis par les passants. L’écho est « la répétition simple ou multiple d’une émission sonore, liée à une réflexion dans l’espace de diffusion »99. Ce bouleversement semble faire partie de l’appartenance et à la mise en scène souterraine. Par alternance, ces fluctuations
sonores
vont
influencer
nos
déplacements
et
cheminements dans la traversée. Au fil de l’avancée, il est arrivé que l’on entende un lourd et lointain bourdonnement urbain, qui ne fut pas indifférent à l’un des passant, je cite : « Les sons ont vraiment l’air de venir de loin »100 .La transmission des bruits extérieurs à travers la masse compacte de la roche semble paradoxalement perturbée le visiteur qui s’est totalement immergé dans cette nouvelle spatialité. La succession ici des sollicitations sonores entraine parfois une confusion sensorielle qui est l’une des caractéristiques de cet univers « sensible ». Ainsi, l’expérience du souterrain permet l’expérience du contraste dont l’effet sonore semble être un outil d’intervention.
99
Augoyard (Jean François) et Torgue (Henry), A l’écoute de l’environnement, répertoire des effets sonores, édition parenthèses, 1995.p55 100 cf. annexe 8 p 83
57
IIIC- Espaces souterrains et temporalité
Les corps qui me font face deviennent de plus en plus
a) Illusions et phénomènes thermaux-aérauliques
imperceptibles.
L’accroissement
horizontales
progressif
du
degré
de
température
Comme
du
caractéristiques
dissout,
mobilier
les
perdent
tridimensionnelles.
lignes petit
à
Atténuée
verticales petit
et
leurs
dans
ses
ressentie lors de l’immersion en profondeur, participe également aux
précisions, la matière et ses contours subissent spontanément
sensations et ambiances propres à ce milieu. En effet, lors du
d’étranges déformations. C’est face à ses mouvements sinueux
passage entre un espace extérieur froid à un espace intérieur plus
que je suis soumise à une distorsion étonnante et inhabituelle. À l’image d’un feu d’artifice, les couleurs disparates et troubles
chaud, un phénomène apparaît soudainement. Sur toutes surfaces
s’agitent devant moi. Rapidement, je suis illusionnée par cette
vitrées, tel les verres de lunettes ou l’objectif d’un appareil photo, on
danse chromatique qui perturbe ma position et brouille ma
observe un effet que j’ai qualifié « effet buvard » et qui va bouleverser
perception de l’espace. De fines gouttelettes s’accumulent sur
la visibilité des lieux où nous nous trouvons.
mes verres de lunette et la brume colorée de plus en plus dense constitue alors un vaste écran. Soumise à ce brouillard
Par basse température, entre l’espace extérieur et l’espace intérieur,
envahissant je perds subitement tout sens d’orientation. C’est
un phénomène apparait:
sans moindres repères que je suis instantanément victime d’angoissants lunettes.
En franchissant le seuil, je suis soudainement surprise par
vertiges.
Instinctivement,
je
retire
mes
101
l’arrivée imprévisible et insaisissable d’un nuage blanc. Il fait si chaud.
Autour
de
moi
l’environnement
s’estompe
Le changement thermique ici a produit de la buée et contrarie notre
progressivement, plongée dans un premier flou je distingue de
visibilité, comme une illusion il provoque une appréciation difficile des
moins en moins l’animation intérieure. C’est à l’image d’un buvard que le filtre devant moi absorbe peu à peu les qualités spatiales.
distances. Le flou vécu par le bouleversement de température et d’humidité entraine alors une déformation progressive de l’espace.
101
Description personnelle d’un effet. Récit d’expérience ressentie au cours du phénomène
58
Figure 22 : de l’effet buvard Intérieur du site de la poterie de la rose bleu avant la production de l’effet Doué-la-Fontaine, salle d’exposition souterraine Source : photographie prise sur le site, Zoé Laebens, Février 2012
Figure 23 : de l’effet buvard Intérieur du site de la poterie de la rose bleu au cours de l’effet Doué-la-Fontaine, salle d’exposition souterraine Source : photographie prise sur le site, Zoé Laebens, Février 2012
59
D’autre part, dans un contexte hivernal, le degré de température plus élevé en sous-sol qu’à la surface témoigne du changement de milieu. Les transitions thermiques sont plus ou moins directes et c’est le saisissement soudain d’un effet qui traduit la prise de conscience de notre situation. Cette chaleur et cette humidité ambiante associé à l’aspect statique de l’air accentue alors l’effet d’étouffement, je cite : « On est un peu oppressé par ce manque d’air, il fait lourd »102 il s’agit ici d’une sensation qui caractérise souvent l’espace fermé. Comme pour la lumière naturelle, selon la présence d’ouvertures dans les parois ou dans le plafond, l’air est évoqué par contraste et permet alors un rapport partiel avec le milieu extérieur. Ainsi par ces exemples, intervenant dans le cadre sensible du soussol, l’espace souterrain semble offrir des situations nouvelles aux Figure 24 : Déformation visuelle de la carrière observée sous le phénomène de l’effet buvard Source : Dessin interprétatif Zoé Laebens-février 2012
ambiances urbaines. Pour reprendre les réflexions de Jean-Paul Thibault et Grégoire Chelkoff, je cite : « En terme de conception technique et architecturale l’environnement souterrain renverrait à une « maîtrise » idéale des ambiances »103 .
102
cf. annexe8 p 83 Chelkoff (Grégoire) et Thibaud (Jean-Paul), Ambiance sous la ville : une approche écologique des espaces publics souterrains, Convention de recherche sur l’espace sonore et l’environnement urbain, laboratoire du Cresson, 1997.p 59
103
60
b) Etendue de notre regard dans le processus d’enfouissement
L’univers
souterrain suscite enfin un milieu enveloppant. En
effet, comme unique matériau, la roche de falun encourage le sentiment d’immersion. Car ici à l’opposé de l’espace aérien, la roche s’impose et enveloppe l’espace. L’effet d’enveloppement se produit souvent à partir du moment où l’on s’éloigne des entrées et sorties, quand on se trouve au milieu de l’espace souterrain. Un phénomène que l’on rencontre particulièrement au cours du parcours du site 1, site des perrières, à l’instant où aucunes ouvertures ni issues ne sont perceptibles. Ainsi, paradoxalement, à 20m de profondeur, l’espace dans lequel nous nous trouvons se confine et semble petit à petit autonome. Cette sensation liée aux rapports de proportions entre hauteur et largeur provoque alors une diminution des échelles de perceptions, et questionne l’étendue de notre regard. En effet, par ce ressenti de confinement, nous pouvons nous demander si l’espace souterrain est un espace extensible ?
La succession de galeries observées, dans le parcours du site 1, module le champ visuel et influence alors l’étendue du regard des passants. En effet, la morphologie de la roche et la forme ogivale de la carrière engendre une série de plans qui va troubler notre perception
Figure 25 : Succession des plans dans la traversée du site des perrières - Doué-laFontaine Source : Photographie prise sur le site, Zoé Laebens, Février 2012
spatiale.
61
La photographie ci contre illustre l’enchainement des différents plans
progressivement d’atteindre l’horizon. Il est pour d’autres comme
verticaux que l’on perçoit par les divers gabarits et morphologies de la
volume, espace, un espace qui se traverse. Dans le processus de
roche. Les variations de la lumière au loin joue également ici un rôle
l’enfouissement notre perception à l’horizon varie. En effet, petit à
important et permet de séquencer le cheminement en différentes
petit, par le phénomène d’enveloppement nous perdons le caractère
phases. Dés lors, le parcours linéaire à traverser semble comme nous
aérien infini. Le souterrain offre d’autres perspectives, d’autres
pouvons le voir sur la photographie, infini. Cependant, cette sensation
« horizons ».
« d’infini » perçue, questionne notre rapport à l’horizon. Selon les environnements et sites, celui ci évolue et se modifie. En effet dans le
Au fil de la progression, on distingue parfois l’absence d’un horizon
processus d’enfouissement, au cours du passage entre le monde libre
lointain qui n’autorise pas l’œil à percevoir un espace infini.
aérien et le monde confiné souterrain, l’étendue de notre regard va
Cependant, en expérimentant les espaces extérieurs et intérieurs au
être confrontée à la masse. Il est intéressant dans un contexte
quotidien, nous sommes selon moi, capable de ressentir et d’anticiper
souterrain d’interroger la notion d’horizon. Il ne s’agit pas de faire un
le lointain. En effet, au cours du cheminement du site 2, par exemple,
exposé sur l’horizon qui est un sujet en lui même, mais de prendre en
nous sommes parfois confrontés à des chemins et espaces plus ou
compte sa complexité 104 . En effet, l’horizon est pour la plus part
moins limités .L’espace est ici beaucoup moins confiné et le rapport à
d’entre nous perçu comme une ligne, un plan intermédiaire entre deux
l’extérieur ponctuel offre de nouvelles sensations et perceptions.
milieux que l’on observe souvent entre le ciel et la surface de la mer. Il
L’emboitement des échelles perçues forme la succession des plans
peut cependant être saisi différemment, pour le paysagiste Michel
qui nous guide vers un « ailleurs »
Corajoud par exemple, l’horizon est je cite : « l’espace intermédiaire qui permet au ciel et à la terre de se toucher. » il « n’est pas délimité » 105 . Selon lui c’est l’obliquité du paysage qui permet
104
Le manque de temps sur le site ne m’a pas permis d’approfondir cette notion. Issu de la conférence, les entretiens de Chaillot 3/11/2003, “ 9 conduites nécessaire pour un apprentissage sur le paysage ” Michel Corajoud
105
62
Figure 27 : Dans cette obscurité, différents cheminements possibles vers un « ailleurs » : site 2 « troglodytes et sarcophages. » Doué-la-Fontaine Source : photographie prise sur le site, Zoé Laebens, Février 2012
Figure 26 : Morphologie et succession des cavités intervenant dans la perception du lointain : site 2 « troglodytes et sarcophages » Doué-la-Fontaine Source : photographie prise sur le site, Zoé Laebens, Février 2012
63
L’étendue de notre regard reste un fait essentiel à l’évolution de notre bien être. Afin de ne pas le contrarier, il arrive alors souvent que le visiteur change volontairement de chemins ou de positions pour élargir
ses
points
de
vues
et
perspectives.
Les
fréquents
changements de directions engendrés par la succession de cadrage/recadrage
permettent
un
repérage
spatial
difficile.
Cependant, la variété des cheminements possibles ici dans cette carrière, augmente à chaque instant nos chances de percevoir l’infini.
L’étude des perceptions mis en avant ci dessus permet la prise en compte des critères d’ambiances propre à un espace à l’échelle d’une conception architecturale.
Par les divers phénomènes physiques mis en avant dans cette dernière partie, l’univers souterrain apparait ainsi comme un espace multi sensoriel. Il stimule en effet nos sens et sollicite notre corps aux expériences sensitives et spatiales. La diversité observée influent nos déplacements et c’est ainsi que l’espace souterrain est saisi comme milieu sensible
64
Conclusion et ouverture
La prise en compte ici de la troisième dimension de la ville permet
Au travers de l’investigation troglodytique et de l’intérêt porté à la configuration en «trou», l’univers souterrain intervient de plus en plus, dans la transformation des territoires urbains. En s’immisçant au sein des échelles architecturales, urbanistiques et paysagères l’espace du « dessous » semble être une belle opportunité vers de nouveaux aménagements pour la ville de demain. La co-dépendance des deux milieux mise en avant au cours de ma recherche motive dés lors,
les
expérimentations
et
engagements
des
concepteurs.
Véritables laboratoires d’expériences, les dessous de la ville
également une attention particulière aux seuils et transitions. Dans les actions de monter et de descendre ses pentes, l’émergence de l’oblique dans la ville crée de nouvelles attitudes urbaines. Une configuration spatiale qui favorise alors la dynamique des mises en scènes urbaines et qui interrogent alors le profil des paysages. L’étude
des
transitions
dans
la
composition
urbaine
permet
également de (re)penser les vertus de la ville de demain et d’interroger les interactions entre les divers environnements urbains, aérien et souterrain.
interviennent dans les débats actuels sur la densité et dans les préoccupations
durables.
S’intégrant
subtilement
dans
son
environnement, cette typologie souterraine semble ainsi être un milieu en faveur d’une écologie sensible. Une approche écologique qui permet d’introduire une réflexion sur l’investissement des espaces et sur les pratiques de l’espace public. En effet, les diverses interventions dans l’épaisseur des sols participent inéluctablement à la requalification de la surface des sols. Une surface qui va bénéficier
En questionnant les ambiances urbaines, l’expérience sensorielle des espaces souterrains atteste de la capacité du milieu à être un déclencheur d’ambiances. En effet les qualités sensibles, visuelles, sonores,
climatiques,
de
cet
espace
spécifique
bouleversent
l’expérience corporelle du passant et influence les perceptions. La configuration spatiale qui intervient dans un rapport sensible à la ville, nous invite vers un nouvel espace public.
d’un nouvel espace pour accueillir diverses installations selon les besoins des usagers. Il s’agit d’un aménagement nouveau et d’un partage d’espace entre deux milieux, aérien et souterrain, qui vont intervenir dans l’organisation urbaine des espaces privés et publics.
65
Cette étude des phénomènes sensibles permet également de déceler
Déjà, en 2008, Thierry Paquot, philosophe de l’urbain parle
les environnements potentiels qui vont participer aux mouvements
« d’urbanisme sensoriel » 106 qui selon lui « transfigure les sens,
des passants et donc à leur motricité. Dans l’étude et l’évolution des
magnifie les sensations, honore l’humanité des humains. ».
perceptions, l’œil fut constamment l’organe sensoriel le plus favorisé. Les transformations des territoires modifient au quotidien nos points
Le souterrain peut-il alors participer à cet urbanisme « sensoriel » qui
de vues et permettent alors la rencontre avec de nouveaux
invite aujourd’hui aux recherches de nouvelles interactions entre
« horizons ». Ainsi, l’influence de l’environnement physique établit un
l’homme et son environnement.
instant important dans notre expérience urbaine au quotidien.
Par l’étude de l’interaction entre les deux milieux, la recherche ouvre les réflexions vers l’expérimentation d’un environnement nouveau qui prendrait en compte les cadres sensibles des aménagements. Dans une réflexion sur le devenir urbain, il s’agit alors d’expérimenter les relations entre les formes urbaines, architecturales et paysagères. La diversité des morphologies urbanistiques va permettre la valorisation de nos cinq sens et solliciter les diverses expériences sensorielles. A échelle humaine, la prise en compte de la mobilité corporelle dans les métamorphoses urbaines stimule une approche sensible de la ville. C’est une approche qui tente de comprendre le ressentis des individus dans leurs pratiques quotidiennes de l’espace public. Vers une nouvelle manière de penser l’urbanisme ? 106
Revue Urbanisme, « La défense en quête de sens » sous la direction de Thierry Paquot et Dominique Lefrançois, hors série n° 34, 2008
66
Table des illustrations : Figure 1: Le zoning souterrain selon Edouard Utudjian, année 1950.………..16
Figure 17 : Emergences dans la ville- Doué-La-Fontaine……………………...47 1.
Vue depuis sur le »sol-toit » du site des perrières
2.
Vue sur la rue des perrières
Figure 2 : Situation géographique de la ville de Doué-la-Fontaine il y a 10
Figure 18 : Attitude souterraine : enfouie, mal cachée, émergente, montrée..48
millions d'années…………………………………………………………………....24
Figure 19 : Végétation et cavités, site 2 « troglodytes et sarcophages » Doué-
Figure 3 : Représentation des sous-sols parisiens……………………………..28
La-Fontaine…………………………………………………………………………..49
Figure 4 : Vision poétique : cathédrales souterraines, lacs et rivages. Coal
Figure 20 : Plan du site 1 : site des perrières – Doué-La-Fontaine…………...53
City dans les Indes noires………………………………………………………….31
Figure 21: Puits de lumière - site 2 « troglodytes et sarcophages »-Doué-La-
Figure 5 : Celui qui lève les bras, la rencontre du fantastique. Le vieillard
Fontaine……………………………………………………………………………...55
Silfax représentant l’esprit du mal dans les Indes noires sera finalement
Figure 22 : Phénomène de l’effet buvard
terrassé……………………………………………………………………………….31
Intérieur de la poterie de la rose bleu avant la production de l’effet
Figure 6 : Projet de la basilique, la basilique traverse la montagne du versant
Doué-la-Fontaine, salle d’exposition souterraine……………………………….59
nord au versant sud, dessin de Trouin…………………………………………...34
Figure 23 : phénomène de l’effet buvard
Figure 7: Entrée de l’œuvre de Warminski- lieu dit L’Orbière…………………36
Intérieur de la poterie de la rose bleu au cours de l’effet
Figure 8 : Schéma-coupe sensible de la configuration en trou……………...37
Doué-la-Fontaine, salle d’exposition souterraine……………………………….59
Figure 9 : Coupe sensible sur la ville de Doué-la-Fontaine…………………....38
Figure 24 : Déformation visuelle observée sous le phénomène de l’effet
Figure 10 : Typologies troglodytiques, de coteau et de plaine………………..39
buvard………………………………………………………………………………..60
Figure 11 : Axonométrie d’organisation spatiale : site des perrières………....41
Figure 25 : Succession des plans dans la traversée du site des perrières-
Figure 12 : Plan de la ville de Doué-la-Fontaine………………………………...42
Doué-La-Fontaine…………………………………………………………………...61
Figure 13 : Délimitation du site 2 « troglodytes et sarcophages » avec son
Figure 26 : Morphologie et succession de cavités intervenant dans la
entrée principale – Doué-La-Fontaine.…………………………………………...43
perception du lointain : site troglodytes et sarcophages- Doué-La-Fontaine..63
Figure 14 : Occupation de la surface du sol du site « troglodytes et
Figure 27 : Dans cette obscurité, différents cheminements possibles vers un
sarcophages »-Doué-La-Fontaine.………………………………………………..44
« ailleurs » : site troglodytes et sarcophages.- Doué-la-Fontaine……………..63
Figure 15 : Emergences dans la ville Doué-La-Fontaine……………………….46 Figure 16 : Délimitation du site 1 et 3: site des perrières avec ses deux entrées et des habitations troglodytiques de la rue des perrières- Doué-LaFontaine……………………………………………………………………………...47
67
Bibliographie :
Utudjian (Edouard), L’urbanisme souterrain, presses universitaires de France, “ collection que sais-je? ”, 1972.
° Les orientations bibliographiques regroupent dans un premier temps des ouvrages divers sur l’histoire et les théories de l’urbanisme et de l’urbanisme souterrain. Des ouvrages qui m’ont permis de comprendre la genèse et les premières motivations d’investir les sous sol de la ville.
Utudjian (Edouard), Architecture et Urbanisme souterrains, robert Laffont éditeur, 1966 Le livre traite de manière rapide les différents événements liés à l’urbanisme souterrain. Il nous évoque une partie historique qui a motivé l’homme à investir le sous sol en fonction d’un contexte urbain. Par quelques exemples précis
Barles (Sabine) et Jardel (Sarah), L’urbanisme souterrain : étude comparée exploratoire,
avec le cas de Paris.
Laboratoire théorie des mutations urbaines, “ collection que
sais-je?”, Avril 2005.
Références à l’association et articles de la revue Ar’site fondé en 1986, pour favoriser
Bertholon (Patrick) et Huet (Olivier), Habitat creusé, le patrimoine troglodytique et sa restauration, groupe Eyrolles , 2005 Duffaut (Pierre) ,« L’espace souterrain, un patrimoine à valoriser » colloque du
l’architecture-paysage
des
habitations
troglodytiques
aux
architectures contemporaines conçues en étroite liaison avec le minéral ou végétal ou à l’interface entre le sol et le sous sol. ° Il fut pour l’étude indispensable de lire des ouvrages théoriques tel :
Comité espace souterrain, AFTES “ , 23 octobre 2006 Arnheim Loubes (Jean-Paul) ,Archi troglo, édition parenthèses, 1984 Maupu (Jean Louis), La ville creuse pour un urbanisme durable, l’Harmattan, 2006 Trebbi (Jean-Charles) et Bertholoo (Patrick), Habiter le paysage, maison creusée maison végétale, Editions Alternatives, 2006.
(Rudolf),
Dynamique
de
la
forme
architecturale,
Architecture+recherche, Pierre Margada éditeur, 1986. Choay (Françoise), L’urbanisme, utopies et réalités une anthologie, éditions du Seuil, 1965. Choay (Françoise), Pour une anthropologie de l’espace, éditions du Seuil, 2006
Le regard des deux spécialistes m’a permis d’introduire l’impact de l’architecture sur son environnement ; illustré, l’ouvrage présente des projets et exemples internationaux existants ou en cours de constructions.
68
Merlin (Pierre) et Choay (françoise), Dictionnaire de l’urbanisme et de
° Je me suis ensuite intéressée à des ouvrages qui traiter des exemples
l’aménagement, deuxiéme édition revue et augmentée, Presses universitaires
d’études spécifiques.
de France, 1988 Boucher (Sandrine) et Maihes (François), “ Voyage au ventre de la terre ”, Sitte (Camillo) et Choay (Françoise), L’art de bâtir les villes, l’urbanisme selon
Tribune de Lyon, dossier “ Lyon sous terre ”, mai 2006, p18 à 27
ses fondements artistiques, édition du Seuil, 1996. Colloque Européen en Saumurois, “ le patrimoine troglodytique : un atout ° Questionnant l’intervention de l’univers souterrain dans les enjeux actuels du développement durable, j’ai sélectionné quelques écrit spécifiques.
pour le développement des territoires ”, 25 et 26 septembre 2007. Organisé
par
Développement »
la
communauté
le
projet
d’agglomération
cavesnetwork
regroupe
« Saumur un
Loire
ensemble
de
Duffaut (Pierre) “ Habiter sous terre pourquoi pas ? ”, Ar’site, N° 37, décembre
professionnel qui étudient la notion de troglodysme notamment dans la région
2009, p 27
du Maine et Loire. Les principales orientations sont tournées vers les notions de patrimoine et de connaissance de ces espaces comme un atout pour le
Duffaut (Pierre), « Insertion des ouvrages souterrains dans un paysage
développement des territoires.
géologique, » colloque du Comité espace souterrain, AFTES , 23 octobre 2006
Cousin (Michel), Archéologie des carrières souterraines de doué la fontaine, à la recherche d’un passé souterrain en Anjou, édition Gal’Art, 2002.
Farray (Daniel), « La ville problématique de l’espace souterrain », colloque du Comité espace souterrain, AFTES “ , 23 octobre 2006
Fraysse (Jeanne) et (Camille), Les troglodytes en Anjou, à travers les âges, 1984.
Nascimento (iuli), “ Le développement durable “, Note Rapide IAUIDF, N°346, décembre 2003
Nagels (Marc), Les troglodytes en Val de Loire, édition Ouest France, 2009.
Zunino (Gwenaelle), “ Imaginer les espaces souterrains de la ville de demain “
Ando (Tadao), « Architecture d’aujourd’hui », numéro 338-340, mai juin 2002
, Note Rapide IAUIDF, N°579, octobre 2011 Saas (Bruno) « Seuils et passages, une étude de cas : les entrées et une station du futur métro leger de Rouen », TPFE, école d’architecture de Normandie, 1990
69
Triolet (Jérôme et Laurent), Les souterrains le monde des souterrains-refuges
Pèlegrin-genel (Elisabeth) et Pèlegrin (François), Ambiances, densités urbaines
en France, édition errance,1995.
et développement durable, édition PC, 2008
URBAINE revue, découvrir et repenser les villes européennes, “ Sous-sols :
° En questionnant les sens et ambiances de l’espace souterrain, je me suis
aire de stationnement, entrepôt de stockage ou nouvel espace de culture ”,
ensuite orientée vers des livres spécifiques sur les approches sensibles de
édité par l’association dévorateurs d’espaces, N°13 printemps 2007.
l’architecture et l’environnement.
La succession d’articles m’a permis de prendre connaissance des différents regards que l’on pouvait avoir sur les espaces enterrés.
Amphoux (Pascal), Thibaud (Jean-Paul) et Chelkoff (Grégoire), Ambiance en débat, édition à la croisée, 2004.
Von Meiss (Pierre) et Radu (Florian), Vingt mille lieux sous les terres, presse polytechniques et universitaires romandes, 2004.
Augoyard (Jean François) et Torgue (Henry), A l’écoute de l’environnement, répertoire des effets sonores, édition parenthèses, 1995.
Wagon (Angeline), « L’architecture troglodytique et sa part émergée : des
L’ouvrage se présente comme être un dictionnaire des effets sonores et m’a
exemples remarquables du Venin français vallée de Seine », MES, 1998.
permis de distinguer certains de ces effets que je pouvais appliquer au milieu urbain.
° De plus, j’ai retenu plusieurs ouvrages, articles et travaux d’étudiant qui illustrent par le biais d’exemples, l’intégration de ces nouveaux espaces à
Cullen (Gordon), The concise townscape, the architectural press, 1996 .
l’environnement. Chelkoff (Grégoire) et Thibaud (Jean-Paul), Semery (Cécile), « La ville en coupe » MES, Versailles, 2004
Ambiance sous la ville : une
approche écologique des espaces publics souterrains, Convention de recherche sur l’espace sonore et l’environnement urbain, laboratoire du
Girault (Pascal), Doué la souterraine -une citée oubliée, édition les caves se
Cresson, 1997.
rebiffent, 2007.
Une grande étude fut menée par ces auteurs sur les sites du Louvre et des halls à Paris. Par une succession d’entretiens retranscrits ainsi que
Labbé ( Monique ), Du proche au lointain, “ colloque du Comité espace
d’observations,
souterrain , AFTES “ , 23 octobre 2006
appréhender les espaces souterrains.
l’ouvrage
m’a
permis
d’acquérir
une
méthode
pour
70
Spinetta (Dominique), L’apprentissage du regard, savoir-faire de l’architecture,
Liens internet :
éditions de la Vilette, 2002
- http://www.aftes.asso.fr/publications_comite-espace-souterrain.html -http://www.presseurop.eu/fr/content/article/599641-pour-vivre-heureux-
Thomas (Rachel), Marcher en ville, faire corps, prendre corps, donner corps aux ambiances urbaines, éditions des archives contemporaines, 2010. Thibaud (Jean-Paul) Les cadres sensibles de l’espace souterrain. Ville de Montréal. ACUSS, 1997p1
vivons-sous-terre
- http://www.mondesouterrain.fr/ - http://www.troglonautes.com/La-Communaute-des-Troglonautes_a48.html http://www.troglos.com/
-http://www.catp-asso.org/web/p33-
- En interrogeant le sol et le territoire, la volonté était de trouver des livres écrit
le_projet_europeen_cavesnetwork.html?PHPSESSID=3dc8a63b7ec388e96b8
par différents groupes disciplinaires, ainsi par l’intermédiaire de ces lectures,
b7f9e87df1047
je pris connaissance des travaux de sociologue, urbaniste, archéologue et pédologue.
Site d’information sur le Maine et Loire :
Barles (Sabine), Breysse (Denys), Guillerme (André) et Leyval (Corinne), Le sol
-http://www.catp-asso.org/web/les_troglodytes_en_val_de_loire-imprimer-11-
urbain, édition économisa, “ collection villes ”, 1999.
page.html?PHPSESSID=66d1be1c592f463bb607db5ba02b12b1
Par les approches géologiques, archéologiques, anthropomorphiques et
-http://www.ot-douelafontaine.fr/
urbanistique, les auteurs, nombreux exploitent le sol urbain et en donne des
-http://www.ville-douelafontaine.fr/
notions intéressantes. En interrogeant le sous sol, je me suis ainsi inspiré et intéressé sur les origines l’évolution des sols stratifiés.
http://videos.tf1.fr/reportages/heureux-comme-un-troglo-6116528.html
Dvd : Extrait de la conférence, les entretiens de chaillot 3/11/2003, “ 9 conduites nécessaire pour un apprentissage sur le paysage ” Michel Corajoult Extrait de la conférence Paysage et photographie et Horizon dirigée par Catherine Grout – 6 décembre 2011
71
Table des annexes
I) Repérage des sites
Annexe 1 : Carte de la France troglodytique…………………………...73 Annexe 2 : Plan de la ville de Doué-la-Fontaine……………………….74 Annexe 3 : Information site des perrières……………………………....75 Annexe 4 : Information site troglodytes et sarcophages……………...77 Annexe 5 : Répertoire des cavités……………………………………….79
II) Rencontres et entretiens
Annexe 6 : Rencontre 1 : Avec Mr Perdereau Philippe ……………....80 Propriétaire du site troglodytes et sarcophages – Doué-la- fontaine Annexe 7 : Rencontre 2 avec Mr Girault Pascal Ecrivain et photographe du patrimoine………………………………….82 Annexe 8 : Rencontre 3 avec les habitants et les passants touristiques :………………………………………………………………..83
Annexe 9 : Lexiques……………………………………………………….84 Annexe 10 : Observations sur site.……………………………………...86
72
Annexes : I) Repérages des sites Annexe 1 : Carte de la France troglodytique Source :Trebbi (Jean-Charles) et Bertholoo (Patrick), Habiter le paysage, maison creusée maison végétale, Editions Alternatives, 2006.p59
73
Annexe 2 : Plan de la ville de Doué-la-Fontaine Source : plan proposé par l’office de tourisme sur le site de la ville
74
Annexe 3 Site Troglodytes et sarcophages, information Lien internet :http://www.troglosarcophages.fr/1024/default.asp?ref='fr' Article : Michel Pateau/ Photos : Pascal Girault/ Magazine L'Anjou - Septembre 1995 - n°30 Ces grottes sont d'autant plus captivantes que l'on connaît mal cette période [Mérovingienne] de l'histoire, alors que l'ère gallo-romaine nous a déjà livré beaucoup de ses secrets. Il fallait donc que les chercheurs archéologues soient aussi un peu spéléologues pour descendre à l'aventure dans les anciennes galeries souterraines qui abondent sous le sol angevin. Michel Cousin, responsable des fouilles dans ce hameau au sud-est de Doué, est familier de la spéléo autant que de la truelle. Depuis quatre ans, il met la lumière sur l'ombre des caves, révélant l'existence, sur environ un hectare de cette terre du Miocène, creusant les galeries au lieu-dit de la Seigneurie, d'une fabrique de sarcophages des Ve et VIe siècles ; presque à l'état où nos ancêtres l'ont laissée aux suivants.
C'est cette carrière, dont la gueule sombre s'ouvre dans la cour d'une propriété, qui a été prospectée, à l'emplacement de la maison seigneuriale appelée La Cour de Douces. Le plus étonnant est cette ancienne carrière d'extraction de sarcophages." En fait," nou explique Michel Cousin, "l'occupation du site commence à l'époque mérovingienne, et se poursuit jusqu'à l'époque moderne. Nous avons pu identifier l'activité des premiers occupants: une pré-industrie du sarcophage, dont la production est estimée à environ 35.000. " L'affaire n'a pas été éclaircie aussi facilement. Si ces vastes salles ressemblent aujourd'hui à on ne sait quelle cathédrale souterraine aux lueurs jaunes, c'est armée de truelles et de simples seaux que l'escouade d'archéologues bénévoles a déblayé le terrain, puis gratté minutieusement les parois pour découvrir ces entailles significatives, et ces grandes boîtes de pierre creuse destinées aux sépultures. […] Comme si les carriers de l'an mille avaient abandonné leur chantier la veille. […] UN FRAGMENT DE CIVILISATION EN TROIS DIMENSIONS " Nous avons retrouvé toutes les traces d'enlèvement des sarcophages, dont on voit un peu partout les formes trapézoïdales, des blocs entiers qui ont été détachés de la masse, qui ont été abandonnés sur place parce qu'ils avaient un ou plusieurs défauts. Il a fallu gratter avec circonspection pour comprendre la stratigraphie des remblaiements, des déchets occasionnés par la taille de la pierre dans la carrière, et retracer enfin la vie de nos carriers à l'époque mérovingienne. " […] UN REFUGE CONTRE LES ENVAHISSEURS
35.000 SARCOPHAGES
Tous les spécialistes du milieu troglodytique angevin savent que les périodes de troubles - crises, intempéries, invasions, guerres civiles - se sont traduites dans cette partie caverneuse de l'Anjou par une stratégie de l'enterrement. Au lieu de creuser les tombes de pierre dans la carrière de Douces, les habitants se sont eux-mêmes enterrés vivants pour survivre aux raids meurtriers des vikings. De la carrière, le monde souterrain est devenu refuge. L'archéologue angevin s'appuie sur un texte du douzième siècle relatant les événements du IXe siècle: " On y apprend que les
75
gens de Saint-Hilaire-Saint-Florent, près de Saumur, sont venus se réfugier lors des invasions normande dans les grandes caves de Doué-la-Fontaine. A ce moment-là, il n’y avait que les carrières souterraines de sarcophages qui existaient ici. Et certainement celle-ci, à Douces. Beaucoup de souterrains ont été aménagés à cette époque. " Les signes d'un recours à l'habitat souterrain se lisent notamment sur la voûte des cavernes percée de trous à l'apparence étrange: des chatières verticales destinées à permettre le passage aux troglodytes, qui aboutissaient ainsi à une galerie remontant en surface, soit dans une habitation, soit dans un taillis en pleine forêt. Ni vu, ni connu! Dans ces galeries-refuges, on trouve également des silos à céréales et des systèmes de fermeture originaux. Tels ces rondins coulissant dans une encoche creusée dans le roc que les travailleurs du chantier ont reconstituée. La galerie était précédée d'un coude à angle droit, ce qui empêchait les assaillants éventuels d'utiliser un bélier pour défoncer la porte. La carrière de sarcophages devint alors un abri pour la défense passive. […]. " Quand nous avons dégagé les déchets de taille, la pierre est restée de cette belle couleur jaune du falun, avec cet aspect agréable qu'on retrouve partout dans les galeries. Quand on songe que cette roche a près de dix millions d'années, cela donne le vertige! Dans la région de Doué-la-Fontaine, surtout, où le dépôt de l'ancienne mer des faluns a une épaisseur qui varie entre 15 et 23 mètres! Ici, à Douces, le banc pour extraire les sarcophages a été utilisé sur 3,50 m, voire 4 m. On se trouve à peu près entre six et dix mètres de profondeur par rapport à la surface, ce qui est peu important. " "Certaines céramiques ont été ébréchées, le col ayant cassé lors de la cuisson. Au lieu de les jeter, le carrier mérovingien les utilisait pour transporter des tisons à l'intérieur de la carrière. Ce qui nous donne à penser que ces tisons servaient à alimenter un foyer de forge. La pierre est un matériau assez abrasif, et les outils devaient être rebattus à la fin de la journée de travail. Il faut imaginer une petite forge, de style africain, avec quelques cailloux et un petit foyer pour retaper les outils."
Photographies prises sur place, montrant la chapelle puis une reconstitution de la fabrication de sarcophages.
76
Annexe 4 Site des perrières, informations Source : http://www.ville-douelafontaine.fr/pdf/Presentation-Centredes-Perrieres-2011.pdf
77
Plan RDC
Plan R1
78
Annexe 5 Répertoire des cavités souterraines de la ville de Doué-la-Fontaine Source : site du BRGM
79
II ) Rencontres et entretiens
Par mail : La question principale fut de savoir qu’est ce qui l’avait attiré par le
Au cours des échanges, la principale question fut de savoir quelles étaient les
troglodytique.
motivations et les intérêts porté au troglodytisme.
Annexe 6 :
“Hello Zoé,
Rencontre 1 : Avec Mr Perdereau Philippe : propriétaire du site
Pas facile de répondre à la question des enjeux et des ressentis du
troglodytes et sarcophages
troglodytisme. Avant de venir dans cette région, je ne connaissais pas le mot «
Février 2012 – Doué-la-Fontaine
troglodyte ». Je me souviens que dans ma région, j'avais 13 ans, avec des copains, nous avions décidé de faire un petit film dans une des rares grottes
Sur place:
que nous avions découverte. Je crois me souvenir que le scénario laissait planer beaucoup de mystère !
Selon moi vivre sous terre offre beaucoup d’opportunité quant à un “nouveau” mode de vie. J’ai toujours été Intéressé par l’écologie et les nouveaux modes de constructions, et je suis l’un des premiers à construire ma maison en paille. J’entrepris cette construction en extension de mon habitation troglodytique. Mes diverses carrières professionnelles m’ont permis au fil des années d’améliorer sa maison construite dans la terre. Pour améliorer mon confort, j’entreprit beaucoup de travaux en accord avec la pierre , déblaya les conduit de cheminée existant afin d’en créer des puits de lumières. Passionné par les qualités spatiales que la roche à créer dans la ville de doué la fontaine, je suis depuis 4 ans propriétaire du site “troglodytes et sarcophages” dont je connais toutes moindres anecdotes. Et quand on lui demande d’ou vient cette passion, il raconte les rencontres qu’il eu et les opportunités de construire sous terre. “être sous terre, c’est être autodidacte”
Quand je suis arrivé à Doué pour mon travail (directeur de structure d'insertion par l'emploi), en 1990, j'ai rapidement été attiré par ce monde souterrain. Le premier 1er de l'an que j'ai passé ici, fût dans des carrières « cathédrales » désaffectées, où j'avais invité des amis de toute la France. Nous avions emmenés de quoi faire du feu et des bougies pour s'éclairer, ainsi que des textes de poésie et autres récits... L'ambiance est magistrale dans ces hautes carrières de 15 à 20 m de hauteur. Ce qui m'émeut, c'est cette forme élancée et le volume de carrières sur plusieurs kilomètres. Derrière tout cela, je suis fasciné par la quantité de travail que cela suppose et toute l'activité que cela a engendrée en surface. Nous étions en plein hiver et la température à l'intérieur était bonne, elle nous semblait chaude. Au dessus, on voyait les vapeurs ‘échapper par des ouvertures. J'ai très vite voulu voir comment certaines personnes vivaient en habitat troglo. A l'époque j'avais déjà une certaine idée de l'écologie, donc de l'importance de limiter les dépenses énergétiques, d'utiliser des matériaux plus naturels, de ne pas se ruiner en payant les mensualités de la maison... J'ai
80
compris que le troglodytisme pouvait répondre à ces exigences. J'ai surtout
lumière du soleil traverse les pièces d'habitation (principe de l'effet de serre).
rencontré
toutes
Voilà ce que je peux dire sur mes relations entre le dessus et le dessous.
inconditionnelles du troglodytisme, niant parfois les inconvénients de ce type
Aujourd'hui, les habitants du cru ne veulent plus entendre parler de cet habitat
d'habitat.
méprisable, contre lequel ils ont lutté pour s'en extirper. Les « gens d'ailleurs
Mais tout ce beau monde, se retrouvait en réseau local avec lequel je me suis
»sont touchés par ce patrimoine qui dépéri. Depuis 30 ans quelques artistes et
senti en harmonie, pour faire la fête, pour refaire le monde, pour s'exprimer en
écologistes
gravant ses idées dans la pierre, par la sculpture, l'architecture, l'histoire,
malheureusement le seul principal moteur du renouveau du troglodytisme.
l'archéologie... Ancien ouvrier du bâtiment, j'ai pris un plaisir fou à façonner
Aucunes administrations, aucun responsable politique n'envisagent son
ma maison troglodytique. Le gros avantage, c'est que l'on peut dès le début
développement en dehors du tourisme. J'ai reçu l’interdiction de loger une
s'installer sous un toit avant même d'avoir commencé les travaux. Une image
personne dans mon troglo en raison de son soi-disant état d'insalubrité ; alors
me revient c'est la prise de téléphone dans la « grotte » et rien d'autre que de
que mes 4 enfants maintenant adultes n'ont jamais vu le médecin de leur vie :
la pierre brute ! Cette prise a été le premier élément d'une nouvelle vie de cet
il faut croire que le contact des microbes leur a permis de développer des
endroit qui avait uniquement servi pour faire le vin et le conserver. Je trouvais
anticorps ; arrêtons de tout stériliser !
ces maisons troglo habitées très jolies, intérieur comme extérieur : elles sont la
Le monde des entreprises du bâtiment et vendeurs de matériaux n'est pas très
Nature. Pourtant, j'ai hésité avant d'en faire ma demeure, car une chose me
ouvert, il attend l'augmentation de la demande. J'ai expérimenté par moi-
gênait, c'est justement le fait d'être sous le niveau du sol ; et ça, ça ne me
même, il y a 20 ans l'utilisation de la paille et du chanvre de mon voisin
convenait pas, moi qui vient de la Beauce, ce plat pays. Enfant, je
agriculteur. Il faudra attendre que le prix du pétrole devienne inaccessible pour
m’échappais le soir pour dormir dans un chemin duquel rien n'arrêtait ma vue.
que les choses évoluent réellement ? Tout ce patrimoine troglodytique
A des kilomètres, je pouvais parfois apercevoir la lumière des flèches de la
disparaît petit à petit, mais le fameux pic du pétrole n'est parait-il plus très loin
cathédrale de Chartres. Demandez à un marin s'il aime les paysages marins.
! Alors, seulement, de plus en plus de personnes s'intéresseront de nouveau
Pour moi la Beauce a marqué cette vision des grands espaces de blé ondulant
au troglodytisme en terme d'habitat et d'architecture. Voilà quelques
comme les vagues de la mer et j'aime ça ; alors comment accepter de vivre
réflexions, je ne suis pas très doué pour synthétiser... Concernant les plan en
sous terre ? Pourquoi la ligne d'horizon devrait-elle s'arrêter à quelques mètres
coupe, j'ai recontacté Michel Cousin (tu avais vu son livre?) . IL me dit qu'il n'y
? Je dois dire que je m'y suis fait en partie. Certes la maison est sous terre,
a pas grand chose sur le sujet. Il me renvoie à la bibliothèque du CATP,
mais il y a un puits de lumière que j'ai façonné ; et puis la cour est assez vaste,
éventuellement au projet des Perrières à Doué dont les architectes sont :
elle monte en pente douce vers la surface. Cette maison est un nid abrité des
Lecoq et Cousin. Ainsi que les Dahhan (nous les avons évoqué).
vents, du froid ou du chaud l'été grâce à l'ombre des arbres. Ici on peut se
Bon courage pour la suite. Amitiés. Philippe”
des
personnes
hors
du
commun.
Elles
étaient
ont
investi,
de
nouveau,
ces
lieux.
Le
tourisme
est
mettre à l'endroit qui nous convient en toute saison. En dehors de l'été, la
81
Concernant les taxes : « On a coutume de dire que ce qui est sous terre n'est pas imposable; mais en
“ Depuis plusieurs années, je cherche à faire connaître au plus grand nombre
réalité, maintenant, si l'on réhabilite un troglos, il faut faire les demandes
le patrimoine souvent caché de notre pays. Je suis entre autre l'auteur de
administratives »
plusieurs expositions et muséographies. La réalisation d'ouvrage est la
« Les propriétaires de troglo sont souvent atypiques et parfois rebelles; ils
poursuite logique de mon travail de sensibilisation et de recherches
peuvent oublier "volontairement" les démarches administratives... »
photographiques. Ce site est dédié en partie à ce travail d'(auto)édition. Vous pourrez y découvrir mes différents ouvrages et, si vous le désirez, les
Annexe 7
commander. En parallèle, un blog (en construction) présentera mon actualité
Rencontre 2 avec Mr Girault Pascal
et des articles de fond sur le patrimoine. Il aura la vocation aussi d'être un lieu
Ecrivain et photographe du patrimoine
d'échange ouvert à tous.
Février 2012, Doué-la-Fontaine Pourquoi les Caves se rebiffent? Je suis un passionné de ces lieux, je prends plaisir à photographier le caractère de la pierre dans tous ces états. Je suis attiré par les caves et les cavités de la région et je n’hésite pas à me mettre à plat ventre pour y découvrir les trésors. Grâce à mes connaissances archéologiques, j’essai à chaque fois de dater et comprendre l’histoire des lieux. “Se promener dans les caves, c’est parfois remonter le temps” Photographe, je m’intéresse au patrimoine vivant et insolite, au patrimoine imaginaire, je fut également une
J'ai une attirance toute particulière pour le patrimoine creusé. Le monde souterrain est caché, oublié, méconnu et pourtant remarquable. Je recherche à travers mes écrits et mes photographies la mise en lumière de tous ces éléments oubliés qui font pourtant “ En évoquant le site des perrières ainsi que sa rue, il nous dit que “ c’est un endroit réellement insolite à découvrir absolument. “Ah, si seulement les câbles électriques pouvaient être aussi enterrés! “
série sur “ terre de mégalithes” ainsi que sur les “pigeonnier “, petite architecture remarquable selon moi. Je tiens également un blog où je partage mes photographies. Au cours de l’investigation, il caractérisait la ville de Doué-la-Fontaine comme «Une ville sous la ville». Sur son site internet il évoque : http://www.photopatrimoine.com/
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Annexe 8 :
On se sent tout petit ! J’ai apprécié la visite car j’avais l’impression d’être dans
Rencontre 3 : avec les habitants et les passants touristiques :
un film de jules verne.
Zoé à un habitant troglodytique : Quelles sont les réactions des gens quand
L’humidité des lieux ne fut pas très agréable
vous leur expliquez votre mode de vie ? J’ai failli foncer dans un des murs Souvent ils sont surpris, ils ont beaucoup de préjugés sur ce type d’habitat qui semble ensevelis sous terre sans relation distincte avec la surface.
L’une des accompagnante : Quand je vois un trou dans cette roche, je lève
Mais c’est faux ! Nous nous plaisons dans cette roche qui constitue l’histoire
directement les yeux vers le ciel qui me paraît alors être unique, comme un
de notre ville et qui en fait notre fierté.
tableau mouvant dans cette obscurité
Cependant l’un deux, je me souviens apprécias la dynamique de notre rue, la rue des perrières, pendant que certains montent dans la ville, d’autres descendent.. Etant caché dans cette terre, j’aime dire souvent en ricanant que je suis propriétaire du vide. Questions posés aux enfants lors de leurs visites dans les sites « troglodytes et sarcophages » et le site des perrières. Quels sont vos ressentis après avoir parcourus le site ? J’ai eu peur car
je me suis perdu plus d’une fois, ce truc est un vrai
labyrinthe ! «Je me suis perdu plus d’une fois Il fait très noir la dessous ! C’est envoutant, je me sentais dans un autre monde !
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Annexe 9 :
lʼhabitat bioclimatique) et Patrick Bertholon (architecte, urbaniste passionné
Regroupant les termes employés pour parler des espaces
par lʼarchi paysage)
souterrains.
Terme extrait du livre Habiter le paysage, maison creusées, maisons végétales Défini comme une architecture creusée dans la masse, qui privilégie lʼespace
- “ Urbanisme souterrain “ Terme employé en 1972 par Edouard Utudjian (architecte DPLG, professeur,
intérieur obtenu par soustraction de matière et laisse disparaitre son volume externe confondu avec le paysage.
maître de conférence, directeur de la revue “le monde souterrain “ ) Extrait du livre lʼurbanisme souterrain Succinctement lʼauteur considère lʼaménagement du sous sol comme un réel urbanisme avec la mise en place de plans dʼactions. Il sʼagit pour lui dʼorganiser la vie urbaine non pas dans un plan horizontal mais dans la troisième dimension. Il évoque la notion de ville épaisse quʼil compare à la ville haute et étendue.
- “ Les sous projets “ Terme employé par Pierre Von Meiss (architecte et professeur spécialisé dans la théorie et le projet architectural et urbain) Extrait du livre vingt mille lieux sous les terres Les sous projets résultent dʼune fragmentation de la commande, gagnent en autonomie tandis que le projet global perd en cohérence. Selon eux , la nature à su faire mieux.
- “ Configuration en trou “ / “ La version enfouie de lʼarchitecture “ Terme employé par Jean-Paul Loubes (Professeur à lʼécole dʼarchitecture et de paysage de Bordeaux, chercheur au labo Architecture-Anthropologie de lʼécole dʼarchitecture de Paris la Vilette )
“ Le sous-sol comme banlieue du sur-sol “ Terme employé par Michel Malet (architecte qui a étudié à lʼécole des mines ) Extrait du livre vingt mille lieux sous les terres
Extrait du Colloque Européen en Saumurois - “ Ville immergée “ - “ La ville dʼen dessous “ Terme employé par Sandrine Boucher (journaliste indépendante spécialisé dans les questions environnementales) Extrait de lʼarticle voyage au centre de la terre
Terme employé par Jean-Paul Thibaud (sociologue) Extrait du livre vingt mille lieux sous les terres Lʼauteur se demande si il y a une écologie propre aux villes immergées. Selon lui le monde souterrain favorise un sentiment intense dʼimmersion. La ville immergée offre des situations nouvelles et atypiques caractérisant sans aucun
- “ Architecture en négatif “ / “ Ville en négatif “ / “ Ville intérieure “
doute certains traits de lʼévolution actuelle des ambiances urbaines.
Terme employé par Jean Charles Trebbi (architecte, urbaniste qui étudie
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“La ville creuse” Terme employé par Jean-Louis Maupu (chercheur à l' INRETS ) Extrait du livre la ville creuse pour un urbanisme durable La ville creuse nʼest ni compacte ni dispersée. Le terme signifie que les vides composent la ville en surface et en sous face. “ Entrailles de la ville “ “ Terre mére féconde “ Terme employé par Jimse et Caterina cipoccetta (architectes urbanistes) Extrait de la revue “urbaine n° 13” p 22 23
“ Univers parallèle “ “ espaces internes “ Terme employé par Magali Volkwein (architecte urbaniste ) Extrait de la revue urbaine n°13
- “ un espace de micro société “ “ architecture ensevelie “ “ lʼenvers de la ville “ Terme employé par Grégoire Chelkoff et Jean-Paul Thibaud ( enseignant à l'Ecole Nationale Supérieure d'Architecture de. Grenoble et chercheur au Laboratoire Cresson et sociologue...) Extrait du livre ambiances sous la ville, une approche écologique des espaces publics souterrains.
“ Face caché du territoire “ Terme employé par Pierre Duffaut (expert en génie géologique, membre de AFTES , association française des tunnels et de lʼespace souterrain ) Extrait du colloque de LʼAFTES lʼespace souterrain, un patrimoine à valoriser ;
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Annexe 10 : Février 21012 -‐ INVESTIGATION -‐ Phase d’analyse -‐ Doué la fontaine -‐ laebens Zoé SITE : Les perrières Saison : hiver Température : -‐2 Temps du jour : Ensoleillé ° 3 étapes : 1-‐description 2-‐ cheminement 3-‐ expérience Objectif : rendre compte des diverses transitions sensibles entre le milieu aérien et le milieu souterrain. Question centrale du point de vue de l’aménagement urbain et du point de vue de l’expérience souterraine en elle même. Comment le pas du passant incorpore t ’il les qualités lumineuses et sonores du site ? Examiner la notion de transition en terme d’ambiances Seuil : instant privilégié d’entrée dans un autre monde Méthode : Parcours une première fois en divaguant, Une seconde fois en étant attentive à mes objectifs d’observations. -‐ Repérer les éléments linéaires et ponctuels qui constituent le paysage, séquences et limites. -‐ Découper le paysage urbain en plusieurs espaces et plans. -‐ Prêter une attention particulière à la matérialité et aux reliefs des sols (homogénéité ou pas ?). -‐ Relevés les composants fixes (arbres, bâtiments) ou mobiles (nuages, lumières) du milieu. -‐ Situer les lieux (sur une carte). -‐ Étudier les Interactions entre les formes. -‐ Relevés les différents passages, seuil et transition. -‐ Étudier les proportions entre le bâti, le non bâti. -‐ Relevés les sons, les odeurs, les textures… -‐ Répertorier les ressentis et effets : (attirance, attraction, guidage, étouffement, bourdon, enveloppement, balayage visuel, échappée visuelle)
La sur-‐face (la rue et les champs) Le sol en surface : continuité urbaine Coexistence avec le sol enterré Sol ° Matériaux du sol: (Minérale ou végétale/ponctuel ou linéaire, relief ou homogénéité) Bitume recouvert partiellement de neige, peu d’herbe ° Surface du sol : (lisse, rugueux, glissant ...) Surface glissante dût à la neige et au verglas. °Présence d’un toit : Nature de celui ci ( jardin, potager, roche) terrains vagues, potagers. Est-‐il accessible : oui Comment : accès directs de la rue, accès une fois dans l’auberge aux différents niveaux de sol. Cheminements ° Comment j’y accède : pente assez raide ou possibilité de prendre les escaliers (fermé ce jour ci par sécurité) ° Quels obstacles : les racines des arbres qui sortent de terre. Sol non linéaire avec des buttes ponctuelles surtout dans le jardin et le potager (recouvert de neige) ° Les ouvertures : trous horizontaux dans le jardin puis verticaux dans la roche au niveau de la cour (issu du troglo de plaine). ° Passages : direct depuis la rue par la descente, une fois arrivée dans la cour, plusieurs accès, passages s’offrent à nous. Accessibles ou partiellement. ° Les points de vues : successifs vers le paysage ° Quel horizon : lointain puis de plus en plus rapproché (au cour de la descente, disparition progressive du ciel, mur qui nous entoure, puis arrivée dans la cour et son nouvel espace.
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Environnement et intégration : ° Paysage : (Couleur, lumière, arbres, végétations, nuages,) Paysage plutôt rural. Les environs de la rue sont plats. Il y a des trous de part et d’autre de la rue. Le blanc est prédominant. Les deux couleurs qui contrastent le paysage sont le blanc et le bleu du ciel. La roche sableuse prend son volume au fur et à mesure de l’avancée (refend, redans). Le falun s’entremêle ponctuellement avec le végétal. ° Architecture : (Densité du bâti, forme, esthétisme, proportions, fonction du bâti) Les rues sont étroites et sans trottoir, la densité est très faible en surface. Les quelques maisons alentours ont une typologie de type pavillonnaire. Éléments ponctuels et linéaires : Quelques arbres. ° Comment apparait le ciel : (un ciel unique, un ciel en mouvement, un ciel statique ) En mouvement dû au vent ° Les odeurs : (Odeur de roche, pluie, d’herbe) Le froid me permet difficilement de déceler les odeurs environnantes. ° Les sons : (Urbains, végétal, producteurs d’émotions) Le vent balaie les branches et les feuilles mortes encore présentes partiellement. Le bruit urbain se manifeste par les quelques voitures qui traversent la rue. Leur allure est lente dût aux conditions climatiques. ° le toucher : on pas est amorti par la neige Je touche la roche bien fraîche qui s’effrite timidement. Voit on les gens disparaitre? Et comment, a quelle vitesse : (Théâtralité et mise en scène urbaine) Les accès sont très larges, ce qui entraine peu de surprise dans l’effet de disparition des gens.
Les pentes se définissent comme une continuité du sol urbain, un sol qui semble mouvant et qui donne accès aux différentes épaisseurs de la ville.
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L’entre deux Comment apparait le ciel : le ciel apparait entre “4 murs “. On doit presque lever la tête pour le voir. (un ciel unique, un ciel en mouvement, un ciel statique ) ° Position du corps : Efforts : ° Qualité des sols : divers ° Qualités des parois : ° Obstacles : beaucoup ° Point de vues : on observe beaucoup de trous dans les parois de pierre. Le plus souvent noir (ce qui indique une profondeur..) les trous sont le plus souvent des accès. ° Sensations générales : dans le passage extérieur/intérieur, on observe une transition “jour/nuit” “lumière/obscurité/lumière” ces transitions lumineuses influent également sur les changements et mouvements des ombres. ° Emmarchement, pente : ° Lieux couvert ? Non
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La sous -‐face Comment apparait le ciel : (un ciel unique, un ciel en mouvement, un ciel statique ) Statique et mouvant par endroit Effets et ambiances (au cours du parcours) Nombreux liés aux propriété physique de l’espace souterrain
°Quelles hauteurs sous plafond : Variation des hauteurs de 15 à 20m ° Largeur des parois : Variation : 10 à12m
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