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DOSSIER HRC
juin 2020
Interview du Dr Philippe Saegesser
«Il faut revenir à une gouvernance hospitalière incluant ceux qui participent à son activité» Le Dr Philippe Saegesser, président du GMH, a exercé à l’Hôpital Riviera puis à l’Hôpital RivieraChablais (HRC) durant vingt-trois ans. Il nous livre son ressenti et ses explications face à la débâcle, qui va bien au-delà de l’aspect financier. Quelle est votre première réaction face à la situation de l’HRC et quel jugement portez-vous sur le déficit actuel?
Le sentiment d’un énorme gâchis et une grande frustration… La réalisation de Rennaz est un échec pour plusieurs raisons: d’abord par le fait que ce déficit s’inscrit dans le cadre des promesses non tenues à la population liées à l’ouverture du nouvel hôpital; ensuite par les graves erreurs stratégiques en matière de médecine de proximité. Revenons sur quelques aspects. – La fonctionnalité: après les nombreux échecs de projets hospitaliers sur la Riviera en particulier, celui de Rennaz représentait une belle opportunité de consolider le rayonnement de l’hôpital public en regroupant les spécialités sur un site, alors qu’elles étaient dispersées sur cinq. – L’élargissement des domaines d’activité: desservir un bassin de population de près de 200 000 personnes permettait de justifier l’élargissement du panel d’activités et de répondre à la mise en place de spécialités d’avenir nécessitant une masse critique et permettant le recrutement de spécialistes reconnus. – L’économicité: la réalisation du nouvel hôpital était un gage d’économie sur le budget d’exploitation par rapport à une situation antérieure dispersée et consommatrice de moyens. – La médecine de proximité: s’agissant de la composante ambulatoire, aucune solution pragmatique n’a été réellement engagée pour éviter de perdre tout ou partie de cette activité, en laissant les antennes de Vevey et de Monthey à l’objectif quasi exclusif d’y ouvrir des lits B. Cela a créé un gigantesque appel d’air et de nombreux projets de permanences.
Selon vous, quelles sont les raisons de ce déficit?
L’environnement professionnel et les relations calamiteuses avec une direction autoritaire et non partenariale depuis sa mise en place progressive depuis dix ans à l’Hôpital Riviera ont fait fuir plus de 25 médecins-chefs. Tous jouissaient d’une excellente réputation, étaient intégrés dans le réseau médical local et social et étaient pourvoyeurs d’une grande partie de l’activité. Cela représente près des trois quarts du nombre de médecins-chefs de l’Hôpital Riviera de l’époque et pas loin du tiers de l’effectif actuel. Ils ont entraîné avec eux une bonne part de l’activité, qui s’est ainsi déplacée dans des structures privées de la région. Ce manque de recettes ne permet logiquement plus d’équilibrer le budget, malgré le recrutement de nouveaux médecins en partie étrangers. Ce constat fait la preuve par l’absurde qu’un hôpital ne peut se développer sans un partenariat de qualité avec le corps médical hospitalier et de sa région. L’autre aspect fait référence au système d’organisation, à l’hypertrophie d’un appareil administratif omniprésent et omnipotent, qui s’appuie sur une multitude de chefs de projet et qui construit un monde