L'Enfant du Têt Février 1933. La fête du Têt bat son plein à Saigon. Anne, la fille de l’amiral Bartelot en poste en Indochine, s’apprête à prendre part aux festivités de la nouvelle année. Mais sur le perron de la maison familiale une surprise l’attend… Un étrange paquet a été abandonné : c’est un nouveau-né ! Passée l’urgence de nourrir l’enfant, les parents d’Anne décident de le confier à l’orphelinat de la ville. Pour la jeune fille, c’est un déchirement. Elle est révoltée par ce qu’elle considère comme un deuxième abandon. Contre l’avis de tous, la jeune fille se lance à la recherche de la mère de l’enfant… Dans les faubourgs les plus pauvres et les plus dangereux de Saigon, Anne découvre le choix du cœur et la puissance de l’amour. Sophie de Mullenheim est l’auteur de la collection à succès Les Sœurs Espérance. La Fleur de Saigon est sa nouvelle série de romans chez Mame.
La Fleur de Saigon
L'Enfant du Têt
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La Fleur de Saigon
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Sophie de Mullenheim
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La nouvelle serie
13,90 € TTC France www.mameeditions.com
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de Sophie de Mullenheim !
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Illustration de couverture : Magali Fournier
Direction : Guillaume Arnaud Direction éditoriale : Sarah Malherbe, Sophie Cluzel Édition : Astrid de Moussac assistée de Maurane Chevalier Direction artistique : Elisabeth Hebert, assistée de Bleuenn Auffret Fabrication : Thierry Dubus, Florence Bellot Mise en pages : Text’Oh ! © Mame, 2015 Site : www.mameeditions.com ISBN : 978-2-7289-2040-2 Code MDS : 531 452 Tous droits réservés pour tous pays. « Loi n° 49-956 du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse. »
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À mes parents et à Louis
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L'Enfant du Têt
I
Saigon, début février 1933 Les premières explosions réveillent mademoiselle de Kermanec en sursaut. La pauvre femme se blottit dans son lit et se bouche les oreilles. Un simple réflexe. Car la vieille Bretonne est sourde comme un pot et même les détonations les plus violentes ne lui parviennent qu’étouffées. En revanche son lit tremble à chaque nouvelle explosion. Le choc se répercute dans les murs et fait claquer les vitres. Les tireurs ne doivent pas être très loin de l’hôtel de la Marine, où elle vit auprès de l’amiral Bartelot, sa femme et leur fille Anne. Mademoiselle de Kermanec se tourne vers la fenêtre obstruée par d’épais rideaux. Elle n’a aucune idée de l’heure qu’il est mais il lui semble qu’aujourd’hui ils ont commencé encore plus tôt. Elle a l’impression de s’être endormie il y a quelques minutes à peine. Un nouveau tir plus fort que les autres fait s’ouvrir la porte de sa chambre d’un seul coup. – Ah ! 5
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L'Enfant du Têt Celui-là a dû exploser dans le jardin même de la propriété. Cela arrive de temps en temps. Mademoiselle de Kermanec n’est pourtant pas une peureuse. Elle a passé presque toute sa vie dans un austère manoir perdu dans la lande bretonne et cela suffit à faire de vous un homme, même quand vous êtes une femme ! Elle ne s’est jamais laissé impressionner par les bruits étranges – qu’avec l’âge elle entendait de moins en moins il est vrai –, les ombres inquiétantes, les recoins lugubres, les visiteurs nocturnes, les grosses ou les petites bêtes. Néanmoins ces explosions mettent ses nerfs à rude épreuve. Elles lui rappellent ces quelques semaines, à la fin de l’année 1915, lorsqu’elle s’engagea comme infirmière sur le front. Les pires instants de sa vie. Les bombardements étaient si violents qu’ils faisaient exploser les vitres des maisons à des kilomètres à la ronde. Mademoiselle de Kermanec tressaillait à chaque fois qu’un obus touchait le sol en explosant. Elle ne s’y habitua jamais. Pas plus qu’aux cris des blessés qui arrivaient chaque minute à l’hôpital. Cela ne dura pas longtemps pourtant : moins de trois mois en tout. Un jour, on l’appela pour qu’elle retourne en Bretagne. Sa mère souffrante avait besoin d’elle. Madeleine de Kermanec laissa le front et les horreurs de la guerre derrière elle, mais son esprit en fut marqué à jamais. Prostrée dans son lit, la vieille demoiselle se signe plusieurs fois. – Seigneur, préservez-nous d’une nouvelle guerre, murmuret-elle.
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L'Enfant du Têt Elle reste ainsi un moment, plongée dans une prière muette, puis trouve enfin le courage de se lever. Elle se dirige vers la fenêtre, ouvre les rideaux d’un geste sec et regarde loin devant elle, au-delà du vaste jardin qui entoure le splendide hôtel particulier. Il fait encore sombre, le soleil point seulement à l’horizon. C’est bien ce qu’elle pensait : ils ont commencé encore plus tôt ce matin. À chaque détonation, un éclat lumineux jaillit au-dessus de la ville, suivi d’un long panache de fumée. Il en arrive de tous côtés. Et dire que cela va durer toute la journée et jusque tard dans la nuit.
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II
Assise dans la salle à manger, Anne souffle sur son thé brûlant, les yeux perdus dans le vague. Elle écoute d’une oreille distraite les bruits de mitraille et les explosions sourdes qui se succèdent à une cadence infernale. Le premier jour, elle a vraiment cru que la guerre commençait. Maintenant, elle s’est habituée. Soudain, un pétard claque juste à côté de la grande maison, ébranlant les murs. Anne tressaille légèrement. Elle a appris à maîtriser ses nerfs. À côté d’elle, mademoiselle de Kermanec presse sa main sur son ventre. Elle ressent les vibrations jusqu’au fond de ses entrailles. – Je ne m’y ferai jamais, marmonne-t-elle. Anne relève le nez de sa tasse de thé et la regarde d’un œil amusé. – Tous ces pétards vont me rendre folle, ajoute la vieille dame. Nous aurions dû partir avec votre mère. Les gens nous avaient prévenues que c’était insupportable. – Mais nous n’aurions rien vu de la fête, rétorque Anne. – Une drôle de tête… Une drôle de tête… Bien sûr que j’ai une drôle de tête ! Je ne ferme pas l’œil de la nuit. Ou presque.
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L'Enfant du Têt C’est vrai que mademoiselle de Kermanec ne semble pas dans son assiette. Elle a les traits tirés, les yeux cernés. Et, surtout, elle a le chignon en bataille. Pour une vieille dame de son âge et de sa distinction, c’est assez inhabituel. Pourtant Anne trouve que cela va très bien à son chaperon, ce petit côté décoiffé. Elle a l’air moins sévère, moins raide. Elle se ressemble plus en somme. Car si la demoiselle bretonne a des allures de vieille dame très stricte, elle n’en a pas du tout le caractère. L’amiral et madame Bartelot, qui l’ont engagée pour surveiller leur fille Anne, ne s’en doutent pas, mais mademoiselle de Kermanec est bien plus souple qu’il n’y paraît. En réalité, la surdité de mademoiselle de Kermanec s’avère être un formidable prétexte pour acquiescer à tout ce qu’Anne lui propose. La jeune fille est d’un tempérament curieux et aventureux et elle ne compte pas passer son séjour en Indochine à écouter les bonnes dames raconter leur vie. Anne rêve d’exotisme, de nouveautés, d’authenticité. Et tout ce qu’elle propose à son inséparable chaperon est accepté sans restriction. Visites au dispensaire, excursions dans les quartiers de Saigon, expériences culinaires, rencontres locales… Les deux femmes ne reculent devant presque rien. Après avoir passé toute sa vie à soigner sa pauvre mère et à entretenir son potager, la vieille dame se laisse aller à un peu plus de fantaisie avec un plaisir non dissimulé. Et Anne n’est pas la dernière à en profiter. Son chaperon s’est vite révélé une véritable alliée, complice de ses aventures, une amie même.
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L'Enfant du Têt – Ont-ils besoin de tirer autant de pétards pour fêter la nouvelle année ? demande la demoiselle. – C’est la tradition. – Une tradition qui dure quinze jours ! Si nous allions retrouver votre mère à la campagne, maintenant que nous avons vu ce à quoi ressemblait le nouvel an en Indochine ? Il y a sans doute de belles découvertes à faire là-bas. On m’a parlé d’une chasse au paon… Anne secoue la tête. C’est la troisième fois que son chaperon essaye de l’entraîner à la campagne mais elle résiste. Elle veut rester à Saigon, profiter de chaque instant de la fête du Têt. Et puis le dispensaire où elle pourrait aider en allant dans l’arrière-pays est fermé. Personne n’y travaille pendant les festivités. Même si les médecins sont débordés en réalité et courent partout, chez les uns et les autres : les pétards font de très nombreux blessés, parfois même des morts. – Sinh m’a promis de nous emmener découvrir un nouveau marché, dit-elle. – Marcher ? s’exclame mademoiselle de Kermanec. Je préfère encore prendre la voiture. Je ne voudrais pas que l’un de leurs affreux projectiles nous explose à la figure. Anne sourit. Ce ne sont pas les pétards que mademoiselle de Kermanec redoute. C’est plutôt la voiture dont elle raffole. La vieille dame est devenue une inconditionnelle de l’automobile. Toutes les occasions sont bonnes pour l’utiliser et elle ne se prive d’aucune. D’autant que Sinh est un chauffeur charmant. Il les conduit partout où elles veulent. 10
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L'Enfant du Têt – En tout cas, dépêchons-nous, lance Anne en avalant son thé d’un coup. Sinh va nous attendre. Elle se lève, se regarde discrètement dans la vitrine d’un meuble et réajuste une mèche de cheveux roux derrière l’oreille. Mademoiselle de Kermanec l’observe, une lueur amusée dans les yeux. Elle est sourde mais pas aveugle. Elle a remarqué qu’Anne faisait plus attention à son allure depuis quelques jours. Depuis qu’elle a fait la connaissance de Philippe Couturier, ce journaliste français qui l’a aidée à se sortir des griffes des trafiquants d’opium1. La vieille demoiselle soupire. Ah la jeunesse ! Quelques minutes plus tard, lorsque Anne ouvre la porte qui mène au perron de la maison, la forte odeur de poudre qui règne dans l’atmosphère lui saute aussitôt aux narines. Au loin, les bruits habituels de la ville sont couverts par les pétarades, les cris et les explosions. On se croirait vraiment en temps de guerre alors que c’est la fête qui bat son plein. Anne sort pour guetter l’arrivée de Sinh, son chauffeur et ami. Il a dit qu’il viendrait tôt pour qu’elles aient le temps de visiter des faubourgs de Saigon plus éloignés. Sinh est annamite. Il connaît la ville comme sa poche. Il a promis à mademoiselle de Kermanec de lui montrer un marché aux fleurs qu’elle ne connaît pas encore. La vieille Bretonne raffole des fleurs en tout genre. Et elle compose des bouquets si merveilleux que madame Bartelot, la mère d’Anne, lui a confié la décoration de toute la maison. C’est une tâche immense. L’amiral loge avec toute sa famille dans un imposant 1. Un Parfum de complot, premier tome de la série La Fleur de Saigon.
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L'Enfant du Têt hôtel particulier en plein cœur de Saigon, dont on ne compte pas les pièces tant elles sont nombreuses. Et comme la fonction de l’amiral l’oblige à recevoir très souvent, ce ne sont pas un ou deux bouquets qu’il faut faire mais des dizaines par jour ! La demoiselle s’y prête avec plaisir, découvrant chaque semaine de nouvelles essences de fleurs dont elle ignorait l’existence. Anne l’assiste de temps à autre. Ce qu’elle aime dans la composition de bouquets, ce n’est pas tant les fleurs en elles-mêmes que leur parfum. La jeune fille a toujours eu un odorat très développé et toutes ces senteurs exotiques l’enchantent. Soudain, un détail inhabituel attire le regard de la jeune fille. Quelqu’un a oublié un panier au pied du coupe-makoui, cet énorme disque émaillé posé en travers de la porte pour empêcher le makoui, un mauvais esprit, d’entrer dans la maison2. C’est peutêtre Diêm, la vieille domestique indochinoise. Et c’est peut-être moins un oubli qu’une offrande. Diêm est très religieuse. Elle honore les anciens et les dieux avec un soin et une ferveur sans faille. Anne s’approche, curieuse, et se penche.
2. Le makoui ne sait marcher que tout droit. Quand il rencontre un obstacle à l’entrée des maisons, il est incapable de le contourner et passe donc son chemin.
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III
Philippe Couturier attrape le paquet déposé devant sa porte. Huong l’a emballé dans la page du journal de la veille. Elle fait toujours ainsi. C’est sa signature en quelque sorte. Elle ne laisse jamais de message, ne donne pas non plus ses paquets en mains propres. Huong est bien trop sauvage et fière pour cela. Elle ne tient pas à s’éterniser en compagnie des « longs-nez », les Occidentaux. Il n’y a que Philippe Couturier qui trouve grâce à ses yeux, mais quand elle veut le voir, elle préfère des lieux neutres comme la rue. Si Huong est proche de Philippe Couturier, un journaliste de surcroît, c’est parce qu’il n’est pas un Français comme les autres. Il est né en Indochine. Ce pays est un peu le sien, du moins le seul qu’il connaisse vraiment. Il parle la langue annamite, a des amis dans les deux communautés. Et ses parents consacrent leur vie au peuple indochinois grâce aux écoles et aux dispensaires qu’ils ont ouverts un peu partout sur le territoire. Pour Huong, c’est acceptable. Suffisamment en tout cas pour daigner fréquenter le jeune homme.
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L'Enfant du Têt Philippe déchire le papier journal et sourit en découvrant ce qu’il contient : un sachet vert d’eau avec des impressions noires dessus. Sacrée Huong ! Elle ne changera décidément jamais. Elle lui rend le riz qu’il lui a acheté la semaine passée, pour nourrir ses frères et sœurs. Huong a dû veiller à ce qu’il n’en manque pas un seul grain. C’est sa façon à elle de garder la tête haute. La jeune fille subvient seule aux besoins de ses cinq frères et sœurs depuis la mort de sa maman et la maladie de son père. Elle n’accepte l’aide de personne, du moins jamais gratuitement. Elle tient à tout rembourser, à rendre tout ce qui lui est donné. Philippe Couturier entre dans son bureau, pose le paquet de riz et retire son éternel chapeau mou. Il s’assoit, masse longuement ses tempes puis ramène vers lui la pile de courrier. C’est Jeanne, l’une des secrétaires de La Dépêche de Saigon, qui la dépose sur son bureau chaque matin avant son arrivée. Le jeune homme y jette un premier coup d’œil et fait un tri rapide : les journaux, les envois publicitaires, les lettres dactylographiées, les manuscrites. Puis il s’attaque à chaque paquet. Pour commencer, les publicités, qu’il mettra presque toutes à la poubelle comme d’habitude. Puis les lettres dactylographiées, officielles, au style ampoulé. Elles annoncent un événement, octroient une autorisation, confirment une nomination. Philippe les parcourt et met de côté celles qui l’intéressent. Les autres iront rejoindre les prospectus à la poubelle. La dernière pile, celle des lettres manuscrites, est celle qui réserve le plus de surprises. Le jeune homme y trouve du courrier de lecteurs satisfaits ou mécontents, des invitations, des notes sur la vie locale que lui envoient des amis présents un peu partout sur le 14
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L'Enfant du Têt territoire, parfois même des lettres anonymes. Tout ce courrier est une mine de renseignements pour le journaliste car, contrairement à toutes les autres lettres, il est le seul à les recevoir. C’est sa façon à lui de se tenir informé, de rester en contact avec ce qui se passe sur le terrain. Philippe Couturier décachette une enveloppe couverte d’une écriture ronde et féminine. Elle contient un carton d’invitation : Les 1er, 2, 3 et 4 mars Kermesse du timbre antituberculeux dans les jardins du Cercle militaire, de six heures à minuit. Philippe repose l’invitation et grimace : il l’avait oubliée cellelà. La kermesse du timbre antituberculeux. Quelle plaie ! Cette année, son rédacteur en chef l’a chargé de couvrir l’événement. Il espère ainsi le détourner un peu de ses lubies sur l’Allemagne. Depuis quelques semaines en effet, Philippe s’intéresse à ce qui se passe là-bas. Il glane tout ce qu’il trouve sur ce pays, appelle parfois des confrères pour recueillir leur avis. La première fois que Philippe a écrit un article sur l’Allemagne, c’était faute de mieux. Il disposait d’une information capitale concernant un trafic d’opium à Saigon mais avait donné sa parole d’homme de ne pas la divulguer tant qu’elle ne lui aurait pas été confirmée. Il avait dû se rabattre sur autre chose : l’annonce d’un nouveau chancelier en Allemagne tombait à pic même si elle n’intéressait pas grand monde en Indochine. Et puis l’obscur chance15
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L'Enfant du Têt lier, un certain Adolf Hitler, avait soudain mis tout en œuvre pour avoir les pleins pouvoirs dans son pays. Ce qui n’était qu’un fait divers, de l’avis du jeune homme, prenait tout à coup un peu plus d’importance. Depuis, Philippe a décidé de ne pas lâcher l’affaire. Par curiosité d’abord, car la personnalité du chancelier allemand est assez fascinante. Par ambition également. Philippe est un tout jeune journaliste de vingt-deux ans. Il a l’avenir devant lui et voit grand. En s’intéressant à l’actualité internationale, il a peut-être quelques chances de pouvoir intégrer un jour l’une de ces agences de presse qui fleurissent un peu partout dans le monde. Alors, il deviendra grand reporter, le rêve de tout journaliste… Philippe soupire en contemplant l’invitation. En attendant de sillonner le monde, il va devoir parler d’une kermesse ! Il déteste cette manifestation où le tout-Saigon colonial se retrouve quatre jours durant. Chaque association, chaque administration, chaque quartier tient un comptoir dans l’espoir de rapporter le plus possible d’argent à la campagne du timbre antituberculeux. Les sommes contribueront à financer la recherche sur les maladies respiratoires. Elles aideront également à promouvoir des campagnes destinées à sensibiliser les populations à l’hygiène afin d’enrayer la propagation de ces maladies. Sur le papier les intentions sont bonnes mais, dans la réalité, la kermesse est avant tout un lieu où il faut se rendre pour être vu. Les femmes se pomponnent pour déambuler dans les allées bordées de stands. Elles achètent pour se donner bonne conscience, parlent fort pour faire 16
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L'Enfant du Têt remarquer leur présence, s’émerveillent bruyamment, se moquent sous cape et restent à l’affût du moindre cancan. Les hommes, eux, jouent les désabusés tout en sirotant quelque chose au comptoir qui tient lieu de buffet. Ils feignent de ne pas s’intéresser à la kermesse, se plaignent d’être obligés de s’y rendre chaque année et, finalement, se félicitent secrètement d’avoir trouvé une occasion de passer un moment entre amis avec la bénédiction de leurs épouses. – Bandes d’hypocrites ! grommelle Philippe. Pourtant, le jeune homme n’y coupera pas. Son rédacteur en chef veillera en personne à ce qu’il traite le sujet. Et non à la va-vite comme il serait tenté de le faire, mais sous forme de chroniques régulières. C’est ce que La Dépêche de Saigon fait chaque année. Elle s’applique à suivre les préparatifs, interroge les responsables, repère les nouveautés. C’est la façon qu’a trouvée le journal de participer lui aussi à cette campagne. Cette année, l’organisatrice en chef de la kermesse est madame de Pompougnon, la femme de l’inspecteur général des impôts, l’un des piliers de la communauté française en Indochine. Bernadette de Pompougnon est arrivée à Saigon avec son mari seulement deux ans plus tôt. Ce dernier a pris la suite d’un homme discret, légèrement rigide, tatillon, sans fantaisie aucune, bourreau de travail et tout à fait honnête. Un parfait inspecteur des impôts en somme. D’ailleurs monsieur de Pompougnon lui ressemble étrangement. En revanche, on ne peut imaginer épouses plus dissemblables. Alors que l’épouse de l’ancien inspecteur était une femme effacée mais fort aimable, qui a su se faire apprécier 17
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L'Enfant du Têt des populations locales auxquelles elle venait en aide, madame de Pompougnon est tout sauf discrète. Aimable en façade mais véritable langue de vipère, méprisante envers les autochtones, envahissante, excessive et, hélas, incontournable. En quelques semaines de présence à Saigon, elle a su entrer dans tous les cercles de la petite communauté française. Elle est invitée partout, se mêle de tout et se vante de connaître tout le monde. Les gens se méfient d’elle mais ils sont si fascinés par sa personnalité dévorante que personne ne lui résiste. Tout le monde rêve secrètement d’être dans ses petits papiers, ou pour le moins fait son possible pour ne pas lui déplaire. Philippe Couturier regarde le téléphone posé sur son bureau, hésite puis consulte son répertoire d’adresses. Autant le faire tout de suite et passer à autre chose. Quand il était petit, il commençait toujours son assiette par ce qu’il aimait le moins et gardait ce qu’il préférait pour la fin. – Bonjour mademoiselle, salue Philippe en décrochant son téléphone. Monsieur et madame de Pompougnon au 0423 s’il vous plaît. L’opératrice lui transmet presque instantanément la communication. Le téléphone sonne plusieurs fois avant que quelqu’un ne réponde. – Madame de Pompougnon s’il vous plaît. De la part de Philippe Couturier. Ah ! Bonjour madame. Mes hommages… Le rendez-vous pris, le jeune homme écourte assez rapidement la conversation, il n’a aucune raison de s’attarder davantage : 18
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L'Enfant du Têt – Bien, madame. Parfait. Oui. Cet après-midi. Entendu. Merci. Il raccroche enfin en espérant que la femme de l’inspecteur général des impôts aura des choses intéressantes à lui dire à propos de la kermesse. Sinon, il sent qu’il n’aura pas la patience de supporter son bavardage. Philippe Couturier retourne à son courrier. Il ouvre un à un les journaux et coche au fur et à mesure les articles qui l’intéressent, ceux sur lesquels il compte revenir, ceux qu’il archivera. Chaque matin, il fait sa revue de presse. Quand il a terminé, il découpe soigneusement les articles puis les range dans les tiroirs d’archives qui occupent un coin de son bureau. Philippe Couturier est encore un jeune journaliste. Il a besoin de se constituer sa propre base d’informations, sur des sujets qui lui paraissent incontournables ou, tout simplement, qui l’intéressent. Quand il a terminé, il écarte sa chaise de son bureau et se lève. En attendant d’aller voir madame de Pompougnon, il va essayer de trouver Huong. Pour la remercier pour le riz, mais surtout pour prendre des nouvelles de la ville auprès d’elle. Huong passe ses journées à arpenter Saigon pour vendre des journaux ou de la soupe, rendre de menus services moyennant quelques piastres. Rien ne lui échappe et elle est une informatrice de premier ordre. Avec un peu de chance, elle aura quelques nouvelles intéressantes qui lui permettront d’écrire un autre article en plus de celui sur la kermesse. Quand Philippe Couturier arrive dehors, il fait déjà chaud malgré l’heure matinale. L’air saturé de la poudre des pétards est étouffant. Le jeune homme regarde les sculptures de fleurs qui 19
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L'Enfant du Têt ornent le pas des portes, les fenêtres, les carrefours. Toutes représentent des coqs, fiers et sûrs d’eux. Philippe sourit : il a toujours entendu les Annamites dire que les enfants nés sous le signe du coq étaient de fortes personnalités qui n’ont peur de rien. De vrais combattants !
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IV
Le bébé paraît minuscule dans son panier. Il dort, emmailloté dans une épaisse toile écrue, posé sur un autre linge plié au fond du panier et qui lui sert de matelas. Anne le regarde, attendrie, puis se redresse et cherche sa mère des yeux. Sans doute une employée de la maison qui travaille au jardin. À moins qu’elle n’officie plutôt en cuisine. Anne se penche de nouveau au-dessus du panier et contemple le petit visage encore un peu chiffonné. Son crâne est couvert de cheveux noirs. Le bébé garde ses deux petits poings serrés de chaque côté de la tête. Il dort malgré les pétards qui continuent d’éclater aux alentours. C’est adorable. On dirait qu’il tète sa lèvre inférieure. Anne est conquise. Un bruit de pneus crissant sur les cailloux lui fait relever la tête. Elle sourit en reconnaissant Sinh. Elle agite la main et lui fait signe de la rejoindre. Sinh et Anne ont fait connaissance il y a seulement quelques jours mais une véritable amitié lie déjà les deux jeunes gens. En dehors de leur âge, Sinh et Anne n’ont pourtant rien en commun. Sinh est un Annamite, un Indochinois pure souche. Sa peau est 21
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L'Enfant du Têt brune, ses cheveux aussi noirs que l’ébène, ses yeux noirs et en amande. Il vit pauvrement aux côtés de son père, le vieux Hô, chauffeur attitré de la marine française. Anne, au contraire, fréquente les hautes sphères de la société coloniale. Originaire de Bretagne, elle est arrivée à Saigon avec ses parents pour suivre son père nommé amiral dans la capitale indochinoise. Chaque jour elle découvre le faste de cette vie nouvelle où les soirées sont nombreuses, les loisirs plus encore. Physiquement, on ne peut trouver plus différente du type indochinois. Anne est rousse, a les yeux ronds et vert jade, la peau très blanche, le nez petit et pointu, les lèvres minces. Selon les critères de beauté occidentaux, Anne est absolument ravissante. Pour un Indochinois, son physique est avant tout source de curiosité. Avant elle, Sinh n’avait jamais vu de personnes rousses. – Sinh ! appelle Anne. Viens voir ! Sinh arrête le moteur, descend de la voiture et s’approche, perplexe. Anne s’est accroupie auprès du panier. Le jeune garçon s’avance et se penche au-dessus de l’épaule de son amie. Anne se tourne vers lui, tout sourire. – Tu as vu comme il est mignon ! Sinh fait la moue, sans opinion. En matière de bébé, il n’est pas un grand spécialiste. Et celui-ci lui paraît ni plus ni moins beau qu’un autre. – À qui est ce bébé ? demande-t-il. Anne hausse les épaules.
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L'Enfant du Têt – Je ne sais pas. Il était là quand je suis arrivée. Sa mère doit être quelque part par ici. Elle se penche sur le nourrisson, attendrie. Une odeur de peau moite la saisit, ainsi qu’un léger parfum de badiane, cette épice anisée originaire de Chine. Sinh lui aussi s’est incliné au-dessus du berceau improvisé. Quelque chose le chiffonne mais il ne saurait dire quoi. – Il était là, dis-tu ? Anne confirme, sans quitter le petit du regard. – Lan… Sinh l’a appelée par son surnom. C’est lui qui le lui a trouvé. Lan, c’est presque la même sonorité qu’Anne. Et, en annamite, cela signifie « orchidée ». – Lan ! C’est important ! Le ton de Sinh fait sursauter la jeune fille. Elle relève la tête et s’étonne de l’air grave de son ami. – Qu’est-ce qui ne va pas ? – Il était là, dis-tu ? répète Sinh. Anne se redresse. – Oui. Quand je suis arrivée, j’ai vu quelque chose près du coupe-makoui. J’ai d’abord cru que c’était une offrande de la vieille Diêm pour les esprits. Mais en m’approchant, j’ai trouvé ce panier avec ce bébé. – As-tu demandé à Diêm à qui il était ? interroge Sinh. – Non pas encore. Je ne l’ai pas croisée. De toute façon sa mère ne devrait plus tarder. On ne laisse pas un bébé sans surveillance très longtemps. 23
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L'Enfant du Têt Sinh grimace. Il baisse la tête. – J’ai bien peur qu’elle ne vienne pas, murmure-t-il. – Pardon ? – J’ai bien peur qu’elle ne vienne pas, reprend-il plus fort. – Que veux-tu dire ? Sinh secoue la tête, désolé. – Lan, dit-il d’une voix douce. Ce bébé a été abandonné. Pour Sinh, cela ne fait aucun doute. Une femme annamite n’aurait jamais laissé son bébé sur le perron, sans surveillance. Elle l’aurait attaché dans son dos pour le transporter partout avec elle. Ou bien elle l’aurait confié à une femme de sa famille. Mais, surtout, elle lui aurait noué un fil de coton au poignet pour lier son âme et son corps et pour signifier qu’il est son enfant. – Ce bébé n’a pas de petit bracelet, note Sinh. Sa mère ne l’a pas reconnu, ajoute-t-il après un long silence. – Elle aura oublié, avance Anne. Mais Sinh la contredit. – Ici, personne n’oublie les traditions. Anne baisse la tête vers le bébé, qui dort toujours. Son regard s’accroche à ses petits poignets potelés où personne n’a accroché de lien en coton tressé. Elle sait que Sinh a raison. Depuis son arrivée en Indochine, elle s’est rendu compte combien les traditions et les rituels étaient importants. La moindre action du quotidien donne lieu à des prières, des offrandes ou des croyances. Partout où elle va, elle voit des autels miniatures pour honorer des dieux ou écarter les mauvais esprits. Que la naissance puisse se dérouler sans un minimum de rites à respecter, c’est inimaginable. 24
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L'Enfant du Têt Des pas feutrés leur font relever la tête. – Diêm, appelle Anne. Pouvez-vous approcher ? La vieille domestique arrive en traînant ses savates sur le sol. – Diêm ! reprend Anne d’une voix douce. Ce bébé était sur le perron. Savez-vous où est sa mère ? La vieille Annamite la regarde un instant sans comprendre puis tourne la tête vers le panier que lui indique Anne. Quand elle découvre le bébé endormi, elle sourit de toutes ses dents, se penche sur lui puis se rembrunit. Elle marmonne aussitôt une prière. – Qu’y a-t-il, Diêm ? La vieille continue de marmonner et c’est Sinh qui donne des explications à Anne. – Diêm confie cet enfant aux ancêtres, dit-il. Elle leur demande de lui renvoyer sa mère. Anne est dévastée. Ainsi Sinh dit vrai quand il prétend que cet enfant est abandonné. Comment est-ce possible ? Comment une femme peut-elle accepter de laisser son bébé si mignon ? – Que comptes-tu faire ? lui demande Sinh. – Moi ? Mais je… – La femme qui a laissé là son enfant n’a pas agi par hasard. Si elle l’a déposé devant votre maison c’est qu’elle pensait qu’il y serait bien traité. – Mais je ne peux pas le garder, se défend Anne. Je ne sais pas m’occuper d’un bébé. Et mes parents ne sont pas là… Anne réfléchit à toute vitesse. Sa mère est à la campagne et son séjour se prolongera jusqu’à la fin des festivités du Têt. Peut-être même jusqu’à la kermesse du timbre antituberculeux. Madame 25
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L'Enfant du Têt Bartelot aime la campagne de Dalat, où elle se réfugie souvent. L’air y est plus respirable que celui de la ville. L’agitation moins grande. Quant à l’amiral, il est en représentation officielle à Hanoï, dans le nord du pays. Il ne reviendra pas non plus avant plusieurs jours. Ne reste qu’elle. Et mademoiselle de Kermanec. – Nous allons retrouver sa mère ! affirme-t-elle pour se convaincre elle-même.
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V
– Un bébé ! Un bébé ! Mais vous n’y pensez pas ! Mademoiselle de Kermanec est dans tous ses états. Ce n’était pas du tout ce qu’elle avait prévu. La matinée aurait dû être calme, du moins si on exclut les pétards, et voici que tout leur programme est chamboulé par l’arrivée d’un minuscule bébé dans un panier. – Ce n’est l’histoire que de quelques jours, la rassure Anne. Le temps que nous retrouvions sa mère. – Attendre votre mère ! s’exclame la Bretonne. Et qu’allonsnous faire pendant ce temps ? – Nous en occuper, répond Anne. Et retrouver sa mère, répètet-elle patiemment. – J’ai bien compris que nous attendions votre mère. Cela ne me dit pas ce que nous allons faire jusqu’à son retour. Anne jette un regard amusé à Sinh. Mademoiselle de Kermanec n’entend rien, et encore moins quand elle est contrariée. Il est inutile de lui expliquer plus les choses. Si Anne insiste, sa vieille amie risque de prendre la mouche. La demoiselle a la surdité susceptible ! 27
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L'Enfant du Têt Soudain, le bébé se met à gigoter dans son panier. Il agite ses poings fermés, ouvre les yeux et cesse de téter sa lèvre. Tous se penchent instinctivement au-dessus de lui. En les apercevant, le nourrisson se renfrogne et fronce les sourcils avec un air si sérieux qu’il fait sourire. Puis, il ouvre la bouche et pousse un cri puissant. Diêm sursaute et regarde Sinh qui regarde Anne qui se tourne vers mademoiselle de Kermanec. Personne n’ose bouger jusqu’à ce que cette dernière tende les bras, attrape le bébé dans son panier et le porte contre elle, la tête sur son épaule. Le résultat est immédiat : le bébé se tait et referme les yeux. – Voilà, ce n’est rien. Ce n’est rien mon bonhomme, murmure mademoiselle de Kermanec à son oreille. Elle se tourne vers Anne, un sourire extatique sur les lèvres. Il aura fallu moins de deux minutes pour que le nourrisson la conquière et lui fasse quitter son air ronchon. – Bon, je crois que nous n’avons pas le choix, dit-elle. Nous allons nous en occuper et nous tâcherons de retrouver sa mère. Anne sourit, sans faire de commentaire. – Quant à votre mère, reprend son chaperon, vous devez penser à l’appeler pour la prévenir et lui demander son avis. La vieille demoiselle se tourne vers la domestique annamite qui est restée là depuis le début. – Diêm, pouvez-vous préparer du lait pour cet enfant ? Je suis trop vieille pour jouer les nourrices ! ajoute-t-elle, espiègle. Anne, nous devons lui trouver un endroit où dormir. Sinh, je crois que nous n’aurons pas besoin de vos services aujourd’hui. Je doute
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N° d’édition : 15286 Achevé d’imprimer en août 2015 en Italie par Legoprint Dépôt légal : septembre 2015
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L'Enfant du Têt Février 1933. La fête du Têt bat son plein à Saigon. Anne, la fille de l’amiral Bartelot en poste en Indochine, s’apprête à prendre part aux festivités de la nouvelle année. Mais sur le perron de la maison familiale une surprise l’attend… Un étrange paquet a été abandonné : c’est un nouveau-né ! Passée l’urgence de nourrir l’enfant, les parents d’Anne décident de le confier à l’orphelinat de la ville. Pour la jeune fille, c’est un déchirement. Elle est révoltée par ce qu’elle considère comme un deuxième abandon. Contre l’avis de tous, la jeune fille se lance à la recherche de la mère de l’enfant… Dans les faubourgs les plus pauvres et les plus dangereux de Saigon, Anne découvre le choix du cœur et la puissance de l’amour. Sophie de Mullenheim est l’auteur de la collection à succès Les Sœurs Espérance. La Fleur de Saigon est sa nouvelle série de romans chez Mame.
La Fleur de Saigon
L'Enfant du Têt
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La Fleur de Saigon
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Sophie de Mullenheim
Dans la même collection :
La nouvelle serie
13,90 € TTC France www.mameeditions.com
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de Sophie de Mullenheim !
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