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DOSSIER
avril 2020
Ce qu’en pense… JACQUES NEIRYNCK ANCIEN PROFESSEUR DE L’EPFL ET ANCIEN CONSEILLER NATIONAL
Un déni de réalité L’épidémie survenant, face à une pénurie de moyens, les responsables de la santé publique suisse ou française, politiques ou fonctionnaires, commencèrent par rassurer la population, en affirmant que ces masques ne servaient à rien, parce qu’ils ne protègent pas le porteur mais son entourage. Ce message faussé servait évidemment à dissimuler l’incompétence du pouvoir. Puisqu’il n’y avait pas de masques à distribuer, il fallait prétendre qu’ils étaient inutiles.
B
ien entendu, c’était faux. Cela est évident dès que l’on raisonne avec quelque rigueur. Si tout le monde porte un masque, chacun protège les autres et est, de ce fait, protégé lui-même. Dès lors, si l’on adopte cette politique, il n’est même pas indispensable de confiner tout le monde à domicile. On peut établir une sorte de confinement mobile. Cette tactique simple permet d’éviter une crise économique compliquée. DES STOCKS INSUFFISANTS
Application à la Suisse: l’ordonnance fédérale sur les mesures décidées contre le coronavirus date du 13 mars, soit deux mois après que l’épidémie a été déclarée en Chine. Le directeur de l’Office fédéral de la santé publique a répété plusieurs fois face aux caméras que le port du masque n’était pas nécessaire plutôt que d’avouer que les stocks étaient insuffisants pour protéger tout le monde. Le 2 mars, le parlement
fédéral s’est réuni et Magdalena Martullo-Blocher a été expulsée de la séance par la présidente Isabelle Moret parce qu’elle seule portait un masque. Tel a été le degré d’aveuglement et de déni de la vérité. Dès le début, plusieurs de mes inter ventions publiques ont insisté sur le fait que le masque, s’il est porté par tout le monde, protège tout le monde. Elles se heurtent au déni des autorités de la Confédération. Le conseiller fédéral Alain Berset vient de répéter en Valais que le port généralisé du masque ne protège pas les personnes saines: «Le port généralisé du masque, partout et tout le temps, ne protège pas les personnes saines et peut même avoir un effet contre-productif, en relâchant les comportements.» Il a tort. Il le sait, mais il le répète parce que la Suisse n’a pas constitué à temps de stocks suffisants et que cela met le Conseil fédéral en position d’accusé. Le peu dont nous disposons doit évidemment être
réservé au personnel médical. Un message honnête consisterait à dire que le port universel du masque protège tout le monde et à avouer que la Suisse n’en a pas suffisamment pour adopter cette politique. GÉNÉRALISER LE PORT DU MASQUE POUR ÉVITER UNE SECONDE VAGUE
Il ne s’agit en aucun cas de renoncer aux autres dispositions prises par nos autorités et nos administrations. Il s’agit d’ajouter une contrainte très modérée: imposer que toute personne qui en rencontre d ’autres, ou qui est en situation d’en rencontrer d’autres, porte un masque. Cette mesure est maintenant adoptée par plusieurs pays européens après l’avoir été en Asie avec de bons résultats. Elle permettrait à la Suisse de sortir du confinement sans courir le risque d’une seconde vague. Elle permettrait d’éviter une crise économique. Le Conseil fédéral finira pas avouer la vérité. Le plus tôt serait le mieux. ■