La version originale de ce texte, paru sous le titre Le Porte del peccato. I sette vizi capitali, est éditée par Arnoldo Mondadori Editore S.p.A., Via Bianca di Savoia 12, 20121 Milano. Première publication en Italie, en 2007. © 2007 Arnoldo Mondadori Editore S.p.A., Milano, pour l’édition originale. © Mame, Paris, 2012 pour cette édition et la traduction en langue française. Direction : Guillaume Arnaud Direction éditoriale : Sarah Malherbe, David Gabillet Édition : Pauline Trémolet Direction artistique : Élisabeth Hebert Compositeur : Text’oh ! Fabrication : Thierry Dubus, Aurélie Lacombe © Mame, 15-27, rue Moussorgski, 75018 Paris. www.fleuruseditions.com ISBN : 978-2-7289-1596-5 MDS : 531 208 Tous droits réservés pour tous pays.
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Gianfranco Ravasi
Les portes du péché Les sept vices capitaux
Traduit de l’italien par Caroline Izoard
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Sommaire
Introduction.......................................................................................... 11 Chapitre 1. Les vices capitaux............................................................... 15 La loi de Newton de l’âme, p. 16 – Habitude invétérée et pratique constante, p. 18 – « Certains vices sont proches des vertus », p. 21 – Les huit péchés capitaux « orientaux », p. 23 – Vices anciens et nouveaux, p. 25 – « Devant les hommes sont la vie et la mort », p. 29 – Les interminables listes pauliniennes du vice, p. 31 – Le paradigme capital de l’amour et de la liberté, p. 34 – Les florilèges, les traités, les « psychomachies », p. 37 – « Les vices privés font le bien public », p. 40 – Non une blessure de l’âme mais une maladie de la psyché, p. 43 – Les vices « littéraires », p. 46 – Les vices « cinématographiques », p. 49 – Les vices artistiques, p. 51 – Les inquiétants vices capitaux de Hieronymus Bosch, p. 53 – Une fantasmagorie de vices « illustrés », p. 56 – La graphologie des vices, p. 59. Chapitre 2. Orgueil............................................................................... 61 Faisant la roue comme un paon, p. 62 – « La Limace de la Vanité », p. 64 – Entre superbe et orgueil, p. 65 – « Lucifer tombe par l’orgueil, mais se damne par l’envie », p. 69 – « La montagne est en travail, elle enfantera un rat ridicule », p. 72 – À l’ombre de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, p. 74 – « Je monterai au sommet des nuages, je m’égalerai au
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Très-Haut », p. 76 – Le pharisien et le publicain au Temple, p. 78 – L’arrogance sociale et politique, la vanité artistique, p. 89 – L’orgueil « peint », p. 93. Chapitre 3. Avarice................................................................................ 95 « Qui aime l’argent ne se rassasie pas d’argent », p. 96 – « La cupidité est idolâtrie », p. 97 – « Auri sacra fames », p. 99 – « Insensé, cette nuit même, on va te redemander ton âme », p. 101 – « L’homme ne peut acheter son rachat », p. 104 – Une marmite et un écrin pleins d’or, p. 106 – « L’usure est pire que la peste », p. 108 – « Maudite sois-tu, antique louve… », p. 110 – « La prodigalité conduit à l’arrogance, et la parcimonie à l’avarice », p. 112 – La mort du père et la perte du patrimoine, p. 114. Chapitre 4. Luxure................................................................................ 117 L’histoire de la très belle Tamar, p. 118 – Le lexique de la luxure, p. 120 – Enfer du vice ou paradis de l’éros ?, p. 122 – Non un vice du corps mais d’une âme perverse, p. 124 – Sexe, éros, amour, p. 126 – La logique de la libération et de la possession, p. 128 – La logique de l’excès et de l’effronterie, p. 130 – La logique de la réductivité, p. 132 – « À l’image de Dieu […], homme et femme il les créa », p. 135 – « Des chevaux repus et vagabonds », p. 137 – « Tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain », p. 139 – « Incontinence, malice et folle bestialité », p. 140 – L’ouragan et le feu de la luxure, p. 143 – Don Juan et son âme de bronze, p. 145 – La danse érotique de Salomé, p. 148 – L’esthétisme sensuel de Gabriele D’Annunzio, p. 150 – Le « divin marquis », chanteur de la dépravation, p. 152. Chapitre 5. Colère................................................................................. 157 Un vocabulaire « colérique » pittoresque, p. 158 – La colère est un vice, le mépris une vertu, p. 160 – « Mieux vaut un homme lent à la colère qu’un héros », p. 162 – « J’ai tué un homme pour une blessure », p. 164 – « C’est libérer les eaux qu’entamer une querelle », p. 166 – Au-delà de la justice, 8
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vers le pardon et l’amour, p. 168 – La colère, « jeune femme, […] sera vêtue de rouge », p. 171 – Un cadavre découpé en douze morceaux, p. 173 – La « colère funeste » d’Achille, p. 175 – « Des frères ont tué des frères », p. 177 – « La mauvaise colère » et « le bon zèle », p. 179 – « Il y a toujours là une odeur de sang », p. 181. Chapitre 6. Gourmandise...................................................................... 185 « Ventre affamé n’a point d’oreilles », p. 186 – « Il faut manger pour vivre et non vivre pour manger », p. 188 – Entre boulimie et anorexie, p. 190 – « La gourmandise tue plus de gens que l’épée », p. 192 – « Un long cou comme la grue et un ventre aussi grand », p. 193 – « Malheur à ceux qui se lèvent tôt le matin pour courir à la boisson ! », p. 196 – Le temple de la déesse Bouteille, p. 198 – La Grande Bouffe, p. 200 – Le vin « finit par mordre comme un serpent, par piquer comme une vipère », p. 201 – L’arbre de cocagne, p. 204. Chapitre 7. Envie.................................................................................. 209 « Je te déteste parce que tu as ce que je n’ai pas et que je désire », p. 210 – « Les envieux mourront, mais non jamais l’envie », p. 212 – Les vaccins contre l’envie, p. 213 – L’envie et ses frères les vices, p. 216 – « Ce que j’ai appris sans fraude, je le communiquerai sans jalousie », p. 217 – « Discorde, jalousies, animosités, disputes, calomnies… », p. 219 – L’envie comme vertu ?, p. 221 – L’« envie du pénis », p. 223 – « Si brûlant d’envie fut mon sang… », p. 225 – « Ce n’est pas l’amour qui est aveugle mais bien la jalousie », p. 227 – Othello et la jalousie, « monstre aux yeux verdâtres », p. 229 – Don Carlos, Philippe II et Élisabeth de Valois, p. 231 – La coquille de la médisance, p. 233. Chapitre 8. Paresse................................................................................ 237 Entre inertie et « acédie », p. 238 – « Vinaigre aux dents, fumée aux yeux », p. 239 – « Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus ! », p. 241 – « Ses gestes paresseux et ses brèves paroles », p. 243
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– L’indolence d’Oblomov, p. 244 – L’épuisante aboulie de Zeno, p. 246 – Entre paresse et frénésie, p. 248 – L’ennui et la nausée de vivre, p. 249 – « Ne pas faire le bien, c’est pécher », p. 252 – Un gaz inerte, une grisaille nuageuse, p. 253 – Indolence et mélancolie, p. 255. Index des noms propres........................................................................ 258
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introduction
Introduction
« Vice et vertu sont parents comme diamant et charbon. » Lorsque l’écrivain autrichien Karl Kraus, dans Dits et contredits (1909), formulait cette réplique, il avait sans doute en tête une autre phrase que l’historien Hippolyte Adolphe Taine avait notée dans son Histoire de la littérature anglaise (1863), presque un demi-siècle auparavant : « Le vice et la vertu sont des produits comme le vitriol et le sucre. » En effet, ces deux réalités humaines fondamentales sont connexes à partir d’une base commune – comme c’est le cas avec le carbone pour les diamants et le charbon –, mais en même temps antithétiques comme le sont l’acide corrosif et le glucose. Pour en donner un exemple, le dédain peut être une vertu, lorsqu’il est une défense passionnée de la justice bafouée et une protestation contre l’injustice, l’abus, la prévarication et l’illégalité. Mais lorsqu’il éclate en une tempête irrationnelle et incontrôlable, il devient un péché, la colère, quatrième vice capital. Comme cela arrive souvent, le positif et le négatif sont « polaires », ils s’attirent l’un l’autre et sont nécessaires pour s’expliquer réciproquement (un peu comme pour un champ électrique). C’est pourquoi, après avoir défini le septénaire « vertueux » dans notre essai Ritorno alle virtù (2005) – foi, espérance, charité, prudence, justice, force et tempérance –, nous nous tournons maintenant vers le domaine peut-être un peu plus enflammé et excitant des sept vices capitaux, énumérés traditionnellement ainsi : orgueil, avarice, luxure, colère, gourmandise, envie et paresse. Notre développement sera plus ample, non seulement parce que le goût de l’interdit attire une plus grande curiosité, provoquant des émotions, excitations ou troubles secrets, 11
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mais aussi parce que, de plus en plus, notre époque confirme le sévère jugement de l’écrivain franco-roumain Émile Cioran (1911-1995) : « Autrefois, on se définissait sur la base de valeurs acceptées ; aujourd’hui au contraire par rapport à celles qu’on a répudiées. » Nous assistons souvent, plutôt qu’à une répudiation, à une sorte de déformation du vice qui perd son aspect éthique pour devenir une mode. L’atmosphère qui nous entoure, plus que délibérément immorale, avec toute la vis polémique et désacralisante que cette attitude comporte, se présente comme amorale, grise et en substance indifférente et insouciante des frontières entre vice et vertu. Et pourtant, justifier le recours au vice comme à un acte presque physiologique et instinctif, source de liberté et de plaisir, reste enfin une illusion sur le plan pratique également. L’alcoolique ne réussit plus à savourer la qualité, le nerf et le bouquet du vin, de même que l’érotomane qui se gave de vidéos pornographiques ignore totalement la fascination de l’éros, l’intensité du plaisir, en plus bien évidemment des exaltantes créativité, beauté et douceur de l’amour. Les vices révèlent différents aspects et nous tâcherons d’en identifier pour chacun d’eux les nuances obscures et multiples. Il existe, toutefois, une base commune. Ceux-ci naissent à l’intérieur de la personne libre et consciente, d’un acte qui, dans le langage moral, est défini comme un péché, une faute, une transgression, un délit, etc. Pour être qualifié de vice, cet acte doit, toutefois, devenir une habitude accueillie et cultivée. C’est comme si l’on se laissait béatement aller à la dérive, sans plus opposer de résistance, autrement que par quelques sursauts transitoires. Bien qu’elle soit limitée pour des raisons générationnelles, la considération de l’écrivain Max Jacob dans Le Cornet à dés (1917) vaut pour tous : « Un vieillard n’a plus de vices, ce sont les vices qui l’ont. » Délicieusement personnel, le vice se transforme cependant aussi en un phénomène social parce que, par nature, il a des redondances qui impliquent et parfois bouleversent ou affectent autrui. Ainsi, une dynamique sociale d’action-réaction se configure : le vicieux contamine la communauté et l’environnement corrompu accroît l’imagination perverse de chacun. 12
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Dans ce rapport complexe entre individu et société, des comparaisons et des contrastes peuvent être relevés. Nous voulons maintenant n’en mettre qu’un seul en lumière qui a donné lieu à une vaste littérature. Deux grands auteurs de la culture moderne, Marcel Proust et Oscar Wilde, l’ont exprimé de façon fulgurante. Le premier, dans À la recherche du temps perdu, observait : « D’habitude, on déteste ceux qui nous ressemblent et nos vices, vus de l’extérieur, nous exaspèrent. » Et Wilde : « Aucun de nous ne réussit à supporter chez les autres ses propres vices. » Tolérants avec nous-mêmes et implacables avec les autres : c’est le résultat d’une hypocrisie que le Christ avait déjà dénoncée par l’inoubliable image de la paille aperçue dans le regard d’autrui et de la poutre se trouvant dans le nôtre mais que l’on ignore (Mt 7, 3-5). Même monseigneur Della Casa, connu pour être mondain et désinvolte, dans le Galatée du xvie siècle, savait que « les hommes détestent chez les autres ce qui leur rappelle leurs propres vices ». L’analyse du répertoire des vices peut donc être un sain exercice d’autoconscience : on peut prétendre bien se connaître quand on se trouve chez soi plus de défauts que les autres ne réussissent à en voir. Cependant, l’itinéraire que nous proposerons maintenant sera « objectif » et descriptif dans cette constellation d’étoiles « noires ». Nous nous mettrons à la suite de ce génie qu’est Dante dans l’extraordinaire aventure qu’il nous propose, avec sa descente dans le gouffre abyssal de l’enfer et sa montée haletante le long des vires de la montagne du purgatoire. Notre texte s’arrêtera à chaque étape de ce septénaire – qui a pour figure dominante l’orgueil – en choisissant différents genres littéraires. Ainsi, il y aura toujours une partie qui répondra aux caractéristiques d’un manuel ou d’un traité : nous devrons, en fait, affronter les questions philosophiques et théologiques, éthiques et morales qui identifient ou analysent l’essence de chaque vice et ses caractéristiques. Il y aura, ensuite, une partie qui mêlera l’aspect historique et l’aspect narratif : nous composerons alors une sorte d’histoire des vices nous en remettant à des trames et personnages littéraires, à des représentations artistiques et enfin à des séquences cinématographiques. L’aspect monographique ne fera pas non 13
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plus défaut : chaque vice en particulier sera développé, selon ses typologies et l’importance qu’il occupe dans la hiérarchie de l’immoralité. Une petite foule de témoins, d’acteurs, de figures historiques et symboliques de penseurs, d’auteurs et d’artistes se glissera dans ces pages pour dessiner ce sombre et pourtant séduisant mikrós kósmos, ce petit monde, qu’est l’homme, pour reprendre la célèbre définition de Démocrite d’Abdère, un des sept savants de l’Antiquité classique. Prenant soin de ne pas ignorer les différentes approches consacrées à ce phénomène humain, nous conduirons donc toujours une analyse du point de vue de la culture occidentale dont le code de référence fondamentale, en plus de la civilisation grecque, est la version biblique, judéo-chrétienne. Dante, par la bouche de Béatrice, considérait l’humanité dégénérescente semblable à de « folles brebis » (Paradis, V, 80) et Goethe, dans Faust, laissait Méphistophélès traiter l’homme de « die kleine Narrenwelt », de « microcosme de folie ». Mais la lecture morale voit en cette folie non une simple pathologie, mais bien un comportement libre et conscient qui piétine un projet et pervertit une échelle de valeurs transcendantes et permanentes. Cette perspective de jugement et d’évaluation pourra avoir des périmètres différents et des formulations alternatives. Et pourtant, je reste convaincu qu’elle permettra, même à ceux qui n’ont pas de références transcendantes et religieuses, de nous rejoindre sur plus d’un point. C’est un peu ce que la poétesse Alda Merini, une amie, a reconnu dans quelques vers inédits qu’elle m’a envoyés alors que ce livre était en chantier : Le temps nous dévore sur des distances que nous ne connaissons pas : j’ai une foi différente de la tienne, moi, j’ai une foi qui ne veut pas voir. Je m’en remets à mon destin, et là je te rencontre.
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Chapitre 1 Les vices capitaux
Les vices nous attendent dans le cours de la vie comme des hôtes chez qui il faut successivement loger, et je doute que l’expérience nous les fît éviter, s’il nous était permis de faire deux fois le même chemin. François de La Rochefoucauld, Maximes. Il paraît difficile d’échapper à l’accusation que nous adresse cet écrivain moraliste du xviie siècle, dans une de ses quelque cinq cents Réflexions ou Sentences et maximes morales (tel était le titre complet de son recueil publié en 1664), que nous avons placée au début de notre itinéraire dans l’univers incandescent des sept péchés capitaux. Nous devons reconnaître avec beaucoup de sincérité et de réalisme que les grands traits de la physionomie éthique de chaque personne, avec, bien sûr, leurs variations opportunes et dosages divers, se trouvent dans la liste des péchés que nous explorerons d’ici peu. Face à la route commode et large du péché, embellie de lumières et de couleurs et jalonnée de pancartes engageantes, un vrai choix s’impose pour se tourner vers le sentier en hauteur, net et escarpé, de la vertu.
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La loi de Newton de l’âme L’image des deux voies, symbole du libre choix, fait partie de toutes les cultures. On la trouve dans l’Israël biblique : « Vois, je te propose aujourd’hui vie et bonheur, mort et malheur. » (Dt 30, 15.) Elle réapparaît avec une variante dans les paroles du Sermon sur la montagne de Jésus : « Entrez par la porte étroite. Large, en effet, et spacieux est le chemin qui mène à la perdition, et il en est beaucoup qui s’y engagent ; mais étroite est la porte et resserré le chemin qui mène à la Vie, et il en est peu qui le trouvent. » (Mt 7, 13-14.) Le poète grec Hésiode du viiie siècle av. J.-C., avertissait aussi qu’« il est facile et aisé de choisir le mal, une route plane très proche de nous. Les dieux ont imposé la sueur pour la vertu : sa route est, en effet, longue et difficile et escarpée au départ. Mais quand on atteint la cime, ce qui était ardu au début devient aisé ». Ce n’est pas pour rien que la civilisation classique avait inventé le mythe d’Hercule « au carrefour » (par exemple Xénophon dans les Mémorables 2, 1, 22-23). À un carrefour se présentent deux femmes aux noms révélateurs : Aretè, la Vertu, et Kakía, le Vice, la Malice ; le héros choisira de marcher sur la voie parcourue par la Vertu. Dans son œuvre ironique Effets collatéraux (1980), le metteur en scène américain Woody Allen plaisantait sur le fait que la foule est bien plus nombreuse à s’enfoncer sur le boulevard du vice, convaincue que « l’on dort mieux à être bon, mais les mauvais dès le réveil s’amusent davantage ». Sans doute à cause d’une certaine rhétorique grandiloquente, la tradition moraliste a tout fait pour rendre la vertu peu attirante, en la transformant en une figure pédante, hautaine, ennuyeuse et professorale. Le vice qui, de toute façon, a en lui-même la capacité de mettre en action les ressources de la séduction a donc ainsi eu le champ libre, trompant, séduisant et flattant aussi selon les canons de la publicité. « Le mal, au contraire du bien, observait l’écrivain pessimiste Émile Cioran, a le double privilège d’être fascinant et contagieux. » Sur la question du bien, nous nous en sommes tirés nous-mêmes, dans notre essai Ritorno alle virtù, avec un peu plus d’une centaine de pages. En revanche, le 16
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vice nous contraindra ici à nous attarder bien plus longtemps, en mobilisant un vaste répertoire de thèmes, d’images, de tonalités, d’auteurs et de textes. La perversion, bien que plus compliquée par nature, sait être aussi plus convaincante et enjôleuse, plus pittoresque et moins austère que la moralité, parce que, comme disait Honoré de Balzac dans son plus célèbre roman, Le Père Goriot (1835), « les vices sont de vastes sentiments concentrés » où, comme nous le verrons, on trouve de tout et même la vertu déguisée et défigurée. Il est vrai que « les hommes, une fois qu’ils ont commencé à sombrer, subissent la loi de Newton, et gravitent vers la misère avec une rapidité toujours croissante ». Ces derniers mots sont tirés de l’œuvre Le Tambour Legrand (1826) de Heinrich Heine, célèbre poète allemand. Ils instituent une « loi de Newton » de l’âme : quand on commence à céder au vice, même légèrement, prétextant une excuse, on n’en reste pas là. Le passage ouvert s’élargit et, souvent sans que l’on s’en rende compte, on arrive au point de non-retour lorsque du péché occasionnel on passe au vice durable. Ces sentiers faciles mais « tortueux » et « obliques » conduisent « vers les ombres » dont « pas un ne revient », comme en avertissait l’ancienne sagesse biblique (Pr 2, 15.18-19). Peut-être, comme dans le titre du film de Luigi Comencini en 1974, que l’on s’exclame : « Mon Dieu, comment suis-je tombée si bas ? », mais ensuite on se résigne, pataugeant dans les eaux boueuses de la corruption. Pourtant, même en matière d’éthique, tout ce qui brille n’est pas d’or : il existe une peine du vice, qui ne se situe pas seulement au niveau moral ou psychologique du remords ou du sens de la faute. C’est toute une tradition littéraire qui lève un doigt réprobateur : s’inspirant d’un homme qui avait fait du dévergondage sa devise, le poète du xve siècle François Villon, dans sa Ballade en ancien français, proclamait : « Pour un plaisir, mille douleurs ! »1 L’équation qui lie le plaisir à la douleur est donc d’un pour mille car, comme nous l’apprenions à l’école dans Le Calme après la tempête (1829) de 1. En français dans le texte.
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Leopardi, le « plaisir, [est] fils du souci », et George Gordon Byron dans Don Juan (1819-1824), à qui nous aurons l’occasion de revenir, n’hésitait pas à rappeler qu’« il n’existe pas de moraliste plus sévère que le plaisir », et formulait une autre équation curieuse : « Le plaisir est un péché et quelquefois le péché est un plaisir. » Tout ce réalisme que nous avons d’abord évoqué pour justifier le fort impact émotif que suscite le vice nous contraint alors à une considération antithétique. Pour éviter de lui donner un aspect trop moralisateur en la formulant nous-mêmes, nous la confions à deux personnes au-dessus de tout soupçon apologétique : l’écrivain Colette, dans un des romans de la série Claudine (parus entre 1900 et 1903), plus précisément dans Claudine en ménage, qui déclarait ouvertement : « Le vice est le mal que l’on fait sans plaisir » ; et Ennio Flaiano, auteur italien incisif et loin d’être bigot, qui notait dans son Journal nocturne (1956) : « Certains vices sont plus ennuyeux que la vertu elle-même. C’est seulement pour cela que souvent la vertu triomphe. »
Habitude invétérée et pratique constante Vitiis nemo sine nascitur : si l’on s’en tient aux Satires (1, 3, 68) d’Horace, personne ne naît sans vices. Cette thèse a été accueillie avec enthousiasme par saint Jérôme et par les penseurs médiévaux qui renvoyaient, évidemment, à la doctrine du péché originel. Elle sera réélaborée à sa façon par Tacite qui, dans ses Histoires (4,74,2), affirmait : « Vitia erunt, donec homines », « tant que sur la face de la Terre nous aurons des hommes et des femmes, les vices ne manqueront jamais ». Comme dit le proverbe italien : « Ogni farina ha la sua crusca » (« chacun a ses défauts ») et personne « du plus âgé au plus jeune » ne peut se saisir d’une pierre pour la jeter sur la femme adultère, et recevoir l’invitation de Jésus : « Que celui d’entre vous qui est sans péché lui jette le premier une pierre ! » (Jn 8, 7.9.) Le thème du vice doit donc en théorie et en pratique intéresser tout le monde. Avant de 18
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montrer les différents visages qu’il peut prendre, nous chercherons à en déterminer le fond commun, le genre permanent, la structure constante. Commençons par une tentative de définition en partant du mot qui, en grec, de fait, était et reste absent, si bien que l’on recourait à kakía ou kakótes (termes qui en soi signifient simplement méchanceté, malfaisance, mal) ou, dans la tradition chrétienne, à loghismói, pensées, raisonnements pervers. L’italien, l’anglais et le français viennent du latin vitium qui donne naissance aux mots « vizio » et « vice ». Quelle que soit l’étymologie, il est difficile de dire, comme l’avaient un peu hâtivement affirmé deux importants latinistes, Alfred Ernout et Antoine Meillet, dans leur Dictionnaire étymologique de la langue latine (1931 et 1994) : « L’origine et l’histoire du mot sont trop obscures pour que l’on puisse déterminer avec certitude son sens premier. » En allemand, Laster est un dérivé du verbe lasten, écraser, dont le vice est un Last, un poids qui pèse sur l’âme comme du plomb. Il est toutefois curieux de noter que le mot italien vizio réussit à produire une floraison de termes qui ne sont pas toujours négatifs. Certes, il y aura aussi vizzo et avvizzito (fané, flétri) qui dévoile l’issue finale d’aridité, d’inconsistance, de vide, de poussière provoquée par l’immoralité. Mais d’autres dérivés italiens sont d’une tout autre teneur, élégants et gracieux, comme vezzo (grâce), vezzoso (charmant), vezzeggiare (câjoler), vezzeggiativo (câlin), ou de façon plus marquée avvezzare (accoutumer), divezzare (déshabituer) ou svezzare (sevrer). On dit aussi que vituperare (vitupérer) vient de « vice », verbe que les moralistes conjugueront largement pour condamner les vices. Naturellement, autour du vocabulaire central que nous étudions s’étend une couronne de constellations lexicales de synonymes, tels que péché, mal, faute, immoralité, perversion, dépravation, dégénérescence, corruption, perdition, erreur, habitude exécrable, mais aussi, d’une tonalité moindre, défaut, manie, mauvaise habitude, caprice, imperfection, petit défaut, altération, incongruité, etc., auxquels on peut ajouter des adjectifs plus forts tels que dévoyé, dissolu, scélérat et d’autres encore. À ce point, une définition s’impose. Cherchons-la dans le Dictionnaire étymologique de la langue 19
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italienne de Manlio Cortelazzo et Paolo Zolli (vol. 5, 1988) : « Habitude invétérée et pratique constante de ce qui est mal ou est considéré comme tel. » Le Grand dictionnaire de la langue italienne de Salvatore Battaglia (vol. 21, 2002) confirme cette définition, indiquant au mot « vice » : « Disposition habituelle au mal, au péché ou, génériquement de façon abjecte, à prendre des habitudes et des comportements moralement réprouvés. » Dans ces deux définitions, nous trouvons le germe générateur du vice, c’est-à-dire l’habitude maligne. Bien que le vice parte d’un acte et s’exprime en actes, c’est une tendance perverse de base qui fait corps avec la personne. C’est pourquoi la littérature morale chrétienne grecque aimait parler de loghismói, c’est-à-dire d’état mental opérant, ou bien de pnéumata, de principes pervers en action. Le vice est la répétition non occasionnelle d’un péché, la tendance à l’accomplir de façon systématique. Si, dans un sens, cette spécificité n’exclut pas la culpabilité et la responsabilité éthique, elle peut, en revanche, s’agissant d’un état créé et nourri par un libre choix, entraîner, dans certaines hypothèses à apprécier au cas par cas une certaine déresponsabilisation et, donc, une diminution, voire une absence de faute. C’est justement en raison de cette dimension d’habitude qu’il n’est pas correct d’identifier le vice avec le péché au sens strict : ce dernier est un acte méchant individuel avec ses connotations propres ; le premier est une coutume acquise, une disposition habituelle produite par le péché initial qui, à son tour, provoque des péchés de façon constante et continue. Il semble alors plus correct de conserver l’expression italienne commune des « sept vices capitaux », contrairement aux autres langues qui adoptent le terme « péché » : les sept péchés capitaux, the seven deadly sins, die sieben Todsünden, los siete pecados capitales… Le terme « vice » peut également revêtir d’autres acceptions métaphoriques. Ainsi, on parle de vizio di mente (trouble mental) pour désigner un état d’infirmité mentale. En matière juridique, le terme peut dénoter une nonconformité aux dispositifs d’une loi ou d’une norme (par exemple : un « vice de légitimité »). Dans le domaine de la physique, il peut indiquer une altération fonctionnelle ou environnementale (« air vicié »). En philosophie, on 20
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parle de « cercle vicieux » lorsque l’on part de prémisses non démontrées pour arriver à une conclusion qui sert d’argument pour démontrer les prémisses de départ. Il est intéressant de noter – et nous y reviendrons lorsque nous aborderons le domaine réservé de la luxure – que, dans le langage commun, le mot « vice » a été réduit à la dépravation sexuelle : « vice de la chair », « vice contre nature », « vice solitaire », « vice d’homosexualité », « personne vicieuse », « actes vicieux » évoquent une seule dimension, celle de la faute dans un cadre sexuel.
« Certains vices sont proches des vertus » En résumé, le vice est une catégorie morale dénotant une conduite négative par rapport à un système de valeurs déterminé et codifié au niveau naturel (donc sur la base d’une anthropologie philosophique), au niveau transcendantal (où la morale religieuse est en cause ici) ou dans un cadre social et comportemental. La vertu est son antipode étant donné qu’elle s’harmonise avec les normes ou le domaine de la conscience personnelle et de la raison sur des impulsions intimes ou externes. Dans les deux cas, l’exercice de la liberté personnelle se trouve à la base. Reconnaissons toutefois qu’il existe une longue tradition qui a cherché, non sans raison, un rapport ou une certaine continuité/discontinuité entre vertu et vice. Nous aurons l’occasion de montrer comment une vertu rendue folle, exagérée ou hypocrite, peut glisser dans les marécages du vice. Saint Jérôme – qui s’était peut-être lui-même inspiré du rhéteur latin Quintilien à plusieurs reprises – proclamait : « Vicina sunt vitia virtutibus », « les vices sont proches des vertus ». En effet, les frontières morales ne sont pas des rideaux de fer et, comme disait Sénèque dans ses Epistulae (120,8), « certains vices confinent aux vertus ». Ils cherchent parfois même à les singer ou bien les déforment par leur excès ou leur insuffisance. Le grand moraliste Montaigne (1533-1592) confessait dans ses Essais : « trouver que la plus grande vertu a en soi quelque 21
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suspicion de vice », alors que l’abbé Casti (1724-1803), loin d’être exemplaire, observait à raison dans ses Nouvelles galantes, en réalité licencieuses, que « la vertu tient dans de justes frontières,/ si vous voulez les dépasser, elle devient vice ». On ne doit pas non plus oublier qu’il arrive parfois ce que La Rochefoucauld, dans ses Maximes déjà citées, exprimait avec réalisme, à savoir la conscience de la fragilité de la nature humaine qui mêle des qualités et des limites sans aucune distinction claire et nette possible : « Les vices entrent dans la composition des vertus comme les poisons dans la composition des remèdes. La sagesse les mélange et les tempère et s’en sert utilement contre les maux de la vie. » Il ne faut donc pas, pour juger de l’immoralité d’une personne, procéder de façon catégorique et pharisaïque. Le dicton populaire italien selon lequel « ogni ladrone ha la sua devozione » (« tout bon larron a sa dévotion personnelle ») a un incontestable fond de vérité. Lorsque l’Italien Torquato Tasso fut invité à faire son discours inaugural à l’occasion de « l’ouverture de l’académie de Ferrare », sa ville d’adoption, il affirma entre autres : « On admet clairement que le vice, bien que mauvais en soi et de nature odieuse et méchante, peut avoir quelque compagnie et quelque conjonction cependant avec les choses bonnes et louables. » La morale traditionnelle tout comme la pratique judiciaire n’ont d’ailleurs jamais manqué de recourir aux circonstances atténuantes : elles ne justifient pas radicalement le comportement corrompu, mais peuvent en redimensionner la gravité en raison du contexte, des conditionnements et des excuses. Certes, lorsque dans ses Epistulae (116,2), Sénèque déclarait qu’« il n’y a point de faiblesse qui n’ait son excuse prête », il voulait stigmatiser l’hypocrisie du pécheur qui avance des alibis et fait valoir des justifications et motivations à sa décharge. Cela n’empêche cependant pas que la gravité d’une faute puisse parfois être atténuée, voire annulée par la prise en compte d’une série de raisons expliquant l’état particulier d’une personne qui ne remplit pas les conditions pour être pleinement reconnue consciente et responsable. De fait, cela reste, de toute façon, une exception – importante, certes, pour un jugement moral correct et juste – au principe de la norme existante. Après tout, un autre proverbe 22
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italien dit sans ambages : « Il lupo perde il pelo, ma non il vizio » (« le loup change son poil mais il ne change pas ses vices »). Nous avons donc défini le vice, ébauché la fluidité de ses frontières, y compris dans son identité négative, nous devrons donc maintenant en déterminer un classement : dit en termes plus traditionnels et un peu schématiques, un nombre. Le besoin d’énumération fait partie d’une aspiration primordiale à l’ordre et à l’exhaustivité. On pense, par exemple, aux premiers papyrus « scientifiques » égyptiens comme ceux d’Anastase, basés sur de longues listes dont chaque mot était une sorte de moule définitoire isolant et contenant chaque espèce d’animal, de végétal ou de minéral auquel il était assigné. Ce procédé valait aussi pour les réalités morales. C’est le cas des vices dont la codification fut justement fixée en recourant à un nombre, le septénaire classique qui, comme l’on sait, était, dans l’imaginaire biblique et dans une ancienne symbologie numérique, un indice de complétude et de plénitude. À vrai dire, au commencement, les choses ne se passèrent pas tout à fait ainsi.
Les huit péchés capitaux « orientaux » Né à Vienne en 1903, Prix Nobel de médecine en 1973, mort en Autriche en 1989, psychologue et zoologue, Konrad Lorenz est, comme beaucoup le savent, le fondateur de l’éthologie, c’est-à-dire de l’étude du comportement des animaux en liberté et de leur imprinting ou apprentissage instinctif et primordial. À côté d’œuvres à grand succès comme L’Anneau du roi Salomon (1949) et d’une étude sur l’agressivité, L’Agression, une histoire naturelle du mal (1963), Lorenz a réalisé une étude intéressante à caractère socio-anthropologique intitulée Les Huit Péchés capitaux de notre civilisation (1973). Le philosophe Constantin Noica, penseur roumain marginal mais original, avait, quant à lui, diagnostiqué Six maladies de l’esprit contemporain (1978). Désormais, le recours au chiffre huit pour classer les vices capitaux fait partie d’une ancienne tradition chrétienne 23
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orientale s’inspirant sans doute de l’éthique stoïque qui énumérait quatre passions fondamentales (tristesse, peur, envie, plaisir) et quatre vices opposés aux vertus (irrationalité, paresse, injustice et intempérance). On sait aussi qu’un des auteurs spirituels les plus pointus et originaux du e iv siècle, le moine Évagre le Pontique, dans son œuvre Praktikós composée de cent chapitres, propose une analyse précise des « huit pensées génériques », loghismói en grec, terme qui, comme nous l’avons déjà dit, était destiné à désigner les vices capitaux entendus comme des choix conscients de la personne. Sa liste a une formulation « ascendante », c’est-à-dire qu’elle part du plus petit mal pour arriver au plus grand, sur la base, sans doute, d’une tripartition conçue par l’auteur dans son analyse de la vie spirituelle : le premier niveau, la práxis, c’est-à-dire le comportement concret et immédiat, absorbait les trois premiers vices ; la deutéra theoría, la « réflexion secondaire » humaine, s’opposait aux trois suivants ; et enfin, la theoría protéra, la réflexion primaire, visait les pires vices, les deux derniers. Voilà, en tout cas, la liste qu’Évagre confirmera dans une autre de ses œuvres, l’Antirrhetikos, souvent connue sous le titre Contre les pensées malignes, qui nous est parvenue dans les versions syriaque et arménienne (du grec). Elle se compose d’un florilège de citations bibliques (on en dénombre 498) utilisées comme base scripturaire pour s’opposer aux huit « pensées » perverses, que probablement le même auteur – même si la paternité de l’œuvre est discutée – confirmera dans Les Huit Esprits de malice : gourmandise (gastrimarghía) fornication (pornéia) avarice (filargyría) tristesse (lýpe) colère (orghé) acédie (akedía) vaine gloire (kenodoxía) orgueil (hyperefanía)
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