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3.2 Un massif multifonctionnel controversé
Le pignada: une forêt fortement fragmenté
Le statut foncier du massif forestier landais est le reflet de son histoire. En 1857, les Landes de Gascogne possédaient environ 400 000 ha de landes communales (Dupuy, 1994). Aujourd’hui, 92 % du massif forestier landais relève de la propriété privée (CRPF Aquitaine, 2005). Derrière l’importance de ce chiffre, se cachent des distinctions importantes qu’il faut souligner. En effet, outre les distinctions physiques entre la partie littorale et le plateau, le massif forestier landais est également divisé en deux par le statut de la propriété.
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La partie littorale, où se trouvent les forêts de protection, et les anciennes dunes boisées comme notamment à Biscarrosse, La Teste ou encore Mimizan, appartiennent à l’État et sont gérées par l’Office National des Forêts. La prédominance des forêts domaniales au sein de la région forestière des dunes du littoral (voir chapitre 2.2) est à mettre directement en lien avec l’histoire de la fixation du milieu dunaire par l’État dans la deuxième moitié du XIX e siècle. (Sargos, 2004). Quant au plateau landais, où se trouve la forêt de production, il est essentiellement constitué de parcelles privées appartenant à des milliers de propriétaires différents. Cette prédominance de propriétaires privés est à mettre en relation avec l’histoire de l’aménagement des Landes de Gascogne et la vente des communaux à des investisseurs privés.
Légendes:
Forêts domaniales
Autres forêts publiques
Principales villes
Limites départementales
Le foncier du massif, du fait de sa structure (concentration de grandes parcelles de production en cœur de massif, dispersion de nombreuses parcelles de moins de 10 hectares en périphérie de massif) et de sa faible valeur marchande, est vulnérable à des pressions extérieures (urbanisme, infrastructures de transport, agriculture, énergies renouvelables…). La logique individuelle des propriétaires pour valoriser leur bien peut conduire à d’importantes mutations et aller à l’encontre de l’avenir du massif (fragmentation, difficultés de gestion, baisse de la production, hausse du coût du foncier, conflits d’intérêt et de voisinage, dégradation des fonctions environnementales et paysagères…).
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L’enjeu de concentration du foncier est donc au cœur des problématiques de vulnérabilité du massif landais. Bien que les propriétés de plus de 25 hectares représentent la majorité de la surface forestière du massif, la structure de la propriété forestière fait apparaître un grand nombre de petites propriétés, en particulier dans les périphéries du massif, sous influence métropolitaine, littorale, ou à proximité de grandes infrastructures de transports. Enfin, en dessous de 4 ha, les propriétés forestières ne sont pas soumises au code forestier et n’ont pas obligation de suivre les documents de gestion tels que le plan simple de gestion. Elles sont donc aussi constitutives d’un risque d’entretien médiocre préjudiciable à la prévention des incendies, des parasites et des tempêtes.
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IL EST À L’HEURE ACTUELLE ASSEZ CONVENU DE DIRE QUE POUR VIVRE DE SA FORÊT, IL FAUT POSSÉDER ENTRE 300 ET 500 HECTARES, UN HECTARE DE FORÊT RAPPORTANT ENTRE 100 ET 150 EUROS PAR AN. ‘‘
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Le morcellement de la propriété foncière est un frein pour la reconstitution après de tels évènements, mais également au quotidien pour une gestion cohérente et durable de la forêt. La petite propriété privée est critiquée car elle complique la réalisation d’équipements et d’infrastructures forestières, les coûts d’exploitation de la ressource y sont plus élevés que sur une grande. Des solutions existent afin de lutter contre ce morcellement parcellaire: regroupement de parcelles et des dessertes (retournement, dépôts, pistes…), les échanges entre propriétaires (le conseil général paye les frais notariaux), et le regroupement de chantiers lors de travaux (éclaircies, débroussaillage…). Les principaux freins à ce regroupement des petites parcelles sont les frais notariés et les frais de gestion.
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Cependant, cette faiblesse peut devenir un atout. Ces parcelles constituent potentiellement des îlots de vieillissement permettant l’amélioration de la biodiversité. Du point de vue des mutations dans les modes d’occupation des sols, le propriétaire d’une petite parcelle péri-urbaine sera facilement tenté par l’urbanisation en raison des différences de prix entre l’usage forestier et les usages concurrents du foncier. La valorisation économique du foncier constitue par conséquent un facteur de vulnérabilité important par rapport aux pressions d’urbanisation.
Entre attentes sociales, production sylvicole, et récréation : une pluralité de fonctions qui interroge
Bien que très majoritairement privées, les forêts landaises sont considérées comme des « forêts ouvertes », des espaces accessibles au public et partagés grâce à la tolérance des propriétaires. Ce droit d’usage traditionnel, qui permit aux sylviculteurs d’acquérir une certaine légitimité sociale et culturelle auprès des usagers se retrouve désormais porté par la volonté de la puissance publique d’ouvrir les forêts à la fréquentation et plébiscité par un large public (Mora et Banos, 2014).
Malgré que la forêt landaise soit d’abord perçue dans sa dimension production de bois, elle est aussi le siège d’autres fonctions non marchandes dont l’importance est souvent sous-estimée. Une grande majorité des Landais fréquente cette forêt pendant leur temps libre. La forêt « ordinaire » est également porteuse de valeurs identitaires et culturelles très fortes. Elle renferme un patrimoine riche et emblématique du territoire, véritable trace du passé avec leurs les anciennes maisons landaises ou encore les airials* issus du système agro-pastoral*. Les menaces qui pèsent sur ce milieu (tempêtes, ravageurs, défrichement…) sont susceptibles de renforcer l’attachement des habitants à son égard.
Jusqu’à maintenant, les processus de patrimonialisation* semblent avoir assez peu touché la partie productive de la forêt (le plateau landais). Mais avec la montée en puissance du patrimoine naturel, les espaces et espèces protégés se retrouvent situés au cœur de la forêt. Par conséquent, on assiste à une imbrication progressive des espaces patrimoniaux, forestiers et naturels. Cette superposition de statuts de protection peut directement affecter la gestion forestière des propriétaires au quotidien (Deuffic et al, 2010).
C’est pourquoi tout en continuant à défendre la forêt productive, les acteurs forestiers du plateau landais soulignent la nécessité de diversifier les activités économiques et de promouvoir d’autres valeurs liées à la forêt (paysage, écologie…) afin de renforcer l’attractivité du territoire.
Sentier pédestre, Saint-Magne
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La maison du Maître, Écomusée de Marquèze, (cuture.guv.fr) ... 03 LES LANDES DE GASCOGNE , u n territoire vulnérable face aux changements climatiques
Avec l’essor des préoccupations environnementales et la forte attractivité démographique des Landes de Gascogne, les usages nonmarchands liés à la forêt se renouvellent et donnent lieu à diverses formes d’appropriation et d’attachements via la biodiversité, le cadre de vie, le stockage de carbone ou encore la fréquentation. (Mora et Banos, 2014). La reconnaissance d’un espace de production forestière est un enjeu dont le volet sociologique n’est pas négligeable. La forêt est autant perçue dans sa dimension écologique, récréative et paysagère que dans sa fonction de production. La menace consiste à oublier la forêt en tant qu’espace de production. De ce fait, il y a un risque de « rupture sociologique » avec l’arrivée massive de nouvelles populations qui perçoivent la forêt comme un décor immuable et peuvent ne pas comprendre les nécessités de sa gestion (incompréhension face aux coupes de régénération et coupe rase notamment). C’est le cas avec les néo-ruraux, qui en s’installant sur ce territoire recherchent un cadre de vie propice, de qualité. Cela passe par une volonté de « nature » qui se traduit ici par la présence du massif landais. Le développement de la forêt « cadre de vie » suscite une certaine inquiétude chez les forestiers, voire certaines collectivités, qui mettent en avant la méconnaissance des mécanismes de la gestion forestière chez les nouveaux résidents (Bouisset et Pottier, 2009).
Les usages sociaux et culturels des forêts landaises se reconfigurent sous l’impulsion de nouvelles populations et du développement des attentes et pratiques liées aux loisirs et aux cadres de vie. (Mora et Banos, 2014). L’acculturation des nouvelles populations aux « impératifs » de gestion de la forêt est une nécessité pour une cohabitation réussie entre acteurs forestiers et néo-ruraux. Les paysages forestiers évoluent avec les différents travaux sylvicoles que l’on y pratique. Ils ne sont pas figés. Les loisirs motorisés et le syndrome de « la coupe rase » semblent cristalliser cet antagonisme. De fait, la « coupe rase » est parfois vécue comme une attaque contre un cadre de vie que les résidents pensent avoir légitimement acquis lors de l’achat du logement (Bouisset et Pottier, 2009).
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De plus, dans le futur, le massif aura probablement à faire face à une fréquentation accrue. L’enjeu n’est ainsi plus tellement de savoir si la forêt landaise a vocation à accueillir du public, mais de penser l’organisation de cet accueil, plus ou moins en articulation avec les fonctions productives et environnementales. (GIP Ecofor) La forêt publique sur le massif dunaire est un enjeu particulièrement important et un atout pour la gestion multifonctionnelle du massif : elle associe à une fonction de production complémentaire au plateau landais (activité hivernale pour les Entreprises de Travaux Forestiers, ressource peu atteinte par les tempêtes du fait des caractéristiques de ses boisements), la préservation d’une biodiversité spécifique, l’accueil du public sur la frange littorale, et sa fonction historique de protection de l’arrière-pays de l’ensablement.
Les enjeux socio-culturels A RETENIR
Promouvoir une multifonctionnalité du massif forestier des Landes de Gascogne
- Concilier les différents usages (loisir, tourisme, gestion forestière) présents sur le massif en faveur de la qualité de vie et de l’attractivité du territoire
- Créer un dialogue entre propriétaires forestiers, exploitants et habitants pour une vision commune et partagée du massif forestier
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Limiter le morcellement parcellaire Préserver un patrimoine « ordinaire » et « naturel »
- Valoriser la richesse culturelle identitaire du territoire des Landes de Gascogne