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La Réunion et l’océan Indien à travers l’oeil de Noemi Sjöberg
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La Réunion et l’Océan Indien à travers l’œil de Noemi Sjöberg
Texte et photos : Corine Tellier Crédit photo de l’œuvre « Femme Plurielle » par Noemi Sjöberg Deux images d’archives utilisées dans le travail de recherche de l’artiste Remerciements au Département de La Réunion et à l’Iconothèque Historique de l’Océan Indien
Noemi parcourt le monde en quête d’images qui donnent à ses œuvres une dimension profondément humaine. Nous avons eu la chance de croiser sa route lors de son escale réunionnaise. Un passage qui nous permet d’en apprendre davantage sur cette artiste talentueuse mais aussi sur notre île…
La Turquie, le Japon, l’Iran, les Etats-Unis, le Maroc, l’Egypte, l’Inde, la Chine, la Mongolie… Le voyage semble inscrit dans l’ADN de Noemi Sjöberg. Suédoise sur le papier, l’artiste, titulaire d’un Diplôme national supérieur d'expression plastique obtenu à l’Ecole Supérieure d’Art d’Aix en Provence, est une vraie citoyenne du monde, elle qui est née à Madrid, a grandi à Paris et à Stockholm et qui vit et travaille aujourd’hui à Barcelone. Dans son périple, elle découvre
une manière d’inclure la femme d’aujourd’hui
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des visages, côtoie des peuples, devient le témoin d’existences qui nourrissent son imaginaire et son art. Son mode d’expression privilégiée : l’image sous la forme de photographies ou de courtes vidéos, captant une ou plusieurs facettes d’un monde qui ne cesse de la fasciner. Quand le Département de La Réunion et l’Iconothèque Historique de l’Océan Indien la contactent pour participer à un projet artistique qui fait le pont entre passé et présent, elle n’hésite pas un instant. Ce sera l’occasion de découvrir une contrée encore inconnue pour elle mais aussi l’opportunité de faire, encore une fois, parler les images. Une première approche est faite à distance. Déjà en contact avec l’équipe de l’iconothèque, Noemi Sjöberg se familiarise avec un fonds impressionnant. « En parcourant les banques d’images mises à ma disposition, j’ai été fascinée par les visages des femmes de l’océan Indien qui dégageaient quelque chose de puissant qui ne pouvait pas laisser indifférent. Pour m’imprégner encore plus de cette histoire marquée par toutes ces influences du monde entier, j’ai eu la chance de travailler NOEMI avec l’historien David Gagneur, qui dirige également l’Iconothèque ». Se profile déjà l’esquisse d’une œuvre prenant comme sujet ces femmes venant de différents horizons, avant une immersion dans la société réunionnaise à la faveur d’une résidence de 6 mois à l’Iconothèque. SJÖBERG « J’ai appris que toutes ces femmes étaient de différentes conditions : certaines sont venues en tant qu’esclaves, d’autres encore comme engagées. Ces parcours de vie, c’est ce qui a fait leur force. J’ai voulu leur rendre hommage ». Le résultat : une installation au sol visible à Champ-Fleuri et composée de dix photographies sur verre, miroir, basalte, et acier corten, intitulée « Femme plurielle ». Une illustration du savoir-faire technique de la plasticienne qui aime travailler plusieurs mediums. Le fond de basalte est un clin d’œil à cette matière indissociable de l’insularité. Les photos, des portraits de ces femmes fortes de l’océan Indien, « les grands-mères de la zone et de La Réunion ». Parmi elles, un cliché qui avait une résonance particulière dans le cœur d’une famille présente lors de la célébration des 10 ans de l’Iconothèque dans les allées du Jardin de l’Etat et lors de laquelle Noemi Sjöberg est revenue sur sa résidence réunionnaise ; non rien de moins que les descendants d’une de ces femmes, celle qui porte un magnifique ordni (ce petit voile qui couvre la moitié des cheveux et qui complète la tenue traditionnelle des femmes musulmanes dans l’Inde du Nord) : « Maman est née en 1932 : elle avait 20 ans sur cette photo, nous confie sa fille. C’était une belle femme, impliquée et investie. Nous nous devions de participer à ce projet ». Des miroirs argentés et en bronze rythment la structure : une manière d’inclure la femme d’aujourd’hui « mais aussi les hommes qui ont eux aussi leur part féminine, pour les associer à ce chemin à faire ensemble dans la « ré-union » », précise l’artiste. Une œuvre cédée au Département de La Réunion, au même titre qu’une autre installation réalisée par Noemi Sjöberg, « Terre à l’horizon », au Lazaret, une barque en équilibre entre présent et passé et qui interroge la migration et l’engagisme. Un peu de nous, de nos histoires, à travers son regard, un superbe cadeau.