Antoine VERDA ** 126
Céation de notre amie Marie-Josée Torre de Bravura
"Hommes 40 - chevaux 8" GUERRE 1939 - 1945 Témoignage Nice - Mai 1994
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LES GUERRES DU XXe SIÈCLE À TRAVERS LES TÉMOIGNAGES ORAUX ** Collection Michel El Baze réalisée dans le cadre de l’Association Nationale des Croix de Guerre et des Croix de la Valeur Militaire 2 Place Grimaldi - 06000 Tél. 0493878677
Récits de vie des Anciens Combattants, Résistants, Internés, Déportés, Prisonniers
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CHEVAUX 8"
Analyse du témoignage
126 - Sergent Chef VERDA Antoine - : 6 Rue Jean Moulins - 30150 - Roquemaure “HOMMES 40 - CHEVAUX 8” Avec le 62e Bataillon de Chasseurs Alpins GUERRE 1939/1945 Écriture : 1940 - Édition Mai 1994 - 40 Pages
POSTFACE DE MICHEL EL BAZE Après avoir quitté son cantonnement en Alsace, le Chef de Groupe Antoine Verda commence sa guerre le 17 Mai 1940 sur le Canal de l’Oise à l’Aisne à l’Est de Soupir. Son aventure, qu’il nous raconte en termes simples mais combien évocateurs de cette triste période, se termine rapidement par la retraite de sa Compagnie, le 3e, vers la Marne pour son dernier combat d’arrière garde, le 13 Juin à Vertus. La durée de vie du 62e Bataillon de Chasseurs Alpin fut brève. Créé le 2 Septembre 1939 au Camp de Caïs, près de Fréjus, il fut dissout le 1er Août 1940 à Millau. L’historique qu’a écrit et qu’a bien voulu nous confier l’Adjudant Chef JeanMarie Buquet, nous permet de placer le récit du témoin dans l’environnement des actions de ce bataillon qui fut le bataillon de réserve du 22e Bataillon de Chasseurs Alpins. After having left his camp in Alsace, the Chief of Group Antoine Verda begins his war it 17 May 1940 on the Canal of Oise to Aisne to East of Soupir. Its adventure, which he tells us in simple terms but how much evocative of this sad period, ends rapidly by the retirement of its Company, 3e, to the Marne for its last combat of rear guards, 13 June to Vertus. The duration of life of 62e Alpine Hunter Battalion was brief.
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Created 2 September 1939 to the Camp of Caïs, close to Fréjus, it was dissolved 1st August 1940 to Millau. The historical that has written and has well wanted to confide us the Adjudant Chief Jean Marie Buquet, allows us to place the account of the witness in the environment of actions of this battalion that was the battalion of reserve of 22e Alpine Hunter Battalion. Nachdem er sein Quartier im Elsass verlassen hat, fangt der Chef de Groupe Antoine Verda seinen Krieg am 17. Mai 1940 an auf der Kanal von der Oise bis an die Aisne im Osten von Soupir. Sein Abenteuer, das er uns in einfachen aber anschaulichen Worten von diesem traurigen Zeitabschnitt schildert, endet schnell durch den Rückzug seiner Compagnie, der 3., Richtung Marne zu seinem letzten Rücckzugsgefecht, am 13. Juni in Vertus. Die Lebensdauer des 62. Bataillon de Chasseurs Alpin war kurz. Gegründet am 2. September 1939 im Truppenlager von Cais, nahe bei Fréjus, wurde es am 1. August 1940 in Millau aufgelost. Die historische Beschreibung, die der Adjudant Chef JeanMarie Buquet verfasst und uns anvertraut hat, erlaubt uns, den Augenzeugenbericht in den Kontext der Tatigkeit dieses Bataillons zu bringen, das das Ersatzbataillon des 22. Bataillon de Chasseurs Alpins war.
EN GUISE DE PRÉFACE Documents allemands sur les combats des 22° et 62° B.C.A. en Mai et Juin 1940 Journal de Marche de la 5e Infanterie Division Le 20 Mai dans l’après-midi, les deux avant-gardes motorisées de l’Infanterie Régiment 75 prennent contact avec les 22° et 62° B.C.A. Ce sont des Chasseurs Alpins. Le Régiment reste au contact tandis que les autres unités de la Division s’étalent entre Oeuilly et Chevregny. Le front est relativement calme et ne comporte que des engagements locaux. Le 1er Juin, la 5° I.D. est transférée dans le secteur d’Oeuilly à Beaurieux. 20 May in the afternoon, the two motorized avant-gardes of the Regiment Infantry 75 take contact with 22 and 62 B.C.A. This are
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Alpine Hunters. The Regiment remains to the contact while the other units of the Division display between Oeuilly and Chevregny. The front is relatively calm and comprises only local commitments. 1st June, 5 I.D. is transferred in the sector of Oeuilly to Beaurieux. Am 20. Mai am Nachmittag nehmen die zwei motorisierten Soldaten der Vorhut des Infanterieregiments 75 Kontakt auf mit den 22 und 62 B.C.A. Das sind Chasseurs Alpins. Das Regiment bleibt in Kontakt wahrend die anderen Einheiten der Division sich zwischen Oeuilly und Chevregny ausbreiten. Die Front ist relativ ruhig und enthalt nur lokale Einsatze. Am 1 Juni wird die 5 I.D. in das Gebiet von Oeuilly bis Beaurieux verlegt.
Journal de Marche de la 291e Infanterie Division La 291 Infanterie Division prend position dans le secteur de Braye à Bourg et Comin les 3 et 4 Juin. Le 4 Juin, ses unités passent à l’attaque face aux 27° et 47° B.C.A. (qui ont relevé les 22° et 62° B.C.A. au cours de la nuit du 1er au 2 Juin.) Les 8 et 9 Juin, ses unités se heurtent au 62° B.C.A. Le 10, elles tentent de franchir la Vesle de part et d’autre de Fismes. Son attaque frontale contre Fismes (que défend le 22° B.C.A.) est un échec. Le 11 Juin, l’Infanterie Régiment 506 se heurte au 22° B.C.A. lors de sa tentative de franchissement de la Marne, dont les reconnaissances aériennes avaient signalé que la rive sud n’était pas occupée. “...à nouveau, des armes automatiques habilement installées et une artillerie très adroite dérangent considérablement les préparatifs de franchissement de la Marne. 291 Division Infantry takes position in the sector of Braye to Bourg and Comin them 3 and 4 June. 4 June, its units pass the attack to face 27 and 47 B.C.A. (that have raised 22 and 62 B.C.A. in the course of the night of 1st to 2 June.) 8 and 9 June, its units knock to 62 B.C.A. The 10, they tempt to cross the Vesle of share and other of Fismes. Its frontal attack against Fismes (that defends 22 B.C.A.) is a failure. 11 June, the Regiment Infantry 506 knocks to 22 B.C.A. during its attempt of clearing of the Marne, whose aerial recognitions had signaled that the south bank was occupied. ...again, automatic arms cleverly installed and a very skillful artillery disturb considerably preparations of clearing of the Marne. -5-
Die 291. Infanterie Division nimmt am 3. und 4. Juni Stellung im Gebiet von Braye bis Bourg und Comin. Am 4. Juni gehen seine Einheiten zum Angriff über gegenüber den 27 und 47 B.C.A. (die die 22 und 62 B.C.A. im Lauf der Nacht vom 1 auf 2 Juni abgelost haben.) Am 8 und 9 Juni stossen seine Einheiten mit der 62 B.C.A. zusammen. Am 10 versuchen sie die Vesle von beiden Seiten von Fismes zu überqueren. Ihr Frontalangriff auf Fismes (das die 22 B.C.A. verteidigt) ist ein Fehlschlag. Amm 11 Juni stosst das Infanterie Regiment 506 mit dem 22 B.C.A. zusammen bei seinem Versuch, die Marne zu überschreiten, bei dem die Luftaufklarung gemeldet hatte, dass das Südufer nicht besetzt sei. "wiederholt storen automatische Waffen geschickt aufgestellt und eine sehr gewandte Artillerie betrachtlich die Vorbereitungen zum Überqueren der Marne."
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Index GAMELIN GENERAL -10 GANDIOLI ADJUDANT-CHEF -26 GARZULINO SOUS LIEUTENANT -19- 20- 2223- 24- 26 GESTA SOUS LIEUTENANT -24 GRAILHE -19 GRIOLET CAPITAINE -17- 20- 21- 23- 24- 26 GUNDERSHOFEN -17
ABEILLE LIEUTENANT -16 AISNE -10 - 11- 12- 13 -20 -21 ALSACE -9 ANDREIS LIEUTENANT -20- 21 ARCIS SUR AUBE -16 -26 BARBONVAL -13- 20 BARRALIS SERGENT CHEF -11 BARRE MEDECIN-ADJUDANT -17 -20- 26 BAZOCHES -14 BEAURIEUX -7 BECQ COMPAGNIE -20- 21 BERMONT SERGENT CHEF -11 -20 BERRE LES ALPES -15 BLANZY LES FISMES -23 -24 BODIN SOUS LIEUTENANT -21- 22- 23 BOIS MAYOL -20 BOISSEAU GENERAL -13 BORY CAPORAL -13 BOTTA CHASSEUR -23 BOURG -7 BOURG ET COMIN -20- 21 BRAYE EN LAONNOIS -7 -20 BREIL -15 BRINGUIER -13 BRUN CHEF DE BATAILLON -16
HAGUENAU -17 HERMELIN CHASSEUR -13 HOCHFELDEN -17 HYERES -27 LA GIANDOLA -15 LA ROCHE -21- 22 LA BOCCA -16 LAEMMER SERGENT CHEF -13 LAON -10 LAROQUE SOUS LIEUTENANT -24 LASSEGUE SOUS LIEUTENANT -23 LATRUFFE CAPITAINE -24 LIGNE MAGINOT -9 LIONS LIEUTENANT -17 -19 LONGUEVAL -13- 20- 21- 22 MADONE DES GRACES -15 MARNE -7 -9 - 14- 26 MASSE SOUS LIEUTENANT -21 MENASSIER SERGENT -10- 12- 13 MERZWILLER -17 MILLAU -27 MISY -26 MONNET CHEF DE BATAILLON -16 -17 MONTEL SERGENT -12 -13 MOULIN DU BAS -20 MOUSSY -20 MOUSSY ECLUSE DE -10
CAMP DE CAÏS -15 CHATILLON SUR MARNE -26 CHEVREGNY -7 CIAUDO LIEUTENANT -9- 13- 17- 20- 21 COLMAS SOUS LIEUTENANT -23 COMIN -7 CONTES -15 CORE SOUS LIEUTENANT -24 COUR DES MOINES -21 D’ALLARD LIEUTENANT -10- 11- 20 DESIDERI COMMANDANT -19 -23 -24- 26 DHUIZEL MONT DE -13 -21- 22 DIOT CAPITAINE -17- 19 DORMANS -26 DUPASSAGE CAPITAINE -26
OEUILLY -7- 26 OISE -10 -20 OLISY VIOLAINES -26 OTTAVI CAPITAINE -13- 16- 17- 19- 20- 22- 2324- 27
FAIVRE D’ARCIER SOUS LIEUTENANT -22 FARAUT CAPITAINE -23 FERME PINÇON -22- 23 FISMES -7- 14- 24 FISMETTES -23- 24 FONTAN -15 FORGUES LIEUTENANT -19 FREJUS -15 FRITSCH LIEUTENANT -21- 22- -23 -24
PAARS -14 PATTUS LIEUTENANT -17 -23 PELADAN -20 PERLES -23 PETRONI CAPORAL -13 PEYMEINADE -16 PLANQUE -13 PONT ARCY -12- 19- 20- 21 PONTI ADJUDANT CHEF -11 -20 PORT A BINSON -26
GALTIER SERGENT -13
RAMERUPT -16
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REIMS -9- 10- 26 REUIL OEUILLY -26 RODEZ -27 ROLLAND SERGENT CHEF -22 ROUBAUDI LIEUTENANT -17 ROUILLY GIRAUDOT -16 RULLIER CAPITAINE -16- 17- 21- 22- 23 SAINT MARD -20 SALVARELLI MEDECIN-LIEUTENANT -17 SAORGE -15 SARCY -24 SCARASSOUI -15 SEDAN -9 SOISSONS -20 SOSPEL -15 SOUCHON CHASSEUR -13 SOUPIR -10- 11 SPINELLI SERGENT FOURRIER -21 -23
STUDIOS DE LA VICTORINE -16 TAXIL CHASSEUR -21 TRAMERY -24- 26 TRISTANI ADJUDANT-CHEF -17 TROYES -27 VAUXCERE -14- 21- 23 VAUXTIN -21- 22- 23 VERNEUIL -20 VERTUS -14 -26 VESLE LA -7- 24 VIEIL ARCY -20- 21 VILLERS EN PRAYERES -20 VITRY LE FRANÇOIS -9 WEHRMACHT -10- 12 WEYGAN GENERAL -10 WIVERSHEIM -17
Table En guise de préface................................................................7 Journal de marche de la 5e Infanterie Division Journal de marche de la 291e Infanterie Division Mai et Juin 1940....................................................................9 Adjudant-Chef Jean-Marie Buquet.........................................15 Historique du 62ème B.C.A. 1939 - 1940
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Antoine VERDA ** "Hommes 40 - chevaux 8" Avec le 62ème Bataillon de Chasseurs Alpins L a mém oire
L a mé m o i r e : se u l ba g a g e i n c e s s i b l e Jacques ATTALI -9-
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Mai et Juin 1940 En cantonnement depuis la mi-Avril en Alsace le 62ème BCA se prépare dés le I2 Mai à faire mouvement pour opérer une relève sur la ligne Maginot. Les préparatifs de ce déplacement sont en cours lorsque parvient du commandement un ordre différent nous désignant une autre direction. Notre départ ne traînera pas. Quelques heures plus tard nous sommes en route, sac au dos. Mais quelque chose a déjà changé: l’aviation allemande montre une certaine agressivité alors que jusque là nous avions eu si peu affaire à elle. Le soir même la grande aventure qui commence pour nous débute par notre embarquement dans des “Hommes 40, chevaux 8”. Ce voyage comportera maintes péripéties en ce sens qu’il nous faudra quelquefois descendre du train, en rase campagne, marcher quelque peu et nous réinstaller dans un autre convoi. Cela nous fait supposer l’existence de bombardements aériens ennemis sur nos voies ferrées. Tant bien que mal notre train atteint la gare de Vitry le François où le spectacle est hallucinant: plusieurs convois sont bloqués, des bâtiments et des wagons sont en feu, sur la gare s’acharne l’aviation ennemie. Nous quittons à deux ou trois reprises nos wagons pour nous en éloigner afin d’éviter si possible le pire. Sur le soir nous fuyons enfin ce dangereux secteur, mais nous subirons encore de nombreux arrêts en cours de route. Notre train stoppera définitivement dans la nuit, en plein champs et nous en aurons ainsi terminé avec ce moyen de transport. Il nous restera à marcher jusqu’au lieu des combats. Le lendemain vers midi nous atteignons la banlieue de Reims alors que se déroule sur nos têtes un grandiose carrousel aérien où avions français, anglais et allemands s’empoignent à mort. Cependant tout au long de notre marche forcée grande avait été notre surprise de croiser des quantités importantes de civils, femmes, enfants et vieillards, encombrés de quelques bagages et préoccupés de quitter rapidement la zone que nous traversions. Nous prenions lentement conscience qu’il se passait quelque chose d’anormal et que le front ennemi se situait bien moins loin que nous le pensions. La vérité nous est révélée dans toute sa brutalité lorsque, réunis dans le hangar d’une immense ferme de cette banlieue rémoise, notre Commandant de Compagnie nous informe de quelle manière nos lignes ont craqué vers Sedan, d’où il résulte que nous ne sommes couverts que par des troupes en retraite, c’est dire pratiquement pas du tout. - 11 -
Que dire de notre étonnement et de notre déception! Le Lieutenant Ciaudo évoque ensuite les situations analogues des combattants de la Marne en 1914 et de nous-mêmes en I940, en ce sens que notre mission parait identique à celle qu’on exigea de nos anciens. Prévoyant ainsi un contact très prochain et brutal avec l’ennemi, il nous donne ses dernières directives et nous adjure de ne pas craindre de nous sacrifier comme le firent nos aînés en pareille circonstance. Le choc psychologique est immense. Les hommes sont silencieux, les visages graves. Nous savions bien que la guerre et ses misères étaient pour bientôt, mais apprendre tout à coup qu’elle va vous étreindre incessamment, sans ménagement aucun, ça c’est autre chose. Aussitôt nous embarquons dans des autocars qui prennent la direction du Nord. Nous traversons Reims complètement désert et prenons la route de Laon. Mais des avions allemands nous prennent en chasse et plusieurs fois nos bus s’arrêteront en bordure de route. Nous les réintégrons après les alertes jusqu’au moment où le chef de convoi décide de ne plus aller de l’avant, car nous dit-il, sa mission consiste à nous convoyer le plus loin possible sans pour cela risquer le matériel dont il est responsable. Les cars font demi-tour. Nous continuons à marcher une bonne partie de la nuit et, après un sommeil bien nécessaire et très apprécié, nous avançons encore vers le front toute la journée du lendemain. Aucun ravitaillement ne nous parvient. Nous grignotons les galettes réglementaires de notre réserve accompagnées de quelques morceaux de sucre. L’exode des habitants continue de plus belle, leurs maisons et leurs bêtes sont abandonnées. C’est alors que nos supérieurs nous informent de l’accession du Général Weygan au Commandement Suprême des armées, en place du Général Gamelin destitué. Cette nouvelle nous réconforte car nous connaissons de réputation le prestige de ce grand chef. Il nous faudra tenir impérativement une ligne de défense que le haut commandement a définie et y parvenir pour s’y fixer avant que ne s’y trouve l’avant-garde ennemie. Enfin le I6 Mai au soir nous atteignons la position qui nous est assignée, à l’Est de Soupir sur le canal de l’Oise à l’Aisne. Notre section s’installe devant le pont routier et l’écluse de Moussy avec mission d’en interdire le passage. Nous y relevons des éléments du G.R.D. Le Lieutenant d’Allard chef de section se place en retrait de la position avec le 1Oème Groupe du sergent Menassier , tandis que le 11ème Groupe que je commande ainsi que le 12ème provisoirement sous mes ordres se retranchent aux abords des objectifs à défendre. Nous avons la hantise de voir apparaître les Allemands sur l’autre rive avant d’être nous mêmes installés. Pendant la nuit
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nous nous activons à créer un embryon de défense. A notre grande surprise l’emplacement sur lequel nous sommes a déjà été utilisé pendant la guerre de 14-18. Des tranchées en partie éboulées et couvertes de ronces se dessinent encore sur le terrain. En creusant le sol nous mettons à jour, tels des archéologues, des objets de toutes sortes débris de fusils, cartouchières, boites de “singe”, vides etc ... ainsi que quelques longueurs de fils de fer barbelé, lesquelles, bien que rouillées, seront encore utilisables. A la pointe du jour l’ennemi n’est toujours pas en vue. Malgré notre fatigue nous travaillons encore durant la journée à améliorer notre point d’appui, lequel au soir de cette journée d’attente reste malgré tout sommaire. Nous abordons la 2ème nuit alors que les hommes qui ont peu dormi depuis 48 heures sont épuisés. Le repos est nécessaire à tous. Seuls veillent deux guetteurs que j’ai placés au débouché de la passerelle de l’écluse, et moi même en position au FM. La nuit s’écoule d’abord dans un calme absolu, mais soudain un appel discret des guetteurs m’avertit de la présence de l’ennemi. Je vois en effet des soldats de la Wehrmacht profiler leurs silhouettes au clair de lune sur le coteau qui nous fait face au delà du canal, à 200 mètres de distance au plus. Il doit s’agir d’une patrouille de reconnaissance. L’émotion m’étreint car je réalise que dans les secondes qui vont suivre des hommes vont probablement mourir. J’ajuste posément et vide un chargeur complet. Un temps de silence puis l’adversaire riposte par deux armes automatiques qui tirent manifestement trop haut. Le FM du 12ème Groupe entre à son tour en action. Pour nous la guerre est commencée. Nos deux armes crépitent sans arrêt ripostant aux leurs. L’ennemi fléchit car la partie est inégale : nous sommes relativement abrités tandis qu’il est en rase campagne, le bois nous couvre des rayons de la lune, ce qui n’est pas son cas. Les Allemands décrochent. On distingue assez nettement dans ce clair-obscur des hommes qui s’aident à en porter d’autres, probablement victimes de nos balles. Notre feu les a surpris et leur a causé des pertes. Le lendemain matin une patrouille envoyée sur l’autre rive par le Commandant de Compagnie constate que l’accrochage de la nuit, s’il avait été court n’en avait pas moins été meurtrier pour l’adversaire; de larges flaques de sang marquaient le sol sur lequel étaient abandonnés un casque transpercé de part en part, un lance grenades, un fusil, ainsi qu’une binoculaire (française). Ce premier contact avec le feu ne fit chez nous aucun blessé. Mais dés le matin suivant nous faisons connaissance avec les “minens” qui, passant sur nous leur colère, nous harcèlent par intermittence. Ces tirs sporadiques continueront pendant les 8 jours que nous occuperons la position. L’ennemi, qui ne pouvait se tenir de jour sur les coteaux dénudés nous faisant face, s’infiltrait la nuit sur la rive opposée du canal et entamait avec nous des duels d’armes automatiques. Il essayait même une fois de franchir le pont routier situé entre notre secteur et celui tenu par la 22ème BCA à notre droite. Vu la - 13 -
puissance de feu engagée pour la circonstance la tentative paraissait assez sérieuse. En peu de temps le front s’embrasait par la multiplicité d’armes légères. Mais en face, de nouvelles forces descendaient au combat, ce qui nous fit demander, par fusée, l’appui de l’artillerie, sans cependant trop y croire. Mais nos 75 qui étaient parvenu à s’installer sur leurs positions répliquaient presque aussitôt. Fusants et percutants miaulaient au dessus de nos têtes et s’abattaient sur l’assaillant dans un claquement ininterrompu. Sous cette avalanche, qui avait le pouvoir de nous réconforter, l’infanterie allemande n’insistait pas et revenait sur ses positions de départ, c’est à dire hors de notre vue. Le reste de la nuit se passera dans le calme. Mais la nuit suivante l’Adjudant chef Ponti et le Sergent chef Bermont seront abattus par des tireurs embusqués alors qu’ils commandaient un détachement poseur de barbelés. De jour en jour la pression de l’ennemi s’accentuant, le commandement décide de faire sauter le pont routier qui enjambe l’Aisne, mission qu’exécutera le génie au cours de la 5ème nuit de notre présence sur la position. Jusqu’à notre relève accomplie dans la nuit du 23 au 24 mai, les heures se suivent et se ressemblent : accrochages nocturnes de part et d’autre du canal avec grande consommation de grenades VB et arrosages diurnes de nos lignes, au couvert trop peu fourni, par les obus de mortiers allemands qui causent 3 blessés à l’effectif de la section, dont son chef le Lieutenant d’Allard. C’est le Sergent-chef Barralis qui en prendra le commandement à l’approche des terribles heures qui nous attendent. En semi-repos la 4ème section oeuvrera pendant quelques jours à renforcer les points d’appui du secteur et à créer d’autres points de défenses. Nous devenons ensuite réserve de bataillon et stationnons à l’intérieur de grottes, prés de Soupir. Mais ce repos bienfaisant dure à peine 36 heures. Commence alors pour nous une période désagréable pendant laquelle nous changeons de secteur toutes les nuits. Nous quittons nos emplacements soit à l’aube, soit dans la journée même, ou la nuit suivante pour en occuper d’autres. Parfois l’artillerie allemande, ponctuellement renseignée par son fameux “coucou”, nous arrose copieusement, et, à chaque fois, l’effectif fond un peu plus. Nous ne dormons presque plus car nous sommes toujours en mouvement. Ah! Ces marches de nuit que l’on veut silencieuses, tout prés des lignes ennemies, avec comme seul guide le ceinturon du chasseur qui vous précède, qu’on agrippe de toute la force de ses doigts, mais qu’il arrive de lâcher quelquefois lorsque celui qui vous précède est arraché lui-même par une force irrésistible qui vous surprend. Tout cela ponctué de jurons et d’invectives à l’adresse de celui qui vous a faussé compagnie. Il faut quand même finir par se retrouver, en silence, dans la nuit qui n’en finit pas.
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Ce périple baladeur se terminera pourtant dans la nuit du 5 au 6 Juin lorsque nous relevons une unité de chasseurs (peut-être le 27ème) sur une position située à mi-distance entre l’Aisne, devant nous, et le canal latéral que nous avons franchi, à l’est immédiat de Pont Arcy. Dans la journée cependant nous portons notre ligne à même la rivière car nous ne sommes plus couverts, une section de notre bataillon partie en reconnaissance au delà de ce cours d’eau n’a pu revenir à son point de départ, un pont ayant sauté derrière elle, lui interdisant tout repli. Il nous faut créer, en hâte, une ligne de défense en bordure des méandres de la rivière, ce qui n’est pas aisé. Ce qui reste de la 3ème Compagnie est étiré depuis Pont Arcy vers l’Est, tenant un front d’une longueur invraisemblable. Mais le drame c’est que nous ne pouvons assurer la liaison à la gauche de ce front avec les éléments de la 25ème DemiBrigade que nous devrions pourtant y trouver. Le Sergent Menassier du 1Oème groupe, tenant position à Pont Arcy même, s’efforcera, progressant le long de l’Aisne sur deux à trois cents mètres, d’opérer cette liaison, mais il n’y parviendra pas. C’est par cette faille ouverte dans notre dispositif que deux jours plus tard les Allemands pénétreront dans nos lignes qu’ils prendront ainsi à revers. L’installation de mon groupe sur la rivière est d’autant plus précaire qu’une batterie de 77 ennemie installée sur une hauteur voisine, tirant sur nous de flanc et à vue nous empêche de creuser nos trous au-dessus de la berge. Nous ne pouvons que nous installer, assez mal, sur le devers de cette berge, les eaux étant assez basses et l’ennemi n’ayant pas encore atteint la rive opposée, ce qu’il ne tardera pas d’ailleurs à faire, car à la nuit nous sommes en contact. Pendant la journée qui suit il n’est pas très agressif, il se tient en retrait de la rivière, laissant le soin à son artillerie et à ses stukas de nous harceler. Nous appréhendons son assaut car notre dispositif est inconstant et démesurément allongé. Nous ne pouvons compter sur l’appui d’aucune unité de réserve. Brusquement le 7 Juin au matin l’adversaire devient mordant, les échanges d’armes automatiques se font violent tandis que les artilleries opposées tirent avec intensité et que l’aviation allemande est partout. Le ravitaillement en munitions est difficile, les brancardiers et les hommes de soupe ont l’ordre de ne plus circuler de jour. Les blessés sont transportés la nuit. La nourriture nous est apportée, prés de nos trous, dans des marmites que l’homme de corvée place à notre portée ? Nous devions y plonger nos mains pour prélever une espèce de mélasse froide ce qui sera notre subsistance pour 24 heures. Le lendemain 8 le vacarme s’intensifie, nos oreilles supportent mal un bruit ininterrompu d’obus de tous calibres qui éclatent des deux côtés. On entend - 15 -
distinctement les “gros” qui passent loin sur nos têtes dans un paisible ronronnement. Des stukas plongent partout. Nous nous battons à la grenade de part et d’autre des deux rives de l’Aisne séparées seulement de 20 à 25 mètres. Quelquefois une de ces grenades qui nous est destinée explose tout prés, après s’être enfoncée dans la vase, et la secousse molle nous berce. Les Allemands font beaucoup de bruit, s’interpellent à haute voix. Certains se jettent à l’eau et nagent afin de pouvoir jeter leurs grenades avec plus de précision. Notre tireur au FM dont la visibilité est réduite lâche de temps à autre un chargeur et s’abrite aussitôt. Heureusement celui du Groupe Montel qui prend la rivière d’enfilade à 200 mètres de là cause des pertes à l’assaillant et l’empêche d’atteindre notre rive. Nous tenons cette position inconfortable jusqu’en fin d’après-midi. Mais vers les I6 heures la situation a encore empiré : le Groupe Montel qui s’est probablement replié ne nous soutient plus, et à notre gauche, vers Pont Arcy c’est la catastrophe. La Wehrmacht qui a franchi l’Aisne dans l’espace vide de tout défenseur a porté son effort massif sur le 1Oème Groupe du Sergent Menassier qui essaie de tenir sous l’avalanche. Son FM s’enraie, le sergent tente de le remettre rapidement en état, mais la position est submergée, Menassier est tué à la grenade. Dans mon groupe c’est le Chasseur Hermelin qui tombe, mortellement frappé, le Caporal Pétroni est blessé tandis que je ne revois plus le chasseur Souchon envoyé en estafette au P.C de la Compagnie. L’ennemi poursuit sa progression et, remontant la rive gauche de la rivière essaie de nous prendre à revers. Nous n’avons que le temps, le tireur, le chargeur et moi, de sauter de nos emplacements devenus intenables pour faire face à ce nouveau danger qui nous arrive dans le dos. Pris alors à partie de tous les cotés à la fois par de nombreuses armes automatiques nous espérons, leur opposant notre fusil mitrailleur nous frayer un chemin jusqu’au canal latéral distant de 300 mètres... où nous pensons retrouver des éléments de notre compagnie. Nous y parvenons enfin après quelques engagements brefs et violents avec l’adversaire. Nous remarquons que l’ennemi axe aussi sa marche vers le canal latéral que nous espérons atteindre tout de même avant lui. Enfin nous franchissons ce mince obstacle d’eau sur une planche flottante pour retrouver derrière la berge une douzaine de gradés et chasseurs de la 3ème Compagnie, dont le Sergent Chef Laemmer et le Sergent Montel, lesquels ne perdaient pas l’espoir de nous récupérer. Quelques morts et des blessés jonchent le sol dont le Sergent Galtier qu’on essayera à la fin du jour d’évacuer vers l’arrière mais qui mourra en chemin. J’apprends là la mort de notre Commandant de Compagnie, le Lieutenant Ciaudo tué en même temps que le Caporal Bory et les chasseurs Bringuier et Planque alors que, FM en mains, tous quatre se portaient du canal vers l’Aisne pour tenter de redresser la situation désespérée qui était la nôtre. Durant une heure, postés le long du canal nous surveillons particulièrement la planche sur laquelle nous venions de passer tandis que le soir tombait, estompant toute visibilité.
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C’est alors que parvenait à nos oreilles un chant de guerre scandé par des dizaines de voix que le sort favorable d’une rude bataille a rendu fanatiques. Cette explosion de joie nous fait mal. Nous sommes amers, abattus. Un peu plus tard nous arrive l’ordre de nous replier vers Longueval. Chemin faisant nous revoyons par la pensée ce qu’ont été les deux dernières et terribles journées que nous venions de vivre où le sort nous a placés en témoins actifs d’un extraordinaire combat. Notre compagnie, la 3ème, venait d’y perdre plus de 20 tués et autant de blessés, ainsi que quelques prisonniers. Compte tenu des pertes antérieures, cette unité ne représentait plus qu’une force de combat très diminuée, au mordant émoussé. Elle avait vu disparaître tous ses officiers, ses adjudants chefs et adjudants, ainsi que la plupart des autres sous-officiers, tués ou blessés depuis son arrivée en ligne. Le Sergent-Chef Laemmer restait le sous-officier du grade le plus élevé. Le dimanche 9 Juin, au lever du jour, ce qui reste du 62ème BCA est regroupé en ligne dans un champs de blé situé au nord de la route reliant Dhuizel à Barbonval sous le commandement de son chef, le Capitaine Ottavi Il est à remarquer que pendant tout le temps que nous étions à l’arrière dans l’attente d’aller au feu, notre unité avait vu succéder à sa tête plusieurs chefs de bataillon à 4 galons, pour finalement être confiée au moment de combattre à ce capitaine, vétéran de la guerre 1914-1918. Nous apprenons l’évacuation récente pour blessure grave de son capitaine adjoint, officier de réserve de valeur en qui nous avions confiance, et dont nous connaissions par certaines indiscrétions les démêlés qui l’opposaient à son supérieur, dont il ne partageait pas entièrement les vues. Alors que nous nous tenions allongés dans les blés qui nous cachaient de la vue de l’ennemi dont on attendait le contact prochain, nous recevions la visite éclair du Général Boisseau commandant la 44éme D.I ? Notre chef s’attachait certainement à situer les positions mouvantes et fluides des divers éléments composant sa division, chose qui n’était pas tellement facile je suppose ? Enfin après une attente fébrile qui nous parut longue l’ennemi débouchait à l’horizon, quelques chars légers précédant ses troupes à pied. Conformément aux ordres, notre tir d’arrêt n’est déclenché qu’à courte distance ce qui surprend l’assaillant et lui provoque quelques pertes. Sa riposte est immédiate, et particulièrement ses blindés, désorganise notre défense car nous sommes démunis d’armes anti-chars, hormis les balles spéciales des FM. Des meules de paille s’offrent comme abri de tir que nous ne pouvons utiliser longtemps face à la supériorité de feu dont dispose l’adversaire. Afin d’éviter l’encerclement nous replions derrière la position d’arrêt tenue sur nos arrières par des éléments du 22ème BCA, lesquels accrochent durement
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l’assaillant, ce qui permet de nous dégager. Dans la nuit nous essayons de nous regrouper sur Bazoches par Vauxcéré et Paars. A l’aube du 10 nous atteignons Fismes alors que la bataille y fait rage Nous y prenons part dans des conditions difficiles qui excluants que le sort nous soit favorable. C’est ensuite la retraite vers la Marne que nous franchissons le 11 dans la matinée. On nous apprend que de fortes unités de l’armée qui fait retraite ont passé aussi la Marne et qu’ainsi, appuyés par de nouvelles troupes qui monteraient en ligne, nous allons pouvoir organiser la résistance sur cette rivière au nom Historique. Tous les ponts, ou presque, ayant été détruits, la chose parait vraisemblable et l’espoir renaît. Mais nous ne pourrons tenir la position que jusqu’au 13 juin. Enfin notre dernier combat d’arrière-garde se situe à Vertus (Marne) .
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Adjudant-Chef Jean-Marie Buquet Historique du 62ème B.C.A. 1939 - 1940
Le 62ème Bataillon de Chasseurs Alpins est crée, le 2 septembre 1939, au Camp de Caïs, près de Fréjus, par le Centre Mobilisateur 152, à partir d’un noyau actif du 22ème B.C.A.. L’encadrement en est le suivant: Chef de Corps
Chef de Bataillon Louis Brun
Capitaine Adjudant-Major
Capitaine P. Ottavi
1ère Compagnie
Capitaine Edmond Griolet
2ème Compagnie
Capitaine J.Roumejon
3ème Compagnie
Capitaine Simon
Cie d’Accompagnement
Lieutenant Abeille
Cie Hors-Rangs
Capitaine J. Collomb
Eclaireurs-Skieurs
Lieutenant R.Montel
Il entre, avec les 22ème et 64ème B.C.A., dans la composition de la 26ème Demi-Brigade de Chasseurs Alpins - 57ème Brigade - 29ème Division d’Infanterie. Le 6 septembre, le Bataillon quitte le Camp de Caïs pour Contes et Berre les Alpes, où se poursuit l’instruction. Le 28 septembre, il rejoint la région de Sospel et relève le 9ème B.C.A. dans le saillant Fontan - Saorge.
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P.C., C.A. et C.H.R. à Fontan, de même que la 1ère Compagnie; 2ème Compagnie à Saorge; 3ème compagne à Breil, Madone des Grâces, La Giandola; S.E.S. à Scarassoui. Outre l’instruction, les tirs et les marches, le Bataillon procède à des travaux d’aménagement du terrain. Il est relevé un mois plus tard, le 27 octobre, par les 105ème B.C.A et rejoint Nice par voie ferrée. La Section d’Éclaireurs-Skieurs, pour sa part, demeure sur ses positions. Après avoir bivouaqué le 27 octobre au 18 novembre dans les Studios de la Victorine, le 62ème fait mouvement sur Grasse et arrive le 19 à Peymeinade. Il y demeure jusqu’au 11 mars 1940, date à laquelle il fait étape, à pied, jusqu'à la Bocca, où il embarque, le 12, par voie ferrée. Le convoi s’arrête le 13 à Rouilly Giraudot. Le Bataillon rejoint à pied ses cantonnements d’Avant les Ramerupt.
La 26ème D.B.C.A. entre alors dans la composition de la 44ème Division d’Infanterie, récemment formée dans la région d’Arcis sur Aube. Elle comprend le 6ème R.I., la 26ème D.B.C.A., la 173ème Demi-Brigade, le 91 R.A., les compagnies de Génie 44/1 et 44/2 et le G.R.D. 41.
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Le Lieutenant Abeille, Commandant la C.A., est détaché comme Officier de liaison à l’Etat-Major de la Division et remplacé par le Capitaine Rullier. Le Chef de Bataillon Brun, promu Lieutenant-Colonel, est provisoirement remplacé à la tête du 62ème par le Capitaine Ottavi, Capitaine Adjudant-Major. Le 28 mars, le Chef de Bataillon Monnet prend le commandement du Bataillon. Le 11 avril le 62ème embarque pour l’Alsace, où il arrive le 12 à Hochfelden, fait étape le 13 à Wiversheim, le 15 à Wickerskeim. Le P.C. se fixe à Gundershofen du 18 avril au 15 mai. Outre l’instruction, le 62ème est occupé à des travaux d’organisation du terrain dans la Zinseltal, au nord-ouest d’Haguenau. Le Capitaine Diot est affecté au 62ème dont il prend le commandement en remplacement du Commandant Monnet, qui vient de recevoir une autre affectation. Mis en alerte dès l’annonce de l’invasion allemande en Belgique, le 62ème B.C.A. embarque par voie ferrée le 15 mai, en gare de Merzwiller. L’ordre du Bataillon est alors le suivant : Chef de Corps Capitaine Adjudant-Major Médecin-chef Médecin-Auxiliaire Transmissions Officier d’Approvisiont Officier des Détails 1ère Compagnie 2ème Compagnie 3ème Compagnie Cie d’accompagnement Cie hors-rangs
Capitaine Diot Capitaine Ottavi Médecin-Lieutenant Salvarelli Médecin-Adjudant Barre Lieutenant Pattus Sous-Lieutenant Ottavi Adjudant-chef Tristani Capitaine Griolet Lieutenant Lions Lieutenant Ciaudo Capitaine Rullier Lieutenant Roubaudi
Les ponts et les passerelles d’écluses n’ont pas encore sauté. Les explosifs ne parviendront que le 21 mai. Dans l’immédiat, on ne peut qu’élever des barricades sommaires pour tenter d’enrayer une incursion de blindés ennemis. On manque également de mines antichars. Le 20 Mai au soir des patrouilles allemandes prennent contact avec la défense du canal.
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Des boyaux, profonds de deux mètres, sont creusés, en lignes brisées, dans la plaine, en arrière du canal, pour permettre une liaison abritée avec le P.C., vite envahis par trente centimètres d’eau. Celle-ci suinte dans les abris et les tranchées creusés dans le talus du canal. Les hommes pataugent à longueur de journée dans une boue liquide, sans jamais pouvoir se déchausser. Au cours de la nuit du 21 au 22 mai, tandis qu’à l’extrémité sud du canal, vers Pont Arcy, la 2ème Compagnie du 22ème B.C.A. repousse une tentative de franchissement, les 2ème et 3ème compagnies du 62ème B.C.A. sont aux prises avec des éléments ennemis qui tentent de s’infiltrer, au nord du canal, entre l’aile gauche du 62ème et le 99ème R.I.. Une série d’accrochages assez violents permet de les repousser, au cours desquels tombe, mortellement atteint, le chasseur Grailhe, premier mort du Bataillon. Les Lieutenants Lions et Forgues, ainsi que deux chasseurs de la 2ème Compagnie, blessés, sont évacués. Le Sous-Lieutenant Garzulino, de la 2ème Compagnie d’accompagnement, prend le commandement de la 2ème compagnie.
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Le 23 mai, le Capitaine Diot, qui commande le 62ème B.C.A. depuis huit jours seulement, est nommé au commandement du 64ème, en remplacement du Chef de Bataillon Désideri, appelé à commander la 26ème Demi-Brigade. Le Capitaine Ottavi se retrouve à nouveau chef de corps par intérim. Il prend pour adjudant-major le Capitaine Griolet, de la 1ère Compagnie. Le Lieutenant Andreis prend le commandement de la 1ère. - 23 -
Les travaux continuent, de jour comme de nuit, entrecoupés d’escarmouches par dessus le canal, sous le tir intermittent de l’artillerie allemande. L’Adjudant Ponti est mortellement blessé d’une rafale de mitraillette, alors qu’il dirige, de nuit, le travail d’une équipe de poseurs de barbelés, sur le chemin de halage. Bermond, chef-comptable de la 3ème Compagnie, est abattu par un sniper, alors qu’il effectue une liaison avec les sections en ligne. Le 29 mai, un très violent tir de minen s’abat sur la 3ème compagnie. La 4ème section, au centre de la tornade, subit des pertes. Le Lieutenant d’Allard et le chasseur Peladan sont blessés et évacués. Le sergent-chef Barralis prend le commandement de la section. Au cours de la nuit du 1er au 2 juin, le 62ème B.C.A. est relevé par le 27ème B.C.A. (25ème Demi-Brigade - 28ème D.I.) Il s’installe à quelques kilomètres au sud de l’Aisne Le P.C., la C.H.R., la C.A. et la 2ème Compagnie à Longueval; la 1ère à Villers en Prayères; la 3ème à Barvonval. Très tôt, le matin du 5 juin, des vagues successives d’avions ennemis bombardent les positions tenues par les 27ème et 47ème Bataillon de Chasseurs, (25ème Demi-Brigade), sur le canal de l’Oise à l‘Aisne.
Vers 7 heures, alors que l’artillerie allemande prend le relais, l’aviation s’en prend aux villages qui abritent le 62ème, Longueval, Barbonval et Villers en Prayères. Pendant ce temps, l’attaque de l’infanterie se développe, à gauche
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contre les unités de la 28ème Division d’Infanterie, entre Soissons et Braye en Laonnois. Des infiltrations se produisent sur les arrières du 27ème B.C.A. A 14 heures, le Capitaine Ottavi reçût du commandant de la 26ème DemiBrigade l’ordre de prendre position sur les arrières du 47ème B.C.A., au point charnière du canal de l’Oise à l’Aisne avec l’Aisne, face à Bourg et Comin. Dès le début de la nuit, il transporte son P.C. à La Roche, où se trouve déjà celui du 47ème B.C.A. La 3ème Compagnie (Lieutenant Ciaudo) prend position dans la boule de l’Aisne à Pont Arcy et à l’ouest du village, en liaison avec la Compagnie Becq du 64ème B.C.A. Le sous-Lieutenant Garzulino et sa 2ème Compagnie s’installent à l’est du village, en contact sur la droite avec le 2ème Bataillon du 6ème Régiment d’Infanterie. La 1ère Compagnie, (Lieutenant Andreis), demeure en seconde ligne, autour de Vieil Arcy, entre le Moulin du Bas et le Bois Mayol. Au cours de la matinée du 6, après une nouvelle et intense préparation d’artillerie, les Allemands franchissent le canal de l’Oise à l’Aisne, en face du 27ème B.C.A., à hauteur de Moussy - Verneuil. Le P.C. du 47ème se transporte à Saint Mard, et ses éléments du canal abandonnent celui-ci pour faire face au nord. La 3ème Compagnie replie en arrière de l’Aisne une section que le Lieutenant Ciaudo avait poussée jusqu'au pont sur le canal.
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Le 7, dès le petit jour, l’artillerie ennemie pilonne systématiquement les positions du Bataillon, tandis que son infanterie attaque à l’ouest, en face des 27ème et 47ème B.C.A. Les lignes téléphoniques sont déchiquetées par les explosions; seules, subsistent les liaisons par coureurs. La 2ème Compagnie subit des pertes sérieuses. Le Capitaine Griolet et le Médecin-auxiliaire Barre s’y rendent le soir. A plusieurs reprises, au cours de la journée, notre artillerie a efficacement répondu sur des concentrations d’infanterie allemande autour de Bourg et Comin. Au petit jour, le 8, le pilonnage reprend avec une intensité accrue. L’aviation allemande intervient à son tour sur tous les villages du quartier. De nouveau, des rassemblements d’infanterie sont signalés autour de Bourg et Comin. Le sousLieutenant Masse, de la 3ème Compagnie, est blessé au cours de la matinée. A partir de midi, de demi-heure en demi-heure, des vagues d’avions attaquent La Roche, Vieil Arcy, Pont Arcy et les villages voisins. A 14 heures, l’infanterie ennemie tente de forcer le passage sur l’Aisne, à gauche et en face de la 3ème Compagnie, tandis que le pilonnage de l’artillerie et de l’aviation se transporte sur le 2ème Bataillon du 6ème Régiment d’Infanterie. La Compagnie Becq, du 64ème B.C.A., est tournée sur sa gauche, au point de jonction avec le 47ème B.C.A.. Plus à l’ouest, l’ennemi progresse en direction du sud, refoulant le 99ème R.I. Le Capitaine Becq et ses chasseurs se replient en combattant vers La Roche, où se trouve le P.C. du 62ème, mais ce repli livre aux Allemands la passerelle récemment posée par le Génie sur le canal latéral à l’Aisne. Le point d’appui de Pont Arcy, tenu par la 3ème Compagnie, est alors débordé et menacé d’encerclement. Le Lieutenant Ciaudo contre attaque, à la tête de son groupe de réserve. De cette contre attaque ne reviendra qu’un seul survivant, le chasseur Taxil, qui devra être amputé d’une jambe1. Des autres sections, une trentaine d’hommes réussit à décrocher et à se replier sur La Roche. Une trentaine de chasseurs autour du Sergent-chef Rolland. Tout ce qui reste de la 3ème Compagnie. La 1ère Compagnie est maintenant en première ligne, en avant de La Roche. Le Lieutenant Andreis a reçu l’ordre de tenir à tout prix. A 18 heures, la 4ème section de la Compagnie est submergée par l’assaut ennemi. Le Lieutenant Andreis tombe, atteint d’une balle dans la tête. Mais la 1Le
lieutenant Ciaudo est inhumé dans le cimetière de Soupir.
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1ère tient toujours, en liaison à droite avec la 2ème, tandis que les Allemands, qui progressent sur le flanc gauche du Bataillon, arrivent vers 20 heures à proximité de La Roche. La défense du P.C. s’organise une section de mitrailleuses, que commande personnellement le Capitaine Rullier, commandant la C.A., le groupe franc du sous-Lieutenant Fritsch, et les hommes du P.C. et de la C.H.R., téléphonistes, secrétaires, cuisiniers, ordonnances. Tandis que le Sergent-fourrier Spinelli conduit une chenillette chargée de munitions jusqu’aux 1ère et 2ème compagnies. Le Capitaine Ottavi reçût à 21 heures l’ordre de replier le Bataillon du sud de Longueval. Il se rend immédiatement auprès du colonel commandant le 6ème R.I., son voisin de droite, pour l’en informer. Tandis que les compagnies décrochent à la faveur de l’obscurité, le Capitaine Griolet demeure à La Roche avec le Groupe Franc, pour protéger leur repli et préparer la destruction du dépôt de munitions, qui saute à minuit trente. Au cours de son mouvement, le groupe franc protégera encore le décrochage d’une batterie d’artillerie, qui n’avait pas été avisée du repli. Le 62ème B.C.A. va reprendre position sur le Mont de Dhuizel, entre la Cour des Moines et les lisières ouest de Longueval, ayant à sa droite le 64ème B.C.A. et à sa gauche le G.R.D.41, qui tient Vauxtin et Vauxcéré.
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En cette soirée du 8 juin, il ne reste au 62ème B.C.A. que neuf officiers et deux cent quatre-vingt chasseurs sur les 14 officiers et 820 hommes, qui étaient descendus des positions du canal le 1er juin. Le nouveau dispositif est mis en place avant six heures du matin, le 9 juin. La première Compagnie, que commande maintenant le sous-Lieutenant Bodin, prend position entre la Cour des Moines et le signal du Mont de Dhuizel, en liaison sur sa gauche avec le G.R.D., qui tient toujours Vauxtin. Le sousLieutenant Garzulino et la 2ème Compagnie s’alignent, à la droite de la 1ère, entre le signal de Dhuizel et le bois au nord de Longueval. Le Capitaine Ottavi a installé le P.C. du Bataillon à la corne ouest du Bois de la Ferme Pinçon, au sud-ouest de Longueval, disposant, en réserve, du groupe franc du sous-Lieutenant Fritsch, des trois pièces de mitrailleuses qui restent au Capitaine Rullier, et des trente hommes de la 3ème Compagnie que le Sergentchef Rolland a ramené avec lui. Les mortiers de 81 n’ont plus de munitions. Il
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n’en reste d’ailleurs que les tubes. Les plaques de base n’ont pu être arrachées du sol dans lequel elles s’étaient enfoncées pendant le tir de la veille, au cours duquel toute la dotation d’obus a été tirée. Rapidement on ébauche des trous de tirailleurs et des emplacements pour les F.M.. Les compagnies ont perdu trop d’hommes hier, et leurs maigres effectifs ne permettent pas d’établir un front continu. Un sous-lieutenant et quelques chasseurs du 47ème, qui étaient, hier soir, demeurés au P.C. du 62ème, à La Roche, pour tenter de récupérer au cours de la nuit le corps du Sous-Lieutenant Faivre d’Arcier, de leur compagnie, resté dans le no-mans-land, mais n’avaient pu remplir leur mission par suite du recul du 62, sont employés à boucher le vide entre les 1ère et 2ème compagnies sur le Mont de Dhuizel. Sur la gauche, en direction de Vauxtin, la 1ère Compagnie n’a pas trouvé la liaison avec le G.R.D.. Une première attaque allemande, sur la gauche du front, est repoussée par la 1ère Compagnie. Le sous-Lieutenant Bodin réclame des munitions, qu’il n’est pas possible de lui faire parvenir, le dépôt constitué à La Roche ayant été détruit sur place. Le Capitaine Ottavi part lui-même avec la chenillette chercher des munitions au P.C. de la Demi-Brigade, à Blanzy les Fismes. Les trois mitrailleuses du P.C. ne peuvent être mises en batterie, par manque de profondeur du champ de tir. Elles ne disposent d’ailleurs que de dix caisses de munitions pour elles trois. Le sous-Lieutenant Bodin signale des infiltrations d’infanterie entre la 1ère Compagnie et le G.R.D.. A 11 H 30, ayant épuisé toutes ses munitions, et les voyant tournée par le sud-ouest, la 1ère Compagnie se replie vers le P.C. du Bataillon. La 2ème Compagnie est alors mise en position sur la route Ferme Pinçon Vauxcéré. La Ferme elle même est tenue par un élément mixte du 6ème R.I. et du 64ème B.C.A.. La 1ère Compagnie s'alignent à gauche de la 2ème jusqu’à Vauxcéré, que le G.R.D. occupe, après avoir abandonné Vauxtin. De nouveaux emplacements sont creusés dans le talus de la route, et les mitrailleuses peuvent enfin se mettre en batterie. Le Capitaine Ottavi revient avec la chenillette, chargée de munitions et d’outils de parc. L’avion d’observation-le mouchard-survole les nouvelles positions, tandis que les mitrailleuses du Capitaine Rullier ouvrent le tir-hausse 1,500 mètres-sur l’infanterie allemande qui progresse au travers des champs de blé. Le Capitaine Ottavi décide de faire replier les éléments du P.C/. Bataillon à Vauxcéré. Précédé d’un barrage roulant d'artillerie, qui encage maintenant les positions du 62ème, l’infanterie allemande avance toujours. Les fusils-mitrailleurs entre en action -hausse 800- l’aviation ennemie intervient alors en piqué. - 29 -
A 15 heures, un motocycliste du P.C. vient chercher le Capitaine Griolet, qui assurait le commandement de la ligne de feu. Avant de partir, il passe le commandement de la position au Capitaine Rullier. La moto pénètre dans Vauxcéré au moment où les Allemands abordent le village par l’ouest. Le P.C. du 62ème B.C.A. décroche en direction des positions des compagnies. Or, celles-ci ont été bouleversées par les attaques en piqué des stukas. Le Capitaine Rullier a été très grièvement blessé sur la pièce dont il avait remplacé le tireur mort. Les sous-Lieutenants Bodin, Lassegue et Colmas sont blessés, eux aussi. Le sous-Lieutenant Pattus, chef des transmissions, est porté disparu. Mort, le courageux Sergent Fourrier Spinelli qui avait ramassé un F.M. et qui tirait debout, pour mieux voir l’ennemi par dessus les blés. Mort également, le chasseur Botta, tireur au fusil-mitrailleur, dressé lui aussi face à l’assaillant. Partout, de nombreux morts et blessés. Un flottement se produit parmi les survivants, qui refluent vers Blanzy les Fismes, où le Commandant Desideri et le Capitaine Faraut, bientôt rejoints par le Capitaine Griolet, les reprennent en main et les replacent face à l’ouest, sous les ordres des sous-Lieutenants Garzulino et Fritsch, en protection du P.C. de la 26ème Demi-Brigade, implanté dans le village de Blanzy. Sur la droite, le 64ème a, lui aussi, durement supporté le choc. A partir de 17 heures, 62ème et 64ème sont alignés à l’ouest et au nord, en protection du village. Le 62 est en position sur les pentes, au sud-ouest de Perles, en liaison avec le G.R.D.41, qui tient ce village. Il reste quatre officiers2 et une centaine de chasseurs valides au Bataillon. Ils ne possèdent plus que cinq fusils-mitrailleurs. Le Capitaine Ottavi et son P.C. sont à Blanzy-les-Fismes, auprès du P.C. de la Demi-Brigade. Vers 21 heures, parvient l’ordre de repli vers Fismettes, où les restes du 62ème B.C.A., renforcés par la 1ère Compagnie du 22ème et le G.R.D.41, doivent constituer une tête de pont. Le 62ème doit toutefois maintenir la position qu’il occupe jusqu’à 22 heures, pour permettre le décrochage des éléments de l’E.M. de la Demi-Brigade et le passage du 6ème Régiment d'Infanterie, qui se replie sur sa droite. Le maintien en position sera prolongé jusqu’à 23 heures. La mise en place des unités de la tête de pont est effectuée par le sousLieutenant Laroque, du G.R.D., le point névralgique en étant le carrefour de la route de Blanzy. Le Capitaine Griolet est désigné par le Commandant Désideri pour prendre le commandement de l’ensemble.
2Capitaine Ottavi, Capitaine Griolet, Sous-Lieutenant Fritsch, Sous-Lieutenant Garzulino.
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Le 64ème B.C.A. se replie à son tour et traverse Fismettes au petit jour. Son corps franc, commandé par le sous-Lieutenant Gesta, vient compléter, à l’est, le dispositif de la tête de pont. Celui-ci est remanié au jour : La 1ère Compagnie du 22ème B.C.A. (Capitaine Latruffe) face à l’ouest, sur la route de Bazoche; au centre, le G.R.D. face au nord, tenant le carrefour de Fismettes; à l’est, le 62ème B.C.A., gardant la route et les sentiers de Blanzy, prolongé par le corps franc du 64ème. Une cinquantaine de chasseurs du 62ème, récupérés par le train régimentaire du Bataillon, stationné la veille à Fismes, sont rendus à leurs compagnies. A 9 heures, la 1ère Compagnie du 22ème B.C.A. est surprise par des éléments allemands parvenus à courte distance sans avoir été décelés. Un certain flottement se produit. Le tir précis des fusils-mitrailleurs rétablit la situation. L’ennemi progresse maintenant face au 62ème B.C.A.. Une section de la 2ème Compagnie du 22, commandée par le sous-Lieutenant Core, est mise à la disposition du Commandant Désideri, qui lui donne l’ordre d’occuper la cote 162, au nord de Fismettes, et de s’y maintenir. Core déploie sa section, progresse jusqu'au coude de la route et refoule les occupants de 162. Il ne maintient jusqu’à épuisement de ses munitions, puis, sous la menace d’un débordement de la position, replie sa section à son tour, après avoir subi quelques pertes. Son chef, le sous-Lieutenant Gesta est tué en arrivant au pont de Fismes. Les tirs du 91ème R.A.D. causent de lourdes pertes aux Allemands, mais ne peuvent les remplacer de progresser. Ils sont trop nombreux! Leurs camions les amènent au défilement des crêtes. Hier, ils ont mangé, et dormi cette nuit,... tandis que les chasseurs...! Le Capitaine Griolet fait replier la 1ère Compagnie du 22 puis le 62ème. Il ne reste sur la rive nord de la Vesle que le groupe franc du sous-lieutenant Fritsch. A 11 heures, au signal du clairon, le groupe franc franchit, au pas de course, le pont, qui saute quelques instants plus tard, sous le nez des premiers feldgrauen. Le combat reprend tout au long de la rivière. Mais les Allemands ont largement débordé Fismes à l’ouest. A 13 heures, les unités reçoivent l’ordre de repli. La destination du 62ème est Tramery, à quatre kilomètres du village de Sarcy, où se trouvent déjà le Capitaine Ottavi, qui regroupé quelques dizaines d’isolés, réchappés des combats des jours précédents, et le train régimentaire du Bataillon. Le sous-Lieutenant Fritsch et son groupe franc assurent la protection du décrochage des batteries du 91ème R.A.D., qu’il escortent jusqu’à Sarcy. Par la suite, le groupe franc se verra confier la protection du train régimentaire.
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Les rescapés du combat de Fismettes, regroupés par les sous-Lieutenant Garzulino, arrivent à Tramery à 20 heures. Ils y retrouvent le renfort des chasseurs déjà regroupés par le Capitaine Ottavi. Rapidement, deux compagnies sont formées, fortes chacune d’une cinquantaine de chasseurs. La 1ère est commandée par l'Adjudant-chef Gandioli, la 2ème par le sous-Lieutenant Garzulino. Elles n’ont , même pas le temps de reconnaître leurs cantonnements, que les Allemands sont signalés à l’entrée nord du village. La 1ère Compagnie se porte à leur rencontre, après avoir ramassé les munitions des camarades de la 2. Il n’y fa pas de quoi soutenir un siège!... Cent cartouches par fusil-mitrailleur, et cinquante par voltigeur. Heureusement, l’ennemi ne se manifeste pas. Le Capitaine Dupassage, de l’E.M. de la 26ème Demi-Brigade, apporte, à 22 heures 30, l’ordre de repli sur Olisy-Violaines, où se regroupent les restes de la Demi-Brigade. Départ de Tramery à minuit, étape particulièrement pénible, par suite des fatigues accumulées, du manque de sommeil et de nourriture. A 5 heures du matin, le 11 juin, le 62ème B.C.A. retrouve à Olisy Violaines les autres unités de la Demi-Brigade. Le Capitaine Griolet est convoqué par le Commandant Désideri, qui lui donne le commandement du 22ème B.C.A. Vers 7 heures, on aperçoit, à un kilomètre à l’ouest du village, une colonne de blindés allemands, qui foncent vers le sud, sur la route Reims - Dormans. La Demi-Brigade a reçu l’ordre de franchir la Marne au plus vite. la colonne se met en route vers Chatillon sur Marne et Port à Binson, à travers champs, pour éviter de mauvaises rencontres. A plusieurs reprises, elle est survolée et attaquée par des avions ennemis. Lorsque son avant-garde arrive à proximité de Port à Binson, déjà occupé par les Allemands, le pont saute. Un passage est découvert à quatre kilomètres à l’est, où le pont de Reuil Oeuilly est encore entre nos mains. Il est franchi vers 13 heures. La DemiBrigade prend position sur la rive sud de la Marne, déjà occupée-si l’on peut dire-par la 22ème Compagnie du 46ème Régiment d’Infanterie, unité de regroupement et d’instruction d’isolés. Au cours de l’après-midi, le 22ème B.C.A. est chargé de la défense du village d’Oeuilly, tandis que le 64ème prend position à l’ouest, dans le bois de Misy. Les deux compagnies du 62ème restent en réserve de Demi-Brigade. A 18 heures, les Allemands se présentent devant le pont, que fait sauter le lieutenant Vetroff, du 46ème R.I..
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On tiraille de part et d’autre au cours de la nuit. Le petit jour n’amène pas l’attaque que l’on supposait devoir se produire. La matinée est relativement calme. La pluie, qui menaçait hier, s’est mise à tomber. Le commandant Desideri donne aux commandants des bataillons ses ordres pour une nouvelle implantation, à réaliser à la tombée de la nuit. Le 62ème se voit confier la charge d’aménager des barricades sur toutes les voies d’accès du village. Cet ordre n’aura pas le temps d’être exécuté. A 14 h 30, l’ennemi déclenche sur le village de très violents tirs d’artillerie, qui laissent prévoir une attaque imminente. Son aviation intervient à son tour. Très rapidement, les ruines s’accumulent dans le village, où éclatent de nombreux incendies. Dispersés et écrasés par le bombardement, les chasseurs du 62ème se raccrochent aux positions des sections du 22ème B.C.A.. Les morts et les blessés sont nombreux. Le Médecin-auxiliaire Barre s’est mis à la disposition du Capitaine Griolet, pour panser les blessés de la 3ème Compagnie, auprès de laquelle il se trouve. A 22 heures 30, l’ordre de repli parvient aux unités en ligne. Après le combat d’Oeuilly, le 62ème B.C.A. n’existe plus en tant qu'une unité combattante. Quelques-uns des rescapés du Bataillon se raccrocheront aux compagnies du 22ème B.C.A. et suivront l’errance des restes de la 26ème DemiBrigade, par Vertus, Arcis sur Aube et Troyes, jusqu’à leur capture, le 17 juin. D’autres seront regroupés par le Capitaine Ottavi, qui, après le 14 juin, a pris le commandement du train régimentaire du Bataillon, et, après une traversée en diagonale de la France, de Troyes à Millau, les ramènera en zone libre.
Le 62ème Bataillon de Chasseurs Alpins est dissous le 1er août à Millau. Ses archives sont ramenées à Hyères. Les cadres d’active sont affectés au Bataillon de Rodez du Régiment Tarn-Aveyron.
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