RAPPORT D´AVANCEMENT SUR LES PROTOTYPES Projets SIVUL et APH
Habitat-Cité
Avril 2019 Juillet 2021
1
Modèle de Maman Kay 4 pentes avec extension et salle de bain intérieure Réalisé de août 2018 à mars 2019
4
Modèle de maison en TCLA avec salle de bain intérieure adaptée aux questions de mobilité réduite Réalisé d´octobre 2018 à mars 2019
2 5
Réhabilitation durable d´un shelter Réalisé de septembre à novembre 2018
Rénovation et amélioration d´une maison traditionnelle Réalisé d´octobre 2018 à janvier 2019
3 6
Réhabilitation et extension durable d´un shelter Réalisé de septembre à décembre 2018
Aménagement intérieur du local et extérieur du Lakou
Réalisé d´octobre 2018 à mars 2019
7
Forêt Comestible
Poli 1, Lavial, La Vallée en cours (depuis septembre 2019)
10
Espace hygiénique
Point d´eau de Poli 1, Lavial, La Vallée terminé (de juin 2019 à novembre 2020)
13
Extension maisons traditionnelles Denard, Lavial En cours (depuis novembre 2019)
8
Cuisinières écologiques La Vallée et Bainet suspendu
11
Place de lecture éclairé Carrefour “Les amandes” Geffray, Bainet terminé (d´août 2019 à mars 2021)
9
Toilette publique
Place du marché de Kal wa, Terre Noire, Bainet terminé (d’août 2019 à mars 2021)
12 Toilette sèche
Terre Noire, Bainet - en cours (depuis juillet 2020)
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15
Denard, Lavial, Brésilienne Suspendu
Kay Ga, Bainet Suspendu
Glacis communautaires
Citerne communautaire
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Rapport sur les prototypes
Espace hygiénique de Poli, prototype 10
SYNTHÈSE DES COÛTES RÉELS DES PROTOTYPES n°
Intitulé
Quantité
7
Forêts comestibles
2
9
Toilette publique
1
10 Espace hygiénique
1
11 Espace éclairé
1
12 Toilettes sèches
9
13
Extensions de maisons traditionnelles
5
Type
Montant total Coût unitaire
Total Matériaux Main d’oeuvre Total Matériaux Main d’oeuvre Total Matériaux Main d’oeuvre Atelier peinture Total Matériaux Main d’oeuvre Total Matériaux Main d’oeuvre Total Matériaux Main d’oeuvre
3 508,42 € 213,85 € 3 294,57 € 2 584,82 € 1 591,10 € 993,71 € 4 978,97 € 3 141,49 € 913,35 € 924,13 € 5 288,02 € 3 987,72 € 1 300,30 € 4 533,55 € 3 802,80 € 730,76 € 1 741,60 € 692,56 € 1 049,03 €
1 754,21 € 106,93 € 1 647,28 € 503,73 € 422,53 € 81,20 € 348,32 € 138,51 € 209,81 €
% 6% 94% 62% 38% 63% 18% 19% 75% 25% 84% 16% 60% 40%
Note générale : à cause des crises politiques qui ont bouleversé le pays et la délocalisation de l’équipe terrain d´Habitat-Cité, l’avancement de plusieurs prototypes a été suspendu fin 2019. Avec la pandémie du covid-19, plusieurs processus de réalisation de prototypes n´ont pas été poursuivis. Néanmoins, les activités ont repris en juillet 2020 et plusieurs prototypes ont été achevés en 2021. Notes de lecture du tableau budgétaire : • Le montant exprimé dans ce tableau pour les forêts comestibles correspond aux dépen ses réalisées sur l’année 2 du projet SIVUL cofinancé par la Fondation Abbé Pierre, soit du 1er avril 2020 au 31 mars 2021. Une partie du matériel, notamment en outillage, avait déjà été acheté auparavant et est toujours utilisé aujourd’hui. • L’espace éclairé (n°11) a été plus coûteux à cause du changement de terrain. Bien que le résultat soit probant, le terrain finalement utilisé était en pente et a engendré des surcoûts, aussi bien en apport en matériaux qu’en main d’œuvre. • Les ménages bénéficiaires d’une extension de maison traditionnelle (n°13) sont aussi bénéficiaires de la réparation de leur logement existant. Une partie des coûts de l’extension, aussi bien en matériaux qu’en main d’œuvre (temps de travail, récupération de matériaux, transport), ont été pris en charge lors de la ré paration du logement. Si les interventions étaient séparées, leurs coûts respectifs seraient supérieurs.
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7 FORÊT
COMESTIBLE
Poli 1, Lavial, La Vallée en cours (depuis septembre 2019) page 6
Rapport sur les prototypes
La volonté de réaliser ce prototype est née pendant la formation de Design en Permaculture en République Dominicaine à laquelle ont participé quatre membres d´OJUCAH (dont trois femmes expertes). Les bases de ce prototype ont été mises en place lors d’une journée de participation communautaire (06/09/2019) durant la mission de Fyto Sandoval à Lavial. L’objectif étant d’appliquer des techniques de régénérations de sols dégradés et d’expansion de la forêt inspirée de principes de permaculture et par l’agriculture syntropique [1]. de permaculture traduit au créole.
1 : « Le principe de base de cette nouvelle forme d’agriculture - oui encore une ! - est de cesser d’opposer nature et agriculture, avec l’idée que la puissance des écosystèmes peut être démultipliée grâce à l’action de l’homme dans l’objectif de produire de la nourriture. Syntropic Farming se traduit par Agriculture Syntropique ou Agroforesterie successionnelle. Allons droit au but : la syntropie est la caractéristique du monde vivant à tendre vers de plus en plus d’organisation, vers une complexification de plus en plus élevée. C’est le contraire de l’entropie, phénomène qui fait tendre la matière inanimée vers l’ordre et le désordre et donc la destruction. (…) On peut développer une agriculture à partir de cette philosophie, en faisant en sorte que les systèmes agricoles favorisent la vie à travers la photosynthèse en premier lieu. Le but est de créer plus de vie et de fertilité des sols, un système prospère et d’abondance. Pour cela il faut supprimer les procédés entropiques, c’est à dire de destruction, comme la culture sur brûlis, l’usage d’engins trop lourds ou puissants, les fertilisants chimiques et les pesticides. ». Habitat-Cité
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Ce prototype sert d’exemple afin d’améliorer les techniques de reboisement utilisées par OJUCAH mais aussi pour l’ensemble de la communauté (voir les rapports du cours de Design en Permaculture et de la mission de Fyto Sandoval). Trois personnes sont en charge de ce prototype : Béthie Nicolas, Roseline Michel (deux femmes expertes formées en République Dominicaine) et Raymond Mamousette, pépiniériste depuis longtemps pour OJUCAH. Tous les avancements sont notés dans un carnet dédié qui retrace les étapes suivies et les éléments concrets tels que : dates de plantation, conditions météorologiques, type de lune, taille du sachet, etc. Les trois personnes ont reçu une copie d’un livre de permaculture traduit au créole, “Abondans Agroforesteri”, écrit par Roger Gie tzen. En septembre 2020, une seconde forêt comestible a été créée à Denard, Bainet dans le but de confronter la technique à un autre territoire. Cette seconde forêt pilote est coordonnée par une équipe locale composée de trois perso nens : Marie Forgère (femme experte formée en permaculture en République Dominicaine), Claudette Leriche et Gonzalex Exantus (jeune de la zone). Cette nouvelle équipe compte sur le soutien de la première équipe et des réunions du pôle environnement ont lieu afin de suivre l’avancement des deux forêts. Bien que quelques caractéristiques climatiques et du terrain diffèrent entre les deux forêts (accès à l’eau, pente, qualité du sol), la méthodologie suivie est la même. En fonction des page 8
Rapport sur les prototypes
besoins, certaines étapes sont plus longues que d’autres. Les premières actions mises en place dans les deux forêts se sont concentrées essentiellement sur l’arrêt de l’érosion pour régénérer un sol très dénudé et dégradé. Le sol devient rocheux car il a perdu toute sa couverture végétale et la forte érosion le transforme en un sol stérile, sans vitamines ni minéraux pour aider les arbres et buissons à pousser. Peu importe la quantité de précipitations, l’eau ne peut pas pénétrer à cause de la dureté du sol, la pluie emporte donc avec elle tous les nutriments de la terre, et l’érosion s’aggrave à chaque pluie. Jusqu’à l’arrêt de cette dynamique, le sol restera stérile. Actions mises en place à Lavial et Denard dans le cadre de la création de la forêt comestible : • Couverture de tout le sol qu’il faut restaurer avec de la matière végétale (paille, feuilles, branches, etc.). Tout doit être bien recouvert d’une masse végétale épaisse ; la terre nue ne doit pas être visible. La matière végétale fournit la matière organique qui se décompose lentement, protège le sol contre la chaleur du soleil et offre de bonnes conditions pour que de nombreux organismes y vivent. Lorsque les sols n’ont pas assez de matière organique, il y a alors un manque de vie suffisante pour lui permettre de fonctionner correctement. Le sol manque ainsi des caractéristiques qui lui permettent d’avoir une structure qui absorbe l’eau, libère des nutriments et résiste aux conditions extrêmes.
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• Avec le niveau A [2], les lignes des contours du terrain ont été toutes tracées. • A chaque ligne de contour, des lignes de vétiver ont été plantées. Le vétiver limite l’érosion des sols sur les flancs des collines. Il permet également aux sols de conserver leur humidité, stabilise les digues, réhabilite les terrains inutilisa bles et peut même empêcher la pollution des ressources naturelles. Il permet aussi d’obtenir à peu de frais du chaume et de la paille, et peut aussi servir d’aliment pour le bétail. Les lignes de vétiver agissent comme des barrières pour freiner l’érosion. • Suivant les lignes de vétiver, des pieux de branches d’arbres qui poussent par bouture ont été plantés tous les 40 cm, pour renfor cer les lignes mais aussi pour pourvoir l’espace en biomasse. En effet, une fois que ces plantes poussent, les branches sont régulièrement taillées et laissées au sol pour l’alimenter. Avec le temps, ces branches pourraient aussi servir de bois de combustion. • Entre les lignes de vétiver, des arbres fruitiers ont été plantés en respectant les distances requises et en suivant le tracé marqué par les courbes de niveau. On retrouve des avocats, bananiers, moringas et d´autres espèces plus basses comme les tomates, radis, betteraves, ananas, etc. La raison pour laquelle les milieux forestiers sont si productifs c´est parce qu’ils se développent suivant un modèle de superposition de couches verticales de végétaux de différentes tailles. Une forêt comestible cherche à imiter cette superposition de différentes cou ches, mais en utilisant évidemment une majorité d’espèces comestibles.
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Rapport sur les prototypes
2 : Outil généralement fait en bois permettant de déterminer deux points à même hauteur. Cet outil est traditionnellement utilisé pour tracer des courbes de niveau.
Du 20 au 23 avril, les 6 membres du pôle environnement d’OJUCAH en charge des deux forêts comestibles ont suivi une formation en agriculture syntropique à Pignon en Haïti. Cet te formation en anglais traduite au créole était organisée par Roger Gietzen, accompagné par deux permaculteurs sud-américains formés par Ernst Gotsch, “fondateur” de l’agriculture syntropique. Cette formation a permis de renforcer des acquis de la formation en permaculture en République Dominicaine et d’ajouter des spécificités liées aux traditions agricoles haïtiennes. Cela s’est traduit notamment par l’association de cultures d’haricots et mais (essentiels à l’alimentation en Haïti) dans les forêts comestibles testé immédiatement dans les deux forêts. Ces formations permettent aussi de renforcer la confiance et l’estime de soi des membres du pôle environnement d’OJUCAH. Roger Gietzen souhaiterait visiter les projets d’OJUCAH et Habitat-Cité fin 2021. Fin 2019, Habitat-Cité a gagné le deuxième prix du concours “Innovation Lab” lancé par Techo en Haïti. L’idée présentée était les forêts comestibles comme réponse au déboisement et à la souveraineté alimentaire dans les communautés rurales. Ce projet a été mis en place de décembre 2019 à janvier 2021 et a permis d’intégrer 10 familles au processus. Ainsi, 10 forêts comestibles familiales ont démarré et sont supervisées par les membres du pôle environnement. L’intention est de former les familles intéressées au processus, leur faciliter les investissements nécessaires et maintenir un suivi. Six mois après, ces nouvelles forêts se développent correctement et d’autres familles ont fait part de l’intérêt de participer au processus.
En parallèle, grâce notamment aux deux fonds d’urgence octroyés par la Fondation Abbé Pierre fin 2020 et en avril 2021, deux pépinières de légumes et d’arbres fruitiers (une à Lavial et l’autre à Denard) ont été mises en place et sont gérées par les membres du pôle environnement. Grâce à cet investissement de base, l’intention est que les membres du pôle environnement continuent d’entretenir tout au long de l’année ces pépinières et puissent produire en permanence des plantules de légumes et arbres fruitiers. Les plantules sont ensuite plantées dans les deux forêts comestibles pilotes et dans les forêts comestibles familiales. Les familles voisines sont aussi invitées à recevoir des plantules après une visite de leur terrain et sensibilisation aux techniques de plantation et entretien. A l’avenir, des plantules pourraient être vendues et participer à la pérennité économique de l’action. Enfin, les membres du pôle environnement produisent régulièrement un compost fermenté de type bocashi à côté des pépinière qui sert aux plantules et directement dans les forêts comestibles pilotes. Des pesticides à base de produits naturels sont aussi réalisés lorsque c’est nécessaire. Plusieurs formations ont été réalisées dans le local d’OJUCAH, dans les forêts ou chez les familles afin de promouvoir les bonnes pratiques en permaculture acquises par l’équipe. L’avancement des actions du pôle environnement est partagé lors des réunions de suivi hebdomadaire et une réunion spécifique est tenue avec Almudena Albert Galiana, chargée de mission accompagnement des partenaires et genre, chaque trimestre. Habitat-Cité
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8 CUISINIÈRES
ÉCOLOGIQUES
La Vallée et Bainet Suspendu
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Rapport sur les prototypes
La façon dont les femmes des communautés cuisinent est une problématique étudiée par Habitat-Cité depuis 2018 dans la zone d’intervention (voir mosaïque de photos). Sur les 460 ménages enquêtés lors du diagnostic, toutes les femmes cuisinent quotidiennement à même le sol. Seul un modèle de support en métal a été vu. Mis à part un modèle peu concluant fabriqué en chaux, les fours existants observés dans la zone d´intervention sont en béton ou métal. Aucune personne rencontrée ne connaît d’autre type de modèle dans les communautés rurales. Pendant le cours de Design en Permaculture auquel ont participé 4 membres d´OJUCAH, les trois femmes expertes ont été amenées à construire quasiment seules une cuisinière en adobe et pierres et elles ont adoré le résultat (en plus du processus). Le travail avec l’adobe, ses bénéfices et qualités ont été abordés largement pendant les sessions de formation en bioconstruction durant le cours de Design en Permaculture. Sur la demande des femmes expertes qui ont participé au cours, la mission de Fyto Sandoval à Lavial à été l’occasion de proposer la réa lisation d’une formation pour la construction d´une cuisinière en adobe (08/09/2019). La formation a réuni plusieurs femmes de la communauté, des bòs et membres d´OJUCAH, environ 25 personnes au total. Même si les conditions n’étaient pas les meilleures (temps de réalisation disponible et climat), le processus a vraiment plu aux participants et la formation a permis de découvrir toutes les étapes de cons truction nécessaires. Habitat-Cité
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Par la suite, ces mêmes femmes expertes (Béthie Nicolas, Roseline Michel, Marie Forgère) accompagnées des femmes expertes bòs qui le souhaite (Roseline Maurice, Zéline Bellande et Margarette Forgère) ont l’idée de construire d’autres modèles de cuisinières en terre pour les femmes de la communauté intéressées. Lorsque plusieurs modèles seront cons truits et validés collectivement et que le processus d’amélioration continue sera en cours, les femmes pourraient continuer à construire des cuisinières en dehors du cadre du projet. La délocalisation de l’équipe terrain d´HabitatCité a ralenti l’avancement du prototype. Il n’est plus possible de maintenir un contrôle de qualité des cuisinières sur place pour le moment. Si les cuisinières construites ne sont pas de bonne facture et utiles, les habitant-e-s risquent de s’en détourner et de continuer avec leurs pratiques habituelles. L’équipe d´Habitat-Cité cherche des solutions pour réaliser un suivi à distance avec l’objectif de renforcer encore les compétences des femmes expertes dans ce domaine.
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TOILETTE PUBLIQUE Place du marché de Kal Bwa, Terre Noire, Bainet terminé (d’août 2019 à mars 2021) page 16
Rapport sur les prototypes
OJUCAH a construit il y a quelques années une toilette publique à deux cabines pour la place du marché Kal Bwa à Terre Noire (Brésilienne). Malheureusement, à cause du sol meuble, les fondations se s’étaient effondrées dans la fosse et l’installation était devenue très dangereuse. Néanmoins, les voisins continuaient de l´utiliser quotidiennement parce qu´ils n´avaient pas d´autres options. Ancienne toilette endommagée
La première visite réalisée en vue de cher cher une alternative de réparation est datée du 7 août 2019. Les différents voisins ont profi té d’une visite du diagnostic territorial social et technique pour demander aux membres d´OJUCAH et Habitat-Cité de chercher une solution. Durant plusieurs sessions de travail entre les techniciens, Prosper Jean Pierre, le délégué d’OJUCAH de la zone et Benjamin Bourdon, plusieurs idées ont été abordées. Les différentes parties se sont accordées ensuite sur le choix d’une option. L´intention était de pouvoir réutiliser la fosse, une partie des matériaux tout en trouvant une solution constructive durable et sûre. La proposition a été validée en comité de pilotage et présentée au voisinage le 11 septembre 2019 pour en débattre. Les différents voi sins se sont exprimés sur leurs besoins et sur leurs souhaits concernant la réalisation de l’espace sanitaire. Finalement le prototype final a intégré : quatre cabines, dont une toilette femme, une toilette homme, une toilette pour les enfants et une douche. Un système de collecte d’eau de pluie de la toiture était prévu. Habitat-Cité
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Comme tous les bòs formés dans le cadre des projets étaient en activité sur les chantiers de réparation de maisons traditionnelles et shelters, un appel à des bòs de la zone a été lancé et une équipe a été sélectionnée par OJUCAH en concertation avec Habitat-Cité. Lors du démarrage des travaux, les bòs et les techniciens ont pu constater le mauvais état de la fosse et vu le risque, la toilette existante a été complètement détruite sous le contrôle des techniciens. Le chantier a été interrompu avec la crise de la COVID-19 et a été lent. Habitat-Cité et OJUCAH ont pu constater que les bos de la zone, dits expérimentés, travaillaient en général moins vite et moins bien que les bos formés dans le cadre du projet. Malgré ces quelques difficultés, le prototype a été terminé en mars 2021 et le résultat est fidèle au projet conçu avec les habitant-e-s de la zone. Plusieurs mois après sa construction, les habitant-e-s semblent satisfaits, l’espace est utilisé et est bien entretenu.
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Rapport sur les prototypes
Habitat-Cité
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10 AMÉNAGEMENT
D´UN ESPACE
HYGIÉNIQUE
Point d´eau de Poli 1, Lavial, La Vallée terminé (de juin 2019 à novembre 2020) page 20
Rapport sur les prototypes
“espacio saludable” au Nicaragua
Les « fontaines », points d’eau potable au bord de la route, sont des lieux à rôles multiples. D’après les observations de l´équipe d´HabitatCité, elles servent : • de lieu de rencontre où les voisins (quasi exclusivement des enfants et des femmes) remplissent des récipients pour apporter de l´eau à la maison, • d’espace pour laver le linge à même le sol dans une bassine, • d´espace de douche (en pleine rue), habi tuellement la nuit et exclusivement pour les jeunes garçons, • de lieu de vie social comme par exemple de terrain de foot où s´organise deux fois par an un championnat, principale activité « culturelle » et de loisir de la zone, • d’espace pour laver les motos. Au Nicaragua, avec la Casa de la Mujer de Granada (AMNLAE Granada), Habitat-Cité a participé à la création de modèles d’« espacios saludables », comprenant cabine de douche, cabine de toilette et lavoir couvert. Le modèle a fortement intéressé le comité d´OJUCAH. L´intention était d´adapter un modèle similaire au contexte rural haïtien. Des recherches ont été réalisées sur l’existence de lavoirs partagés mais aucun n’a été trouvé pour le moment sur le territoire haïtien. Selon les dires, les femmes lavent le linge à la rivière ou à même le sol dans une bassine, près de la fontaine, ou elles transportent l’eau pour laver le linge chez elles. Plusieurs rencontres ont été organisées avec les personnes concernées (femmes, enfants et jeunes du voisinage) dans le but d’imaginer un modèle adapté et durable et afin de bien comprendre les besoins des différents groupes Habitat-Cité
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et de prendre en compte les différents avis avant de proposer des transformations pour cet espace de vie. Les moments où les femmes lavent le linge sont aussi des moments de rencontres, de conversations et de jeux entre les petits qui les accompagnent. L’idée de ce prototype est aussi de respecter et de renforcer ces moments, privi légiant l’espace partagé, mais en le rendant plus confortable et adapté aux besoins. La mairesse de la Vallée a déjà fait part de son intérêt pour ce prototype et de l’envie d’en développer de nouveaux dans d’autres lieux symboliquement forts de la Vallée.
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Rapport sur les prototypes
JOURNÉE DE RÉUNION PARTICIPATIVE AVEC LES HABITANTS LE 5 OCTOBRE. Comment et pour quelles raisons les habitants occupent-ils l’espace maintenant ? • Espace pour faire la lessive, • Endroit pour prendre une douche, surtout dans l’après-midi / soir et seulement les hommes, • C’est une place publique ; espace de rencontre, réunion, • Espace pour jouer au football, • Fontaine pour prendre de l’eau (pour les personnes, mais aussi utilisée pour les animaux), • Arrêt mototaxi et espace de lavage pour les motos, • Sur la place, il y a de petits commerces informels avec la vente de produits et de nourriture ; « les magasins » (cabanes qui appartiennent aux femmes qui vivent dans les environs). Principaux problèmes de l’utilisation de cet espace jusqu’à maintenant : • L’eau de la fontaine reste stagnante, il y a de la saleté, des moustiques, etc., • Il n’y a pas d’espace éclairé, il n’y a pas de lumière publique ou d’électricité, • Le terrain pour jouer au football n’est pas adapté (trop petit), • Le robinet de la fontaine est presque toujours cassé, les animaux le cassent parce qu’ils veulent boire, les gens ne l’utilisent pas prudemment... L’espace doit être séparé, d’un côté les gens et de l’autre les animaux, • Après le nettoyage de vêtements ou de motos, l’eau utilisée devient de l’eau stagnante ou s’écoule dans les environs. Cette
eau sale et avec du savon n’est pas bonne pour les terrains environnants, • Non adapté aux personnes ayant un handicap physique et aux enfants, • Espace dangereux pour prendre une douche, surtout pour les femmes (car intimité inexistante). Comment on peut améliorer l’espace ? • Décaler la source existante pour laisser plus d’espace à la route, • Créer un espace de lavage pour laver le linge dans de meilleures conditions. Gérer l’excès d’eau et de savon. Penser l’endroit pour que deux ou trois personnes puissent laver le linge en même temps, • Aménager un espace adapté pour que les animaux puissent boire, • Canaliser l’excès d’eau de source, • Faire un espace plus approprié pour laver les motos et canaliser l’eau en excès et le savon, • Améliorer l’accès à la fontaine pour la rendre accessible aux enfants et aux personnes ayant un handicap physique, • Avoir des toilettes et des douches publiques puisque les gens ne les ont pas chez eux. Différencier les espaces femmes / hommes, • Mettre de la lumière pour rendre l’espace plus sûr le soir et la nuit.
Suite aux différents ateliers visant à recueillir les souhaits des habitants, Benjamin Bourdon a organisé les éléments afin de formaliser une proposition de conception qui a été partagée avec la population le 28 octobre. Cette première proposition a été travaillée avec le logiciel SketchUp. Le design a été préalablement validé en réunion de comité de pilotage avec les partenaires locaux. Toutes les personnes présentes à la réunion ont apprécié et accepté la proposition, la trouvant très opportune et fonctionnelle. Une demande a été formulée par rapport à la possibilité d’inclure un espace pour recharger les téléphones mobiles. L’accès à l’électricité est une problématique en zone rurale et les familles sont souvent à la recherche d’un endroit pour recharger les téléphones. C´est pourquoi, il a été décidé d’ajouter à la proposition un lampadaire avec batterie et prise. Il a été décidé de déplacer le robinet de sa position originale pour laisser plus d’espace à l´aménagement. Pendant le voyage d´échange au Salvador des techniciens Edzer Civil et Josaphat Payen, accompagnés de Benjamin Bourdon et Nadège Quintallet, auprès de FUNDASAL, plu sieurs lavoirs ont été visités dont un lavoir public restauré par FUNDASAL. Les techniciens ont bien observé et échangé avec les habitante-s pour comprendre leurs fonctionnements et modes de construction.
RÉUNION DU 28 OCTOBRE ; PRÉSENTATION DE LA PREMIÈRE PROPOSITION À LA POPULATION.
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Le chantier a démarré à la reprise des activités, à la suite de l’arrêt du à la COVID-19, en juillet 2020. Pour les mêmes raisons que pour le prototype de toilette publique, une équipe de bòs expérimentés de la zone à été engagée pour ce prototype. Dans ce cas-ci, le bòs res ponsable était sérieux et le chantier s’est très bien déroulé, avec des allers-retours et un suivi des techniciens d’OJUCAH. Une fois le chantier terminé, les membres d’OJUCAH et Habitat-Cité ont eu l’idée de peindre l’espace afin de faciliter son entretien et d’améliorer son image vis-à-vis de la communauté. Il a été pensé que si ce sont les jeunes, principaux utilisateurs de l’espace, qui sont en charge de la peinture, l’entretien sera plus facilement assuré. Rapidement, les équipes ont pensé aux filles des Klub Tifi (espaces de loisirs et de discussion pour les filles et adolescentes tenus par le pôle genre et formation d’OJUCAH) pour pein dre l’espace ; d’autant plus qu’elles allaient être des utilisatrices régulières du lieu. Afin d’organiser les activités de peinture, HabitatCité et OJUCAH ont fait appel à Frantz Janvier, artiste peintre connu par les membres. Frantz a été bénéficiaire d’une maison financée par la Fondation Abbé Pierre et construite par Planète Urgence en 2016 à La Montagne. C’est un artiste aussi engagé pour les enfants de sa zone car il a créé une association locale de loisirs pour les enfants de sa zone (Lavaneau).
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Rapport sur les prototypes
Frantz, accompagné d’un collègue, a d’abord organisé des journées de dessin et peinture en salle avec les filles des clubs car pour beaucoup d’entre elles découvraient la peinture. Les filles, avec Frantz et la validation postérieure d’Habitat-Cité et OJUCAH, ont imaginé les différents muraux. Ensuite, en deux jours complets, les filles ont peint l’espace sous la supervision de Frantz et le soutien de l’équipe d’OJUCAH. Les participantes du Klub Tifi ont montré un grand engouement mais aussi une vraie habileté pour peindre l’espace. Frantz a été bon pédagogue et a bien laissé les filles être protagonistes de l’activité. Au final, tous les participants et les habitant-e-s de la zone sont très fiers de cet espace. L’espace étant très utilisé, OJUCAH a rappelé aux voisins qu’ils devenaient les responsables de l’entretien dès lors que celui-ci était construit. Les habitant-e-s ont créé un comité d’entretien composé de 4 groupes de personnes mixtes (incluant des membres d’OJUCAH) qui sont chacun à leur tour responsables de l’entretien une fois par semaine. Jusqu’à ce jour, l’espace est très utilisé et bien entretenu malgré quelques détériorations des robinets.
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11 AMÉNAGEMENT
D´UNE PLACE DE LECTURE ÉCLAIRÉE Carrefour “Les amandes” Geffray, Bainet terminé (d´août 2019 à mars 2021)
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Rapport sur les prototypes
D’une part, il n’y a pas d´électricité dans les communautés rurales d´intervention. D´autre part, les jeunes ont l´habitude d’étudier et de faire leurs devoirs scolaires à l’extérieur, dans la rue, sur une place, souvent en groupe. Donc dans ces communautés rurales, lorsque la nuit tombe, les jeunes ne peuvent plus étudier. Aussi pour des raisons de sécurité, le fait qu’un espace public ne dispose pas d’éclairage augmente le risque que des situations dangereuses se produisent. L´intention est donc d´aménager un espace, éclairé la nuit, qui serait confortable pour se réu nir, échanger et étudier, en prévoyant également des points ombragés et des lieux pour s’asseoir. Le carrefour les amandes est déjà un lieu de rencontre habituel et d’étude jusqu’à la tombée de la nuit. Pendant la journée, l’espace a de nombreuses utilisations. C’est la population organisée qui, lors d’une assemblée générale d’OJUCAH, a demandé à ce que cet espace soit amélioré, en aménageant une place de qualité pour la zone et un espace sûr pour les enfants et adolescents. L´espace semblait alors parfaitement adéquat pour être aménagé. Josaphat Payen, technicien dans le cadre des projets menés avec Habitat-Cité, s’est chargé de demander plusieurs devis pour l’installation d’éclairages / de lampadaires à énergie solaire. Par ailleurs, un processus participatif a été mis en place afin de rencontrer la population et de travailler de manière collective sur des propositions d’amélioration de l’espace. Habitat-Cité
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Vendredi 25 octobre 2019, l’équipe est retournée à l’emplacement prévu pour l´aménagement, afin de prendre des mesures après la première rencontre avec la population. Après une réflexion communautaire sur la façon dont les habitant-e-s aimeraient vivre l’espace public et comment ils voudraient l’améliorer, l’équipe locale a travaillé pour pouvoir présenter une proposition. Le lundi 11 novembre 2019, une nouvelle réunion a été organisée afin de présenter la proposition à la population. Une présentation 3D a également été préparée pour faciliter la compréhension de la proposition. Cet espace public deviendrait une place illuminée, avec des tables et des chai ses probablement fixes (certainement en maçonnerie) et avec une partie couverte, où les étudiants pourront travailler, où les enfants pourront jouer et où les habitant-e-s pourront simplement discuter et attendre, en toute sécurité, même le soir ou la nuit. Au moment de commencer la construction, des problèmes ont surgi en lien avec la proximité de l´église. L’appartenance du terrain n’était pas claire et le rôle que pourraient jouer les responsables religieux était flou. Un voisin a proposé de faire un don d’un morceau de terrain limitrophe à la route, à quelques mètres de l’ancien, pour réaliser l’aménagement ; mais la proposition a donc dû être adaptée au nouveau lieu. Avec la crise de la COVID-19 et les problématiques liées au terrain, le chantier n’a démarré que fin 2020. L’équipe de bòs qui avait donné satisfaction avec la construction du prototype 10 “espace hygiénique” a été reconduite pour ce chantier. Les deux premiers mois de travaux d’aplanissement et de travail du sol ont été réalisés entièrement bénévolement par les jeunes voisins. A cause des intempéries, le transport de matériaux a été plusieurs fois retardé et le chantier a pris plus de temps que prévu. Néanmoins, le résultat final est satisfaisant et répond bien aux attentes des habitant-e-s. Depuis la fin des travaux en mars 2021, les habitant-e-s fréquentent énormément l’espace qui est presque utilisé les 24h de la journée. L’espace est notamment utilisé pour des événements culturels et festifs tels que des concerts les week-ends. Plusieurs vendeurs divers se sont installés sur place. page 28
Rapport sur les prototypes
Une première rencontre avec la population (10 femmes et 20 hommes) a eu lieu le 10 octobre 2019. Le but de la réunion était de comprendre comment et pour quelles raisons les habitants occupent l’espace. Manières d’occuper l’espace actuellement • Place du marché le lundi, • Une église, • Espace de rencontre, réunion, • Espace pour jouer au football, • Fontaine pour prendre de l’eau, • Les enfants étudient assis par terre, • Arrêt moto taxi, • Place publique et de rencontre. Après avoir compris les différentes fonctions de l’espace, il a été demandé aux habitant-e-s de pen ser à comment ils aimeraient l’améliorer. Souhaitent-ils que l’espace soit différent ? Qu´aimeraient-ils avoir ? Comment peut-on améliorer l’espace ? • Besoin de tables pour parler, jouer, étudier, etc., • Installation afin que les enfants puissent jouer (parc infantile ?), • Une église en meilleur état, parce que cette église n´est pas terminée et elle est en très mauvais état, • Il n’y a pas de salle de réunion ou de locaux, les habitants se rencontrent dans l’église ou dans la rue. Et l’église n´a pas de toit (la construction n´a jamais été terminée), • Il n’y a pas d’espace éclairé, il n’y a pas d’éclairage publique ou d’électricité, • Le terrain pour jouer au football n’est pas adapté (trop petit et en pente), • Le robinet de la fontaine est presque toujours cassé, les animaux le cassent parce qu’ils veulent boire et les gens ne l´utilisent pas prudemment.
L’aménagement est encore brut et les équipes d’OJUCAH et Habitat-Cité pensent à le peindre et faire de nouveau appel à Frantz Janvier et aux filles des Klub Tifi. Ces activités devraient avoir lieu fin 2021.
Habitat-Cité
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TOILETTE SÈCHE Famille de Rosemila Jean Fils, Terre Noire, Bainet en cours (depuis juillet 2020) page 30
Rapport sur les prototypes
Pendant le diagnostic territorial social et technique à Terre Noire, il a été observé que plu sieurs modèles de latrines se sont effondrés, ceci à cause d’un sol meuble et de la proximité avec la mer. La fosse de la toilette de la famille Lafete (prototype 3) à Brésilienne a dû être réduite. La majeure partie des familles font leurs besoins à l´air libre. Les toilettes sèches semblent donc adaptées puisqu’elles ne demandent pas de creuser de fosse (la toilette est surélevée). Un modèle avait été développé par l’architecte Carolyn Garcia (Lincs - CRAterre) et construit notamment par OPADEL à la Montagne. Après une visite, l’équipe d´Habitat-Cité a observé que bien qu’en bon état et fonctionnel, la toilette ne semblait pas être utilisée. Il est nécessaire d’accompagner les habitant-e-s, afin de comprendre les blocages qu’il peut y avoir à l’idée d’utiliser des toilettes sèches et ceci afin d’être en mesure de proposer de possibles adaptations.
Modèle d’OPADEL
Modèle de TECHO Haïti
Modèle de FUNDASAL, El Salvador
Lors d’un comité de pilotage, la décision a été prise de ne pas construire des toilettes sèches collectives car l’entretien serait difficile et cela risquerait donc de dévaluer l´image de l´installation. Il a donc été imaginé que la première toilette construite serait celle du premier shelter réhabilité à Brésilienne, donc celui de Rosemila Jean Fils (nº71). Ensuite, un accompagnement des 29 autres familles bénéficiaires vivant dans des shelters pourra être réalisé dans l’objectif de construire des toilettes sèches pour chaque famille sur la base d’un ou plusieurs modèles. Habitat-Cité
Modèle de FUNDASAL, El Salvador
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Comme dans le cas du lavoir public à Lavial, pendant le voyage d´échange au Salvador des techniciens Edzer Civil et Josaphat Payen auprès de FUNDASAL en janvier 2020, plusieurs toilettes sèches ont été visitées, dont des toilettes sèches appartenant à des familles que FUNDASAL accompagne. Les techniciens ont observé et échangé avec les habitant-e-s pour comprendre leur fonctionnement. Après étude de plusieurs modèles dont ceux d’OPADEL et FUNDASAL, OJUCAH et HabitatCité ont planifié la construction d’un modèle de toilette sèche chez Rosemila avec un socle (comprenant les deux chambres) en blocs de béton, et une cabine en ossature bois et remplissage en tôles. La construction de cette toilette sèche a été organisée telle une formation pour les équipes de bòs afin de s’assurer de la bonne compréhension, aussi bien de la technique constructive que du système de toilette sèche en soi. L’équipe a pris plusieurs mois à faire faire un moule pour le siège du WC qui permet de séparer l’urine des des selles, nécessaire aux toilettes sèches. Afin de s’assurer d’une meilleure qualité de formation, le groupe de bos de Brésilienne a été divisé en deux pour construire deux toilettes sèches pour deux familles. Les formations assurées par les techniciens d’OJUCAH ont duré une semaine chacune (fin août / septembre). Les formations se sont bien déroulées et aussi bien les familles que les bos ont semblé satisfaits de comprendre ces nouvelles latrines.
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Rapport sur les prototypes
Plans réalisés par l´organisation SOIL
Suite à ces deux premières toilettes, 18 autres toilettes sèches pour des familles de shelters réhabilités ont été construites à Brésilienne. Afin de s’assurer de la bonne utilisation et entretien des toilettes, il était indispensable de réaliser une nouvelle sensibilisation aux habitant-e-s. En janvier 2021, lors de la mission d’Annabella Orange et Benjamin Bourdon en Haïti, l’équipe d’OJUCAH a eu l’occasion de visiter des toilettes sèches réalisées par Techo à Trou Gilot à Cabaret. En plus de très bien construites (avec un remplissage en roches intéressant), les toilettes étaient très bien utilisées et entretenues par les familles malgré une absence de près d’un an de Techo dans la communauté. Techo a mis en place un cursus de formation très intéressant, basé sur le jeu. L’organisation a aussi produit des affiches informatives en créole. Techo a partagé toutes ces informations à Habitat-Cité et OJUCAH qui ont adapté le processus de formation aux capacités et besoins des familles.
Enfin, les équipes de bòs de Lavial et De nard ont fait part de leur intérêt d’apprendre aussi à construire des toilettes sèches. Une famille bénéficiaire d’une réparation à Lavial a aussi préféré la construction d’une toilette sèche plutôt que d’une toilette avec fosse afin d’obtenir du compost pour son jardin. A Denard, le terrain d’une des maisons à réhabiliter ne permet pas de creuser une fosse et il a été proposé à la famille de construire une toilette sèche. Finalement, 2 familles à Denard et 2 à Lavial, bénéficiaires de la réparation de leur logement se verront construire une toilette sèche. Cette réalisation se fera sous forme de chantier-école pour les bòs de chaque zone.
Toutes les familles ainsi que les autorités locales (CASEC) ont été invitées à une journée de sensibilisation le vendredi 12 février 2021 afin de comprendre le fonctionnement de ces toilettes. Les affiches réalisées par Techo ont pu être imprimées et aussi distribuées à chaque famille. Les techniciens qui supervisent la réhabilitation de shelters à Brésilienne continuent régulièrement de vérifier la bonne utilisation des toilettes ; les familles ne semblent pas rencontrer de problèmes.
Habitat-Cité
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EXTENSION DE MAISONS
TRADITIONNELLES Denard, Lavial En cours (depuis novembre 2019)
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Rapport sur les prototypes
Les extensions de maisons traditionnelles sont très courantes en Haïti. Habituellement, toutes les familles commencent par cons truire une maman kay (maison mère) et quand la famille a les moyens, elle fait une extension. Cependant très souvent, des défauts constructifs naissent dans les jonctions et l’extension est moins bien construite que le reste de la maison. Le premier prototype réalisé en 2018 était la construction d´une maison neuve avec une extension dite « moderne » : deux chambres et une salle de bain intérieure. Ce prototype a servi à étudier différents détails constructifs : dans la charpente à 4 pentes, les jonctions avec l´extension, les accroches de lisses bas ses avec deux hauteurs de sol différentes. Il a permis aussi un travail de réflexion autour de la réalisation de la salle de bain intérieure avec une ossature bois, élément rare dans la zone d´intervention. Il ne s’agit pas avec ce nouveau prototype de revoir les éléments vus lors de la réalisation du premier prototype. Pour ce prototype, l’enjeu principal réside dans la capacité d’adaptation à la réalité de chaque maison traditionnelle. Cela permet de continuer à sensibiliser les familles aux bonnes pratiques cons tructives. Il est aussi intéressant de noter que comme chaque cas est différent, chaque prototype d´extension sera différent et prendra en compte le terrain, la maison existante, les capacités et le projet de la famille.
Dans le cadre des projets de réparations de maisons, 70 ménages ont été sélectionnés dans les zones de Lavial et Denard. Certaines familles sur-occupent des maisons traditionnelles vraiment petites, restées au stade de « maman kay ». Parfois, des extensions ont été tellement mal construites qu´elles ne peuvent pas être réparées et doivent être reconstruites. Afin de définir quelles seraient les familles qui participeraient au projet de prototype d´extension, trois critères de sélection objectifs ont été définis : • La sur-occupation de la maison existante : minimum 4 personnes vivant dans l´espace d´une « maman kay » (généralement une pièce d’environ 20m2), • L´espace suffisant sur le terrain pour recevoir une extension (parfois, la position de la maison existante ne permet pas d´agrandissement), • La capacité des familles pour leur part de participation. En effet, les familles doivent continuer à apporter des matériaux, fournir des repas aux bòs et travailler sur le chantier de la même manière que pour l’étape de réparation de la maison. Pour ce faire, les techniciens ont réalisé un rapport en juin 2020 sur l’analyse technique des maisons, la vérification des critères vus cidessus et le chiffrage des extensions. Ensuite, une vérification des critères et du chiffrage a été réalisée par Benjamin Bourdon, architecte et chargé de mission Haïti, permettant ainsi de présenter les différents cas au comité de pilo tage avec l’objectif de prendre une décision définitive.
Habitat-Cité
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• Cenoïs Bazelais (novembre 2019) - droite La maison « base » (maman kay) était sur-occupée (4 adultes et 7 enfants) et plusieurs membres dormaient dans des abris faits de bric et de broc. Le prototype d’extension de trois panneaux, réalisé à partir de la façade principale, a permis de redimensionner les espaces intérieurs et d’obtenir finalement une pièce de vie, deux chambres et une galerie. La galerie est généralement un espace très apprécié dans la ruralité haïtienne. L’équipe s’est confrontée à la problématique de la hauteur de la maison « base », bien trop basse (moins de 1m75). L´extension a été légèrement rehaussée, de 20 cm, et cela a créé des difficultés techniques au niveau des jonctions, surtout concernant les lisses hautes et la charpente. Des détails spécifiques ont été proposés par les techniciens afin de résoudre les difficultés. • Roland Désir (novembre 2019) - gauche La maison originale, composée de deux petites pièces, n´avait pas d´extension et était occupée par 6 personnes (2 adultes et 4 enfants). La construction a pu être agrandie sur la longueur, au niveau du pignon arrière de 3 panneaux. Cela a permis d’avoir 2 grandes pièces (choix de la famille) ou bien 3 plus petites. Le chantier s’est très bien passé, puisque l’intervention a été réalisée dans le prolongement de la maison existante. Les lisses ont été démontées, prolongées, puis remontées permettant ainsi une meilleure résistance de l´ensemble. Finalement, la modification apportée n’est pas perceptible pour une personne qui n’a pas connu la maison avant l’intervention. page 36
Rapport sur les prototypes
Habitat-Cité
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• Poli Jaunes (juillet 2020) à gauche La maison originale, typiquement une maman kay à deux pans, ne possédait pas d’extension et ne permettait pas de loger dignement ce couple avec 6 enfants. Une extension latérale, de type “hangar”, similaire à celle réalisée pour le prototype n°1 de Zéline Bellande, a été construite sur toute la largeur de la maman kay. Le logement compte donc désormais deux chambres supplémentaires. • Sophy Leriche (juillet 2020) à droite La maison originale était aussi une typique maman kay à deux pans. La famille composée de 4 membres y était à l’étroit et comptait depuis longtemps réaliser une extension. Le projet de réhabilitation du logement a été le coup de pouce qui a motivé définitivement la famille a réaliser l’extension. La famille a apporté une grande partie des matériaux nécessaires à sa construction. L’extension a aussi été latérale et est divisée en deux parties : une chambre et une galerie. La famille étant un peu moins nombreuse que d’autres mentionnées dans ce rapport, elle a privilégié la galerie qui est un espace très apprécié et utilisé par les familles rurales.
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Rapport sur les prototypes
• Gislène Pierre Saint (février 2021) à gauche Gislène vit seule avec 5 enfants. Elle avait démarré la construction d’une extension de sa maman kay qui avait été laissé en arrêt en attente de moyens. La réhabilitation de sa maison a permis de terminer cette extension en réparant les défauts techniques et de prolonger cette extension de 3 panneaux. Ainsi, la maison dispose aujourd’hui de 3 piè ces et est bien plus sûre et confortable pour ses habitants. • Marcel Ridoré (mars 2021) à droite A l’image de Sophy Leriche, la famille de Marcel Ridoré composée de deux parents et trois enfants désirait construire une extension de puis longtemps mais la famille ne trouvait pas les moyens pour le faire. L’apport des projets a permis de réhabiliter la maman kay à deux pans existante et d’envisager l’extension latérale. La famille a opté pour deux pièces supplémentaires permettant ainsi de compter sur une pièce de vie et trois chambres.
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GLACIS
COMMUNAUTAIRES La Vallée et Bainet Suspendu.
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Rapport sur les prototypes
Un glacis en Haïti est vu, notamment par les familles rurales, comme une partie très importante de leur maison. Le glacis est un espace bétonné, généralement situé devant la maison, et est habituellement le lieu central du « lakou ». Dans la pratique, le glacis est surtout utilisé pour sécher les grains (fondamental dans l’alimentation de base), c’est une dalle plate, sèche et propre. Mais en plus de cette fonction principale, le glacis est souvent aussi l’espace où la famille se réunit pour réaliser des activités diverses : prendre les repas, réaliser des petits travaux d´artisanat, faire les devoirs scolaires, etc. C’est aussi l’espace où sont habituellement reçus les invités et les passants pour discuter un moment ; c´est donc un espace social. De nombreuses familles ne parviennent pas à construire de « lakou », car le ciment coûte cher et ne peut être qu´acheté (et non obtenu par des échanges). D´autre part, certains glacis ne sont pas toujours bien réalisés, notamment concernant l´évacuation de l’eau de pluie. Ensuite, certains « lakous » n’ont pas l’espace nécessaire pour recevoir un glacis. Les membres d’OJUCAH et Habitat-Cité perçoivent les glacis comme des améliorations essentielles de l’habitat dans ces zones rurales.
Pour répondre aux problématiques économi ques et spatiales, l’idée de rassembler plusieurs familles autour d´un même glacis est apparue comme une bonne alternative. Cela permettrait aussi de collectiviser les bienfaits sociaux du glacis. Le glacis ne se limiterait donc plus à l´espace familial mais deviendrait un espace partagé entre voisins. A partir de juillet 2020, les délégués d´OJUCAH se sont réunis avec les habitant-e-s de leurs zones pour répertorier des familles intéressées et constituer des groupes. Néanmoins, les retours des habitant-e-s envers les délégués ont traduit des conflits sous-jacents. Il est difficile de trouver des logements suffisamment pro ches pour réaliser un glacis commun. Ensuite, le terrain doit nécessairement appartenir à une famille et il est donc difficile de ne pas placer une famille en situation favorable par rapport à d’autres. Les habitant-e-s interrogés pensent que ce type d’aménagement collectif serait source de conflits et préfèrent les glacis à échelle d’une famille. Or, actuellement, Habitat-Cité et OJUCAH n’ont pas de plus-value à proposer un glacis familial. Le coût d’un tel aménagement pour une seule famille lui fait perdre de son sens comparativement à des aménagements collectifs. Si des familles manifestent l’envie de réaliser un prototype de glacis communautaire, les échanges seraient repris; en attendant, l’idée n’a pas été développée.
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CITERNES
COMMUNAUTAIRES Bainet Suspendu.
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Rapport sur les prototypes
Lors d’une réunion avec le comité directeur d’OJUCAH, le délégué de Kay Gard a fait part du manque d’eau dans cette localité et le besoin de réaliser des aménagements de sto ckage d’eau. Après plusieurs échanges avec les équipes d’OJUCAH et Habitat-Cité, l’idée de construire une citerne communautaire comme aménagement collectif a été émise. Les techniciens ont donc accompagné le délégué dans la localité pour rencontrer des familles et visiter des terrains. Un terrain a été trouvé, suffisamment proche de 4 maisons, qui aurait pu permettre de réaliser un aménagement public avec une citerne pour stocker l’eau de pluie récoltée sur les toitures des maisons. Le propriétaire du terrain était prêt à le céder pour la réalisation de l’aménagement. Néanmoins, l’estimation du coût de cet aménagement a freiné les ambitions des équipes. La construction de la citerne a été évaluée à plus de 5000 USD. Ensuite, trois des toitures des maisons ciblées étaient en mauvais état et auraient eu besoin d’une réparation afin de pouvoir récolter l’eau de pluie. Deux maisons sont en trop mauvais état pour n’envisager qu’une réparation de la toiture. Ce prototype engendrait donc des coûts trop importants néanmoins, le processus, le lieu et les familles restent des points positifs à prendre en compte lors d’une prochaine activité.
GLOSSAIRE Bòs : mot créole signifiant artisan-e. Dans ce document, ils/elles sont associé-e-s au domaine de la construction. Lakou : mot créole venant du français “la cour”. Le lakou est l´espace extérieur fami lial dans lequel se situent toutes les installations (maison, cuisine, espace de séchage des grains, etc.). Morne : mot venant du créole, signifiant montagne ou colline, typique du paysage rural haïtien.
PHOTOGRAPHIES Almudena Albert Galiana pp. 1, 11, 12, 13, 21, 27, 31. Benjamin Bourdon pp. 1, 2, 3, 7, 8, 10, 11, 13, 14, 15, 17, 21, 31, 34, 36, 37, 38, 39, 40, 41. Pierre Louis Jean Fils pp. 3, 4, 9, 10, 16, 17, 18, 19, 20, 21, 24, 25, 26, 28, 32, 33, 36, 38, 39. Saintyl Nicolas pp. 3, 6, 8, 9, 30.
Shelter : de l´anglais, abri temporaire d´urgence. Almudena Albert Galiana : chargée de mission en Haïti Habitat-Cité. Annabella Orange : directrice d’Habitat-Cité. Benjamin Bourdon : chargé de mission en Haïti Habitat-Cité. Nadège Quintallet : responsable de la Solidarité Internationale Habitat-Cité.
62, rue Vergniaud, 75013 Paris 01.45.88.71.75 www.habitat-cite.org association@habitat-cite.org Habitat-Cité
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