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Mexique En 2020, la pandémie va plonger le pays dans une grave récession générée par la contraction économique mondiale, l’effondrement du tourisme, la baisse des prix du pétrole et les nécessaires mesures de confinement prises à l’échelle nationale. Le PIB chuterait de 8.6 % en 2020 en cas de résurgence de la maladie en fin d’année (scénario de deux chocs successifs). En l’absence d’autres épisodes de contamination (scénario du choc unique), il se contracterait de 7.5 % et se redresserait au second semestre de l’année grâce aux exportations et à la consommation. Dans les deux scénarios, le PIB restera inférieur à son montant à la fin de 2019, car il faudra un certain temps pour que le tourisme et les exportations reviennent à leurs niveaux antérieurs à la pandémie. Les personnes pauvres et vulnérables, notamment les travailleurs du secteur informel, seront particulièrement touchés par la récession. Le Mexique a mis en œuvre un large éventail de mesures budgétaires, financières et monétaires pour lutter contre la crise. L’espace budgétaire est limité, mais, compte tenu de la sévérité de la récession, il est justifié de prendre de nouvelles dispositions pour atténuer les difficultés et renforcer la reprise. Elles devront apporter aux travailleurs touchés, à la fois dans les secteurs formel et informel, une aide au revenu et éviter la disparition d’entreprises viables. Il sera essentiel d’encourager l’investissement privé pour susciter une reprise créatrice de nombreux emplois, ce qui exigera de réduire les pesanteurs réglementaires et l’incertitude. Mexique Fin 2021, le PIB n’aura pas retrouvé son niveau d'avant la crise Indice T4 2019 = 100, c.v.s. 110 105
L’exposition à la baisse du tourisme est élevée¹
PIB réel
% 20
Scénario du choc unique
% du PIB
Scénario de deux chocs successifs
% de l’emploi
15 100 95
10
90 5 85 80
2019
2020
2021
0
0
OCDE
MEX
0
1. Les données correspondent à la part du secteur du tourisme dans le total du PIB et de l’emploi. Source: Base de données des Perspectives économiques de l'OCDE, n° 107 ; et Conseil mondial du voyage et du tourisme. StatLink 2 https://doi.org/10.1787/888934139746
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Mexique : demande, production et prix (scénario de deux chocs successifs) 2016
Mexique: scénario de deux chocs successifs PIB aux prix du marché Consommation privée Consommation publique Formation brute de capital fixe Demande intérieure finale Variation des stocks1 Demande intérieure totale Exportations de biens et services Importations de biens et services Exportations nettes1 Pour mémoire Déflateur du PIB Indice des prix à la consommation IPC sous-jacent2 Taux de chômage3 (% de la population active) Balance des opérations courantes (% du PIB)
2017
2018
2019
2020
2021
Prix courants milliards de MXN
Pourcentage de variation, en volume (prix de 2013)
20 118.1 13 188.7 2 417.6 4 612.4 20 218.7 296.6 20 515.3 7 456.4 7 853.6 - 397.2
2.1 3.2 0.7 -1.6 1.8 0.0 1.7 4.2 6.4 -0.8
2.1 2.3 3.0 0.9 2.1 -0.1 1.9 5.9 5.9 0.0
-0.1 0.6 -1.5 -4.9 -0.9 -0.2 -1.2 1.1 -1.1 0.8
-8.6 -8.3 2.3 -14.5 -8.3 0.1 -8.3 -9.2 -7.4 -0.7
2.0 1.6 1.8 3.0 1.9 0.0 1.9 2.3 2.0 0.1
6.7 6.0 4.7 3.4 -1.8
5.0 4.9 3.8 3.3 -2.1
3.3 3.6 3.7 3.5 -0.3
2.0 2.6 2.8 6.3 -0.1
2.4 2.4 2.4 6.0 -0.2
_ _ _ _ _
1. Contributions aux variations du PIB en volume, montant effectif pour la première colonne. 2. Indice de prix à la consommation à l’exclusion des produits volatils : agriculture, énergie et tarifications approuvées par les différents niveaux gouvernementaux. 3. Données établies sur la base de l'enquête nationale sur l'emploi. Source: Base de données des Perspectives économiques de l'OCDE, n° 107.
StatLink 2 https://doi.org/10.1787/888934138359
Sur fond de pandémie généralisée, les capacités du système de santé ont été renforcées Au Mexique, les premiers cas de contamination au COVID-19 ont été recensés le 28 février. La maladie s’est rapidement propagée à tout le pays et des cas ont été signalés à de nombreux endroits après mi-avril. La ville de Mexico, l’État de Mexico et la Basse Californie comptent près de la moitié des cas confirmés, mais les 32 États ont rapporté des cas positifs. Les inégalités régionales en matière de qualité des soins de santé et d’accès sont importantes. La forte prévalence de l’obésité et du diabète est un autre facteur de vulnérabilité, alors que le profil relativement jeune de la population constitue un facteur positif. Les autorités ont pris des mesures pour enrayer l’épidémie, notamment en déclarant l’état d’urgence et en ordonnant des quarantaines volontaires et la fermeture des écoles, des administrations et de la plupart des espaces publics. Le gouvernement fédéral a durci progressivement le dispositif de distanciation sociale au fur et à mesure de l’évolution de la pandémie. Plusieurs États ont appliqué un confinement plus précoce et strict. La reconversion d’infrastructures publiques et privées en hôpitaux, le recrutement de personnel soignant supplémentaire et la collaboration avec les cliniques privées ont contribué à renforcer les capacités du système de santé. L’établissement de ponts aériens avec la Chine et les États-Unis a permis au Mexique d’obtenir du matériel et des équipements médicaux supplémentaires.
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Mexique : demande, production et prix (scénario du choc unique) 2016
Mexique: scénario du choc unique PIB aux prix du marché Consommation privée Consommation publique Formation brute de capital fixe Demande intérieure finale Variation des stocks1 Demande intérieure totale Exportations de biens et services Importations de biens et services Exportations nettes1 Pour mémoire Déflateur du PIB Indice des prix à la consommation IPC sous-jacent2 Taux de chômage3 (% de la population active) Balance des opérations courantes (% du PIB)
2017
2018
2019
2020
2021
Prix courants milliards de MXN
Pourcentage de variation, en volume (prix de 2013)
20 118.1 13 188.7 2 417.6 4 612.4 20 218.7 296.6 20 515.3 7 456.4 7 853.6 - 397.2
2.1 3.2 0.7 -1.6 1.8 0.0 1.7 4.2 6.4 -0.8
2.1 2.3 3.0 0.9 2.1 -0.1 1.9 5.9 5.9 0.0
-0.1 0.6 -1.5 -4.9 -0.9 -0.2 -1.2 1.1 -1.1 0.8
-7.5 -7.2 2.3 -13.2 -7.3 0.1 -7.3 -8.0 -6.3 -0.6
3.0 2.6 1.8 4.5 2.9 0.0 2.9 4.7 4.4 0.1
6.7 6.0 4.7 3.4 -1.8
5.0 4.9 3.8 3.3 -2.1
3.3 3.6 3.7 3.5 -0.3
2.1 2.7 2.9 6.0 -0.1
2.6 2.8 2.8 5.8 -0.2
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1. Contributions aux variations du PIB en volume, montant effectif pour la première colonne. 2. Indice de prix à la consommation à l’exclusion des produits volatils : agriculture, énergie et tarifications approuvées par les différents niveaux gouvernementaux. 3. Données établies sur la base de l'enquête nationale sur l'emploi. Source: Base de données des Perspectives économiques de l'OCDE, n° 107.
StatLink 2 https://doi.org/10.1787/888934138378
Le pays connaît une forte récession Les mesures d’endiguement nécessaires, conjuguées au fléchissement de l’activité mondiale et au recul des prix du pétrole, ont eu une incidence délétère sur l’économie qui s’est fortement contractée au premier trimestre. Les conséquences de la pandémie s’aggravent au deuxième trimestre. Plus de 500 000 emplois du secteur formel ont été perdus en avril, soit plus que tous ceux qui avaient été créés l’an dernier. Les recettes touristiques se sont effondrées, car la récession et les restrictions aux voyages dans les principaux pays d’origine des touristes ont réduit les déplacements. Selon des estimations de l’OCDE, l’activité économique aurait reculé d’environ 30 % pendant le confinement, sur la base de certaines hypothèses illustratives. Le Mexique a aussi souffert de l’ajustement des portefeuilles d’investisseurs en faveur d’actifs sûrs et de la réduction sans précédent de la détention d’actifs de pays émergents par des investisseurs internationaux. Le peso s’est fortement déprécié au début de la crise, à l’instar d’autres monnaies des pays émergents. La solidité du cadre de la politique économique a permis d’absorber la hausse de la demande de devises. Les réserves de change restent importantes puisqu’elles représentent plus du double des besoins de financement extérieurs bruts annuels du Mexique, dette extérieure à court terme comprise.
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Un large éventail de mesures budgétaires, monétaires et financières a été mis en œuvre La politique appliquée a visé, comme il convient, à réduire les dommages économiques et sociaux à long terme. Outre la hausse des dépenses de santé, on peut citer comme principales décisions budgétaires le versement anticipé de pensions de retraite et d’invalidité ainsi que la prise en charge, par l’établissement public de crédit au logement, de trois mois de dette des travailleurs. Entre autres actions, le gouvernement a annoncé des prêts supplémentaires aux petites entreprises qui n’ont ni licencié ni réduit les salaires depuis le début de l’épidémie (0.1 % du PIB) et un nouveau soutien à leur trésorerie par l’intermédiaire des banques de développement locales (0.2 % du PIB). Des lignes de crédit réservées au secteur informel, qui représente 55 % de l’emploi au Mexique, ont aussi été mises en place (0.1 % du PIB). Ces mesures budgétaires, d’un montant moindre que dans la plupart des pays de l’OCDE, sont judicieuses. Par ailleurs, le taux d’intérêt directeur a été réduit de 175 points de base depuis la fin 2019 et ramené à 5.5 %. La banque centrale a annoncé d’autres actions destinées à assurer un fonctionnement ordonné des marchés financiers, à renforcer les canaux du crédit et à fournir de la liquidité, tant en devises qu’en monnaie nationale. Le taux de change flexible aide l’économie à absorber les chocs.
La récession va être forte L’économie mexicaine va être durement touchée par la pandémie, parce qu’elle est très ouverte et exposée aux échanges, au tourisme, aux chaînes d’approvisionnement mondiales, aux prix du pétrole et aux envois de fonds des travailleurs émigrés. Dans les deux scénarios, la reprise sera progressive et partielle d’ici la fin de 2021. Les projections supposent que les mesures de confinement seront levées graduellement à partir de la fin mai, avec des différences entre les États en fonction de la dynamique de la contagion. Dans le scénario de deux chocs successifs, ces mesures devront être rétablies, la récession sera plus marquée et le redressement moindre. Le taux de chômage s’élèvera à un pic historique supérieur à 7 % en 2020 et ne fléchira que progressivement ensuite. Le secteur informel devrait augmenter sensiblement. Dans le scénario du choc unique, la reprise sera plus ferme en 2021. Dans les deux scénarios, la chute du PIB nominal, la dépréciation du peso et la baisse des recettes publiques feront passer la mesure officielle de la dette publique à plus de 55 % du PIB. Le principal risque de dégradation par rapport aux prévisions réside dans une contraction plus forte que prévu et une reprise plus lente qu’anticipé aux États-Unis. À l’inverse, les exportations pourraient être plus importantes, le nouvel accord commercial avec les États-Unis et le Canada devant entrer en vigueur en milieu d’année.
Il existe une marge d’adoption de nouvelles mesures budgétaires et monétaires À court terme, la priorité absolue doit rester la lutte contre l’épidémie de COVID-19. Il est surtout important de renforcer les capacités de dépistage et de traçage ainsi que continuer à préparer le système de santé à une hausse de la demande de soins. Les mesures budgétaires et monétaires prises ont permis de limiter les dommages économiques à long terme. Toutefois, compte tenu de l’ampleur de la récession, des mesures supplémentaires se justifient. Sur le plan budgétaire, la prudence récente donne une certaine marge pour de nouvelles actions qui pourraient prendre la forme d’une aide au revenu, destinée aux travailleurs des secteurs formel et informel ayant perdu leur emploi ou subi une perte de revenu significative, et d’un renforcement du dispositif d’assurance chômage. Certains États ont accordé aux PME une réduction temporaire des cotisations sociales qui pourrait être complétée à l’échelon fédéral. La crédibilité du cadre de politique monétaire contribue à absorber le choc extérieur et à atténuer le déséquilibre des paiements courants. Il est aussi possible de réduire encore le taux d’intérêt directeur pour soutenir la reprise.
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