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La Villallombert, l'intemporelle

L’intemporelle

Texte et photos : Corine Tellier

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La Villallombert est comme suspendue entre le passé et le présent. A l’ombre des arbres centenaires, la belle a retrouvé sa douceur de vivre. Visite guidée de la maison au cœur d’un jardin bucolique à souhait en compagnie de Lucie et Pierre qui y résident depuis près de 40 ans.

Vue de l’extérieur, la Villallombert se présente aux yeux du visiteur sous la forme d’une magnifique toiture en tôle à quatre pans, flanqués de quatre lucarnes, le tout coiffé d’un épi de faîtage. Elle inspire le dépaysement et c’est précisément ce que venaient chercher, à la fin du XIXème et au début du XXème siècle, ses premiers occupants, des habitants de Saint-Paul qui désertaient les coups de chaud de l’Ouest dans cette maison de « changement d’air », jusqu’en 1962. Une date mémorable : en février, le cyclone Jenny fait des ravages dans l’île et n’épargne pas la villa : qui est dévastée ; une partie est même écrasée sous un énorme arbre que le vent a brisé, seule la façade en ressort pratiquement indemne. Suit une longue période pendant laquelle, elle sera laissée à l’abandon : complétement détruite, la maison ne reprendra faveur qu’en 1986, quand l’une des 20

descendantes de la famille des premiers propriétaires et son mari décident de s’y installer peu après leur mariage. Le couple la réhabilite en grande partie et procède à quelques aménagements pour en faire une grande maison dans les normes contemporaines : la disposition des pièces est ainsi changée ; la salle de bain et la cuisine auparavant séparées du bâtiment principal se retrouvent ainsi à l’intérieur. Le plan initial

est toutefois respecté malgré deux changements majeurs : la pierre qui remplace le bois ainsi que l’orientation qui pointe désormais plein sud pour profiter des alizés et se protéger du soleil au plus fort de l’été. La toiture si caractéristique resplendit à nouveau dans sa splendeur d’antan ; les lambrequins qui s’y accrochent, eux, ont pâti après le passage d’un autre cyclone, Firinga, et ont bénéficié des soins d’un artisan de Saint-André qui les a façonnés en royales fleurs de lys. De l’ancienne demeure, les nouveaux propriétaires ont pu sauver du bois de rose qui habille le parquet du rez-de-chaussée, un peu de marbre pour la salle de bain et les toilettes ; de nouveaux matériaux (faïence et ardoise) complètent la composition de ces pièces à vocation sanitaire. Toutes les boiseries extérieures ont été refaites à neuf à partir de natte péi par des artisans de la Rivière Saint-Louis. A l’étage, c’est un parquet en teck qui a pris place il y a moins de 10 ans pour l’isolation et plus de confort. Une des fenêtres du même palier est en aluminium, plus résistante que les versions en bois en fonctionnement naguère. A l’intérieur, les visiteurs tombent sous le charme d’un mélange qui reflète les goûts artistiques prononcés des propriétaires : « nous avons décoré la maison de tout ce que nous aimons, quel que soit le style : de l’anglais qui côtoie du Louis XV et du créole… Avec une préférence pour les choses qui ont un vécu. Et tout s’imbrique comme par magie ! ». Des meubles anciens, fabriqués à Pondichéry, à Islamabad, d’inspiration française et anglaise, des fauteuils de la Compagnie des Indes, une cloche tibétaine, une commode qui vient d’Egypte... Le spectacle se passe également au plafond : deux lustres d’époque, en cristal de baccarat, ornent le grand salon. Impossible de quitter la maison sans faire un tour dans la cour fleurie, où poussent orchidées, lataniers, tabebuia, ylangylang, jacarandas, tillandsia ou encore un cassier aux délicieuses fleurs jaunes.

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