189
Canada La production annuelle devrait se contracter de 9.4 % en 2020 si le virus revient et impose un nouvel arrêt de l’activité, et de 8 % si la reprise se poursuit sans interruption. Dans les deux scénarios, le rebond ne sera pas suffisamment dynamique pour que la production renoue avec son niveau d’avant le COVID-19 d’ici la fin de 2021. De même, le taux de chômage restera élevé. Conséquence des nouveaux engagements de dépenses et des pertes de recettes fiscales, les soldes budgétaires se dégraderont fortement avant de se rétablir quelque peu à la faveur de la diminution des paiements de soutien et du redressement des revenus. La faiblesse de la demande tirera l’inflation des prix à la consommation vers le bas. La banque centrale, ainsi que les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux ont promptement réagi à la crise du COVID-19 et adopté une vaste panoplie de mesures de soutien monétaire, budgétaire et structurel. Les autorités doivent maintenant élaborer des plans d’urgence pour faire face à d’éventuelles répliques du COVID-19. Elles doivent également s’assurer que les mesures déjà en place sont efficaces, en particulier la Prestation canadienne d’urgence (PCU) et la Subvention salariale d’urgence du Canada (SSUC), auxquelles des ressources importantes ont été consacrées. Il faudra également combler les éventuelles lacunes de l’aide à mesure qu’elles se manifesteront, en prêtant une attention particulière aux groupes vulnérables, notamment les communautés autochtones. Le choc subi par le secteur pétrolier devrait servir d’occasion pour accélérer la transition verte. La levée des mesures de confinement est en cours Les premiers cas de COVID-19 sont apparus à la mi-janvier et la propagation de la maladie s’est considérablement accélérée à partir de début mars. Il semble néanmoins que le Canada ait été moins durement touché que certains autres pays. La propagation du virus dans les établissements pour personnes âgées a suscité des préoccupations particulières dans la mesure où les 65 ans et plus comptent pour 17 % environ de la population du Canada.
Canada 1 L’emploi a chuté fortement
La confiance des consommateurs s’est affaissée
Emploi
Indice de confiance des consommateurs
Indice déc2019 = 100, c.v.s 105
Indice 60 55
100
50 95 45 90 40 85
80
35
2019
0 2020
0
2019
30 2020
Source: Statistique Canada et Refinitiv. StatLink 2 https://doi.org/10.1787/888934139100 PERSPECTIVES ÉCONOMIQUES DE L'OCDE, VOLUME 2020, NUMÉRO°1 © OCDE 2020
190
Canada : Demande, production et prix (scénario de deux chocs successifs)
2016
2017
Prix courants milliards de CAD
Canada: scénario de deux chocs successifs PIB aux prix du marché Consommation privée Consommation publique Formation brute de capital fixe Demande intérieure finale Variation des stocks1 Demande intérieure totale Exportations de biens et services Importations de biens et services Exportations nettes1
2018
2019
2020
2021
Pourcentage de variation, en volume (prix de 2012)
2 025.5 1 184.6 426.3 461.3 2 072.2 1.1 2 073.3 638.1 685.9 - 47.8
3.2 3.6 2.3 3.6 3.3 0.9 4.1 1.4 4.2 -1.0
2.0 2.1 3.0 1.2 2.1 -0.2 1.9 3.1 2.6 0.1
1.7 1.6 2.1 -0.4 1.3 0.1 1.4 1.3 0.6 0.2
-9.4 -10.6 1.1 -12.7 -8.6 -0.8 -9.3 -8.5 -8.5 0.1
1.5 1.5 2.3 1.6 1.7 0.0 1.7 5.6 5.4 -0.1
_ _
2.5 1.6
1.8 2.2
1.9 2.0
0.4 0.8
0.3 0.7
_ _ _ _ _
1.6 6.3 -0.1 95.2 -2.8
1.9 5.8 -0.4 93.8 -2.5
Pour mémoire Déflateur du PIB Indice des prix à la consommation IPC sous-jacent2 Taux de chômage (% de la population active) Solde financier des administrations publiques (% du PIB) Dette brute des administrations publiques (% du PIB) Balance des opérations courantes (% du PIB)
2.1 1.2 0.9 5.7 9.4 9.0 -0.3 -9.2 -4.9 94.5 105.8 110.1 -2.0 -3.1 -3.6
1. Contributions aux variations du PIB en volume, montant effectif pour la première colonne. 2. Indice des prix à la consommation hors alimentation et énergie. Source: Base de données des Perspectives économiques de l'OCDE, n° 107.
StatLink 2 https://doi.org/10.1787/888934137409
Canada 2 Le redressement du PIB sera timide Indice T4 2019 = 100, c.v.s 110
Le marché du travail ne se rétablira pas complètement
PIB réel
Taux de chômage
% de la population active 12
Scénario du choc unique
Scénario du choc unique
Scénario de deux chocs successifs
Scénario de deux chocs successifs
11
105
10
100
9 95 8 90
7
85 80
6 2019
2020
2021
0
0
2019
2020
2021
5
Source: Base de données des Perspectives économiques de l'OCDE, n° 107. StatLink 2 https://doi.org/10.1787/888934139119
PERSPECTIVES ÉCONOMIQUES DE L'OCDE, VOLUME 2020, NUMÉRO°1 © OCDE 2020
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Canada : Demande, production et prix (scénario du choc unique)
2016
Canada: scénario du choc unique PIB aux prix du marché Consommation privée Consommation publique Formation brute de capital fixe Demande intérieure finale Variation des stocks1 Demande intérieure totale Exportations de biens et services Importations de biens et services Exportations nettes1 Pour mémoire Déflateur du PIB Indice des prix à la consommation IPC sous-jacent2 Taux de chômage (% de la population active) Solde financier des administrations publiques (% du PIB) Dette brute des administrations publiques (% du PIB) Balance des opérations courantes (% du PIB)
2017
Prix courants milliards de CAD
2018
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Pourcentage de variation, en volume (prix de 2012)
2 025.5 1 184.6 426.3 461.3 2 072.2 1.1 2 073.3 638.1 685.9 - 47.8
3.2 3.6 2.3 3.6 3.3 0.9 4.1 1.4 4.2 -1.0
2.0 2.1 3.0 1.2 2.1 -0.2 1.9 3.1 2.6 0.1
1.7 1.6 2.1 -0.4 1.3 0.1 1.4 1.3 0.6 0.2
-8.0 -8.8 1.1 -10.9 -7.1 -0.8 -7.9 -6.8 -6.9 0.2
3.9 5.7 2.3 4.9 4.8 0.0 4.8 6.9 8.9 -0.9
_ _
2.5 1.6
1.8 2.2
1.9 2.0
0.5 0.9
0.8 1.3
_ _ _ _ _
1.6 6.3 -0.1 95.2 -2.8
1.9 5.8 -0.4 93.8 -2.5
2.1 1.2 1.3 5.7 8.9 8.0 -0.3 -7.5 -2.6 94.5 103.7 104.8 -2.0 -3.1 -4.2
1. Contributions aux variations du PIB en volume, montant effectif pour la première colonne. 2. Indice des prix à la consommation hors alimentation et énergie. Source: Base de données des Perspectives économiques de l'OCDE, n° 107.
StatLink 2 https://doi.org/10.1787/888934137428
Les mesures de confinement sont entrées en vigueur entre le milieu et la fin du mois de mars. Les provinces et les territoires, ainsi que le gouvernement fédéral, ont joué un rôle majeur à cet égard. Les dispositions relatives à l’état d’urgence et d’autres mesures ont entraîné la fermeture des établissements scolaires, l’imposition de règles d’éloignement physique et des restrictions opérationnelles sur différents types d’activité, et les habitants ont reçu des conseils de santé publique leur enjoignant fermement de rester chez eux. La Saskatchewan a été la première province à annoncer un plan de réouverture (dont la mise en œuvre a commencé le 4 mai), et la réouverture est maintenant en cours sur l’ensemble du territoire.
La faiblesse des prix du pétrole est un choc supplémentaire pour l’économie Au Canada comme dans d’autres pays producteurs de produits de base, la crise du COVID-19 a provoqué deux chocs économiques : un impact direct dû aux mesures de confinement et un impact indirect qui s’est transmis par les marchés des produits de base. Confronté à la faiblesse des prix du pétrole et de la demande, le secteur canadien du schiste bitumineux a d’ores et déjà réduit sa production et des coupes claires dans les investissements sont à prévoir. Sur le marché des changes et le marché financier, la crise a provoqué dans un premier temps une dépréciation du taux de change d’environ 8 % vis-à-vis du dollar des États-Unis, et l’indice boursier principal, le S&P/TSX, a chuté d’environ un tiers entre la fin février et la mi-mars. Après ces réactions initiales des marchés, la reprise n’a été que partielle. L’ampleur de l’impact initial de la crise sur la production et l’emploi devient de plus en visible. Le produit intérieur brut réel s’est contracté de 7.2 % entre février et mars, le taux de chômage estimé à partir d’enquêtes a grimpé de 5.6 %
PERSPECTIVES ÉCONOMIQUES DE L'OCDE, VOLUME 2020, NUMÉRO°1 © OCDE 2020
192 en février à 13.7 % en mai, et les indices de confiance des ménages et des entreprises ont dégringolé. Depuis que les mesures de confinement commencent à s’assouplir, cependant, quelques indicateurs pointent des signes de reprise économique. Par exemple, l’outil Mobility Trends Reports d’Apple indique que les déplacements en voiture et à pied ont retrouvé des niveaux proches de ceux d’avant la crise.
Les pouvoirs publics ont réagi rapidement et massivement Le Canada a pris de nombreuses initiatives pour éviter la déstabilisation macroéconomique, stimuler la demande et soutenir les ménages et les entreprises. La Banque du Canada a abaissé son taux directeur de 150 points de base à 0.25 %. Elle a également fourni un appui en liquidité sous la forme d’une réduction de la Réserve pour stabilité intérieure et de l’instauration de conditions plus favorables sur le marché des opérations de prise de pension à plus d’un jour. Des opérations de bilan ont permis de soutenir les marchés des obligations d’État et des obligations hypothécaires. La banque centrale a également aidé les marchés qui exercent un rôle important dans le financement des administrations provinciales et des petites et moyennes entreprises. Les mesures adoptées à l’échelon fédéral représentent la majeure partie du soutien budgétaire en valeur monétaire. Les dépenses et les mesures fiscales de l’État fédéral qui ont un impact budgétaire direct sont estimées à 153 milliards CAD (soit environ 7 % du PIB). La Prestation canadienne d’urgence (PCU), destinée aux travailleurs qui ont subi une perte de revenus à cause du COVID-19, et la Subvention salariale d’urgence du Canada (SSUC), destinée aux employeurs, devraient absorber l’essentiel des dépenses budgétaires. Mise en place au début du mois d’avril, la PCU fournit un soutien de 500 CAD par semaine pendant un maximum de 16 semaines. La SSUC, opérationnelle depuis la mi-avril, offre aux employeurs une subvention couvrant jusqu’à 75 % des salaires de leurs employés pendant une période allant jusqu’à 3 mois, et qui leur est versée rétroactivement jusqu’à la mi-mars. Les autres aides de l’État fédéral comprennent des reports d’impôt, un renforcement du soutien aux familles via l’octroi de crédits d’impôt et de prestations pour enfant, ainsi que des garanties de prêt et des programmes de cofinancement pour les entreprises. Les gouvernements provinciaux ont mis en place des filets de sécurité supplémentaires pour les ménages. Par exemple, l’Ontario verse une prestation d’aide en cas d’urgence et l’Alberta a établi un paiement unique pour les personnes isolées. Les provinces aident également les travailleurs. Au Québec, par exemple, un programme temporaire offre une aide financière aux travailleurs qui ne sont pas admissibles à d’autres programmes. Les aides aux entreprises comprennent des reports de paiement des impôts prélevés par les provinces (par exemple en Ontario, en Alberta et en ColombieBritannique) et des reports de factures de services publics (par exemple en Colombie-Britannique).
Le redressement de la production et de l’emploi prendra du temps Pour les projections, on estime que pendant la période où elles étaient entièrement opérationnelles, les mesures de confinement ont mis à l’arrêt environ 20 % de l’activité économique. La contraction de l’activité dans des secteurs de services tels que le commerce de gros et de détail et la restauration et l’hôtellerie explique la majeure partie de la diminution de la production. La mise en veilleuse des industries manufacturières de matériel de transport a également joué un rôle, les grands constructeurs automobiles ayant pris la décision d’arrêter leur production temporairement. L’augmentation des transferts aux ménages et aux entreprises et la réduction du montant des impôts, conjuguées à l’appui monétaire et en liquidité, limiteront la gravité de la récession économique. Néanmoins, la phase initiale de la récession est aiguë ; les dépenses de consommation des ménages, les investissements des entreprises et la demande extérieure ont brutalement chuté. Le dispositif de subvention salariale limitera les pertes d’emploi, mais le taux de chômage augmentera fortement. La récession devrait modérer l’inflation des prix à la consommation. La reprise sera lente, en particulier si de PERSPECTIVES ÉCONOMIQUES DE L'OCDE, VOLUME 2020, NUMÉRO°1 © OCDE 2020
193 nouvelles flambées du virus imposent le rétablissement de mesures restrictives. D’ici la fin de la période de projection, ni la production ni l’emploi n’auront renoué avec leurs niveaux d’avant la crise, en particulier dans le scénario de deux chocs successifs. Le solde budgétaire se dégradera notablement en 2020, en particulier dans l’éventualité d’un second arrêt de l’activité. Les pertes de recettes compteront pour environ 40 % du creusement du déficit. Les soldes se redresseront partiellement en 2021 à la faveur d’un rebond des recettes fiscales et de l’arrêt des mesures de soutien temporaires. Les risques resteront élevés. Comme l’indique le scénario de deux chocs successifs, la survenue de nouvelles flambées de COVID-19 est une possibilité. Pour le Canada, la trajectoire future du prix et de la demande de pétrole est également une source majeure d’incertitude et de risque. Et dans ce pays comme ailleurs, une incertitude considérable entoure la rapidité à laquelle certains secteurs de services se relèveront. Le relèvement économique du Canada à l’issue de la crise du COVID-19 dépendra aussi largement de l’évolution de la situation aux États-Unis, notamment en ce qui concerne les facteurs de risque pandémique et économique, compte tenu des liens économiques étroits qui unissent les deux pays. Sur les marchés financiers, même si la crise de liquidité a jusqu’à présent été évitée, des risques demeurent. La crise a exacerbé les facteurs de vulnérabilité sur le marché des obligations d’entreprise et les risques associés à l’endettement élevé des ménages, imputable aux prêts immobiliers.
La politique économique doit maintenant stimuler la création d’emplois et la reprise Les autorités doivent assurer une planification d’urgence pour faire face à d’éventuelles répliques du COVID-19. Compte tenu de l’ampleur des aides déjà en place, il faut également s’assurer que ces mesures atteignent leurs objectifs. La vitesse à laquelle des dispositifs tels que la PCU et la SSUC ont été mis en œuvre, par exemple, entraîne des risques d’achoppement dans le traitement des demandes et d’effets secondaires indésirables. Les pouvoirs publics devront également veiller à combler les éventuelles lacunes de l’aide ; il est probable que l’augmentation du chômage aggravera les problèmes économiques et sociaux des groupes vulnérables, tels que les communautés autochtones. S’agissant de la politique à l’égard des entreprises, le choc subi par le secteur pétrolier offre l’occasion d’accélérer la transition verte en adoptant des mesures qui peuvent faciliter la réaffectation des ressources vers les régions et secteurs les plus durement touchés par le déclin des activités liées au pétrole. En attendant, à mesure que la situation s’améliorera, il y aura lieu de mettre fin aux mesures d’aide destinées aux entreprises, selon un calendrier soigneusement réfléchi. Plus spécifiquement, le maintien prolongé de la subvention salariale pourrait freiner la reprise si elle retarde le redémarrage des activités des entreprises. Bien que les effets économiques structurels à long terme du COVID-19 soient incertains, des travaux préliminaires sur les politiques seraient justifiés. Au Canada comme ailleurs, il est probable que le COVID19 laissera derrière lui une structure économique durablement transformée (qui pourrait nécessiter de développer les programmes de reconversion à l’intention des travailleurs ayant perdu leur emploi), ainsi que de nouvelles façons de travailler et de voyager pour le travail et les loisirs.
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