10 du mat n°17 mardi 16 février 16

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CHACUN SA ROUTE

PROMOTION 2015 / 2016

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ISCPA

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J3 - MARDI 16 FEVRIER 2016 N°17

Actualité, analyse et dérision, tout sur les religions à Lyon

CHACUN SON CHEMIN

Une mosquée féministe ouvre au Danemark p.3

@le10duMat

Portrait du prêtre rockeur p.6

Le bouddhisme kadampa p.7

www.10dumat.iscpalyon.com


Actualité

Le monde des religions

EDITO

Arnaud Bastion

Rédacteur en chef

Résurrection

A

près cinq semaines de voyage quotidien à travers le vaste univers religieux, l’équipe du 10dumat atteint l’avant dernière étape de son pèlerinage. Le pèlerinage, dossier de cet ultime opus que vous tenez entre vos mains. Nous avons abordé jusquelà toutes sortes de sujets relatifs à la religion et aux religions. De l’inégalité homme-femme à l’éducation, en passant par l’économie du halal et la laïcité, nous avons tenté d’apporter un éclairage particulier sur des thèmes pas toujours simples à appréhender. Il s’agit du dernier grand voyage de notre « quotidien sans mauvaise foi ». Comme une mort qui annonce la « résurrection » du 10dumat par l’intermédiaire d’un format long. Le temps est venu de mettre un terme à l’aventure quotidienne. La rédaction s’attèlera à un nouveau « chemin de croix », celui du magazine. Pour nous plonger en profondeur, dans la confection d’un format plus complet et plus élaboré que jamais. Ce 10dumat version mag’ sera notre Saint Graal, comme l’aboutissement du travail fourni par toute la rédaction depuis le début de l’aventure. Ce sera la destination finale de notre pèlerinage dans lequel nous espérons gagner la rédemption.

Pour réagir et approfondir la lecture www.10dumat.iscpalyon.com 10dumat@iscpalyon.net

Directrice de la publication Isabelle Dumas

Directrice de la rédaction Frédéric Poignard

Rédacteur en chef Arnaud Bastion

Rédacteurs

David Hernandez, Lilian Gaubert, Laura Turc, Florentin Perrier, Maxime Feuillet, Leo Roynette, Léa Masseguin, Charline Bakowski, Hugo Borrel, Charlène Ravella, Pierre-Antoine Barut, Arnaud Bastion, Johanne-Eva Desvages, Paul Dalas, Stéphane Monier, Morgan Couturier.

Pas vu pas pris

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’est une information révélée par le quotidien britannique The Guardian, samedi dernier. Par le biais d’un document publié par le Vatican, l’Eglise catholique explique que les nouveaux évêques ne sont pas nécessairement dans l’obligation de dénoncer à la police les cas de pédophilie commis par les prêtres. Cette dernière souhaite en effet laisser le rôle de «  dénonciateur  » aux victimes et à leur propre famille. Le texte précise  : «  En fonction des lois de chaque pays, où la dénonciation peut être obligatoire, les évêques n’ont pas nécessairement le devoir de dénoncer les suspects aux autorités (…) lorsqu’ils sont informés de crimes ou d’actes constitutifs de pêchés.  » Une prise de position qui tranche dans le vif avec la récente déclaration du pape François sur le sujet . Il avait déclaré que «  tout devait être mis en œuvre pour débarrasser l’Eglise du fléau des abus sexuels ».

Une plainte contre le cardinal Barbarin ?

L

e 4 janvier dernier, dans un entretien accordé au quotidien La Croix, le cardinal Barbarin avait avoué avoir été mis au courant, entre 2007 et 2008, des agissements du prêtre Preynat, mis en examen la semaine passée pour agressions sexuelles sur de jeunes scouts entre 1986 et 1991. À la suite de cette interview, l’association La Parole libérée, qui regroupe les victimes du père Preynat, souhaiterait porter plainte contre l’archevêque lyonnais pour non-dénonciation d’actes sexuels sur mineurs. Pour François Devaux, président de l’association : «  Nous porterons plainte pour non-dénonciation de faits de pédophilie en fin de semaine prochaine ou début de semaine suivante.  »

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Le pape rend visite aux indigènes

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imanche, alors qu’il est en visite au Mexique depuis le 12 février dernier, le pape François s’est rendu dans l’extrême sud du pays. Il s’agit du Chiapas, l’un des États les plus défavorisés et le moins catholique du pays (seulement 58% des habitants se déclarent de cette obédience). Le pape a célébré une messe avec les communautés indigènes afin d’exprimer sa sollicitude envers leur culture et envers les immigrants qui risque leur vie pour rejoindre les Etats-Unis. Point important, pour la première fois, des textes liturgiques et des messes ont été prononcés en langues indigènes, le tzeltal, le tzotzil et le chol !

C’est le nombre de quotidiens sur l’actualité religieuse publiés par l’équipe du 10dumat. En ce jour de dernier numéro, toute l’équipe de la rédaction du journal espère vous avoir éclairés, avoir répondu à votre demande et aussi vous avoir fait passer du bon temps à lecture de notre journal  !

Plusieurs mosquées à travers le monde sont réservées aux femmes. © Wikimédia

Danemark : le féminisme islamique jusque dans les mosquées La première mosquée scandinave dirigée par une femme et destinée aux musulmanes a ouvert ses portes en fin de semaine à Copenhague, capitale du Danemark. Une initiative féministe pas si libérale qu’il n’y paraît.

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ariam est une mosquée à visée résolument féministe. Sa fondatrice, Sherin Khankan, est une islamologue et une intellectuelle connue au Danemark. Danoise d’origine syrienne par son père musulman et finlandaise par sa mère chrétienne, Sherin Khankan est l’investigatrice d’une initiative ambitieuse : l’ouverture de la première mosquée réservée aux femmes à Copenhague. Porté par l’organisation Femimam, ce lieu unique en Europe accueillera des imams exclusivement féminins et la prière du vendredi sera réservée aux musulmanes. La mosquée devrait s’organiser autour d’un comité de douze personnes, dont six femmes. Le lieu de culte implique déjà deux imams femmes bénévoles, tandis que Shenrin Khakan s’apprête à en recruter huit nouvelles. Quant aux activités, elles seront ouvertes à tous. Cette mosquée n’est pas le seul à travers le monde : il en existe des semblables en Allemagne, au Canada, en Afrique du sud ou aux Etats-Unis. Ces mosquées féministes ont pour but de remettre en question « les structures patriarcales dans nos institutions religieuses. Pas seulement dans l’islam, mais aussi le judaïsme, le christianisme et d’autres religions », comme l’a expliqué la nouvelle dirigeante du site à l’AFP.

« Cette initiative crée un faux débat » Shenrin Khakan, auteure et habituée des médias danois, affirme que les réactions de la com-

munauté musulmane ont été majoritairement positives, ne rencontrant « aucune menace quelle qu’elle soit », seulement quelques critiques « modérées ». Pourtant, Hacène Taibi, enseignant à la Grande mosquée de Lyon, à l’instar des imams danois, s’interroge sur la nécessité d’un tel lieu : «  Cette initiative peut créer un faux débat car l’islam autorise bien la mixité à la mosquée. La seule chose que le

« Ce n’est pas l’esprit de l’islam » prophète n’autorise pas, c’est le contact physique entre des hommes et des femmes lors des prières de groupe. Or, pendant la prosternation nous sommes amenés à toucher les pieds de nos voisins. » L’enseignant explique donc qu’il est possible que les femmes et les hommes partagent la même salle lors des prières, tant qu’ils se scindent en groupe : « Cette initiative peut faire penser que c’est l’islam qui interdit la mixité, alors que ce n’est pas vrai. Autour de la Kabaa par exemple, lors d’un pèlerinage à La Mecque, les hommes comme les femmes sont autorisés à prier. » Ce genre de projet « radical », excluant les hommes, n’est pas la réponse à une libéralisation de la religion, mais plutôt l’aboutisse-

ment d’un nouveau concept qu’est le féminisme islamique : « Ce n’est pas l’esprit de l’islam, rappelle Hacène Taibi. Le prophète interdit à ses compagnons d’interdire à leurs femmes de se rendre à la mosquée, malgré toutes les excuses qu’ils peuvent inventer. » Il n’est pas rare que les femmes revendiquent un espace à elles toutes seules dans les mosquées. À Lyon, par exemple, la Grande mosquée a installé une mezzanine cernée d’une balustrade transparente pour que les femmes puissent se retrouver et patienter entre les différentes prières. À Paris, c’est un rideau. Dans plusieurs mosquées, les femmes organisent même des séances de sport entre elles. « Créer des créneaux horaires dédiés aux femmes, pourquoi pas, mais une mosquée entière, cela pose de véritables questions sur leurs motivations. » Quant à la présence d’imams féminins, Shenrin Khankan répond à ses quelques détracteurs en invoquant « une tradition islamique permettant depuis longtemps aux femmes d’être imams ». Mais pour Hacène Taibi, ce n’est pas une révolution : « Le prophète dit qu’une femme ne peut pas diriger la prière pour des hommes, mais en aucun cas les écoles musulmanes interdisent aux femmes de la pratiquer entre elles. » Une initiative féministe en apparence libérale, mais qu’en serait-il si, inversement, une mosquée réservait explicitement son entrée aux hommes ?

Charlène Ravella

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Les pèlerins, arrivés à la fin de leur voyage spirituel, se recueillent en masse. © Flickr CC

Le dossier

Tous les chemins mènent à la foi Toutes religions confondues, le pèlerinage représente souvent l’apothéose d’une vie religieuse où le croyant marche sur les pas de Dieu. Cet épanouissement personnel, obligatoire ou volontaire, n’a d’autre destination que la Terre Sainte, dernière halte avant les portes du paradis. Hugo Borrel

Axel Poulain

• Un des cinq piliers de l’islam

«

C’est un devoir envers Allah pour les gens qui ont les moyens d’aller en pèlerinage à la Maison »  : la Sourate 3, V.97 du Coran donne le ton. Dans la religion musulmane, le pèlerinage à la Mecque (hajj) constitue l’un des cinq piliers de l’islam, avec la profession de foi (chahada), les cinq prières (salat), l’impôt annuel (zakat), le jeûne du Ramadan (saoum). D’après Azzedine Gaci, recteur de la mosquée de Villeurbanne : « Ce grand pèlerinage est obligatoire au moins une fois dans la vie, pour ceux qui ont la capacité physique et financière. Les personnes malades sont exemptées. » Pour pouvoir effectuer ce voyage spirituel, il faut, outre de bons moyens matériels et physiques, être musulman, sain d’esprit et pubère. À titre informatif, la Mecque est la destination finale du hajj, symbole d’adoration du Dieu. Elle représente le lieu sacré le plus conséquent du monde musulman. Lors de la prière, les fidèles s’y tournent cinq fois

Maxime Feuillet

Morgan Couturier

par jour. Pour justifier le sens de ce voyage, perçu comme une quête spirituelle, Azzedine Gaci déclare : « Fondamentalement, le but du pèlerinage dans l’islam, c’est la rencontre de Dieu, selon les musulmans qui le vivent. La station d’Arafat (à l’est de la Mecque), que l’on appelle aussi le mont de la miséricorde, est la petite colline où Allah descend du ciel, invoqué pour la demande de pardon. » Des propos confirmés par le Coran, avec le prophète Muhammad : « Les Pèlerins et ceux qui accomplissent la Oumra sont les hôtes d’Allah : s’ils l’Invoquent, Il leur répond et s’ils implorent Son Pardon, Il le leur accorde » (rapporté par Ibn Mâjjah). Toutefois, contrairement au grand pèlerinage, le hajj, lequel s’effectue uniquement lors du 12e et dernier mois musulman (dhoul-hijja), il est également possible d’effectuer un « petit pèlerinage » (Oumra). Celui-là se distingue temporellement, puisqu’il n’a pas de réelles contraintes, pouvant être fait à n’importe quel moment de l’année. Pour d’autres religions cependant, le pèlerinage connaît une identité propre.

de repère dans la vie », détaille François Cristin. Le directeur diocésain des pèlerinages a participé à de nombreux voyages religieux de ce type. Pour ce prêtre : « Participer à un pèlerinage, c’est vivre une démarche de découverte. À la fois un temps fort de prière et un temps fort de célébration. On repart heureux d’avoir vécu une expérience comme celle-ci, et souvent, on a l’envie de vivre différemment après ça. Pour certains, cela peut même aller jusqu’aux démarches de conversion. » Le père Cristin avoue avoir connu plusieurs cas de pèlerins dubitatifs sur le sens de leur voyage au départ de leur marche et qui en ressortaient transformés. Il poursuit : « Il n’y a pas de profil type de pèlerins. Certains sont déjà convaincus par la religion, d’autres sont uniquement là pour accompagner leur mari ou leur épouse. Mais pour vivre vraiment cette expérience, il faut avoir la volonté de mettre ses pas dans ceux de Jésus, St-Pierre, St-Paul ou St-Jacques. » Certains décident, quant à eux, de suivre cet itinéraire en groupe pour vivre une expérience collective. Les rencontres le long de la route sont alors parfois plus simples. « Sur le chemin du pèlerinage, on rencontre d’autres gens et il y a obligatoirement partage, parfois même partage de foi », affirme François Cristin. Auparavant pratiqué uniquement par les catholiques, le pèlerinage attire aujourd’hui toute sorte de randonneurs. C’est le cas d’Isabelle,

51 ans, qui marche par étapes sur le chemin de Compostelle : « Je ne le fais pas dans le sens religieux mais plutôt pour l’aspect personnel. Je considère cela plus comme une marche. Il y a une sorte d’attirance pour ce chemin », nous confie-t-elle. Isabelle admet tout de même que ce parcours dégage « quelque chose de spirituel ». Au-delà du périple, c’est aussi une occasion pour les participants de se rencontrer et d’échanger : « C’est plutôt sympa. Il y a un esprit très particulier qu’on ne retrouve nulle part ailleurs », conclut-elle.

• Pas de pèlerinage officiel pour le judaïsme À l’exercice du pèlerinage, le peuple juif n’a plus été contraint depuis la destruction du temple de Jérusalem en l’an 70. Malgré tout, un certain nombre de fidèles réalise des pèlerinages de son propre chef. « Nous considérons que visiter le pays d’Israël, que nous qualifions de terre sainte renvoie à réaliser un pèlerinage », confie Richard Wertenschlag, grand rabbin de Lyon. Dans la même idée, de nombreux fidèles se rendent à Jérusalem, qualifiée de ville sainte, et par extension à l’endroit le plus saint de la ville à savoir l’emplacement du temple symbolisé par le Mur des Lamentations (ou mur occidental). Un lieu qui réunit des pèlerins du monde entier,

• De multiples lieux de foi chrétienne Dans le christianisme, les destinations des pèlerinages sont multiples. Terres Saintes (Jérusalem, Bethléem), Rome, St Jacques de Compostelle, Lourdes, autant de lieux forts de la foi chrétienne. Cependant, tous n’ont pas la même signification. Le Père François Cristin, directeur des pèlerinages au diocèse de Lyon, nous explique : « Il y a les pèlerinages vers les territoires du peuple de Dieu, en Terre Sainte ; ceux qui amènent sur les tombeaux des apôtres comme à St Jacques ou Rome et enfin les pèlerinages aux endroits des apparitions comme à Lourdes. » Chaque pèlerinage possède une dimension spirituelle différente. « Lorsqu’on se rend en Terre Sainte, c’est pour mieux découvrir le Christ, l’Ancien Testament. Mais lorsque l’on se dirige vers St Jacques ou Rome, on se tourne vers quelqu’un qui a eu une expérience spirituelle très forte, un personnage qui nous semble être une lumière, un point

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de toutes les religions qui viennent se recueillir devant l’endroit le plus sacré de la religion juive. Un sentiment que confirme Richard Wertenschlag : « Je me rends très régulièrement à Jérusalem et plus particulièrement au mur occidental. On se sent au plus proche de la divinité, plus que nulle part ailleurs. » Certains fidèles optent quant à eux pour une autre forme de pèlerinage : le recueillement sur les tombes d’hommes pieux et justes à la vie admirable. Ainsi, les religieux se rendent sur leurs tombes en invoquant le mérite de ces hommes afin que leurs prières soient exhaussées. Pour Philippe, de confession juive, « on s’adresse à Dieu en invoquant le mérite des justes qui ont eu droit à la béatitude éternelle ». Dans une moindre mesure, d’autres croyants se rendent sur le lieu du tombeau des patriarches (Abraham, Isaac, Jacob) et de leurs femmes situé à Hébron. Mais aussi au tombeau du roi David, situé sur le mont Sion ainsi qu’à la synagogue de la Ghriba. Selon la légende, cette dernière aurait enregistré la venue de prêtres hébreux installés à Djerba dès le VIe siècle avant notre ère, suite à la prise de Jérusalem par le roi babylonien Nabuchodonosor II. Une démarche religieuse animée de l’objectif commun qui est de rendre hommage au créateur mais aussi de s’émanciper des fautes commises dans le passé.

Le pèlerinage, c’est (aussi) les autres

Un couple de pèlerins en route pour Saint-Jacques-de-Compostelle. © Flickr CC

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Les trois grandes religions monothéistes ne sont pas les seules à encourager leurs fidèles à se rapprocher du Créateur en lui prouvant son attachement, pèlerinage à l’appui. Chez les hindous, cette croisade demeure un moment primordial dans la vie du croyant. Au crépuscule de leur vie, les fidèles entament un périple menant à la moksha (libération de l’âme), censé les délivrer du cycle des réincarnations. Parmi les circuits privilégiés, la Grande Fête de la cruche (pèlerinage de la Maha Kumbhamela) attire tous les douze ans près de 75 millions de croyants, en faisant de lui le plus grand pèlerinage au monde. Les bouddhistes ne sont pas en reste avec une quête associée à la vie du prince Siddharta Gautama dit le Bouddha. Du Népal, théâtre de la naissance du fondateur du bouddhisme, à l’Inde, berceau de la religion, les lieux de pèlerinage sont légions. Mais c’est du côté de Bodhgaya, ville indienne de l’État du Bihar, qu’afflue la majorité des pèlerins bouddhistes. Ces derniers y trouvent la révélation, comme le prince en son temps .


Il était une foi...

Portrait

Père Gréa : « J’essaie juste de rester moi-même » Prêtre à l’église Sainte Blandine Lyon Centre depuis 2011, David Gréa a à cœur de partager son amour de la vie. Il a profité du renouveau du quartier de Confluence pour renouveler l’image de l’Eglise catholique, en lui donnant un coup de jeune.

Un portrait original à l’image de son personnage ©Egliselyoncentre

B

« Mettre mes tripes pour que Dieu parle à travers moi » A l’âge de 20 ans, il a voulu «  se tester, voir s’il avait vraiment la foi  », et est ainsi parti une semaine dans une abbaye à Belloc. Dès son arrivée, il a lu l’intégralité de l’Evangile et s’est dit : «  Si c’est vrai, y’a pas mieux, j’ai trouvé la source de la joie.  » Devenir prêtre est alors apparu comme une évidence, mais il devra attendre neuf ans avant d’être ordonné. Engagé à l’armée en tant qu’éducateur, il n’a pas immédiatement pu com-

mencer le séminaire. Il a donc entamé des études de philosophie. Même lors de son passage au séminaire, il n’a pas interrompu ses études. Lorsqu’il était en poste, il a entrepris une formation de théologie à Rome et à Oxford, où il a puisé grand nombre de ses inspirations, comme celle du repas à partager après la messe, à la Maison des Familles, pour un moment convivial entre «  frères  ». Bien que célibataire, de par son appartenance à l’Eglise occidentale, cette proximité avec autrui est d’autant plus présente dans sa vie personnelle et familiale. «  Ayant très peu de temps avec eux, je me dévoue vraiment à 100%.  »

Une église moderne pour un homme modeste «  Potes, trucs, bouffe, etc  », un discours jeune, dynamique et surtout sincère, qui le rend d’autant plus proche de ses fidèles. Les messes aux allures rock’n’roll, grâce aux chants du groupe Glorious, ont également été la source de ce succès inattendu. En quatre ans et demi, le nombre de fidèles à la messe est passé de 150 à 1 500. Conscient que son charisme y est pour beaucoup, il en reste cependant très

Environ 100 personnes se rendent au temple kadampa. ©DR

Quatrième religion au monde après le christianisme, l’islam et l’hindouisme, le bouddhisme compte près de 800 millions d’adeptes, se réclamant de branches confessionnelles diverses. Le Kadampa est l’une d’entre elles.

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Charline Bakowski

askets blanches aux pieds, c’est un homme moderne qui se présente à nous. Un prêtre qui, par son éducation, n’a jamais aimé ce côté «  formaté  » que l’on peut assimiler à la profession. Issu d’une famille de quatre enfants, c’est sur les pentes de la Croix-Rousse que David a grandi. Alors que ses frères et sœurs ainés ne voulaient plus aller à la messe, lui, a voulu continuer. «  J’aimais retrouver mes amis et avoir ce temps pour moi.  »

Le bouddhisme kadampa, en quête de bonheur

humble. «  Je ne me sens jamais en totale maîtrise, il y a toujours quelque chose à apprendre.  » Il a en effet un talent d’orateur indéniable, mais cela n’a pas toujours été le cas. Un jour, lorsqu’il était diacre*, il a prêché devant un homme, qui a considéré son discours comme soporifique. «  Depuis ce moment-là, je me suis juré de toujours regarder la personne que j’avais en face de moi dans les yeux, et de mettre mes tripes pour que Dieu parle à travers moi.  » Aujourd’hui, c’est en observant ce que les autres prêtres font, que ce soit dans les autres paroisses ou sur YouTube, qu’il ne cesse de se remettre en question. Comme un éternel insatisfait, David estime avoir «  encore beaucoup de progrès à faire  ». Depuis son plus jeune âge, il a toujours été assimilé et comparé à des figures. Aujourd’hui, les Lyonnais le surnomment souvent « le prêtre rockeur  ». Un surnom qui le fait sourire mais dont il ne préfère pas prendre note. «  Je n’écoute pas ce que les gens disent sur moi, je préfère rester focalisé sur mes projets, et ainsi donner une image véritablement sincère.  » *serviteur de Dieu en grec, est le statut que l’on obtient avant de devenir prêtre.

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’affranchir de la douleur. C’est ce qu’a voulu faire Kelsang Jamyang en empruntant la voie du bouddhisme. Dans cette religion, cet homme, alors jeune trentenaire, trouve dans cette voie spirituelle les réponses à ses questions. «  Il y a 2600 ans, le népalais Siddhartha Gautama atteignait l’état de Bouddha – ou d’«Éveillé » –, c’est à dire un éveil spirituel, un état de conscience et de perception de soi-même et du monde alentour supérieur menant au bonheur : le nirvāna. Le bouddhisme désigne la mise en application des enseignements de Bouddha.  » Au fil du temps, les préceptes de ce chef spirituel ont évolué, et se sont déclinés en plusieurs branches  : le theravāda, le mahāyāna et le vajrayāna. «  Le bouddhisme kadampa est une institution bouddhiste contemporaine issue du courant gelugpa, lui-même issu des branches mahāyāna et vajrayāna. Il est issu du maître bouddhiste indien Atisha (982-1054), qui a enseigné à ses fidèles comment appliquer les enseignements de Bouddha, le Dharma. »

Travailler la compassion et la sagesse Moine bouddhiste depuis douze ans maintenant et enseignant au centre kadampa de Lyon, Kelsang distingue deux grands principes afin de parvenir au but ultime recherché par chacun : le bonheur. «  Pour

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atteindre la plénitude, il faut savoir comment fonctionne notre esprit et appliquer les méthodes qui permettent de le détendre, explique Kelsang. Deuxièmement, il faut comprendre ce qu’est un être éveillé, un Bouddha. Car tout le monde peut parvenir à cet état de conscience supérieur. Il faut ensuite travailler à agrandir sa compassion et sa sagesse.  »

Moha (l’ignorance). Kelsang Jamyang est maintenant enseignant au centre bouddhiste kadampa de Lyon. Ce sont une centaine d’adeptes qui se pressent au temple chaque semaine pour en apprendre davantage sur la foi bouddhiste. En espérant, peut-être, accéder un jour au bonheur.

Léo Roynette

« Pour atteindre la plénitude, il faut savoir comment fonctionne notre esprit » Une liste de préceptes, sorte de charte de bonne conduite loin d’être exhaustive. Un moine bouddhiste accompli se repose sur les Trois Joyaux : le Bouddha, le Dharma, et la Sangha, c’est à dire l’ensemble de la communauté bouddhiste. La notion de douleur est omniprésente dans cette confession. Identifier la douleur, l’expliquer, et s’en affranchir. «  Aujourd’hui, j’ai entraîné mon esprit à être plus ouvert et détendu. Je peux élever mon état d’existence à un stade qui n’implique plus de souffrance. » Cela passe par s’éloigner des trois poisons : le Trsna (la soif ou l’avidité), le Dvesa (la colère ou l’aversion, et le

Kelsang Jamyang est moine bouddhiste depuis douze ans © DR


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