Journal cinéphile, défricheur et engagé, par
> no 180 / oct. 2020 / gratuit
NICOLAS MAURY L’hypersensible
FREDERICK WISEMAN
« Je ne demande qu’une chose : pouvoir tout filmer, absolument tout »
BRUCE LABRUCE
Les fanzines de jeunesse du cinéaste queercore
ÉDITO
SÉANCES SPÉCIALES LITTÉRATURE ET IDÉES SÉANCES SPÉCIALES LITTÉRATURE ET IDÉES
LE LE MONDE MONDE DE... DE... HÉLÈNE HÉLÈNE CIXOUS CIXOUS LUNDI 2 NOVEMBRE LUNDI MARDI23NOVEMBRE NOVEMBRE MARDI À 20H 3 NOVEMBRE À 20H
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© Francesca Mantovani © Francesca Mantovani
« Si on tape du poing sur la table et qu’on dit “Voilà, c’est ça mon message”, on ne fait plus de cinéma. » Nicolas Maury aborde la mise en scène comme un art subtil, un art de la suggestion. Son premier long métrage, Garçon chiffon, porte ainsi toute la sensibilité que l’on connaît à l’acteur qui, en seulement une poignée de rôles (chez Riad Sattouf, Mikael Buch, Yann Gonzalez ou dans la série Dix pour cent), a imposé sa présence à la fois intense et hésitante. Le film raconte l’histoire de Jérémie (joué
CINÉMA DE GENRE
Du sang frais avec le film français « La Nuée »
par Maury), un jeune homme quitté par son amoureux, qui ne supporte plus sa jalousie, et qui part se réparer à la campagne auprès de sa mère (Nathalie Baye). À la fois tragique et fantaisiste, romantique et cruel, il cultive les ruptures de ton et érige la délicatesse en principe. Cette « délicatesse », telle que prônée par Roland Barthes – comme nous l’a rappelé Maury en entretien –, n’est pas une absence d’intention ou d’opinion, au contraire : elle fait l’éloge de la nuance et de la complexité – et chez Barthes, elle s’inscrit contre une « arrogance » qui résonne bien avec notre époque. « Même si je suis très conscient de ma voix, de mon physique, de mes gestes, je donne au spectateur
la possibilité de débattre de ce que je peux devenir », nous a dit Nicolas Maury. Ainsi en va-t-il de Jérémie, héros chancelant, plein de doutes mais finalement extra lucide. Le film est d’ailleurs parsemé d’éclats quasi télépathiques qui sont autant d’échappées merveilleuses : un éphèbe sortant d’une piscine et qui sent qu’on l’épie, une bonne sœur qui devine un chagrin d’amour, un garçon qui pressent les romances avant qu’elles n’adviennent… Dans ce monde bruissant de signes, heureux sont les sensibles qui savent les capter. JULIETTE REITZER