Le fleurissement en France: d’une esthétique pittoresque à une éthique environnementale.
S O M M A I R E . INTRODUCTION PARTIE 1////////le fleurissement : une ESTHETIQUE du décor urbain née au 19° siècle 1- Le fleurissement, un moyen de diffuser une pensée de société. La nature fantasmée dans les intérieurs bourgeois de la société du 19° Expansion du secteur horticole et Expositions Universelles : la fleur comme objet d’art Diffuser une idée du beau : le fleurissement comme dessin d’une société 2- « Faire capituler la laideur » : le fleurissement comme moyen esthétique de valoriser le patrimoine bâti. Gerberoy, village sauvé de l’oubli par le peintre Le Sidaner L’art comme fabrique du paysage
Une France où « les paysages seraient beaux, les eaux pures et les habitants pleins de sagesse »
3- Le fleurissement en ville, une image dévitalisée au service des pouvoirs politiques La stérilisation de l’espace de Nature en ville
Les lieux emblématiques de la ville signifiée par des objets floraux décontextualisés « Ce n’est pas en «tartinant» que l’on révèle la qualité de l’espace. »
Conclusion partie 1 : Quelle place pour l’usager quotidien sinon celle d’un spectateur ?
PARTIE 2/////// Le fleurissement : quelles POLITIQUES PUBLIQUES DE PAYSAGE? 1- Du Village Coquet…
Le tourisme, un projet économique global
L’invention du paysage comme espace de loisir
Les concours de fleurissement : une création du Touring Club de France
2- …aux villes et villages fleuris. « Fleurir la France » Le concours aujourd’hui Une image du pays a l’échelle de la ville 3-Que révèle-t-on de la ville avec le fleurissement ? Le fleurissement peut masquer la misère, la solitude, le chômage, … Quand le végétal aide à panser les blessures de l’histoire : l’exemple de Verdun Meudon : une politique de fleurissement comme tremplin pour le développement de la ville Conclusion partie 2 : les différents modes de fleurissement/verdissement révèlent les politiques publiques de paysage de la ville.
PARTIE 3/////// Le fleurissement d’hier à aujourd’hui: Quelles qualités de RAPPORT ENTRE L’HOMME ET LE VIVANT ? 1- Des fonctionnalités et des aménités sociales de l’espace public : hygiène, propreté, repos et agrément. La ville saine : l’hygiénisme comme idéal urbain
Les services techniques des villes: c’est du propre ! De la salubrité au bien-être : la naissance du bonheur en ville
2-De nouveaux rapports avec la vie non humaine.
L’avènement de la nature comme « ensemble complexe, dynamique et englobant »
L’esthétique verte : de la représentation à la présentation de la nature. Les critères du CNVVF 2010 : un visage plus écologique.
3- Une production des habitants eux-mêmes. Le fleurissement comme discipline publique
Les jardins partagés : un modèle de cohésion sociale et d’échange Opération « fleur de bitume » : le fleurissement comme fabrique de l’être ensemble à l’échelle de la ville
Conclusion partie 3: Vers un label des «Villes et Villages Paysage»? CONCLUSION BIBLIOGRAPHIE/ NOTES
I NT R O DUC T I ON Le substrat de notre réflexion est une remarque du paysagiste Samuel Craquelin. Au détour de la visite guidée d’une de ses réalisations, « les Jardins Suspendus » du Havre, il nous a fait remarquer que la petite parcelle, dédiée à l’expérimentation végétale des employés municipaux de la ville, connaissait une très forte fréquentation de la part des visiteurs, friands de ces créations florales. Les usagers de l’espace public veulent des fleurs et les politiques savent en tirer partie pour mener des stratégies d’aménagement du cadre urbain. Créé en 1959, le label « Villes et des Villages Fleuris » a bien sur joué un rôle primordial dans le développement de ce modèle d’ornement de l’espace urbain. L’évolution de ses critères est un véritable baromètre des mentalités en matière de fleurissement. Ce qui, de notre point de vue de jeunes étudiantes en Paysage, apparait comme une décoration désuète voire dépassée de l’espace urbain s’avère en fait être un véritable « miroir de notre société »1 et une composante de l’aménagement du territoire français. Quand on interroge le Maire de la commune d’Oger dans la Marne (quatre fleurs à son palmarès et une médaille d’or européenne) sur « l’intérêt de conduire une politique de fleurissement et d’embellissent de sa commune » il fournit une réponse qui résume bien la situation : « (…) pour apporter un rayon de soleil à la commune et de la cohésion entre les habitants, pour embellir et attirer les touristes »2 .
Entre esthétique et stratégie politique, entre bien être et développement économique, en quoi les politiques publiques de fleurissement de l’espace urbain sont-elle constitutives de la notion de paysage dans les villes et villages français ? Et quelle qualité de paysage est engendrée et pour qui ? Ce qui nous intéresse c’est donc de comprendre l’enjeu d’une relation entre « fleurissement » qui est l’action de décorer avec des fleurs, et « paysage», définit en 2000 par la convention européenne de Florence comme « une partie de territoire telle que perçue par les populations, dont le caractère résulte de l’action de facteurs naturels et/ou humains et de leurs interrelations. ». Pour échafauder une réflexion quant à ces problématiques, nous construirons notre discours autour de trois axes : « le fleurissement comme esthétique du décor urbain née au 19è siècle», « Quelles politiques publiques de paysage engendrée par le fleurissement? » et « Le fleurissement d’hier à aujourd’hui: Quelles qualités de rapport entre l’homme et le vivant ? »
Parcelles d’expérimentations végétales, jardins suspendus, Samuel Craquelin.
Les fleurissement est «le miroir de la société qui l’engendre.» Béatrice Pérez.
Le fleurissement, cette action visant à embellir l’espace, a été mise en œuvre de diverses façons selon l’époque analysée. Au Moyen-âge, les fleurs jouxtent les légumes dans des jardins considérés comme utilitaires. A la Renaissance, le jardin « des plaisirs » supplante le jardin utilitaire et les fleurs sont mises en scène dans des parterres géométriques avec raffinement et délicatesse. En réaction à cette abstraction florale et en adéquation à la philosophie des lumières et à l’esprit de la Révolution, le dix-huitième se fit le siècle de la libération de la flore et marque un retour au sauvage. Le fleurissement apparait donc très clairement comme le miroir de la société qui l’engendre, pour reprendre la très juste formule de Béatrice Perez. Mais c’est à la fin dix-neuvième siècle que la décoration florale est réellement prise en charge comme un des aspects de l’aménagement de la ville, permettant de renvoyer une image exigeante et soignée aux visiteurs. Nous reviendrons plus tard sur les raisons qui ont poussées à l’instigation d’une telle stratégie d’embellissement du cadre urbain. Pour le moment, il nous parait important de s’arrêter quelques instants sur la période qui instaura le fleurissement comme esthétique du décor urbain.
PARTIE 1/Le fleurissement: Une ESTHETIQUE du décor urbain. 1- Le fleurissement, un moyen de diffuser une pensée de société.
1.1- La nature fantasmée dans les intérieurs bourgeois de la société du 19è siècle.
Intérieurs bourgeois :
« des loges au théâtre du monde » Walter Benjamin
Fin dix-neuvième : les chemins de fer se développent en Europe, les usines fleurissent un peu partout, l’ère de la mécanisation est en marche. Avec la Révolution Industrielle, une nouvelle classe est née : la bourgeoisie. Avec elle, de nouvelles coutumes, de nouveaux rites de société ont émergé. Véritables « loges au théâtre du monde » selon Walter Benjamin, les intérieurs bourgeois regorgent d’objets d’art véhiculant des images de jardins merveilleux. Les logis bourgeois deviennent alors refuges face à l’industrialisation croissante de leur environnement. Visitons un fumoir des années 1860: de bas en haut, le moindre espace, la moindre surface est investie par un décor au motif végétal. Notre regard s’arrête sur un vase au coin de la pièce, une scène bucolique y est dépeinte : un oiseau se pose délicatement sur une branche. L’iconographie de la nature dont l’objet d’art est le support est invitation à l’évasion, transformant l’espace domestique du tout bourgeois en vision de rêve. Mais pas seulement. N’oublions pas que cette époque est aussi celle des balbutiements d’une nouvelle organisation des hommes dans la société: celle de la démocratie, même si elle est certes encore toute relative. L’esthétique affirmée et bavarde de ces foyers coquets mettant en scène des instants de nature est aussi le moyen pour les bourgeois d’affirmer une identité culturelle. Comment? En investissant et se réappropriant un vocabulaire exploité dans les tableaux de maitre, la grande littérature... Le bourgeois peut désormais acquérir des décors d’intérieur riches, une revanche face à l’aristocratie. Le vocabulaire formel des objets de valeurs se voit pillé et reproduit à moindre coût. Les objets d’art ainsi ornés démocratisent une culture jusque là réservée aux élites: il est enfin donné au bourgeois de fantasmer, de goûter aux plaisirs de la contemplation et d’exprimer l’intérieur de son âme à travers des décors de nature fantasmée.
PARTIE 1/Le fleurissement: Une ESTHETIQUE du décor urbain. 1- Le fleurissement, un moyen de diffuser une pensée de société.
1.2- L’expansion du secteur horticole et les expositions universelles: la fleur comme objet d’art.
Crystal Palace, exposition universelle1851
Descendons maintenant dans les rues de cette fin de dix-neuvième siècle. La culture des fleurs se développe. Elle est l’agrément privilégiée des habitants des villes et des villages et fait le bonheur des touristes qui en demandent toujours plus. Cet engouement prend racine dès la fin du dix-huitième siècle où, sous le second empire, Paris se voit transformée. Napoléon 3, de retour de voyage et ayant visité les nombreux parcs de Londres, souhaite que la France change de visage.
Les parcs urbains deviennent des lieux où l’on libère l’imaginaire, de véritables laboratoires pour l’horticulture qui ne cesse de se développer. Les compositions sont splendides et la société bourgeoise, avide de formes et de couleurs expressives et voyantes, s’en émerveille. Plus les fleurs sont variées et colorées, plus elles sont perçues comme belles. De telles créations florales, jamais vues auparavant, permettent de mettre en valeur les compétences du pays tout entier. On met en effet en scène le végétal pour servir un dessein politique et affirmer les valeurs motrices de l’organisation de la société française. Le progrès, tout d’abord, est porté au nu par la Révolution industrielle avec ses nombreuses inventions. Encourager le progrès quand on est homme politique c’est tout simplement mettre en avant la capacité de sa nation à s’inscrire dans un mouvement d’innovation et d’amélioration perpétuelle et d’affirmer ainsi sa suprématie. Les fleurs rendent les espaces verts en ville attractifs et incitent à développer des activités de plein air. Introduire davantage de Nature en ville c’est aussi inviter la population à entretenir des corps sains et en bonne santé, dans les meilleurs dispositions possibles pour servir l’épanouissement de sa nation. Au même titre que les grandes inventions de l’ère industrielle, les créations florales sont valorisées durant les Expositions Universelles de l’époque. Les entreprises horticoles se développent et la palette végétale n’en finit pas de s’accroitre. Le nombre de fleurs référencées n’avait jamais été aussi élevé. La fleur est transformée en objet d’art d’extérieur. Au même titre que les décors dans les intérieurs bourgeois elle devient alors objet de démonstration du bon goût et de l’excellence culturelle française.
PARTIE 1/Le fleurissement: Une ESTHETIQUE du décor urbain. 1- Le fleurissement, un moyen de diffuser une pensée de société.
1.3- Diffuser une idée du beau. Le fleurissement; dessin d’une société.
La mosaïculture: Le quotidien comme spectacle.
Nous l’avons vu, le dix-neuvième siècle est marqué par le développement de l’industrie et l’arrivée en masse de nouveaux objets et par la même occasion d’une nouvelle conception du cadre de vie. Le quotidien s’offre sous une perspective différente à la société bourgeoise. Le goût de la démesure s’installe, conséquence du désir constant de s’évader par le regard, de pouvoir s’émerveiller de chaque décor proposé à la vue. Le bourgeois a besoin d’apprécier son environnement quotidien comme un spectacle. Intérieurs, rues et parcs sont conçus comme un grand divertissement. Cette nouvelle classe peut désormais tout détenir. Même la notion de beau lui appartient. Elle façonne artificiellement des environnements adaptés à ses envies. Et la création florale dans tout ça ? Elle se distingue par la mosaïculture: une fantaisie entièrement végétale. Elle se propage dans la ville en plates-bandes, en massifs, en bordures de routes ou en corbeille le long des avenues. Dans le traité qu’Edouard André écrivit à ce sujet 3, les modèles de la mosaïculture sont mis en valeur. Tel un manifeste artistique, l’auteur énonce les principes permettant de créer harmonie, dessins, forme et contrastes avec les plantes. De la même façon que les objets d’intérieur permettent de mettre en avant l’esprit de leur propriétaire, ces scènes florales installées dans l’espace public manifestent un goût partagé pour la propreté, synonyme de beauté à l’époque. Ces créations offrent un visage singulier d’une région au regard du touriste admiratif et stupéfait qui la visite. La vie d’une société est un monde en soi qui se montre.
PARTIE 1/Le fleurissement: Une ESTHETIQUE du décor urbain. 1- Le fleurissement, un moyen de diffuser une pensée de société.
Le patrimoine bâti français forme au dix-neuvième siècle un corpus composé de ruines, châteaux, églises, remparts… Ils ont été les premiers à faire l’objet d’une politique systématique de recensement et de protection avant que les monuments naturels ne subissent eux aussi le même sort. Par peur que cet héritage disparaisse broyé dans les engrenages de la Révolution Industrielle, ces biens architecturaux sont pris en charge par les monuments nationaux à partir de 1819. Leur sauvegarde devient une véritable mission de société. C’est dans cet élan conservateur que le fleurissement est utilisé comme arme esthétique pour la protection de la patrie et de son patrimoine.
PARTIE 1/Le fleurissement: Une ESTHETIQUE du décor urbain. 1- Le fleurissement, un moyen de diffuser une pensée de société.
2.1- Gerberoy, village sauvé de l’oubli par le peintre Le Sidaner. Gerberoy est un village de l’Oise perché au sommet d’une colline sur les restes d’une très vieille ville ayant été fortifiée dans la tradition locale. Riches de quelques vestiges qui font sa fierté et son identité patrimoniale (les ruines de son ancienne forteresse, les remparts…), il séduira le peintre français HenriEugène Le Sidaner qui élira, vers 1900, ce petit village français comme lieu de retraite. Il en fera l’objet de toute ses attentions jusqu’à sa mort. Donnée sur la page d’accueil du site des Jardins Henri-Eugène Le Sidaner, la description suivante témoigne de la portée du regard de l’artiste posé sur ce village et de la façon dont ce dernier compose avec les fleurs pour valoriser le patrimoine bâti. « Après le passage sous la Tour Porte, un chemin bordé d’un côté par des maisons anciennes, de l’autre par le mur du jardins du Peintre, conduit à une petite porte ouvrant sur l’extrémité du jardin blanc, c’est le niveau le plus bas des jardins. Des massifs de végétaux blancs encadrent une pelouse. Derrière, des espaces entourés de bosquets forment autant de jardins indépendants, reliés par des sentiers escarpés serpentant sous les arbres. Ils s’étagent jusqu’à une roseraie dont la terrasse s’appuie sur un pan des ruines de l’ancien château. À côté de la roseraie, aux massifs dessinés par des bordures de buis, un petit atelier d’été rappelle que Le Sidaner avait pour habitude de réaliser dans le jardin des esquisses qu’il finalisait ensuite dans son atelier du bas. Puis, plus haut, une rotonde couronnée d’une gloriette et d’une tonnelle cernée de charmille. De là, le regard embrasse un paysage vallonné et doux. Mille rosiers partout dans les massifs, courant sur les murs, le long des balcons séparant les jardins. La visite se termine à l’extérieur, depuis le tertre voisin une dernière vue sur le domaine du peintre... »5
Lorsque Le Sidaner s’y installe, Gerberoy est délaissé. Comme dans d’autres communes de campagne que la grâce économique de l’industrialisation n’a pas touchée, les familles ont migré vers la ville. Comme lorsqu’il peint, il compose dans l’espace des paysages romantiques. Les touches de pinceaux sont remplacées par les plants de rosiers, de bégonias ou encore de charmilles. Cette translation donne à l’architecture historique un air de renaissance. La fleur met en exergue les qualités oubliées de la pierre, les motifs des découpages dans les murs, la finesse des bas reliefs sculptés dans les portes. Elles fabriquent une image consentuellement belle et de bon goût. On parle mélancoliquement du temps qui passe et de l’éternité du bâtit qui subsiste malgré les évènements de l’Histoire, conditionnant ainsi le visiteur et l’habitant dans un état de grâce et de réflexion, comme s’il contemplait une toile. Sauvé de l’oubli par un créateur culturel , Gerberoy devient le site parfait pour le développement d’un épicurisme bourgeois, faisant l’éloge du plaisir personnel et collectif tiré de l’appréciation esthétique du patrimoine bâti.
PARTIE 1/Le fleurissement: Une ESTHETIQUE du décor urbain. 2- «Faire capituler la laideur» 4: Le fleurissement comme moyen esthétique de valoriser le patrimoine bâti.
On peut qualifier le travail de Le Sidaner à Gerberoy de création globale. Non seulement il prend en charge l’embellissement de l’espace mais aussi la diffusion d’une image poétique du village. En effet, le village ainsi orné devient source d’inspiration dans le travail pictural d’Henri-Eugène Le Sidaner. En représentant le village, il le valorise aux yeux des spectateurs de ses œuvres. L’acte de peindre permet en soi de faire des choix, d’éluder certaines réalités. Par exemple, on voit que, dans ces peintures, les bâtiments sont débarrassés de toute présence humaine et mis en valeur par les fleurs qui s’abstraient en autant de touche de couleurs vives. Le peintre réinvente ainsi les banales ruelles en « décor préraphaélites »6. Gerberoy se transforme en lieu mythique. L’aménagement paysager de ce village, assuré par l’œil global de l’artiste, invente un double paysage: celui apprécié par les visiteurs qui se délectent de déambuler dans un tel cadre et cet état de paysage fixé dans ses peintures. Les fleurs acquièrent ici un statut tout particulier. Elles sont devenues à la fois source de plaisir esthétique en elle-même et contribuent à transformer l’environnement bâti en spectacle pittoresque.
PARTIE 1/Le fleurissement: Une ESTHETIQUE du décor urbain. 2- «Faire capituler la laideur»: Le fleurissement comme moyen esthétique de valoriser le patrimoine bâti.
2.2- L’art comme fabrique du paysage.
L’expérience de Le Sidaner à Gerberoy démontre l’impact du rôle de l’artiste dans la perception du paysage. Il reviendra en effet aux peintres d’influencer le regard de leurs contemporains sur les sites, de contribuer à la formation d’une sensibilité du paysage. Leur travail ne consiste pas en un acte de copie mais en l’invention d’une certaine vision: le peinture apprend à voir dans la Nature. L’œuvre peinte est censée attirer le regard sur le rural, inciter à retrouver dans le paysage la délicatesse de la lumière observée dans un tableau, mettre en valeur les constructions architecturales évoquant l’homme, renvoyer à une sorte de spiritualité… Le but étant que le spectateur effectue un rapprochement entre ce qu’il observe dans la réalité et une représentation artistique et que, peu à peu, son regard devienne un outil d’exploration autonome. Prenons pour exemple les peintres impressionnistes, reconnus pour avoir façonné une sensibilité toute particulière au paysage. Ce mouvement pictural de la seconde moitié du dix-neuvième siècle mettait en valeur les impressions de couleurs, de lumières et de textures perçues sur le site. Loin de la vue en perspective de l’art dit « classique », l’impressionnisme fait d’avantage appelle à la sensibilité du spectateur et créé dès lors un rapport affectif avec l’œuvre et le paysage qu’elle décrit.
Les agriculteurs qui travaillent dans les vergers et d’amandiers au pied de la Montagne Sainte Victoire perçoivent cette plaine cultivée comme outil de travail et la montagne comme une terre rêche et impraticable. Les exploitants, eux, voient la montagne comme une potentielle carrière de marbre. Dans sa série réalisée sur cette même montagne, c’est un tout autre regard que Cézanne tente de construire. La plaine est chez lui perçue comme cadre au spectacle éblouissant de Sainte Victoire. La couleur se fait architecte de la montagne qui se décline comme un motif au fil de ces soixante toiles. Le but est de transformer leur regard pour, qu’aux yeux des observateurs quotidiens, cette portion de territoire passe du statut d’espace de travail à espace de contemplation. Le philosophe Alain Roger étudie et décrit ce procéder qu’il nomme l’artialisation. Ce processus artistique « transforme et embellit la nature, soit directement (in situ) par des projets concrets de transformation, soit indirectement (in visu), au moyen de représentations imagées. C’est par artialisation que s’opère la transformation du pays en paysage. »7
PARTIE 1/Le fleurissement: Une ESTHETIQUE du décor urbain. 2- «Faire capituler la laideur»: Le fleurissement comme moyen esthétique de valoriser le patrimoine bâti.
PARTIE 1/Le fleurissement: Une ESTHETIQUE du décor urbain. 2- «Faire capituler la laideur»: Le fleurissement comme moyen esthétique de valoriser le patrimoine bâti.
2.3- Une France où: «les paysages seraient beaux, les eaux pures et les habitants pleins de sagesse.»8 La photographie est ici utilisée dans ses dimensions scientifique, ludique et artistique. Son caractère de « machine se saisissant de la réalité » est revendiqué car l’appareil photo est sensé reproduire une image précise qui permettra de dresser une typologie des paysages français. Sa mise en œuvre est plutôt rapide et relativement facile comparée à la peinture. La photographie ajoute donc au divertissement du touriste qui a l’impression de devenir véritablement acteur de son voyage. Il ne demande plus à un peintre de reproduire une vue du paysage, il peut désormais l’engendrer lui-même.
A la naissance du tourisme, l’appareil photo devient l’accessoire indispensable permettant conserver une trace des voyages effectués. Les organisations de protection du patrimoine français y voient là une formidable opportunité d’établir un portrait idéal de la patrie. Collecter des clichés et les diffuser n’est plus un simple hobby de vacancier mais un véritable acte citoyen qui fixe les preuves de la beauté des paysages nationaux.
Mais la liberté donnée au voyageur est toute relative. Nous l’avons vu, il s’agit avant tout de construire un corpus mettant en valeur les biens de la patrie. La photographie de vacances n’était, à cette époque là, pas une activité à but individualiste. Elle tenait du discours général, détachée du parcours personnel de son auteur. La représentation du voyageur serait trop prosaïque. Des revues rédigent donc des protocoles stricts afin de guider le tourisme dans sa mission photographique. Dans ces conseils, on demande, à la manière des tableaux de Le Sidaner, d’éviter toutes présences humaines sauf celle des autochtones qui donnent un air plus authentique et régionaliste aux prises de vue. On incite également à mettre en valeur le végétal, à privilégier certains cadrages tel la contre plongée qui accentue l’effet dramatique. Ces instructions confèrent une dimension intemporelle aux clichés qui cherchent à capturer l’essence d’une France éternelle, figée dans une beauté sans âge. Le voyage photographique est un voyage idéal. Il s’agit de diffuser des « types pittoresque »9 et non pas de faire état de la réalité du site.
PARTIE 1/Le fleurissement: Une ESTHETIQUE du décor urbain. 2- «Faire capituler la laideur»: Le fleurissement comme moyen esthétique de valoriser le patrimoine bâti.
On assiste ici à un glissement sémantique entre ce qui est beau et ce qui est bon, moral. C’est la légitimité de cette société en plein chamboulement que l’on cherche à asseoir. Nous l’avons vu, en ce début de vingtième siècle, les codes sont bousculés. On change d’organisation politique, les biens matériels auparavant uniques et précieux deviennent reproductibles à l’infini, la lenteur de la marche est supplantée par la vitesse du train, la main de l’artisan est remplacée par le travail à la chaine dans les usines… Bref, la société de cette fin de dix-neuvième siècle manque de repères. C’est d’ailleurs assez touchant d’observer qu’en dépit du fait que l’homme de ce siècle prône le progrès, il a besoin de se référer au passé pour assoir sa légitimité culturelle. On le voit à travers les conseils photos qui découlent directement de la tradition académique en peinture mais aussi dans la mise en valeur des témoignages architecturaux de l’ancien régime qui sont alors exhibés comme des objets précieux, ciment de la mémoire collective française, alors qu’on les abattait un siècle plus tôt…
Dans ce contexte, le fleurissement lui aussi est mis à profit pour diffuser
l’identité rêvée du paysage français .
Dans ce contexte, le fleurissement lui aussi est mis à profit pour composer l’image du paysage français. Il sert dans un premier temps à signaler ce qui est digne d’être regardé, peint, photographié, protégé. Planter un pied de rose au pied d’une ruine équivaut à dire « Ceci est un objet architectural de valeur. Prière de regarder ». La fleur charme l’œil et l’esprit et devient également symbole du folklore français. Les plus belles scènes fleuries figurent sur les cartes postales. Elles incarnent le rêve champêtre et se teintent d’une nuance morale. Elle transforme un paysage abandonné en tableau romantique. Nous pouvons donc dire que le fleurissement est un pion essentiel dans la diffusion de l’identité rêvée que cherche à se constituer la France en ce début de vingtième siècle, et encore aujourd’hui.
PARTIE 1/Le fleurissement: Une ESTHETIQUE du décor urbain. 2- «Faire capituler la laideur»: Le fleurissement comme moyen esthétique de valoriser le patrimoine bâti.
3.1- La stérilisation de l’espace de Nature en ville. Ville et Nature ont toujours entretenu des rapports ambigus. Si le vingtième siècle est celui de l’avènement du fleurissement comme donnée de l’aménagement de la ville, il est aussi celui de l’introduction du « vert » comme besoin visuel dans l’espace urbain. Le constat est fait que le végétal est sans cesse guetté par « l’artifice tant il objet d’une mise en scène »10 Les nouvelles technologies permettent de manipuler la matière végétale, rognée, corsetée et prise en compte comme un médium à travailler en espace, surfaces, volumes… Nous l’avons vu, lorsqu’il est mis au service d’un dessein politique, on ne s’intéresse plus au végétal pour ses qualités de vivant mais pour l’idée qu’il va être à même de communiquer. Ce processus a pour conséquence de nous complaire dans une vision totalement artificielle du beau et de nous abstraire dans une illusion de Nature.
Le constat est fait que le végétal ` est sans cesse guetté par
« l’artifice tant il objet d’une mise en scène »
PARTIE 1/Le fleurissement: Une ESTHETIQUE du décor urbain. 3- Le fleurissement en ville, une image dévitalisée au service des pouvoirs politiques: créer les lieux emblématique de la ville.
3.2- Les lieux emblématiques de la ville: des objets décontextualisés.
Prenons pour exemple la mairie de St Vincent sur L’Homme. Les géraniums suspendus de part et d’autre sur la façade du bâtiment rendent, certes, l’édifice coquet renvoi une image accueillante et soignée. Mais qu’est ce que cela raconte de ce lieu où sont administrées les affaires de la commune, de ce « symbole de l’affirmation de la République »11? C’est une décoration, un appel visuel. Les fleurs deviennent emballage. Nous pouvons nous demander si cela n’a pas pour conséquence de faire perdre un peu de leur sens et leur caractère aux lieux publics?
PARTIE 1/Le fleurissement: Une ESTHETIQUE du décor urbain. 3- Le fleurissement en ville, une image dévitalisée au service des pouvoirs politiques: créer les lieux emblématique de la ville.
3.3- «Ce n’est pas en «tartinant» qu’on révèle la qualité de l’espace.» S. Craquelin. Le label des villes et villages fleuris, système de concours mis en place en 1959 et récompensant les initiatives d’embellissement du cadre de vie, a engendré une course à la récompense, incitant les communes à surcharger l’espace pour en mettre plein la vue et jouer sur l’aspect séduisant, oubliant ainsi de se préoccuper d’une conception qualitative l’espace vert en ville.
Le rapport Ville/Nature est ambivalent et mérite qu’on se pose de vraies questions. Qu’est ce la ville, qu’est ce que le village? Que veut-on en révéler? Comment le fleurissement peut mettre en valeur la qualité de ces espaces ?
Les stratégies de fleurissement sont, le plus souvent, conduites par les politiques et les services d’aménagement des espaces verts qui ne semblent pas avoir toutes les cartes en main en terme de création d’un dispositif cohérent. La ville et le village sont des espaces publics mettant en avant deux temporalités différentes. Mais qu’on se déplace le nez en l’air pour aller chercher le pain le matin chez le boulanger du coin de la rue ou qu’on aille prendre le métro d’un pas pressé dans une grande métropole, l’espace de la cité ne s’illustre pas mais il se vit. Il est important de relever ces qualités et de renforcer l’identité des sites. Aujourd’hui, la commission du paysage, présidée par Dominique Douard, va dans ce sens en cherchant à promouvoir le fait que les concepteurs paysagistes travaillent ensemble, avec les élus locaux. Il faut, selon lui, mettre la nature à la portée du citoyen qui a été bien trop longtemps mis à l’écart par une politique univoque et dirigiste qui consistait à figer la ville dans des codes esthétiques traditionnels.
PARTIE 1/Le fleurissement: Une ESTHETIQUE du décor urbain. 3- Le fleurissement en ville, une image dévitalisée au service des pouvoirs politiques: créer les lieux emblématique de la ville.
Samuel craquelin, paysagiste concepteur, témoigne :
L’espace de la cité ne s’illustre pas mais il se vit.
« La conception de l’espace public au sens large apporte les vraies réponses aux besoins de qualité de vie dans les villes et les villages. Ce n’est pas en «tartinant’ que l’on révèle la qualité de l’espace. Les couleurs et la présence du végétal constituent une partie du concept de l’aménagement de l’espace. Ces éléments doivent être considérés comme une part de la composition, et implantées à dose «homéopathique» et judicieuse. » Un art floral dans la ville oui mais il doit être bien plus qu’un outil visuel. On le voit aujourd’hui, une autre voie est empruntée. Un partenariat ville/paysagistes concepteurs permet de quitter les sentiers battus du fleurissement pour accompagner la ville.
PARTIE 1/Le fleurissement: Une ESTHETIQUE du décor urbain. 3- Le fleurissement en ville, une image dévitalisée au service des pouvoirs politiques: créer les lieux emblématique de la ville.
C O N C L U S I O N
P a r t i e
1
Les différents modes de fleurissement/verdissement révèlent les politiques publiques de paysage de la ville.
L’étude de la politique de paysage qui fut mise en place à la fin du dix-neuvième siècle nous a permis de comprendre que le fleurissement, envisagé comme un geste artistique, est inscrit dans un projet à grande échelle : transformer le territoire en paysage ou plutôt en modèle paysager. On le comprend avec le processus d’artialisation, la perception de la Nature et du paysage est un enjeu culturel. Le fleurissement, réduit à une vision d’esthétique du décor urbain, cantonne alors le paysage dans une appréciation mono fonctionnelle (décorer) et mono sensorielle (on ne fait que regarder) et contribue à faire des villes et villages des espaces muséifiés. Le paysage n’est pas une réalité mais un mythe, une image face à laquelle le sujet fait l’expérience d’une esthétique du pittoresque. Quelle place est laissée à l’usager sinon celle d’un contemplateur ? Maintenant que nous avons mis en relief la vision dixneuvièmiste du fleurissement, nous allons dans la partie qui suit, en s’appuyant sur des exemples précis de villes et villages fleuris, tenter de comprendre comment un label national s’est mis en place et a évolué jusqu’à aujourd‘hui.
1.1- Le tourisme, un projet économique global. Au dix-huitième siècle, Le grand Tour se développe : un voyage sur le continent, de ville en ville, que l’on fait entreprendre pour parfaire l’éducation et la culture des jeunes riches. Au cours de la seconde moitié du 19°, le voyage est perçu comme un loisir. C’est dans ce cadre que se développe le tourisme. L’industrie des vacances apparait comme un antidote pour les contrées menacées par l’exode rural qui n’ont aucun avenir industriel. Pour susciter le désir guides, revues et affiches sont publiés.
C’est dans ce contexte que né le Touring club de France, une association de touristes bourgeois décrits comme « des gens pratiques, actifs qui s’organisent en grandes associations pour défendre leurs intérêts ». Leur objectif est de prendre en charge des actions d’intérêt collectif. Ils conçoivent le tourisme comme un véritable projet social. Il faut soutenir l’idée d’une société bien organisée qui permette à chacun de déployer ses talents pour servir un objectif commun. Et le paysage dans tout cela ? Il devient « […] une ressource économique et touristique ».12
PARTIE 2/Le fleurissement: Quelles POLITIQUES PUBLIQUES DE PAYSAGE? 1-Du Village Coquet...
1.2- Les concours de fleurissement: une création du Touring Club de France. Comme nous l’avons vu, avec l’avènement du secteur horticole au 19è s, la consommation de fleurs s’accroit de façon fulgurante. En effet, on prête aux plantes des qualités sanitaires et hygiéniques. Cet indice de propreté favorise l’adhérence des publics ruraux comme urbains à des territoires abandonnées. En 1874 a lieu le premier concours de chars fleuris à Nice. Grâce à son succès, les concours s’enchainent, on décore avec plaisir les automobiles, les bicyclettes… Les concours de fleurs se multiplient partout en France, jusqu’à atteindre Paris en 1903. La passion des fleurs se répand. C’est ainsi qu’ont commencé à se développer les concours de fenêtres et de balcons fleuris. En 1904, il y a deux grands concours de fleurissement. Avec le premier, on étale son bon goût et on met les moyens pour concurrencer son voisin… Les riches propriétaires faisaient appel à des fleuristes pour décorer leurs demeures et jardins. Les grands magasins suivaient également la mode. Le second concours était plus modeste. Les plantes devaient être entretenues toutes l’année sans excès de décoration, des fleurs étaient distribuées aux familles pauvres afin qu’elles puissent vivre dans des conditions plus saines. Seul le premier concours eut un franc succès. A partir de 1860, le train permet aux bourgeois de s’aventurer hors de Paris. L’espace nationale se réduit comme une peau de chagrin. En voiture ou en bicyclette le voyageur de peut s’introduire dans les espaces ruraux. Mais le voyage était parfois difficile à cause des mauvaises conditions d’hygiène.
Le Touring club de France, soucieux de la qualité d’accueil réservé aux citadins visitant les campagnes, impulse la création d’un concours visant à inciter les hôtels et les gares à fleurir leur établissement pour soigner l’image et la propreté des lieux. Il remporta un franc succès. Le second en 1909 fut un concours de décoration florale des gares… . Grâce à cette nouvelle réussite, en 1919, le premier concours pour «les villages coquets» est lancé. Le jury tient particulièrement compte « de la propreté des routes et des chemins, du bon état des bâtiments et des salles où le public a normalement accès, ainsi que de l’aspect attrayant que présente les habitations privées et les bâtiments publics […] Les petites localités qui se sont distinguées dans cette aimables compétitions ont droit à des récompenses pécuniaires »13. Les bourgades les plus importantes ainsi que les habitants qui ont œuvrés avec le plus de zèle reçoivent des diplômes. A cet égard le cantal républicain explique comment il faut comprendre l’esprit du concours: les primes sont en elles même peu de chose mais le nettoyage des villages est potentiellement une source de revenu. bertho lavenir. Une discipline générale s’empare du pays. Des lois sur la santé publique sont créées en faveur de la salubrité de tous les établissements humains. (in la revue du touring club de France.) . Fleurir, qui paraissait autrefois superflu, un luxe réservé aux oisifs, devient maintenant le garant de l’honneur des villages engagés dans cette course aux prix.
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Fleurir, devient le garant de l’honneur des villages engagés dans cette course aux prix.
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1.3- Le fleurissement: l’invention du paysage comme espace de loisir.
Les concours fleuris exploitent l’idée du paysage comme support au développement économique. Comme nous l’avons vu précédemment, un travail de redéfinition esthétique du territoire français est effectué en conséquence. Quelle sont les attributs de ce modèle de paysage ? C’est tout d’abord la standardisation. On vient, par exemple, coller des pots de géranium sous toutes les fenêtres des mairies françaises : un mode de fleurissement par type de bâtiment. Quelle conséquence sinon celle de banaliser l’image donnée aux lieux publics ? On ne génère pas un paysage mais un standard esthétique du paysage. Cela fait clairement écho à la nouvelle conception de l’environnement en train de ce mettre en place. En effet, le tourisme est un produit de la Révolution Industrielle. Avec cette dernière s’est introduite l’idée de culture de masse, c’est-à-dire des modèles culturels pour tous.
Cette vision n’a pas bonne presse chez les intellectuels qui considèrent que cette diffusion de la culture au plus grand nombre est menée au prix d’une détérioration et d’une normalisation de l’art. Cette remarque s’applique bien évidemment au paysage. Cette philosophie est à l’encontre de l’épanouissement individuel : on diffuse un modèle de comportement unique à adopter face aux paysages français (itinéraire, matériel à emmener, émotions à adopter…). En outre, la démocratisation du voyage amène en masse des touristes dans des sites ayant autrefois valeur par leur situation reculée ou par leur rareté. En un sens, la facilité d’accès à un monument est comparable à la reproductibilité technique de l’œuvre d’art. Alors que la photo démultiplie le site touristique par image, les nouveaux modes de transport eux démultiplient le site en en banalisant l’aspect. L’aura du lieu est brisée pour reprendre la formule de W. Benjamin.
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Il faut que tout soit source d’émerveillement. Ni le vide ni l’ennui n’a le droit de citer. Le spectacle de masse qu’offre le cinéma naissant a habitué à une forme de passivité devant les images. Dès lors, les membres de la société dixneuvièmiste ne sont plus habitués à être acteur de leur déambulation. Une passion normative s’étend aux paysages qui se doivent donc d’être balisé, familier, même si l’on va dans un endroit totalement inconnu ou les habitants ne partagent pas le mode de vie. Au contraire, il s’agit même de recréer à l’identique, de rassurer. On uniformise la France selon le confort indispensable au bourgeois. Le voyage n’est plus envisagé comme réel moment d’apprentissage. L’éducation culturelle se transforme en loisir. Tout est dédié au plaisir, à la facilité et à la dégustation oisive. C’est l’avènement du divertissement. Les villages sont transformés en « paysages ruraux pour touristes »14
L’uniformisation du paysage français : les villes et villages transformés en
« attractions pour touristes cultivés ».
Michel Conan, Juliette Fauvaron.
La philosophie de production du paysage induite par ce système de concours engendre un déballage ostentatoire de fleur. Le paysage est objet de consommation.
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2.1- «Fleurir la France.»
En 1959, le concours de villes et villages fleuris est officiellement créé. National et gratuit, il est ouvert à toutes les communes. Les récompenses vont de 1 à 4 fleurs, plus le Grand Prix. Les pannonceaux de 1 à 3 fleurs sont désignés par le comité régional et sélectionnent les villes susceptibles d’obtenir une récompense supérieure ; la quatrième fleur et le Grand Prix sont attribués par le conseil national. Dans le concours, deux jurys interviennent. Tout d’abord un jury régional puis un jury national qui donnera l’approbation finale. Le jury régional est composé d’élus, de personnalités qualifiées, de professionnels du tourisme, de professionnels de l’horticulture et du paysage désignés par le Président du Conseil Régional. Le jury national est présidé de droit par le Président du CNVVF. Dans ses différentes formations, il comprend normalement quatre membres dont au moins un professionnel du tourisme et un professionnel de l’horticulture et du paysage, désignés en raison de leurs compétences par le Président du jury (préfet de métier.)
En 1988, dans le contexte de la décentralisation et presque trente ans après sa création, l’organisation locale du concours est confiée aux Conseils Généraux qui recueillent les inscriptions et aux Conseils Régionaux qui ont dorénavant la charge d’attribuer les trois premiers niveaux du label. Le slogan ”Fleurir, c’est accueillir” apparaît à cette époque pour mobiliser ce réseau autour d’un objectif réaffirmé : valoriser son patrimoine par les fleurs et ainsi développer le tourisme à plus grande échelle. Les villes gagnent, grâce à ce concours, une réputation qui leur permet d’être plus prisées par les voyageurs… Nationalisme, et emprise politique grâce aux fleurs…
PARTIE 2/Le fleurissement: Quelles POLITIQUES PUBLIQUES DE PAYSAGE? 2- ... Aux Villes et VIllages Fleuris.
2.2- Le concours aujourd’hui.
PARTIE 2/Le fleurissement: Quelles POLITIQUES PUBLIQUES DE PAYSAGE? 2- ... Aux Villes et Villages Fleuris.
Le règlement 2010 s’articule autour de trois grands critères de sélection : -
le patrimoine paysager et végétal, le cadre de vie et développement durable l’animation et la valorisation touristique.
Un seul concours qui regroupe tous ces éléments afin de proposer aux visiteurs un village au visage irréprochable. Arrêtons-nous quelques instants sur ces critères. Le concours de fleurissement semble avoir évolué dans ses critères de sélections, ils se sont élargis à l’ensemble des domaines qui s’inscrivent dans une politique globale d’aménagement. Nous développerons dans la partie 3 en détail les efforts en termes de respect de l’environnement mais nous pouvons voir qu’ils sont le nouveau fer de lance du concours. Les espaces verts qui ont également pris une place de plus en plus importante dans la gestion des territoires communaux. La mosaïculture n’a pas disparue, et les représentations florales demeurent. L’insistance sur le «patrimoine» témoigne d’un désir de conservation. On voit bien que l’héritage dixneuvièmiste est encore présent dans certains points.
A première vue, réunir ces trois critères en ville semble quelque peu ambitieux. Peut-on conserver le patrimoine et respecter l’environnement? La notion de conservation ne va t’elle pas à l’encontre de la création? Peut-on à la fois projeter une image attractive aux yeux du touriste et agréable aux yeux de l’habitant ? Samuel Craquelin, paysagiste-concepteur, témoigne : «L’impact du concours engendre une course aux prix (au sens primé). Le prix stimule les villes et les villages, au point que certaines collectivités sont prêtes à tout! La surcharge de fleurs et de certaines plantations (si bien soient-elles intégrées) révèle la plupart du temps des résultats médiocres.». La société évolue. Le concours semble vouloir en faire autant. Le texte du concours essaie en effet de prendre en compte l’évolution des attentes des citoyens en terme de qualité de vie sans pour autant faire de compromis sur la qualité de l’image que la ville est a même de renvoyer. Mais dans la réalité, les villes et villages ont encore du mal à gérer de telles exigences.
PARTIE 2/Le fleurissement: Quelles POLITIQUES PUBLIQUES DE PAYSAGE? 2- ... Aux Villes et Villages Fleuris.
2.3- L’image du pays à l’échelle de la ville.
Le concours des Villes et Villages Fleuris concerne près d’une commune française sur trois. En 2008, près de 12 000 communes y ont participé, 60% d’entre elles étant peuplées de moins de 1000 habitants. 3 468 communes ont été labellisées et peuvent apposer à leur entrée le panneau Ville Fleurie ou Village Fleuri. 205 sont classées 4 Fleurs. Le concours a toujours autant de succès auprès des élus qui sont chaque année plus nombreux à participer. La France: ses vins, sa gastronomie, ses châteaux… Ses fleurs ! Il est évident que désormais ces dernières sont devenues les meilleures ambassadrices de la culture française intra et extra muros. La pérennité du concours dépasse l’enjeu national et assure son rayonnement partout dans le monde.
PARTIE 2/Le fleurissement: Quelles POLITIQUES PUBLIQUES DE PAYSAGE? 2- ... Aux Villes et Villages Fleuris.
3.1- Le fleurissement peut masquer la misère, la solitude, le chômage.
Nous l’avons vu, le fleurissement a été instauré pour rendre les villes et les villages agréables aux yeux des visiteurs. Le constat est fait que les villages les plus pauvres de France ou les plus enclins au chômage font souvent parti des participants les plus assidus au concours fleuris. On aurait pu croire le contraire quand on sait que fleurir une ville demande d’investir un budget assez conséquent. N’est ce pas du « gaspillage » d’investir dans l’embellissement de la ville? Le fleurissement est-il un luxe superflu ? N’oublions pas que faire partie des villes et des villages fleuris c’est être insérer dans un système mettant en avant une image prestigieuse de la France. Alors, Le fleurissement est-il un « cache misère » ou tremplin vers le développement ? Analysons deux villes pour mieux comprendre.
PARTIE 2/Le fleurissement: Quelles POLITIQUES PUBLIQUES DE PAYSAGE? 3- Que révèle-t’on de la ville avec le fleurissement?
3.2- Quand le végétal aide à panser les blessures de l’Histoire: l’exemple de Verdun.
Cimetière et champ de bataille, Verdun.
PARTIE 2/Le fleurissement: Quelles POLITIQUES PUBLIQUES DE PAYSAGE? 3- Que révèle-t’on de la ville avec le fleurissement?
Verdun, commune de la Meuse. Tout ici transpire d’un passé douloureux. Ancré autour d’un territoire meurtri par les évènements de l’histoire, cette commune cherche aujourd’hui à faire peau neuve sans trahir son histoire. Le Maire témoigne : « Il faut briser la chape mortifère qui, depuis 90 ans, à confisqué l’avenir de Verdun pour en faire un symbole universel où plus de 400 000 visiteurs viennent chaque année, pensant découvrir les champs de bataille alors qu’ils sont à 3 km ! Transformer cette ville pèlerinage- que l’on quitte rapidement- en ville suffisamment attachante pour séduire et retenir, c’est le pari ambitieux que nous nous sommes fixé avec ce combat paysagé »15 En effet, depuis quelques années, la mairie conduit une politique de refonte de l’espace urbain où espaces verts et fleurissement sont utilisés pour requalifier l’image d’une ville blessée par l’histoire. Le titre du journal de l’opération de rénovation urbaine que la ville publie à l’attention de ses habitants, «Verdun Avenir», témoigne d’une volonté de donner aux habitants la place pour qu’ils continuent à écrire l’histoire de Verdun. Les actions sont variées : diversité des espèces en fonction de l’implantation dans la ville, plantations d’arbres d’alignement, requalification des quais avec l’intervention d’architectes, nouveaux traitements de sols, nouveaux mobilier urbain… Le fleurissement est envisagé comme la trame du tissu urbain dans le but d’élargir et créer de nouveaux espaces publics. On ne se contente pas de suspendre des fleurs aux candélabres. C’est une opération de réappropriation du paysage par les citoyens qui est mise en place. Le fleurissement se fait prolongement d’une politique de fond, synonyme de « vivre, découvrir et entreprendre ».16
PARTIE 2/Le fleurissement: Quelles POLITIQUES PUBLIQUES DE PAYSAGE? 3- Que révèle-t’on de la ville avec le fleurissement?
3.3- Meudon: une politique de fleurissement comme tremplin pour le développement de la ville. Seules 205 communes arborent les 4 fleurs du concours national des villes et villages fleuris sur 10000 communes inscrites. C’est le cas de la commune de Meudon. Cette ville sur les hauteurs de Paris bénéficie d’une situation privilégiée. 50% de son territoire est couvert par la forêt. Mais ce patrimoine naturel n’est pas son seul avantage pour le concours. Ville chargée d’Histoire, elle comporte de nombreux étangs et des chênes remarquables… Les alignements d’arbres restent l’un des éléments majeurs de la commune. Près de 2000 arbres sont traités en plateau-rideaux... Meudon est une ville en constante évolution, ainsi les près fauchés de certains secteurs laissés «naturels» semblent être à l’honneur pour favoriser la biodiversité. De mêmes que bulbes et vivaces sont plantés pour un «respect de l’environnement». On se demande si ces actions militantes créatives sont récompensées par le label? Elles semblent l’être grâce à des critères qui ont évolué vers une prise en compte du respect de l’environnement. Faut-il, pour obtenir la 4è fleur, imaginer de nouveaux concepts de fleurissement dans l’air du temps? Ou bien les politiques désireux d’un peu plus de notoriété, suivent-ils ces nouvelles tendances en vue d’une réélection prochaine? La question se pose.
Meudon ne cesse de se transformer pour améliorer la qualité de vie quotidienne de ces habitants. Elle conserve son patrimoine historique et naturel mais fait en sorte de proposer de nouvelles idées pour développer certains quartiers en retraits. Cette quatrième fleur est –elle attribuée pour son patrimoine, pour ces nouveaux projets d’espaces paysagers ou bien pour ces jardinières de toute part de la ville et ces rond-points stupéfiants? Tous ces changements pour améliorer le quotidien, mais à quel prix? Les habitants sont concernés par l’image de leur ville, tous doivent participer et ainsi peuvent être fiers de leur oeuvre commune. «Embellir la ville est l’affaire de tous pour que Meudon, qui arbore le label 4 fleurs, demeure une ville verdoyante et durablement fleurie.»
PARTIE 2/Le fleurissement: Quelles POLITIQUES PUBLIQUES DE PAYSAGE? 3- Que révèle-t’on de la ville avec le fleurissement?
Espaces verts et plates-bandes, Meudon
PARTIE 2/Le fleurissement: Quelles POLITIQUES PUBLIQUES DE PAYSAGE? 3- Que révèle-t’on de la ville avec le fleurissement?
C O N C L U S I O N
P a r t i e
2
Les différents modes de fleurissement/verdissement révèlent les politiques publiques de paysage de la ville. Cette étude des concours fleuris, de 1920 à aujourd’hui, a permis de révéler que les critères ont évolué selon les modes et les époques, marquant ainsi le paysage français. Depuis les Villages coquets mis en place pour le plaisir du touriste du dix-neuvième jusqu’aux Villes et Villages fleuris, la notion de séduction à toujours été importante. Les fleurs sont devenues une véritable philosophie d’accueil. On le voit bien, même si l’enjeu du concours a dépassé celui du tourisme, c’est toujours une histoire d’image mise au service d’une stratégie de développement économique et indirectement d’une vision de société. Même aujourd’hui avec la mise en avant des critères écologiques, il s’agit bien de démontrer qu’on est capable de s’inscrire dans cette mouvance plus respectueuse de l’environnement. Une véritable stratégie publicitaire est mise en place au service de l’essor d’un territoire. Le fleurissement est un support de communication. On peut d’ailleurs parler de marquetting floral. Nous nous sommes, dans cette partie, concentrés sur les conséquences des concours fleuris en termes de politique d’aménagement et de gestion du territoire français. Mais nous l’avons évoqué, l’avenir du concours se situe dans sa capacité à s’inscrire dans la mouvance du développement durable. Nous consacrerons donc notre dernière partie à la compréhension de ces enjeux en revenant sur la relation avec le vivant qu’ont proposé les concours fleurissement aux différentes étapes de leur évolution jusqu’à nos jours.
1.1- La ville saine: l’hygiénisme comme idéal urbain. L’hygiénisme désigne un courant du milieu du XIXe siècle qui se base sur « le principe nouveau de rentabilité « combustive » [...] [pour réorienter] les valeurs données à la nourriture, aux boissons, à l’air respiré, au travail, au repos, à la propreté d’un corps censé laisser pénétrer l’oxygène par la peau.»17 La croisade des hygiénistes obéissait à l’idée suivante: « un corps sain, une cité juste, une raison pure. » Cette grande œuvre de salubrité a permis de nettes avancées en termes bactériologiques. Ce dispositif se déploie à toutes les échelles: c’est l’époque où l’on enterre les morts dans des cimetières, où le préfet Poubelle oblige les Parisiens à enfermer leurs déchets, où l’on canalise les eaux usées dans les égouts, où des campagnes de vaccinations s’opèrent. C’est la naissance de la santé publique. Cette idée, encouragée par Napoléon III dans sa refonte des espaces verts de la ville de Pairs et poursuivie dans la troisième République, fut également le fer de lance des concours de fleurs. Il s’agit d’offrir des conditions d’accueil convenables aux touristes mais aussi de « civiliser » les campagnes. On distribue à l’école des plantes pour inciter les familles à entretenir leur jardin: une maison fleurie est une maison propre. L’hygiène devient une discipline de société. Les pauvres « trouvent la moralité et l’hygiène»18 dans le jardinage.
C’est aussi l’avènement d’une nouvelle philosophie de l’être humain. L’objectif de la modernité était d’abstraire ce corps humain encombré par son imperfection. Dans cette société bousculée par l’industrialisation, l’humain se doit d’être plus performant, plus efficace pour être en adéquation avec son environnement. On parle même d’ « homme machine ». Ce projet politique a opéré un amalgame délibéré, entre le corps humain et le corps social, entre la propreté et la pureté, la saleté et la souillure morale. Dès lors, le fleurissement devient le meilleur allié de l’hygiène qui « est à la fois une technique, une morale et un projet politique »19 Mais en dépit des améliorations sanitaires que cet idéal aura indéniablement apportées, il faut se méfier de la sur technisation et médicalisation de notre environnement. Idéologie de la tomate blanche, parfums antibactériens dans la maison, sur traitement du végétal, l’utopie de la santé parfaite doit-elle tout le temps guider la gestion de notre environnement ?
PARTIE 3/Le fleurissement d’hier à aujourd’hui: Quelles qualités de RAPPORT ENTRE L’HOMME ET LE VIVANT ?
1- Des fonctionnalités et des aménités sociales de l’espace public: hygiène, propreté, repos et agrément.
« un corps sain, une cité juste, une raison pure. » Platon.
PARTIE 3/Le fleurissement d’hier à aujourd’hui: Quelles qualités de RAPPORT ENTRE L’HOMME ET LE VIVANT ?
1- Des fonctionnalités et des aménités sociales de l’espace public: hygiène, propreté, repos et agrément.
1.2- L’intervention des services techniques des villes. C’est du propre!
N’oublions pas que si ce sont les services techniques des villes qui entretiennent les parterres. Le service espaces verts s’occupe de la conception des massifs, de la production des plantes, de l’installation et de l’entretient. Au total pour la ville de Bayeux, par exemple, pas moins de 35 personnes s’affairent. On y compte 700 m2 de serres en verre, 1000 m2 de tunnels, 100 000 plantes cultivées… Jean-Marc Pottier est responsable de conception florale à la ville de Bayeux.» en accord avec les élus, il imagine l’esprit du fleurissement des principaux sites. «le choix se fait spontanément: un thème, une couleur, une fleur, et l’imagination fait le reste….»» Qu’est-ce que la conception florale? «imaginer l’esprit du fleurissement»… choisir un emplacement pour chaque bosquet, est-ce faire du projet pour la ville?
Les entrepreneurs d’espaces verts mettent en oeuvre les espaces de décoration florale selon les voeux des politiques. Ils ne dirigent pas les opérations, ne prennent pas les décisions… La création n’existe pas dans ce métier qui veut que chaque année les principes fondateurs de l’idée de fleurissement, hermétiques à la nouveauté, demeurent. «Un calendrier bien établi régit le fleurissement de votre ville ! De la mimai – après les saints de glace, soit les 11, 12 et 13 mai – aux premières gelées du 15 octobre, place aux plantes dites annuelles, décor de votre été. Pétunias, géraniums, œillets d’Inde, bégonias composent ces bouquets qui s’éteignent l’hiver venu. Viennent ensuite les éphémères chrysanthèmes : du 15 octobre à la mi-décembre, ils occupent, Toussaint oblige, principalement le cimetière municipal. Au même moment, et jusqu’à la mi- mai, sont plantées les bisannuelles : pensées, giroflées, primevères multicolores, myosotis, et les plantes à bulbes comme les tulipes, les narcisses, les jonquilles... Une année de fleurs !» Et voilà qui est fait! On sait déjà ce qui nous attend l’année prochaine!
PARTIE 3/Le fleurissement d’hier à aujourd’hui: Quelles qualités de RAPPORT ENTRE L’HOMME ET LE VIVANT ?
1- Des fonctionnalités et des aménités sociales de l’espace public: hygiène, propreté, repos et agrément.
Ces services permettent avant tout d’entretenir la bonne tenue de ces fleurs toute l’année. Le mouvement du végétal ne doit en aucun cas apparaître. Une bonne taille pour qu’aucune feuille ne dépasse. On veut du végétal pour se rapprocher de la nature mais s’il vit trop librement, s’il devient désordre, l’idée du propre n’est plus! Plus le végétal est maîtrisé plus la ville est saine. On fait le ménage sur les trottoirs. Voilà une politique d’entretient des villes parfaitement respectée des jardiniers de ces services. Ceux-ci maîtrisent les techniques de tailles, de tonte… Le fleurissement a réellement permis de rendre les villes salubres. Cependant la propreté est devenue un idéal de beauté. On ne doit pas confondre avoir une ville saine et avoir une ville lisse et statique. La propreté est acquise mais la connaissance et les réels bienfaits des végétaux en matière de bien-être n’est pas dans la conscience collective. Peut-être faut-il prendre conscience que ce n’est pas parce qu’on laisse les feuilles sur le trottoir que celui-ci est insalubre...
PARTIE 3/Le fleurissement d’hier à aujourd’hui: Quelles qualités de RAPPORT ENTRE L’HOMME ET LE VIVANT ?
1- Des fonctionnalités et des aménités sociales de l’espace public: hygiène, propreté, repos et agrément.
1.3- De la salubrité au bien-être: la naissance du bonheur en ville.
Si le fleurissement a apporté aux villes une meilleur hygiène, peut-on dire qu’elles permettent un mieux vivre, un bien être réel de ses habitants? Si l’ont cherche la définition de bonheur, on trouve ceci : « un état durable de plénitude et de satisfaction, état agréable et équilibré de l’esprit et du corps, d’où la souffrance, le stress, l’inquiétude et le trouble sont absents » Les jardins ou espaces verts en ville hérite souvent d’une temporalité lente grâce au monde végétal qui évolue en permanence mais dont on ne distingue pas immédiatement le mouvement. Le jardin dans la ville permet de proposer un autre monde, loin du stress quotidien où la liberté s’exprime. Le jardin apaise l’esprit. Seulement ce jardin dont on parle n’est qu’une parenthèse dans la ville. Les espaces verts sont restreints. Hors, on peut parler de bonheur que lorsque cet état est durable et constant. Pour que le bonheur en ville soit envisageable il faudrait que la nature s’empare de la ville. Qu’on pense la ville comme un paysage.
La propreté des villes est synonyme de clarté, d’élégance, de netteté, de blancheur… Proposer une ville lisse et imperturbable, une ville décor, estce une ville où il fait bon vivre? L’idée de bonheur est revenue sur le devant de la scène politique dans les pays développés à la fin des années 1960, alors que la croissance économique, l’équipement des foyers, l’apparition de la société de loisirs semblait devoir répondre aux attentes de tous les citoyens. Un courant politique critique s’est développé autour de cette question, affirmant que la croissance économique et matérielle ne pouvait suffire à elle seule à apporter le bonheur. Un courant encore plus critique a développé l’idée que la société de consommation, en créant sans cesse de nouveaux désirs dès que les anciens étaient satisfaits, ne pouvait permettre l’accès au bonheur. La mouvance « soixante-huitarde» a ainsi cherché d’autres formes de bonheur, à travers les rencontres humaines, un mode de vie collectif, le retour à la nature, une vie plus simple et dégagée de contraintes, la pratique des arts, etc.
PARTIE 3/Le fleurissement d’hier à aujourd’hui: Quelles qualités de RAPPORT ENTRE L’HOMME ET LE VIVANT ?
1- Des fonctionnalités et des aménités sociales de l’espace public: hygiène, propreté, repos et agrément.
Cette notion d’un «autre bonheur», alternatif à celui proposé par la société de consomation et montré dans les images de publicité, s’est imposé depuis lors. Elle-même d’ailleurs parfois réintégrée dans la société de consommation. Avec notamment le vieil idéal du retour à la nature(comme le montre par exemple le succès en France en 1995 du film «le bonheur est dans le près»).
C’est pourquoi le label cherche de plus en plus à valoriser dans ses critères une conception globale qui inclut aussi bien le fleurissement ponctuel que les espaces verts pour inciter les communes à produire des espaces de détente librement praticable par les habitants. La philosophie du « tout propre « laisse peu à peu place à des espaces de végétation plus libre, plus à mène d’être investit.
Le fleurissement à outrance est une marque forte de l’emprise de la société de consommation sur les citoyens. Cet excès va à l’encontre de la définition de nature (composée de phénomènes naturels et humains). L’Homme à la fois se retrouve dans la nature, s’inspire de ses formes mais souhaitent montrer son emprise sur elle. A l’heure de la prise de conscience de la mise en danger de notre terre, de la nature, les comportements changent. L’Homme doit apprendre pour être heureux, à vivre avec celle qui l’a fait naître. Pour Epicure, (3è s av jc) le bonheur est le «plaisir en repos» de l’âme qui naît spontanément de la satisfaction des désirs naturels et nécessaires (qui sont la sécurité, la santé, la sagesse et l’amitié).
PARTIE 3/Le fleurissement d’hier à aujourd’hui: Quelles qualités de RAPPORT ENTRE L’HOMME ET LE VIVANT ?
1- Des fonctionnalités et des aménités sociales de l’espace public: hygiène, propreté, repos et agrément.
2.1- L’avènement de la nature comme «ensemble complexe, dynamique et englobant».20
L’écologie est d’une part un domaine scientifique qui « étudie les conditions d’existence d’un être vivant et les rapport qui s’établissent entre cet être et son environnement », et d’autre part « une revendication éthique basée sur les connaissances des méfaits de l’homme sur son environnement »20. Cette science a permis de transformer la conception scientifique de la Nature. On attribue aux années 70 la naissance de l’écologie moderne qui se conforme au deuxième aspect de la définition que nous venons de citer. Le monde est désormais conçut comme un tout lié par une chaîne de conséquences. Ce mode de conception, qui a pour but de diffuser la culture scientifique au plus grand nombre, amène l’idée de la responsabilité environnementale de chacun. Plus on connait scientifiquement la Nature, plus notre relation à elle est modifiée.
PARTIE 3/Le fleurissement d’hier à aujourd’hui: Quelles qualités de RAPPORT ENTRE L’HOMME ET LE VIVANT ?
2- De nouveaux rapports avec la vie non humaine.
2.2- «L’esthétique verte; de la représentation à la présentation de la nature.» Dans ce paragraphe, nous prendrons largement appuis sur l’essai de Loïc Fel, dont le titre est cité ci-dessus.
Du tableau au happening Cette refonte de conception de nature à bien sur des conséquences sur l’esthétique et la notion d’art. Pour démontrer ce basculement, nous nous intéresseront, pour des raisons que nous avons déjà explicitées, à l’art contemporain des années 70/80. Cette époque marque l’émancipation de la création par rapport au concept de l’œuvre d’art : le tableau passe aujourd’hui pour un support d’expression désuet. Et Loïc Fel d’ajouter : « Il s’agit d’agir comme la nature en prenant modèle sur sa complexité »20. La toile ou les sculptures deviennent des installations, des environnements qui mettent concrètement en scène des ensembles objets au lieu d’en composer des représentations avec d’autres matériaux sur une toile ou dans une sculpture. « Ce système contemplatif de retrait […] a aujourd’hui largement basculé. Il s’agit désormais, dans la plupart des œuvres proposées par les artistes non plus de contempler l’image mais de l’habiter. Les environnements et les installations confrontent en effet le promeneur à des sortes d’habitacles qui s’éprouvent de l’intérieur. L’immersion dans l’œuvre est aujourd’hui la règle. Le spectateur s’y trouve aspiré et happé par une multitude de sensations, qui ne sont plus seulement visuelles, mais également tactiles, synésthésiques, auditive »21
La forme artistique qui marque ce changement est sans conteste le Happening qui est souvent décrit comme une théâtralisation de l’acte de peindre. « Le happening marque le passage définitif de l’illusionnisme, du trompe l’œil et de la bi dimensionnalité pictural à l’espace réel, volumineux, physique, matériel. »22 L’art rejoint le réel. « Avec le happening, l’esthétique porte sur les relations : l’expérience esthétique ne porte plus sur des individualités mais sur des ensembles dynamiques. »23 Loic Fel transpose cette réflexion de Florence de Mèredieu pour l’appliquer au cas du paysage : On passe du paysage pictural, qui, comme nous l’avons démontré, ne s’offre qu’au regard, amputant le spectateur de ses autres sens, à la perception du paysage dans toute sa réalité, qui stimule l’ensemble des sens. Ce passage du simulé au réel, de l’artifice à la nature marque un changement marquant ouvrant l’ensemble du monde réel comme « lieu d’expérience esthétique potentielle »24. Ces pratiques permettent également d’intégrer le public à une démarche participative ce qui met fin à la relation esthétique strictement frontale et contemplative. L’ajout du cognitif donne profondeur et richesse à l’expérience esthétique.
PARTIE 3/Le fleurissement d’hier à aujourd’hui: Quelles qualités de RAPPORT ENTRE L’HOMME ET LE VIVANT ?
2- De nouveaux rapports avec la vie non humaine.
Définition de l’esthétique verte
On passe d’une esthétique de la représentation à une esthétique de la présentation. Les critères éthiques se substituent aux traditionnels critères esthétiques. L’évolution des relations et d’une idée de la nature matérielle, dynamique et d’une complexité fragile se met doucement en place. L’esthétique verte, définit par Loïc Fel est « l’expérience esthétique contemporaine de la nature qui se développement dans les mouvances écologistes aussi bien à partir des sciences que de l’histoire de l’art et des réflexions éthiques. Cette esthétique sert aussi de moyen de sensibilisation aux enjeux révélés par l’analyse écologique. »25. Nous pouvons, somme toute, dire qu’il s’agit d’un modèle d’expérience esthétique adapté au renouvellement de l’objet nature qui explicite les liens entre cognitif, esthétique et éthique. Ecologie et aménagement du territoire L’éthique comme critère esthétique se décline aujourd’hui dans l’aménagement de notre environnement. Gilles Clément, dans sa pratique du paysage, part non pas d’une esthétique formelle mais de règles de gestion différenciées. Il revendique travailler à partir de l’application de normes écologiques, en mettant de coté les considérations esthétiques traditionnelles. Les principes qui président l’aménagement du territoire ne sont plus formels. Ils révèlent de conceptions éthiques et le jardin, conforme à ces principes, bénéficie d’une valeur esthétique en raison de sa conformité à des principes éthiques.
La gestion différenciée arrive donc à une forme identifiable. On reconnait visuellement un tel jardin. Cette caractérisation permet de faire découler des principes de gestion éthiques un véritable code esthétique. La forme est consécutive à des principes éthiques. Samuel Craquelin, que nous avons évoqué dans la partie précédente, nous fait part de son avis: «il faut adapter le regard à son temps: avoir moins l’esprit de consommation et ainsi regarder vers l’écologie, l’économie de moyen». En analysant les « Jardins Suspendus », une de ses réalisations au Havre, on peut affirmer que ces jardins constituent un lieu onirique qui ne recopie pas la nature mais l’évoque. Elle prend racine dans la découverte et l’émerveillement de la richesse protéiforme des organismes vivant et de leur relations. Il faut faciliter la visibilité de cette pratique du jardinage qui s’inscrit dans une nouvelle mouvance écologiste. Comprendre l’intérêt pour les végétaux et ne pas s’arrêter aux simples couleurs attrayantes s’apprend. C’est grâce à la grande variété proposée que S.Craquelin souhaite éduquer le promeneur à apprécier les plantes. Il parle luimême de «lieu pédagogique». A chaque angle de la cour carré, un continent est représenté par les végétaux qui le caractérise: ces jardins «ont pour but de redonner du sens à la position du végétal dans le monde.»
PARTIE 3/Le fleurissement d’hier à aujourd’hui: Quelles qualités de RAPPORT ENTRE L’HOMME ET LE VIVANT ?
2- De nouveaux rapports avec la vie non humaine.
Remarque générale :
2.3- Les critères du CNVVF 2010: un visage plus écologique.
«En mettant l’accent, dans la notation, sur l’amélioration de l’environnement et sur les pratiques aboutissant à un développement durable, le CNVVF entend accentuer une prise de conscience encore insuffisante. Quel serait l’intérêt de récompenser une ville ou un village dont le fleurissement n’habillerait qu’un environnement dévasté ?» Telle est l’introduction du point sur le cadre de vie et le développement durable dans le règlement du concours 2010. Quelles sont les solutions et les nouveaux critères? Analysons.
Pour chaque évaluation, le jury tiendra compte de la dimension de la commune, de sa population et de ses spécificités. Le jury tiendra compte également de sa date de passage et des conditions climatiques. Par ailleurs, le jury portera une attention particulière au fleurissement accessible aux piétons. La qualité des massifs reste primordiale tant par la qualité des fleurs, la diversité de la gamme, que par l’élégance, l’originalité et l’harmonie des compositions. Pour les villes concourant pour la « quatrième fleur » ou pour le Grand Prix, la rythmicité du fleurissement et le concept de décoration des quatre saisons seront intégrés dans le jugement.
De même seront prises en compte les techniques utilisées pour la récupération de l’eau de pluie. Les jurys s’informeront également sur les arrêtés préfectoraux d’interdiction ou de limitation de l’arrosage, et sur leur application. En cas de non-respetc flagrant de ces arrêtés, des déclassements pourront êtres proposés.
Aménagements hors sol, bacs, jardinières et suspensions : chaque fois que ce sera possible, l’aménagement en pleine terre sera privilégié, mais la densité de l’occupation de l’espace urbain oblige souvent à recourir à du mobilier hors sol. La localisation de celui-ci devra malgré tout être cohérente, les récipients seront discrets, habillés par la végétation, et les règles de composition, de mise en œuvre et d’entretien seront les mêmes que pour les massifs.
Produits chimiques : chaque municipalité devra afficher sa position et son action visà-vis d’une gestion raisonnée des produits chimiques. Il faut en effet limiter la quantité de produits employés en s’interrogeant sur l’utilité de certaines pratiques et chercher des solutions de substitution, notamment la lutte biologique et en dernier ressort, diminuer la nocivité des traitements en choisissant, à efficacité égale, les substances les moins toxiques.
2 - CADRE DE VIE ET DÉVELOPPEMENT DURABLE En mettant l’accent, dans la notation, sur l’amélioration de l’environnement et sur les pratiques aboutissant à un développement durable, le CNVVF entend accentuer une prise de conscience encore insuffisante. Quel serait l’intérêt de récompenser une ville ou un village dont le fleurissement n’habillerait qu’un environnement dévasté ? Gestion de l’environnement : pour identifier et planifier les actions, une Charte de l’Environnement est souvent un outil pratique. Comme les jardins, les espaces naturels sont à inclure dans le patrimoine vert de la commune. Forêts, marécages, plans d’eau, espaces littoraux sont à inventorier, à restaurer, à aménager sans les dénaturer et, surtout, à protéger. Gestion de l’eau : la pénurie de la ressource en eau que l’on constate depuis quelques années dans un nombre croissant de départements et de régions doit nous inciter à être vigilants sur son utilisation et à encourager toutes techniques permettant de l’économiser. Dans cet esprit, et particulièrement dans les zones concernées par la sécheresse, les jurys devront interroger les collectivités sur les techniques mises en œuvre pour économiser l’eau : par exemple l’arrosage aux heures les moins chaudes de la journée, l’utilisation de paillages, le choix d’espèces mieux adaptées aux contraintes climatiques, les techniques utilisées pour l’irrigation et le bon état d’entretien des réseaux, etc...
La propreté : la propreté au quotidien est un poste élémentaire. Le ramassage des papiers et autres déchets ne doit pas se limiter au centre-ville, leur gestion à partir de tris sélectifs et de déchèteries doit être mise en évidence. L’élimination des tags et la maîtrise de la pollution canine participent aussi à la mise en valeur du site. Publicité : l’accumulation de l’affichage publicitaire et des panneaux 4x3 constitue une pollution visuelle à laquelle il n’est jamais trop tard pour remédier. En plus des lois, chaque municipalité peut mettre en place des réglementations particulières. Mobilier urbain : le mobilier et les jeux représentent un poste important du budget communal. L’attention des municipalités doit d’abord porter sur la pertinence des implantations mais aussi sur le niveau d’entretien. Patrimoine bâti : la qualité du patrimoine bâti à toujours créé des disparités entre les candidats, et les jurys doivent savoir faire la péréquation sur ce point entre une ville de banlieue et un village aux maisons à colombages. Dans chaque cas cependant les municipalités doivent savoir valoriser leur patrimoine ancien ou moderne, et inciter, par des mesures d’accompagnement, leurs concitoyens à entretenir leurs habitations. Réseaux : l’assainissement a été l’une des premières sources de pollution prise en considération par les municipalités, mais certaines pratiques alternatives innovantes peuvent aussi être mises en valeur, tels les bassins de rétention et les toitures végétalisées pour les eaux pluviales, et les plateaux absorbants pour les eaux usées.
Sur le plan visuel, l’effacement des réseaux aériens ne doit pas être négligé. Chacun comprenant qu’il est impossible de tout réaliser en une fois, il faudra soumettre au jury un programme cohérent d’effacement ou d’enfouissement. Entrées de ville : trop souvent les entrées de nos villes se présentent comme des zones commerciales banales et dégradées, où les préoccupations paysagères sont totalement absentes. Une entrée de ville soignée est indispensable pour le label « quatre fleurs » et cas échéant, il conviendra de présenter au jury un plan de requalification paysagère.
3 - ANIMATION ET VALORISATION TOURISTIQUE Ce dernier groupe de critères souligne la finalité de l’action du CNVVF : celle-ci ne trouve tout son sens que dans l’appropriation par le public de son environnement et de son cadre de vie et repose sur trois axes majeurs : l’économie et le développement touristique, l’environnement, le social. Promotion du label : les communes doivent faire connaître leur label et les jurys peuvent donc vérifier s’il est fait mention de ce label sur les documents édités par la mairie, l’office de tourisme ou sur le site internet de la commune. Il est également souhaitable que les communes organisent des évènements en rapport avec les jardins et le fleurissement : fêtes des plantes, fêtes des fleurs, corso fleuris, etc … Jardins familiaux : les jardins familiaux représentent une demande de plus en plus forte des habitants et jouent un rôle social très important, de même que les actions qui peuvent être proposées comme les jardins partagés, les jardins en pied d’immeuble ou autres. Actions de coordination : certains organismes peuvent être propriétaires de surfaces importantes dans les communes. Il est important que les jurys soient informés des accords qui ont été passés pour le traitement et la gestion de certains espaces, par exemple les talus SNCF, les berges des canaux, les espaces verts autour des immeubles propriétés des offices d’HLM, les ronds-points ou équipements de voirie gérés par les DDE.
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PARTIE 3/Le fleurissement d’hier à aujourd’hui: Quelles qualités de RAPPORT ENTRE L’HOMME ET LE VIVANT ?
2- De nouveaux rapports avec la vie non humaine.
Quatre critères résonnent réellement comme critères de respect de l’environnement. On parle de gestion de l’environnement, de récupérations des eaux, de ramassages des déchets, de produits chimiques. Tant d’éléments qui apparaissent comme des contraintes. Les déchets compromettent la belle image du village ainsi que la publicité. Voilà une bonne raison de les combattre! On se demande si ce concours fait preuve d’une réelle prise de position vis-à-vis du développement durable ou bien s’il doit suivre une politique nouvelle en matière d’environnement qui s’applique à tous… Prendre en considération les problématiques actuelles en matière d’écologie est-ce suffisant pour admettre que l’on peut en faire le coeur d’une pensée globale de nature en ville… On commence par parler de fleurissement parce que c’est le maître mot et dés lors on voit ces éléments comme étant problématiques pour fleurir facilement et rapidement. La question que l’on est en droit de se poser est: peut-il y avoir respect de l’environnement sans projet? Comment se préoccuper de la gestion de l’eau sans proposer une façon nouvelle de la gérer sur la ville toute entière! Une fois de plus, un projet est nécessaire. Ajouter des critères, c’est imposer plus de règles, de restrictions. Est-ce suffisant pour que la compréhension du paysage par les usagers se fasse?
PARTIE 3/Le fleurissement d’hier à aujourd’hui: Quelles qualités de RAPPORT ENTRE L’HOMME ET LE VIVANT ?
2- De nouveaux rapports avec la vie non humaine.
3.1- Les fleurissement comme discipline publique.
Lorsque le fleurissement des villages est mis en place au dix-neuvième siècle, il s’agissait de mettre en place une véritable discipline publique. Les sociétaires du Touring Club de France, membres de la classe bourgeoise, riches propriétaires et commerçants, désiraient mettre en valeur l’influence civilisatrice du jardinage dans les classes populaire. On observe une volonté d’éducation des masses par la diffusion d’un idéal de propreté et de rigueur dans les campagnes. Aujourd’hui, cette pédagogie de la vie collective est toujours d’actualité dans les concours fleuris. Il s’agit d’abandonner ses habitudes individuelles pour servir un but collectif.
PARTIE 3/Le fleurissement d’hier à aujourd’hui: Quelles qualités de RAPPORT ENTRE L’HOMME ET LE VIVANT ?
3- Une production des habitants eux-mêmes.
3.2- Les jardins partagés: un modèle de cohésion sociale et d’échange. Pour comprendre ce système d’échange et de partage autour du végétal, étudions un cas qui fait autorité. Le jardin partagé appelé jardin communautaire est une forme de gestion en commun d’un terrain par un groupe d’habitants. Cette pratique est née en Amérique du Nord et se développe en France Le premier jardin communautaire a été créé à Lille en 1997. A Paris, il existe près de cinquante jardins partagés. Les jardins communautaires originaires des USA sont nés suite à l’action d’une artiste américaine qui, se désolant des terrains abandonnés, a décidé de lancer des bombes de graines pour redonner vie à ces terres délaissés. Les jardins partagés sont un lieu où se rencontrent des gens de tout âge, de toute condition et classe sociale. Ils permettent de se détendre en plein air et de mettre en pratique de connaissances, des goûts. Les jardiniers peuvent être fiers de partager des savoirs: la notion d’entraide est une valeur importante dans ces jardins. Ils conjuguent également l’envie de se rapprocher de la nature, de manger mieux, la récolte de fruits et légumes frais permet aux jardiniers de prendre conscience de ce que leur environnement peut leur apporter au quotidien, ainsi la tradition agricole peut perdurer à travers les générations. Le jardinage collectif d’un terrain, parfois laissé à l’abandon, que ce soit en ville ou en milieu rural améliore le cadre de vie et permet des échanges entre personnes. Le respect de l’environnement est une valeur forte des jardins partagés : les jardiniers choisissent des végétaux adaptés au sol et au climat et évitent les produits phytotoxiques (engrais chimiques, pesticides de synthèse).
Le compostage, la récupération de l’eau de pluie et la technique des cultures associées y sont très souvent pratiqués. Ce sont également des lieux d’éducation à l’environnement pour enfants et adultes, qui y apprennent la botanique, ou qui y observent la faune urbaine. Nombreux sont les jardins partagés qui attribuent des parcelles aux écoles du voisinage, qui y mènent des projets pédagogiques.Certains jardins partagés ont une vocation d’insertion. Ils accueillent des personnes en situation de handicap, des bénéficiaires du RMI ou des personnes victimes d’exclusion sociale. Les jardins partagés sont des lieux d’initiative citoyenne. Certains d’entre eux sont créés par des habitants qui n’attendent pas d’avoir une autorisation pour y proposer des activités. Parfois, les habitants souhaitent ouvrir un jardin pendant quelques mois ou quelques années, en attendant qu’une autre affectation soit décidée. Les associations qui ouvrent et cultivent un jardin y proposent des débats et des événements culturels qui sortent des sentiers battus. Il est fréquent d’y débattre de sujets peu traités par les médias, comme la biodiversité, la relocalisation de l’économie ou le droit au logement. La gratuité, ou des prix très modérés, permettent d’ouvrir le jardin à tous. Ainsi les habitants peuvent apprendre des autres et avoir un regard critique sur la gestion de la nature dans la ville. C’est grâce à cette éducation qui se fait par la rencontre de l’autre et de professionnels du métier que l’envie leur vient de projeter ensemble, d’améliorer leur cadre de vie de la façon dont ils le souhaitent. C’est sur cette philosophie que le fleurissement cherche de plus en plus à prendre exemple. Le paragraphe suivant en fait état.
PARTIE 3/Le fleurissement d’hier à aujourd’hui: Quelles qualités de RAPPORT ENTRE L’HOMME ET LE VIVANT ?
3- Une production des habitants eux-mêmes.
PARTIE 3/Le fleurissement d’hier à aujourd’hui: Quelles qualités de RAPPORT ENTRE L’HOMME ET LE VIVANT ?
3- Une production des habitants eux-mêmes.
3.3-Opération «Fleur de Bitume»: le fleurissement comme fabrique de l’être ensemble à l’échelle de la ville.
Le fleurissement se réaffirme dans toute sa dimension citoyenne,
revendicative, poétique et politique
PARTIE 3/Le fleurissement d’hier à aujourd’hui: Quelles qualités de RAPPORT ENTRE L’HOMME ET LE VIVANT ?
3- Une production des habitants eux-mêmes.
A l’initiative de la mairie de Montpellier, une journée de micro-fleurissement à été mise en place en 2010. Cette opération consiste en chantiers de jardinage participatifs, ayant pour but de faire revivre les interstices des trottoirs en y insérant un peu de verdure. Les services de la municipalité aménagent ces failles, puis apportent plantes et conseils, avec pour objectif d’en assurer la prise en charge par les habitants volontaires. Même si cette action reste à petite échelle et peu paraitre quelque peu anecdotique, elle a le mérite d’exprimer quelque chose qui semble très juste dans sa façon de réformer le fleurissement. L’espace public n’est plus conçu comme un lieu de démonstration mais un lieu de vie. Les habitants redeviennent acteur du fleurissement. L’image de la ville est générer par l’échange et la communication entre les citoyens. Bien plus que de constituer une image prestigieuse et m’as-tu vu, c’est une véritable relation avec le vivant que l’on cherche à développer. On réintroduit aussi des « mauvaises herbes » sensibilisant ainsi les habitants à une approche plus nuancée du végétal en ville. Il n’y a pas que les bégonias qui on le droit de cité ! L’espace vert public devient ainsi un terrain de partagé, lieu de rencontres et d’échanges intergénérationnels autour du jardinage.
De plus, cet évènement ponctuel prend le visage d’une performance artistique et développe ainsi un vocabulaire d’action très contemporain. On retrouve le geste de l’artiste américaine avec ses bombes de graines. Il s’agit de s’approprier des espaces propres à la ville. Ces interstices sont générés par un matériau très urbain : le bitume. Au lieu décider que ces trous ne font pas propres, on les requalifie en des brèches poétiques ou prennent place des plantes, invitant à réfléchir sur l’aspect fragile et sensible du béton. Le bitume artificiel et inerte devient épiderme vivant. Le fleurissement se réaffirme dans toute sa dimension citoyenne, revendicative, poétique et politique Plus que de représenter la ville il révèle et sublime son identité propre.
PARTIE 3/Le fleurissement d’hier à aujourd’hui: Quelles qualités de RAPPORT ENTRE L’HOMME ET LE VIVANT ?
3- Une production des habitants eux-mêmes.
C O N C L U S I O N
P a r t i e
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Vers un label des « Villes et Villages Paysage » ?
On observe un changement radical de point de vue entre une société où la rigueur hygiéniste, offre une piètre qualité de gestion de la faune et la flore et notre société contemporaine où l’on aspire à une gestion durable et respectueuse du vivant en général et du végétal en particulier. Même si un mode de gestion plus écologique semble être la voie évidente à adopter, l’idée à encore du chemin à faire. Peut-on croire en un changement radical de la politique de fleurissement dans les années à venir? S.Craquelin témoigne à ce sujet: «Les maires ont toutes les cartes en mains. C’est à eux d’insuffler la démarche de paysage car ce sont eux qui décident de la politique à mener pour répondre au mieux à la création, à la sauvegarde des paysages urbains et ruraux. Cela ne veut pas dire qu’il faille supprimer le fleurissement mais il faut le faire autrement et le penser comme un ensemble […]. A l’heure de la prise de conscience du gaspillage des ressources et des mauvais comportements à l’égard de l’environnement, je pense que le label «villes et villages fleuris» n’a plus sa place. Il suffirait de créer un concours à la ville ou le village le plus écologique pour que les résultats prennent un autre sens. Les réponses seraient différentes. Aussi je pense que le fleurissement est culturel et temporel. Il révèle un consumérisme à outrance au même titre que la société dans son ensemble. Le label «villes et villages paysages» avec des exigences écologiques, urbanistiques et architecturales dans la grille de jugement aurait plus d’intérêt.
C O N C L U S I O N C’est entre Révolution Industrielle et héritage de la pensée des Lumières que le fleurissement comme mode d’aménagement de l’espace urbain voit le jour. La rue est un spectacle, autant que les intérieurs bourgeois qui se parent de multiples décors où la part belle est faite à la nature qui satisfait un besoin d’émerveillement constant. Progrès et hygiène font autorité. La nature est artificialisée à outrance pour servir un projet esthétique et moral visant à diffuser une image propre, silencieuse et univoque de la France. Avec l’avènement du tourisme, les concours fleuris sont mise en place à l’échelle nationale car la préservation et la qualité des paysages « […] sont des conditions essentielles à l’attractivité et au développement des territoires.»26. Le paysage en général et les fleurs en particuliers deviennent objets de consommation. Puis les années 70 amènent l’idée de la Nature comme un ensemble lié et la prise de conscience écologique qui s’effectue modifie notre rapport au vivant. Les artistes font la peau aux traditions esthétiques et renouvèlent la place du spectateur qui devient acteur des œuvres qui sont désormais des « images à habiter ». Cette réforme s’étend à l’aménagement du paysage. L’espace public devient lui aussi territoire à investir par toute forme de vivants qui se croisent en parfaite harmonie.
Du divertissement à la pédagogie du vivant, des traitements phytosanitaires à l’avènement de la biodiversité, les politiques publiques de fleurissement en France sont constitutives de la notion de paysage dans les villes et villages français car leur évolution traduit un changement dans la relation que nous entretenons avec le paysage. Ce dernier est une création culturelle: ses qualités sont donc les ambassadrices les plus efficaces des projets politiques. Notre voyage au fil des époques nous a permis de comprendre que le fleurissement est un révélateur des modalités de perception du paysage français. D’une esthétique du pittoresque qui cantonne le spectateur à l’extérieur du paysage, on passe à une esthétique environnementale où le beau traditionnel est supplanté par une éthique écologique où l’homme en tant que citoyen est impliqué dans la construction d’un cadre de vie durable. Le changement est en route…
B I B L I O G R A P H I E OUVRAGES -
Natures en villes, les annales de la recherche urbaine n°74, collectifs d’auteurs, mars 1997
Comment les villages devinrent des paysages, Michel Conan et Juliette Favaron Les arbres d’alignement urbain, Yaël Haddad L’entrelacs du végétal et de l’urbanisation, Ann-Caroll Werquin et Alain Demangeon Jardiner en ville, Elisabeth Pasquier De la Nature de la ville, Christian Calenge La nature des interventions paysagères, Catherine Mosbach et Marc Claramunt -
Villes et villages fleuris de France, Eric Blondiau, ed. Hatier, 1995
-
La roue et le stylo. Comment nous sommes devenus touristes, Catherine Bertho Lavenir, ed. Odile Jacob, 1998
Chapitre 1: Aux origines des vacances Chapitre 10 : L’amour envahissant du paysage Chapitre 11 : Des clichés par centaines -
Paysages en mouvement, Marc Desportes, collection Bibliothèque illustrée des histoires, ed. Gallimard, 1990
Le Paysage comme genre pictural Le sentiment de Nature L’épreuve du pittoresque: visiter les villes d’art au tournant du siècle.
-
L’œuvre d’art à l’heure de la reproductibilité technique, Walter Benjamin
-
L’esthétique Verte, Loïc Fel, collection Pays/Paysages, ed. Champ Vallon, 2009
Introduction, La Valeur esthétique de la Nature au XVIIIè siècle et Vers une présentation de la Nature Conclusion des premiers, seconds, troisièmes, quatrièmes et cinquièmes chapitres Les révolutions artistiques du XXè siècle Conclusion MAGAZINES -
Les cahiers du fleurissement, ed. horticulture et paysages, octobre 2010, Dossier Fleurissement, in Paysage actualités n°123, décembre 1989
La peinture plantation ?, Kymberli J. Johnson et Philippe-François Nault Les parterres du désir, Marie Claude Bugeaud Le fleurissement… Miroir d’une société, Béatrice Perez La mosaïculture, Pierre Dauvergne -
Dossier jardin, in revue urbanisme n°343, aout 2005
Cultiver la conscience du lieu, Xavier Bonnaud « Fleurir la France », une mission réussie, Martine Bergues Des paysages à venir, Jean-Paul Pigeat
-
Evolution des espèces et variétés florales. Incidence sur la décoration, R. Gérard, in Jardins de France n°5, 1977
-
Bitche, en dehors des sentiers battus, Joceline Devedjian, in Paysage Actualités n°291, 2006
-
Portrait d’ Anne Schirm, directrice du CNVVF, Joceline Devedjian, in Paysages Actualités
-
Verdun, chronique d’une reconquête paysagère, Joceline Devedjian, in Paysages Actualités n°319, 2009
-
Plus de végétal en ville, F.G ., in Lien Horticole n°39, 2007
-
Trois villes en exemple, associer annuelles et vivaces, Bénédicte Boudassou, in Jardins de France n°546, 2004
-
Plaidoyer pour le libre fleurissement, Philippe Ferret, in Jardins de France n°547, 2004
-
Le concours des villes et villages fleuris, outil de valorisation du paysage, Anne Schirm,
-
Fleurir demain… Perspectives et évolution, Françoise Phiquepal, in Paysage Actualités n° 239, 2001
n° 291, 2006
in Espaces tourisme et loisirs n°254, 2007
SITES INTERNET -
Le site officiel du concours des villes et villages fleuris
-
Un exemple de ville fleurie : Meudon
-
Le concours de Fleurissement de Haute-Savoie et son réseau d’acteurs
Le guide gestion différenciée pour un fleurissement raisonné des villes rissement.pdf BIBLIOGRAPHIE
www.villes-et-villages-fleuris.com www.ville-meudon.fr http://paysages-de-nos-communes-74.blogspot.com/ www.cg59.fr/hebergement-touristique-durable/telechargement/p48-guide_gestion_diff_fleu-
N O T E S 1- Béatrice Perez in « Le fleurissement, miroir d’une société » Paysage Actualité n°123, dec. 1989 2- extrait d’une interview parue dans les Cahiers du fleurissement d’octobre 2010 3- Edouard André in Un jardin de ville très fleuri, 1909 4- Michel Conan et Juliette Favaron « Comment les villages devinrent des paysages », in Les annales de la recherche urbaine n°74 5- http://www.lesjardinshenrilesidaner.fr/ 6- Michel Conan et Juliette Favaron , « Comment les villages devinrent des paysages », in Les annales de la recherche urbaine n°74, 1997 7- Lexique du paysage en ligne : http://www.isere-environnement.fr/pages/index/id/5077 8- Catherine Bertho Lavenir in La roue et le stylo, comment nous sommes devenus touristes, ed. odile Jacob, 1999 9- Catherine Bertho Lavenir in La roue et le stylo, comment nous sommes devenus touristes, ed. odile Jacob, 1999, p.285 10- Collectif d’auteur, Natures en Ville, les annales de la recherche urbaine n°74, 1997 11- Agulhon Maurice, « La Mairie, Liberté, Egalité, Fraternité », in Pierre Nora (dir.), Les lieux de mémoire, t.1, La République, Paris, Gallimard, 1984, p.168. 12- Anna Schrim in Le concours des villes et des villages fleuris, outil de valorisation du paysage, Espaces tourisme et loisir n°254, 2007 13- Catherine Bertho Lavenir in La roue et le stylo, comment nous sommes devenus touristes, ed. odile Jacob, 1999 14- Michel Conan et Juliette Favaron in Comment les villages devinrent des paysages, les annales de la recherche urbaine n°74, 1997 15- Propos recueillit par Joceline Devedjian in Verdun, chronique d’une reconquête paysagère, Paysage Actualité n° 319, 2009 16- http://www.verdun.fr/ 17- Georges Vigarello, le sain et le malsain, éditions du Seuil, Paris, 1993 18- Eugène Noël, article sans titre, jardin, journal de l’horticulture Générale, maison Godefroy-Leboeuf, 1887 19- Catherine Bertho Lavenir in La roue et le stylo, comment nous sommes devenus touristes, ed. odile Jacob, 1999, p.251 20- Loïc Fel in L’esthétique Verte, de la représentation à la présentation de la nature, collection Pays/paysages, ed. Champ Vallon, 2009 21- Florence de Mèredieu, Histoire matérielle et immatérielle de l’art moderne, Larousse, paris, 2004, p.596 22- Ibid, p.252 23- Loïc Fel in L’esthétique Verte, de la représentation à la présentation de la nature, collection Pays/paysages, ed. Champ Vallon, 2009 24-Ibid 25-Ibid 26- Anna Schrim in Le concours des villes et des villages fleuris, outil de valorisation du paysage, Espaces tourisme et loisir n°254, 2007