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DOSSIER COVID-19
juin 2020
«La plus grande peur de tout être humain, même de celui qui a choisi de vivre en ermite, n’est pas de mourir. C’est de mourir seul.» Donato Carrisi La pandémie et la mort
Etre vieux, mourir aux autres au temps du Covid-19
L
orsque j’étais jeune assistant, j’ai vécu l’expérience de mourants laissés seuls par l’équipe soignante dans une chambre isolée. Une telle relégation était justifiée – me disait-on – par la volonté d’épargner les voisins de grandes chambrées du spectacle de l’agonie. A l’époque, j’avais tout de même le sentiment d’une carence d’humanité liée à l’état d’abandon que la personne en fin de vie devait nécessairement éprouver. Un demi-siècle a passé depuis mes débuts en médecine et la situation a beaucoup changé. Les soins palliatifs, l’attention à la qualité de la fin de vie ont permis aux personnes âgées et aux malades, le plus
souvent, de mourir entourés de leurs proches ou, à défaut, de soignants attentifs. Mais la question pourrait se poser différemment aux soins intensifs. Le Covid-19 a changé la donne. MOURIR SEUL, UNE FATALITÉ?
Dans les conditions d’urgence, de surmenage menaçant en cette période de pandémie, les malades finissent par mourir sans un moment d’adieu de la part de leurs proches, et ces derniers de rester seuls dans leur douleur. Pas forcément! Le 20 mars, au téléjournal de la RTS, un reportage montrait des réanimateurs discuter par portable avec la fille d’une