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Pirates et trésors enfouis à Bourbon
Remerciements à l’Iconothèque Historique de l’Océan Indien Texte : Corine Tellier / Carpe Diem PIRATES ET TRÉSORS ENFOUIS À BOURBON
Entre fantasme et réalités, l’histoire de la piraterie à La Réunion ne manque pas de susciter si ce n’est la convoitise, du moins le vif intérêt des chercheurs de trésors, imaginaires ou bien réels mais si difficiles à dénicher. Retour sur une saga fascinante.
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Vous avez peut-être dans vos veines du sang de pirate qui coule et parfois bouillonne. Les historiens pensent en effet qu’entre 25% et 40% des Réunionnais auraient une origine pirate. Mais qu’est-ce qui pouvait bien attirer ces aventuriers dans l’île? Depuis que la voie des Indes a été ouverte par les Portugais et les Européens à la fin du XVIème siècle, les comptoirs florissants sur la route des épices ne manquent pas mais c’est loin d’être le cas de l’île Bourbon, un territoire où même la circulation de monnaie est limitée au profit du troc. Une bonne partie des pirates s’est installée dans l’immense Madagascar qui leur offre de multiples coins de retranchements et leur sert de base arrière afin de préparer leurs assauts. Bourbon, à quelques brasses, leur permet d’écouler à peu de frais leurs marchandises. Ils accostent sur la côte Sud moins surveillée, du côté de Saint-Pierre, à la barbe des Français dont la présence est plus marquée au Nord. Au fur et à mesure, les pirates prennent goût à ces escales et fréquentent davantage l’île, prolongeant leurs séjours au sein 16
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d’établissements peu recommandables. Un mode de vie qui les inclut subrepticement dans le paysage ; lassés de leur courir après, la Compagnie leur accorde une amnistie s’ils acceptent de se ranger. Tant et si bien que la piraterie tend à disparaître dans l’île au cours du XVIIIème siècle. L’âge d’or du phénomène a lieu un peu avant, à cheval entre la fin du XVIIème siècle et le début du XVIIIème siècle, période marquée par les exploits de personnages flamboyants comme les anglais Avery, Tew. La fréquentation de plus en plus assidue des pirates alimente les théories les plus survoltées. Ils ne viendraient pas que pour s’amuser dans ce refuge mais bien y mettre à l’abri leurs butins. Un nom, ou plutôt un surnom, La Buse, nourrit bien des théories depuis son coup d’éclat : l’attaque d’un lourd vaisseau, La Vierge du Cap, venant de Goa et ayant fait escale dans la baie de Saint-Denis après avoir essuyé une tempête. Né à Calais, le Français Olivier le Vasseur, de son vrai patronyme, a sillonné les eaux antillaises et les côtes africaines, et se retrouve à détrousser les navires marchands de l’océan Indien. Sa particularité : il possède son propre navire, une ancienne galère héritée de son père, la « Reine des Indes ». Après moult péripéties au large des Seychelles et des Comores, la Buse (c’est ainsi que l’appellent ceux qui l’ont vu à l’œuvre, fondant tel un rapace sur ses proies) fait une rencontre décisive, celle d’un ancien officier de la Royal Navy reconverti dans la piraterie. A bord de deux navires, le Defense et le Victory, les deux comparses écument les mers jusque vers la côte indienne. Mais leur fait d’arme le plus retentissant reste la prise de la Vierge du Cap ; une collection de diamants et un butin évalué à près de 60 millions de livres de l’époque, une fortune ! Si La Buse ne conservera qu’une partie du trésor, la question est de savoir si le pirate disposait d’une cachette où il aura pu l’enterrer, si cela se trouve au côté du fruit de ses autres rapines. Pour continuer à enflammer les imaginations, le jour de sa mort par pendaison, il aurait lâché ce message énigmatique : « Mon trésor à qui saura le prendre ! », accompagné d’un cryptogramme, qui révèlerait l’emplacement du butin. Aujourd’hui encore, de nombreux chercheurs de fortune essaient de déchiffrer le mystère. Et si les pièces d’or de La Buse ou de l’un de ses comparses pirates gisaient sous vos pieds…
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