ROB E R T C ALV E T
ROBERT CALVET Spécialiste du Japon et docteur en Histoire, Robert Calvet se passionne depuis toujours pour la culture japonaise. Il a notamment publié Les Japonais, histoire d’un peuple chez Armand Colin et Une Histoire des Samouraïs aux Éditions Larousse.
Les samouraïs, guerriers féroces du Japon féodal, sont experts au maniement du sabre japonais, une des armes les plus extraordinaires jamais créées. Respectés et craints, ils défendent d’abord les intérêts de leur clan et suivent un code, le Bushido, qui prône la plus stricte loyauté, la maîtrise de soi et le sens de l’honneur. Leur idéal : vivre et mourir l’arme à la main ! Les samouraïs vont dominer la société japonaise et, même après leur disparition, ils demeurent au centre de la culture populaire, du cinéma aux mangas. Loin des mythes et légendes, cet ouvrage retrace la vie de ces guerriers redoutés qui dominèrent le Japon du Xe au XIXe siècle.
Au temps
des samoura¨ls L ’ H I S T O I R E
ROB ER T C A LV ET
des samoura¨ls
:
Au temps
AU TEMPS DES SAMOURAIS
L ’ H I S T O I R E
Les Samouraïs de Fukushima
À 20 kilomètres de Fukushima, le célèbre festival de samouraïs à cheval reprend ses droits après la catastrophe nucléaire. Car les samouraïs ont pour précepte de faire face aux revers du destin et de nombreux cavaliers s’entraînent à nouveau sur la plage, pour perpétuer la tradition de cette fête millénaire. MDS : 592007 16,50 € TTC
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À partir de 11 ans
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« À Jill, avec tout mon amour » R.C.
Texte : Robert Calvet Édition et iconographie : Danielle Védrinelle Direction éditoriale : Virginie Grandval Direction artistique : Mathieu Tougne, Armelle Riva Mise en page : Astrid Payet Fabrication : Marie Guibert, Thierry Dubus L’éditeur remercie tout particulièrement Juliette Minel et Marion Gillot pour leur aide précieuse. Film : Les Samouraïs de Fukushima, de J.-M. Schumacher © Arte France Prémastering : Monal Group Reproduction DVD : MPO © 2015 Fleurus Éditions Dépôt légal : juin 2015 ISBN : 978221515535 5 Code MDS : 592007 N° d’édition : J15081 1re édition Photogravure : APEXGRAPHIC Achevé d’imprimer en mai 2015 sur les presses de l’imprimerie Proost, (Belgique). Loi n° 49-956 du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse.
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Petit mode d’emploi… L’armement du samouraï
Un texte introductif ouvre la double page sur le thème abordé.
Armes de jet
Les samouraïs utilisent de nombreuses armes de jet. Il s’agit souvent de lames de formes diverses aux arêtes coupantes. Les plus célèbres, en étoile, ont été popularisées par le cinéma, mais il y en a de toutes sortes : en aiguille, cylindriques, en forme de clou, de lame de couteau…
Selon la légende, le Tonbogiri, un sabre mythique créé par le forgeron Fujiwara Masazane, était si acéré qu’une libellule se posant sur son tranchant se serait retrouvée coupée en deux. L’histoire est belle mais peu crédible, car le sabre japonais acquiert sa puissance par la vitesse avec laquelle il est manié. Le sabre
Au XIVe siècle, le sabre remplace définitivement l’arc comme arme principale des samouraïs. Il devient, plus encore que le prolongement de son bras, « l’âme même du guerrier » selon l’une des plus vieilles maximes du Bushido. Le samouraï ne porte pas un, mais deux sabres. Le plus connu est le katana, un long sabre (la lame mesure environ 60 cm) parfois encombrant. Son poids varie entre 0,8 et 1,3 kg, ce qui en fait un sabre bien plus léger que son équivalent européen. C’est une arme de taille et d’estoc, car elle dispose d’un tranchant (la taille) et d’une pointe (l’estoc). Mais dans la technique traditionnelle, seuls les dix premiers centimètres de la lame sont censés frapper, après avoir décrit un large rayon qui donne à la pointe une vitesse maximale. Un entraînement intensif avec le bokken, réplique parfaite de katana en bois, permet d’acquérir perfection des mouvements et efficacité technique dans des combats très codifiés. Le wakizashi est un sabre court, de 30 et 60 cm environ, dont le guerrier ne se sépare jamais. Le samouraï dispose aussi du tanto (ci-dessous), petit poignard facile à dissimuler, précieux dans les combats au corps à corps.
La lance (yari)
L ’ H ISTO IRE
Des légendes permettent de replacer les documents dans leur contexte.
YUMI CONTRE LONGBOW L’arc anglais, fait d’une seule pièce en bois d’if, le fameux longbow dont la taille peut atteindre plus de 2 m, est l’un des meilleurs arcs européens de l’époque. Extrêmement puissant, il envoie des flèches lourdes à plus de 200 m qui percent les cottes de maille, mais demande une grande force pour le tendre. L’arc japonais (yumi) est moins puissant. Ses flèches sont plus longues et plus légères : leur pouvoir de pénétration est moins important et leur portée plus faible, mais cela suggère que les combats sont plus de type corps à corps. Alors que l’archer anglais doit tirer debout, l’archer japonais tire agenouillé ou à cheval, et il excelle dans le maniement de son arme après un entraînement moins long.
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Elle est très efficace contre des adversaires seulement équipés du katana. Mais elle est surtout utilisée contre la cavalerie, car elle permet de trancher les jarrets des chevaux et de désarçonner leurs cavaliers. Elle mesure au moins 2,50 m, parfois plus de 4 m. Des formes de lame très variées existent selon l’usage ; par exemple, celles à la pointe étroite et triangulaire peuvent percer les armures.
DES SABRES MYTHIQUES Dès la fin du XIIIe siècle, le forgeron Masamune Okazaki fabrique des sabres à structure complexe, mélange de couches d’acier plus ou moins dures. Outre leurs qualités esthétiques, qui jouent sur les irrégularités au sein de l’acier ou les zébrures à sa surface, les innovations techniques permettent d’obtenir une lame à la fois extrêmement tranchante et résistante. Tous les catalogues anciens de sabres mettent en avant le travail exceptionnel de ce forgeron, qui devient une référence. Ses sabres authentifiés, véritables objets de collection, passent entre les mains des plus grandes familles à partir du XIVe siècle.
Le Honjo Masamune est le plus célèbre des sabres créés par le forgeron Masamune. Il incarne les Tokugawa, car les premiers sh guns étaient entrés en sa possession et se le sont transmis jusqu’à la fin du sh gunat, en 1868. Fait trésor national en 1939, le sabre est volé en 1946. Il n’est pas reparu à ce jour.
Le tranchant des lames devait être testé. On tranchait des bottes de paille, on confiait les lames au bourreau pour l’exécution des condamnés, ou on testait l’acier sur la chair des cadavres. On raconte que des condamnés à mort avalaient des pierres pour endommager le sabre des bourreaux lors de leur exécution !
Une frise, déroulée sur l’ensemble du livre, présente les événements qui ont marqué l’histoire des samouraïs et du Japon.
L’arc (yumi)
À l’origine, le samouraï est un archer et l’arc reste l’une de ses armes favorites. L’arc japonais est très long (2,20 m en moyenne) en raison des possibilités restreintes de flexion du bambou dont il est fait. Il est donc asymétrique. La prise de main sur le bois de l’arc se fait au-dessous du centre, et la poignée est positionnée à environ 2/5e de la longueur. Il est utilisé à terre, l’archer se protégeant derrière une palissade légère et mobile en bambou, et à cheval (voir p. 18-19).
Le naginata
Cette arme, composée d’une lame recourbée au bout d’un long manche pouvant atteindre 2 m, s’apparente à une hallebarde ou un fauchard. Elle est utilisée sur les champs de bataille pour couper les jarrets des chevaux, ou contre les guerriers à pied. Si beaucoup de femmes savent le manier, le naginata est aussi l’arme des moines-guerriers. Malgré ses qualités, la lame du katana nécessite un entretien soigneux et régulier. De simples traces de doigts non nettoyées peuvent, avec le temps, se transformer en taches de rouille et ruiner les meilleures lames.
De nombreux artisans se succédaient pour créer les plus fines lames : la production de l’acier, les différentes étapes de forge, la trempe, le polissage, la fabrication de la garde et de la poignée… chaque étape était confiée à un ou plusieurs spécialistes.
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Des encadrés proposent un éclairage particulier sur un thème précis.
Les pictogrammes de la frise aident à identifier la nature de l’information :
Faits d’armes, exploits guerriers
Guerres, conflits, traités
Affaires d’État, politique
Mort, drame, fléau
Légendes, coutumes
Littérature, cinéma, culture
Économie, finances
Vie quotidienne
Religions
Sciences et techniques, innovations
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Sommaire 6 8 10 12 14 16 18 20 22 24 26 28 30 32 34
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L’âge des samouraïs au Japon L’empereur et sa cour Les clans féodaux et le shogun La société des guerriers Enfance du samouraï La vie quotidienne du samouraï Les premiers samouraïs, archers à cheval L’armement du samouraï L’armure du samouraï L’éthique du samouraï
36 38 40 42 44 46 48 50 52 54 56
Tomoe Gozen, femme samouraï Le vent des dieux sauve l’archipel Les guerres civiles déchirent le Japon Rencontre avec l’Occident
58 60 62
La stratégie militaire évolue Le château fort japonais Samouraïs contre ninjas L’invasion de la Corée Portraits croisés Un pays longtemps fermé Samouraï et bouddhisme zen Le seppuku : la mort ritualisée Ballotté par la vague Le nouveau visage du samouraï Le kabuki, théâtre des exploits guerriers Takamori Saigo, le dernier samouraï Le mythe du samouraï Index
Yasuke et Miura Anjin, deux samouraïs étrangers
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L’âge des samouraïs au Japon L’époque des samouraïs commence au XIIe siècle et se termine après l’époque d’Edo, au milieu du XIXe siècle. Le personnage du samouraï traverse toute l’histoire du Japon.
Europe France
Japon
Samouraïs et bushis On rencontre des guerriers au Japon dès les VIIe et VIIIe siècles, les Japonais disent alors bushi. Les premiers corps de guerriers sont constitués par de grandes familles qui veulent protéger leurs terres. Vers le Xe siècle, la puissance accumulée par certains clans militaires est telle que l’empereur et la noblesse impériale les sollicitent pour assurer leur garde rapprochée, la stabilité des régions séditieuses et la conquête des territoires du nord (Hokkaid ).
Époque Kamakura 1185-1333
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En 1180, s’ouvre une période de guerre civile nommée guerre de Gempei. Les puissants clans guerriers s’affrontent pour contrôler la cour impériale. Les deux plus importants, les Minamoto et les Taira, soutiennent chacun un candidat différent au trône. Le 25 avril 1185, lors de la bataille navale de Dan-no-ura, les Minamoto emportent la victoire sur les Taira (ci-dessous). Le seigneur Minamoto Yoritomo impose un gouvernement militaire appelé bakufu (“gouvernement sous la tente”) dirigé par un sh gun, et en fixe le siège à l’ouest, dans la ville de Kamakura. La société japonaise est réorganisée. Une noblesse militaire héréditaire est créée.
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Restauration de Kemmu
Le poste de sh gun change de mains plusieurs fois. Les H j prennent d’abord l’ascendant sur les autres clans. En 1318, l’empereur Go-Daigo (ci-dessus), à peine monté sur le trône, affirme sa volonté de détruire le sh gunat pour récupérer le pouvoir. Il renverse le sh gunat en 1333, mais il est finalement battu par Takauji Ashikaga, nommé sh gun en 1338 (voir p. 9).
Il était d’usage d’envoyer au loin les ennemis vaincus qu’on ne faisait pas exécuter. Ainsi, Minamoto Yoritomo est exilé à Izu sous la surveillance du clan H j . Il s’attire les grâces de son geôlier, épouse sa fille et s’installe à Kamakura, qui devient capitale officielle des sh guns en 1192.
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En juillet 1156, le palais de l’empereur Sutoku est pris d’assaut. Le bâtiment est réduit en cendres, l’empereur exilé. Lorsque Sutoku envoie au nouvel empereur des écritures saintes qu’il a copiées, elles sont refusées par peur d’une malédiction du rancunier empereur déchu.
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Époque Muromachi 1336-1573
Au XVe siècle, le pouvoir des sh guns Ashikaga s’affaiblit dans d’incessantes guerres de succession. Chaque seigneur (daimy ) se lance dans des guerres de conquête contre ses voisins. Des alliances se nouent et les troupes mobilisables par chaque clan atteignent plusieurs centaines de milliers de combattants. Ces guerres se poursuivent jusqu’à la fin du XVIe siècle. Ici, Takauji Ashikaga présidant un conseil.
Époque Azuchi Momoyama 1573-1603
Oda Nobunaga puis Toyotomi Hideyoshi réalisent la première unification du pays. C’est un autre seigneur, Tokugawa Ieyasu, qui remporte la victoire finale à Sekigahara le 20 octobre 1600 (ci-contre). Le Japon se réunifie enfin. Une nouvelle lignée de sh guns, les Tokugawa, domine le Japon et la paix s’établit pour longtemps. Une nouvelle capitale est fondée à Edo, l’actuelle T ky .
Époque Edo 1603-1868
Sans abolir la féodalité, les sh guns Tokugawa interdisent toute guerre. Le port des armes reste autorisé, mais s’en servir contre un autre samouraï est passible de mort. Guerriers dans un pays en paix, les samouraïs assurent un rôle de police et d’administration. En contrepartie, ils reçoivent une pension versée par le seigneur auquel ils ont juré fidélité. Ils portent le kimono à la place de l’armure, mais continuent à suivre des règles de vie strictes. Les samouraïs subsistent jusqu’à la restauration impériale de 1868. Cette année-là, partisans du sh gun et de l’empereur Meiji s’affrontent. La victoire des troupes impériales met un terme au sh gunat et annonce la fin des samouraïs.
Et après...
En 1876, l’empereur interdit de porter le double sabre, privilège de la classe des samouraïs. Deux ans plus tard, l’organisation militaire est réformée par la conscription. C’est la fin de l’armée de métier et de la classe des samouraïs. Pour survivre, ceux-ci entrent dans la fonction publique, dans la police et l’armée nouvelle, se mêlant aux Japonais issus des couches populaires.
Honda Tadakatsu, guerrier de la fin du XVIe siècle, a gagné le surnom de "samouraï ayant vaincu la mort", car bien qu’ayant combattu dans des centaines de batailles, il ne fut jamais gravement blessé. Honda était par ailleurs réputé pour son talent au maniement d’un sabre d’une longueur exceptionnelle.
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Le clan des Takeda devait sa puissance à ses "24 généraux" sous les ordres du chef de clan Takeda Shingen. Ces officiers militaires démontraient souvent dans la bataille des qualités supérieures à celles de leur chef, qui savait s’en accommoder tant que les victoires étaient au rendez-vous.
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L’empereur et sa cour L’origine de la dynastie impériale se perd dans la nuit des temps et remonte jusqu’aux divinités. Considéré comme un dieu vivant, l’empereur du Japon cherche à s’affirmer face à l’empereur de la puissante Chine : une chronique chinoise rapporte qu’en 607, l’empereur du Japon aurait envoyé une lettre signée « du Fils du ciel du pays où se lève le soleil au Fils du ciel où le soleil se couche. »
L’empereur, un symbole ③
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À l’époque des samouraïs, l’empereur est avant tout le symbole du Japon. Cantonné dans son palais, il passe ses journées à étudier et pratiquer les arts, espionné par les envoyés du sh gun qui filtrent ses visiteurs. Il semble que la fonction impériale ait surtout été religieuse et symbolique. Pour les Japonais, l’empereur descend de la déesse solaire Amaterasu qui incarne le Japon, et il est à la tête de la religion ancienne, le shint . Il est le gardien des trois trésors sacrés – une épée, un miroir et un collier –, trois reliques confiées à l’empereur par les divinités qui ont fondé le Japon et qui le protègent.
Les paravents étaient un élément omniprésent de la vie de cour. Les courtisans n’avaient pas toujours de contact direct avec l’empereur ou ses concubines, souvent dissimulés derrière des écrans de papier.
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Le miroir, un des trois trésors sacrés du Japon, se trouve dans le temple d’Ise. La légende raconte que la déesse solaire Amaterasu, fâchée contre son frère, se cache dans une grotte et plonge le monde dans la nuit. Un miroir est placé devant l’entrée pour attirer la déesse à l’extérieur. Le stratagème réussit et la lumière éclaire à nouveau le monde.
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Selon la tradition, le futur empereur est séparé de ses parents à l’âge de 3 ans et éduqué par des précepteurs et les chambellans du palais. Il ne voit ses parents qu’une fois par semaine lors de rencontres très solennelles. Plus grand, il demeure isolé de ses camarades de classe, comme il convient à un « dieu vivant ».
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L’empereur et les courtisans Le palais impérial a souvent changé d’emplacement, mais à partir de 794, il se fixe définitivement à Ky to. On y trouve la résidence de l’empereur, de ses épouses et concubines, des bâtiments cérémoniels et administratifs. L’empereur y vit entouré des nobles et des hauts fonctionnaires travaillant à la cour. Le pouvoir est confisqué par les grandes familles de la noblesse comme les Fujiwara, les Taira ou les Minamoto, qui arrangent le mariage de l’héritier au trône impérial avec des filles de leur lignée. Par ailleurs, un empereur est souvent sous l’emprise de son père, officiellement retiré du pouvoir mais qui continue en réalité à diriger. Certains empereurs s’éloignent volontairement du palais pour échapper aux intrigues. Depuis un monastère, ils continuent d’être influents en dépêchant des émissaires à la cour.
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restauratioN imPÉriaLe L’effacement politique déplaît à l’empereur Go-Daigo. En 1324, il tente un coup d’État contre le sh gunat de Kamakura… sans succès. Seconde tentative en 1331, nouvel échec. Go-Daigo est exilé dans les îles Oki et un nouvel empereur est désigné par les sh guns du clan H j . En 1333, Go-Daigo s’évade et rassemble une armée, aidé par des chefs militaires comme Takauji Ashikaga, son meilleur général, qui écrase le clan H j . Go-Daigo remonte sur le trône à Ky to. C’est la restauration de Kemmu. Mais des litiges sur la propriété de terres causent du mécontentement et le pouvoir de l’empereur s’affaiblit. En 1335, Ashikaga passe à l’ennemi et bat les armées impériales. Go-Daigo fuit Ky to et s’établit au sud, dans les montagnes de Yoshino. Le Japon est divisé en deux, entre Cour du Nord et Cour du Sud. En 1339, Go-Daigo meurt après avoir abdiqué en faveur de son fils. La Cour du Sud lui survit jusqu’en 1392, sans cesser de s’affaiblir. À cette date, les sh guns ont gagné.
① Le Shishinden est réservé pour les affaires politiques et les cérémonies. ② Résidences privées de l’empereur. ③ Bâtiments réservés à l’impératrice, aux concubines et à leurs enfants.
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Vie de cour
La capitale impériale du Japon a plusieurs fois changé d’emplacement : Asuka, Fujiwara, Nara, Nagaoka, Fukuhara, Kyoto. Mais le centre a toujours été le palais, à la fois siège de l’administration, résidence de l’empereur et de ses épouses, ensemble de bâtiments cérémoniels.
Au cours de son histoire, la cour impériale a souvent été affaiblie, parfois appauvrie au point que le 105e empereur, Go-Nara (1526-1557), doit lancer une contribution pour financer la cérémonie de son couronnement. Il doit ensuite vendre sa calligraphie pour vivre.
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À l’intérieur du palais impérial, le protocole joue un rôle central ; les cérémonies, correctement exécutées, sont la base du bon gouvernement. Comme à Versailles à l’époque de Louis XIV, tout est très codifié : le vêtement, les repas… jusqu’aux attitudes. Les nobles de la cour se distinguent des Japonais du commun par tous les moyens. Même la langue que l’on y parle est différente ! Ainsi, si la nourriture que consomme l’empereur est composée des mêmes ingrédients que celle du peuple, des mots différents sont utilisés pour la qualifier. Ou encore, l’empereur ne meurt pas, « il disparaît au regard » !
Depuis l’origine de la dynastie en 660 avant notre ère, 125 empereurs se sont succédé sur le trône du Japon (l’empereur actuel est Akihito). Les femmes ne peuvent y prétendre mais, dans un passé lointain, quelques-unes ont profité de l’absence d’héritier mâle, comme les célèbres Jingu (impératrice de 209 à 269) ou Sh toku (impératrice de 764 à 770).
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L’armure du samouraï
①
Le samouraï pouvait-il nager en portant son armure ? On a pu aller jusqu’à le prétendre, tant l’armure japonaise est souple et légère, comparée à celle du chevalier d’Europe médiévale engoncé dans sa lourde cuirasse. En tout cas, elle n’empêche pas le guerrier de bondir ou de courir sur le champ de bataille.
② ③
④ ⑤ ① Le casque (kabuto) arbore un ornement frontal qui permet de reconnaître son possesseur.
⑥
② Le masque (menpo) protège le visage. Il est orné d’une moustache pour accentuer l’aspect intimidant du samouraï. ③ Les épaulières (sode).
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④ Le plastron (do) protège le corps. ⑤ Les manches (kote).
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⑥ Les gantelets (tekko) protègent les mains et sont souvent ornés de l’emblème du clan.
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⑦ La jupe (kusazuri), constituée de plusieurs pans pour favoriser la mobilité, protège les hanches. ⑧ Des cuissardes (haedate) protègent les cuisses sous la jupe. ⑨ Les jambières (suneate) tombent quelquefois jusqu’aux pieds.
L’armure japonaise s’adapte facilement à son propriétaire. Pas besoin d’en mouler à chaque fois une nouvelle, comme pour le roi d’Angleterre Henry VIII dont les armures s’épaississaient au fur et à mesure qu’il prenait du ventre !
Les fantassins, qui ne sont pas des samouraïs mais de simples paysans enrôlés, ont des protections simplifiées. Elles se résument le plus souvent à un chapeau conique fait de cuir ou de fer laqué et à une cuirasse qui protège le torse. Des protections pour les bras et les jambes peuvent s’y ajouter.
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Une technique de nage en milieu naturel et en armure traditionnelle qui remonterait au XVe siècle est toujours pratiquée au Japon. De nos jours, les femmes de 60 ans et plus forment le plus gros des élèves. Si elles n’ont plus à craindre l’épée d’un ennemi, un rocher peut toujours surgir sur leur chemin !
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Souplesse et protection L’armure japonaise est souple parce que composée de plaques de fer reliées entre elles par des cordons de soie. Elle ne prive pas le samouraï de sa mobilité et de son agilité, tout en le protégeant sur le champ de bataille. Elle est aussi relativement légère : si certaines armures complètes dépassent les 20 kg, la plupart n’en pèsent pas plus d’une dizaine. Ces différences de poids s’expliquent car l’armure japonaise est modulable. Selon les conditions de la bataille, le samouraï porte l’ensemble de ses protections ou seulement une partie. Il n’a besoin de personne pour la passer, même si l’aide de serviteurs permet de le faire plus vite. Certaines armures sont suspendues au plafond par un crochet et peuvent être enfilées en quelques minutes à peine. Le casque ne sert pas qu’à la protection ou à effrayer l’ennemi. C’est la partie de l’armure où peuvent s’exprimer le mieux l’individualité de celui qui la porte et les qualités esthétiques de l’artisan qui l’a fabriquée.
Avantages et faiblesses La souplesse permet de plier l’armure et de la transporter dans un simple sac. On peut aussi la réparer facilement, en remplaçant les lamelles endommagées. Le casque à rabat et le gorgerin protègent très efficacement la nuque et le cou, car le samouraï craint particulièrement la décapitation. L’armure japonaise a surtout été conçue pour arrêter les flèches et elle résiste assez bien au sabre. Mais des armes plus massives, comme les hallebardes, peuvent traverser sa protection et gravement blesser celui qui la porte. L’armure garde par ailleurs des points faibles, par exemple sous les aisselles.
Dans son traité de stratégie, Miyamoto Musashi insiste sur la difficulté de lutter efficacement au sabre quand les adversaires portent ce qu’on nomme traditionnellement “les six éléments” d’une armure complète (cuirasse, casque, masque, gantelets, protections de cuisses et de jambes).
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Lors de la récente restauration de la galerie des Glaces au château de Versailles, les conservateurs ont été surpris de découvrir sous la saleté accumulée la représentation d’une armure japonaise. Après des recherches, l’armure a même été retrouvée au musée de l’Armée : elle aurait été amenée en France par Louis XIV après les guerres de Hollande.
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ROBERT CALVET Spécialiste du Japon et docteur en Histoire, Robert Calvet se passionne depuis toujours pour la culture japonaise. Il a notamment publié Les Japonais, histoire d’un peuple chez Armand Colin et Une Histoire des Samouraïs aux Éditions Larousse.
Les samouraïs, guerriers féroces du Japon féodal, sont experts au maniement du sabre japonais, une des armes les plus extraordinaires jamais créées. Respectés et craints, ils défendent d’abord les intérêts de leur clan et suivent un code, le Bushido, qui prône la plus stricte loyauté, la maîtrise de soi et le sens de l’honneur. Leur idéal : vivre et mourir l’arme à la main ! Les samouraïs vont dominer la société japonaise et, même après leur disparition, ils demeurent au centre de la culture populaire, du cinéma aux mangas. Loin des mythes et légendes, cet ouvrage retrace la vie de ces guerriers redoutés qui dominèrent le Japon du Xe au XIXe siècle.
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Les Samouraïs de Fukushima
À 20 kilomètres de Fukushima, le célèbre festival de samouraïs à cheval reprend ses droits après la catastrophe nucléaire. Car les samouraïs ont pour précepte de faire face aux revers du destin et de nombreux cavaliers s’entraînent à nouveau sur la plage, pour perpétuer la tradition de cette fête millénaire. MDS : 592007 16,50 € TTC
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