Portrait du chercheur en blogueur par Antoine Blanchard Antoine Blanchard tient un blog de science depuis plus de 3 ans sous le pseudonyme d'Enro <http://www.enroweb.com/blogsciences> et fait partie des cofondateurs de la communauté du C@fé des sciences <http://www.cafesciences.org>, ainsi que de l'association C@fetiers des sciences <http://association.cafe-sciences.org>.
Le chercheur-blogueur ne court pas (encore) les rues, et encore moins le chercheur dont le blog mêle recherche en train de se faire, communication vers le grand public et réflexion sur l'activité scientif ique… bref, un blog de science (1). Néanmoins, une longue fréquentation des blogs de science nous fait sentir, derrière la face virtuelle du blog, l'émergence d'un nouvel être hybride. C'est le portrait de ce chercheurblogueur que nous allons tenter ici, en risquant quelques généralités que l'on n'espère pas trop vaines. Le chercheur sans trompe l'œil Quand il blogue, le chercheur échappe aux mythes de la science livresque et froide pour se risquer à livrer en public la science en train de se faire, que Bruno Latour nomme la science chaude. Plutôt que de cacher les coulisses, les enjeux et les controverses de la recherche, il parle alors à la première personne. Exercice difficile pour des chercheurs habitués à gérer un contexte de production et des forces contingentes en privé avant de tout camoufler, dans les arènes publiques, du voile pudique de l'universel. Pourtant, Bruno Latour offre plusieurs raisons d'espérer. Pour lui, l'idéologie scientif ique "qui cache les coulisses et offre au public un déroulement théorique sans personnage ni histoire (…) n'est pas celle des savants, mais plutôt celle que les philosophes veulent leur imposer" (2). Montrer la science chaude est donc plus conforme à leur épistémologie naturelle mais aussi plus motivant pour eux : "pour les scientif iques une telle entreprise apparaît bien plus vivante, bien plus intéressante, bien plus proche de leur métier et de leur génie particulier que l'empoisonnante et répétitive corvée qui consiste à frapper le pauvre dêmos indiscipliné avec le gros bâton des "lois impersonnelles"." (3) En effet, le chercheur "s'intéresse précisément à ce qui n'est pas encore un fait" ; "la source de son intérêt, de sa passion, c'est le tri entre ce qui sera jugé scientif iquement valable et ce qui ne le sera pas" (4). Alors, pourquoi vouloir sans arrêt "intéresser le public aux faits, alors que pas un seul scientif ique ne s'y intéresse ?" Le chercheur-blogueur se met à nu et sans fard, il peut partager plus intelligemment ce qui rend la science et son contenu si riches et si intéressants. Le chercheur comme guide Historiquement, l'auteur fut d'abord celui qui "varie" sur les textes précédents au Moyen Âge, puis le créateur de contenu original avec l'avènement du droit d'auteur au XVIIIe siècle, et enfin l’auteur du blog qui tient parfois davantage du commentateur ou compilateur (5). Les blogs de science n'échappent pas à cette règle et le chercheur-blogueur tend à devenir un guide, dont l'autorité intellectuelle n'est plus liée à sa connaissance brute mais à son réseau social et à sa capacité à naviguer entre les savoirs et les mettre en perspective. C'est ainsi que sur le