La rédac’ en immersion au MuCEM! Quel avenir après l’Ecole? Quelques propositions... Nouvelle rubrique consacrée au 7e art
Michel Laclotte: une vie pour les musées Découverte du Centre Pompidou-Metz Toujours plus de coups de cœur, tendances… Plongez au cœur de la Biennale 2010 ! Le mois de septembre apporte son lot de bonnes nouvelles artistiques : les expositions reprennent dans tous les grands musées, la rentrée littéraire s’annonce prometteuse, des bijoux musicaux sont déballés chez les disquaires, toutes les vitrines des grands magasins rue de Rivoli, boulevard Haussmann, avenue des Champs-Elysées ou encore de la place Vendôme se parent de leurs plus beaux atours pour vous charmer. Mais ce qui est sans doute l’un des évènements les plus excitants est ce que nous livre tous les deux ans le G r a n d Palais en réunissant les p l u s grands antiquaires mondiaux. C e t évènement est com-
me une sorte de fashion week artistique parisien qu’il partage avec la FIAC. Grimpant les marches et arrivant devant l’entrée du temple des arts biannuel, vous en appréciez l’entrée gratuite, ce qui n’est pas valable pour la FIAC par exemple. Dans un cadre d’une grande élégance parsemé de bouquets de rose nichés dans de hauts murs sombres, une large allée vous mène au cœur de la nef du Grand Palais où, au centre, trône une fontaine à partir de laquelle se répartissent, en quinconce, les plus grands noms des antiquaires parisiens et mondiaux. Le ton est donné avec Kraemer, de Jonckheere, Cartier, Chanel... La 25e édition de la Bienna-
le des Antiquaires est bien ouverte. La flore artistique de Picasso, Miró, Weisweler, Dunand, Biennais, Hubert Robert et Tiepolo côtoient une faune de visiteurs des plus intéressantes ethnologiquement. Intéressons-nous un peu à ce microcosme particulier du marché de l’art et décortiquons ce peuple étrange et hétéroclite… (suite page 4)
EDITO
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La rédaction se met en cène...
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n cette rentrée scolaire, Louvr'boîte opère un petit remaniement de son équipe... c'est dans l'air du temps, parait-il ! Le jeu des chaises musicales a promu Margot directrice de publication. Anaïs, qui tenait avec brio le poste jusquelà veut effectivement se consacrer à de nouvelles ambitions (bientôt révélées au grand public, soyez sans crainte !) et renonce à tout cumul de mandat. Moi-même ai de ce fait accédé à la fonction de rédactrice en chef (et non, je ne révélerai sous aucune torture le secret de cette si prompt ascension !). Les vieilles plumes (Alexis, Annabelle, Aurélie, Eloïse, Jean-Baptiste, Philippe-Alexandre, Sophie, Silvère, Thaïs, Valentine...) sont pour la plupart restées fidèles, tout comme Sébastien notre maquettiste. Nous sommes cependant toujours à la recherche de nouveaux rédacteurs et illustrateurs, pour un article ou un dessin que vous avez envie de partager, ou pour un engagement plus permanent. N'ayez pas peur de vous jetez à l’encre (oups ! à l'eau !), vous serez accueillis à grand renfort de trompettes et tambours, c'est promis ! Si vous voulez prendre contact, voici notre adresse : journaledl@gmail.com. Une réunion d’information aura lieu le mercredi 13 octobre de 12h30 à 14h, amphithéâtre Dürer.
Qui dit remaniement, dit également grands projets de réformes... en espérant qu'elles fassent davantage l'unanimité que celles en cours dans d'autres domaines. Suite aux remarques réunies l'année dernière, nous avons décidé de donner une ligne directrice plus cohérente et lisible qu'auparavant. A cet égard, nous proposons une structure plus fixe à l'aide de nouvelles rubriques permanentes. Aux incontournables actu du BDE, interviews, régions..., nous ajoutons des pages cinéma, tendances (littéraires, musicales...), politiques culturelles, critique d'exposition etc... Cela ne doit cependant empêcher personne d'écrire un sujet sans rapport direct avec ces rubriques... nous trouverons toujours un menu moyen de l'insérer ! Nous serons également plus attentifs à l'équilibre du ton des articles, afin de rythmer la lecture de moments sérieux et plus légers, de manière la plus agréable possible. Si vous avez d'autres suggestions à nous soumettre, n'hésitez pas à utiliser notre nouvelle page Facebook pour nous en faire part ! Il ne me reste plus qu'à vous souhaiter une excellente rentrée, haute en couleur et riche d'expériences ! Perrine Fuchs
Quand l’équipe de la Rédaction se retrouve à la cafétéria pour une réunion, c’est toujours dans la crainte que ce soit la derniè dernière... nière...
ACTU DU BDE
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Le BDE fait sa rentrée!
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n ces temps froids et humides de rentrée, plutôt que de regarder les feuilles tomber, le BDE vous a concocté un programme aux petits oignons! Les clubs ont repris leurs activités, pour preuve ce numéro de Louvr'boîte, préparé entre deux coins de serviettes sous un parasol, et la première séance du Ciné Club, le mardi 5 octobre, avec la projection de Chantons sous la pluie, rien que ça. Le Club Photo fera ses premiers pas très bientôt, le Club Jeux a passé son été à réviser les cartes du Trivial Pursuit et pourra prochainement vous défier dans de nouveaux locaux, la Chorale s'échauffe et le Club International recherche toujours des élèves français souhaitant parrainer un élève étranger ! Les activités habituelles sont également en préparation, sorties, visites, soirées, voyages, avec pour commencer des soi-
rées au théâtre et à l'opéra, dont une le mercredi 6 octobre, à l'Opéra Bastille pour assister au Vaisseau Fantôme. Une dizaine de place est en vente au BDE au tarif de 25€. Mais surtout, le BDE vous attend lors de son assemblée générale le mercredi 6 octobre, où auront lieu les élections du nouveau conseil d'administration... N'hésitez pas à venir voter, et à vous impliquer au sein de notre équipe ! Eloïse Galliard
ACTU EXPOS
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etite sélection, non exhaustive, de quelques expositions de cette rentrée scolaire… classées par années du premier cycle pour vous faciliter la vie !
Première année Nouvel accrochage de la Grèce classique et hellénistique – musée du Louvre. Ne manquez pas l’ouverture du nouveau musée archéologique de Louvres (95) présentant le résultat de vingt ans de fouilles, notamment lors de la construction de l’aéroport de Roissy. Deuxième année « Autour d’Angkor-Vat : Cambodge, Laos, Vietnam » Cité de l’architecture et du patrimoine – jusqu’au 18 octobre « Hommage à Bernard Palissy – Du XVIe au XXIes » - Louvre des Antiquaires – jusqu’au 24 décembre -> pour les plus téméraires ! « Archéologues à Angkor. Archives photographiques de l’Ecole Française d’Extrême-Orient » - Musée Cernuschi – jusqu’au 2 janvier «L’or des incas » - Pinacothèque - jusqu’au 6 février « France 1500. Entre Moyen-âge et Renaissance » - Grand Palais – du 6 octobre au 10 janvier -> très beau sujet transversal ! « Trésor des Médicis » - Musée Maillol - du 29 septembre au 31 janvier
Troisième année « Antoine Watteau et l’art de l’estampe » - musée du Louvre – jusqu’au 11 octobre « Tous collectionneurs ! » - musée Rodin – jusqu’au 7 novembre -> exposition réalisée par des élèves de M1 de l’EdL ! « Arman » - Centre Pompidou – jusqu’au 10 janvier « Jean-Léon Gérôme » - musée d’Orsay – du 19 octobre au 23 janvier -> très attendue par l’ensemble de la rédaction ! « Claude Monet (1840-1926) » - Grand Palais – jusqu’au 24 janvier « Rubens, Poussin et les peintres du XVIIes » - Musée Jacquemart-André – jusqu’au 24 janvier -> attention cependant, Mr Milovanovic ne veut pas que l’on mentionne ce musée dans les copies (cf annales 2010) ! « Monet-Rodin, rien que vous et moi » - musée Rodin – du 1er octobre au 30 janvier … suite au prochain numéro, où je donnerai mes coups de cœur pour quelques petits musées parisiens à l’ombre des plus renommés… afin de donner un pendant à cette sélection plus scolaire ! Perrine Fuchs
CRITIQUE D’EXPO
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La Biennale des Antiquaires (suite de la page 1) ous croisez des assistantes mannequins en hauts talons, collier de perles et tailleur Chanel qui ne vous apprennent pas plus sur l’objet que ce que vous pouvez lire sur les petits cartels ; des galeristes avachis dans leurs fauteuils qui vous regardent avec dédain et mépris car ils savent que vous n’êtes que des petits parasites sans gros portefeuille (et je ne citerai pas le nom d’une grande galerie de peintures parisienne, reconnue pour ses tableaux de maîtres flamands) ; des mondaines desperate housewives de 50 ans qui vous font croire qu’elles connaissent la peinture italienne alors qu’elles sont devant une toile de l’école française ; de simples amateurs du bel objet qui semblent parfois perdus devant un tel snobisme ; des acheteurs étrangers que l’ont reconnaît aisément car ils ont droit à une attention très particulière de la part des galeristes, et, tiennent sous leur bras de gros catalogues. Bref, même si pour certaines galeries on se demande où est passé le goût et la passion du bel objet face à la spéculation financière artistique, je tiens à féliciter quand même certaines galeries pour leur accueil et enthousiasme à faire découvrir leur collection aux amateurs et étudiants en art. Je n’en citerai que quelques unes comme Kraemer, Colnaghi, de Leye, Léage, Didier Aaron, Steinitz, Louis Vuitton ou encore Vallois. Passés ses petits commentaires de présentation, revenons à ce qui nous intéresse vraiment, autrement dit les objets présentés.
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Comme souvent, la biennale nous a réservé de belles petites perles en peinture, même si nous n’avons pas trouvé de véritables chefs-d’œuvre. Citons un Salomon von Ruysdael, Vue du fleuve avec la ville de Weesp (vers 1640, Galerie Richard Green, Londres), un Paysage hivernal de Adrian van Stalbempt (vers 1620, Galerie de Jonckheere, Paris), un Apôtre de Crivelli (vers 1470, Galerie Sarti, Paris), une Allégorie du Tibre de Charles Lebrun (Galerie Didier Aaron, Paris) ou encore le portrait de La comtesse Nicolaï Alexandrovitch Tolstoï par Mme Vigée-Lebrun (1796, Robilant et Vaena, Londres et Milan). Une biennale des antiquaires ne va pas sans ses magnifiques stands de mobilier, dont la France demeure encore l’une
des plus grosses places du marché mondial, avec certes un certain flottement des ventes. Notons un magnifique cartel de Latz (1720 – 1730, Galerie Kraemer, Paris), une commode en laque de Saunier (vers 1780, Galerie Aaron), de magnifiques ensembles de boiseries 1780 et Empire chez Léage, et de nombreux bijoux dans la galerie Bernard de Leye (Bruxelles) tel qu’un somptueux ensemble liturgique rarissime du XVIIe siècle provenant d’un couvent belge, et exposé au XVIIe siècle au Vatican pour sa préciosité, le bâton de cérémonie du premier gentilhomme de la chambre du roi sous Louis XVI ou encore un somptueux encrier pendule de Thomas Germain en forme de bateau. Encore une fois, la biennale ne nous a pas déçus ! Que les contemporains se rassurent, les stands d’art du XXe siècle étaient sans doute les mieux représentés à cette 25e éditon, avec de très belles pièces. Je mentionne donc Peinture 114 x 162 cm 1946 de Soulages (Pascal Lansberg, Paris), Pont Neuf sous la neige de Marquet (1906, Galerie de la Présidence, Paris), Taureau du Corbusier (avril 1954, Galerie Zlotowski, Paris), et Les époux en visite de Dubuffet (1964, Galerie Apllicat-Prazan, Paris). Mon coup de cœur va à Trois études de figures au pied d’une crucifixion de Francis Bacon (1970, Malborough Gallery, New York). Il convient de rappeler les initiatives de la galerie Steinitz et de la galerie Kraemer qui a exposé, pour cette dernière, dans un cadre reproduisant le Salon ovale de la Maison Blanche, un ensemble mobilier de qualité XVIIIe siècle avec des œuvres d’artistes contemporains tels que Picasso et Rothko. Comme quoi, on peut réconcilier les modernes et les anciens avec goût. La sculpture était au rendez-vous, mais beaucoup moins importante que les autres années, faute à l’absence de grands noms à cet évènement. On notera néanmoins la présence d’un Clodion en terre cuite sublime – Jeune Bacchante – de 1795 (Patrice Bellanger, Paris), de la Femme debout de Giacometti (1956, bronze, Galerie Tornabuoni Art, Paris), d’un Barye – Cheval attaqué par un tigre – de la galerie L’univers du Bronze (Paris) et de la sublime Lionne de Nubie de Bugatti (1910, Sladmore Gallery, Londres). Le mobilier design du XXe siècle était par contre bien représenté avec du Jean Prouvé à la galerie Downtown (Paris),
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Le mangeur d’huître, Henri Stresor (1613-1679), Galerie Bernheimer-Colnaghi
du Corbusier chez Jousse Entreprise (Paris), ou encore le très réussi stand Vallois, qui a entièrement consacré son espace à Dunand. Seul petit bémol, l’absence de la galerie Lefèvre pour la période Art déco et le peu de mobilier à la galerie Dansk MobelKunst (Paris) et chez Alain Marcelpoil (Paris). Pour les arts du Moyen-Orient et de l’Extrême Orient, vous avez sans doute remarqué le cheval Tang (618 – 916) de la galerie Christian Deyolier (Paris), la tête de Vajrapani du Gandhara (IIIe – IVe siècle avant J-C) chez Jacques Barrère (Paris), les statues khmères chez Axel Vervoordt ou encore une belle coupe il-khanide à l’éléphant (début XIVe siècle) chez Kevorkian (Paris). En ce qui concerne les arts premiers, je dirais que cela fut un des parents pauvres de cette biennale avec le XIXe siècle, dont la période Napoléon III était juste présente dans la galerie Chadelaud. Citons un chien Verwilghen de la culture Kuba (Congo) chez Bernard Dulon (Paris), ou encore une pagaie de danse rapa de l’île de Pâques à la Entwistle Gallery (Londres). Aucun objet mésoaméricain n’était vraiment marquant. Les arts graphiques ont bénéficié d’une collection impressionnante de dessins, gravures et estampes présentés. Vous avez donc pu voir du Dürer, du Schiele, du Watteau, du Picasso et autres artistes des écoles françaises et italiennes du XVIIIe siècle. Pour les Antiquités, il convient de mentionner de très beaux objets telle qu’une Vénus accroupie du Ier-IIe siècle, chez Ariadne Gallery (New York) ou encore un Alexandre
en bronze de la période hellénistique chez Phoenix Ancient Art S.A (Genève). Un très bon point est accordé à la galerie Vervoordt pour sa présentation d’antiquités romaines, égyptiennes, grecques et indiennes, dans une bibliothèque sombre, proche des productions de Rhulmann des années 1930, en les présentant dans des niches en compagnie d’œuvres d’art contemporain d’un goût très assuré. Je ne ferai pas de commentaires sur les bijoutiers présents, qui ont sans doute volé la vedette à de nombreuses galeries en présentant pour la plupart des bijoux de leur propre création actuelle, exceptés peut-être Cartier et son diadème de 1914, ou des parures de la famille de Wurtemberg chez Faeber, dignes des bijoux de la reine Marie Amélie du Louvre. Certes les stands de chez Piaget, Van Cliff et Arpels, Chanel ou Dior étaient magnifiques, mais dans ce cas autant se rendre dans leur boutique de la place Vendôme pour admirer tous ces bijoux. Mais, il convient d’ajouter qu’ils nous quand même vendu du rêve cette année, notamment chez Van Cliff, qui a parfaitement su jouer sur le thème des œuvres de Jules Verne, en accord avec leur collection. Saluons également, pour terminer, l’action des organisateurs dans l’opportunité offerte à de jeunes galeristes d’exposer gratuitement sur le grand balcon. Cependant, en y regardant de plus près, nous nous sommes rendus compte qu’il était très mal aisé de se rendre sur leur stand où ils ne pouvaient exposer qu’une seule œuvre de leur galerie, avec une vue imprenable sur les conduites d’air conditionné de l’espace des bijoutiers.
La biennale se vide peu à peu. Les camions de déménageurs sont présents. Les centaines de roses sont jetées. Les portes du Grand Palais se referment lourdement après une biennale très réussie encore une fois cette année. Laissons place maintenant à la FIAC ! Le rendez-vous est pris pour le mois d’octobre., du 21 au 24 ! Jean-Baptiste Corne
REPORTAGE
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Une journée au Centre Pompidou-Metz Nous ne pouvions sortir notre numéro de rentrée sans évoquer THE événement qui a défrayé les chroniques culturelles tout l’été : l’ouverture en mai dernier, tambour battant, du centre Pompidou-Metz. Pour tous ceux qui sont passés entre les mailles du filet et qui ne connaissent pas encore tous les ressorts du chapeau chinois national, il n’est jamais trop tard, et cet article pourra combler une partie de vos lacunes.
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ommençons tout d’abord par l’architecture architecture… architecture car il faut le dire, c’est surtout elle qui attire les badauds et force l’admiration (Mme Mardrus nous avait bien prévenus, aujourd’hui le bâtiment est peut-être le principal chef d’œuvre !). Tout démarre le 18 mars 2003, jour du lancement du concours international d’architecture, puis se confirme le 15 décembre de la même année, lorsque le jury promeut Shigeru Ban (Tokyo), Jean de Gastines (Paris) et Philip Gumuchdjian (Londres) lauréats du projet. Qu’est ce qui a séduit les membres du jury ? Certainement la toiture originale et révolutionnaire proposée par l’équipe d’architectes. Sa structure est faite de bois lamellé-collé en un maillage à géométrie non régulière, tout en courbes et contre-courbes ondulantes, qui enveloppe les différents éléments du bâtiment. Ce squelette est recouvert d’une membrane blanche à base de fibre de verre et de téflon, qui assure une étanchéité à l’eau, crée un environnement tempéré et assure aux œuvres des conditions d’exposition et de conservation exemplaires. L’édifice se présente ainsi comme une
Entrons maintenant sous cette voûte toute de bois et de téflon vêtue pour découvrir les drôles de bêtes qu’elle abrite. Le parcours démarre par une série de salles consacrées à l’évolution de la notion de chef d’œuvre du Moyen-âge au XXe siècle, sa relation avec celle de scandale et de transgression, mais aussi l’ouverture progressive des différents musées d’art moderne français qui institutionnalisent la création contemporaine. Du Pied Bot de José Ribera (oui, on se sent en terrain connu…) aux Grandes misères de la guerre par Jacques Callot, de la Main aux algues d’Emile Gallé à la tapisserie d’après Guernica de Pablo Picasso, on interroge les concepts de savoir-faire, d’académisme, de modernité, d’avant-garde ainsi que le rôle des critiques, collectionneurs
« Nous avons imaginé une architecture qui traduise l’ouverture, le brassage des cultures et le bienbien-être, dans une relation immédiate et sensorielle avec l’environnement. » vaste structure de plan hexagonal autour d’une flèche centrale qui culmine à 77 mètres, rappel de la date de création du Centre Pompidou en 1977... L’organisation intérieure se développe quant à elle en trois galeries parallélépipédiques, sans contrainte de poteaux intérieurs, qui se superposent et se croisent sur trois étages. Ouvert aux deux extrémités par de grandes baies vitrées, l’espace intérieur est conçu comme le prolongement de l’extérieur. Au rez-dechaussée se trouvent le forum, l’auditorium ainsi qu’une salle pour le spectacle vivant. Après de multiples études et analyses climatiques, quatre ans de travaux, 75 000 heures de travail de gros œuvre, 750 tonnes d’échafaudages montés puis démontés… voilà le chapeau chinois qui pointe fièrement le bout de son nez pour l’ouverture du centre en mai 2010.
et conservateurs de musées. Cette première étape passée, il s’agit enfin d’emprunter les escaliers (ou le vertigineux ascenseur pour les plus téméraires !) pour découvrir les trois galeries ouvertes sur la ville de part et d’autre par de grandes baies vitrées. Avant de déambuler à travers les collections, arrêtons-nous un instant sur la muséographie. muséographie La galerie inférieure est un grand rectangle où quelques cimaises ont été disposées afin de marquer des ensembles cohérents, parmi lesquels on peut citer surréalisme, BMPT, cubisme, dada, Nouveau Réalisme, Art Brut, Matisse et Picasso… L’accrochage est un peu dense, surtout en période de grande affluence, mais les formats moyens le permettent. L’étage central est lui plus original. Il est divisé en deux nefs : l’une est dédiée à l’histoire des lieux d’exposition d’art moderne et contemporain français et la seconde expose leur contenu : des œuvres peintes et sculptées de grand format. Pour
7 ces dernières, des cartels, textes, photographies et vidéos explicatifs se trouvent affichés au mur opposé et visibles derrière de petites ouvertures rectangulaires. Enfin, la galerie supérieure est un hall central qui s’ouvre d’un côté sur des salles et de l’autre sur une rampe, mettant en valeur la cathédrale de Metz visible par l’une des baies vitrées. A chacune de ces trois galeries est associée une thématique d’exposition différente : « Histoire de chefs-d’œuvre », « Les rêves de chefs-d’œuvre » et « Chef d’œuvres à l’infini », poursuivant la réflexion débutée au rez-de-chaussée… La cohérence est, il me semble, parfois difficilement lisible pour les néophytes, d’autant plus que des allers-retours chronologiques sont sans cesse effectués. Heureusement, les gardiens de salle qui sont également médiateurs donnent volontiers plus amples explications à qui le souhaite ! Vous brûlez certainement de savoir quelles sont les œuvres exposées ? Et bien c’était un peu ma déception… moi qui à mes heures perdues aime vagabonder au centre Pompidou de Paris, j’avais déjà vu la plupart des œuvres exposées à Metz… Je pensais que les réserves du musée parisien seraient davantage dévoilées ! Il est vrai qu’en contrepartie, l’actuel accrochage de la capitale est très intéressant et expose des travaux inédits. Quelques œuvres de grand format ont tout de même trouvé une belle place, comme les décors du palais des Chemins de Fer de Robert Delaunay, La Danse du pan pan au « Monico » de Gino Sévérini, Jazz d’Henri Matisse ou Principe d’équivalence de Robert Filliou. Coups de cœur personnels d’une part pour Respirare l’ombra de Giuseppe Penone (1999-2000), installation dont les murs sont entièrement recouverts de feuilles de laurier agencées de telle manière qu’elles dessinent de beaux motifs et qui renferme une sculpture en feuilles cette fois-ci dorées représentant des poumons et une colonne vertébrale. D’autre part pour le Store de Ben, bric-à-brac invraisemblable d’objets de toutes sortes dans une joyeuse symphonie de formes, couleurs, matières et odeurs. Enfin, la série des Bleus I, II, III de Juan Miró permet une respiration méditative de belle qualité, malgré le passage un peu trop fréquent du public devant les œuvres. Enfin, on peut apprécier une véritable diversité de supports, - peinture, sculptures, installations, photographies, films, maquettes, manuscrits, tapisseries, objets d’art - placés côte à côte, favorisant des comparaisons et des rapprochements très intéressants. Le centre Pompidou-Metz est la première expérience de décentralisation en France organisée par un établissement national. Constitué en Établissement Public de Coopération Culturelle (dont les membres sont Metz Métropole, la Région Lorraine, la Ville de Metz, le Centre Pompidou et l’État), son budget est financé pour 4,6 millions d’euros par Metz Métropole, 4 millions par la Région Lorraine, 400
000 par la Ville de Metz et 1 million d’autofinancement. Le projet nait en effet de la convergence de deux ambitions. D’une part, les collections du MNAM de Paris sont si importantes que seule une infime partie ne peut être exposée dans le bâtiment parisien (1.300 sur environ 60.000). Pour le musée, il s’agit donc de pouvoir sortir des œuvres des réserves et de les mettre à disposition d’un nouveau public. Le Centre Pompidou-Metz ne détient et n’acquiert aucune œuvre, mais s’appuie sur les fonds du MNAM au cours
d’expositions temporaires conçues spécialement pour le lieu. D’autre part, pour la préfecture lorraine, l’ouverture d’un tel lieu culturel doit être un atout décisif pour sa notoriété et son rayonnement. Cette année, on a d’ailleurs compté une augmentation de 60% du tourisme… opération réussie, donc. Reste à voir sur le long terme quel sera le public qui se rendra régulièrement dans ce nouveau centre d’art moderne et contemporain (beaucoup de parisiens ?), quelles œuvres y seront exposées -après le coup d’éclat de son ouverture- et quelle portée scientifique auront les prochaines expositions… Mais dans tous les cas, à voir le nombre de spectateurs qui se pressent pour découvrir ou redécouvrir les chefs d’œuvres du XXe siècle dans un si beau cadre, l’aventure semble bien partie ! Perrine Fuchs
REPORTAGE
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C’est le chantier! … ou la véritable histoire du chantier des collections du MUCEM Pourquoi véritable ? Parce qu'il suffit d'ouvrir Wikipedia, de taper « chantier des collections » pour tomber sur l'exemple du Musée des Civilisations de l'Europe et de la Méditerranée. Mais ici à Louvr'boîte, nous sommes des journalistes d'investigation, que dis-je, des explorateurs de l'extrême, n'ayant pas peur de s'empoussiérer la blouse ou de se casser un ongle en bougeant caisses, buffets normands ou guillotines. A Louvr'boîte, nous sommes en infiltration depuis trois mois sur ce chantier.
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ais avant de passer au vif du sujet, petite présentation du MuCEM à destination des p'tits nouveaux (et des autres qui n'auraient pas encore tout bien compris, on ne leur en veut pas, à la rédaction on est comme ça). C'est en 1931 que Paul Rivet, alors directeur du Musée d'Ethnographie du Trocadéro, décide de la création d'un Musée National des Arts et Traditions Populaires, un musée d'ethnographie entièrement consacré à la France. Il en confie alors la direction à son grand ami, George-Henri Rivière. Petit à petit, les collections s'étoffent et le musée déménage du Trocadéro vers le Bois de Boulogne. Là, le MNATP se développe, jusqu'à faire de l'institution située dans le Jardin d'Acclimatation un exemple incontournable de muséographie ethnographique, basée sur la clarté et le didactique (retenez l'expression « muséographieRivière », elle vous servira, soyez-en certains!). Sauf que voilà, installé en bordure de Neuilly, au bout du bout de la ligne 1, à des années lumières du Louvre, le MNATP souffre d'un manque de visibilité et de visiteurs. Ajoutez à ça une muséographie vieille de trente ans et un désintérêt notable pour les collections : tout le monde a une terrine à pâté chez lui, pourquoi aller la voir dans un musée ? L'établissement ferme alors définitivement ses portes en 2005... Mais seulement pour mieux rouvrir : à Marseille, en 2013, sous le nom de Musée des Civilisations de l'Europe et de la Méditerranée. Enfin ça, c'est une autre histoire. Parce qu'avant d'ouvrir, il faut déménager les collections, soit plusieurs centaines de milliers d'objets. Et pour cela, le MuCEM a mis en place son chantier des collections. Le chantier des collections a en soi deux grandes missions : une mise à jour de la base de données du musée, et le transfert des objets vers Marseille. Pour mener à bien ces objectifs, plusieurs étapes sont nécessaires : campagne d'anoxie, récolement, dépoussiérage, poids et mesure, photographie et conditionnement. Le chantier du MuCEM se déroule au sein même du bâtiment du MNATP, grande tour construite à la fin des années 60, en face du Bois de Boulogne. Le chantier ? Plutôt les, car on distingue les objets en trois dimensions des piè-
ces en deux dimensions. Celles-ci, archives, documents issus des bibliothèque, phonothèque, iconothèque, photothèque et archives vidéos, demandent un traitement bien différents des masques du carnaval de Dunkerque. Deux chantiers donc, pour trois « types » de collections : les objets du MNATP, les objets européens du Musée de l'Homme, entrés comme dépôt au MuCEM en 2005, et les dépôts du MNATP dans les autres musées français, qui eux, bénéficient d'un chantier délocalisé dans chaque musée accueillant. Le chantier du MuCEM a débuté il y a cinq ans, mobilisant une douzaine d'agents du musée : chargés de récolement, restaurateurs, photographes et emballeurs. Depuis mai 2010, pour des raisons logistiques, et ne le cachons pas conjoncturelles, c'est à une société privée qu'est confié le chantier des objets 3D. Et d'élèves-stagiaires, nous sommes passées à salariés. Du privé, certes, mais vous savez, de nos jours, dans la culture... Boîte privée donc, dont le personnel est à ce jour composé d'un tiers d'anciens élèves de l'École, d'un tiers de personnes issues de l'École de Condé et d'intérimaires, qui travaille en étroite collaboration avec la conservation du musée et la société Chenue, chargée elle du conditionnement, de l'emballage et du transfert des collections vers Marseille. Retenons ici que le MuCEM n'est pas le premier à externaliser son chantier de collections, le musée du quai Branly avait fait la même chose quatre ans plus tôt. Afin de détailler les étapes du chantier des collections du MuCEM, suivons les aventures d'une petite coiffe bretonne. Parce que mine de rien, les coiffes bretonnes sont très certainement la population la plus importante des réserves du musée. Tout d'abord, il s'agit d’une petite coiffe bretonne sortie de sa réserve, voire de sa vitrine, car oui, à ce stade du déménagement tout est démonté, même l'unité écologique du Goulien. Chers élèves de premier cycle, vous n'aurez malheureusement pas la chance de connaître les TDO dans les salles sombres du musée.
9 Les objets sont alors code-barrés, ce qui permet, grâce à un logiciel de traçabilité, de savoir où ils se trouvent, et ce à tout moment. Notre coiffe est ensuite envoyée, comme l'ensemble des pièces en matériaux organiques du musée, en anoxie, traitement de désinfection par privation d'oxygène, histoire de tuer mites et autres petites vrillettes friandes de laine, bois et pain. Oui, au MuCEM il y a des pains. Des oeufs aussi, certes un peu pourris pour certains. Une fois traitée, la coiffe arrive sur la table de récolement. Opération obligatoire pour tous les musées de France depuis la loi musée de 2002, le récolement a pour but de faire le point sur les réserves. Soit vérifier si tous les objets inscrits à l'inventaire sont bien présents, si leur fiche Micromusée existe bel et bien, et surtout dans quel état sont ces objets. C'est donc au récolement qu'est établi le fameux constat d'état, le même que pour un accident de voiture, sauf que là, la coiffe est en mousseline et dentelle. Vérification de l'état de santé physique de l'objet, le constat d'état a pour but de déterminer, entre autres, quelles pièces pourront être exposées (un châle en laine dont la fiche indiquera « traces d'infestation :
nombreux trous de mites, l'objet ne tient plus que par la trame » ne sera très certainement par retenu), quelles pièces nécessitent des conditions de conservation particulières (les pièces dont le cuir ne semble pas stable, ou les pièces dont la corrosion est active par exemple) ou une intervention rapide (la moisissure attire principalement notre attention), bref, toutes les petites choses pouvant aider à prolonger la durée de vie de l'objet. Le chargé de récolement doit également inscrire sur la fiche de l'objet dans quelle réserve il sera rangé, et dans quel type de mobilier (une coiffe bretonne ira en réserve textile, dans un tiroir ou sur une tablette à coiffe ; un chaudron en cuivre ira plutôt sur une étagère en réserve métal). Enfin, concernant les collections du Musée de l'Homme, il s'agira de remplir la provenance des objets, information mentionnée dans les inventaires. Seulement voilà, U.R.S.S,
Yougoslavie, ou Tchécoslovaquie ne sont plus des localisations acceptables. Et à force de chercher dans le dictionnaire où se situent des villes/régions/provinces/bleds paumés comme Olténie, Valachie ou Pecs, nous sommes prêts à participer à Question pour un Champion, et choisir « villes de l'Europe du Sud Est » au Quatre à la Suite. Toutes ces informations, et bien d'autres fournies quant à elles par les conservateurs et chercheurs du musée, sont intégrées à la base de données Micromusée, dont le doux nom évoque aux nombreux stagiaires que vous êtes soit un merveilleux souvenir, soit une crise d'urticaire. Logiciel utilisé par la majeure partie des musées de France, Micromusée permet, grâce à de multiples onglets et sous rubriques, de réunir en une seule fiche la totalité des informations sur un objet, de sa date de fabrication, à son contexte d'utilisation, en passant par son prix d'achat par le collecteur ou les différents traitements de restauration qu'il a pu subir. Le récolement, une chose simple me direz-vous. Et bien non. Car c'est au récolement que tombent la majorité des problèmes : objet dont le numéro d'inventaire n'est pas marqué (or le marquage est la principale garantie de l'existence de l'objet dans l'inventaire), objet sans étiquette de
codebarre, doublons d'inventaire (soit deux objets avec le même numéro... et là, forcément il y en a qui n'est pas bon), erreur de lecture du numéro d'inventaire (entre les années 1878 et 1978 par exemple, les objets de 1878 étant marqués « 78 » et ceux de 1978 « 978 ») ou mieux, objet non-inscrit à l'inventaire (alors là c'est balot, il n'y a plus qu'à donner un numéro provisoire). Tout un tas de problème de régie dont la résolution demande une enquête d'investigation digne d'Hercule Poirot, menée main dans la main entre l'équipe du récolement et les régisseurs du musée. Et là, on est quand même bien contents d'avoir eu une formation en muséologie. Récolé, l'objet est envoyé au dépoussiérage, véritable salon
REPORTAGE
10 de beauté du musée. Là, notre coiffe, tout comme son voisin le tambourin en peau de chèvre, est dépoussiérée, démitée (oui, l'employé de chantier est entomologiste à ses heures perdues), mesurée et pesée. Ces deux dernières étapes ont pour but de prévoir quelle place occuperont les objets dans les futures réserves, et donc de commander le matériel de stockage en conséquent, ou en exposition. Les opérations de restauration plus poussées, en particulier sur des objets fragiles tels que les pains ou les cuirs, ne sont pas effectuées par l'équipe du chantier, mais par une restauratrice du musée. Propre, la petite coiffe de Lorient à volants de tulle blanc tuyauté passe par le studio photo, afin de parfaire sa carte d'identité par un joli cliché couleur, voire plusieurs si l'objet est complexe. Là, le plus compliqué n'est pas de faire une photographie nette ou de savoir dans quel sens le bonnet peut bien se porter, mais de prendre dans son intégralité une guillotine de trois mètres de haut ou une robe roumaine de deux mètres d'envergure. Tout de suite, notre petite coiffe plate, semblable à deux mille autres, on l'aime.
normandes, barques de Berck et autres semi-remorque de grandes dimensions ont droit à ce que nous appelons le « chantier mobile ». L'objet ne vient pas au chantier, le chantier vient à lui, un peu comme Lagardère en son temps. Ainsi, une équipe de trois à quatre personnes se déplace dans les réserves, voire au beau milieu des vitrines du musée, pour, sur place, récoler, dépoussiérer, mesurer et photographier l'objet. Mais le chantier mobile bouge aussi en région, car les objets du MuCEM ne sont pas tous conservés sur Paris : les machines agricoles et les manèges de fête foraine sont au chaud, dans une réserve à Saint Riquier, petite ville située à une trentaine de kilomètres d'Amiens. Ainsi enregistré, l'objet sort de la chaîne et part, après une dernière vérification de sa fiche, à l'emballage. Les caisses sont remplies par nature des matériaux, le bois avec le bois, le saindoux avec le saindoux, et format des objets, les chaussures dans des caisses, les manteaux dans des penderies. Les caisses sont alors mise en palettes. A destination du bord de mer… Eloïse Galliard
Enfin tout ça, c'est pour les coiffes bretonnes, les tabliers bulgares ou les quenouilles de Cornouailles. Les armoires
PHENOMENE SOCIAL
Halte au photocopiage!
O
n en croise tous les jours à la bibliothèque et on en a parfois un dans ses fréquentations directes : Le photocopieur en série. Vous l’avez sans doute déjà remarqué : Chargé d’un monticule de bouquins, il se livre à d’incessants va et vient entre son siège et son gros appareil préféré. Dégainant à la moindre occasion sa carte de photocopies forfait illimité, tournant et retournant des livres dans tous les sens, il semble résolu à garder sur papier une copie de chaque ouvrage venant à se poser sous ses yeux. On ne s’explique guère d’où lui vient cette passion pour la duplication livresque. La satisfaction de se sentir le moine copiste du XXe siècle (photocopier is so last century) ? Celui qui enlumine à tour de bras à coup de Stabilo ? A la fin d’une journée riche en déplacements, il quitte la bibliothèque, satisfait d’avoir dans son sac le témoin de sa productivité et l’équivalent d’un département archivistique qui alimente sa sciatique et sa bonne conscience. Car il s’agit bel et bien de bonne conscience. Quand l’étudiant photocopie, il se dit « Je lirai ça plus tard. » C’est là ou le bât blesse, car bien souvent, il ne lira jamais ces feuilles. Il les empile, les entre-
pose et les oublie. Car un lot de photocopies sorti de son contexte, c’est froid, impersonnel, effrayant et ça rebute le quidam qui choisira au dernier moment de s’envoyer un Découverte Gallimard. Une petite photocopie de temps en temps, lors d’une soirée entre amis ou pour un exposé, ça ne fait de mal à personne et ça peut même parfois friser l’utilité. C’est quand la photocopie devient systématique qu’il faut s’alarmer. Pour désintoxiquer un ami, faites lui valoir le nombre de soupes à la tomate de la cafét dont il se prive pour financer son addiction ou les arbres qu’il sacrifie sur l’autel de la copie servile et stérile. Si vous choisissez de faire preuve de pragmatisme, dites lui que lire sur place, prendre quelques notes ou emprunter un ouvrage chez soi est bien souvent la technique à adopter pour réussir ses examens. En cachant soigneusement que vous avez souvent vous-même fait appel aux fiches récapitulatives d’un photocopieur. Margot Boutges
L’ŒUVRE DU MOIS
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Gustave Courbet: « L’Origine du monde »
L
e musée, cette institution omnivore et vorace, finit donc par dévorer tout ce qu’elle trouve sur son passage, et jusqu’à ce qui n’avait jamais été prévu pour lui : en voici le témoin le plus dérangeant et le plus extraordinaire. Ne faites donc pas comme ces touristes, égarés dans cette salle, qui détournent les yeux avec pudeur ou éclatent de rire pour si mal cacher leur gêne intense. Dans l’historique du nu féminin dans notre peinture occidentale, ce petit rectangle de toile (comme un trou de serrure ayant fantasmatiquement pris la forme d’une fenêtre, ou d’un écran dirions-nous à notre époque) constitue le jalon le plus radical, le plus pornographique, et, osons le dire, l’un des plus réfléchis. Vous n’aurez pas, comme son premier propriétaire, la chance de l’admirer en secret dans votre cabinet de toilette, dissimulé derrière un rideau de tissu peint : faisant son apparition au milieu d’un de ces intérieurs haussmaniens surchargés que l’on imagine sans trop de problèmes, cela devait faire son effet face aux rares visiteurs admis à le contempler. Ou plutôt, la contempler. Ironie : la femme picturale la plus scandaleuse restera à tout jamais sans visage. Car c’est plus bas que tout se passe, à tous les sens du terme. Oubliez un peu cet angle de quatre-vingt-dix degrés que votre regard veut effectuer par rapport à cette œuvre pour la remettre à distance, et osez donc, pour quelques minutes, contempler cette femme dont, selon une ancienne et célèbre description, le peintre aurait oublié de représenter la tête, les bras et les jambes. Sans conteste la délectation libidineuse jouait au départ, mais il y a plus. L’époque de ce sexe s’offrant avec insolence sur les cimaises privées, c’était celle des pubis soigneusement épilés, des nus lisses et marmoréens déguisant sous de nauséeux prétextes allégoriques l’indécent titillement sexuel qu’elles étaient censées procurer. Cette origine du monde (un beau titre dont l’auteur reste inconnu) en est la critique suprême, où la puissance picturale du maître
du réalisme (sa pâte épaisse appliquée au couteau, trouvant à s’exprimer totalement dans la largesse des chairs, cette couche de peinture qui semble à chaque fois se dresser contre nous de toute sa force) est alliée à la plus grande audace de cadrage. N’écoutez pas ceux qui vous diront que l’auteur s’est inspiré d’un daguerréotype pornographique antérieur : l’imagination et l’audace ne peuvent que forcément avoir précédé, allez-y pour le jeu de mots, le cliché érotique. En quelque sorte, ce sont les coulisses du nu dans l’art, lorsque les voiles mythologiques et les décors de papier-mâché ont été retirés comme au théâtre, et que la catin du cabaret se retrouve seule dans sa loge. Néanmoins, après ce premier niveau, vous aurez du mal à contenir une hésitation d’un autre genre : soudain, dans cette image si resserrée qu’elle en devient décontextualisée à l’extrême, vous en viendrez à soupçonner l’horrible, le glauque. Un cadavre ? Peut-être, peut-être pas. Ce drap blanc ombré de bleu, celui de la couche dérangée, qui ne consent à exposer qu’un unique sein érectile, pourrait aussi bien devenir linceul. Et comment interpréter cette jambe gauche, si étrangement disloquée, à moins que l’anatomie n’ait été malmenée pour mieux mettre en valeur son ultime secret, celui de ces lèvres offertes où, approchez encore plus près, se devine une très légère rougeur, dont il vous sera laissé libre l’interprétation… Le peintre du minéral, de l’écume, du ciel grumeleux, se trahit en tout cas au plus haut dans cette abondante forêt noire centrale, origine du monde donc, et assurément comble de la peinture : offrir au regard le plus grand raffinement du poil de pinceau, la démonstration du plus grand talent, dans ce qui, selon la société, n’aurait jamais du être peint – transgression effectuée malgré tout, pour la plus heureuse remise en question de notre petite morale personnelle. P.P
FOCUS L’Origine du monde fera l’objet d’une conférence à l’auditorium du musée d’Orsay le dimanche 17 octobre à 16h, en présence de Giorgio Agamben, philosophe et auteur de Nudités, Laurence des Cars, conservateur et commissaire de la rétrospective Courbet au Grand Palais et Catherine Millet, écrivain.
INTERVIEW
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Michel Laclotte se met à (re)table... Michel Laclotte nous a reçus dans son appartement, au cœur d’un intérieur envahi par les tableaux et par les piles de livres. D’un ton badin, il est revenu sur sa carrière flamboyante dans les musées tout au long de la seconde moitié du XXe siècle et sur les chantiers dont il fut un acteur principal : Orsay, Le Grand Louvre, Avignon… Encore très investi dans la vie de l’école du Louvre, il nous a donné quelques conseils. Une interview fleuve passionnante qui a du être considérablement écourtée sur le papier… La formation à l’école du Louvre a évolué depuis que vous y êtes entré. PouvezPouvez-vous nous en dire plus ?
Bon. Un petit résumé : la réforme des musées mise en place après la guerre prévoyait que pour être conservateur des musées nationaux il fallait passer un concours et devenir ainsi"élève agréé" de l’Ecole du Louvre. Nous étions peu nombreux chaque année, une dizaine, le concours était difficile, l’équivalent du concours actuel de l'INP avec des nuances. Les chartistes, ceux qui avaient passé le concours de l’Ecole des Chartes, étaient dispensés de ce concours durant les premières années de la réforme. Je suis arrivé à la fin de ce système J’avais préparé l’Ecole des Chartes à Henri IV. Mais, très mauvais en latin, j’ai été collé. La dispense pour les chartistes ayant alors été supprimée, j’ai passé le concours des musées. Puis trois ans d’école avec deux cours organiques (pour moi; peinture étrangère et peinture française) et HGA, en dernière année muséographie intégrée dans le cursus et trois pour la thèse. On était alors "diplômé de la section supérieure de l'EDL". Mais contrairement à ce qui existe pour les élèves de l'lNP, nous n'avions droit à aucun traitement. Pour vivre, il fallait faire des petits boulots (pour moi des visites guidées au Louvre) A l'Ecole, Il y avait 3 types d’élèves : les auditeurs comme aujourd'hui, les élèves agréés et les élèves libres qui n'avaient pas passé le concours mais étaient appelés à suivre le même cursus, c'est-à-dire 3 ans et une thèse, avec un diplôme officiel de fin d’études. Comme beaucoup aujourd'hui, j’ai suivi un double cursus avec une Licence d’histoire de l’art rue Michelet… On était ensuite nommé assistant ou conservateur. La plupart des élèves agréés étaient déjà en stage dans les départements et musées correspondant à leur spécialité avant la fin des études. Vous travailliez dans le département parallèlement à vos études ?
J’ai eu la chance d’y être introduit par Sylvie Béguin qui était conservateur au département des peintures du Louvre, une grande historienne d'art, disparue il y a quelques mois.
Elle m’a fait entrer au service de documentation, où j’étais en stage en tant qu’élève. Il se trouve -- ne me demandez pas pourquoi --, que je m’intéressais beaucoup aux peintures conservées dans les musées de province, à chercher quels étaient les Velázquez, les Poussin ou les Giovanni Bellini dans nos musées. J’avais fabriqué des tas de petites fiches, classées dans des boites à chaussures. Ca a été décisif pour ma thèse. Quel en était le sujet ?
Un répertoire des tableaux toscans (siennois et florentins) des musées français hors du Louvre et de Jacquemart-André. C’est ce qui m’intéressait, repérer et identifier un peu partout les œuvres du XIVe-et du XVe siècles italien, florentins et siennois, conservés en France. J’ai soutenu ma thèse en 1955. Je travaillais déjà à l’inspection générale des musées de province. Et en 1956, je me suis occupé d'une exposition à l'Orangerie montrant les meilleurs primitifs italiens, De Giotto è Bellini, pas seulement toscans donc, des musées de province. J'avais été beaucoup aidé par Roberto Longhi qui est resté mon mentor. PouvezPouvez-vous nous en dire plus sur l’inspection générale ?
Au département des peintures, on m’avait dit d'aller voir Jean Vergnet-Ruiz, qui dirigeait l'Inspection et dont on ne parle pas assez pour le rôle capital qu'il a joué après la guerre dans la résurrection des musées dans toute la France. Il m’a engagé comme chargé de mission, pas du tout de façon officielle et ça a été la chance de ma vie. Il m’a formidablement soutenu et poussé en avant. J’ai eu la chance que tous mes camarades n’ont pas eu. J’ais été nommé assistant, puis inspecteur à l’inspection générale des musées de province qui est devenue ma base pendant une douzaine d'années. J'étais chargé, avec d'autres, de la peinture « ancienne ». Le travail était passionnant, il s'agissait d’aider les conservateurs dans leur travail Dans les musées de province, on avait recruté au lendemain de la guerre beau-
13 coup de conservateurs nouveaux, C’était une des réformes de 1945 : pour diriger les musées "classés" des grandes villes, et les centaines de musées "contrôlés", on ne pouvait plus nommer le peintre du coin comme conservateur. Les municipalités ou les départements devaient choisir un conservateur agréé par l’Etat. Mon travail a été pendant des années d’aller un peu partout en France. L’inspection jouait un très grand rôle, Je suis de ceux qui regrettent ce système qui n'avait rien d'un colbertisme dirigiste et qui a été mis à mal par la décentralisation récente. On était au début des années 50 , dans une période de reconstruction, Des musées avaient été complètement détruits, comme Caen, le Havre ou Brest. Et partout il fallait moderniser les présentations inventorier, classer, restaurer, donc pour l'Inspection mettre au point avec les conservateurs les programmes muséographiques, subventionner les travaux et aider scientifiquement, bref conduire une vraie politique cohérente dans tout le pays. Jean Vergnet Ruiz était assisté par une équipe d'inspecteurs spécialisés et faisait aussi appel, pour les questions scientifiques aux conservateurs du Louvre, tels que Charles Sterling, Pierre Verlet ou Hubert Landais Il m’avait demandé d'aider les conservateurs à réviser les attributions des œuvres, notamment pour la peinture italienne, mais pas seulement, et aussi d'examiner avec eux les tableaux à restaurer, parfois de donner un coup de main pour les accrochages (comme ce fut le cas à Chambéry ou à La Fère), quand c'était nécessaire. Dans beaucoup de musées, ce n’était pas la peine. Pierre Quarré à Dijon ou Hans Haug à, Strasbourg qui étaient de très grands directeurs, n’avaient évidemment pas besoin d’un gamin comme moi pour trouver les attributions ! Ca m’a engagé à m'intéresser à toutes les écoles, à tout regarder, et à analyser les problèmes de restaurations. D'ailleurs, après l'exposition des primitifs italiens, nous avons fait plusieurs expositions - bilans des ressources de nos musées - le XVIIe français à Londres en 1958, à Paris la peinture espagnole en 1963, et le XVIe siècle européen en 1965. Chaque fois, ça m'amenait à travailler sur des écoles ou des périodes nouvelles pour moi. Et c’est à l’initiative de VergnetVergnet-Ruiz qu’est né le musée du Petit Palais d’Avignon…
Il s’agissait à la base de regrouper une partie de la collection Campana achetée sous Napoléon III, qui comprenait des antiquités grecques, étrusques et romaines, et une grande collection de peintures des primitifs italiens. Pour des raisons diverses, le Louvre a gardé une bonne partie des antiques, un ensemble des tableaux italiens, dont les œuvres de Uccello, Cosme Tura ou du Studiolo de Frédéric de Montefeltre. Le reste des primitifs a été presque immédiatement, à partir de 1863, dispersé dans plus de 90 musées de province. Ce qui a été vivement critiqué à l'époque. Jean Vergnet-Ruiz a eu l’idée de regrouper cet ensemble, en déposant d'autres œuvres en échange des tableaux Campana
repris dans chaque musée Ca a été un long travail dont j'ai été chargé. L'exposition de 56 en avait montré une amorce. Il fallait ensuite terminer ce jeu d’échanges permettant la recomposition de la collection, mais aussi de certains retables, absurdement coupés en morceaux, tel par exemple un retable florentin du Quattrocento dont la partie centrale était à Grenoble et la prédelle partagée entre 2 musées. Grâce à Georges de Loye, conservateur du Musée Calvet, c'est à Avignon, qu’on décida d'installer le nouveau musée, au Petit Palais, superbe bâtiment du XVe siècle, inauguré en 1976. Vous avez alors côtoyé de grandes figures du monde culturel, comme André Malraux…
En effet au début des années 60, il y a eu du nouveau : Malraux était devenu ministre des affaires culturelles. Contrairement à l’image qu’il a donné à la fin de sa vie à la télévision, quelqu'un d’un peu fumeux, il était extrêmement précis. En visitant avec lui une exposition comme celle sur la peinture espagnole des musées et églises français en 63, ou à d'autres occasions, je voyais bien l'étendue de ses connaissances des œuvres et des musées : "vous voyez ce que je veux dire, le trompe-l’œil dans la petite Vierge ferraraise d'Edimbourg"… On avait l'impression qu’il planait, dans un Nirvana intellectuel, en ébullition permanente, mais non. Il avait bien aimé mon exposition en 65 au Petit Palais sur le XVIe européen, il avait même emmené le général De Gaulle la voir. Cette exposition a marqué l’arrivée d’une nouvelle génération de conservateurs comme Pierre Rosenberg et Jacques Foucart, pour ne nommer que ceux que j'allais retrouver l'année suivante au département des peintures du Louvre où j'avais été nommé conservateur en chef par Malraux. C’est le début de l’âge d’or, entre le Louvre et Orsay… Quelles grandes étapes ont marqué votre carrière ?
Bon alors les grandes étapes… 1966 le département des peintures du Louvre. Malraux nous a demandé de faire un projet général de réorganisation des peintures, incluant le pavillon et l’aile de Flore. A ce moment là il n’était évidemment pas question du ministère des finances (l’actuelle aile Richelieu) mais on avait obtenu Flore qui était occupé par la Loterie nationale… Je succédais à Germain Bazin. Il avait été conservateur en chef des peintures après René Huyghe, parti en 1950 au Collège de France-- et qui avait été un grand conservateur des peintures, je le souligne--. Il avait entrepris un vaste réaménagement du département, mené une campagne de restauration exemplaire, admirablement réencadré de nombreuse peintures. Dans certaines des nouvelles présentations, réalisées par de grands décorateurs parisiens, il tentait de suggérer l'ambiance d'origine des œuvres exposées. Dans les petits cabinets, par exemple, la Piéta d’Avignon était accrochée sur un mur en fausse pierre, et pour le studiolo
14 de Frédéric de Montefeltre, on avait inventé une espèce de trompe l’œil genre marqueterie, pour les hollandais du XVIIe siècle des boiseries du XVIIIe suggéraient l'époque de leur achat sous Louis XVI. Bref un esprit de pastiche qui nous choquait. Bon, je sais, il y a des présentations dont je suis responsable et que les petits jeunes trouvent à leur tou pénibles. A chacun sa génération, son goût… J’avais beaucoup admiré lors de mes séjours en Italie les réalisations muséographiques récentes, telles celles de Scarpa à Venise ou à Vérone, s'appuyant sur l’idée de sobriété, de détachement de l'œuvre dans l'espace muséographique. Cette tendance purificatrice s'était manifestée déjà avant la guerre, parfois radicalement puisqu’on avait souvent remplacé les couleurs des cimaises par de simples badigeons blanc ou crème. Ca allait pour la peinture contemporaine et pour certains primitifs, mais pour la peinture baroque ou classique, les tableaux apparaissaient comme des mouches sur du lait… avec une opposition beaucoup trop forte. Encore une fois, c’est une question de génération. Aujourd'hui on revient au blanc, aux couleurs flashy voire au noir. Bon. Pour ma part j’avais préconisé ces couleurs-là (désignant les murs de son salon ndlr), des couleurs qui sont un peu dans les tons châtaigne, gris chaud, tabac… Des fonds qui soutiennent la peinture sans s’imposer agressivement. Ce qui ne nous a pas empêché par exemple de revenir au rouge du XIXe siècle -- un rouge mis au point par Soulages, qui est un grand ami -- pour les grandes salles XIXe David-Delacroix-Géricault qui avaient été aussi blanchies après la guerre. Nous avons mené une grande réflexion avec toute l’équipe pour la nouvelle répartition des peintures, On gagnait d’une part l’aile de Flore et son pavillon et d'autre part le 2e étage de la Cour Carrée qui était déjà au musée mais dont Germain Bazin n'avait pu aménager qu'une partie, le reste étant consacré aux réserves. Donc un gros projet, on a beaucoup travaillé et évidemment tout a été remis en cause 12 ans après quand on a eu les Finances, la donne était totalement différente il fallait imaginer de tout autres circuits. Comment est né le musée d’Orsay ?
On l'a souvent raconté. On s’était rendu compte dans les années 70, que le Jeu de Paume admirablement installé par
INTERVIEW René Huyghe après la guerre pour les impressionnistes, était devenu trop petit, qu’il y avait déjà des donations ou des achats de tableaux impressionnistes ou postimpressionistes qui ne pourraient pas entrer et surtout que la décision prise de faire le musée d’art moderne au futur Centre Pompidou faisait que le début des collections allait revenir au Louvre, donc au Jeu de Paume. Vous savez que c'était la tradition, le passage du Luxembourg au Louvre au fil du temps. Pont-Aven, les Nabis, Bonnard, Vuillard, Maillol, les pointillistes allaient arriver et on s’est dit : il y a un vrai problème. J’étais très lié avec Pierre Rosenberg, on travaillait ensemble et… C’est la scène sur le pont !
Oh écoutez si vous savez tout… Vous êtes agaçantes ! Parce que c’est vrai cette histoire. Enfin si vous la savez ce n'’est pas la peine de rabâcher ! (Ndlr, c’est en traversant un soir la Seine que Michel Laclotte et Pierre Rosenberg ont une illumination et s’exclament qu’il faut placer le musée dans la gare d’Orsay à l’abandon.)
Nous savions donc que la gare d’Orsay allait être disponible, On voyait très bien de l’extérieur qu’il y avait la possibilité de faire une grande galerie en haut à éclairage zénithal pour la peinture. On convainc le directeur des Musées de France, Jean Chatelain. Le ministre de la culture Jacques Duhamel est prêt à classer le monument pour éviter que ce soit un hôtel, ce qu'il fait. On demande l’autorisation d’en parler, de créer un petit mouvement d’opinion. Et Jacques Thuillier écrit sous un pseudonyme un article dans le Figaro … L’idée fait son chemin, est acceptée définitivement et mise en exécution au moment où M. Giscard d'Estaing est élu Président. Il s'enthousiasme pour le projet. J’ai accepté d’être nommé responsable pour le programme des collections à plusieurs conditions, d’une part de pouvoir composer moi-même l’équipe des conservateurs, d’autre part qu’on me fiche la paix pour le travail quotidien ce qui a été vraiment le cas, que je ne serais pas le directeur, que je passerai le bébé le jour de l’ouverture à quelqu'un d’autre et que je garderai le département des peintures du Louvre. Promesses parfaitement tenues par le directeur des Musées de France, Hubert Landais, qui m'avait fait confiance. Il m’a expliqué plus tard en riant qu’une des raisons pour lesquelles j’avais été retenu, ce n'était pas parce que j’étais gé-
15 nial, mais parce que, comme on ferait de gros transferts de peinture du Louvre à Orsay, je ne ferais pas d’histoire... Une autre raison essentielle justifiait la création d’Orsay. Le mouvement d’opinion et du goût depuis la guerre avait beaucoup modifié les jugements à propos de l’art autour de 1900, l'architecture "Beaux-arts", les pompiers, le symbolisme, l'Art Nouveau, retrouvaient des historiens et des amateurs … Dans ma jeunesse, les vieilles dames vendaient leurs Gallé,… Et puis, grâce à des expositions comme celle sur les "Sources du Vingtième Siècle" de Jean Cassou, à des historiens comme Bruno Foucart, des marchands malins , tout ça revenait en lumière, il fallait évidemment en tenir compte. Une forte équipe de conservateurs a été constituée, pour couvrir toutes les techniques : peinture, sculpture, arts décoratifs, photographie, architecture. Un établissement public a été créé avec Jean -Philippe Lachenaud comme Président et Jean Jenger comme directeur, tous deux férus d'architecture. Un concours a désigné les architectes, qui ont choisi Gae Aulenti pour l'aménagement muséographique. Pour nous, il s'agissait pour commencer de définir le programme, les limites chronologiques de la démonstration. Un jour, raccompagnant M. Giscard d'Estaing après une visite du chantier, il me demande « et où mettez vous la Liberté de Delacroix ? C'est un symbole du XIXe siècle". Il n’y avait alors aucun Delacroix exposé ?
Attendez ! Je lui répond : " le tableau reste au Louvre, comme les autres grandes toiles de Delacroix qui font corps avec celles de Gros et de Géricault". Nous avions prévu de commencer autour de 1863, date du Salon des Refusés. Le Président n'était pas content du tout, il souhaitait que le romantisme soit inclus dans le programme… Cette intervention a finalement été bénéfique. Elle nous a amené à réfléchir et à décider, non pas d'inclure le romantisme -il n'y avait pas assez de place à Orsay pour les grandes toiles de Gros, Géricault, Delacroix- , mais de faire démarrer plus tôt la démonstration que nous ne l'avions prévu, soit autour de 1848-1850 (révolutions, naissance du réalisme et des Préraphaélites, Exposition universelle de Londres; etc..), Ce qui, du coup, nous conduisait à représenter Ingres et Delacroix à la fin de leur vie, quand ils étaient encore en pleine activité créatrice. Arrive 1981, l’élection du président Mitterrand. J’ai été convoqué seul à l'Elysée - Jean Philippe Lachenaud s'était mis en retrait et Jacques Rigaud n'était pas encore nommé pour expliquer au président ce qu’était ce qu’on appelait encore le « musée du XIXe siècle». Je lui ai dit que le titre du musée était trompeur et qu'il fallait l'appeler : Musée d’Orsay. « Musée d’Orsay, qu’est-ce que ça veut dire ? » m'a-t’il dit et j’ai répondu «Et Louvre, Prado, Offices, qu’est-ce que ça veut dire ? », ça l’a fait rire et ça a marché tout seul. Suivent cinq ans de travail intensif d'une équipe galvanisée, en parfaite entente avec Jacques Rigaud et Jean Jenger et en complicité totale avec Gae Aulenti. Orsay ou-
vre fin 86, Françoise Cachin prend la direction du musée. M. Mitterrand avait demandé à M. Giscard d'Estaing de l’accompagner pour l’inauguration, ce qui était tout ce qu’il y a de justifié, M. Chirac, premier ministre à l’époque, n'était pas loin. Ca reste pour moi une période inoubliable, malgré les critiques qui ont fusé après l'ouverture. Dans les réflexions menées en bâtissant Orsay, nous avions intégré la notion de contextes historico-social, et culturel (littérature, musique etc.), qui seraient évoqués au travers d'’expositions; de conférences, de concerts, de lectures. Ce qui nous a bien servi pour établir les programmes culturels du Louvre. On revient au Louvre…
Que je n'avais pas quitté. En 81, la décision est prise par le Président Mitterrand de nous donner les Finances et de lancer le Grand Louvre, joie absolue, c'était complètement inespéré. A ce moment là, J’étais conservateur en chef des peintures, et rien de plus. Mais j’étais fortement partant. Emile Biasini a été désigné comme patron du Grand Louvre, grâce à lui, aux équipes de programmation, puis à I.M.Pei et aux autres architectes, les conservateurs se sont investis fortement dans le chantier. Tout le monde a été convaincu par les propositions de Pei, ce qui n’était pas évident : la pyramide, de prime abord, c’est quand même un peu surprenant. Vous êtes trop jeunes pour avoir connu les polémiques d'une extrême violence qui ont entouré la publication du projet. J’ai pris l’initiative avec mes camarades d'adresser une lettre, signée par les 7 conservateurs en chef, au directeur des musées de France, avec l’intention de la lancer dans la presse, pour dire que nous étions d’accord avec le projet, y compris la pyramide. Ca a été très mal pris. Il y a des gens qui ont dit « évidemment ils ont peur pour leur poste… ». Première ouverture en 89, exclusivement sous la pyramide et les fossés. Il y a eu un G7 la même année qui s'est tenu au Louvre, Mitterrand voulait absolument montrer ça à ses petits camarades. Il y avait Bush père, Kohl, madame Thatcher qui traînait dans les salles d'antiques- ce qui prouve que contrairement à ce que disaient mes amis anglais, qu’elle n'était pas analphabète. M. Mitterrand est venu souvent sur le chantier, ça l’intéressait beaucoup, mais sans jamais intervenir sur nos choix. Très intimidant, M. Mitterrand, je ne savais évidemment pas qu’il était malade, quand il est venu en 93 pour l’inauguration de Richelieu, il était déjà très fatigué. Et la visite était longue. Ca durait, ça durait. Il était stoïque. Le soir j’avais un coup de téléphone de son chef de cabinet qui m’a dit «vous l’avez épuisé ». Il avait tenu le coup. Il était très content, c’est ce qu’il avait voulu, il n’y a aucun doute, enfin je l’espère. Et vous êtes devenu le premier directeur du Louvre…
Pas tout à fait. il y avait eu des directeurs, André Parrot puis Pierre Quoniam, puis des directeurs administratifs qui
INTERVIEW
16 restaient sous la coupe du directeur des musées. Mais quand la direction des musées de France a quitté le Louvre, on a senti la nécessité d’une direction plus autonome et comme j’avais joué un petit rôle pour faire prendre la mayonnaise, on m’a demandé de changer de bureau… Mes camarades des autres départements se sont résignés : "s'il en faut un, autant que ce soit vous" m'a dit l'un d'eux... Mais j'ai, je crois, joué le jeu avec eux. C'est-à-dire qu’on se réunissait collégialement tous les jeudis matins, qu’il pleuve ou qu’il grêle, pour prendre toutes les décisions importantes, on discutait vraiment. Dans bien des cas, j’aurais été incapable de résoudre tel problème administratif ou social, J'ai donc eu à mes côtés un n°2 administratif de haut niveau, successivement Francine Mariani-Ducray et Brigitte Joseph-Jeanneney. On a créé une série de directions pour l’auditorium, le service culturel, les ressources humaines, la sécurité etc. ce qui structurait une vraie organisation complètement nouvelle. En 92, nous sommes devenus établissement public. J’ai beaucoup hésité avant de demander que soit créé un organisme indépendant des musées de France, car j’étais toujours très marqué par la mutualisation des musées français, qui faisait leur force et qui est en train de perdre plus ou moins de son efficacité. Condition formelle : J’ai obtenu que le président soit également directeur et que ce soit un conservateur. Ce qui me parait toujours fondamental. Je n'ai pas le temps de vous parler de tout le reste : rôle du Service Culturel et de l'Auditorium, expositions, acquisitions. Les acquisitions pour moi ça a toujours été un enjeu fondamental. Mais je n’ai jamais trouvé de Velázquez… Ni de Duccio…
… Ca c’est de la provoc’ vous êtes terribles ! Je n’étais plus en charge quand on a raté le Duccio. Il faut dire qu’ils n'ont pas été très chic chez Christie’s… Le MET a donc volé le Duccio du Louvre ?
Volé, vous exagérez… Le Louvre était en négociation avec Christie’s pour acheter le L’objet de tous les désirs... Duccio Stoclet, ce qui était pour moi un rêve depuis 40 ans… Nous avions Cimabue et Giotto, manquait le troisième homme... Et le Louvre avait réuni une somme conséquente. Ils m’ont demandé d’aller le voir à Londres. Il était en excellent état, c’est un tableau merveilleux. Et quelques jours après mon passage, sans le dire au Louvre, la maison de vente accepte une proposition supérieure du Met. Et ça, ce n’est pas bien. Ils au-
raient dû dire « si vous voulez le tableau, vous avez tant de jours pour trouver l'argent». Ils ne l’ont pas fait… Cette idée-fixe -l'importance des acquisitions- reposait sur quelques principes. Il faut à la fois accentuer les points forts des collections : les grands chefs d’œuvre de Chardin, de Rubens ou de Houdon, on n'en aura jamais trop. Et bien entendu combler les lacunes dans tous les domaines, notamment pour le XIXe étranger, longtemps négligé par chauvinisme. La même chose pour Orsay évidemment, où les campagnes d'acquisitions avant l'ouverture ont été intensives et passionnantes. Quelques expositions marquantes de vos dernières années ?
En 1993, pour ma dernière année j’ai organisé une exposition au Grand Palais, Le siècle de Titien…, et là j’ai mis le paquet, pour parler élégamment ! J’ai été voir tous mes copains en disant « vous me prêtez ça, c'est mon chant du cygne, pas moyen de faire autrement ». C’est une exposition, je crois qu’on referait difficilement. Giorgione, Titien, Véronèse, Tintoret, Bassano… C'était vraiment spectaculaire, mais pas seulement un show : une démonstration d'histoire de l'art avec des rapprochements qui ont permis de modifier ou de confirmer ce qu’on pensait, par exemple de Giorgione, de la jeunesse de Titien ou du parcours de Jacopo Bassano... Une autre exposition que j’avais beaucoup aimé concocter mais qui n’a pas eu de succès : Polyptyques en 91, il y avait beaucoup d’œuvres contemporaines. On y voyait l’évolution, du Moyen-âge jusqu’à aujourd’hui, du système de panneaux multiples composant une œuvre unique. J’avais demandé un de ses polyptyques à Soulages. C'était drôle parce que c’est lui qui accrochait, il expliquait, comme toujours, - Soulages est un amour, il m’a donné ça pour mon départ (désignant un tableau au mur ndlr) - aux installateurs du Louvre comment il fallait faire. Ca les amusait parce qu’ils avaient l’habitude des peintres morts, pas des peintres vivants. Et après le Louvre ?
Je suis parti en 94. Il restait encore beaucoup à faire, qui a été réalisé par Pierre Rosenberg, puis Henri Loyrette et leurs équipes. J’ai alors travaillé à la réalisation d'un vieux rêve d'André Chastel, la création d'un Institut National d’Histoire de l’Art, dans les locaux de la Galerie Colbert libérée à la suite du déménagement d'une partie de la BNF à Tolbiac. Je collabore maintenant à l'INHA à la constitution du RETIF, Répertoire des Tableaux Italiens en France, ce qui me ramène à mes fiches de jeunesse, mais maintenant ça s'engouffre dans internet. On contrôle les attributions, l'origine de tous les tableaux italiens en France, musées, églises, universités, tout ce qui est public, plus de 15000 tableaux. Et j'ai la chance de rencontrer les chercheurs, étudiants ou spécialistes invités, français ou italiens, accueillis à l'INHA. J’ai aussi accepté de faire des cours à
17 l’Ecole du Louvre (ndlr : pour le cour organique de peinture étrangère) , ce qui m’a beaucoup amusé et revigoré. Qu’estQu’est-ce que vous pensez de l’évolution du Louvre aujourd'hui, des projets… Ils ne vous ont pas contacté pour Abu Dhabi ?
Silence radio. Je n’ai pas à parler de ça ici. Ce ne serait pas correct… (nous renvoyons les lecteurs à la lettre publiée dans libération du 29/01/2007 sur le Louvre Abu Dhabi ndlr) Quelle œuvre a un aspect sentimental prononcé pour vous ?
Vous savez c'était le dernier bébé, comme dans toutes les familles, la dernière acquisition. Surtout quand il avait fallu se battre pour l’avoir. Malatesta de mon ami Piero della Francesca, le Tricheur de Georges de La Tour, le Verrou de Fragonard ne nous sont pas tombés tout cuits dans le bec ! C'était un boulot pour les acquérir. Se persuader avec l'équipe du département de la nécessité absolue de l'acquisition, trouver l’argent, convaincre les collègues, présenter l’œuvre au comité des conservateurs, puis au conseil artistique des musées, J’adorais ça ! Même pas une petite œuvre préférée qui est plus chère à votre cœur ? Un petit retable dissimulé ?
Je n’ai pas envie, vous m’embêtez ! Ou alors, si, un vrai plaisir et un coup de chapeau aux jeunes (pour moi, ils le sont tous) collègues de Lyon et de Montpellier qui tout récemment se sont battus avec acharnement pour enrichir leur musée d'un Poussin… Vous appréciez l’intégration de l’art contemporain dans le patrimoine ? Sans aller jusqu’à Versailles…
Bien sur. Ce qui est provisoire peut briller un moment et éventuellement s'oublier. Au Louvre, nous avons exposé dès 1971 Rauschenberg et Martial Raysse à côté d'Ingres et l'exposition Polyptyques en 1991 portait directement sur le rapport ancien-moderne. Ce qu'a fait Morellet dans l'aile Richelieu est épatant.… Ce qui me contrarie en revanche, c’est de constater que dans beaucoup de musées, en province, les élus ont tellement le souci de l’art contemporain, que la partie classique disparaît. Je suis navré, par exemple de voir qu’au musée Granet d’Aix-en-Provence, qui est un magnifique musée avec des collections somptueuses d’art ancien, on doive faire des expositions, d'ailleurs intéressantes, d’art contemporain pendant l’été dans les salles qui sont normalement réservées à la peinture ancienne. Quelques tableaux seulement sont montrés au sous-sol, d'autres restent au mur dissimulés par des cloisons pour l'accrochage des tableaux contemporains. Et ça, c’est une tendance ré-
cente. On décroche. Cacher l’un pour faire connaître l'autre. Non, la partie permanente du musée doit toujours rester visible. Quelques questions en rapport plus direct avec l’Ecole du Louvre car vous êtes très présent, vous avez parrainé la tombola, remis les diplômes de second cycle et on voudrait revenir sur comment vous percevez l’évolution de l'Ecole depuis votre jeunesse, l’enseignement…
Ce que je peux dire sans complaisance, c’est que vous avez un très bon directeur. Philippe Durey fait admirablement son métier (ndlr ils sont aussi voisins, en témoigne l’interphone.) avec Claire Barbillon à ses côtés. Il a réussi à créer des liens avec l’université tout en maintenant l’identité de l'école. Je suis persuadé que ce qu’on enseigne à l’université et à l'Ecole du Louvre sur le même sujet, doit l'être de façon différente. A l’université, c’est souvent une vision plus générale, s'appuyant davantage sur les autres sciences humaines, alors que l'enseignement de l'Ecole du Louvre est essentiellement basé sur l’étude des œuvres elles-mêmes. C’est une raison pour laquelle je souhaite que de plus en plus de conservateurs soient profs. Même si ce n’est pas leur métier proprement dit, ça a toujours été une tradition. Il faut que ça continue. Distinguer la façon d’expliquer l’œuvre d’art aux élèves, dans les deux systèmes d’enseignement, maintenir les liens, notamment à travers des passages possibles du musée à l'université et réciproquement. Ca c’est déjà le cas, pour les diplômes, les masters par exemple. Ca marche très bien. Et puis, plus tard, et pas seulement à l'INHA, continuer à associer directement les universitaires aux expositions, aux colloques, conférences etc.. Vous avez suivi des cours en tant qu’élève, vous avez été prof de cours organique pour la peinture étrangère jusqu’à l’année dernière.
Attention je l’ai fait deux fois. J’ai été prof pendant assez longtemps dans les années 60. Il y a eu toute une série où j’avais parlé des florentins, de Giotto, et de l’école d’Avignon, et déjà des Siennois et de Piero della Francesca. Et j’en garde un très bon souvenir. Mais, pour mes cours récents sur les mêmes sujets, j'ai tout repris à zéro. Je n'ai même pas regardé mes notes anciennes. EstEst-ce que vous avez des auditeurs qui sont revenus après 30 ans suivre des cours ?
Oui. C’était un peu des groupies fidèles. Bien sûr plusieurs avaient d'ailleurs continué à travailler et à publier, surtout
18 sur les siennois, après leurs années d'école. Il parait que vous auriez été directeur du bureau des élèves à l'Ecole du Louvre ?
J’ai été président des élèves agréés. On organisait les mêmes choses que vous. Il y avait aussi un bal à l’époque ! Et une tombola. On voyageait ensemble pour voir des musées ou des expositions, on se retrouvait assez souvent chez les uns ou les autres, comme beaucoup d’étudiants.
INTERVIEW rien ne remplace le contact avec les œuvres. Quelque soit le sujet, quelle que soit la technique… On est un peu dans une époque où tout devient tellement médiatisé… On ne refuse de voir les œuvres mais on se dit que de toute manière il y aura une communication derrière, une diffusion, que ce sera immortel…
C’est vrai. Tout devient image. Une œuvre d'art, ce n’est pas une image. Une image devient une œuvre d'art quand c'est Warhol ou Liechtenstein qui la transposent. Il y avait un journal des étudiants ? Encore un conseil aussi pour les étudiants : Non, pas de mon temps. Bravo pour le être ouvert à l’art contemporain, même si vôtre. ça déconcerte. Ca, je crois que c’est capital. Pour ma part, j’ai connu quatre généraSi vous aviez un conseil à donner aux étutions de création. Ma jeunesse, c'étaient diants de l’Ecole du Louvre ? encore Matisse, Picasso et Bonnard, et GiaChoisir une spécialité, un domaine arcometti. Les nouveaux, c'étaient Soulages, chéologique, une technique, une époque, Hartung, Nicolas de Stael, puis la peinture une école qui répondent à un goût perabstraite américaine, c'était ça que j’aimais. sonnel, à un penchant --on en a toujours Et ensuite il y a eu le Pop Art, Supportun, ou alors il faut choisir un autre méSurface, etc. Maintenant c’est le règne des tier-- et se passionner pour l'étudier. Ne installations, puis des coups de poing vipas chercher à être seulement un bon gé- Passation de pouvoir entre deux suels (Koons, Hirst, etc.) qui me touchent générations au BDE... néraliste, il faut que vous sachiez évidembeaucoup moins. Mais je les respecte. Il ment les différences entre Altamira et faut aller au musée d’art moderne, il faut voir les exposiSaint-Savin, qui était Rembrandt ou Klee, et ce qu'est une tions. Quand j’étais étudiant, tous les dimanches matin eau-forte. Mais, il est à mon avis essentiel de se concentrer j’allais au Palais de Tokyo, voir l’arrivée de Kandinsky, de sur une recherche personnelle et de s'y donner à fond. Peut Delaunay, attendre en vain celle de Mondrian, tout en tra-être que dans votre carrière vous n’aurez plus à vous ocvaillant sur Simone Martini. Et beaucoup de mes camaracuper de ce sujet; c’est très possible. Mais vous aurez acquis des étaient comme ça. une méthode de travail, une manière d'analyser une œuvre, quelle qu'en soit la technique ou l'époque, transposables à Nous vous laissons conclure… celles dont vous aurez la charge. Que vous dire ? Finalement j’ai eu une carrière bien remTout le monde n’est pas de mon avis. Beaucoup disent que plie, j’ai eu beaucoup de chance. Ce que n’ont pas eu tous quand un conservateur arrive dans un musée de province, il mes camarades qui avaient certainement autant de talent faut qu’il sache un peu tout. Mais non. Qui sait tout ne sait que moi. J’ai eu d'abord la chance d’être lancé très jeune rien. par des patrons qui m’ont soutenu. Jean Vergnet-Ruiz, André Malraux, et de participer alors au grand mouvement de Une question que vous auriez aimé qu’on vous pose ? modernisation des musées de province. Et ensuite deuxièNon parce que la dernière question m'a permis d'affirmer me chance : me trouver là au moment où se faisaient Orsay une position à laquelle je tiens. et le Grand Louvre. Certains de mes amis me reprochent Un dernier point quand même, un autre conseil : Affirmer d'utiliser une langue de bois autosatisfaite , voire un peu la nécessité de s déplacer pour tout connaître directement. niaise, quand je parle de ma carrière et des musées "de mon Voir les œuvres. Ca a l’air banal de dire ça… Se former temps", comme je le fais aujourd'hui avec vous. Il me serait l’œil en voyant les œuvres elles-mêmes, dans leur chair, mêpourtant difficile de me présenter comme un malheureux me si elles sont un peu abimées. L’abondance maintenant ou un incompris ! des images en couleurs gâte le regard… Voyez le catalogue que j’ai reçu tout à l’heure, c’est clinquant, tape à l'œil. Un grand merci à Michel Laclotte d’avoir répondu à nos Pour une monographie, comment peut-on juger du style questions et pour nous avoir ouvert son album photo. de l'artiste avec toutes ces petites photos… Du coup, je Propos recueillis par M.Boutges, V. Gay et S. Passot préfère de bonnes photos noir et blanc… Encore une fois :
SPECIALITES
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Une spé : un métier de merde Avertissement aux lecteurs avisés : ceci est un article à prendre au second degré, à apprécier avec des pincettes. Aucune revendication sociale ne sera acceptée à notre bureau des réclamations clientèles, alors rangez vos bannières syndicalistes ! Archéologique de l’Europe préhistorique : balayeur de nuit dans la grotte de Tautavel Archéologie de la Gaule : figurant au parc Astérix Archéologie égyptienne : mime déguisé en momie sur le parvis du Trocadéro Archéologie orientale : chargé du récolement au musée de Bagdad Histoire de l’art et archéologie du monde grec : guide personnel de Nikos Aliagas à Athènes Histoire de l’art et archéologie du monde étrusque et italique : dernier potier bucchero de la péninsule Histoire de l’art et archéologie du monde romain : Croupier au Caesars Palace Archéologie chrétienne : Dompteur de lions Patrimoine et archéologie militaires : homme-canon Histoire des arts de l’Extrême Orient : geisha Art et archéologie de l’Inde et des pays indianisés : accessoiriste sur le tournage de Kama Sutra VII Histoire des arts de l’Islam : eunuque Histoire des arts de l’Afrique : vendeur de chemises bariolées dites « Youssoun Dour » Histoire des arts de l’Océanie : sculpteur de totem sur Koh Lanta Arts des Amériques : trafiquant d’urnes zapotèques Histoire de l’architecture occidentale : concierge à Versailles Histoire de la sculpture : conseiller artistique chez Playdoh
Architecture, décor et ameublement des grandes demeures : assistant maroufleur de Valérie Damidot (D&CO) Arts décoratifs : vendeur chez FLY Histoire de la mode et du costume : surveillant cabine chez Tati Peintures françaises : peintre de Tour Eiffel ou de NotreDame sur les quais Peintures étrangères : chargé de recherches documentaires pour Dan Brown Histoire du dessin : caricaturiste à Beaubourg, spécialisé dans la Pamela Anderson ou le Léonardo di Caprio Histoire de l’estampe : graveur de matrices pour motifs sur papier toilette Moltonel ultra-doux. Histoire de l’art du XIXe : concepteur de calendriers et mugs « I ♥ Monet » Art du XXe siècle : esclave d’Andy Wahrol à la Factory Art contemporain : artiste contemporain Histoire du cinéma : ouvreuse au Pathé place de Clichy Histoire de la photographie : photographe de classes de la maternelle au lycée Anthropologie : reporter, enquêteur rural au 13h de Pernaut Patrimoine industriel : guide volontaire avec l’accent chti dans une mine du Nord de la France Iconographie : créateur de cartes Panini
D
ite s mo à rt me en s p hé are ro nt s s à q W ue at j er e s loo uis !
CINEMA
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Et voilà. Vous partez juste un été, vous laissez l’école deux petits mois et rien ne va plus. Le cinéma prend insidieusement ses marques dans les hautes sphères de l’éducation culturelle. En plus d’avoir sa spécialité, le 7ème art va aussi avoir sa rubrique. Alors quoi dedans ? D’abord des choses qui peuvent vous intéresser. Et oui, Ecole du Louvre oblige, nous traiterons Histoire de l’Art ET cinéma. Ensuite, un petit programme des sorties. Mais comme Louvr’boîte est d’une originalité sans limite et qu’il n’est pas le Pariscope, c’est le programme ciné marquant des auditoriums qui vous attend. Le tout sera ponctué de merveilleux dessins chatoyant et de top 5 à collectionner, que vous pourrez découper et plastifier (fans de Friends bonjour). Et puis aussi des choses sérieuses et intéressantes, comme toujours dans votre feuille de chou préférée…
A l’ombre des auditoriums en fleurs L’auditorium
du musée du Louvre a décidé de revenir à une thématique chronologique, plus classique mais tout à fait alléchante, puisqu’il s’agit de montrer le XVIIIe siècle à l’écran. Le cycle démarre dès maintenant et se poursuivra jusqu’en février. Pour l’instant on vous conseille d’aller faire un tour le 24 septembre à 20h pour voir si le classique Barry Lyndon et son éclairage à la bougie vous illumine, et le 26 septembre même heure pour admirer le père de Kiefer Sutherland (Jack Bauer pour les intimes), j’ai nommé Donald Sutherland nous montrer ses talents de séducteur dans le Casanova de Fellini***. Si vous êtes opéra, Don Giovanni de Losey, le 3 octobre à 16h30, mérite d’être découvert pour sa réalisation particulière : si l’histoire est tournée comme un véritable film avec décors et costumes réalistes, la musique et les chants remplacent les dialogues. A la rigueur, si vous ne l’avez pas en DVD et que vous supportez l’alliance macarons et musique pop, le MarieAntoinette de Sofia Coppola est diffusé le 10 octobre à 14h30. Le devoir de didactisme du musée s’exprime aussi dans l’auditorium par la diffusion de documentaires. Si vous n’êtes pas déjà tombé dessus sur Arte, vous pouvez toujours explorer les dessous du Louvre comme vous ne les avez jamais vus (oui bon d’accord, tout ceux qui n’ont pas fait de stage) avec La ville Louvre de Nicolas Philibert les 10 et 24 octobre. Concernant les documentaires sur les œuvres, vous pouvez aller voir les yeux fermés (pas trop quand même) le film d’Alain Bergala (critique de talent et professeur hors pair) la fenêtre et les belles endormies les vendredis 8 et 22 octobre.
☯ Au
musée Guimet : « Ne pas avoir vu le cinéma de Satyajit Ray revient à exister dans le monde sans avoir vu le soleil ou la lune. » Vous trouvez que Kurosawa exagère beaucoup parce que zut, un mec dont personne n’a entendu parler, s’il était génial ça se saurait ? Aller vérifier par vous-mêmes à l’auditorium du musée Guimet qui organise jusqu’au 29 octobre une grande rétrospective Satyajit Ray. Effectivement, l’auteur de ses lignes y sera aussi pour cause d’inculture crasse. Mais si Scorsese, James Ivory ou Abbas Kiarostami se revendiquent de lui, c’est que ça doit valoir le coup.
Le
Mémorial de la Shoah : Dans notre petit tour des programmations sympas à venir, les reporters sans frontières de Louvr’ boîte, ont sélectionné pour vous le Mémorial de la Shoah. Car oui, on peut traiter un thème déprimant et avoir une programmation de films sexy. En parallèle de son exposition Hollywood et la Shoah, aujourd’hui terminée, l’auditorium propose des thèmes comme : la Shoah au cœur d’Hollywood (et là on assume, on retourne voir la Liste de Schindler de Spielberg le 3 octobre à 14h30. Et on se déculpabilise, c’est présenté par une psychanalyste et historienne de la psychanalyse) ; l’américanisation de la Shoah : les survivants à New-York (5 octobre à 19h30, Meryl Streep dans Le choix de Sophie, parce que Meryl Streep, ben c’est Meryl Streep) ; la Résistance juive et la réappropriation de la violence par les juifs (on dirait bien Inglorious Basterds le 11 octobre à 19h30, mais sûr, vous l’avez déjà vu). Alors on va plutôt voir 1943, l’Ultime Révolte le 10 octobre à 14h. Déjà parce que c’est bien, et en plus on voit pas tant que ça David « Ross » Schwimmer au cinéma; « en quête de mémoire », sur les traces de ses ancêtres, sur les traces de la Shoah. Pour cette dernière
21 thématique, 2 films à ne surtout pas manquer. Zelig de Woody Allen le 31 octobre à 14h30 parce qu’un conférencier expliquera la place de la Shoah dans l’œuvre de l’homme qui a envie d’envahir la Pologne quand il écoute Wagner. L’autre excellente initiative est la diffusion de la 4ème dimension le film, réalisé par 4 réalisateurs de génie : Steven Spielberg, Joe Dante, John Landis et George Miller. Ce film a traumatisé l’Amérique en raison de la mort de l’acteur principal dans un tragique accident. John Landis (le réalisateur des Blues Brothers pardi !) et Steven Spielberg se sont rejetés la responsabilité de l’accident jusqu’à une brouille définitive entre eux. Lire l’adaptation de la célèbre
série fantastique à travers la problématique de la Shoah promet d’être vraiment novateur. Voilà quelques pistes pour diversifier vos sorties ciné. En espérant que vous reviendrez contents ! Sophie Paulet *** Ndlr: cet article ayant été rédigé bien avant la parution du journal, vous ne pourrez malheureusement pas découvrir ces deux films au Louvre, mais consolez-vous, Barry Lyndon sera rediffusé à la Cinémathèque prochainement lors de la rétrospective Kubrick et ils existent bien entendu tous les deux en DVD.
L’exposition fait son cinéma
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epuis quelques temps, les expositions de cinéma se multiplient. On peut citer les dernières de la Cinémathèque : Dennis Hooper, Tati ou Kubrick à venir. Evidemment, les expositions consacrées au ème 7 art dans le temple parisien du cinéma, ce n’est pas étonnant. Ce qui l’est davantage, c’est leur multiplication dans des lieux destinés normalement à d’autres arts. On a ainsi pu voir une rétrospective Fellini au Jeu de Paume, Disney au Grand Palais, Hollywood et les camps au Mémorial de la Shoah. Pensons aussi aux expositions consacrées à des réalisateurs se mettant aux arts plastiques, comme Lynch à la Fondation Cartier et Kurosawa au Petit Palais, sans compter les événements passés et à venir à Beaubourg. Alors, quelles sont les raisons d’un tel succès ? On ne s’avancera pas beaucoup en supposant que c’est surtout en raison de sa popularité. Le cinéma est autant un art qu’un loisir de masse. En période de crise où les musées doivent accroître leur efficacité et augmenter les parts d’autofinancement, le sujet cinéma permet d’attirer un panel de spectateurs plus large et diversifié, qui ne fréquente pas forcément les musées d’habitude. Outre ce motif bassement économique, c’est aussi la constatation d’un fait assez simple : on commence à se rendre compte que le cinéma est un art à part entière qui a été laissé de coté dans les institutions muséales depuis longtemps pour une double raison absolument compréhensible. D’abord, parce que le cinéma est un art assez jeune, propre au XXe siècle. Et il faut toujours du temps pour prendre du recul sur une époque ou une nouvelle forme artistique. Maintenant que le cinéma a plus d’un siècle, on en commence son étude scientifique d’un point de vue de l’histoire de l’art. La deuxième raison est beaucoup plus pragmatique. Il est extrêmement difficile de trouver une technique d’exposition appropriée au cinéma. Et ce, tout simplement parce que la forme cinématographi-
que ne se prête pas à la présentation traditionnelle comme on la pratique. Essayez de vous souvenir d’une expo que vous avez trouvée absolument réussie. Oui, en règle général, celles de cinéma sont toutes plus ou moins ratées. Même pour les grandes et belles expositions, on en ressort avec une certaine frustration. C’est l’essence même de cette discipline artistique particulière qui rend son exposition problématique. Le cinéma est un art du mouvement qui prend naissance à un moment pour mourir l’instant d’après. Il n’y a pas de persistance de l’image cinématographique à l’inverse d’un tableau qui nous renvoi perpétuellement une même image. Le film c’est avant tout du temps, une œuvre avec une durée qui nous est imposée. Lorsque l’on voit un film, on subit les images et le temps de l’action nous est imposé… à moins que vous ne quittiez la salle. Mais dans ce cas, vous n’aurez pas vraiment vu l’œuvre. C’est une expérience temporelle qui est proposée par l’auteur. On peut évidemment faire des arrêts sur image, extraire des photogrammes, les comparer, recueillir des objets liés au film comme des archives (scénario, storyboard), ou des « reliques » (costumes, accessoires)… mais tous ces éléments ne sont pas le film lui -même. Ils sont comme la palette, le pinceau, les croquis ou les modèles du peintre, mais pas le tableau. Il est donc absolument impossible d’exposer l’œuvre produite dans un cadre traditionnel de salle d’exposition et d’accrochage mural. Les expositions nécessitent la présence d’objets. Le seul musée de cinéma aujourd’hui, la Cinémathèque Française, fait de la séance de ciné le centre de sa recherche. L’exposition monographique d’un artiste passe par la rétrospective de son œuvre en salle. Etape indispensable pour comprendre une exposition qui developperait des idées à partir de ces films. Sinon, on est vite perdu.
CINEMA
22 La seule vraie réussite qu’on pourrait trouver est l’exposition Disney. La thématique se prêtait très bien à la forme de l’exposition car elle réunissait beaucoup d’objets d’art classiques ayant inspirés Walt Disney (tableaux, livres, sculpture) et des objets issus du monde du cinéma (croquis, modèles d’animation en résine…). C’est aussi très certainement dû au fait que Walt Disney est un des rares réalisateurs dont presque l’ensemble de l’œuvre est maîtrisée par le grand public. On peut dès lors aborder l’à coté : les inspirations, le style, les originalités… Parce que l’on voit à peu près de quoi on parle. On en arrive donc à la conclusion, que le cinéma, tout en étant un art grand public par le thème, est en fait destiné à un public très restreint, spécialiste de la thématique présentée, ou du moins en maîtrisant déjà une partie. Et lorsque l’on couple l’exposition d’une rétrospective, c’est deux fois plus d’investissement en terme de temps qui est demandé au spectateur. Il existe peut-être une solution, radicale et extrémiste (on n’ose même pas en rêver) : développer l’éducation audio-
visuelle à l’école, pour que tout le monde soit mis au moins une fois dans une position d’analyse face à cette matière mouvante. Intéressant également pour appréhender la fabrication des images télévisuelles, et meilleur moyen de conserver un peu de recul par rapport à ce medium qui cherche à nous garder sous contrôle, et qu’on ne peut même pas disséquer (enfin si, le scientifique peut, mais alors pour l’obligation de diffusion des savoirs, on repassera). Couplons ça d’un petit bagage indispensable en imposant la vision de quelques classiques, et ainsi, on pourra démarrer une appréhension scientifique par les institutions muséales et enfin faire du cinéma, un art comme les autres *. Valentine Gay & Sophie Paulet *oui bien sûr, les auteurs assument tout à fait cette formule finale et remercient le gouvernement pour leurs pubs antidiscriminations qui les ont grandement aidé à la rédaction de cet article.
Top 5 des plus meilleurs films tournés dans les musées : 1. 2. 3. 4. 5.
Voyage en Italie de Rossellini (musée archéologique de Naples) Vertigo d’Hitchcock (Palais de la Légion d’honneur de San Fransisco) L’Arche Russe de Sokourov (l’Ermitage) Le procès d’Orson Welles (gare –futur musée– d’Orsay) La nuit au musée de Lévy (Muséum d’Histoire Naturelle de New-York)
Top 5 des 5 expositions de ciné qu’on aimerait bien voir : 1. La chevelure au cinéma (o joie, c’est prévue à la Cinémathèque) 2. Monuments et cinéma (o joie, c’est prévue à la Conciergerie) 3. L’Ecole du Louvre au cinéma (parrainé par Frédéric Diefenthal et Sophie Marceau) 4. Les films qui auraient bien eu besoin d’un consultant de l’Ecole du Louvre (oui M. Stone on pense aussi au Bélier d’Ur sur la cheminée hellénistique d’Angelina dans Alexandre) 5. Les abattoirs au cinéma (non mais là d’accord, pas tout le monde)
Bonj ou J’aim r, c’est e bi en ê moi, Ors de o tre Louv dans n Welle r’ B s. les oî class Top e in te. C’es 5 tern t ça ation l a ale...
CRITIQUE
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Les amours imaginaires On attendait au tournant le deuxième film de Xavier Dolan. La faute au succès du premier. J’ai tué ma mère a déferlé sur Cannes l’année dernière, créant un véritable raz-de-marée. Célébré par la critique et le public, il a élevé le réalisateur de 20 ans au rang de jeune prodige. Une étoile filante ? Sûrement pas. Les amours imaginaires transforment un essai qui, plus qu’une promesse, était déjà une incontestable réussite. L’acteur/scénariste/réalisateur québécois ne s’est pas endormi sur ses lauriers. Faisant fi des louanges d’hier, il a repris aussitôt sa plume, sa meilleure, incisive et drolatique et sa caméra chamarrée pour livrer un récit fulgurant et hilarant. En salle le 29 septembre.
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arie et Francis sont amis. Marie (Monia Chokri) est une princesse vintage au visage précocement marqué par la vie, Francis (Xavier Dolan) un jeune garçon séduisant et incertain. Ils tombent tous les deux sous le charme (discutable) de Nicolas (Niels Schneider), ange frisé légèrement niais (être à la fois fan d’Alfred de Musset et d’Audrey Hepburn, ça fait beaucoup pour le même blond), poseur et inconséquent. Ce dernier semble développer la même attirance et déployer les mêmes armes de séduction massive auprès des deux amis qu’il égare au milieu des invitations et des pistes. Marie et Francis s’affrontent pour décrocher le fanion et recevoir LA faveur du bellâtre. Ensemble, ils forment un trio sulfureux qui s’ébroue à la ville, à la campagne. Jusqu’à l’implosion. La lumière tombe et les premiers mots retentissent. Très vite, la salle est hilare. Un accent à couper au couteau, des expressions savoureuses de la belle province, certes, mais surtout un verbiage ! C’est dans les tirades, les dialogues que le talent de Dolan, as la formule et magicien des mots, se révèle. Le récit initial est scandé par des monologues captés par une caméra faussement indiscrète tendance documentaire amateur. Ce procédé peut nous sembler stéréotypé (Woody Allen, avec Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe… et bien d’autres y ont déjà eu recours) mais fonctionne complètement grâce à sa justesse d’écriture. Dolan offre la parole à des garçons et des filles improbables en proie au sentiment amoureux, à la solitude, à l’idéalisation, au dépit. Des caractères irrésistibles nous narrent des situations à la fois intemporelles et résolument contemporaines. Ces intermèdes, hilarants et frappés d’une rare acuité de regard, donnent son rythme au long-métrage. Ils sertissent une aventure simple, dont les soubresauts n’entravent jamais la ligne directrice, faite de chute et de résurrection. Dans ce chassé-croisé amoureux, les héros sont savoureux, débordant de cynisme. Mention spéciale pour l’actrice Monia Chokri qui s’attache à ses clopes comme à une bouée pour ne pas chavirer. « La smoke, ça cache la merde. » (prononcer marde) déclame-t-elle, imperturbable, aux amants d’une nuit. Xavier Dolan signe une réalisation tout en expérimentation. Le résultat, véhément et pop est simplement jubilatoire. Des patchwork de plan bricolés, des ralentis, des couleurs vibrantes, des musiques entraînantes et improbables, des
zooms, des plans serrés serrés s’enchevêtrent dans une symphonie lumineuse. Cet exercice de style est mené par une jeunesse surpuissante prête à tout tenter. Un melting-pot qui ne manque pas de nous rappeler les alliances éclectiques de
Tarantino, qui tout en naviguant inlassablement entre pillage et hommage dresse quelque chose de très personnel. On observe beaucoup de citations des grands maîtres dans Les amours imaginaires. Dolan est sans conteste un amoureux du 7eme art. Il revisite Godard période Anna Karina et Wong Kar-Waï pour la femme en mouvement et Mort à Venise de Visconti pour le fascinant éphèbe. Il explore aussi les tendances les plus actuelles d’un jeune cinéma français au creux de la (nouvelle) vague, celui d’un Christophe Honoré. C’est à dessein qu’il accentue la ressemblance de Niels Schneider avec l’acteur Louis Garrel. Il fait de Nicolas un ersatz très assumé de l’interprète des chansons d’amours qui incarne à lui tout seul le charme de la métrosexualité et qui assure la jonction entre nouvelle vague et nouvelle génération. Dolan s’inscrit dans une tendance tout en la singeant avec un mordant irrésistible. Il joue avec les stéréotypes, détourne les ingrédients actuels, les parodie pour livrer quelque chose de très personnel qui entraîne le spectateur. Il fait preuve d’un parfait second degrés sur ce qu’il incarne. Il a conscience de ses références et la dernière séquence de son film en est la preuve irréfutable. On est pas surpris d’apprendre que Louis Garrel sera le héros du prochain long métrage de Dolan. L’univers du québécois, que l’on imagine bien en petit frère incestueux de l’acteur français, semble avoir été créé pour l’accueillir ! Margot Boutges
TENDANCES
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Littérature Michiel Heyns, Jours d'enfance, Philippe Rey, 20€
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ichiel Heyns fait partie des nouvelles voix de la littérature sud-africaine contemporaine. Il a écrit Jours d'enfance en 2002, mais il nous aura fallu attendre jusqu'à ce mois d'août pour le voir enfin publié en France. La rentrée n'étant pas une raison pour délaisser nos lectures profanes (qui ne concernent donc pas nos sacro-saints cours d'histoire de l'art), je vous conseille donc de vous pencher sur cette histoire qui se déroule dans l' Afrique du Sud de la fin des années 1960 en proie au régime raciste de l'apartheid. Simon, alors scolarisé dans un collège anglophone à Bloemfontein, dans l'Etat libre d'Orange, participe à un tournoi de tennis qui l'oppose à un ancien camarade de son village natal. Cela ravive des souvenirs oubliés, et replonge Simon dans son passé, marqué par les amitiés compliquées, l'apprentissage de la vie face à des adultes qui régissent tout, et marginalisent
ceux qui ne s'accordent pas avec la vie de ce petit village conservateur. Le talent de Heyns est de nous faire part de cette histoire à travers la vision de Simon alors âgé d'environ 13 ans. Le livre commence comme un journal intime que le narrateur aurait juste entamé. Plusieurs niveaux de temps sont présents dans l'histoire : l'aspect "journal intime" qui ne couvre qu'une seule journée marquée par une succession d'évènements renvoyant à des souvenirs s'étalant, eux, sur plusieurs années. À première vue, il semble facile de se perdre dans cet imbroglio mais l'écriture est suffisamment subtile et épurée pour que l'on suive l'histoire très aisément. De plus, la vision de Simon est celle d'un jeune adolescent qui n'a pas encore le recul nécessaire pour comprendre et analyser les souvenirs et les expériences dont il fait part. On se retrouve donc confronté à une vision de la vie quelque peu naïve parfois et l'on sent qu'il
lui manque encore quelques années pour comprendre ce qu'il à vécu et ce qu'il est en train de vivre, ce qui rend cette histoire particulièrement touchante. L'idée de Heyns n'est pas de faire un procès de l'apartheid, ni de la bêtise humaine mais de montrer comment un enfant grandit dans un milieu raciste, entre deux éducations, anglaise et afrikaner, comment il comprend que certaines choses doivent rester secrètes et surtout la manière dont il prend conscience, peu à peu, de la complexité des relation humaines et des sentiments qui vont avec. Jours d'enfance a fait parti des livres sélectionnés par les libraires et les adhérents de la Fnac pour la rentrée littéraire 2010 et a fini dans le top 5. À vous de vous faire une idée... Bonne lecture ! Annabelle Pegeon
La Playlist de la rentrée!
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es vacances sont finies, il est donc temps de reprendre les bonnes vieilles habitudes. Débranchez Skyrock, NRJ ou Fun Radio, et mettez-vous plutôt dès maintenant à Radio Nova ou le Mouv’ pour les « Inrockuptibles ». Voici une petite sélection de quelques morceaux, choisies avec soin, dont les mets sonores sont un régal pour les oreilles. J’ai fait cette sélection, mais je tiens à vous avertir que si je l’avais voulu, je vous aurais proposé tout l’album du groupe britannique indie Foals, intitulé Total Life forever, sorti à la fin de l’été. Après un premier album délirant, grinçant et mouvant – Antidotes – et suite à la signature musicale de la série Skins, pour les inconditionnels du trépidant Hummer, Foals nous assure encore une fois un bijou. Un véritable projet musical de long terme aboutissant donc à une réussite complète. A écouter d’urgence ! Jean-Baptiste Corne
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Jamaica, I think I like U 2 Janelle Monae, Tightrope (feat. Big Boi) Kele, Tenderoni N.E.R.D, Hot & Fyn (feat. Nelly Furtado) Yuksek, Supermenz (we’re not)
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Fenech-Soler, Stop and Stare The Good Natured, Your body is a Machine Dragonette, Fixin’ to Thrill Uffie, Add Suv (feat. Pharell Williams) N.E.R.D feat. Julian Casablancas et Santigold, My drive Thru
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Musique Interpol, Interpol, Cooperative Music, 15€ Trois ans après la parution de Our Love to Admire, Interpol vient de sortir le 6 septembre son dernier opus éponyme. Alors que son album précédent n’avait que moyennement convaincu les critiques et une partie des fans, les membres du groupe avaient annoncé un retour aux sources et aux sonorités de Turn on the Bright Light (2002). Pourtant, il me semble être davantage dans la continuité du troisième album… pour le meilleur comme pour le pire !
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a magie des deux premiers albums (Turn on the Bright Light puis Antics) réside tout d’abord dans la voix de Paul Banks. Certainement en partie par manque d’assurance dans sa technique vocale, le chanteur utilise sa voix comme un instrument : elle n’est pas mise en valeur par rapport à l’accompagnement, mais est une mélodie qui s’insère harmonieusement dans l’ensemble instrumental. De plus, les lignes mélodiques ont peu d’ambitus et se cantonnent toujours à une même série de tons proches. L’atmosphère sonore en sort de ce fait très homogène et profonde. Dans Interpol, le chanteur maitrise beaucoup plus sa voix. Elle est à la fois moins nasillarde, plus chaude et plus modulée. Elle devient davantage expressive, par un vibrato marqué, une polyphonie fréquente, des mélodies aux amplitudes plus importantes. En contrepartie pourtant, elle devient omniprésente, et efface l’originalité de l’accompagnement. Ce n’est plus un ensemble cohé-
rent mais bien un chanteur au premier plan avec un groupe qui l’accompagne. Ce qui permet également aux premiers albums d’être si singuliers, c’est la forme même des chansons. Elles ne sont pas constituées comme trop souvent d’une simple alternance de couplets et de refrains, mais sont pour la plupart un déroulement. Instrument après instrument, des mélodies se mettent en place, se superposent, s’enchevêtrent, se développent, prennent de la puissance pour ensuite tour à tour s’éteindre et refaire tomber la tension. Les intermèdes uniquement musicaux sont très nombreux, ce qui permet de mettre chaque instrument en valeur, d’en distinguer les qualités particulières et de les faire jouer ensemble. Sobriété raffinée en quelque sorte. Ce dernier opus ne laisse plus de place aux envolées presque improvisées. Les structures sont beaucoup plus figées et répétitives, ce qui rend les chansons rapidement monotones. Certes, elles
sont plus facilement abordables, car dès la première écoute on retient les mélodies principales et on sait où elles vont. Mais elles deviennent de ce fait beaucoup moins intéressantes car tout est donné en une fois. Dans les premiers albums, il faut entrer petit à petit dans les univers de chaque chant, se familiariser avec les ambiances, écouter et réécouter pour à chaque fois découvrir un rythme, un son, un accord, un mot qui nous avait d’abord échappé. Lisibilité, facilité et simplicité ont été préférées aux mélodies plus complexes, dissonantes, élaborées des débuts… Je ne peux que vous conseiller de commencer par l’écoute d’Interpol pour vous familiariser avec l’identité du groupe, mais de surtout très vite vous plonger dans Turn on the Bright Light pour un voyage dans des confins de musicalité ! Perrine Fuchs
BONS PLANS
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Coups de coeur de la rédac ♦ La mosquée de Paris, Paris tout à côté
du Jardin des Plantes, est un havre de paix dans le tumulte parisien. Pour 2€, on peut déambuler dans l'édifice, être ébloui par la blancheur éclatante des stucs sculptés et les couleurs chatoyantes des azulejos... avec le doux bruit des fontaines en arrière-plan. En sortant, ne surtout pas oublier de prendre quelques minutes pour s'offrir un thé à la menthe brûlant et quelques pâtisseries maghrébines dans le très bel intérieur au décor chaleureux.
croché entre deux décorations traditionnelles pleines de couleur, souriant derrière ses lunettes de Derrick comme pour nous confirmer que ce repas est vraiment un petit morceau de bonheur. Tashi delek ! ("Bons auspices", formule tibétaine pour Bonjour et sois béni). ♦ Hôtel des ventes de Drouot, Drouot 9e
Envie de refaire votre salon en style Louis XV ou Arts Déco? De vous constituer une garde-robe vintage griffée Chanel ou Lanvin ? D’acheter un nouveau bibelot à mamie ? Ou de déambuler dans une exposition temporaire gratuite renouvelée chaque jour, où se cachent parfois de vrais trésors et d’hilarantes croûtes ? Alors laissez-vous emporter par la fièvre des ventes aux enchères, réparties sur 3 niveaux et 21 salles et peut-être ferezvous de bonnes affaires ou quelques folies! www.drouot.com ♦ Le caveau des oubliettes, oubliettes 52 rue
♦ Lhassa, Lhassa 13 rue de la Montagne Sainte-Geneviève 5e Si tu n'as jamais mangé dans une cabane tibétaine (honte à toi !), ce petit bouge du quartier latin est pour toi. Situé juste à côté de feu la Mutualité, lieu d'examen chéri, ce restaurant est une initiation à la cuisine des hauts plateaux. Dans l'assiette, des variations sur la cuisine asiatique avec des dim sum relevés, des galettes farcies, des plats de viande accompagné de riz, sans oublier le thé au beurre de yack qui hum... vaut le détour, au moins pour dire qu'on l'a fait. Les prix sont doux, surtout pour le quartier. Et en bonus, le portrait du Dalaï-lama ac-
Galande 5e Dans une toute petite cave à pierres apparentes, venez écouter du jazz et du jazz funk et même vous produire sur scène lors des sessions jam. Un lieu qui permet d’écouter de la musique plutôt expérimentale dans un espace très intimiste, sans transition entre scène et public. L’entrée est gratuite sous condition de payer 6 euros de conso. Et si vous vous débrouillez bien, vous réussirez même à partir sans payer ! ♦ Les Pavillons de Bercy, Bercy 53 avenue
des Terroirs de France, 12e Approchez mesdames et messieurs, petits et grands! Venez découvrir les charmes baroques et dorés, l’ambiance bariolée et un poil angoissante des fêtes foraines d’antan ! Le Musée des Arts Forains est unique en son genre, ouvert uniquement sur réservation et
pour de grandes occasions, il préserve et met en scène dans un cadre féérique manèges et attractions d’antan (tous encore utilisables !) dans les anciennes caves de Bercy. Le Théâtre du Merveilleux et les Salons Vénitiens vous attendent pour vous faire découvrir leurs trésors, prochain rendez-vous du 20 décembre au 2 janvier dans l’atmosphère magique de Noël... ♦ La tierra del fuego, fuego 6, rue Sainte
Marthe, 10e A Belleville, la petite rue Sainte Marthe apporte une note cosmopolite à un paysage culinaire essentiellement orienté vers l’Extrême-Orient. Pour sortir des nems et des rouleaux de printemps, on vous propose un restau/ bar andin. La cuisine est avant tout chilienne mais elle brasse aussi diverses influences d’Amérique du Sud. Les vins chiliens et cocktails à base de Pisco (eau de vie de raisin) sont excellents et les plats (aux alentours de 12 euros) savoureux et originaux. L’endroit est géré par un patron très accueillant et l’ambiance musicale garde un petit côté retour de vacances sans pour autant sombrer dans la flûte de pan version gare Montparnasse. A découvrir juste à côté : La Rôtisserie, un restaurant associatif. Le soir, des membres d’associations se mettent aux fourneaux. Les bénéfices servent à financer leurs bonnes causes. Nourriture de tous les pays dans une ambiance très conviviale. Menu aux alentours de 10 euros. P.F, S.P, A.R, M.B et Madeleine X
COURRIER DES LECTEURS
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Lettre d'une ancienne élève Je t'ai quitté un après-midi de juin. Etait-ce trop tôt ? Dans ma tête tout se mélangeait. J'étais soulagée que notre histoire se finisse après tant de souffrance, mais quelque chose d'irrémédiable s'était installé entre nous. En poussant la porte vitrée qui me séparait de toi, le cordon accroché à ma poitrine tirait tirait jusqu'à me faire mal. J'accelerais le pas, sans me retourner, sans te regarder, un noeud dans la gorge et une larme sur la joue. Ce jour là je t'ai quitté avec regrets, mais le beaume au coeur, plein de souvenirs agréables. Les images de tes sourires revenaient à mon esprit puis s'éloignaient, prenant place parmi les autres vieux souvenirs de mon passé. Maintenant tu es soeur de mon enfance et de mon adolescence. Tu auras été ma maison pendant trois ans, et tant d'autres t'habiteront après moi. Tu m'as déjà oubliée mais tu conserveras toujours une trace de moi... Là je me suis assise, là j'ai touché tes murs, là j'ai admiré ta lumière. Là j'ai dansé, là j'ai ri, là j'ai pleuré. Là j'ai appris, là j'ai compris, là j'ai aimé. Entre tes murs j'ai vécu.
Ceci est une lettre d'aurevoir. 07ELE00669.
BILLET D’HUMEUR
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u’il est agréable d’aller dans ce sous-sol que l’on nomme la BEL ! Mais qu’il est agaçant d’assister en première loge au ballet de claquettes proposé par nos top-models edliennes : une série continue de passages, re-passages et rerepassages accompagnés d’un « clac clac » des plus bruyants. Comment se concentrer avec ce tintamarre, quand nos cerveaux sont contraints de quitter les merveilles de l’art, pour suivre leur cadence à travers toute la pièce ? Sans oublier que, souvent, nos pauvres yeux déconcentrés se soulèvent tout seuls pour mirer la personne qui ose ainsi défiler. Mesdemoiselles, nous savons toutes que les filles sont légion dans notre école, mais êtes-vous obligées de nous casser les oreilles pour sortir du lot ? Est-ce que notre insipide bibliothèque doit-être un centre d’exhibition ? Allons, ne vous fâchez pas, car la réprimande pourrait aussi bien être adressée à vos équivalents masculins, qui en matière de ballet, troquent le « Lac des Cygnes » pour « la Patrouille des éléphants » ; à chacun ses classiques ! N’allez pas croire que cette lettre est pure jalousie de la part d’une fille qui au-delà de 3cm de talon se tord la cheville ; juste un petit rappel face à une pratique de nos jours trop répandue. Et, à défaut de vouloir faire de la bibliothèque un temple bouddhiste, et avant de me replonger dans mes bouquins, je ferai comme vous : j’investirai dans des boules quies … LEM PP
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ILS VIENNENT AUSSI DE LA
Poitou-Charentes: entre terre et mer I. Balade en Poitou
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oitiers : Futuroscope – Ségolène Royal – Brian Joubert. Ce sont, sans doute, les principales caractéristiques qui vous viennent à l'esprit quand on vous en parle. Mais Poitiers et ses alentours sont bien plus que ça, parole de Pictavienne (ou de Poitevine si vous préférez) ! La cité existait déjà à l'arrivée de César mais fut réaménagée selon le modèle romain au Ier siècle de notre ère : amphithéâtre (qui a quand même subsisté jusqu'au XIXe siècle...), thermes et aqueducs faisaient parti du paysage urbain. D'ailleurs, la ville conserve l'un des plus anciens monuments chrétiens de France encore dans un état décent de conservation : le baptistère Saint-Jean qui date du VIe siècle. La construction porte des traces de l'héritage galloromain : utilisation de la pierre et de la brique selon le vocabulaire classique. Mais le poids de l'Antiquité tardive se ressent pourtant dans son canon trapu… Au Moyen-âge, Poitiers est la capitale du comté du Poitou qui regroupe notamment le Poitou et l'Aquitaine. Le duché d'Aquitaine, sous le joug de la célèbre Aliénor, d'abord reine de France puis d’Angleterre puisque l'épouse de Louis VII, qui annule le mariage en 1152 pour cause de consanguinité supposée (en réalité, elle était soupçonnée d'infidélité...), passe aux mains des anglais lorsqu'elle épouse leur futur roi Henri II Plantagenêt. La ville est également sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle, ce qui y amène de nombreux pèlerins venus vénérer les reliques de saint Hilaire ou sainte Radegonde. C'est également
à Poitiers que Jeanne d'Arc fut examinée en 1429. Malgré un certain déclin pendant la Renaissance, la ville voit vivre en son sein de grands noms de la littérature tels Joachim du Bellay et Pierre Ronsard qui fréquentent tout deux l'Université de Poitiers. Le principal attrait, surtout pour nous, historiens de l'art curieux de tout, est évidemment ses vestiges archéologiques et son architecture principalement médiévale. L'archéologie est la véritable bête noire des promoteurs qui dès qu'ils creusent, tombent sur des vestiges de l'époque gallo-romaine comme en témoigne la construction du centre commercial dans le centre ville. Une véritable voie commerciale romaine avec des boutiques a été mise au jour. Malheureusement, quasiment aucun vestige n'est visible aujourd'hui. Cependant, pour les mordus, la région est également féconde en ruines et autres objets antiques qui sont pour la plupart conservés au musée Sainte-Croix qui regroupe également une importante collection de vestiges médiévaux et une collection d'œuvres allant jusqu'à l'époque moderne. Le musée peut paraître un peu vide et poussiéreux mais reste un point de passage obligé pour les visiteurs. Il peut d'ailleurs se targuer de conserver le plus petit Boudin au monde (pardon, je n'ai pas résisté à ressortir cette perle de lycée...) Mais l'idéal à Poitiers est de marcher, ou plutôt d'errer. Il est fort probable que vous tombiez sur une, ou plutôt devrais-je dire, des églises. Poitiers est en effet surnommée "la ville aux cent clochers"... La plus belle de toute sans aucun doute, et la plus connue, est évidemment Notre-Dame-laGrande. L'église est consacrée en 1086 par le futur pape Urbain II. Elle est érigée dans un style roman assez particulier à cette région. L'intérieur est composé de murs peints, en excellent état de conservation. Mais l'élément le plus notable de cette église est sans conteste sa façade écran ra-
29 ques dans les vestiges d'un théâtre gallo-romain, idéal pour une soirée d'été originale !
joutée au cours du XIIe siècle. La façade est plate, plus haute que l'édifice et décorée de manière très structurée à l'aide d'arcatures superposées et abondamment sculptée de scènes bibliques et de motifs de rinceaux, de bestiaires fréquents à cette période. Elle diffère des autres façades romanes en ce qu'elle n'a pas de tympan sculpté. Aujourd'hui, chaque été, des restitutions lumineuses de la polychromie de la façade sont proposées au public, soit assis devant le portail ou attablé aux terrasses environnantes. Car, venons-en au principal attrait de Poitiers pour nous, jeunes étudiants studieux : les bars... C'est sans doute la ville qui connait la concentration de bar la plus élevée au km2. Une soirée type "en ville" entre jeunes poitevins, en général, commence par un rendez-vous devant l'ancien théâtre de la ville, devenu aujourd'hui un cinéma. Ensuite, quand chacun arrive à l'heure convenue (c'est à dire H +15 minutes, quart-d'heure poitevin oblige), vient le temps du choix. En général la place du marché (derrière Notre Dame) est en rivalité avec la place du Maréchal Leclerc (aussi appelée Place d'Armes, près de la Mairie). Bien souvent, la Place d'Armes est laissée aux badauds et aux touristes au profit de la Place du Marché et de ses bars "animés". Après avoir découvert Poitiers, il vous faut voir ses alentours. Visiteurs curieux et avides de Culture, prenez votre voiture et allez à Saint-Savin-sur-Gartempe. Là-bas vous verrez la célèbre abbaye et sa nef couverte d'une voûte "tunnel" magnifiquement peinte et exceptionnellement conservée qui est d'ailleurs l'un des nombreux clichés du cours de Moyen-âge de M. Bruna (moi, je dis ça, je dis rien...) Dans le coin, vous avez également la ville de Chauvigny, véritable ville médiévale avec ses ateliers et son vieux château où vous pourrez admirer un spectacle ma-gni-fique avec des aigles, qui raviront vos cousins, frères, sœurs, neveux, voisins et autres bambins perdus dans les visites culturelles "des grands". Enfin, pour les adeptes de l'Antiquité, le mieux est d'aller à Sanxay, au mois d'août, où sont organisées des soirées lyri-
Une dernière particularité de Poitiers pour la route : la cuisine. Tout d'abord, le farcis poitevin. Ça ne vous donne pas envie ? Attendez de voir les ingrédients : choux, salade, oseille, bettes, poireaux, persil, oignons, épinards, œufs, farine, lardons, sel, poivre. Je vous laisse imaginer l'aspect de la chose : une sorte de tumulus... D'autres vous parleront du tourteau fromager. Il est fabriqué à base de fromage blanc de vache ou de chèvre, recouvert d'une croute noire et était servi traditionnellement durant les mariages. Aujourd'hui toute les occasions sont bonnes pour en manger ! Je passe sur le Chabichou que vous connaissez tous pour passer à la chocolatine, qui n'est autre que ce que vous appelez pain au chocolat. Ce n'est pas une spécificité poitevine, plutôt un trait commun à tout le Sud-Ouest de la France et au Québec (paraît-il...). Annabelle Pegeon
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ILS VIENNENT AUSSI DE LA
II. Cap sur la Charente-Maritime
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n accoste sur une terre sans relief où la forêt se fait rare. On a beau chercher, on ne trouve guère d’arbre pour venir perturber les étendues marécageuses qui s’élancent à perte de vue vers un morne horizon. Des villages disséminés de ci et là animent le paysage. Les roses trémières côtoient la blancheur des murs et rencontrent le bleu des volets. Cette enclave charentaise n’a pas la franchise de la Bretagne ni la violence lumineuse du Sud mais possède un charme tout en nuance qui se révèle de manière presque impalpable. Aux terres succèdent la mer, sans transition. Les ponts sont jetés entre les rives sur un océan piqueté d’îles. On enfourche un vélo, monture la plus adaptée à ce paysage de plaines et on fonce vers La Rochelle, ville cheftaine du département. « Belle et rebelle » telle est la modeste devise de la petite cité. Belle, elle l’est toujours, incontestablement. Sa rébellitude a cependant perdu de son potentiel en s’incarnant toute entière dans le parterre de djeunz gothiques qui fleurit devant la cathédrale Saint-Louis, élevée au XVIIIe siècle par les architectes Gabriel père et fils. Les murs de Hell Air (LR) s’inscrivent dans un riche héritage médiéval dont les rues à arcades, l’église SaintSauveur et les trois tours qui gardent l’entrée du port sont les fleurons. La lanterne, La Chaine et Saint-Nicolas rivalisent d’éloquence et de sex appeal en matière d’appât touristique (ya du monde au balcon) et récitent l’histoire du grand siège de La Rochelle : les affrontements entre Richelieu et Jean Guiton, les rivalités entre catholiques et protestants, l’embargo, la peste, la famine… ou autant de joyeusetés qui supprimèrent les trois quarts de la population rochelaise entre 1627 et 1628. La vieille ville abrite de nombreux musées. Le musée d’histoire naturelle offre une des plus grandes collections ethno-
graphiques de France. A côté des trésors africains, océaniens et américains se déploient quelques curiosités, comme Zarafa, la girafe offerte par Mehmet Ali à Charles X, qui a trottiné de Marseille à Paris en 1826 alors qu’elle n’était que girafon. Aujourd’hui empaillée, la bestiole garde l’escalier et reçoit les hommages des amis de Zarafa qui organisent diverses manifestations en son honneur, notamment des happening déguisés en girafes. Le musée du nouveau monde fait la part belle au commerce triangulaire et autres glorieuses heures de l’Histoire du fief. Quant à la collection du musée des Beaux-arts, elle est plutôt pauvre, avouons-le et en grande majorité constituée de la production d’artistes du coin. On observe cependant quelques grands noms sur les cimaises, notamment celui de William Bouguereau, l’enfant du pays célébré par ses contemporains et raillé par la postérité. Ses angélismes porcelainés et ses compositions affectées ne sont pas du gout de tous. Notons cependant que le vieux William amorce actuellement un retour en grâce avec la très récente dation au musée d’Orsay qui a conquis les visiteurs (notamment Frédéric Mitterrand qui n’a pas peur de l’hyperbole) et les grandes rétrospectives d’artistes académiques du XIXe siècle qui fleurissent un peu partout. Autre grand nom célébré en ces terres maritimes : celui d’Eugène Fromentin, peintre et écrivain qui a trouvé la lumière inspiratrice en Algérie. Le chef de file de la caravane orientaliste était originaire du petit village de Saint-Maurice vers lequel il revenait souvent pour peaufiner les croupes émaillées de ses chevaux, troquant parfois ses pinceaux contre des crayons pour coucher sur le papier ses souvenirs de voyages, ses critiques d’art et ses méditations. L’œil de l’orientaliste parcoure tout le département. Les rues blanches et muettes de Rochefort (lorsqu’elles ne font
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pas décor aux marivaudages musicaux de Jacques Demy) abritent des trésors d’exotisme insoupçonnés. La maison de Pierre Loti, écrivain, militaire et globe trotteur est un témoignage unique de l’éclectisme du XIXe siècle, entre historicisme et orientalisme. Il a fait de son humble logis le théâtre de ses fantasmes. Un intérieur de mosquée accueillant la pierre tombale de sa maitresse Aziyadé dérobée à
Constantinople, un salon à la turque, une salle de banquet médiévale, un escalier Renaissance... cohabitent dans un délicieux fracas. Des photographies nous présentent les grandes fêtes chinoises qu’il organisait et qui accueillaient de multiples invités parisiens ramenés de la gare en poussepousse sous les regards courroucés de la petite bourgeoisie protestante. Le département abrite de nombreuses autres richesses. Les
arènes, l’arc gallo-romain et l’abbaye aux dames de Saintes, la ville fortifiée de Brouage, la corderie royale de Rochefort, le château de la Roche-Courbon... Sans oublier les quatre îles qui mouillent au large de La Rochelle : Ré, la trop fréquentée, repères des bobos en vacances et des politiciens en disgrâce. La lointaine petite Aix qui garde le fort Boyard en son sein d’eau et qui accueille deux musées nationaux sur trois kilomètres de terre : Le musée napoléonien dans la maison qui fut celle des derniers jours de Nap en France et le musée africain abritant statuettes et bestioles exotiques naturalisées. Sans oublier l’île d’Oléron et la désertique île Madame, paradis des ornithologues. Pour poursuivre votre virée en bordure du Poitou– Charentes, faites un petit détour par la Vendée, merveille patrimoniale. Vous y trouverez de nombreuses abbayes romanes et gothiques, Maillezais et Nieul-sur-l’Autise pour ne citer qu’elles, remarquablement mises en valeur par une scénographie et une médiation des plus funky. En effet, Philippe de Villiers, le papa du Puy-du-Fou, préside le conseil général de Vendée et distribue ses sesterces à tout va dans la valorisation de l’héritage cultuel plutôt que dans le logement social. Margot Boutges
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Cousine du homard Couches Balisent les côtes. Groupe basque Guerres internes Faiseur de vers en anglais. Mention. Organisme nazi 6. Mogwai humide 7. Écrasés. Cours de synthèse 8. Rien à signaler. Terminale scientifique. Rempli l’abcès. 9. Entre le single et l’album 10. Spécialiste de la religion 11. Irlande. Pronom. Ile 12. Mari de Heidi. N’es pas encore
A. Écureuil de BD. Parées B. Sœur de l’anthropologie. C. Gros vases. BO des Visiteurs D. Choses peu courantes. Au bout de l’Avent E. Forme d’être. Maladie de proximité F. Prêtresses antiques. Médecins du monde. G. Version saxonne d’être. Thot. Pas jeune. H. A l’intérieur. I. Archéologiques ou touristiques. Redoublera sa prépa. J. Meurtrières
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Rappel en bref! L’équipe de la rédaction sera là vous accueillir lors d’une réunion de présentation du journal et pour répondre à toutes vos questions le mercredi 13 octobre à partir de 12h30, amphithéâtre Dürer. Nous sommes toujours à la recherche de nouvelles plumes, venez nombreux!
Louvr’boîte n°7 Septembre 2010 Directrice de publication : Margot Boutges Rédactrice en chef : Perrine Fuchs Rédacteurs : Philippe Bettinelli, Margot Boutges, Jean-Baptiste Corne, Perrine Fuchs, Eloïse Galliard, Valentine Gay, Sébastien Passot, Sophie Paulet, Annabelle Pegeon, Anaïs Raynaud, Madeleine X et tous nos contributeurs anonymes Illustrateurs : Thaïs Arias, Aurélie Deladeuille Valentine Gay, Silvère Tricaud Maquettiste : Sébastien Passot Edition: BDE de l’école du Louvre— Porte Jau jard, Place du Carrousel. 75038 Paris cedex 01 Impression: Reprographie de l’Ecole du Louvre Dépôt Légal 01/2009— ISSN 1969-9611— 50 cts