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SONDAGE IFOP 2010 PROTESTANTISME FAMILLE RECOMPOSEE – LA CONFIANCE ENGLOUTIE SONDAGE IFOP 2010 ou LE PARADOXE PROTESTANT « Moins on participe, mieux on représente »

La confiance engloutie Conséquence inattendue mais logique de la débauche sondagière si caractéristique de la vie politique française depuis trente ans : le doute et la défiance gagnent l’opinion : « Et si les sondages nous en disaient davantage sur les sondeurs que sur les sondés » ? De ce point de vue, le dernier sondage sur le protestantisme commandé à l’IFOP fin 2009 par la Fédération Protestante de France constitue un cas d’école. Il résulte, en effet, des réponses que si les sondés « se déclarent majoritairement proches » des églises historiques Luthéro-Réformées (60 %), en revanche les pratiquants qui constituent le noyau vivant du protestantisme sont à 75 % évangéliques. 8 % et 9 % des luthéro-réformés vont chaque semaine au culte… contre 65 % des évangéliques et pentecôtistes. Si l’objectif de la Fédération Protestante de France, en commandant ce sondage, était de justifier la prétention exprimée dans sa réforme statutaire de 2010 à « représenter tous les protestants sous la direction d’une église réformée majoritaire par la grâce des « Assoc », ce sondage apporte un démenti cinglant. Au sein de la Fédération Protestante, le privilège de parler au nom du protestantisme, sans le consulter, sera réparti par la réforme statutaire de 2008-2011 à raison inverse de la pratique religieuse. Ce résultat paradoxal résulte du refus de définir et dénombrer les membres des églises selon qu’ils assistent au culte, cotisent, participent aux assemblées légales, etc. Ce refus, confirmé en controverse par les intéressés le 6 mai 2009, s’inscrit aux antipodes du sacerdoce universel comme de la République réformée et de la démocratie religieuse telles que décrites par Michelet : Qui a pris un tel risque ? Pourquoi ? Pourquoi cette réforme ? Pourquoi ce sondage ? Pourquoi ce titre absurde : « Protestantisme, une famille recomposée » ? +++ Pour tenter de deviner quel a pu être l’objectif du sondage il faut pouvoir répondre aux questions suivantes : 1. Quel organisme a commandé et payé les 28.000 euros du sondage ? La Fédération Protestante de France (FPF), Réforme, La Croix. 2. Date de la décision ? Date du sondage : mai - juin 2010


3. Quels problèmes essentiels agitaient la FPF à la date du sondage ? La réforme de ses statuts et la création du CNEF. 4. Quel objectif prioritaire poursuivait la FPF entre 2009 et 2011 ? « Représenter tous les protestants sous la direction d’une église réformée majoritaire ». 5. Qui a choisi les questions ? Jean-Paul Willaime et Sébastien Fath » en concertation avec IFOP, FPF, Réforme. 6. Des questions qui sembleraient aller de soi ont-elles été écartées ? Cf. ci-après. 7. Qui a commenté les réponses ? Jean-Paul Willaime et Sébastien Fath 8. Qui publie les résultats ? Réforme. La Croix. 9. Ces diverses fonctions ont-elles été assurées par les mêmes personnes liées par quel type de relations ? Oui. Proches de la FPF. 10. Qui a choisi le titre et pourquoi ? « Une famille recomposée » ? Précisions utiles - Le sondage a été décidé fin 2009 par la FPF qui a sans doute payé l’essentiel des 28.000 euros. Il se peut que le CNRS ait contribué puisque les deux experts préposés à l’élaboration des questions et aux commentaires des réponses (Jean-Paul Willaime, par ailleurs président du conseil d’administration de Réforme et Sébastien Fath son collaborateur) sont membres du CNRS. A la date du sondage, deux événements majeurs préoccupaient la FPF : I) La réforme statutaire qui en 2011 va bouleverser la répartition des votes et des contributions financières en son sein. II) La création en juin 2010 du CNEF qui regroupe la majorité de la mouvance évangélique. http://www.ppkaltenbach.org/news/protestantisme-francais-2010-crise-ou-reveil Les AFP ont contribué au débat sur la représentativité en organisant le 6 mai 2009 une controverse sur le thème : « Définir, dénombrer et compter les protestants ». http://www.ppkaltenbach.org/news/protestants-donnez-l-exemple-comptez-vous Ont « controversé », outre les administrateurs des AFP, les autorités de la FPF et de l’ERF, « MM. Parrend, J.D. Roque, B. de Cazenove, J.J. Tenreiro. Des évangéliques : S. Lauzet, J.M. Potenti, D. Liechti, C. Caron, J.P. Riche, G. Michel. Des experts statisticiens et démographes extérieurs (Tribalat, Levy, Voillereau, etc.). Les responsables de la FPF ont exposé clairement leurs raisons de refuser de définir et compter leurs membres : théologiques pour les réformés (cette église utilise le concept de « personne en lien avec elle », ce qui équivaut à « se déclarant »), historiques pour les concordataires, corporatistes pour les Associations. Le journal Réforme a rendu compte de ces refus dans son numéro du 6 septembre en titrant à la Une : « Protestants ! Comptez-vous ». NB. Voir aussi Le titre de la Cinquième leçon de théologie de Michel Lévy à Fontevraud. : « Le devoir d‘être compté ». http://www.ppkaltenbach.org/news/le-devoir-d-etre-compte Or, pour définir et dénombrer leurs troupes sans le dire ni le faire, les responsables vont utiliser une technique absolument inappropriée à cet objectif : le sondage. +++ 2


Du coup, on peut déduire les objectifs prioritaires de la FPF à partir des conséquences de sa réforme statutaire sur les rapports de force en son sein : définir, dénombrer, faire voter, faire payer.

REPARTITION DES SIEGES A L’ASSEMBLEE DE LA FPF AVANT ET APRES LA REFORME STATUTAIRE. LE NOMBRE TOTAL PASSE DE 96 A 120 : 115 « ELUS » ET 5 COOPTES Les critères de répartition utilisés aggravent le paradoxe d'une opération vouée à la fragilité : répartir des droits et devoirs sans définir ni compter les intéressés. 1) La démographie déclarée par les églises : 35 sièges 2) Leur contribution financière : 35 sièges 3) La « solidarité » : 20 sièges • 90 ENTRE EGLISES SEULES

Autres ERF Concordat

En 2006 51,3 % 27,8 % 20,8 %

En 2011 37 sièges 20 sièges 15 sièges

30 % 38,9 % 31,1 %

27 sièges 35 sièges 28 sièges

Les "ASSOC " En 2006 25 %

En 2011

24 sièges 4,4 % du budget

20 % 25 sièges 8 % du budget en 2013

• GLOBALEMENT ERF ASSOCIATIONS CONCORDATAIRES AUTRES EGLISES

30 % 21 % 23 % 23 %

TOTAL = « Majoritaires » luthéro-réformés : 88 sièges : 76 % (NB. dont les réformés avec les associations : 57 sièges : 50 %) TOTAL = Evangéliques : 27 sièges : 24 % - Or l’ERF déclare 40.000 foyers soit 88.000 personnes. Le sondage fait état lui de 9 % de réformés présents au culte hebdomadaire. Ce serait donc 8.000 personnes cotisantes qui vont représenter 1,1 million de protestants adultes auprès des pouvoirs publics ? - Sauf deux exceptions majeures, John Bost et les diaconesses, les associations de salariés répugnent de plus en plus à toute appartenance confessionnelle : parfois les cultes y sont à peine tolérés. - Pour les concordataires, J.F. Collange déclare que sur 250.000 fidèles, seuls 30.000 vont au culte, pour 300 pasteurs rémunérés par le contribuable national.

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CONCLUSION : Au sein de la Fédération Protestante, le pouvoir de parler au nom du protestantisme sans le consulter sera dorénavant réparti en 2011 à raison inverse de la pratique religieuse. Ce résultat n’a pu être obtenu qu’en refusant de définir et dénombrer les membres des églises, de distinguer les bénévoles et fidèles des salariés, les associations des églises. On est là, aux antipodes de la démocratie religieuse et a fortiori du sacerdoce universel.

COMMENTAIRE 11 Avril 2010 – Top Chrétien Avant le sondage, Claude Baty, Président de la FPF a déclaré à l’assemblée de la FPF d’avril 2010 : "La parole évangélique sera plus à la FPF qu'au CNEF !" « Lors de l'Assemblée Générale de la Fédération Protestante de France (FPF), le pasteur Claude Baty n'a pas manqué d'ironiser, en rappelant qu'en réalité, il ne s'agit pas "d'un réel concurrent". En effet, la FPF se fait le porte-voix de 800.000 protestants, parmi lesquels on trouve non moins de 200.000 évangéliques "qui n'ont pas l'intention de quitter" le navire. Alors que le CNEF rassemblerait "au mieux 150.000 évangéliques". Autrement dit, Claude Baty se réjouit de constater que "la parole évangélique sera plus à la FPF qu'au CNEF". Cette déclaration a provoqué la réaction indignée de Daniel Liechti le 19 avril. "Le CNEF pose-t-il des difficultés arithmétiques à la FPF" ? Ce résultat doit être examiné à la lumière des commentaires signés ou co-signés par le plus représentatif des « chercheurs-commentateurs » : Sébastien Fath. REFORME DU 18 NOVEMBRE 2010 Page 2 « Confirmation et précision. Les protestants français se divisent bien en deux familles aisément identifiables : les luthéro-réformés qui représentant 56 % de l’ensemble et les évangéliques 30 %. La majorité du protestantisme en France reste donc à dominante luthéroréformée. Mais sur 100 protestants présents au culte le dimanche, 55 % sont évangéliques contre 37 % de luthéro-réformés ». Page 3 « La pratique cultuelle est de 9 % chez les luthéro-réformés contre 60 % chez les évangéliques. On compte 1,7 million de protestants sur les 64,7 millions de Français de métropole au 1er janvier 2010 ». Page 4 « Chez les évangéliques, présents au culte : moins de 35 ans = 65 % ; plus de 35 ans = 58 %. Chez les luthéro-réformés : moins de 35 ans = 5 % ; plus de 35 ans = 9 % ».

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Page 5 « Si l’on se fie à ces données, le scénario d’une FPF marginalisée par un pôle évangélique s’effondre ». Page 7 « L’Alsace Moselle réunit 2,7 millions d’habitants qui seraient protestants à 17 % soit 450.000 (contre 2 % à l’Intérieur). Pour le sondage, 22,6 % des sondés étaient Alsaciens Mosellans ». Le concordat compte, selon Marc Lienhard, Doyen honoraire de la Faculté de Théologie Protestante de Strasbourg et ancien président du Directoire de l’ECAAL, 220.000 luthériens et 35.000 réformés, 350 pasteurs. D’après le sondage, 12 % vont au culte (Jean-François Collange admet 30.000).

REFORME DU 25 NOVEMBRE Pour commenter le colloque « Protestantisme une famille recomposée » tenu à Paris les 18 et 20 novembre, soit dix jours après publication du sondage, Sébastien Fath développe la théorie des cinq cercles qui contredit ses commentaires sur le sondage, publiés le 18 novembre. THEORIE DES CINQ CERCLES DE SEBASTIEN FATH - Sébastien Fath dénombre d’abord un premier cercle ou noyau dur de 600.000 protestants « rigoureux » qui vont au culte chaque dimanche, répartis en 460.000 évangéliques et 140.000 « autres ». - Second cercle, il rajoute + 400.000 pratiquants (dont + 140.000 évangéliques et + 260.000 « autres ») qui vont au culte au moins une fois par mois soit 400.000, soit un total de 1 million de protestants réguliers. - Troisième cercle, il rajoute + 500.000 (+ 100.000 évangéliques et + 400.000 « autres ») pour définir 1.500.000 protestants de « convictions ». Total = 700.000 évangéliques et 800.000 autres. - Quatrième cercle, il rajoute + 500.000 protestants culturels (+ 50.000 évangéliques et + 450.000 « autres »). Total = 2 millions de protestants culturels dont 750.000 évangéliques et 1.250.000 autres. - Le cinquième cercle débouche sur 2,6 millions de protestants, chiffre dont la source n'est pas mentionnée. CONCLUSION : Tout le monde devrait être content : • Le protestantisme vivant, pratiquant, cotisant, militant (soit 600.000 fidèles) est bel et bien devenu majoritairement évangélique (75 % avec 460.000). • Le protestantisme luthéro-réformé, mou, culturel, d’opinion, est bel et bien majoritaire : 62 % avec 1.250.000 sur 2 millions du 18 novembre.

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Même les concordataires se disent "sereins". Dans un entretien à La Croix du 18 novembre, Jean-François Collange, Président des Eglises Concordataires, fait état de 30.000 participants au culte, lui qui par ailleurs brandit imperturbablement ses 250.000 fidèles pour justifier et les 300 pasteurs-fonctionnaires et –au sein de l’assemblée de la FPF– la parité des sièges avec les évangéliques. Reste qu’un sondage ne pourra jamais servir à départager les votes et les contributions car il n’est pas construit dans ce but, d’autant que IFOP, FPF, CNRS, Sorbonne etc. Réforme et La Croix citent sans broncher des effectifs et pourcentages rapportés à la totalité de la population française : 2,6 % de 64,7 millions soit 1,7 million, nourrissons compris. Or les deux questions "politiquement" essentielles éclairent des opinions, pas des faits. • Première question : "Etes-vous Protestants (82 %) ou chrétiens évangéliques (18 %) » ? • Seconde question « De quelle sensibilité protestante vous sentez-vous le plus proche » ? - Réponses : Réformée Evangélique Luthérienne Pentecôtiste Charismatique Autre Ne se prononcent pas

37 % 23 % 19 % 5% 2% 9% 5%

Deux objections : • Ce sont des réponses d’adultes qu’on ne peut extrapoler aux mineurs et aux nourrissons (idem pour l’islam). • Elles mesurent des opinions et non des comportements, donc on ne peut pas, on ne doit pas en tirer des conséquences sur la représentativité, les aides, les agréments, les rapports avec les pouvoirs publics. QUESTIONS NON POSEES La recherche des questions non posées alors qu’elles auraient fortement contribué à la compréhension de l’évolution des protestantismes est non moins révélatrice. • Vous venez du protestantisme ?  Luthérien  Réformé

 autres églises anciennes

 d’autres religions

 d’aucune religion

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CATEGORIE IFOP : 

Vous allez au culte

Vous n’allez pas au culte

• Vous cotisez / une proportion de votre revenu ? 5%  10 %  Plus

• Vos enfants sont ?  En catéchèse  En mouvement de jeunesse

• Vous participez à la vie de votre église ?     

Activités cultuelles Prédication Catéchèse Baptêmes, mariages, enterrements Assemblées d’église

• Activités culturelles  Diaconie (intérieure à l’église)  Action sociale (ouverte à la société)  Action culturelle (Ecole...)

• Vous avez une activité associative ?  En société  Bénévole  Salariée

• Vous utilisez des médias protestants ?  Journal  TV  Radio  NET

• Votre modèle familial est : Des enfants élevés durablement par deux parents de sexe différents liés par le droit du mariage ? 

 Jugez-vous souhaitable de subventionner fiscalement le PACS ?

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PROPOSITION POUR 2011 Hostiles par principe à la technique du sondage qui –on vient de le démontrer– peut être biaisé, peut s’effectuer sans l’accord préalable des sondés, ne résout pas la question de la représentativité, les AFP pourraient inventer et expérimenter une pratique de « recensement d’initiative populaire ». Profitant de l’obligation que leur fait l’UNAF de déclarer annuellement la liste des familles membres de leurs associations, les AFP pourraient, en reprenant l’ossature du sondage IFOP, pour avancer dans la voix de la transparence voulue, demander à leurs membres de répondre aux questions posées et non posées du sondage IFOP. Chaque membre d'AFP qui le souhaiterait recevrait une identification WEB infalsifiable pour poser des questions, voter, répondre à des enquêtes. Les expériences étrangères (Québec entre autres) seraient étudiées. Au fil des années, le recensement pourrait s’améliorer au point de servir d’outil fiable et incontestable aux sociologues, politologues et médias. En cas de réussite, cette expérience servirait de prototype à d'autres organismes civils ou politiques. En tout cas, la question sera mise à l'ordre du jour de l'assemblée de 2011. Sous le contrôle du CA des AFP : • Un comité du recensement composé d'experts extérieurs (démographes, statisticiens, médias, spécialistes du WEB, politologues, sociologues, chercheurs, compétents, indépendants, ouvert aux participants à la controverse de 2009, définirait les questions et les procédures puis procéderait par appel d’offre. • Un budget de 26.000 euros (dix pour cent du fonds associatif 2010) sur trois ans serait consacré au projet. • L’assemblée générale de 2011 se prononcerait sur le projet. ++++++++++++++++++++++++++++++++++++++ PS : I – Titre étrange ? Pourquoi étrange ? L’état de famille recomposée n’est guère enviable ni souhaitée, car la décomposition précède nécessairement la recomposition, et il n’est pas démontré que les enfants, les parents, les grands-parents, les beaux-parents, les frères et sœurs se réjouissent ni ne profitent réellement de cette situation. En général, c’est plutôt le contraire. Or, les responsables du choix de ce titre et notamment M. Baty, semblent au contraire estimer que finalement, pour le protestantisme, la "recomposition" serait une bonne chose. Pourquoi ? II – Cette aventure luthéro-réformée doit nous inciter à revisiter le concept de "Islam seconde religion de France. 5/6 millions de musulmans". http://www.ppkaltenbach.org/news/evangeliques-et-musulmans-comptez-vous III – La perspective d'une harmonisation fiscale franco-allemande pourrait être mise à profit pour sortir le concordat "à la Française" d'une situation de "délocalisation fiscale". (En Allemagne, le concordataire affecte 10 % de son IRPP à l'église de son choix. En France, il se fait payer son église à distance par le Contribuable de l'Intérieur pour venir peser sur les décisions nationales). 8


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