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Hongrie La pandémie de COVID-19 provoque de graves perturbations économiques en raison des fermetures intervenues dans le secteur manufacturier et dans de larges pans de celui des services, et d’un net recul du commerce international. L’activité économique devrait chuter de 10 % en 2020 si une autre poussée épidémique se produit dans le courant de l’année (scénario de deux chocs successifs), mais se redresser en 2021 à la faveur de la matérialisation de la demande contenue. Dans le scénario du choc unique, qui ne prévoit pas de résurgence de l’épidémie, le PIB devrait ressortir en retrait de 8 % et la reprise serait plus rapide. L’action des pouvoirs publics devrait progressivement s’éloigner des mesures temporaires destinées à préserver les entreprises existantes pour soutenir la demande et favoriser un redéploiement efficace des ressources lorsque la reprise s’installera. Outre les politiques actives du marché du travail mises en place par le gouvernement, la priorité devrait aller à un allongement de la durée d’indemnisation du chômage afin d’aider les chômeurs à effectuer la transition vers des emplois correspondant mieux à leur profil et de soutenir la demande pendant la reprise. La propagation du COVID-19 est contenue L’épidémie de COVID-19 a atteint la Hongrie de façon relativement tardive, les premiers cas n’ayant été signalés que début mars. La propagation du virus a été lente et des mesures strictes ont contribué à contenir le nombre de nouveaux cas, celui des décès étant désormais orienté à la baisse. Les capacités du système de santé ont été revues à la hausse rapidement, ce qui a aidé à garder le contrôle de la crise sanitaire.
Hongrie La trajectoire de la reprise est incertaine Indice T4 2019 = 100, c.v.s. 110
L'économie a été gravement perturbée
PIB réel
Solde, c.v.s. 75
Scénario du choc unique Scénario de deux chocs successifs
105
50
100
25
95 0 90 -25
85
Indice de confiance des consommateurs Indice de confiance des entreprises - Services
80 75
-50
Indice des directeurs d'achat - Secteur manufacturier¹
2019
2020
2021
0
0
2016
2017
2018
2019
-75
1. L'indice global des directeurs d'achat (PMI) est compris entre 0 et 100. Un indice PMI supérieur à 50 correspond à une hausse par rapport au mois précédent. Un chiffre inférieur à 50 correspond à une contraction, et un chiffre égal à 50 indique une absence de changement. Source: Base de données des Perspectives économiques de l'OCDE, n° 107; OCDE, base de données des Principaux indicateurs économiques; GKI; et Refinitiv. StatLink 2 https://doi.org/10.1787/888934139442
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Hongrie : Demande, production et prix (scénario de deux chocs successifs)
2016
Hongrie: scénario de deux chocs successifs PIB aux prix du marché Consommation privée Consommation publique Formation brute de capital fixe Demande intérieure finale Variation des stocks1
Prix courants milliards de HUF
35 896.3 17 876.6 7 227.3 7 058.4 32 162.3 593.8 32 756.1 31 284.3 28 144.1 3 140.2
Demande intérieure totale Exportations de biens et services Importations de biens et services Exportations nettes1 Pour mémoire Déflateur du PIB Indice des prix à la consommation IPC sous-jacent2 Taux de chômage (% de la population active) Solde financier des administrations publiques (% du PIB) Dette brute des administrations publiques (% du PIB) Dette brute des administrations publiques, définition Maastricht (% du PIB) Balance des opérations courantes (% du PIB)
2017
2018
2019
2020
2021
Pourcentage de variation, en volume (prix de 2015)
4.5 4.7 2.4 18.7 7.3 -1.8 5.2 6.9 8.2 -0.5
5.1 4.8 0.9 17.1 6.9 0.4 7.3 4.3 6.8 -1.7
4.9 5.1 1.7 15.3 7.1 -1.3 5.6 6.0 6.9 -0.4
-10.0 -8.8 2.3 -18.3 -9.4 0.3 -9.0 -8.1 -7.0 -1.2
1.5 3.8 1.0 -2.6 1.4 0.0 1.4 0.4 0.3 0.1
_ _ _ _ _ _
3.5 2.3 1.8 4.1 -2.5 94.1
4.5 2.9 2.1 3.7 -2.1 88.0
4.5 3.3 3.2 3.4 -2.0 84.5
2.7 2.5 3.5 1.8 2.9 1.8 6.9 6.2 -9.9 -9.0 98.9 105.2
_
72.9
70.2
66.3
77.9
81.7
_
2.3
0.0
-0.9
-1.3
-1.3
1. Contributions aux variations du PIB en volume, montant effectif pour la première colonne. 2. Indice des prix à la consommation hors alimentation et énergie. Source: Base de données des Perspectives économiques de l'OCDE, n° 107.
StatLink 2 https://doi.org/10.1787/888934137903
Le gouvernement a introduit des restrictions dans certaines parties de l’économie le 29 mars afin de lutter contre le virus. Par conséquent, de larges pans du secteur des services sont restés fermés en avril. De plus, le secteur manufacturier a en grande partie cessé ou ralenti sa production sur fond de fléchissement de la demande étrangère. Une loi d’urgence, qui restera en vigueur jusqu’au 20 juin, permet au gouvernement de légiférer par décret pour faire face à la crise. Le gouvernement a introduit des mesures d’un montant de 223 milliards HUF pour lutter contre la crise et annoncé la création d’un Fonds de prévention épidémique doté de 663 milliards HUF pour accroître les capacités sanitaires. Le gouvernement a assoupli les restrictions le 4 mai, en commençant par une ouverture progressive des magasins de détail non essentiels, des restaurants et du secteur du tourisme.
L’économie a été frappée de plein fouet Les indicateurs à court terme montrent que l’activité économique ralentissait déjà avant sa mise à l’arrêt. La confiance des entreprises et des consommateurs s’est détériorée dans des proportions sans précédent en avril, avant de se raffermir en mai à la faveur de l’assouplissement des restrictions. Le nombre de demandeurs d’emploi déclarés s’est envolé de 26.5 % en avril par rapport au même mois de 2019. Le rendement des obligations de l’État hongrois à 10 ans a été très instable en mars et en avril, avant de se stabiliser aux alentours de 2 % en mai. Le forint s’est fortement déprécié par rapport à l’euro au début du
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Hongrie : Demande, production et prix (scénario du choc unique)
2016
Hongrie: scénario du choc unique PIB aux prix du marché Consommation privée Consommation publique Formation brute de capital fixe Demande intérieure finale Variation des stocks1 Demande intérieure totale Exportations de biens et services Importations de biens et services Exportations nettes1 Pour mémoire Déflateur du PIB Indice des prix à la consommation IPC sous-jacent2 Taux de chômage (% de la population active) Solde financier des administrations publiques (% du PIB) Dette brute des administrations publiques (% du PIB) Dette brute des administrations publiques, définition Maastricht (% du PIB) Balance des opérations courantes (% du PIB)
Prix courants milliards de HUF
35 896.3 17 876.6 7 227.3 7 058.4 32 162.3 593.8 32 756.1 31 284.3 28 144.1 3 140.2
2017
2018
2019
2020
2021
Pourcentage de variation, en volume (prix de 2015)
4.5 4.7 2.4 18.7 7.3 -1.8 5.2 6.9 8.2 -0.5
5.1 4.8 0.9 17.1 6.9 0.4 7.3 4.3 6.8 -1.7
4.9 5.1 1.7 15.3 7.1 -1.3 5.6 6.0 6.9 -0.4
-8.0 -6.4 2.3 -15.8 -7.5 0.3 -7.0 -6.9 -5.8 -1.1
4.6 5.0 1.0 3.8 3.7 0.0 3.8 3.6 2.7 0.9
_ _ _ _ _ _
3.5 2.3 1.8 4.1 -2.5 94.1
4.5 2.9 2.1 3.7 -2.1 88.0
4.5 3.3 3.2 3.4 -2.0 84.5
2.8 3.5 2.6 6.3 -8.8 96.4
2.7 2.1 2.7 4.9 -7.3 99.2
_
72.9
70.2
66.3
76.2
77.5
_
2.3
0.0
-0.9
-1.2
-0.4
1. Contributions aux variations du PIB en volume, montant effectif pour la première colonne. 2. Indice des prix à la consommation hors alimentation et énergie. Source: Base de données des Perspectives économiques de l'OCDE, n° 107.
StatLink 2 https://doi.org/10.1787/888934137922
mois d’avril, à l’instar des autres monnaies d’Europe centrale, et s’est en partie redressé depuis. Les estimations sectorielles de référence de l’OCDE font état d’une perte de production initiale de plus d’un quart en avril. Le secteur automobile, qui représente près d’un tiers de la production manufacturière, a particulièrement souffert, la production s’étant arrêtée lorsque les chaînes d’approvisionnement internationales ont subi des perturbations et que la demande s’est effondrée. Les groupes automobiles ont redémarré leur production fin avril, à des niveaux de capacité inférieurs. Le secteur du tourisme et ses secteurs annexes, qui comptent une forte proportion de petites entreprises et emploient 10 % de la main-d’œuvre, ont été durement touchés, notamment les hôtels et les services d’accueil.
Les pouvoirs publics sont intervenus rapidement pour soutenir l’activité Le gouvernement est intervenu rapidement pour soutenir l’activité et met actuellement en place des mesures budgétaires représentant 4.4 % du PIB, notamment des subventions salariales et des aides à l’investissement, un report du paiement des impôts et des réductions des cotisations de sécurité sociale patronales. De plus, un moratoire de 3 600 milliards HUF sur les remboursements de prêts permet un allégement des dettes jusqu’à la fin 2020. Au total, 2 500 milliards HUF (5.4 % du PIB) ont été mis à la disposition des entreprises en difficultés sous forme de prêts publics et de garanties de l’État. La banque centrale a lancé un programme de rachat d’obligations de 1 300 milliards HUF (2.7 % du PIB). Elle a laissé ses taux directeurs inchangés, à 0.9 %, tout en développant l’outil de politique monétaire mis en place en PERSPECTIVES ÉCONOMIQUES DE L'OCDE, VOLUME 2020, NUMÉRO°1 © OCDE 2020
250 introduisant un nouvel appel d’offres pour une facilité de dépôt assortie d’un taux d’intérêt de 0.9 %, contre -0.05 % pour les dépôts au jour le jour, afin d’enrayer la dépréciation du forint. La banque centrale injecte aussi 1 500 milliards HUF (3.2 % du PIB) de prêts publics et de garanties de l’État, dont 1 000 milliards HUF dans le cadre du nouveau « Financement du plan de croissance Go ». Les mesures budgétaires destinées à soutenir les salaires des travailleurs en chômage technique permettront de limiter le chômage.
La croissance devrait reprendre des couleurs, mais les perspectives demeurent incertaines Dans le scénario de deux chocs successifs, le PIB fléchira de 10 % en 2020. Il devrait remonter à 1.5 % en 2021, une matérialisation de la demande contenue étant attendue lors de l’assouplissement des restrictions. Puisque le rétablissement des chaînes d’approvisionnement internationales n’ira pas sans mal, l’économie sera confrontée à d’importantes ressources sous-utilisées d’ici la fin 2021. Dans le scénario du choc unique, l’activité économique devrait reculer de 8 % en 2020 puis progresser de 4.6 % en 2021. Un rebond marqué est prévu pour les investissements, ces derniers étant portés par une augmentation des capitaux provenant des Fonds européens et nationaux. Pour les deux scénarios, le principal risque de divergence à la baisse consiste en une prolongation des périodes de confinement et en une scarification plus durable de l’économie due à un chômage élevé et à des fermetures d’entreprises. Une forte contraction du secteur automobile mondial serait grandement préjudiciable à la Hongrie compte tenu de la dépendance de son économie envers ce secteur. Les risques d’inefficacité de l’allocation du facteur travail s’accentuent, la brièveté de la durée d’indemnisation du chômage pouvant inciter les demandeurs d’emploi à accepter des postes moins qualifiés. La Hongrie bénéficie dans une large mesure des Fonds de l’Union européenne, mais la question de savoir si ces fonds peuvent être activés suffisamment vite pour permettre des investissements suscite des préoccupations. Parmi les risques de divergence à la hausse figure un redémarrage plus rapide que prévu des chaînes d’approvisionnement internationales, ce qui favoriserait une reprise plus rapide de la production.
Des efforts supplémentaires s’imposent pour inscrire la reprise dans la durée Les pouvoirs publics devraient veiller à retirer les mesures de soutien en temps voulu dès lors que la reprise s’amorcera. Cela concerne en particulier les prêts publics et les garanties de l’État, afin d’éviter de soutenir des entreprises qui ne sont pas viables et de faire en sorte que les ressources soient redéployées vers les plus rentables. L’accélération des procédures de règlement des différends qui facilitent les restructurations d’entreprises contribuera aussi grandement à ce redéploiement. Pour éviter que des entreprises solvables par ailleurs ne fassent faillite, le gouvernement devrait s’assurer que les dispositifs de prêts existants sont accessibles à toutes les entreprises, et en particulier aux PME dont les fonds propres sont insuffisants. De plus, l’action publique devrait délaisser progressivement les mesures temporaires pour soutenir la demande. En particulier, le nouveau programme de chômage partiel devrait couvrir les salariés dépourvus de contrat classique, comme les intérimaires. L’allongement de la durée d’indemnisation du chômage devrait constituer une priorité pour soutenir les revenus et favoriser la mobilité professionnelle.
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