
4 minute read
State of the art Joris Van de Moortel parle de l’art dans l’espace public
Néon
Le néon est un matériau que Joris aime utiliser : " Rien ne peut être créé sans lumière. Le néon offre un très large éventail de couleurs et peut adopter de très nombreuses formes. Il permet ainsi d’établir un lien étroit avec la peinture. "
Joris Van de Moortel est artiste, musicien et performeur. Son travail allie plusieurs disciplines. Il réalise, par exemple, une installation ou un tableau avec des instruments cassés, utilisés lors d’une performance antérieure. " Pour moi, il est important que certaines de mes œuvres aient eu une vraie vie en dehors de mon atelier. "
L’art et l’architecture en équilibre parfait
ZONNEBEKE BY NIGHT
Acier, néon
250 x 350 cm installation in situ, collection privée
© Joris Van de Moortel et Galerie Nathalie Obadia — Pour vous, pourquoi est-il essentiel de
travailler aussi en dehors de votre atelier ?
Joris Van de Moortel : " Prenons l’exemple d’une guitare cassée que j’utilise dans une installation. Je ne l’aurais jamais détruite dans mon atelier avant de verser de la peinture dessus et d’ensuite y mettre le feu. Par contre, je fais tout ceci lors de performances en public, car une œuvre de ce type nécessite une approche très différente. Je suis limité dans le temps et je me produis devant un public. L’adrénaline d’une telle intervention en direct me pousse à prendre d’autres décisions que lorsque je travaille dans mon atelier. "
— L’environnement ou la situation dans
lesquels vous travaillez influencent-ils donc aussi le résultat ?
" Bien sûr. Je consacre beaucoup de temps à concrétiser la transition entre une maquette et une installation de 10 mètres sur 5 et cet exercice me fascine. Pour transformer un ouvrage minuscule créé dans mon atelier en une œuvre à grande échelle, je dois trouver des matériaux parfaitement adaptés à mon idée de base, mais aussi suffisamment solides sur le plan technique. Je perds parfois certains détails, mais je peux également ajouter certains éléments intéressants, comme du néon qui brûle ou des haut-parleurs qui jouent de la musique. "
— Dans de telles situations, l’art et l’archi-
tecture semblent très fortement se rapprocher. Selon vous, quelle est la relation entre ces deux domaines ?
" En tant qu’artiste, je m’intéresse évidemment aux aspects techniques de mes œuvres. Je réfléchis à la meilleure manière de suspendre une installation lourde ou aux choses à faire et à éviter dans un certain environnement. J’adore soumettre mon travail à ce type de facteurs externes. Mais si j’avais voulu uniquement penser à ceci, je serais
Le Son
Cette œuvre se compose d’un collage sur une pellicule photo, comprenant une deuxième couche avec des éléments tirés d’une performance de Joris, comme une guitare et un amplificateur.
LE SON (DAS GERAUSCH) — 2018
Peinture acrylique, collage sur pellicule photo transparente, guitare, amplificateur, objets de la performance " the 7 sacraments " et cadre en bois de l’artiste

190 x 170 x 15 cm (74 13/16 x 66 15/16 x 5 29/32 pouces) encadré
'En installant une œuvre dans l’espace public, vous l’ouvrez à un public qui n’a rien demandé.
venu architecte. Gordon Matta-Clark, l’un de mes artistes préférés, a également beaucoup joué avec la limite entre art et architecture et a déclaré : “À partir du moment où il y a de la plomberie, c’est de l’architecture”. L’art n’a donc pas besoin d’être pris dans le sens le plus littéral du terme. "
— Certains bâtiments sont presque des
œuvres d’art. Comment envisagez-vous le rapport entre art et architecture dans ce type de créations ?
" De tels bâtiments sont parfois gâchés par l’aspect pratique. Prenez l’exemple de la gare de Liège : de nombreux aspects pratiques ont été mis de côté au profit de l’architecture et, par conséquent, la gare est très difficile à entretenir. Il en va de même pour les nouveaux immeubles à appartements à l’aspect magnifique, mais où les sacs poubelles finissent sur les terrasses. Un bâtiment peut être superbement conçu, c’est la personne qui l’utilise qui lui donne en partie vie. C’est précisément ce qui rend l’architecture fascinante. "
— Est-ce également valable pour l’art
dans l’espace public ? Est-ce le public qui lui donne vie en partie ?
" Moins, car le public peut choisir de totalement ignorer l’art. Pour moi, l’essence de l’art dans l’espace public réside dans le fait qu’une œuvre est ouverte à un public qui n’a rien demandé. "
— Quelle est la fonction de l’art dans l’es-
pace public, selon vous ?
" Je pense qu’il est essentiel que l’œuvre inspire une certaine nécessité, qu’elle donne l’impression qu’il était indispensable de l’installer dans cet espace, comme si le fait de la retirer laissait une sorte de vide et non d’allègement. " — Si vous pouviez choisir un endroit dans
le monde où exposer une œuvre, quel serait cet endroit ?
" Je choisirais le plus bel endroit de Flandre occidentale ! Ce magazine arrivera peut-être dans les mains de partenaires intéressés par une collaboration. Ma réponse à cette question est donc la suivante : toutes les propositions sont les bienvenues ! "
EUROPEAN SON RAISED CATHOLIC — 2018
© Joris Van de Moortel & Drawing Room Manila
