Le Monde

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4 Planète

0123 Dimanche 3 - Lundi 4 octobre 2010

Mineurs chiliens

Rigueur en Espagne

Les 33 mineurs bloqués à 700 mètres sous terre depuis le 5 août pourraient remonter à la surface dans la deuxième quinzaine d’octobre, a annoncé le ministère chilien des mines. Leur remontée était programmée en novembre, mais les sauveteurs avancent plus vite que prévu.

Le ministère espagnol de l’environnement sera l’une des principales victimes de la rigueur budgétaire. Il perdra 34 % de ses crédits, selon le projet de budget pour 2011, présenté jeudi 30septembre. Les coupes les plus sévères affecteront les programmes de lutte contre la pollution de l’eau.

«365 jours avec les oiseaux» L’ornithologuePhilippe Duboiségrène lecalendrier pour donner à découvrirautant d’espècesqu’il existe dejours. Del’oiseau leplus commun auplus exotique. Avecla collaboration desplus grands photographesd’oiseaux. Ed. de La Martinière, 744 p., 34 ¤

La révolution des «villes lentes» gagne la France Dans les Charentes, Segonzac devient la vitrine d’un mouvement qui met en avant la qualité de la vie Segonzac (Charentes) Envoyé spécial

Les deux pôles de la lenteur

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e soleil se couche sur les vignes de Charentes, la vendangeuse rentre au garage chez Bernard et Monique Moreau. Une fin de journée ordinaire au pays du cognac… jusqu’à l’arrivée des amis et voisins, les bras chargés deplatsmaison,deraisinfraispressé, de légumes du jardin. Voilà le hameau de Deuville réuni pour un apéritif « slow food ». L’occasion rêvée pour le maire, Véronique Marendat (Nouveau Centre), d’expliquer à ses administrés pourquoi leur commune de Segonzac vient de devenir la capitale française… de la lenteur. La municipalité est la première de France à adhérer à Cittaslow, le réseauinternationaldes«villeslentes ». Inspiré du slow food, le mouvement est né en Italie en 1999 et promeut une gestion municipale centréesur laqualitédevie,l’économie de proximité, le respect des paysages…, en réaction aux zones commerciales et industrielles, à l’étalement pavillonnaire et au tout-voiture devenus l’ordinaire d’un urbanisme débridé. Cette révolution tranquille compte de plus en plus de partisans. Cent quarante villes de 21 pays ont déjà adhéré à cette charte de 70 obligations. On trouve des villes lentes dans toute l’Europe, mais aussi en Australie, en Corée du Sud, en Turquie, au Canada…

« Fil conducteur » Que diable va chercher dans cette aventure une commune de 2 300 âmes, que ne guette aucun risque de mégapolisation ? « Les petites communes sont les moins armées face aux pièges d’un développement anarchique. Ce qui nous intéresse, c’est moins le label que la démarche. Nous avons des choix importants à faire. Cittaslow va donner un fil conducteur à notre politique d’aménagement », explique la jeune femme, élue atypique dans cet univers de viticulteurs. Ouverture d’un parc public, rénovation de bâtiments viticoles en bureaux, retour du petit commerce, réhabilitation d’un réseau de ruelles piétonnes et cyclables, structuration d’un marché de producteurs locaux, investissement dans la petite enfance et la maison de retraite, création de jardins partagés, transformation de la station d’épuration en bassins filtrants naturels… les chantiers ne manquent pas.

Slow Food Fondée en 1989 pour défendre alimentation de qualité, respect de l’environnement et dynamisme des communautés locales, l’organisation Slow Food revendique 100 000 membres dans 1 300 antennes locales (les « conviviums ») de 150 pays. Slow Food France affiche 4 000 sympathisants dans 45 conviviums. Cittaslow Créé en 1999 à Greve in Chianti, en Toscane, le mouvement réunit 140 villes de 21 pays, comme Bra (Italie), Ludlow (Grande-Bretagne), Katoomba (Australie), Levanger (Norvège), Fairfax (Californie), ou Uberlingen (Allemagne). La plupart comptent de 10 000 à 20 000 habitants.

Un apéritif « slow food » dans le hameau de Deuville, à Segonzac, vendredi 24 septembre. GREGORY BRANDEL/SYNCHROX POUR « LE MONDE » La commune ne part pourtant pas de zéro. Tels des Monsieur Jourdain de l’aménagement du territoire, les Ségonzacais faisaient du « slow » sans le savoir. Et pas seulement parce que les Charentais arborent pour emblème un escargot – la cagouille –, qui est aus-

si le logo de Cittaslow. « Le cognac nous a donné une culture de la lenteur : la vigne, le vieillissement en fûts, cela apprend un rapport au temps particulier », pense Colette Laurichesse, l’adjointe au maire, qui a ficelé le dossier Cittaslow. Le cognac est aussi l’occasion de

mettre en valeur compétences et productions locales : plus petite cité universitaire de France, Segonzac héberge l’Université internationale des eaux-de-vie et boissonsspiritueuses et le Centre international des eaux-de-vie, sans oublier l’Institut français de la

«Nous nous opposons au courant dominant de l’urgence» Entretien Pier Giorgio Oliveti est le directeur du réseau international Cittaslow, basé à Orvieto, en Italie. Quel est le but de votre démarche ?

L’objectif de Cittaslow est de bâtir des villes où les gens vivent plus heureux. De grosses erreurs ont été commises ces dernières décennies en matière d’aménagement, entraînant une consommation effrénée de ressources et de territoire. Les villes perdent toute identité, tout lien social. La lenteur, cela consiste à redonner la priorité à l’humain, à réduire notre consommation, à arrêter le gaspillage, à mettre en valeur les produits et les savoirs locaux.

Est-ce un réseau écologiste ?

L’écologie devrait être un sujet primordial pour chacun d’entre nous. Notre mouvement est aussi éthique, humaniste. Nos valeurs forment un programme économique et social. Le monde de Cittaslow, ce sont des centaines de petits projets dans la solidarité, l’énergie, le tourisme, l’éducation, avec au centre la question de l’alimentation et la place du paysan. L’industrialisation de l’agriculture a été catastrophique pour la santé, pour l’environnement et pour l’économie. Nous devons revenir aux circuits de proximité. On hésite entre vous dire réactionnaires ou révolutionnaires…

Nous ne sommes ni passéistes, ni ennemis de la technologie, ni

opposés à la globalisation par principe. Nous ne sommes pas hostiles au concept de croissance s’il s’agit d’une économie verte. En ces temps où la finance est reine, nous voulons changer le mode de développement. Nous sommes une contre-culture qui s’oppose au courant dominant du « fastliving », de l’urgence. C’est une révolution douce. Peut-on appliquer vos principes à de grandes agglomérations ?

Les décisions importantes ne sont généralement plus dans les mains des citoyens. Il n’y a qu’au niveau local qu’on a une chance de reprendre en mains son futur. C’est pourquoi notre charte n’accepte que les villes de moins de 50 000 habitants, où les maires

Le ministère de la culture se veut écoresponsable

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e domaine national de Chambord envisage de chauffer au bois son donjon, les écuries et l’enceinte basse du château. La Cité de la porcelaine de Sèvres récupère les eaux de pluie pour alimenter les broyeurs servant à la fabrication de pâte à porcelaine… Les exemples de bonnes pratiques écologiques déployées par le ministère de la culture ne manquent pas et celui-ci s’applique à les mettre en avant pour montrer qu’il apporte sa touche à la politique «écoresponsable » défendue par le gouvernement. A l’occasion d’un forum, jeudi 30 septembre, sur « culture et développement durable », le ministre de la culture, Frédéric Mitterrand, a ainsi expliqué qu’il ne fallait pas opposer protection du patrimoine et développement durable : « C’est bien le même objectif qui est en vue, celui

vigne et du vin. Surtout, la municipalité a voté, dès 2006, un plan local d’urbanisme qui encadre strictement les constructions, interdisant l’étalement des hameaux, empêchant le mitage du territoire. « On ne construira de logements que sur des terrains pro-

de la préservation de nos héritages ainsi que la protection et l’amélioration de notre cadre de vie.» Un programme d’actions étalé sur les trois prochaines années sera adopté d’ici à décembre. Car au-delà des exemples présentés jeudi, le ministère veut repenser l’ensemble de ses politiques et de ses modes d’intervention. Pour l’occasion, bien sûr, le papier était issu de forêts « gérées durablement » et le traiteur était « éthique, solidaire et responsable ». Mais le ministère veut aller au-delà de l’achat de produits bio et locaux, de la « rationalisation du parc automobile» ou du développement de « l’éco-mobilité» des agents et du public. « On peut imaginer que, s’agissant de la conservation des œuvres, on conçoive des équilibres entre hygrométrie et température

qui permettent des économies d’énergie», avance Valérie VesqueJeancard, secrétaire générale adjointe du ministère. La doctrine d’une température à 20 ºC et d’une hygrométrie à 50 % aurait vécu. Le projet de Centre de restauration et de conservation des musées de France, prévu pour 2015 à Cergy-Pontoise, qui regrouperait les réserves des musées situés en zone inondable, comme le Louvre, Orsay, le Centre Pompidou, etc., devrait prendre en compte ces nouvelles réflexions.

« Rationaliser » Tout comme le futur Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée, qui ouvrira ses portes à Marseille en 2013. Le bâtiment, situé à l’entrée du port, pompera l’eau de mer à 8 mètres de profondeur pour avoir une tem-

pérature stable et l’utilisera pour gérer les conditions thermiques du bâtiment. Le soleil marseillais sera, lui, mis à contribution par l’utilisation de panneaux photovoltaïques. Une réflexion est aussi menée sur le convoiement et le déplacement des œuvres. « Il n’est bien sûr pas question de limiter le rayonnement international de nos musées, mais on peut rationaliser les déplacements», fait valoir Guillaume Boudy, secrétaire général du ministère. Le ministère entend aussi faire de la culture un vecteur d’éducation au développement durable à travers la formation des architectes, des urbanistes ou des métiers de l’audiovisuel en initiant aux tournages à faible empreinte écologique. p Rémi Barroux

ont une relation directe avec les gens. Mais nous avons des contacts avec des élus de Bruxelles, de Vienne ou de Pusan, la deuxième ville de Corée du Sud, qui veulent utiliser nos concepts pour certains projets ou quartiers. Votre vice-président, Angelo Vassalla, maire de Pollica, en Italie, a été assassiné le 6 septembre. La lenteur dérange ?

Angelo Vassallo était un modèle d’élu courageux, très impliqué dans Cittaslow et dans Slow Food, un militant écologiste qui n’avait pas peur de s’opposer à la camorra napolitaine ou aux criminels de Calabre. Il a perdu la vie pour cet idéal. Mais c’est une situation spécifique au sud de l’Italie. p Propos recueillis par G. A.

ches du centre et sous forme d’écoquartiers », assure Mme Marendat. Une ambition rare pour une commune de cette taille. Pas question pour autant, pour cette professeure d’économie et de gestion, de passer pour une adepte de la décroissance, dont se revendiquent certains apôtres du « slow ». «Cequenousvoulons,c’estunecroissanceraisonnée,sortirdelaconsommation abrutie des zones commerciales. Mais pour garder notre population, nous devons lui donner accès à des services et des emplois, donc créer des zones d’activité. » Paradoxalement, pour la petite commune, l’adhésion à Cittaslow a entraîné… une formidable accélération du temps. Des journalistes comme s’il en pleuvait, des appels incessantsd’urbanistes, de municipalités… Nourri par les écrits du philosophe allemand Hartmut Rosa, auteur de l’essai Accélération (La Découverte, 474 p., 27,50 euros), ou du journaliste canadien Carl Honoré, auteur en 2004 du best-seller Eloge de la lenteur, le monde occidental se prend de passion pour la lenteur, slogan et paradigme d’un mode de vie alternatif où figure en bonne place le souci de l’écologie. Epicentre du phénomène dans l’Hexagone, Segonzac travaille aujourd’hui avec la direction de Cittaslow pour enrôler d’autres communes et constituer un réseau français de villes lentes. La municipalité animera à la Foire de Paris, en avril 2011, un espace Cittaslow qui servira de vitrine à la constellation de la lenteur. p Grégoire Allix

Education

Il manque 1,9million d’instituteurs dans le monde Il va falloir recruter 9,1 millions d’enseignants d’ici à 2015 : 7,2 millions pour remplacer ceux qui partent à la retraite, et 1,9 million pour combler la pénurie et assurer la scolarisation de tous les enfants de 6 à 11 ans, selon le dernier rapport de l’Unesco sur la demande mondiale d’enseignants du primaire, qui sera présenté, mardi 5 octobre, à l’occasion de la Journée mondiale des enseignants. Quatre-vingt-dix-neuf pays ont besoin d’accroître leurs recrutements en primaire, étant donné la croissance du nombre d’écoliers, alors que 108 pays peuvent envisager de les réduire. La pénurie se concentre pour moitié sur l’Afrique subsaharienne (1,05 million) et, dans une moindre mesure, dans les Etats arabes (281 000), en Asie du Sud et de l’Ouest (260 000), ainsi qu’en Amérique du Nord et en Europe occidentale (152 000). p Brigitte Perucca

Santé La France maintient l’interdiction des biberons contenant du bisphénol A La secrétaire d’Etat à l’écologie, Chantal Jouanno, assure que la France va maintenir l’interdiction des biberons contenant du bisphénol A, en dépit de l’avis rendu, vendredi 1er octobre, par l’Autorité européenne de sécurité des aliments. L’agence estime que ce composé chimique ne présente pas de risque pour la santé. En Europe, le Danemark est le seul autre pays à interdire le bisphénol A. L’Union européenne doit prochainement fixer sa position. – (AFP.)


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