N° 177 - Août - Septembre 2006
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ISSN = 0997-6922
Une autre dĂ©mocratie est possible, et nĂ©cessaire Toute lâhistoire du Parti Socialiste est faite de belles promesses brillamment claironnĂ©es suivies de pitoyables abandons promptement camouflĂ©s. Parce quâil faut bien ĂȘtre rĂ©aliste, voyez-vous⊠Parce quâon ne peut pas faire autrement, nâest-ce pas ?⊠Lâabandon peut mener trĂšs loin : beaucoup de dĂ©putĂ©s socialistes en 40 nâont pas pu faire autrement que de voter les pleins pouvoirs Ă PĂ©tain. Mais jeter la pierre aux seuls socialistes français serait injuste. Leurs homologues de tous les pays nâont guĂšre fait mieux, quand ils nâont pas fait pire lĂ oĂč les luttes sociales nâont pas eu la vigueur quâelles ont pu parfois avoir en France. Bref, si les Ă©lections françaises de 2007 se dĂ©roulent ânormalementâ, comme les prĂ©cĂ©dentes, dans un climat de relative paix sociale, et si les socialistes reprennent le pouvoir, on aura droit ensuite, câest Ă©vident, au classique et dĂ©solant scĂ©nario de capitulation devant les exigences du capital. Une partie de lâopinion ne veut pas le voir et continue dâaccorder crĂ©dit au P.S. Câest plus ambigu pour les leaders de la gauche de la gauche : tout en tenant des propos critiques, ils sâinscrivent sagement dans la logique Ă©lectorale et donc la renforcent. Ils vont donc renforcer Ă lâinsu de leur plein grĂ© la gravitĂ© des mesures anti-sociales dâaprĂšs Ă©lections ! Et ce nâest pas le refus de choisir le moins mauvais candidat au 2iĂšme tour qui change grand chose : quand la mĂ©canique est lancĂ©e, elle nous conduit inĂ©luctablement lĂ oĂč les forces sociales dominantes ont dĂ©cidĂ© de nous amener. DâoĂč vient cette perte pĂ©riodique de luciditĂ© de la gauche de la gauche qui - Ă lâexception dâune partie des libertaires accepte de rejouer, encore et encore, Ă un jeu oĂč les dĂ©s sont si manifestement pipĂ©s ? On a mĂȘme entendu JosĂ© BovĂ© dĂ©clarer quâil peut gagner la PrĂ©sidentielle⊠Mais oui, JosĂ©, mais oui⊠Et ACC pourrait bien aussi fĂȘter son dix millioniĂšme abonnĂ© avant NoĂ«l ! A lâextrĂȘme gauche, les leaders nous expliquent que sâils ne prĂ©sentent pas de candidats, les idĂ©es quâils dĂ©fendent resteraient mĂ©connues. A gauche, on nous rappelle quâavec la droite ce serait pire. Des arguments entendus mille fois et dĂ©mentis par les faits presque autant de fois. Des arguments qui sont aussi un aveu : dans lâesprit de leurs auteurs câest lâĂ©lection qui est prioritaire; elle occulte le reste, parfois totalement; elle cache et fait oublier quâon ne pourra pas faire lâĂ©conomie dâun affrontement social majeur avec la bourgeoisie; elle cache et fait oublier que les opprimĂ©s ont intĂ©rĂȘt Ă engager cet affrontement en pĂ©riode Ă©lectorale, lorsque les Ă©lites sont un peu affaiblies; elle cache et fait oublier quâune autre dĂ©mocratie est possible - et nĂ©cessaire, si lâon veut vraiment un autre monde. Il sâagit de cette dĂ©mocratie qui sâĂ©panouit dans les luttes pour dĂ©passer rapidement en pertinence et en vertus Ă©mancipatrices toutes les pratiques antĂ©rieures. Elle peut mĂȘme avoir, momentanĂ©ment, des effets Ă©tonnants sur certains Ă©lus : sous son influence, lors des grĂšves de 36, ils se prononcent pour les congĂ©s payĂ©s, les quarante heures, etc. Les mĂȘmes, âlibĂ©rĂ©sâ 4 ans plus tard de cette influence, peuvent aller jusquâĂ voter PĂ©tainâŠ