Vous qui construisez des jardins, ne faites pas des parcs, des espaces verts ; faites des marges. Ne faites pas des terrains de loisirs et de jeux ; faites des lieux de jouissance, faites des clôtures qui soient des commencements. Ne faites pas des objets imaginaires ; faites des fictions. Ne faites pas des représentations ; faites des vides, des écarts ; faites du neutre…
revue de projet, d’art et d’écologie
LOUIS MARIN
Les carnets
Couverture : Culture de la vigne dans les cendres dans la région de La Geria à Lanzarote (îles Canaries, Espagne).
les carnets du paysage
Directrice de la publication
Alexandra Bonnet
Directeurs de la rédaction
Jean-Marc Besse et Gilles A. Tiberghien
Secrétariat de rédaction
Delphine Gorges d.gorges@ecole-paysage.fr
Comité de rédaction
Hervé Brunon
Bérengère Chauffeté
Gilles Clément
Denis Delbaere
Marcelline Delbecq
Eugénie Denarnaud
Pauline Frileux
Giulio Giorgi
Claire Guezengar †
Bernadette Lizet
Éric Monin
Alexis Pernet
Anne-Sophie Perrot
Marc Rumelhart
Michel Viollet
Conception graphique
Philippe Magnon
N° 46, printemps 2025
Comité scientifique international
Elena Cogato Lanza (historienne de l’urbanisme, EPFL, Lausanne, Suisse)
Michel Corajoud † (paysagiste, Paris, France)
Michel Collot (professeur de littérature, université Sorbonne nouvelle–Paris-III, France)
Bernard Debarbieux (géographe, université de Genève, Suisse)
Michel Desvigne (paysagiste, Paris, France)
Mark Dorrian (historien de l’architecture, Edinburgh College of Art, université d’Édimbourg, Écosse)
Martina Frank (historienne de l’art, université de Venise, Italie)
Francis Hallé (botaniste, université de Montpellier, France)
Domenico Luciani (architecte, urbaniste et paysagiste, Trévise, Italie)
William J. Thomas Mitchell (professeur de littérature et d’histoire de l’art, université de Chicago, États-Unis)
Joan Nogué (géographe, directeur de l’Observatoire du paysage de Catalogne, Gérone, Espagne)
Antoine Picon (historien de l’architecture, université Harvard, Cambridge, États-Unis)
Martin Prominski (architecte, université de Hanovre, Allemagne)
Un important débat public autour de l’agriculture s’est élevé, en France notamment, depuis quelques années, dans un contexte parfois conflictuel. Les enjeux de ce débat sont considérables, et pour certains vitaux. Ils sont à la fois économiques, sociaux, environnementaux, spatiaux, et aussi politiques. Mais ils ont également une dimension paysagère.
Le rôle des pratiques agricoles dans la production des paysages a été reconnu depuis longtemps cependant par les historiens des mondes ruraux, tout comme par les géographes attentifs aux transformations des modes d’occupation de l’espace, depuis les travaux fondateurs de Marc Bloch et de Roger Dion. De même les paysagistes ont valorisé le rôle des paysans dans la fabrication des paysages. Celles et ceux qui l’ont connu se souviennent de l’insistance avec laquelle Michel Corajoud, entre autres, rappelait cette puissance de l’activité agricole. Ainsi, dans un entretien radiophonique sur les territoires de montagne, où il utilisait une belle métaphore : “Le territoire de la montagne est un territoire qui est totalement soulevé toujours, c’est un drap froissé au fond, sur lequel des paysans se sont ingéniés pendant des générations et des générations à essayer d’imprimer une rationalité, des lignes droites, les champs, les sillons […].”
C’est principalement du point de vue du paysage, et plus précisément des questionnements, des pratiques et des engagements paysagistes que ce dossier des Carnets du paysage sur l’agriculture a été conçu. Il s’agit avant tout d’évoquer “d’autres agricultures”, c’est-à-dire des expériences et des activités qui se développent à l’écart (ce qui n’enlève rien à leur légitimité) des formes d’agriculture les plus couramment répandues, relevant de l’agro-industrie. Trois lignes de réflexion ont été développées au cours de cette enquête : le métier, la formation, la recherche.
Le centre de gravité de ce dossier concerne le métier et tente d’explorer les questions suivantes : comment des paysagistes se sont emparés des pratiques et des héritages agricoles, et comment (et pourquoi) sont-ils devenus agriculteurs ? D’autres questions ont inévitablement suivi : quelles influences leur formation de paysagiste a-t-elle sur leur conception et leur pratique du métier d’agriculteur ? Inversement, comment le métier d’agriculteur a-t-il modifié leur conception et leur pratique du métier de paysagiste, pour autant qu’ils aient prolongé cette activité ? En quoi peut-on parler, au bout du compte, de paysagistes paysans ?
Mais nous avons cherché également à savoir comment, au sein même de l’École nationale supérieure de paysage (ENSP) et au cours de leurs études, les élèves, futurs paysagistes, étaient mis au contact et formés aux perspectives et aux problèmes agricoles. La description par François Roumet de visites effectuées dans plusieurs exploitations en Beauce, mais aussi les notes de cours sur le plessage rassemblées par Pauline Frileux, nous donnent un aperçu des pédagogies développées dans l’école.
D’autres questions sont en outre apparues, concernant les diverses façons dont les paysagistes s’emparent de certaines perspectives et problématiques contemporaines relatives à l’agriculture. C’est le cas, par exemple, des propositions et des projets en faveur d’une agriculture urbaine à Nantes analysés par Matthieu Picot, ou encore d’une agriculture sociale (voir sur ce point l’entretien mené par Giulio Giorgi au sujet d’Orti Generali de Turin). Ou encore de l’enquête menée par Héloïse Bouju et Simon Gabillard dans quelques lieux représentatifs du patrimoine mondial de l’agriculture. Mais, dans cette enquête sur les pratiques agricoles envisagées du point de vue de leurs effets paysagers, nous avons souhaité également parler des héritages contestataires, qui se sont développés d’abord dans les mouvements paysans depuis les années 1970, dans le cadre de revendications pour une agriculture non productiviste, et dont Pierre Alphandéry étudie aujourd’hui, à titre d’hypothèse de recherche, les prolongements et les reformulations à l’intérieur des mouvements écologistes contemporains. Dans la seconde partie du numéro, intitulée “Traversées”, Les Carnets du paysage présentent un ensemble de contributions qui, sans être directement inscrites dans le
dossier, abordent néanmoins des espaces et des situations reliés au thème de l’agriculture : Denis Delbaere revient sur ce qu’il nomme une “utopie”, à savoir le parc du Sausset, tandis que Daniel Larralde del Solar suit les “traces du feu” dans les paysages. Y sont regroupées également les rubriques désormais usuelles de la revue : “La vie des plantes”, avec une contribution d’Audrey Marco sur les lichens, rubrique à laquelle s’ajoutent des comptes rendus de lecture, des visites d’exposition et une analyse de film. Ce numéro présente aussi un hommage, rédigé par Pierre Donadieu, à notre collègue récemment disparu Roland Vidal, qui a tenu une place essentielle dans le monde de la recherche sur le paysage, en particulier à l’ENSP
Nina Ferrer-Gleize, Haïti, n° de travail 2373, photographie extraite de l’ensemble L’Agriculture comme écriture, 2016-2023.
Le goût du paysage à Nantes
MATTHIEU PICOT Paysagiste
1. La loi Climat et résilience du 22 août 2021 a posé un objectif de zéro artificialisation nette à l’horizon de 2050, visant à interdire toute nouvelle consommation d’espaces naturels, agricoles et forestiers.
2. Yaël Haddad, “Nantes. Une terre d’élection pour les paysagistes”, Paysage Actualités, 15 mai 2017.
Si une ville pouvait se manger, quel goût aurait-elle ? À l’heure de la mondialisation des échanges et de la banalisation des métropoles, les recettes signatures, typiques d’un terroir et d’une culture locale, ne tendent-elles pas toutes vers une même saveur édulcorée ? Filer cette métaphore culinaire peut aider à comprendre comment la gastronomie résonne avec l’identité des paysages dans une culture urbaine. Une ville, c’est entendu, ne peut se manger. En revanche, elle grignote bel et bien son territoire d’expansion. Depuis l’essor des énergies fossiles, la consommation du foncier nourrit le métabolisme urbain jusqu’à l’indigestion. À l’heure de la transition écologique des sociétés, cette boulimie cadastrale est devenue insoutenable et écocidaire. Pour y remédier, urbanistes et paysagistes, diététiciens des villes, sont désormais priés de leur prescrire un régime frugal : le “zéro artificialisation nette” (ZAN)1. À Nantes comme ailleurs, les terres arables ont été plus largement converties à l’urbanisation que n’importe quel autre type de foncier, troublant la relation culturelle entre la métropole et son terroir au risque de perdre une part de son identité agricole et donc culinaire. En nombre grandissant, des Nantais s’élèvent contre cette perte en défendant ce qu’on pourrait appeler le goût de Nantes. Il devient dès lors intéressant de vérifier si à une exigence en matière de saveur peut correspondre une attente en matière de paysage. La métropole nantaise constitue un bon support pour interroger la relation qui s’opère entre ces deux sujets. D’une part, elle est à la fois en pointe sur la gestion de son agriculture périurbaine et très investie sur la place et le rôle de la nature en ville ; d’autre part, depuis les années 2010, les paysagistes y jouent un rôle croissant dans la fabrique de la ville2 .
Des racines profondes pour des bourgeonnements de pointe
La société nantaise, notamment à travers l’association Slow Food Nantes3, s’est interrogée sur ce qui fait l’identité culinaire locale. Si les terroirs voisins de Bretagne et Vendée, très identitaires, possèdent leurs signatures gastronomiques, il n’existe pas de cuisine proprement liée à Nantes, ville de commerce et de convergence des cultures. Cette association, qui réunit producteurs et restaurateurs autour du goût nantais, en a tiré une définition : la signature de leur territoire ne tient pas dans ses recettes stars mais dans la grande diversité et la grande qualité de ses produits, de la terre à la mer, du végétal à l’animal, du fruit au vin, etc. Autre mouvement de promotion de la filière alimentaire nantaise, l’association Les Bouillonnantes témoigne par ses publications et ses événements du lien direct qui existe ici entre les producteurs locaux et les restaurateurs. Leur dernière publication, Nourrir Nantes4, met en images et en récit ces personnes qui cultivent le lien de la terre à l’assiette. Mais, si certains de ces paysages productifs sont montrés à travers quelques photographies, le discours ne fait pas explicitement de rapprochement entre les vertus d’une agriculture locale, le goût du bon et la qualité des paysages qui peut lui être associée. En revanche, le lien entre la fourchette et la fourche-bêche porte le projecteur sur une agriculture locale constitutive de l’identité de Nantes.
4. Laurence Goulet et Paul Stefanaggi, Nourrir Nantes (et au-delà…), durablement, collectivement, joyeusement, Les Bouillonnantes, Nantes, 2023, 272 p. Voir les-bouillonnantes.com
Comme c’est souvent le cas, ce lien fort entre la ville et l’agriculture remonte aux origines de la cité et de son port. Le lit majeur de la Loire a apporté à la région des sols sablo-limoneux fertiles, parfaits pour la culture légumière. Plus que de nourrir les Nantais, la production locale a eu pour mission, durant les siècles du commerce triangulaire, d’approvisionner les cales des navires en partance pour l’Afrique. Les Anglais, qui faisaient leur ultime escale à Nantes, se souviennent encore de la Chantenay
Couverture du livre édité par l’association Les Bouillonnantes.
État des lieux de la production agricole sur le territoire nantais tiré des Synthèses de l’Auran, n° 81, pour Nantes métropole. L’étude montre une préservation et une bonne diversification de la production, mais des difficultés à progresser.
5. “Nantes, ville en transition écologique et solidaire”, coordination : Ville de Nantes – direction de la Transition écologique. Voir metropole.nantes.fr/rapportdd-nantes-23
(à prononcer avec l’accent british), une petite carotte très goûteuse et de longue conservation cultivée sur les coteaux de cette commune et qui enchantait le menu des marins menacés de carence en vitamines. Ce commerce extérieur des productions maraîchères s’est ensuite prolongé avec l’exportation via le rail, et même l’avion pour la mâche nantaise. Le maraîchage occupe donc ici une place significative, économiquement et symboliquement. Pour saisir l’importance accordée par la collectivité nantaise aux sujets de l’agriculture et du paysage, il suffit de se référer au rapport annuel 2023 sur la situation en matière de développement durable5. On y parle de baisse de la consommation des
6. Réseau des acteurs locaux des politiques agricoles et alimentaires d’agglomérations et de métropoles, qui vise à échanger les savoir-faire, à expérimenter en commun et à contribuer au débat sur la ville, son agriculture et son alimentation. Voir terresenvilles.org
7. Tenues à Nantes en 2022, 2023 et 2024, voir assises-agroecologie-alimentation.fr
8. Agreste, la statistique agricole, recensement agricole 2020, voir agreste.agriculture.gouv.fr
9. Maîtrise d’ouvrage : Nantes métropole aménagement, maîtrise d’œuvre urbaine : In Situ A&E, Atelier de paysages Bruel-Delmar avec WeAgri, cabinet d’expertise en agriculture urbaine.
terres agricoles, de projet alimentaire territorial, de renaturation des sols urbains, de reconquête de la biodiversité, etc. Cette priorité est également perceptible à travers l’accueil réservé aux colloques de l’association Terres en villes6, qui présentent à de multiples reprises le territoire nantais en exemple, ou aux Assises territoriales de la transition agroécologique et de l’alimentation durable 7, qui “mettent en avant les initiatives et stratégies territoriales en faveur d’une agriculture et d’une alimentation plus responsables”.
Destin des terres
En pointe sur son territoire en matière d’agriculture urbaine et consciente du lien culturel entre occupation du sol et consommation alimentaire locale, la collectivité, par la voie de ses urbanistes et paysagistes, s’interroge sur sa forme urbaine et sa stratégie de développement. Pour répondre aux besoins de production de l’habitat et des fonctions économiques, l’étalement urbain a repoussé toujours plus loin l’activité agricole. Ce mouvement a contribué à la disparition d’une économie agricole portée par des petites exploitations familiales au profit de structures de plus en plus grandes, industrialisées et spécialisées à l’export, étrangères à toute forme d’adéquation avec les conditions environnementales, les paysages et les usages.
La question du devenir des terres agricoles, reliques de ces exploitations maraîchères, persistant dans les interstices périurbains, se pose crûment à l’heure de l’objectif de zéro artificialisation nette. Heureusement, l’étalement urbain s’est ralenti ces dernières années – de moitié entre 2004 et 20248. L’heure n’est plus à la boulimie foncière et des contraintes environnementales croissantes pèsent sur la destinée de ces terres qui pourraient devenir constructibles : zones humides préservées, espèces végétales protégées, habitat pour l’avifaune patrimoniale, surfaces de compensation, etc. Est ainsi exclue toute possibilité d’artificialisation, mais sans que soient affirmées de nouvelles affectations à ces biens fonciers épars. Le nombre d’exploitations se stabilisant sur la métropole, le challenge réside maintenant dans leur maintien, voire leur multiplication pour servir un projet de reconquête agricole.
Ce sujet est singulièrement celui de la zone d’aménagement concerté (ZAC) Doulon Gohards9, un quartier à vocation d’habitat de 180 hectares créé en 2018 à l’est de Nantes. Le projet urbain porte la volonté politique de préserver l’identité maraîchère du quartier du Vieux-Doulon. S’y dispersent des friches enclavées entre deux communes, elles-mêmes séparées par des infrastructures routières desservant Nantes. La patrimonialisation de cette identité s’opère par la sauvegarde de quatre fermes existantes,
Les cartes interactives de l’occupation du sol de Nantes métropole montrent en pixels verts les surfaces agricoles consommées en treize et huit ans, soit un total de 4,8 % de la superficie de l’agglomération, avec un ralentissement de la vitesse de consommation par deux entre 1999 et 2020.
10. Pousses de légumes ou d’herbes récoltées de manière très précoce.
11. Dispositif départemental pour tout nouvel exploitant, remboursable en cas d’échec de l’entreprise.
12. Voir sauvonslesgohards.fr
13. Voir lesronces.noblogs.org
tant le foncier que les sièges d’exploitation, pour y installer de nouveaux producteurs urbains. Cette démarche est le premier témoin d’une planification de la surface agricole comme composante de la ville à part entière, puisque ces fermes sont complètement incluses dans le périmètre et le bilan économique de la ZAC
Depuis 2022, les quatre fermes ont lancé leurs activités. Les fermes du Bois des Anses, de l’Alouette Rit et de Saint-Médard produisent des légumes bios de pleine terre auxquels la ferme de Doulon ajoute des micropousses10, du tournesol et du sarrasin. Le Bois des Anses cultive aussi des fruits, dont une partie en cueillette libre, des plantes aromatiques en plants et en bouquets, et complète son activité avec de la transformation cosmétique. L’Alouette Rit assure la gestion des espaces naturels environnants et des activités pédagogiques. Locataires des fermes qui appartiennent à la métropole, les exploitants reçoivent l’aide à l’installation11. L’objectif pour la collectivité est de faire de ces fermes des modèles reproductibles, via un projet alimentaire territorial.
Beau défi ou poudre aux yeux ?
Pour les paysagistes, ces fermes concrétisent la perspective d’une économie rurale apte à engendrer des espaces à la fois récréatifs et productifs, remplissant au passage quelques services écosystémiques. Mais cette présence agricole dans une métropole de six cent mille habitants n’est-elle pas anecdotique ? Quelle est la part réelle de production alimentaire pour les Nantais ? Le modèle présenté comme pilote est-il reproductible ? La surcommunication autour de ces projets ne cache-t-elle pas une faiblesse structurelle de la politique publique alimentaire ? Les doutes sont notamment soulevés par le collectif Sauvons les Gohards, qui porte une critique plus générale sur le phénomène de métropolisation12, et le Jardin des ronces13, qui défend une friche autogérée incluse dans le périmètre. Au-delà du volet agricole, c’est l’ensemble du projet d’écoquartier qu’ils tentent de discréditer. Les 15 hectares agricoles, sur les 180 que compte la ZAC, sont présentés comme une opération de communication de la collectivité pour justifier l’artificialisation de 70 hectares. Et pourtant, dans la mesure où l’on considère politiquement que nourrir la population relève du service public, il est urgent d’innover avant que les modèles urbains achèvent de rejeter totalement l’activité agricole à l’extérieur des villes, excluant tout espoir de cohabitation et tout regard critique de la population sur la manière de produire la ressource alimentaire. Pour les détracteurs de ces fermes démonstratrices, l’aide publique, en achetant le foncier et en subventionnant l’installation, soutient artificiellement leur rentabilité.
Les carnets
D’autres agricultures
numéro 46
Dans ce numéro :
Jean-Marc Besse
Matthieu Picot
Marc Rumelhart
Carine Bouvatier & Simon Thierry
Linda Seyve & Jean-Marie Bourgès
Simon Lacourt & Clément Bollinger
David Belamy
François Roumet
Héloïse Bouju & Simon Gabillard
Amélie Blachot
Stefano Olivari & Giulio Giorgi
Pierre Alphandéry
Daniel Larralde del Solar
Denis Delbaere
Audrey Marco
Pauline Frileux
Pierre Donadieu
Gilles A. Tiberghien
Hervé Brunon
Alexis Pernet
Marcelline Delbecq
Jérôme Lamy
www.actes-sud.fr
www.ecole-paysage.fr
Le rôle des pratiques agricoles dans la production des paysages a été reconnu depuis longtemps par les historiens des mondes ruraux, tout comme par les géographes attentifs aux transformations des modes d’occupation de l’espace. De même les paysagistes ont valorisé le rôle des paysans dans la fabrication des paysages. Ainsi, pour Michel Corajoud, le territoire de la montagne pouvait être vu comme un “drap froissé […], sur lequel des paysans se sont ingéniés pendant des générations et des générations à essayer d’imprimer une rationalité, des lignes droites, les champs, les sillons”. Depuis quelques années un important débat public autour de l’agriculture s’est élevé, en France notamment, dans un contexte parfois conflictuel. Les enjeux sont considérables et, pour certains, vitaux. Ils sont à la fois économiques, sociaux, environnementaux, spatiaux et politiques. Mais ils ont aussi une dimension paysagère. C’est précisément du point de vue du paysage, des questionnements, des pratiques et des engagements paysagistes que ce numéro des Carnets du paysage est conçu. Il s’agit avant tout d’évoquer des expériences et des activités qui se développent à l’écart – ce qui n’enlève rien à leur légitimité – des formes d’agriculture les plus répandues, relevant de l’agro-industrie.