« Il existe une volonté politique et une réponse aux attentes des investisseurs privés béninois ». Le Triomphe n° 009 du 8 avril 2009 Interview de M. Roland RIBOUX, Président du CIPB, sur l’an 3 de Yayi Boni.
Avril 2006 - Avril 2009. Cela fait maintenant trois ans que le président Yayi Boni a officiellement pris le pouvoir. Un pouvoir qu'il a placé sous le signe du changement. A cette occasion, votre journal s'est rapproché du directeur général de Fludor Bénin, Roland Riboux, président du Conseil des Investisseurs Privés au Bénin pour avoir les appréciations du secteur privé.
Bonjour Monsieur le président, Pouvez-vous présenter votre structure à nos lecteurs? Merci, le Conseil des Investisseurs Privés au Bénin est une association qui a été créée en 2002 dans le but de réfléchir sur les moyens à mettre en œuvre pour faire sortir le pays du sous développement. Donc nous parIions déjà de tendre à l'émergence avant que le Dr Yayi Boni n'énonce et popularise le concept. Nous sommes une quarantaine d'entreprises de taille importante, entreprises béninoises ou de différentes nationalités établies au Bénin en y ayant fait un investissement lourd. Nous sommes des opérateurs économiques béninois souhaitant que l'environnement des affaires soit aussi bon que possible; nous souhaitons, par exemple que le classement de notre pays dans le «Doing business » de la Banque Mondiale s'améliore sensiblement.
Le président Boni Yayi boucle trois ans à la tête de l'Etat. Au bout de cette période, est-ce que les investisseurs privés dont vous êtes le président se sentent à l'aise pour mener à bien leurs affaires? En termes clairs, l'environnement des affaires est-il favorable à l'investissement? Lorsque le président Yayi Boni est arrivé au pouvoir, il était en face d'une situation qui n’était pas, rappelons-le, excellente. Les finances publiques étaient en mauvais état, ce qui entraînait tout naturellement des comportements de harcèlement fiscal de la part de la direction des Impôts. La filière coton était déjà en mauvaise posture. Les problèmes d'énergie se posaient déjà. Donc, le nouveau chef de l'Etat ne s'est pas retrouvé devant une tâche facile.
Par rapport à cette situation de départ, quel bilan peut-on faire à la date d'aujourd'hui? D'abord sur les finances publiques, il est clair que la situation s'est nettement améliorée, que le "coulage" a bien diminué, que les impôts rentrent mieux et que l'argent est mieux dépensé. De ce point de vue les opérateurs économiques ne peuvent qu'être satisfaits. Sur les grands fondamentaux du pays, j'ai cité le coton. Je pense que ce Président de la République est celui qui s'est le plus impliqué dans ce secteur. A peine arrivé, il a déboursé 18 milliards de FCFA en avances sur ce que les différentes
structures devaient aux producteurs et chaque année, il s'est impliqué dans la mobilisation des paysans pour les inciter à produire. Chaque année, la législation en matière d'organisation de la filière a été son souci. La dernière étape a été la privatisation des usines de la Sonapra. Malheureusement, la situation actuelle avec des prix internationaux de la fibre toujours bas et des producteurs démotivés demeure préoccupante, non seulement pour les égreneurs mais aussi pour des industries comme celles de Fludor-Bénin, membre du CIPB, qui produit de l'huile à base de graine de coton et s'inquiète pour son approvisionnement. Je pense que le problème de la filière coton n'est toujours pas résolu et qu'une fois de plus, le chef de l'Etat devra se pencher sur son sort. J'espère qu'alors, il voudra bien écouter l'avis que je donne depuis des années, et qui est que la seule organisation valable d'une filiére coton dans nos pays est celle qui a été adoptée par la CFDT dès l'origine, c'est-à-dire celle dans laquelle la société d'égrenage est au centre du dispositif, avec la responsabilité d'encadrer les paysans, d'acheter et faire l'avance des intrants aux producteurs, d'obtenir les crédits correspondants et finalement déboucler le crédit de campagne. L'un des autres sujets c'est bien sûr l'énergie, la fourniture d'électricité de qualité, de façon constante. Dans ce domaine, un certain nombre de choses ont été faites. Je crois savoir par exemple qu'une société chinoise vient d'obtenir la réalisation du barrage d'Adjarala. Ce qui permettrait dans la durée de résoudre partiellement le problème du manque de l'énergie et de pallier les insuffisances de nos fournisseurs extérieurs, Côte d'Ivoire, Ghana, Nigeria. Je souhaiterais que le chef de l'Etat se penche davantage sur ce sujet et que, plutôt que de favoriser systématiquement des solutions du type turbine à gaz, qu'il regarde, comme l'étude réalisée par le CIPB le suggère, du coté de l'hydro électricité: le Bénin pourrait, sur ses nombreux cours d'eau, réaliser une multitude de petits barrages qui, mis bout à bout, permettraient non seulement d'électrifier les campagnes, mais également d'assurer l'indépendance énergétique de notre pays. Autre sujet brûlant: les télécommunications. Sur ce domaine, Ie chef de l'Etat, lors de la dernière réunion du Conseil Présidentiel de l'Investissement, m'avait indiqué que la société nationale Bénin Télécoms était en train de se donner une comptabilité propre, distincte de celle de 1'OPT, la mettant ainsi dans l'état de faire venir dans son capital social un opérateur international qui l'aidera à se mettre à niveau. J'ai vu avec plaisir dans la presse de ces derniers jours que l'Etat a recruté un consultant pour préparer le dossier de privatisation. C'est une excellente nouvelle : nous avons besoin d'un opérateur historique fort, capable entre autres de poursuivre le développement du