Connexions 47

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Connexions 联 magazine de la

dossier

Le

Chambre

de

Commerce

et d’Industrie

Fr a n ç a i s e

Chine

Prospective La Chine après les Jeux

奥运会后的中国前景展望

www.ccifc.org

en

n 47 o

octobre -novembre

2008

中 国 法 国 工 商 会 双 月 刊

结 Focus : •vivre avec

un handicap Crise financière, la Chine n’est pas à l’abri Gros plan sur le Jilin

• •

Vu d’ici « Benxi » par la photographe Wang Wei 《本溪》 摄影:王为



卷首语 EDITORIAL

L’esprit de cordialité

Jacques Leclerc du Sablon Directeur général de la CCIFC

C’est avec un très grand plaisir que je présente cette livraison de Connexions et je salue chaleureusement toutes les lectrices et tous les lecteurs, les membres de la CCIFC, leurs clients, leurs fournisseurs et leurs partenaires, les amis et lecteurs occasionnels croisés dans une entreprise, un avion ou une salle de presse. En effet, venant de prendre mes fonctions à la direction générale de la CCIFC, cet éditorial est d’abord un « bonjour » ! Après les Jeux Olympiques et Paralympiques, il y a comme un esprit à recevoir de ces mois d’été et je fais le vœu que ce soit celui qui

诚挚的精神 我非常愉快地打开这一期《联结》会刊,向 所有读者、中国法国工商会会员、客户、供应商及 合作伙伴,还有在飞机上、办公室或图书馆里偶 然翻阅到会刊的读者和朋友们热情致意。我刚刚 接任中国法国工商会总经理之职,这篇卷首语首 先要向诸位问好。 我们从今夏刚刚结束的北京奥运会和残奥 会中获得了一种体育精神,我希望这种精神在今 后的岁月里能继续发扬。首先是热忱诚挚,它贯穿 于我们商会的入会工作之中。其次是带动,就像 最熟悉在华业务的企业带动刚刚来华的企业一 样。再就是“加油”,是指支持者鼓励竞赛者即企 业、工商业和服务业的大小运动员。最后当然是 在艰苦比赛中取得好成绩。这种体育精神使中国 法国工商会及其理事会、全体员工,还有我这个 新“船长”干劲十足。 读者将从本期《联结》对奥运会的总结,尤 其是在会刊作为企业参加日常“比赛”合作伙伴 的过程中感受这种精神。 感谢您对我到中法工商会的欢迎并祝您阅读 愉快!

中国法国工商会总经理:杨磊

souffle dans les mois et années à venir. C’est d’abord un esprit de cordialité et de convivialité, celui-là même qui préside à l’adhésion des entreprises à notre Chambre. C’est ensuite un esprit d’entraînement, comme si les entreprises les plus rôdées à l’activité et aux affaires en Chine étaient les entraîneurs des nouveaux arrivants. C’est un esprit « jia you », celui de supporters encourageant les compétiteurs, petits ou grands athlètes de l’entreprise, de l’industrie et des services. C’est enfin, bien entendu, un esprit de résultat au terme de compétitions rudes. La CCIFC, ses élus, son équipe de salariés avec son nouveau « capitaine », sont mobilisés par cet esprit ! C’est ce même élan que le lecteur retrouvera tout au long de ce numéro de Connexions, avec un dossier consacré à l’impact, à court et plus long terme, des Jeux, et une nouvelle rubrique « Focus » consacrée aux personnes handicapées. Un Connexions qui croise les approches pour informer et promouvoir les entreprises dans leurs Jeux quotidiens. Merci de votre accueil à la CCIFC et bonne lecture !

Connexions / octobre-novembre 2008


协助委员会

联 结

COMITÉ DE PATRONAGE

Connexions

Le magazine de la Chambre de Commerce et d’Industrie Française en Chine 中国法国工商会双月刊

Directeur de la publication Jacques Leclerc du Sablon Responsable de la publication Sophie Lavergne Rédactrice en chef Anne Garrigue Relecture de la traduction chinoise Ruan Zheng Graphiste Xie Bin Conseiller à la direction artistique Charlie Buffet Ont collaboré à ce numéro : Véronique d’Antras, Laurent Ballouhey, Antonia Cimini, Hélène Duvigneau, Catherine Legrand, Mariam Loussignian, Yann Marin, Alina Quach, Melinda Sellin, Renaud de Spens, Nicolas Sridi, Marie Stéphane, Emilie Torgemen. Photographie de couverture Wang Wei. « Benxi » (ville du Liaoning). Publicité Pékin : Ruan Zheng Tél. : (010) 6512 1740 # 14 Shanghai : Séverine Clément Tél. : (021) 6132 7100 # 114 Guangzhou : Hervé Lambelin Tél. : (020) 8186 8585 # 801 Imprimé par BEIJING CIVA PRINTALL INC. Toute reproduction même partielle des textes et documents parus dans ce numéro est soumise à l’autorisation préalable de la rédaction. La CCIFC décline toute responsabilité quant aux documents qui lui auraient été fournis, ou aux erreurs qui auraient pu échapper à son attention. Les propos tenus dans les articles n’engagent que la responsabilité de leurs auteurs.

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Connexions / octobre-novembre 2008

connexions@ccifc.org



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no

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OCTOBRE-NOVEMBRE 2 0 0 8

© Anne Garrigue

Connexions

Une première dans l’histoire : la cérémonie d’ouverture des jeux paralympiques a fait jeu égal avec celle des JO. 2008年北京残奥会的开幕式和奥运会的开幕式同样精彩

Les JO, et après ? Lendemains de fête La priorité des marques chinoises reste le marché intérieur Sous l’oeil de la presse étrangère Réactions sur le web Les messages des cérémonies Le bilan de 3 partenaires des Jeux A quand la réforme du sport d’état? Au-delà du ciel bleu Pendant ce temps là

rendez-vous 8 10 12 13 14 16 18 20 21

et aussi…

Longue vue Les jeux symbolisent un objectif de puissance Le XXIe siècle sera chinois Les JO n’ont pas amélioré les relations entre gouvernement et société civile

62 62 68 72

A la une des médias Le dessous des chiffres L’état des lois

22 26 28

l’actualité Prochain sommet de l’ASEM Actualité entreprises Dalkia souffle le chaud et le froid en Chine Entretien avec Xia Huang

30 32 40 42

Focus Vivre avec un handicap en Chine « La volonté politique est réelle » Le regard des autres Handicap mental : une scolarisation très difficile La loi et la réalité L’action positive d’Auchan

48 51 52 54 56 57


2008年十,十一月号 第47期

Connexions... en ligne Nous sommes heureux de vous annoncer la naissance de la plate-forme numérique CCIFC, une première pour les chambres françaises dans le monde. Dès le 15 novembre, cette plate-forme regroupera quatre sites Internet : ccifc.org,

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le site portail de la Chambre, emploi-rh.ccifc.org, site de

Entraînement dans une école de gymnastique de Bozhou (Anhui). 安徽亳州体校里的训练

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l’emploi et du recrutement sur le marché chinois, infobiz.ccifc.org, un moteur de recherche dédié à l’information économique franco-chinoise et connexions.ccifc.org, le site de ce magazine. Pour notre magazine, c’est l’occasion d’améliorer fortement sa diffusion vers un public francophone en Chine et hors de Chine. Grâce au moteur de recherche infobiz.ccifc.org, une exclusivité CCIFC, il sera possible d’accéder à l’intégralité des articles de Connexions depuis 2006, ainsi qu’à d’autres sources d’information sélectionnées par la CCIFC. La plateforme numérique CCIFC sera accessible aux malvoyants et

Assemblage de l’Audi A6 sur la chaîne de production de FAW à Changchun. 长春一汽奥 迪A6生产线

Le défi de Proteor Un marché à fort potentiel

© Imagine China

consultable aussi rapidement en France qu’en Chine. Outre l’intégralité du magazine, connexions.ccifc.org offrira

58 60

9 奥运和后奥运时代

78

76

78 80 82

culture Wang Wei, les choses ordinaires Musées : la marche vers l’âge d’or Sylvie Levey, un « 3e oeil » sur la Chine Lire

9 奥运会之后

31 塞日·安博大使专访 下一届中欧峰会将在里昂举行 35 公司简讯

régions jumelles Le Jilin en route vers le futur Valeo, une position-clé pour l’équipementier automobile Le Jilin, une écorégion et réserve naturelle de haut niveau

récentes, informations sur le droit des affaires, adresses…

17 三家奥运会合作伙伴的总结和感言

associations Un été au Sichuan

une série de “+” : sélection de livres, de photos, statistiques

43 夏煌先生专访 不要忘记东北...... 聚焦残疾人 49 中国残疾人事业 59 宝泰欧的挑战 63 奥运,后奥运时代 63 奥运会是中国强国目标的象征

88 90 92 94

69 21世纪将是中国人的世纪 73 奥运没有改善政府与公民社会的关系 姊妹省份 84 皮卡第大区

联 结


DOSSIER

专栏

Les JO et après.

Le rideau est tombé, il est temps de scruter plusieurs images : celles que la Chine

Les Jeux de Pékin ont battu tous les records d’audience nationaux et internationaux. Selon la compagnie Nielsen, 4,7 milliards de téléspectateurs ont regardé à un moment donné les Jeux du 8 au 24 aout (3,9 pour Athènes et 3,6 pour Sydney), ce qui représente 70% de la population mondiale. Les plus passionnés furent bien sûr les Chinois (94%) et les SudCoréens, suivis de très près par les Mexicains (93%). En Chine, les JO ont fait exploser tous les records d’audience. Selon l’institut CSM Media Research, basé à Pékin, la cérémonie de clôture a attiré 658 millions de téléspectateurs, soit près de la moitié de la population chinoise. Et la cérémonie d’ouverture a fait encore mieux : le 8 août, 1,12 milliard de personnes (92% de la population) s’est rassemblé devant son téléviseur en Chine. La cérémonie d’ouverture signe ainsi la plus grosse audience de tous les temps en Chine, devant le Gala du festival du printemps de 2003. L’institut Nielsen a également rendu public un sondage sur l’impact des Jeux sur l’image de la ville de Pékin. Après les cérémonies d’ouverture et de fermeture, 7 spectateurs sur 10 dans 16 pays et territoires ont déclaré qu’ils trouvaient Pékin plus moderne et high tech qu’ils ne le pensaient auparavant, et, dans Pékin même, plus de 9 visiteurs étrangers sur 10 ont jugé les équipements olympiques bons ou très bons. Après la cérémonie d’ouverture, 43% des spectateurs internationaux ont déclaré qu’ils trouvaient l’environnement de Pékin plus vert et plus propre qu’ils ne le pensaient, une opinion encore plus positive après la cérémonie de clôture (56%). Quant au jugement sur la qualité de l’air, il s’est aussi amélioré, passant de 25% d’opinions positives après l’ouverture, à 52% le 16 août puis 60% après la A . G. clôture.

Connexions / octobre-novembre 2008

© Imagine China

Une super opération de PR

Scène de famille devant une photo du nid d’oiseau, symbole de la réussite des Jeux.

Lendemains de fête

T

ianjin, à une demi-heure de Pékin en train à grande vitesse. L’autoroute qui y mène a été vidée de tout véhicule pour laisser passer les invités de marque et les membres du gouvernement chinois. Dans le centre international des conventions et expositions de la zone nouvelle de Binhai, un bâtiment flambant neuf perdu dans un décor surgi récemment de terre, se déroule la deuxième édition du « Davos d’été » consacré aux pays émergents, dit « Davos chinois ». Un an après Dalian, où s’était déroulée sa première version, les leaders économiques de la planète siègent à nouveau ensemble. Mais cette fois, le contexte est différent. La finance américaine tremble sur ses bases alors que la Chine semble être un pôle de prospérité et

de stabilité. Un des thèmes de débat n’est-il pas : « La Chine, première puissance mondiale » ? En un an, le ton a changé. Et les leaders économiques chinois n’hésitent plus à prendre un ton professoral pour fustiger les risques que font prendre au monde les financiers américains. « L’économie réelle du monde entier va subir les effets massifs de l’endettement américain. Les recettes fast-food ne sont pas toujours bonnes pour nos estomacs habitués au slow cooking à la chinoise », explique Liu Mingkang, le tout-puissant président de la commission chinoise de régulation bancaire. « Finalement, nous avons compris que beaucoup de choses que nous avions apprises de nos professeurs se révélent fausses ». Tout semble donc s’être accéléré, quel-


a proposées au monde, celle qu’elle a d’elle-même, celle de ses marques.

一家人在北京奥运会成功的标志国家体育场“鸟巢”的照片前合影留念

ques semaines seulement après que nous avons décidé de réaliser ce dossier sur « Les JO, et après ? », dont le but était d’abord de tirer les leçons pour le sport, l’olympisme, pour la Chine et pour le monde de ces JO à l’énorme retentissement. Dans ce dossier, il ne s’agit pas seulement d’évaluer les retombées des JO de Pékin en matière d’image pour la Chine et ses entreprises (p.10), ni de faire un premier bilan sportif ou écologique (p.18), mais aussi de nous interroger sur l’avenir à plus long terme du pays (p.62). Comment la Chine en pleine montée en puissance va-t-elle s’intégrer dans le concert mondial des nations ? La Chine va-t-elle utiliser sa puissance économique et financière pour affirmer davantage sa responsabilité sur

le plan international ? Va-t-on vers une convergence des modèles ? Les JO renforcent-t-ils l’attractivité d’un nouveau modèle d’économie de marché sous régime autoritaire ? Quels sont les défis majeurs qui attendent la Chine sur le plan social et écologique ? La Chine est sortie grand vainqueur des JO. Sur le plan sportif, elle a remporté la palme avec 100 médailles dont 51 d’or, et 211 médailles pour les Jeux paralympiques. Elle a démontré l’efficacité de son système d’entraînement, même si certains regrettent la transformation rapide des Jeux en spectacle, de plus en plus déconnecté de la pratique sportive populaire. La Chine a aussi montré une bonne maîtrise de sa communication après une période préolympique très tendue. Non seulement l’Etat mais aussi les grandes entreprises chinoises ont su utiliser les JO pour mieux faire connaître la marque « Chine » et leur propre marque. Grand rendez-vous avec le monde, les Jeux ont aussi permis en interne, à la population de gagner une plus grande confiance en elle et de renouer avec une image positive. Toutefois, fonctionnant comme une trêve, les JO n’ont fait que reporter la résolution de problèmes sociaux, écologiques ou de contrôle de qualité qui éclatent à nouveau, sitôt la parenthèse fermée. Sur le plan écologique, les Pékinois ont senti ce que pouvait représenter un environnement de meilleure qualité et sont encouragés aujourd’hui à réclamer un effort plus important pour préserver leur bien-être. Les Jeux paralympiques ont aussi envoyé un message fort en faveur d’une meilleure intégration des personnes handicapées. Cet automne, nous assistons en temps réel — et comme dans un film accéléré — à la révélation de nouveaux rapports de forces. Ce dossier souhaite vous apporter quelques éléments de réponse pour mieux mesurer les évolutions de la place de la Chine dans le monde, une fois refermé le rideau de scène de ce qui fut, pour ceux qui en ont été témoins, un rendez-vous grandiose et étroitement contrôlé entre la Chine et le reste du monde. A n n e G a r r igu e

奥运和后奥运时代.北京奥运 会已落下帷幕,是研究形象问题的时候了:中 国在奥运期间向世界展示的形象,中国在奥运 后的国家和品牌形象

奥运会之后

津,乘高速列车距北京仅半小时 车程。京津高速公路实行了交 通管制,各种社会车辆不得进 入,以确保贵宾和政要通行。在天津滨海新 区国际会展中心全新的会场里,正在召开第 二届新领军者年会暨“夏季达沃斯论坛”, 又称“中国达沃斯”。时隔在大连举办的首 届达沃斯论坛一年后,全球经济领军人物 又坐在了一起。但这一次,背景不同:美国的 金融危机动摇了其经济基础,而中国则仿佛 是繁荣和稳定的力量。讨论的主题之一不就 是“中国,世界第一大经济强国”。一年内, 情况发生了改变。中国经济领军人物不再犹 豫地用教育人的口吻谈论美国金融危机带 给全球的风险。中国银监会主席刘明康表 示: “世界实体经济将承受美国金融危机 的巨大影响。快餐食品对于我们习惯于精心 烹制的中餐的肠胃来说不总是适合的。”他 又补充道: “最终,我们意识到我们的“老 师”做的不见得都是对的。” 仅在我们决定做《奥运和后奥运时代》 专栏的几周后,一切仿佛都加速发展。本期 专栏的的首要目的是为体育和奥林匹克精 神、为中国和世界汲取产生巨大反响的北京 奥运会的经验教训。 在专栏中,不仅总结了奥运投资对中国 经济的影响,还评价了奥运对中国国家和企 业形象的影响,而且也从长远角度思考了中 国的将来。国力蒸蒸日上的中国如何融入世 界各国步伐一致的发展当中?中国是否会运 用经济和金融实力进一步承担在国际上的 责任?奥运会能否增强监管下的市场经济新 模式的吸引力?中国在社会和生态环境方面 主要面临哪些挑战? 中国是2008年奥运会的大赢家:中国 位居奥运金牌榜榜首,总共获得51枚金牌, 100枚奖牌,残奥会上中国获得211枚奖牌。 虽然有人对把运动变成表演感到遗憾,中国 还是显示了其训练体制的效率,即便这种训 练体制与全民体育运动渐行渐远。在奥运前 的紧张阶段过后,中国也展示了其高超的宣 传能力。无论是国家还是中国大型企业都能 运用奥运会来宣传“中国”和企业品牌的形 象。与世界相约,北京奥运会使中国人民在 内部赢得了自信心,并重获积极的形象,即 使奥运会起到了暂停的作用,延缓了一些社 会、环境或质量监督问题的解决,但是这些 问题重新出现,奥运会效应很快终止。从环 境角度看,北京人感受到了优质的环境,现 在他们受到鼓舞要为保持舒适的生活作出努 力。残奥会也发出了让残疾人更好地融入社 会这一信息。 今秋,我们实时经历了就像在快进电影 里,新力量的对比。刚刚落下帷幕的北京奥 运会对于众多见证者是一次盛大和政府密 切监控的中国与世界之间的聚会,为了更好 地评价中国在世界上地位的变化,本期《奥 运和后奥运时代》专栏希望带给您一些答 案。

Connexions / octobre-novembre 2008


DOSSIER

专栏

Deux experts analysent l’impact des JO sur la stratégie de communication des grandes entreprises chinoises

La priorité des marques chinoises reste le marché intérieur Nathalie Bastianelli « Pékin a très bien géré la visibilité des partenaires officiels » Nathalie Bastianelli en est à sa sixième olympiade. CEO de Havas Sports & Entertainment, elle a auparavant travaillé pour ISL Marketing, l’agence exclusive du CIO et de la FIFA.

dans la communication des entreprises chinoises en était à ses balbutiements quand nous sommes arrivés fin 2005. Ce sont les marques internationales qui ont, les premières, utilisé cet outil marketing perçu très positivement en Chine. Indéniablement, les JO ont permis aux marques locales de l’intégrer dans leur stratégie de communication. Elles ont été très attentives à ce qu’ont fait les marques internationales sur leur propre marché. L’équipementier sportif Li-Ning, qui s’est fait dépasser sur son marché par Nike et Adidas, a une réelle volonté de développement à l’international. Il est notamment partenaire du Comité olympique espagnol, et parrain depuis 2006 du basketteur américain Shaquille O’Neal. Que Li-Ning pose ses jalons en dehors de son propre territoire est un phénomène récent. Les JO ont incontestablement contribué à la notoriété internationale des grands groupes chinois tels que Lenovo, Haier ou Bank of China. Il ne faut cependant pas oublier que la priorité de la plupart des marques chinoises reste le marché intérieur et, sur ce terrain, la réussite des Jeux est telle que l’image des sponsors en est ressortie très positive.

C. : En matière de sponsoring, quelles sont les spéficités de ces jeux 2008 ? N. B. : C’est la première fois qu’il y aussi peu d’ambush marketing — en dehors du formidable coup de la marque Li-Ning. Li-Ning (champion fondateur de la marque) a été 10 Connexions / octobre-novembre 2008

© Imagine China

Connexions : Les JO constituent-ils un tournant dans la stratégie de communication des grandes marques chinoises ? Nathalie Bastianelli : L’utilisation du sport

Campagne d’affichage métro de Coca-Cola, le plus gros sponsor des JO 2008. 2008年北京奥运会最大的赞助商可口可乐在地铁里的广告宣传活动

choisi pour allumer la flamme olympique d’une manière spectaculaire et bien qu’habillé par Adidas, le sponsor officiel, il a permis à sa marque de bénéficier d’une couverture médiatique phénoménale. Pékin a géré de manière remarquable la visibilité des partenaires officiels, notamment l’affichage urbain. Tout l’espace public a été attribué d’office aux sponsors et à la promotion de « Beijing 2008 » et de ses mascottes. D’ordinaire, il y a des campagnes, des événements organisés par les autres marques. Là, tout a été beaucoup plus compliqué pour les non-sponsors, notamment pour l’obtention des autorisations officielles, ce qui a entraîné l’annulation de leurs campagnes de publicité. La Chine a mis un point d’honneur à faire en sorte que les règles marketing du CIO pour protéger ses partenaires soient absolument respectées. Il faut dire que les sponsors avaient mis une pression terrible sur le CIO, face à un pays très controversé dans sa manière de gérer les problèmes de contrefaçon.

C. : Y-a-t-il eu des ratés marketing ? N. B. : Avant les JO, le contexte politique

et international était tendu. La priorité de la Chine a donc été de délivrer des Jeux impeccables avec une forte notion de sécurité. L’aspect festif des Jeux en a pâti, mais ce n’était pas une priorité du Comité d’organisation. Pour la partie événementielle, ce sont incontestablement les Jeux les plus difficiles que j’ai connus. Un grand nombre de sponsors ont annulé jusqu’à 40% de leur plan marketing. De notre côté, nous avons travaillé sur des projets qui ont été repoussés à l’après-JO. D’après ce qu’on nous a communiqué, 2 000 événements ont été annulés sur 4 000 prévus. Parmi les petits loupés, on a vu des marques locales utiliser, par méconnaissance des règlements olympiques, les noms « Beijing 2008 » ou « JO », malgré le travail pédagogique des médias chinois en amont.

C. : Quel bilan faites-vous des Jeux ? N. B. : L’image globale est très positive. La


Les JO, et après ? 奥运,后奥运? Chine a démontré sa capacité à organiser de grands événements, il est désormais évident que d’autres grandes manifestations sportives internationales se dérouleront en Chine. Du côté des Paralympiques, la qualité d’organisation a été tout aussi remarquable. Pour les athlètes ça a été extraordinaire et cela va contribuer à changer l’image du handicap dans ce pays. La cérémonie, a été très impressionnante en terme de budget et de créativité. Alors, à part dire « Bravo »…

Antoine Bourdeix «Un passage obligé, réussi de manière exceptionnelle» Arrivé à Pékin à l’occasion des Années croisées France-Chine, Antoine Bourdeix a travaillé dès 2002 pour les commissariats français et chinois, avec pour mission de promouvoir l’image de la Chine en France et réciproquement.

Connexions : En quoi les JO sont-ils un momentclé dans la communication de la Chine ? Antoine Bourdeix : Ils permettent d’avoir un

coup de projecteur fort sur un pays. Mais, au-delà, ils représentent une étape majeure dans le développement d’une stratégie de communication. La Chine suit un modèle relativement classique comme l’avait fait auparavant le Japon ou la Corée, mais à une autre échelle. Le coup d’envoi remonte au moins à 2001. Les JO étaient un “passage obligé”. En termes de contenu, il est amusant de constater que l’on retrouve, au cœur de la cérémonie d’ouverture, les trois axes majeurs choisis par la Chine pour sa communication pendant les “années croisées” (2003-2005) – la Chine éternelle, la Chine moderne et la Chine des minorités . La force des JO a été de montrer davantage au monde, en la matérialisant, la modernisation du pays. « Exceptionnels » pour reprendre la terminologie de Jacques Rogge, les JO ont tout éclipsé. Pékin a réussi là où on ne l’attendait pas, même en matière d’écologie par exemple. Si on reprend le cycle de développement, la prochaine étape pour la Chine en termes d’image est de se présenter comme un acteur responsable de la mondialisation. La Chine va maintenant organiser des grands sommets et d’autres événements internationaux. L’Exposition universelle de Shan-

ghai fait partie de ce processus. Le thème “Une meilleure ville pour une meilleure vie” affiche une volonté chinoise de se positionner comme un pays responsable, initiateur de la réflexion sur l’urbanisation au niveau mondial. Les objectifs des JO étaient forts en interne comme en externe. Ils ont été atteints et marquent le retour de la fierté nationale. La cérémonie d’ouverture l’exprimait en partie par cette scène symbolique où un groupe d’hommes soutenait la prouesse d’une danseuse. La réussite individuelle est soutenue par le groupe, la Chine est portée par son peuple.

C. : Et pour les grandes entreprises chinoises, qu’ont représenté les Jeux ? A. B. : Les JO ont fait partie de la stratégie

de développement à l’international des entreprises chinoises, c’est, là aussi, un pas de plus franchi. Il y a une quinzaine de marques chinoises connues dans le monde et le mot “Chine” entre dans la composition du nom de la plupart d’entre elles : Air China, Bank of China, China Mobile, China Netcom Company, China National Petroleum Company,…. Seules Haier, Tsingtao et Lenovo ne sont pas immédiatement identifiables comme chinoises, les marques les mieux établies n’ayant plus besoin de revendiquer leur origine nationale. Reste que globalement, l’image des entreprises chinoises reste à faire, quinze marques connues, c’est très peu pour un si grand pays. Si les pays ne sont pas en soi des marques, ils permettent parfois d’associer certains produits à un certain imaginaire, une représentation mentale simplificatrice et sélective. Or il n’y a pas encore de valeurs positives associées au nom « Chine » pour les produits manufacturés. Ces valeurs restent à construire mais les entreprises chinoises sont globalement celles qui ont le plus bénéficié de la réussite des JO. Les Jeux étaient un « passage obligé ». La Chine l’a réussi de manière exceptionnelle. On ne peut qu’applaudir. Les prochains enjeux sont ceux de la transparence et de la responsabilité. C’est, entre autre, la qualité de la gestion de crise alimentaire et sanitaire qui démontrera la capacité du pays à être un acteur responsable de la mondialisation.

Le coût dépasserait 40 milliards de dollars Selon les autorités de Pékin 1, le coût des JO, non encore totalement chiffré, dépassera 40 milliards de dollars. Un record  ! Il se divise en trois parties : 40,9 milliards de dollars consacrés aux investissements en infrastructures développées par la ville entre 2001 et 2008 ; un peu plus de 2 milliards de dollars pour les opérations conduites par le BOCOG et 1,9 milliard de dollars pour les frais de construction ou de reconstruction des équipements sportifs. Chen Jian, président du BOERA (Beijing Olympic Economy Research Association), établissement spécialisé dans les relations entre les JO et l’économie chinoise, attribue un des 12,1 points de croissance moyenne annuelle de Pékin entre 2002 et 2007 aux JO. De 2001 à 2007, toujours selon le BOERA, le revenu pékinois par tête est passé de 3 262 à 7 654 dollars en 2007 et devrait dépasser 8 000 dollars en 2008. Les investissements en infrastructures ont touché principalement le traitement de l’eau, le chauffage, les systèmes d’information, la protection de l’environnement, et, bien sûr, la construction de projets importants tel que le nouvel aéroport ou les systèmes de transports publics : 200 kilomètres de rail achevés en 2008, auxquels devraient s’ajouter tous les ans 50 kilomètres de voies supplémentaires jusqu’en 2015. Le BOERA ajoute qu’une des retombées de ces efforts a été la réduction de la consommation d’énergie par unité de PNB et une amélioration des relations entre Pékin et les villes environnantes. A . G. 1 citées dans une dépêche de la Pravda du 6 août 2008

Propos r ecu eil l is pa r Sophi e L av ergn e Connexions / octobre-novembre 2008 11


DOSSIER

专栏

Sous l’œil de la presse étrangère Les médias étrangers jouant un rôle-clé dans la diffusion de l’image de la Chine, le gouvernement chinois avait établi des règles spéciales pour cette période. Le point de vue de deux correspondants de grands médias, Peter Ford (Christian Science Monitor, US) et Sylvie Kauffmann (Le Monde).

correspondant sportif n’avait jamais vu de si bons équipements lors de JO. En tant que correspondant permanent, je n’ai observé aucune différence avec les mois précédents. Après quelques jours, l’intérêt international s’est porté sur le sport. En l’absence d’incidents politiques, j’ai donc eu moins de travail que prévu. Sylvie Kauffmann : Très bien, dans l’ensemble. Les journalistes sportifs ont été très satisfaits des conditions matérielles. Pour les envoyés spéciaux non sportifs, on était surtout contents d’être là : l’obtention du visa a été un véritable parcours du combattant, où tout était fait pour dissuader ceux qui n’étaient pas totalement déterminés à venir. Je crois qu’il faut le rappeler : pour la presse internationale, la couverture des JO a commencé par un gros barrage. C’est une situation anormale pour un pays qui accueille des olympiades.

C. : Qu’est ce qui a bien fonctionné ? Y a-t-il eu des « bugs » ? P.F. : D’un point de vue technique, tout

s’est bien passé. Mais le désir du gouvernement chinois de tout contrôler était extrêmement clair. Les journalistes étrangers ont du réclamer l’accès sans censure à Internet, promis par les autorités et ils ne l’ont finalement obtenu que partiellement. Le centre international de la presse de Pékin (BIMC), où travaillaient les journalistes non accrédités par le CIO, supposé être une institution olympique, était dirigé par 12 Connexions / octobre-novembre 2008

© Imagine China

Connexions : Comment s’est déroulée votre couverture des JO à Pékin ? Peter Ford : Cela s’est bien passé. Notre Plus de 30 000 journalistes étrangers ont couvert les JO, dont 21 000 accrédités. 3万多名境外记者来京参加奥运会的采访,其中有21000名注册记者

le gouvernement et le parti communiste qui s’assuraient que seuls les porte-parole gouvernementaux pouvaient y organiser des conférences de presse. Les autorités qui attendaient 10 000 journalistes non

Mesures reconduites Le 17 octobre dernier, les autorités chinoises ont pérennisé les règles spécifiques à l’égard de la presse étrangère qu’ils avaient établies pour les JO. Ces mesures autorisent la presse étrangère à se rendre partout dans le pays, excepté au Tibet, sans avoir à demander une permission préalable. Les médias peuvent parler à quiconque accepte de répondre. Le Club des Correspondants de presse de Chine 1 a salué cette annonce et a demandé au gouvernement de s’assurer que la police et les fonctionnaires locaux en respectent l’esprit. Le FCC a aussi demandé l’application d’une législation protégeant les sources, la fin de l’obligation pour les hôtels de signaler à la police l’arrivée d’un journaliste étranger et l’ouverture des zones interdites. 1 http://www.fccchina.org/

accrédités par le CIO, n’en ont accueilli finalement que 3 000, probablement à cause de problèmes de visas. S.K. : Outre la bonne organisation des épreuves, des transports…, la ville était vraiment mise à la portée des étrangers, y compris linguistiquement. Les Pékinois étaient sympas et coopératifs, les volontaires très présents, efficaces. Les policiers aussi. Un gros regret : le « nettoyage » préalable de Pékin a donné une image de la ville un peu artificielle et, paradoxalement, nous a compliqué la tâche. Notre photographe, par exemple, qui devait faire chaque jour une photo sur les habitants de Pékin pendant la durée des Jeux, était venu en repérage trois mois plus tôt mais n’a pas retrouvé la même ville. Les rues désertes sous les feux d’artifice le soir de la cérémonie d’ouverture, pour recueillir les impressions des habitants, ce n’était pas l’idéal non plus. Le plus gros « bug », bien sûr, a été le traitement des voix discordantes : opposants éloignés de Pékin, impossibilité de manifester... Certes, tout ça ne concernait qu’un petit nombre de personnes mais en termes d’image, cela contredisait l’impression d’harmonie et d’unité que le pouvoir a voulu donner.

C. : Avez-vous eu le sentiment que les filtres ont été effectivement levés ? Avez-vous observé une


Les JO, et après ? 奥运,后奥运? ouverture plus grande des autorités vis-à-vis de la presse internationale ? P.F. : Les nouvelles règles que le gouver-

Réactions sur le web

nement a introduites pour les correspondants étrangers en Chine ont marqué un grand pas en avant. En principe le gouvernement central apparaît plus ouvert aux reporters étrangers mais c’est un processus lent. L’administration générale pour le sport, par exemple, a cessé de répondre aux demandes d’interview des reporters étrangers à partir du 8 juin, au moment où l’intérêt de la presse pour le sport chinois était à son comble. Cette ouverture ne va pas non plus jusqu’au niveau des gouvernements locaux. Le Club des correspondants de presse en Chine a recensé plus de 300 cas d’interférence par des officiels ou des membres de la police depuis que les nouvelles régulations ont été introduites. Enfin, les citoyens chinois hésitent à parler à des correspondants étrangers par crainte de représailles officielles. Certaines de mes sources ont dû aller se cacher trois semaines après que des policiers en civil ont commencé à arrêter des villageois et à les interroger sur ce qu’ils m’avaient dit au sujet d’un incident qui avait embarrassé les officiels. Tant qu’un Chinois ordinaire ne se sentira pas libre de s’exprimer devant la presse étrangère, les limites à notre travail seront présentes. S.K. : Internet, avec l’aide de proxy s’il le fallait, a finalement été assez accessible et c’était important (cela dit, nous ne savons pas combien de blogs ont été supprimés). On n’a pas pu aller au Tibet mais on est allés au Xinjiang après les premiers attentats. Sans doute y a-t-il eu une volonté affichée d’une plus grande ouverture. Mais cela n’a pas empêché la langue de bois du secrétaire général du BOCOG, Wang Wei, qui au bout d’une semaine s’est mis à espacer ses briefings théoriquement quotidiens sous prétexte qu’il « n’y avait pas de nouvelles », ni la réaction quasi-pavlovienne de certains de nos interlocuteurs, qui nous ont dit qu’ils ne pouvaient pas parler aux médias étrangers. Pour moi, l’ouverture la plus intéressante finalement, ce n’était pas celle décidée ou pas par les autorités, c’était celle des Chinois, sur Internet ou dans les rencontres ou interviews que nous avons faites.

Les JO ont souvent été présentés en Occident comme octroyés à la Chine en contrepartie de promesses de libéralisation politique et médiatique. La polémique sur les restrictions d’accès à certains sites internet au centre de presse olympique a illustré ce malentendu. Pour l’immense majorité des internautes chinois, la vision était inverse : le choix de Pékin marquait déjà la reconnaissance par l’Occident du processus d’ouverture et de normalisation chinois, du retour du « malade de l’Asie » dans le concert des Nations. Les quelques dissidents comme Hu Jia ou Yang Chunlin qui avaient essayé d’utiliser le momentum pour forcer le pouvoir à accélérer l’ouverture l’ont payé de peines de prison. Le régime a montré qu’il entendait garder la maîtrise du rythme des réformes.

Propos r ecu eil l is pa r A . G.

Pas d’extase béate Et pourtant, les grosses ficelles de la psyché collective tirées par les autorités chinoises avec l’organisation de ce « rêve planétaire » n’ont pas plongé l’ensemble de la population dans une extase béate. D’une part, les JO ont aussi servi de symbole négatif, cristallisant un faisceau de frustrations diverses dans un contexte de liberté de pensée croissante. L’opinion publique est de plus en plus critique à l’égard du pouvoir. Un certain nombre de commentateurs sur Internet affirmaient sans ambages que « les Jeux étaient payés par le sang du peuple pour la gloire de dirigeants vampires », et trouvaient le spectacle obscène face à la baisse du pouvoir d’achat des classes moyennes et populaires. Sur certains fils de discussion, ce genre de commentaires négatifs pouvaient compter pour près d’un tiers des opinions exprimées. Naturellement, l’esprit de dérision s’est particulièrement épanoui dans certains sujets comme le très populaire « que diriez-vous si vous étiez choisi pour prononcer le discours de la cérémonie d’ouverture des JO ? » sur le forum Tianya. Du « Rentrez chez vous, il n’y a rien à voir ! », « Pétez tous un bon coup, ça ira mieux » jusqu’au faux panégyrique encensant à contre-temps « le grand Parti communiste chinois et tous ses grands dirigeants » ad

nauseam, on y trouve de belles pages de l’ironie chinoise. La fin des Fenqing D’autre part, même la joie sincère de la majorité de la population devant la réussite du spectacle l’a encore un peu plus éloigné du modèle du bon citoyen chinois, docile et patriote. Alors que la presse écrite et la télévision, accaparées par la doucereuse thématique olympique, donnaient l’illusion d’une léthargie des consciences, Internet continuait à bouillonner d’idées. Les commentaires sur les forums montraient que les Chinois se sentaient de plus en plus « citoyens du monde ». Dans de nombreux forums sur les avantages de la démocratie, la pluralité des opinions, les sentiments à l’égard des Japonais ou de Taiwan, on pouvait se rendre compte que le mouvement utra-nationaliste des Jeunes Furieux « fenqing » avait du plomb idéologique dans l’aile. D’une certaine manière, la réussite des Jeux Olympiques a ôté à beaucoup une forme de « complexe d’infériorité chinois », qui était paradoxalement le meilleur terreau de l’arrogance nationaliste. A l’antienne des Jeunes Furieux « la Chine doit être un pays puissant avant toute chose (dont la démocratie) », la majorité des internautes répond désormais que la Chine est déjà assez puissante, et qu’il convient plutôt de se concentrer sur les améliorations politiques et sociales. A cet égard, les forums qui reviennent chaque année pour commémorer l’anniversaire de l’invasion japonaise sont éclairants. Auparavant, ils n’engendraient que des litanies de « N’oubliez pas l’humiliation nationale, sonnez le glas ! ». Aujourd’hui de nombreux internautes s’en moquent. Un iconoclaste s’est même permis d’écrire : « réfléchissez un peu, si les Japonais avaient réussi leur invasion de la Chine, quelle serait la conséquence principale dans notre vie quotidienne maintenant ?… Nous roulerions tous en Toyota… » Les Jeux de Pékin auront donc peut-être, par des voies détournées, contribué à accélérer la maturité d’une partie de l’opinion chinoise. R e nau d de Spe ns

Connexions / octobre-novembre 2008 13


La cérémonie d’ouverture a déroulé l’histoire officielle de la Chine.

© Imagine China

DOSSIER

专栏

2008年奥运会开幕式演绎中国的历史

Les messages des cérémonies L’analyse de Stéphanie Balme, sinologue, et Richard Balme, professeur spécialiste des politiques publiques, tous deux en mission pour Sciences Po en Chine.

Connexions : Quelles réflexions vous inspirent les cérémonies d’ouverture des JO et des Paralympiques ? Stéphanie Balme : Les cérémonies sont tou-

tes deux différentes (conçues par le réalisateur Zhang Yimou). L’une met l’accent sur l’histoire de la Chine quand l’autre a une dimension plus humaine, plus sensible. C’est une grande première pour les Chinois de se présenter ainsi au regard des autres. Dès le XVIe siècle, des philosophes européens avaient réfléchi à leurs sociétés en miroir de la Chine. Ce travail n’avait pas été fait en Chine Autre chose : alors qu’en Europe, la peur grandit face à la montée en puissance de la Chine, les Chinois, eux, ont 14 Connexions / octobre-novembre 2008

le sentiment de commencer seulement à relever la tête, à se débarrasser de leur statut d’anciennes victimes. L’idée d’autosuffisance culturelle aussi est en train de bouger. Le choix du personnage central de l’eunuque navigateur Zheng He, un des seuls héros de l’histoire chinoise à être allé au devant de l’étranger, en témoigne. Se pose pourtant la question chinoise du traitement de l’histoire qui soulève des problèmes d’identité et de connaissances. Dans l’enseignement chinois, il y a entre 1912 et 1978, des grands vides comme dans la cérémonie d’ouverture qui occulte toute la période entre l’avènement de la République et l’ouverture de ces dernières années. Zhang Yimou a déclaré qu’avec 50 minutes pour présenter 5000 ans d’histoire, et devant plaire tant au public chinois qu’étranger, il a dû choisir de se concentrer sur les rudiments d’un manuel d’histoire. Il s’est arrêté à des éléments finalement très proches des idées reçues sur l’empire chinois : les grandes inventions, Confucius et la conquête de l’espace. Bref, si la cérémonie a pu paraître esthétiquement parfaite, elle a aussi flatté la notion de despotisme oriental…

C. : En quoi la personnalité de Zhang Yimou a influencé le show? S. B. : Ce grand cinéaste de la cinquième

génération a collé au canevas initial très hollywoodien de Spielberg, qui s’était retiré pour protester contre la situation au Darfour. Tout cela a produit des raccourcis étonnants : 3 000 disciples de Confucius ont défilé sous les yeux de dirigeants dont le Parti était fondé à l’origine contre des traditions aussi « féodales » ! A aucun moment non plus, n’a été mis en scène le caractère communiste du régime alors que, de l’aveu même de Zhang Yimou dans la presse chinoise, toute la mise au point du spectacle a été dominée par des allers et retours constants avec les plus hauts dirigeants. Zhang Yimou a été obsédé par le désir de montrer que la Chine avait contribué à l’histoire universelle, qu’elle faisait partie du concert des nations. Autodidacte luimême — il était lycéen pendant la Révolution culturelle — il admet mal connaître l’histoire de son pays. Cependant, avant de devenir un cinéaste quasi officiel, Zhang Yimou fut un réalisateur censuré. Dans les années 80, ses critiques sociales ont beaucoup marqué les esprits en Chine comme


Les JO, et après ? 奥运,后奥运? à l’étranger. Ainsi, Qiu Ju, femme chinoise retrace l’histoire d’une paysanne enceinte — jouée par Gong Li— qui, pour défendre son mari, fait un procès à son chef de village. Pas un de moins évoquait le sort des écoliers dans les régions rurales pauvres. Après Tiananmen, ce réalisateur s’est à la fois rapproché de l’image que les autorités veulent donner d’une Chine puissante (immuable ?) et de l’industrie du cinéma en Chine. Il a donc réalisé des films historiques comme Héros ou La Cité Interdite. Pas question de laisser Hollywood occuper seul le créneau du film chinois à grand spectacle.

Les Pékinois fiers mais soulagés

plus témoigné d’un désir d’offrir à la population bien-être, prospérité et développement durable que d’une volonté de puissance. Le message, que je crois sincère, est celui-ci : la Chine entend affirmer sa place dans le monde de façon pacifique et « harmonieuse ». Je crois qu’il est sincère. Actuellement la Chine va vers plus de « civilisation ». J’utilise ce mot au sens où l’entend Norbert Elias, c’est-à-dire « développement des mœurs, et moindre recours à la violence ». Mais cela ne s’accompagne pas nécessairement de plus de libéralisation. Avec les Jeux, le monde a pris conscience que la Chine est sur la trajectoire d’un modèle constitutionnel alternatif, susceptible de remettre en cause les solutions proposées par l’Occident aux problèmes globaux. En matière de relations internationales, les autorités chinoises comme l’opinion publique sont plus sûres d’elles-mêmes et passent d’une culture de la non-intervention à une plus grande prise de responsabilité dans le monde. Reste que le gouvernement révèle peu de ses intentions en politique étrangère. Lors de la cérémonie d’ouverture, le pouvoir politique a voulu mettre en avant l’image d’un pays stable et pacifique, le rôle civilisateur de la Chine. Se pose cependant le défi de ce que la Chine va apporter au monde. Quel modèle va-t-elle réellement inventer ? Pour l’heure, le pays essaye de se prouver à lui-même que l’on peut-être à la fois moderne et chinois.

Propos r ecu eil l is pa r A n n e G a r r igu e

© Anne Garrigue

C. : La cérémonie d’ouverture permet-elle de décrypter les intentions de la Chine en matière de relations internationales ? Richard Balme : Les Jeux Olympiques ont

Après les JO, le nid d’oiseau est devenu un but de promenade. 奥运会后,国家体育场“鸟巢”成为散步的目的地

Les Jeux Olympiques sont terminés depuis plus d’un mois et les Pékinois ont enfin retrouvé le calme, partagés entre une sensation de soulagement et le souvenir d’avoir vécu un moment historique. « On a réussi à émerveiller le monde entier avec les progrès de la Chine, alors que les étrangers nous voyaient encore comme des sousdéveloppés des années soixante-dix » explique M. Ning Xufu, maître calligraphe qui vit dans la capitale depuis toujours. « Le vrai succès n’est pas les médailles qu’on a remportées mais de voir comment des gens de pays différents sont venus célébrer Pékin et les JO. Moi-même j’ai découvert plein de pays dont j’ignorais l’existence rien qu’en regardant la télévision ». Bien loin d’être un pantouflard, M. Ning s’est investi pour la réussite de la fête : le caractère « fu » (bonheur en mandarin) qu’il a peint sur du papier rouge, a été offert par le comité de quartier de Andingmen aux touristes de passage. Mais les résidents insatisfaits ne sont pas moins nombreux. « Je ne les ai pas regardés exprès pour protester » affirme Wang Jin, jeune

secrétaire de 26 ans. « Cet été je pensais partir en vacance au mont Wutai, mais en fait il était impossible de quitter la ville puis de revenir à cause des mesures de sécurité. Et puis mes amis français n’ont pas pu venir à Pékin à cause des problèmes de visa. Tout ça n’a été que du dérangement pour les gens ordinaires comme moi » conclut-elle, fière de n’avoir pas jusqu’à présent mis un pied au parc olympique. « C’est sûr que la situation n’a pas été mauvaise » explique M. Liu, chauffeur de bus touristique pendant les Jeux. « Mais en temps normal, la haute saison aurait été bien plus rentable que durant ce dernier mois d’août. Les touristes n’étaient pas si nombreux que ça. Ils sont restés assez peu de temps et se sont concentrés autour du village olympique sans trop bouger en ville pour pouvoir assister aux compétitions ». M. Liu ne cache pourtant pas qu’au bout du compte, il s’en est plutôt bien sorti : « mes collègues qui ont accompagné les journalistes ont eu une vie beaucoup plus difficile, entre le stress auquel ils étaient soumis, les restrictions de circulation et la radinerie des journalistes qui sont loin d’être aussi prodigues que les touristes ». Ça ne s’invente pas ! A n ton i a Ci mi n i

Connexions / octobre-novembre 2008 15


DOSSIER

专栏

Le bilan de 3 partenaires des Jeux « Beaucoup d’efforts, mais pas assez de clients » Transporteur officiel des athlètes français pour les jeux olympiques et paralympiques, Air France et ses équipes en Chine étaient partie prenante de l’aventure Pékin 2008. Au niveau de l’organisation, la compagnie aérienne a été très satisfaite de sa collaboration avec les différents partenaires. « Pré-enregistrement au Village Olympique, horaires parfaitement respectés, une grande attention accordée aux hôtes étrangers, en particulier aux athlètes paralympiques. Les JO ont été sans aucun doute une grande réussite technique » explique Frank Legré, directeur général d’Air France en Chine. Rien que pour la journée du 25 août et le retour des délégations, c’est 1 500 passagers qui ont emprunté les lignes aériennes de la compagnie sur 5 vols au lieu des 3 habituels. Un record. Pourtant les challenges étaient aux rendez-vous, en particulier pour la gestion des athlètes handicapés. Infrastructures adaptées, équipes de sous-traitants bien dimensionnées et formées pour la livraison des fauteuils roulants par exemple, les partenaires chinois d’Air France ont parfaitement rempli leurs tâches. « Nous avons été très écoutés pour la préparation de l’événement et je pense que tous ceux qui sont venus pendant ces JO sont repartis avec une image positive du pays. C’est simplement dommage qu’il n’y ait pas eu plus de visiteurs » constate le responsable français. Car sur le plan commercial, les JO se sont avérés une déception. Au niveau global, la fréquentation sur Pékin a chuté de 6,7% et les compagnies aériennes chinoises ont enregistré des baisses importantes. Alors qu’Air France tablait sur une hausse du trafic et avait prévu des plus gros porteurs, c’est finalement une baisse du remplissage qui a été constaté pour la première fois en trois ans. Il faut dire que les difficultés à obtenir un visa pour la Chine pendant les JO ont eu un effet dissuasif sur les touristes 16 Connexions / octobre-novembre 2008

© Imagine China

Air France

Sécurité, transport ou informatique, des entreprises françaises ont vécu l’événement de l’intérieur. 在安全、交通和信息技术领域的法国企业亲身感受奥运

potentiels. La compagnie avait portant déjà connu une période décevante en Chine entre les tensions politiques avec l’Europe, le séisme au Sichuan et la suppression des vacances de mai. « Grâce aux JO nos équipes chinoises et françaises à Pékin se sont mieux connues et intégrées et maintenant nous espérons une reprise rapide de l’activité » conclut Frank Legré.

Eads

« On n’avait pas le droit à l’erreur » C’est la première participation à des JO pour EADS via son unité Secure Networks en charge du réseau radio pour les communications professionnelles de la municipalité de Pékin durant les Jeux (forces de sécurité, pompiers,…). Signé en 2004, le contrat prévoyait le remplacement de l’ancien réseau analogique par un réseau numérique de type GSM supportant transmissions de voix mais aussi de données. « Pour les JO, nous avons multiplié par deux capacités et équipements afin d’aboutir au plus grand réseau au monde pour une ville unique. Il est équivalent à un réseau déployé sur l’ensemble d’un

pays européen » explique Alain Ruinet, directeur programmes et relations clients pour l’Asie-Pacifique. Dans le contexte hautement sécurisé des JO, EADS et ses partenaires chinois n’avaient pas le droit à l’erreur d’autant qu’aucun autre projet équivalent local ne pouvait servir de référence. « La pression liée à l’évènement a été vectrice d’efficacité et nous sommes fiers d’afficher un « zéro défaut » sur toute la période. Exigence de qualité, fluidité des interactions, écoutes attentives, nos relations avec le client et les différents partenaires ont été excellentes, bien meilleures que sur d’autres projets » précise le directeur régional. « Les Chinois impliqués ont bénéficié d’un effet d’apprentissage, d’une exposition internationale, et d’une pratique des standards les plus exigeants. De notre coté, nous avons appris à surmonter les différences culturelles d’une manière positive, c’est-à-dire créatrice de valeurs. Tout au long de cette aventure, les bonnes relations personnelles entre les acteurs ont été déterminantes » ajoute-t-il. Une première expérience olympique très positive pour EADS à Pékin qui servira de modèle pour d’autres villes et évènements de grande ampleur.


Les JO, et après ? 奥运,后奥运? L’agenda du français est d’ailleurs bien rempli avec les Asian Games de Canton et les Commonwealth Games de New Dehli en 2010, des villes non encore équipées en terme de réseau Télécoms professionnel. Sans oublier l’exposition universelle de Shanghai en 2010 pour laquelle les autorités sont encore en consultation avec différents équipementiers.

Atos Origin

« Tout le monde devait parler le mandarin » Partenaire officiel des JO depuis plusieurs éditions, Atos Origin est en charge du système informatique des Jeux. A Pékin, l’entreprise a dû s’adapter à la répartition géographique des Jeux et certains aspects culturels comme la langue. « Nous devons toujours intégrer la langue du pays hôte des JO mais dans le cas de la Chine, nous avons dû adapter nos équipes de support technique sur les sites sportifs pour que tout le monde parle et lise le mandarin. D’autre part, les jeux de Pékin étant dispersés sur plusieurs villes, nous avons prévu des équipes locales avec une forte autonomie. Il était en effet impossible d’envoyer un spécialiste depuis le centre à Pékin pour régler un problème à Hong Kong ou Qingdao  » explique Michèle Hyron, responsable des opérations de ces JO 2008. Du coup, les 4 000 personnes composant les équipes d’Atos pour les Jeux étaient majoritairement des Chinois dont certains avaient participés aux Jeux d’hiver de Turin en 2006 pour se former. Comme pour EADS, l’absence de droit à l’erreur pendant les JO a permis de rapidement dépasser les différences culturelles et d’organisation avec les partenaires locaux, notamment le fabricant d’ordinateur Lenovo. « Records de données transmises, d’utilisateurs, d’accessibilité pour les JO les plus médiatisés de l’histoire des Jeux Olympiques, Pékin 2008 a été une réussite totale pour nous comme pour l’ensemble de nos partenaires. Atos va désormais exploiter ce succès pour développer ses activités en Chine » conclut la responsable du groupe.

Nicol a s Sr idi

三家奥运会合作伙伴的总结和感言 法国航空公司:作为奥运会和残奥会法国

奥运会高度安全的情况下,欧洲宇航防务集

运动员的官方航运公司,法航及其中国团队

团和它的中国合作伙伴不能出错。 “与这场

积极参与了2008的北京奥运会。从组织角度

重大盛事相关的压力是效率的载体,我们

来看,公司对其与各个合作伙伴的合作都非

非常自豪,在整个奥运期间没有出现错误。

常满意。法航大中国区总经理乐可瑞(Frank

对质量的要求,相互配合的顺畅,认真的倾

Legré)表示: “奥运会无疑取得了技术上的巨

听,我们与客户以及各个合作伙伴的关系非

大成功:奥运村的提前登记,严格遵守时间

常好,比其他项目好很多,”该地区经理明

表,特别尊重外国客人,尤其是残奥会的运

确说, “参与项目的中国人得到了学习和参

动员。”只是在8月25日这一天代表团回国的

加国际展览的机会,并了解到最严格的标准

日子,1500名乘客使用了公司5班航班而不

实践。对我们而言,我们学习到了积极克服

是通常的3班航班的航线。这是一个真正的

文化差异,也就是创造价值。在整个奥运期

运输记录。尤其是在残疾运动员管理方面,

间,参与者之间良好的人际关系起着决定性

公司接受了挑战。借助改进的基础设施以及

作用。”欧洲宇航防务集团在北京第一次的

经过定制和培训的负责运送残疾人轮椅的

奥运经历是成功的,她将作为其他城市及大

分包商团队,法航的中国合作伙伴圆满完成

型活动的典范。欧洲宇航防务集团的工作日

了他们的任务。这位负责人还指出: “为了准

程已安排得非常满,因为它即将参与2010年

备奥运会,我们的意见得到了很好地倾听。

在广州举行的亚运会和在新德里举行的英

我认为奥运期间来华的游客都是带着对中

联邦运动会,一些城市在专业通讯网络方面

国的良好印象离开的。唯一遗憾的是没有更

起点是零。还有2012年的上海世博会,为此

多的旅客。”因为从商业角度来看,奥运会没

政府正在与不同的设备供应商接触。

有达到期望值。总体而言,北京的客流量减 少了6.7%,中国航空公司的载客量明显减少。

源讯:作为数届奥运会的官方合作伙伴,源

法航原本指望奥运期间载客量大幅增加,并

讯主要为奥运会提供信息技术服务。在北京

准备了最大承载量的客机,最终上坐率却自

奥运会上,源讯必须适应奥运比赛的地理分

3年来首次发生了下降。

布及文化如语言方面的要求。2008奥运会

应该说,奥运期间办理中国签证的难度大大

运营负责人米歇尔·伊隆(Michèle Hyron)解

限制了潜在的游客。法航已经历中欧政治局

释道: “我们必须融入奥运会主办国的语言

势紧张、四川地震以及五一长假取消的低迷

中。对于在中国举办的奥运会,我们必须让

时期。 “奥运让我们在北京的中法团队彼此

技术支持团队适应各体育场馆,以使所有人

更好地了解和融合。现在,我们希望航运业

都能说中文并看懂中文。另一方面,因为北

能迅速复苏。”乐可瑞总结道。

京奥运会赛事分散在几个城市举行,我们也 准备了自主性较强的当地技术团队,因为我

欧洲宇航防务集团:通过其安全网络公司

们不可能从北京派一个专家去解决香港或

在奥运期间提供用于北京市专业通讯(公

青岛的问题。”由4千人组成的源讯奥运团队

安、消防......)的数字集群网络,欧洲宇航防

中大部分是中国人,其中一部分人通过参加

务集团第一次参与了奥运会。2004年签署的

2006年的都灵冬季奥运会得到培训。同欧洲

合同规定用支持声音和数据传输的GSM数

宇航防空集团一样,奥运期间不能出错使源

字网络替代模拟网络。亚太地区项目及客

讯与本地合作伙伴尤其是联想集团很快解

户关系总监阿兰·吕内(Alain

Ruinet)解释

决了文化和组织差异。 “奥运史上媒体报道

道: “为了奥运会,我们对北京一个城市增加

最多的一届奥运会— —北京奥运会创造了

了两倍的容量和设备,以达到世界上最大的

数据传输、用户及可参与度的纪录,它对我

网络。这个网络规模相当于一个欧洲国家整

们以及我们的合作伙伴来说是一次巨大的

体运营的网络。”

成功。源讯将利用此次成功来发展在中国的

由于本地没有可供参考的类似项目,在保证

业务。”公司负责人总结道。

Connexions / octobre-novembre 2008 17


DOSSIER

专栏

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A quand la réforme du sport d’état?

Entraînement dans une école de gymnastique de Bozhou (Anhui).

A

vec 51 médailles d’or contre 36 pour les Etats-Unis, les athlètes chinois ont offert à leur patrie le meilleur symbole d’une grandeur retrouvée. La raison de ce « kidnapping » tient d’abord à un système sportif d’Etat bien huilé doublé d’une stratégie de conquête des podiums. Pour Michel Sicard, DTN de l’escrime, la Chine vient d’endosser un maillot jaune qu’elle ne lâchera pas, même si, relativiset-il, « la performance est logique, rapportée au nombre d’habitants ». Pékin 2008, c’est aussi 31 records battus, dont 21 en natation, un chiffre jamais atteint depuis les JO de Munich (1972). « C’est très étonnant de voir qu’il y en a autant qu’au moment où dominait l’ex-URSS, connue pour sa préparation médicale et scientifique, lorsque le dopage était un dopage d’Etat, organisé », observe Stéphane 18 Connexions / octobre-novembre 2008

Mandard, journaliste au Monde. Pourtant, les organisateurs des JO de Pékin n’ont relevé que six cas de dopage, contre 26 à Athènes. Toujours est-il que ces JO semblent consacrer le modèle sportif chinois, même si les victoires futures dépendront aussi de la santé économique du pays. Pour préparer ses sportifs aux Jeux, la Chine a investi près de 80 millions d’euros par an, et chaque médaille d’or équivaut à un investissement annuel d’1,5 million d’euros. Machine à gagner, le système sportif d’Etat hérité de Mao l’est à coup sûr, comme l’explique Yi Jiandong, professeur à l’Université des Sports de Pékin. « Monopole de l’Administration générale des sports, il permet de repérer très tôt, de façon systématique, les futures perles pour les former en accéléré ». Testé pour déterminer

安徽亳州体校里的训练

quel sport lui conviendra le mieux, l’athlète chinois suit ensuite une structure pyramidale, depuis l’un des 3 000 lycées spéciaux du pays jusqu’à une place en équipe nationale en passant par les 300 centres provinciaux d’élite. Professionnel, il est rémunéré pour s’entraîner à temps plein. Dans son livre consacré au sport chinois1, Gilles Bertrand décrit l’univers d’une école de tennis de table du Shandong : « J’observe pour la première fois cette Chine qui organise le sport comme des unités de travail, ces danwei, structurant le monde de l’entreprise qu’elle soit privée ou d’Etat. » Plus que l’hyper-entrainement, souvent le lot du haut niveau, le photographe s’interroge sur le recrutement au plus jeune âge des athlètes, parfois dès 6 ans. Malgré la victoire, les appels à une refonte du système se sont fait entendre dès la


Les JO, et après ? 奥运,后奥运? fin des Jeux. Une tribune virulente publiée par Hu Shuli, rédactrice en chef de Caijing, appelle à la fin du monopole d’Etat sur le sport, et au développement des sponsors privés, seuls capables de lever le fardeau qui pèse sur les contribuables. De plus, la réussite des athlètes d’Etat n’a jusqu’ici aucune retombée sur le sport amateur, grand oublié du système, faute de compétitions ouvertes à tous. Le football, sport populaire entre tous, n’échappe pas à la règle. Tiago, 30 ans, brésilien, s’entraîne en Chine depuis 8 ans. « Les centres techniques sont meilleurs ici, mais cela ne rend pas les Chinois plus forts. En réalité, le système est sclérosé. Les moindres décisions sur l’entraînement reviennent aux membres d’une commission technique qui ne connaissent rien au football. Même les entraîneurs étrangers, payés à prix d’or, ne sont pas écoutés. » Privilégiant la force sur la technique, les joueurs sont parfois violents sur le terrain ou bien manquent de combativité. « Si les jeunes sont motivés, les plus âgés, qui ont déjà empoché assez d’argent pour assurer leur retraite, se comportent en fonctionnaires du sport et refusent de se donner à fond dans un match si les primes ne sont pas au rendez-vous. » Pour le Brésilien, qui joue avant tout « pour le plaisir », l’attitude a de quoi surprendre. Elle tient sans doute à l’absence de pratique amateur développée, faute d’existence de fédérations sportives et de structures d’accueil de base, seules capables de développer l’esprit sportif. « La pratique d’une activité physique reste l’apanage d’une catégorie privilégiée ou bien de retraités, et la compétition amateur n’existe quasiment pas », remarque Gilles Bertrand. Pourtant, les choses changent. Jeux olympiques, urbanisation et hausse du niveau de vie accélèrent les pratiques sportives. En 2006, 91% des Chinois urbains déclaraient s’intéresser au sport, selon l’institut TNS Sport. Dans cet engouement, la télévision a son rôle à jouer : en 2006, plus de 62 000 heures de sport ont été diffusées sur 109 chaînes spécialisées. On le voit, si les Chinois avaient obligation d’être en haut du tableau en 2008, ils posent aujourd’hui la question de l’avenir de leur modèle.

Une nouvelle ère Connexions : Que retenez-vous des JO ? Jean-Richard Germont 1 : On entre dans une nouvelle ère, avec de nouveaux acteurs. Les cartes sont redistribuées et les Jeux s’orientent vers du spectacle sportif. Moins humanistes, ils sont plus économiques : un pays qui fait de bons scores gagne des parts de marché.

C. : Les résultats aux JO reflètent-ils l’état du monde ? J-R. G. : Les Etats-Unis perdent leur suprématie. Ils n’ont pas prévu que les Chinois allaient chercher des médailles partout et n’ont pas préparé scientifiquement les Jeux. La France non plus ne s’est pas bien préparée alors que les Anglais ont complètement repensé leur organisation : nouvelles structures, nouveaux financements basés sur la découverte de nouveaux talents, recrutement d’entraîneurs connus. Idem pour l’Italie et l’Allemagne qui nous passent devant. Quant aux Chinois, ils ont construit leur

succès sur une politique ciblée sur des secteurs où ils étaient potentiellement forts.

C. : Quelles leçons tirez-vous pour la France ? J-R. G. : Il faut redonner ses responsabilités au monde fédéral. L’Etat doit se contenter d’un rôle régalien. Nous ne savons pas miser sur un athlète susceptible d’être médaille d’or. L’opinion publique pèse trop et nous avons une conception trop énergétique et agressive de la motivation du sportif. L’agressivité provoque une focalisation de l’attention alors qu’être concentré, c’est intégrer tous les paramètres de l’environnement pour avoir une réponse adaptée. Le secret de la performance c’est le bonheur, la sérénité qui peut aller avec l’envie de gagner. Propos r ecu eil l is pa r A n n e G a r r igu e Président de la Fédération française de tir, inspecteur général chargé de la cellule d’intelligence stratégique sportive de Bernard Laporte 1

H él è n e Di v ign e au 1. Le sport en Chine. Ombres et lumières, VO2 Diffusion, 2007

Connexions / octobre-novembre 2008 19


DOSSIER

专栏

« Quel bel été on a eu, c’était vraiment moins pollué! » s’émerveille Lin Yuan, vendeuse de raviolis dans une allée des vieux quartiers, en replaçant une galette de charbon dans son antique cuisinière. Pas facile pour les Pékinois modernes de se priver de leur voiture, symbole ultime de la réussite sociale. Et pourtant, selon un récent sondage, ils seraient plus de 55% à vouloir rendre la circulation alternée permanente dans la ville. Depuis les JO, un véritable débat de société s’est installé : « Il faut des restrictions sinon les rues de Pékin vont se transformer en parkings géants » estime un internaute dans un forum. « Si je dois arrêter de conduire, donnez-moi des transports en commun de qualité. Je refuse d’entrer dans des saunas roulants » lui répond un cadre pékinois. « M’interdire de rouler dans ma voiture, c’est resteindre mon droit de propriétaire » ajoute un autre. Verdict des autorités : depuis le 11 octobre, les voitures officielles ainsi que tous les véhicules privés, n’ont plus le droit de circuler un jour par semaine dans la ville, selon leur plaque d’immatriculation. Les automobiles dont les plaques minéralogiques se terminent par 1 ou 6 ne pourront pas circuler le lundi ; 2 ou 7 le mardi ; 3 ou 8 le mercredi ; 4 ou 9 le jeudi ; 5 ou 0 le vendredi. L’objectif de cette mesure qui servira de test jusqu’au mois d’avril : « réduire l’impact des émissions sur la qualité de l’air et maintenir le trafic en ordre ». Cette mesure ne s’applique pas le week-end et s’étend de 6h du matin à 21h pour les véhicules des particuliers jusqu’au 5e périphérique inclus. Reste à voir l’impact de ces mesures sur les particules, pollution principale de l’air dans la capitale chinoise.

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Des centaines de milliers d’arbres ont été plantés dans l’Olympic Forest Park. 在奥林匹克森林公园里,种植了成千上万的树木

Au-delà du ciel bleu Soleil et ciel bleu, indices de pollution de l’air au plus bas, le succès d’image des JO « verts » est incontestable. Au-delà de cette réussite, quelle sera la stratégie de développement durable de la capitale chinoise ?

D

epuis 2001, la municipalité n’a pas ménagé ses efforts écologiques dans la capitale en vue des JO. Les usines les plus polluantes ont été déplacées, les industries restantes modernisées, le charbon a été banni du cœur de la ville pour les besoins domestiques. Les normes d’émissions pour les véhicules ont été amenées au niveau européen, les transports en commun développés à toute allure. Les exemples de mesures de grande ampleur ne manquent pas et les dépenses totales liées à l’environnement pour les JO depuis 2001 sont estimées à près de 10 milliards d’euros. A ces actions de long terme, se sont ajoutées des restrictions temporaires dans plusieurs secteurs. Pointée du doigt sur la scène internationale, la pollution at-

mosphérique est celle qui aura impliqué le plus de changements pour la ville et ses habitants. Mesure phare du dispositif pékinois, l’imposition d’une circulation alternée durant l’ensemble des JO a permis d’obtenir un trafic routier particulièrement fluide et une baisse notable des émissions polluantes. Les chantiers incessants dans la ville ont été totalement stoppés pour éviter l’accumulation de poussières dans l’air. Une mesure importante sachant que les particules sont la principale source de pollution atmosphérique à Pékin. Autre mesure drastique pour améliorer la qualité de l’air, l’arrêt ou le ralentissement de l’activité industrielle dans la région et les provinces voisines. Entourée par des montagnes au nord et à l’ouest, la capitale chinoise s’asphyxie avec sa propre pollution mais aussi celle venue de Tianjin ou encore de la province du Hebei, des zones d’industries lourdes. L’arrêt de l’activité loin de la région de Pékin, prévu comme plan d’urgence, a été mis en place vu la mauvaise qualité de l’air les jours précédents la cérémonie d’ouverture. Efficace, cette méthode est également très lourde d’un point de vue économique. Rien que pour l’aciérie Shougang, dont la production pékinoise pendant les JO a été très réduite, les pertes se

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Circulation alternée, mon amour


Les JO, et après ? 奥运,后奥运? chiffrent en centaines de millions de dollars. Temporaires par définition, ces mesures sont critiquées par Greenpeace dans son rapport sur les JO de Pékin « verts ». Pour l’ONG, il aurait fallu consentir à faire plus d’efforts à long terme, moderniser des équipements plutôt que privilégier des solutions de court terme sans conséquences pour le futur. « C’est vrai que des mesures temporaires ne résolvent rien mais elles ont eu un impact pédagogique très important » tempère Julien Chol qui a créé l’entreprise L’air à la source, importatrice de masques antipollution à destination des particuliers. « Les Pékinois ont tous pu constater que la situation ordinaire n’est pas normale et qu’il est possible d’améliorer les choses. C’est le point le plus positif des ces JO verts selon moi ». Pour lui, l’avenir écologique de la capitale tend vers une amélioration plutôt lente « Les efforts en matière d’environnement ont permis d’empêcher une explosion de la pollution dans un contexte de très forte croissance. Mais les Chinois ne sacrifieront pas l’économie à l’écologie et la mise à niveau des industries va prendre du temps ». Vitale pour l’environnement mais moins médiatisée que l’air, l’eau est une ressource dont manque cruellement Pékin. Si les JO ont donné une impulsion à la modernisation des équipements de retraitement et de collecte, le mastodonte urbain aura aussi allégrement pompé dans les provinces avoisinantes pour assurer des moyens suffisants pendant les jeux. Il faut dire que les centaines de milliers d’arbres plantés pour créer artificiellement l’Olympic Forest Park et verdir la ville, bien que très agréables, rajoutent une charge en terme de consommation d’eau. Economies d’énergies, mise en application des lois et monitoring, intensification des efforts de long terme, accès à l’information, le rapport de Greenpeace épingle méticuleusement les autres « ratés » des autorités pendant les Jeux. Une chose est sûre malgré tout, il y aura un avant et un après JO en terme de prise de conscience des problèmes de pollution par tous les Pékinois. Un électrochoc écologique pas forcément programmé mais qu’il faudrait certainement appliquer à l’ensemble du pays.

Nicol a s Sr idi

Pendant ce temps là... Qingdao

se convertit au nautisme

Depuis 2004, depuis que Qingdao a appris qu’elle accueillerait les épreuves nautiques des JO, la station balnéaire a accéléré le développement de son front de mer. Première étape, lutter contre la pollution pour offrir une vitrine impeccable aux skippers et aux touristes. Le français Veolia a décroché en 2003 un important contrat pour deux usines de traitement des eaux usées, partie intégrante des préparatifs des JO. Et pour cause, l’une des usines Veolia est située sur la zone des régates. « Le site est connu pour son absence de vent, Qingdao est un choix politique plus que sportif » assure Paolo Ghione, l’entraîneur de la championne du monde de planche à voile Alessandra Sensini. Ce que Wang Haitao, le porte-parole du comité olympique local est loin de reconnaitre, « Nous voulons faire de Qingdao une vraie ville de navigation après les Jeux » explique-t-il. La municipalité n’a pas hésité à déplacer l’énorme chantier naval de Beihai pour construire la marina olympique flambant neuve sur la baie de Fushan. De même, près des principales plages, de gigantesque complexes hôteliers continuent de se construire, ici, les Jeux ne sont qu’une étape...

Shanghai

attend l’exposition universelle Pas de grands travaux, pas de mobilisation e x t r a o rd i naire, « Il faut plus que quelques matchs de foot pour émouvoir Shanghai » assure le directeur de la foire des millionaires chinois, David Zhong, un rien méprisant. Shanghai a accueilli préliminaires, quarts de finale et demi-finales hommes et femmes ainsi que le match pour la médaille de bronze hommes des JO. Les finales elles se sont

jouées à Pékin. Interrogé en juillet, Zhang Xiao, responsable des volontaires à la ligue de la jeunesse de Shanghai, expliquait que les Jeux étaient à Shanghai moins importants que le grand prix de F1 ou les masters series de tennis… comme vexé de ne recevoir que les miettes olympiques. Pendant les jeux , la rue shanghaienne livrait une autre piste, celle de la rivalité entre Pékin, la politique, et Shanghai, la capitaliste : sur les panneaux d’affichage s’organisait une guerre des mascottes, personnages olympiques multicolores contre bonhomme bleu de l’Expo universelle que Shanghai prépare pour 2010 avec au moins autant de frénésie.

Hong Kong

hésite entre patriotisme et réserve C’e s t e n tendu à Hong Kong, le jockey club est une institution mythique. Il a encore le monop ole des courses, et des paris qui brassent chaque année plus 9 milliards d’euros! Cette tradition a décidé Pékin à installer les épreuves équestres des JO dans la capitale financière du Sud. Au-delà des raisons techniques, le gouvernement central souhaitait aussi montrer que l’ancienne colonie anglaise est parfaitement intégrée. En règle générale, les Hongkongais ont apprecié la faveur : « Nous sommes aussi patriotes que les autres, peut-être de manière moins tapageuse » assure Joseph Cheng, chef d’un parti pro-démocrate de Hong Kong. Mais le démocrate, comme beaucoup de Hongkongais, regrette les promesses de liberté non tenues « L’année olympique a été un très mauvais moment pour les opposants en tout genre et les droits de l’homme en Chine » dit-il. Politiquement, l’effet JO n’a pas offert la victoire écrasante attendue du camps pro Pékin lors des élections législatives du 8 septembre.

E mil i e Torge me n

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头条新闻 A la une des médias

Par Renaud de Spens*

Bambi est mort

S

anlu en chinois (三鹿), cela veut dire « trois cerfs », que l’imagination aura vite fait de transformer en trois jolis Bambi : belle image pour une marque de produits laitiers et singulièrement de lait en poudre pour nourrissons. C’est toutefois, depuis le 11 septembre 2008, le symbole du plus grand scandale de l’année en Chine : l’affaire des laitages frelatés à la mélamine. Le retentissement de cette histoire a été tel sur les médias et dans l’opinion chinoise qu’elle restera dans les mémoires comme l’un des événements les plus marquants de 2008, à côté des émeutes de Lhassa en mars, du séisme de Wenchuan en mai et des Jeux de Pékin en août.

autorités locales dans le Hebei étaient accusées de faire payer des taxes illégales aux planteurs de maïs, la ville de Changning dans le Hunan mettait en place un système de transport en commun gratuit, suscitant des tensions sociales avec d’anciens chômeurs reconvertis en mototaxis, etc.

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Une censure irresponsable Tout ceci était digne d’intérêt, mais insignifiant par rapport à la bombe qui était déjà en train d’exploser silencieusement. Dans un hôpital à Wuhan, le médecin Zhang Wen qui avait traité plusieurs cas de calculs rénaux de nourrissons, avait établi dès mi-août une corrélation entre ces troubles et la consommation de lait en poudre Un été bien trop calme… L’année médiatique 2008 avait comde la marque Sanlu. Le 27 août, il avait convomencé par des débats intéressants, quelqué une conférence de presse pour l’expliquer. ques polémiques sur l’inflation, la réforLe quotidien de Wuhan Chutian Dushi Bao me du système social, la représentativité Les trois cerfs de Sanlu. avait immédiatement préparé un article, mais des deux assemblées ou l’évaluation de 三鹿的商标 le département de la propagande avait refusé sa l’aide de l’Etat aux sinistrés d’un hiver publication. rigoureux. La crispation due aux événements tibétains, Cet excès de prudence de la censure pour préserver puis l’obsession du pouvoir à présenter un tableau idyl- l’image du pays pendant les Jeux s’est par la suite rélique de la Chine pendant les Jeux avait rendu la presse vélé fort imprudent. Fin août, des dizaines de milliers et la télévision plus lénifiantes. Les montés d’adrénaline de nourrissons était déjà touchés, quelques-uns étaient suite aux cahots du parcours de la flamme olympique ou morts ; Sanlu, son partenaire néo-zélandais et probaau désastre de Wenchuan avaient certes titillé quelques blement de plus en plus de personnes et d’institutions réflexions, mais elles avaient surtout été instrumentalisées connaissaient tout des causes du problème depuis le 3 pour divertir journalistes et opinion des problèmes poli- août. Il devenait de plus en plus difficile de couvrir la tiques et sociaux. Les internautes avaient brièvement jeté marmite, et plus on la couvrait, plus la déflagration allait un pavé dans la mare médiatique en révélant les émeutes être inévitable et dévastatrice. de Weng’an fin juin (voir Connexions n°46), mais bientôt la presse consacrait presque les deux tiers de son contenu Un 11 septembre chinois à la couverture olympique. Le premier signe médiatique avant-coureur se produisit Une semaine après la cérémonie de clôture, éditoria- dans la journée du 11 septembre. Un télégramme d’une listes et journalistes avaient enfin recommencé à traiter subdivision de l’agence Chine Nouvelle affirmait que 14 de sujets de fond ou d’investigation. Et l’on s’était rendu bébés étaient intoxiqués dans le Jiangsu et l’Anhui, sans compte qu’il se passait des choses au pays du rêve olym- mentionner Sanlu (mensonge par omission). A 19h18, pique. La publication du rapport de la Cour des Comptes une nouvelle dépêche tombait, indiquant que les agents chinoise pointait de nombreux abus administratifs (no- de Sanlu coopéraient étroitement avec les autorités, tamment l’ancien ministère des Transport détournant 84 millions de Rmb pour construire ses bureaux), des * service de presse de l’ambassade de France

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头条新闻 A la une des médias

mais qu’il n’y avait pas de preuve que ces intoxi••• cations étaient liées à la marque (mensonge encore, ces

Les quelques rares nationalistes qui essayent de relativiser le scandale, et d’appeler au sauvetage des marques preuves étaient déjà connues). 20 heures : lors d’une nationales sont impitoyablement écrasés : « Le lait de conférence de presse, Sanlu finit par avouer. Tout s’ac- Sanlu te monte à la tête », « Tout ce que tu mérites, c’est célère alors. Le même soir dans la foulée, le ministère de d’avoir un enfant et de le voir mourir à cause du lait en la Santé publique se presse d’annoncer la catastrophe à poudre ». Les autorités essayent d’organiser une contre-offensive l’Organisation Mondiale de la Santé. L’embargo médiatique étant levé, la presse se rue de communication en se montrant plus transparentes : dans la brèche. L’article auparavant bloqué du Chutian c’est le journal télévisé du soir du 16 septembre qui réDushi Bao paraît le 12 septembre, le grand quotidien de vèle ainsi que l’intoxication ne touche pas que Sanlu, Pékin Xin Jing Bao en fait sa « une » le 13. Au même mais aussi de nombreuses autres marques chinoises très moment, des chaînes de texto crépitent dans les télépho- importantes. Les jours et les semaines qui ont suivi ce 11 septembre nes mobiles, donnant des chiffres de contamination plus élevés que dans les premiers articles, et recommandant de chinois ont jusqu’à présent témoigné de l’impact profond de l’affaire dans l’opinion. Désormais, « tu n’utiliser que des marques étrangères. as bu trop de Sanlu » est devenu une inLe lundi 15, les journaux ont déjà dévoilé « Cet excès de sulte courante sur Internet, tellement coude grands pans de l’affaire, y compris des prudence de la rante que même les nationalistes s’en servent informations confidentielles qui ne peuvent censure pendant contre leurs adversaires ! La colère a du mal venir que de fuites internes de Sanlu ou de à s’apaiser. Lors du lancement du vaisseau rouages administratifs : la co-entreprise les jeux, s’est, par spatial Shenzhou 7, le 26 septembre, qui sad’Etat aurait su qu’il y avait un problème la suite, révélé ture les couvertures de la presse, un certain dans ses produits dès mars 2008, suite à des nombre d’internautes chinois vont jusqu’à plaintes de consommateurs, mais n’aurait fort imprudent. » souhaiter l’explosion en vol de la fusée, pluréussi à en trouver la cause que début août. Comment ce cocktail « magouilles alimentaires » + tôt que de voir la gloire de la prouesse technique récupérée « faute grave de gestion de crise d’une grande entreprise par des politiciens discrédités. Et ce n’est peut-être pas un hasard que depuis, un nomsemi-publique » + « étouffement de l’affaire pour cause de Jeux Olympiques » + « mort de nourrissons » aurait-il pu bre de plus en plus importants de critiques personnelles éviter l’ire de l’opinion et des internautes ? Des centaines de dirigeants et d’appels à la démocratie se lisent sur les de milliers de messages sont très vite postés sur le sujet, forums. Début octobre, le fameux forum « grande puiset révèlent des détails passés sous silence ailleurs, comme sance » (强国论坛) du site du Quotidien du Peuple a pule fait que le gouvernement néo-zélandais avait prévenu blié une argumentation expliquant que « la démocratie pourrait résoudre 99% des problèmes de la Chine ». Très le gouvernement chinois du problème. lu et très commenté, il a été repris sur un grand nombre de sites internet. Colère et passion sur internet Peut-être en rétorsion de la censure officielle, on a pu La colère et le désespoir s’expriment partout. Beaucoup pensent à l’exil : « le mieux à faire, c’est d’élever nos en- également voir de la censure d’inspiration « libérale » sur fants à l’étranger si on en a les moyens », « Chine, ma certains grands forums chinois, où des commentaires au patrie, ton Etat est trop noir, je veux te quitter ». Les vocabulaire trop maoïste sont supprimés beaucoup plus marques chinoises, qui n’avaient déjà pas toujours une rapidement (moins d’une demi heure) que des évaluations excellente image, sont vouées aux gémonies : « Qu’est-ce positives du Dalai-Lama (sur la même page, et qui sont que j’aimerais soutenir la production nationale et acheter elles restées trois jours), par exemple... L’affaire Sanlu a donc constitué un tournant des rapchinois ! Mais on ne nous laisse pas le choix… », « Manports de force idéologiques dans l’opinion et sur Interger des produits chinois et puis mourir… ». L’information officielle est insultée : « Les mensonges de l’agence Chine net. Le pouvoir l’a compris et a affiché un profil plus Nouvelle sont criminels », « Pour garder la face, ces gens- bas depuis. Quant à la marque aux Bambi, elle est, bien entendue, morte. là ont tué ».

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数字背后 Le dessous des chiffres

Par Yann Marin*

La Chine n’est pas à l’abri

10 milliards de dollars.

Ce serait selon M. Ma Delun, vice-gouverneur de la People’s Bank of China, le montant total de l’exposition des banques chinoises aux créances dites subprimes. S’il pèche sans doute par excès d’optimisme, il est vrai que les eaux de la finance chinoise sont étonnamment étales en comparaison des flots déchaînés qu’on observe ailleurs. 10 milliards de dollars, ça représente moins d’un pour cent des actifs détenus par les banques chinoises. Autant dire qu’il n’y a pas de quoi les mettre en danger. Les banques chinoises sont-elles si sages qu’elles se sont tenues à l’écart ce qu’on qualifie désormais de « produits toxiques » ? Probablement pas… En réalité, leur comportement fut forcé, pour l’essentiel en raison du régime de change. La monnaie chinoise n’est pas librement convertible ce qui a deux conséquences essentielles. D’abord, étant donné que l’une des fonctions des « produits dérivés » est de couvrir les risques de change, le système financier chinois n’a pas (encore) atteint un niveau élevé de sophistication. Les produits de l’ingénierie financière, s’ils ne sont pas inconnus en Chine, y sont d’apparition récente et n’ont pas atteint des volumes d’échange comparables à ceux des pays en crise. Loin s’en faut. Ensuite, les opérateurs de marché sont contraints par le régulateur à limiter leurs investissements à l’étranger : ils sont soumis à une licence appelée « QDII » pour Qualified Domestic Institutional Investor et à un quota limitatif – environ 40 milliards de dollars à cette date (dont seulement la moitié serait utilisée). Cette mesure – décriée auparavant pour son caractère étouffant – s’avère une digue efficace contre la crise.

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La Chine n’est pourtant pas à l’abri, comme en témoigne d’ailleurs les inquiétudes exprimées par les autorités et le soutien inconditionnel apporté aux différents plans de sauvetage américains. Mais ce ne sont pas les banques qui sont en première ligne, plutôt le fonds souverain CIC (China Investment Corporation) et la SAFE (State Administration of Foreign Exchange), institutions en charge de la gestion des importantes réserves de change de la Chine. Essentiellement investies en dollars, ces réserves présentent désormais un risque élevé. La « nationalisation » des agences américaines Fannie Mae et Freddie Mac a dû faire pousser un grand « ouf » de soulagement aux dirigeants de la SAFE, dont on pense que 25 % des fonds y étaient investis. So far so good, mais la Chine n’est pas si sereine qu’on voudrait le croire. Vulnérable, la Chine l’est à deux titres. Elle peut craindre une contagion financière en provenance de la très internationalisée Hong Kong, chahutée par les marchés depuis plusieurs semaines. Surtout elle doit affronter ses propres démons intérieurs – bulle boursière, bulle immobilière, tensions inflationnistes, ralentissement de la croissance… – dans un contexte mondial devenu défavorable. Peu affectée par la crise jusqu’à maintenant, mais pas encore sortie d’affaires, la Chine doit trouver le bon équilibre de politique économique pour éviter tous les écueils. Le passage est étroit.

* Conseiller financier, adjoint au chef de la Mission économique



法制天地 L’état des lois

Par Alina Quach*

Peut-on échapper au droit chinois des Joint Ventures ?

L

e droit des entreprises en Chine n’a cessé de se moderniser, pour favoriser, entre autres, les investissements étrangers. Cependant le droit des Joint Venture est resté inchangé et inflexible et l’attitude récente des autorités chinoises conduit à se demander si les sociétés étrangères ayant un projet d’implantation avec un partenaire chinois en Chine continentale ont d’autres choix que de constituer une JV sur le territoire chinois. Les autorités chinoises restreignent en effet de manière drastique les investissements effectués à l’étranger par une personne physique ou morale chinoise dans le but, notamment, de réinvestir en Chine continentale. Lorsque qu’une société étrangère envisage un partenariat capitalistique avec une société chinoise pour réaliser un investissement en Chine, le véhicule d’investissement traditionnel est la JV. Ce type d’implantation est encadré par une loi spécifique qui édicte des règles de fonctionnement relativement contraignantes pour la société étrangère et favorables à la partie chinoise. La maturation du marché chinois et une meilleure connaissance des contraintes locales ont permis aux investisseurs étrangers d’opter progressivement pour la société à capitaux 100% étrangers afin de se libérer de toute contrainte de fonctionnement de leur structure. Cependant, il peut arriver que la participation du partenaire chinois soit nécessaire ou utile. Il peut aussi arriver qu’il soit opportun, pour des raisons économiques, d’établir une structure intermédiaire hors du territoire continental chinois. L’hypothèse classique est alors de créer une entité off-shore servant de plateforme d’investissement aux projets de la société étrangère et de son partenaire chinois. Cette création peut être justifiée par la multiplicité des investissements en Chine et en Asie, la nécessité de créer une holding financière, l’organisation de la distribution des produits sur le marché international...

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La réglementation chinoise restreint depuis 2005 les round trip investments, investissements opérés en Chine par des personnes physiques ou morales de nationalité chinoise au travers d’une structure établie par elles à l’étranger. Seules les entités chinoises constituant un « véhicule à but spécial » (special purpose vehicle), ayant pour objet d’être côté en bourse, étaient autorisées à effectuer un tel montage. Le but de cette restriction est de prévenir l’évasion fiscale et d’éviter que les sociétés chinoises bénéficient indûment du traitement fiscal préférentiel appliqué aux entreprises à capitaux étrangers. En pratique, cependant, les autorités chinoises appliquaient de manière flexible cette réglementation et approuvaient des sociétés communes sino-étrangères en dehors de Chine lorsque la légitimité économique à le faire était établie. En outre, les avantages fiscaux autrefois accordés aux sociétés à capitaux exclusivement étrangers n’existent plus aujourd’hui sauf exceptions liées à la géographie ou au domaine d’investissement du projet. Or, une notice spéciale de novembre 2007 émanant de l’Administration pour le change extérieur de la province du Jiangsu semble interdire désormais strictement ce type de montage dans un but autre que la cotation en bourse et les administrations locales du change extérieur d’autres provinces chinoises suivent cette tendance. Est-ce à dire qu’il n’est désormais plus possible de constituer, ailleurs qu’en Chine continentale, et avec un partenaire chinois, une société commune ayant notamment pour objet d’investir en Chine continentale ? Le protectionnisme de la règlementation chinoise est-il amené à se renforcer pour contrebalancer l’ouverture économique du pays ? C’est une tendance à surveiller, sachant que jusqu’ici des round trip investments ont pu être menés à terme postérieurement aux textes destinés à les limiter.

*Associée cabinet UGGC & Associés



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要闻 l’actualité

Serge Abou : « Nous sommes prêts à pousser nos PME à investir en Chine, à condition qu’elles n’y laissent pas leur peau. » 塞日.安博大使: “我们准备鼓励中小企业来华投资,前提是他们不会有破产的风险。”

ASEM, sommet EU-Chine, Serge Abou, ambassadeur, chef de la délégation de la Commission Européenne définit les enjeux de la relation.

« L’Europe attend de la Chine qu’elle l’aide à mieux gérer la planète » Connexions : Le 1er décembre aura lieu le sommet EU-Chine à Lyon, à quoi servent ces sommets ? Serge Abou : Le sommet de Lyon est le rendez-vous annuel « au Sommet » entre les Institutions de l’UE, Présidence du Conseil Européen et Présidence de la Commission européenne d’un côté et celles de la Chine avec le Premier ministre Wen Jiabao, en sa qualité de chef du Conseil des affaires d’Etat. Ces rencontres annuelles font le point de la relation bilatérale qu’on définit comme un « partenariat stratégique » Europe-Chine, mais surtout arrêtent les orientations et donnent des directives ou des impulsions. Quelques exemples : l’Ecole sino-européenne de 30 Connexions / octobre-novembre 2008

Droit qui ouvre ses portes à Pékin cette année, en octobre — une idée abordée par le Président de la Commission M. Barroso au sommet de 2005 —, ou encore l’idée de coopérer sur le Projet Galileo (le système de navigation européen) lancée en 2002. Le sommet de 2007 avait lui longuement débattu du problème du déficit commercial européen vis-à-vis de la Chine et avait décidé de la création du mécanisme du HLM (voir encadré).

C. : En quoi les relations Europe-Chine sont-elles stratégiques ? S.A. : L’Europe est le premier marché et le

premier fournisseur de technologie de la Chine. Même si les investissements améri-

cains, japonais et européens en Chine sont de taille équivalente, la proportion des investissements européens à fort contenu de technologie en Chine est supérieure. Et ceci est apprécié par nos partenaires. La coopération scientifique avec l’Europe est importante. La Chine est aussi preneuse d’assistance technique dans de nombreux domaines ainsi que de savoir-faire en matière de gouvernance (normes, standards, législations, etc.). La nouvelle Chine est arrivée sur la scène internationale quand l’Europe était bien établie. La Chine a tout de suite considéré l’UE comme un interlocuteur essentiel, d’autant plus que l’UE gère en direct trois domaines impor-


tants dans les relations Europe-Chine : la monnaie avec l’Euro, instrument de plus en plus utilisé par la Chine, le marché unique européen (avec ses législations et normes communes), et la circulation des personnes avec l’Accord de Schengen. Enfin de nouveaux champs de coopération s’ouvrent en Afrique, par exemple... Pour l’Europe, l’attraction exercée par la Chine pour nos exportateurs et nos investisseurs est indéniable. Même si l’UE vend aujourd’hui plus de biens à la Suisse qu’à la Chine, le potentiel chinois est évidemment plus prometteur, avec un PNB en 2008 équivalent à celui de l’Allemagne et dans quelque dix ans, probablement supérieur aux PNB cumulés de la France et de l’Allemagne. Au-delà de la relation commerciale, l’Europe attend de la Chine qu’elle l’aide à « mieux gérer la planète ». L’Europe, comme la Chine, jouent un rôle croissant dans le maintien de la paix et de la stabilité mondiale. Nous avons tous deux besoin d’un environnement pacifique et stable, et nous aspirons à ce que nous appelons un multilatéralisme efficace.

C. : Déficit commercial, droits de propriétés intellectuels bafoués… il existe des pommes de discorde. Etes-vous satisfait de la qualité des relations ?

S. A. :

Chaque entité a des priorités internes, qui ne sont pas forcément celles du partenaire. En ce qui concerne le déficit commercial, l’Europe, contrairement aux Etats-Unis, est une puissance

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“欧盟期待中国协助它更好的管理世界” 专访欧盟欧洲委员会驻华代表团团长塞日·安博大使 《联结》:中欧峰会将于今年12月1日在

境,我们期望建立有效的多元化机制。反

担任欧盟轮值主席国的法国里昂举行。为

恐怖主义、反跨国犯罪和反大规模杀伤性

何要进行中欧高层会晤?

武器扩散都是我们共同的目标,在这些方

塞日·安博:里昂中欧峰会是欧盟机构、

面必须进行合作。

欧洲理事会主席、欧洲委员会主席与中国

《联结》:在贸易赤字、知识产权方面双

国务院总理温家宝之间进行的年度领导

方存在分歧。您是否还满意中欧关系的质

人会晤。这些年度会晤就中欧战略合作伙

量?

伴关系进行总结,尤其要制定中欧双边

塞日·安博:每个实体都有内部的但未必

关系的方针,给与指导或推进。举几个

是合作伙伴的当务之急。在贸易赤字方

例子:中欧法学院今年10月在北京开始招

面,同美国不同,欧盟总体来说是出超

生——这是欧洲委员会主席巴罗佐先生在

国。欧洲非常具有竞争力!当然,我们的

2005年峰会上的提议——,还有2002年提

工业定位是高端的,有时进口反而比在欧

出的就伽利略计划(欧洲的全球卫星导航

盟内生产更合理。我们不会倒退。相反,

系统)开展合作的想法。2007年峰会就欧

我们能够在全世界其他领域追赶。我们同

盟对中国的贸易赤字问题进行了磋商,并

中国的问题是,在我们具有竞争力的市场

决定建立中欧经贸高层对话机制(详见加

仍存在进入中国的壁垒。另外,我们准备

框文字)。

鼓励中小企业来华投资,前提是在缺乏知

《联结》:对中欧两个合作伙伴来说,双

识产权保护的情况下他们不会有破产的风

方关系的战略性体现在哪些方面?

险。为此,我们成立了中小企业中国知识

塞日·安博:欧盟是中国第一大技术市场

产权服务处。我们期待中国在我们有竞争

和供应商。即使美国、日本和欧盟在中国

力的领域作出一些市场开放的举动。我们

的投资规模相当,技术含量高的欧洲投资

希望为中国带来技术、就业、科研和税收

在中国所占的比重更大。这是被我们中方

的欧盟在华企业能得到更好的关注,能有

合作伙伴所赞赏的。中国与欧盟的科技合

更好的法制环境。这些信息已传达给中国

作非常多。而且,中国对很多领域的技术

的各个层次。这让我对中欧合作伙伴关系

援助及管理(规格、标准、法规等)方面

十分乐观。

的专长非常有兴趣。当新中国登上国际舞 台时,欧盟已经站稳脚跟。中国很快把欧 盟作为主要对话方,特别是欧盟直接掌握

Chute des investissements européens en Chine

着中欧关系中的三个重要领域:中国使用

En 2007, les Européens n’ont investi que 1,8 milliards d’euros en Chine, contre 6 en 2006 et 6,2 en 2005. Leur part dans l’ensemble des investissements étrangers en Chine est passé de 8,26% à 5,13% en 2007. Cette forte chute intervient alors que les investissements européens dans le monde sont en croissance. Globalement, entre 2003 et 2007, la Chine a attiré 18% des investissements européens, la Russie 39% et l’Inde 25%.

共同的法规及标准),以及申根协议下的

Source : Union Européenne

越来越多的货币欧元、唯一的欧洲市场( 人员流动。最后,新的合作领域将在非洲 开辟…… 对欧盟来说,中国对我们出口商和投资者 产生的吸引力毋庸置疑。即使今天欧盟向 瑞士卖出的商品比中国多,中国的市场潜 力显然更有前景。2008年中国的国民生产 总值同德国相当,大约十年后,有可能比 法国和德国合起来的国民生产总值还高。 除商贸关系之外,欧盟期待中国能协助它 更好的管理世界。欧盟同中国一样,在维 护世界和平和稳定方面扮演着日益重要的 角色。我们双方都需要一个和平稳定的环

两项新措施 欧盟目前在中国出台了两项与欧盟驻华企 业息息相关的措施。欧盟中小企业中国知 识产权服务处(Helpdesk IPR PME de Chine)向 欧盟中小企业提供信息和工具,以保护的 它们的知识产权并控制风险。 它提供免费的信息、建议及培训来保护和 强制欧盟企业在中国的知识产权,通过预 约接待、电话或网络的方式提供服务。在 网上获取的表格里或在中国和欧洲的培训 机构里,同样有一系列培训方面的实用工 具。 中欧经贸高层对话机制(Le High Level Economic and Trade Dialogue Mechanism), 简称HLM,是2007年11月中欧峰会上通过 的提议。HLM机制旨在扭转中欧贸易的不 平衡,它是作为中欧高层战略对话的补充 和加强来运转的。日程包括研究世界贸易 体系、战略贸易关系、投资、创新、知识 产权保护、经济合作等方面的问题…… Connexions / octobre-novembre 2008 31


要闻 l’actualité •••

exportatrice globalement excédentaire. Et l’Europe est ultra compétitive ! Certes, notre industrie s’est orientée vers le « haut de gamme », et il est souvent plus rationnel d’importer que de produire en Europe. On ne reviendra pas en arrière. Par contre, nous savons nous rattraper sur d’autres secteurs et nous le faisons dans le monde entier. Ce qui nous gêne avec la Chine, ce sont les obstacles à l’entrée sur des marchés où nous sommes compétitifs. D’autre part, nous sommes prêts à pousser nos PME à investir en Chine, à condition qu’elles ne risquent pas d’y laisser leur peau, faute de protection de la propriété intellectuelle. C’est dans ce cadre que nous avons créé le bureau IPR protection desk (voir encadré). Nous attendons de la Chine des gestes d’ouverture de leur marché dans des domaines où nous sommes compétitifs. Et nous aspirons à une meilleure attention, un meilleur environnement légal et règlementaire pour nos sociétés qui travaillent en Chine et y apportent de la technologie, des emplois, de la recherche, et des revenus fiscaux. Ces messages sont portés en Chine, à tous les niveaux. Ceci me rend optimiste pour notre partenariat.

Propos r ecu eil l is pa r A n n e G a r r igu e

Deux initiatives européennes Le Helpdesk IPR PME de Chine offre aux PME européennes des connaissances et des outils pour développer la valeur de leurs droits de propriété intellectuelle et pour contrôler les risques. Informations gratuites, conseils et formations pour protéger et imposer leur IPR en Chine. Le High Level Economic and Trade Dialogue Mechanism, baptisé « HLM » est une initiative approuvée lors du sommet Europe-Chine de novembre 2007. Ce mécanisme vise à redresser le déséquilibre des échanges commerciaux Europe-Chine et fonctionne comme un complément et un renforcement du dialogue stratégique de haut niveau.

32 Connexions / octobre-novembre 2008

Amcellgene, la biotechnologie chinoise vitesse grand V Spécialisée en thérapie cellulaire, l’entreprise Amcellgene cible un marché de plus de 200 millions de personnes en Chine grâce à des produits innovants à base de cellules souches.

beaucoup de cellules souches qui théoriquement pourraient permettre de soigner n’importe quel organe endommagé. Les perspectives thérapeutiques sont donc très importantes. Il est, de plus, possible de conserver ces cellules souches en les congelant, d’où l’idée de créer des banques de cordons. Via cette banque, le Pr. Han propose aux parents de nouveaux-nés une sorte d’assurance-vie. Ils paient une somme initiale de 5 000 Rmb (500 euros) puis 500 Rmb par an pour la conservation ondée en 2004, la société Amcel- des cellules souches de leur enfant. En cas lgene est implantée dans la zone de maladie nécessitant un traitement par de développement économique et thérapie cellulaire, les frais seront entièretechnologique de Tianjin (TEDA). Elle ment pris en charge. est en fait le bras commercial d’un centre Avec un capital initial de 12 millions de recherche spécialisé, le National Engi- de dollars, l’entreprise a ensuite été introneering Center of Cell Product (NECCP), duite à la bourse de Shanghai et y a levé créé la même année. L’ensemble emploie 30 millions de dollars. Les fonds obtenus 90 personnes dont une dizaine de cher- ont alors permis de financer d’autres procheurs auxquels s’ajoutent des étrangers jets avec le soutien de l’Etat. C’est ainsi venus dans le cadre d’échanges interna- que sont fondés en 2004 Amcellgene et le tionaux. NECCP dont le Pr. Han devient le direcTravaillant sur des technologies inno- teur. Grâce aux 5 millions d’euros d’invantes en matière de cellules souches, cette vestissement initial de l’Etat, le NECCP entreprise est assez emblémaa développé une technologie tique des efforts de la Chine « La Chine consiparticulière pour récupérer et dans les biotechnologies. La dère qu’elle a multiplier des cellules souches manière dont elle a été créée et dites mésenchymateuses dans assez de moyens son business model illustrent le cordon ombilical. « Avec ce bien comment les Chinois pour développer type de cellules souches, on comptent se placer sur un elle-même son sec- peut espérer traiter de nommarché national et global breuses maladies du cœur, du teur des biotechaux perspectives alléchantes. foie, le diabète et les paralyComme souvent dans l’empire nologies. » sies. Nous avons déjà pratiqué du milieu pour les domaines des tests cliniques sur une cende pointe, c’est un chercheur parti étudier taine de patients avec des résultats assez à l’étranger qui est au cœur du projet. positifs. De plus, ces cellules n’entraînent Le Pr. Han Zhongchao, formé pendant pratiquement pas de problèmes de rejet » onze ans en France, est revenu en Chine explique le médecin chinois. Comme en pour diriger l’Institut National d’Héma- 2001, une banque de cordons ombilicaux tologie de Tianjin. Dans le même temps, pour ce type de cellule souche a été mise il a développé ses talents d’entrepreneur en place avec StemGene comme parteen créant une première société en 2001, naire privé principal du NECCP. La banStemGene. Le but était alors de mettre que couvre les frais de fonctionnement de en place une banque de cordons ombi- Amcellgene tandis que des fonds publics licaux avec un partenariat entre l’Insti- nationaux et régionaux alimentent le centut d’Hématologie et un groupe textile tre de recherche chaque année. « Notre de Shanghai qui participe à hauteur de but est de proposer un médicament com57%. Les cordons ombilicaux contiennent mercialisable d’ici 3 ans et nous sommes

F


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Le laboratoire d’Amcellgene à Tianjin.

les premiers au monde à avoir développé un tel produit. Nous attendons actuellement les autorisations de l’Etat » précise le Pr. Han. « Et vu le spectre large des applications, nous estimons à 200 millions le nombre de patients potentiels en Chine » précise-t-il. Des chiffres qui ont de quoi aiguiser les appétits et les entreprises chinoises, fondées par des jeunes chercheurs partis à l’étranger, se multiplient dans le secteur. Si au niveau de la recherche, la collaboration à l’international est appréciée des Chinois, l’Etat protège ses entreprises nationales en contrôlant très strictement

天津昂赛细胞基因工程有限公司的实验室

les investissements étrangers. « La Chine considère qu’elle a assez de moyens pour développer elle-même son secteur des biotechnologies. L’Etat soutient le secteur avec du financement et une législation souple. L’idée c’est de pouvoir être compétitif au niveau mondial et de concurrencer les leaders globaux, pas d’être racheté par eux ! » souligne le Pr. Han en souriant. De fait, la Chine et son marché intéressent également les entreprises pharmaceutiques étrangères mais attention, il n’y aura pas de place pour tout le monde. Avec un accès facilité aux financements publics, les sociétés chinoises se développent très

vite et d’ici 5 à 10 ans la concurrence avec les acteurs étrangers sera très dure sur le marché local. Fini le temps où il suffisait d’arriver avec des fonds et un peu de transfert technologique pour s’implanter dans l’empire du milieu. Selon le professeur chinois, les entreprises étrangères vont devoir revoir leur manière de procéder et trouver un nouveau modèle de travail avec les compagnies locales. Il faudra apprendre à intégrer davantage les spécificités du pays dans les manières de faire et au niveau culturel. Une tâche qui pourrait s’avérer plus facile à réaliser pour des grands groupes internationaux que pour des PME qui risquent de ne pas savoir s’adapter assez vite. Réciproquement, Amcellgene envisage de s’implanter à l’étranger mais a du mal faute de trouver suffisamment de partenaires économiques et de connaître assez bien les marchés locaux. « Même si je connais bien la France, nous ne connaissons pas suffisamment le reste des marchés européens ou américains. Nous avons déjà des partenaires scientifiques mais personne au niveau financier. Dès que nous aurons trouvé quelqu’un, nous sommes prêts à investir pour exporter notre technologie ». L’entreprise est un savant mélange de privé et public, de commerce et de recherche. Un nouveau cadre de coopération-compétition reste à définir, mais Amcellgene incarne bien le dynamisme du secteur des biotechnologies en Chine. Reste à voir comment se passera le passage à la commercialisation des produits et la mise en concurrence avec les entreprises étrangères.

Nicol a s Sr idi

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公司简讯 l’actualité / entreprises Suez Environnement signe deux contrats à Chongqing Suez Environnement a décroché en septembre deux contrats avec Chongqing Water, le groupe régional de gestion des eaux dans lequel il avait pris une participation en avril dernier. Le premier accord porte sur l’acquisition d’une concession d’eau potable dans la zone de Yuelai, au nord de Chongqing, qui alimentera en eau potable plus d’1,2 million d’habitants grâce à la construction d’une usine de traitement d’eau d’une capacité totale quotidienne de 600 000 m³ (150 millions d’euros). Le second porte sur un projet de concession d’eaux industrielles et d’eaux usées dans le parc d’industries chimiques de Changshou. Le groupe français est déjà présent dans la région au travers deux sociétés communes entre sa filiale Sino French Water Developpement et la société Chongqing Water Holding.

Accor veut faire de la Chine son second pôle Malgré ses 71% de chiffre d’affaires réalisés en Europe, c’est en Asie qu’Accor, premier groupe hôtelier européen (8,1 millions d’euros de CA en 2007), voit l’avenir, et notamment en Chine, où se développent tourisme de loisir (+14% de dépenses annuelles) et voyages d’affaires. Arrivé en 1985 sur le marché chinois, il compte porter à 24% d’ici 2010 la part de ses investissements consacrés au pays, sur les 2,5 milliards d’euros investis à l’échelle mondiale, ce qui en fera le deuxième poste derrière la France. Accor anticipe un relâchement de la tutelle étatique sur le secteur hôtelier, qui favorisera l’implantation de marques étrangères (aujourd’hui 15% seulement des chambres sont sous bannière étrangère). De 58 hôtels en Chine au 30 juin et plus de 15 700 chambres, le groupe français propriétaire des marques Novotel, Sofitel, Mercure, Pullman, Ibis triplera à 180 le nombre de ses établissements d’ici 2010, Hong Kong et Macao compris. Signe de cet optimisme, Accor a ouvert le 1er septembre son 4e Novotel à Pékin. 34 Connexions / octobre-novembre 2008

Compin crée une nouvelle joint venture avec Premier acteur européen dans l’équipement intérieur pour le transport ferroviaire (cloisons, cabines, sièges, modules de têtes de train) Compin (1 025 salariés, 114 millions d’euros de chiffre d’affaires) a officialisé fin septembre la création d’une joint venture à participation majoritaire (60%) avec Qingdao Railway (12 millions d’euros de CA, 350 salariés), son associé en Chine depuis 2004. A l’origine, avec Christian Lacroix, des sièges Hydra et Calypso pour les nouvelles rames de TGV français, l’entreprise d’Evreux a vu s’accélérer son expansion internationale avec sa reprise par Marc Grangier, ancien d’Alstom, en 2005. Aujourd’hui, elle vise l’une des premières places mondiales comme fournisseur du ferroviaire. La nouvelle JV, baptisée Qingdao Compin Railway, a l’avantage d’offrir une porte d’entrée sur les plus gros donneurs d’ordre chinois, avec pour clients Sifang (constructeur du Shandong) ou Satco, et répond également aux besoins des constructeurs étrangers présents en Chine. Entre autres réalisations, Compin a meublé et équipé des wagons TGV 1re et 2nde générations, les rames du train Pékin-Lhassa et des rames du métro de Pékin, Nankin, Canton. La JV est dotée d’un centre de R&D d’une trentaine de chercheurs et s’apprête à équiper les nouveaux TGV de 3e génération, telle la future ligne Pékin-Shanghai. A terme, l’objectif est aussi d’exporter vers l’Europe, en misant sur les coûts de pro-

Areva accentue sa coopération nucléaire Après avoir signé avec l’électricien chinois du Guangdong CGNPC (China Guangdong Nuclear Power Company), son partenaire depuis les années 1980, un contrat de fourniture de deux réacteurs EPR de 3e génération (mise en service prévue en 2013 et 2015) en novembre 2007, Areva crée une JV (détenue à 45%) avec plusieurs partenaires chinois dont CGNPC, laquelle sera en charge de l’ingénierie et des achats des réacteurs de 2e et 3e généra-

duction plus bas. Dans un secteur porté au rang de priorité nationale pour remédier à la vétusté et l’encombrement du réseau, l’avenir de Compin en Chine s’annonce souriant. A peine installé, Compin prévoit déjà 20 millions d’euros de CA (+30%) pour cette année.

tions (CPR1000 de technologie chinoise et EPR). Cette joint venture, qui servira de banc d’essai pour des projets conjoints à l’étranger, confirme la position d’Areva en Chine et marque l’entrée dans une phase active de coopération avec CGNPC pour le développement de centrales. Un second accord signé en présence de Zhang Guobao, président de l’Administration chinoise de l’Energie (NEA), apparaît comme une contrepartie : Areva cède à CGNPC et à des fonds souverains chinois 49 % de ses parts dans UraMin, le Canadien racheté en 2007 (2,5 milliards de dollars) afin de


Qingdao Railway

法国Compin集 团“上轨道” 作为欧洲第一大铁路运输内部设备(隔 板、包厢、火车、有轨电车和地铁座位、 车头模件)的供应商,法国Compin集团 (1025名员工,1.14亿欧元营业额)9月 底正式与其2004年以来的合作伙伴青岛 铁路公司(1200万欧元营业额,350名员 工)成立了由该集团控股(60%)的合资 公司。这家位于法国Evreux的企业最初 在克里斯汀·拉夸(Christian Lacroix) 的带领下为法国高速列车设计Hydra和 Calypso座椅,2005年由阿尔斯通前任 经理马克·格朗杰(Marc Grangier)接 管后加快了国际化拓展。今天,它的目 标是成为世界最大的铁路设备供应商 之一。青岛Compin铁路合资公司将拥 有敲开中国最高决策层大门的优势,它 的客户有山东四方集团或上海阿尔斯通 交通设备公司,同时满足在华外国设备

法国雅高集团欲把中国 打造成第二大投资地 尽管法国雅高集团71%的营业额在欧洲 实现,但是欧洲第一大酒店集团雅高( 2007年的营业额为810万欧元)的未来 是在亚洲尤其是在中国,这里的休闲旅 游(每年花销增长14%)和商务旅行正 在蓬勃发展。雅高于1985年进驻中国市 场,打算在到2010将在全球24亿欧元投 资的24%注入中国,中国将成为雅高继 法国之后的第二大投资国。雅高预见到 中国酒店业的国家监管将放松,有利于 国际酒店品牌的落脚(目前只有15%的 房间是 国外品牌)。截 止 到 2 0 0 8 年 6月30日,雅高在中国拥有58家酒店和 15700多个房间,旗下拥有诺富特、索菲 特、美爵、铂尔曼、宜必思品牌,计划到 2010将在中国,包括香港、澳门的酒店 数目翻三番达到180家。作为乐观的信 号就是雅高第四家诺富特酒店在北京开 业。

法国阿海珐加强核合作

Compin已经为第一和第二代高速列车

2007年11月,法国阿海珐集团与其80年

的车厢、北京—拉萨的列车以及北京、

代以来的合作伙伴中国广东核电集团签

南京、广州的地铁列车提供设备。新合

订提供两个第三代欧洲压水式反应堆(

资公司拥有一支由30多名研究人员组成

预计于2013和2015年投入使用)的合

的研发中心,并准备好为第三代高速列

同之后,又与包括中国广东核电集团在

车即京沪高速铁路线提供装备。公司的

内的数家中国合作伙伴一起成立了合资

最终目标是最大限度降低生产成本以

公司(阿海珐占45%的股份),它将负责

向欧洲出口。为了改善铁路网落后和拥

建设及购买第二和第三代反应堆(中国

法国Compin集团

堵状况,该行业已被国家放在优先发展

改进型压水堆1000MW以及欧洲压水

已为北京—拉萨的特快列车

的位置,Compin在中国的未来是乐观

式反应堆)。作为阿海珐在国外合作项

的。刚刚成立合资公司,Compin已经为

目的试验平台,该合资公司将确定阿海

今年规划了2000万欧元的营业额(增长

珐在中国的地位并标志着阿海珐与广东

30%)。

核电集团为核电站发展的合作进入了一

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制造商的需要。在众多完成的项目中,

Compin a meublé et équipé les rames du train Pékin-Lhassa.

提供内部设施

个活跃的阶段。在国家能源局局长张国 宝出席下签署的第二个合同似乎是交换

sécuriser sa production d’uranium. UraMin dispose de mines en Afrique du Sud, Namibie et République centrafricaine (plus de 7 000 tonnes d’uranium par an attendues après 2012). Le contrat prévoit un partage de la production d’uranium (CGNPC aura accès à plus de la moitié de la production totale d’UraMin), ce qui permettra de sécuriser les approvisionnements de la compagnie chinoise jusqu’en 2022, tout en restant adossé au leader français de l’atome civil, même si ce dernier restera l’opérateur des projets d’UraMin.

法国苏伊士环境集团在重庆 签署了两个合作意向书

条件:阿海珐向广东核电集团和一些国

法国苏伊士环境集团9月与负责重庆地区水务

石公司49%的股份,这家加拿大公司是

管理的重庆水务集团签署了两个合作意向书,

阿海珐2007年为保护其铀产量以25亿

今年4月苏伊士环境已入股重庆水务。第一份

美元收购的,在南非、纳米比亚和中非

合作意向书获得向重庆三北地区(悦来)供水

共和国都拥有铀矿石基地(2012年以后

的特许经营权,通过建立一座日水处理能力

年产量预计在7000吨以上)。合同规定

60万吨(1.5亿欧元)的工厂向120多万居民提

了铀产量的分配(广东核电集团将得到

供饮用水。第二份合作意向书取得了长寿化工

铀矿石公司总产量的一半以上),这将

园区的工业用水和污水处理的特许经营权。通

确保广东核电集团通过依靠世界民用核

过其子公司中法水务与重庆水务控股集团合

能巨头阿海珐得到直至2022年的铀供

资的两个公司,苏伊士环境集团已经在重庆开

应,即便后者仍将是铀矿石公司的项目

展业务。

操作者。

家投资的金融资产公司转让旗下铀矿

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公司简讯 l’actualité / entreprises

60 millions d’euros pour financer les projets qui préviennent le réchauffement climatique. C’est l’initiative lancée par l’AFD. Présent en Chine depuis 2004, cet établissement public français a pour mandat de participer à la lutte contre le réchauffement climatique selon trois axes majeurs : le développement des énergies renouvelables, la baisse de la consommation des énergies fossiles et la recherche et le développement en technologies de séquestration du carbone. Suite à la déclaration conjointe des Présidents Hu Jintao et Nicolas Sarkozy de novembre 2007 sur le climat, l’AFD a signé une convention avec le ministère chinois des Finances et a lancé un “crédit vert” destiné à financer des investissements dans le secteur de l’efficacité énergétique et des énergies renouvelables. Ce crédit vert est disponible sous forme de prêts aux entreprises, via trois banques chinoises (Huaxia Bank, Shanghai Pudong Development Bank et China

Merchants Bank), avec des taux d’intérêt aidés, inférieurs à ceux du marché. Les entreprises bénéficiaires de ces prêts sont en outre accompagnées sur le plan technique par des experts franco-chinois dans le but d’optimiser l’efficacité énergétique de leur projet. Edouard Danjoy directeur de l’AFD à Pékin précise : « Une entreprise qui veut se développer dans le secteur des énergies renouvelables peut s’adresser directement à l’une des trois banques partenaires, chacune disposant de 20 millions d’euros. Les établissements bancaires nous rendent ensuite compte des prêts accordés par elle dans le cadre du “Green Credit Line”. Aujourd’hui, 20 millions d’euros de crédits ont déjà été alloués. Dans l’idéal, nous aimerions que ce dispositif profite à des entreprises françaises et chinoises et souhaiterions renouveler cette opération sur 2009. » L’appel est lancé… Information : www.afd-chine.org.

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Energies renouvelables : l’Agence Française de Développement propose un « crédit vert »

La France et la Chine coopèren

Courbis, lauréat du Prix PME France-Chine 2008 Le prix PME France-Chine a été décerné le 21 octobre à l’occasion du salon Mecanetwork à Saint-Etienne au groupe Courbis, concepteur et fabriquant de produits techniques en polyuréthane. Elue parmi neuf candidats, l’entreprise de la Drôme est présente en Chine depuis 2007 sur un marché prometteur et sur lequel plusieurs de ses clients sont déjà installés. Pour rappel, le prix PME France-Chine organisé par l’Assemblée des Chambres françaises de Commerce et d’Industrie (ACFCI) et la CCIFC récompense le

meilleur projet développé en Chine continentale depuis moins de deux ans, dans une perspective d’export et/ou d’implantation. Le lauréat est accompagné et appuyé par la CCIFC et bénéficie d’un plan de communication lui offrant une visibilité et une notoriété maximales sur le marché chinois. Le prix PME Chine est, lui, remis le 14 novembre lors du Gala annuel de la CCIFC à Shanghai. Pour cette troisième édition soutenue par le groupe Total, deux caté-

Airbus s’envole en Chine L’avionneur européen vient d’inaugurer officiellement sa première chaîne d’assemblage non européenne dans la nouvelle zone de Binhai de Tianjin (100km, à l’est de Pékin), alors que les appareils sont traditionnellement assemblés à Toulouse ou Hambourg. Ce projet marque la volonté d’internationalisation de l’avionneur, dont 438 36 Connexions / octobre-novembre 2008

appareils sont déjà en service en Chine, et signe la réussite d’une stratégie qui lui a valu de passer de 4% de parts de marché en 1995 à 39% en 2008, avec 400 avions en commande. La finalisation du projet aura pris seulement 3 ans entre l’idée d’un partenariat et la ligne d’assemblage, la construction de l’usine n’ayant pris que 15 mois.

gories de candidats sont récompensées. Au prix “Excellence” decerné aux PME françaises ayant établi une structure locale de 2 à 5 ans d’existence en Chine continentale s’ajoute, cette année, le prix « Entrepreneurs », récompensant un entrepreneur individuel français, ayant établi des activités durables sur le territoire chinois. Ces deux prix, sponsorisés par Air France, s’inscrivent dans le cadre des actions du Plan Chine pour soutenir et encourager la présence française en Chine.


法国开发署的“绿色信贷” 自2004年进驻中国,法国开发署(法国政府支持的公共机 构)根据三大重心以参加同气候变暖的斗争为职责:发展可再 生能源、减少矿物能源的消耗以及研发碳贮存技术。在这个 背景下,以及继2007年11月胡锦涛主席和萨科奇总统签署关 于气候变化的联合声明之后,法国开发署与中国财政部签署了 一项协议,启动了用于资助提高能效和可再生能源项目的“绿 色信贷”。2008年,总额6000万欧元的中间信贷项目将通过 三家中国银行(华夏银行、上海浦东发展银行和招商银行) 以低于市场的援助贷款利率向企业发放。获得这项期限为十 年贷款的企业还将得到中法专家技术方面的援助以最大限 度地提高能效。法国开发署驻北京代表处首席代表唐杰先生 说: “希望提高可再生能源生产效益的公司或有这些能源生 产项目的企业可以直接向三家转贷行之一申请贷款,每家都拥 有2000万欧元的转贷金额。3家银行随后向我们汇报由他们 在‘绿色信贷’框架内发放的贷款。目前,2000万欧元的贷款 已经给予符合我们要求的项目。理想的是,我们希望每个银 行有3至5个项目,而且在2009年我们会继续这个计划。”项目 征集已经开始……欲了解更多信息,

nt pour freiner le réchauffement climatique.

中法合作为遏制全球气候变暖

请登陆:www.afd-chine.org。

Rothschild signe un partenariat avec la Banque de Chine

2008年法中中小企业奖获得 者库毕斯

En pleine tourmente financière, la L.C.F. Rothschild (à l’actionnariat familial, fondée en 1953) a annoncé le 18 septembre un partenariat avec la Banque de Chine (BDC), cinquième capitalisation mondiale (130 millions de clients dans 28 pays), afin de développer la banque privée et les services de gestion de patrimoine pour les « nouveaux riches » chinois. La BDC rachètera 20% des parts de LCF Rothschild pour 236 millions d’euros. Il s’agit pour elle d’étoffer sa gamme de produits pour satisfaire des nouveaux clients détenteurs de cash et désireux de placements sophistiqués. Au total, elle compte 500 000 clients détenteurs d’un patrimoine de plus d’1 million de dollars. Benjamin de Rothschild, propriétaire de la LFC, conservera 75% des parts. L’alliance entre un mastodonte de la banque universelle et un petit acteur familial à la clientèle choisie résistera-t-elle aux différences de cultures ?

奖颁发给了设计和生产聚氨酯技术产品的法国

1 0 月 2 1 日 ,借 法 国 圣 太 田 机 械 设 备 展 (Mecanetwork)之际,2008年法中中小企业 库毕斯集团。从9家候选企业中被选出,位于法 国德龙省的库毕斯集团自2007年进驻中国这个 具有发展前景的市场,它的许多客户已经在中 国落户。由法国工商会联合会和中国法国工商 会联合举办的法中中小企业奖,用于奖励为出 口或落户在中国大陆发展的历史少于2年的最 佳项目。获奖企业将得到中国法国工商会的帮 助和支持,赢得一揽子宣传计划以增加企业在 中国市场的曝光率和知名度。 在华法国中小企业奖将于11月14日在上海中国 法国工商会年度晚会上颁发。由道达尔集团 支持的第三届在华法国中小企业奖,将奖励两 类候选者。除了颁发给在中国大陆地区设有办 事处、外资企业、合资企业等机构的已有二至 五年历史的法国中小企业的“最佳企业”奖之 外,还新增了颁发给在中国开展长期业务的法 国个人企业家的“最佳企业家”奖。 两个奖项均由法国航空公司赞助,作为支持和 鼓励法国中小企业在华发展的“中国行动”计 划的组成部分。

空中客车在中国腾飞 空中客 车 在天津 滨海新区(位于北 京东部

100公里)为第一条欧洲以外的组装线正式举 行投产典礼,而空客飞机的零部件传统上是在 图卢兹和汉堡组装的。该项目标志着空客的国 际化愿望,其438架飞机已在中国投入使用, 这也标志着其国际化策略的成功— —空客在 中国的市场份额从1995年的5%达到2008年的 39%,还有400架飞机订单正在生产。从有合作 的想法到建立组装线,整个项目的完成只用了 3年时间,而工厂的建立则只用了15个月的时 间。

法国洛希尔银行与中国银行 签署合作协议 正值金融危机之时,法国洛希尔银行(1953年 成立的家族股份银行)于9月18日宣布与世界 第五大银行中国银行(在28个国家拥有1.3亿 名客户)合作,以便发展面向中国“新富”的私 人银行和资产管理业务。中国银行将以2.36亿 欧元收购法国洛希尔银行20%的股份。对中国 银行而言,该投资是为了充实产品的类型以满 足持有大量现金并希望从事高级投资的新客 户的需要。中行总共拥有50万个资产在100万 美元以上的客户。洛希尔银行的所有者本杰 明·洛希尔(Benjamin de Rothschild)将保 留75%的股份。世界银行巨头和小型家族银行 为特定中国客户结成的联盟能否能克服文化的 差异呢?

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公司简讯 l’actualité / entreprises

English Trackers, c’est le nom de la nouvelle agence de services de traduction fondée et dirigée à Pékin par Bridget Rooth, à l’attention de la communauté d’affaires internationale en Chine pour qui l’anglais reste la langue principale. Avec une équipe de traducteurs anglophones spécialisés et expérimentés, English Trackers assure des traductions du français vers l’anglais et aussi d’autres langues, notamment du chinois et de l’espagnol vers l’anglais. Outre la traduction, c’est une gamme complète de services liés à la pratique de l’anglais du monde commmercial qui est proposée : relecture, réécriture, rédaction… L’objectif de Bridget Rooth : « Créer une véritable relation de confiance avec nos clients pour accompagner les entreprises sur le long terme dans tous leurs besoins en anglais. » Pour en savoir plus : www.english-trackers.com.

Parce que les conjoints d’expatriés le valent bien ! INSPIRED Beijing annonce le lancement de son programme de soutien aux conjoints d’expatriés : séminaires en groupe et coaching individuel. Ce programme — conçu spécifiquement pour la Chine — a pour but d’aider les entreprises françaises qui souhaitent offrir un réel accompagnement de leurs personnes en mobilité et ainsi limiter les échecs en expatriation. Les services personnalisés et adaptés d’INSPIRED permettent aux conjoints d’expatriés de définir et de construire en Chine leur propre projet personnel ou professionnel, qu’il s’agisse d’une recherche d’emploi ou non (test de personnalité, introduction à des contacts locaux, aide à la rédaction du CV ou du business plan, préparation aux entretiens…). Fondé par Jasmine Keel, elle-même expatriée française, INSPIRED réunit une équipe de coaches expérimentés et de professionnels en ressources humaines. Pour plus d’informations : www. inspiredbeijing.com 38 Connexions / octobre-novembre 2008

formation

© HEC

Des professionnels de l’english business à votre service

Expansion d’HEC en Chine Après le lancement de la troisième promotion de son EMBA à Pékin en octobre 2008, HEC développera à Shanghai au printemps 2009 une nouvelle option de son programme de formation intensive. Délivré sous les auspices du centre de formation de la Commission Nationale de Développement et de Réforme (NDRC - agence dépendant directement du Conseil d’Etat), ce programme destiné aux dirigeants d’entreprises mettra l’accent sur le management général et l’economie de marché. L’option du EMBA à Shanghai ciblera les cadres

dirigeants, en priorité ceux du secteur privé et accueillera également les cadres chinois et étrangers travaillant pour des sociétés locales ou internationales. L’enseignement sera assuré en anglais par des professeurs d’HEC. L’option de Shanghai suit le programme HEC EMBA initié en septembre 2006 avec la SASAC (Commission de Supervision et d’Administration des Actifs d’Etat de la République Populaire de Chine) conçu, lui, pour élargir et renforcer les compétences techniques et le leadership des cadres chinois, principalement ceux des sociétés d’Etat.

Les clés du business en Chine tous frais payés Cours de langue en Chinois des affaires, formation interculturelle, séminaires personnalisés, visites d’entreprises, de villes et d’administration chinoises, le Managers Exchange and Training Programme (METP) est une initiative conjointe de la Commission Européenne et du Gouvernement Chinois qui a notamment pour objectif de renforcer l’expertise commerciale des managers membres de l’Union Européenne. Dispensé par l’Université Internationale des Affaires et de l’Economie de Pékin (UIBE), ce programme de dix mois (7 mois de formation et 3 mois de stage au sein d’une entreprise chinoise ou européenne en Chine) est validé par l’obtention d’un diplôme officiel, signé par

l’Ambassadeur de l’Union Européenne en Chine. Le METP s’adresse aux managers de PME et d’ONG ainsi qu’aux entrepreneurs individuels qui ont un intérêt professionnel pour la Chine. Les candidats ne doivent avoir aucune connaissance ou presque de la langue Chinoise, doivent être âgés de 26 à 40 ans et posséder un minimum de cinq années d’expérience professionnelle. Le METP attribue une indemnité de séjour aux participants et prend en charge l’intégralité des frais de formation. A noter, la date limite d’inscription pour la quatrième session est le 4 janvier 2009 et pour en savoir plus : www. metp.net.cn


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于2009年春在上海开办新的集中培训项目。面

月(7个月的培训,3个月在一个中国企业或欧

向企业领导的新项目是在国务院直属的国家发

洲在华企业的实习)的培训项目最后以获得欧

为驻华工作的外国人的配偶 值得一做

展和改革委员会培训中心的支持下发起的,重

盟驻华大使签字的正式文凭毕业。

点放在综合管理和市场经济的培训上。上海

中国—欧盟经理人交流培训项目(EMTP)招

INSPIRED Beijing宣布启动向驻华工作的外

EMBA项目将面向领导干部招生,私有行业的

收的对象有中小企业或非政府组织经理人,

国人的配偶提供支持的项目:开设分组讨论

领导干部优先,还将招收在本地或国际公司工

还有对中国有职业意向的个人企业家。申请者

会以及个人指导。这个特别为中国而设的项

作的中外管理者。教学将由巴黎高等商学院的

没有或几乎没有任何中文基础,年龄在26至

目旨在协助希望为外国驻华员工提供真正帮

教授用英语进行。上海的培训是2006年9月与

40岁之间,并且至少要拥有5年的工作经验。该

助的法国企业并降低外国员工驻华工作的失

中国国务院国有资产监督管理委员会启动的巴

项目还向参加培训者发放培训间的补贴以及

败。INSPIRED个性化的改良服务能使驻华

黎高等商学院EMBA项目的延伸,国资委设置

承担全部培训费用。欲了解更多信息,请登陆:

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该培训是为了提高和加强中国领导干部、尤其

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Connexions / octobre-novembre 2008 39


公司简讯 l’actualité / entreprises

© DR

Dalkia souffle le chaud et le froid en Chine

Dalkia travaille à l’optimisation des dépenses énergétiques.

Dalkia, filiale de Veolia Environnement créée en partenariat avec EDF s’attaque au marché du chauffage urbain en Chine. Spécialisée dans les services énergétiques, Dalkia est présente en Chine depuis 2004.

A

vec plus d’un tiers de territoire nécessitant du chauffage en hiver et une tendance à la concentration en zone urbaine, la Chine représente une opportunité intéressante pour Dalkia. D’autant que l’optimisation des climatisations au sud et des dépenses énergétiques dans les parcs industriels, encore à leurs débuts, sont des marchés également prometteurs. Arrivée en Chine lors de l’ouverture du marché énergétique en 2004, l’entreprise poursuit aujourd’hui cinq projets dont un important dans la ville de Jiamusi au nord-est du pays. « Il s’agit pour nous de la première récupération d’une entreprise publique de chauffage urbain. » explique Zhang Zeming, directeur général de Dal40 Connexions / octobre-novembre 2008

kia China. « De plus c’est une des zones les plus froides du pays avec six mois de chauffage en continu et démontrer notre savoir-faire là-bas est une bonne chose » dit-il également. Mais si l’aventure est intéressante, elle est loin d’être une panacée économique.Les entreprises publiques que cèdent les autorités chinoises sont généralement en situation de quasi-faillite. En plus de l’amélioration des performances techniques, c’est tout un nouveau mode de gestion qu’il faut introduire et des mentalités qu’il faut transformer. Les résultats sont cependant au rendezvous puisque, alors qu’elle était déficitaire à hauteur de 3 millions d’euros par an, l’entreprise a enregistré un léger bénéfice sur l’hiver 2007 après un an d’exploitation par Dalkia. « Pour cette première reprise, nous avons attaché de l’importance à nos nouveaux salariés. Nous avons garanti le maintien de leur pouvoir d’achat, fait des entretiens individuels et fourni de nombreuses formations. Pour nous, le pari est également remporté puisque l’on sait désormais qu’il est possible d’être performant avec les salariés d’une entreprise publique chinoise » précise le manager. Mais un orage s’annonce déjà dans le

达尔凯致力于优化能源消费

secteur énergétique local : la hausse du prix du charbon et la baisse des réserves du pays. Le doublement actuel des cours de la houille promet un hiver 2008 économiquement maussade pour Dalkia en Chine. Si les réserves au Xinjiang et en Mongolie intérieure restent abondantes, les stocks plus au nord, vers Shenyang, sont estimés à 6 à 8 ans et le prix prohibitif des transports implique la recherche de nouvelles solutions. « Il faut privilégier les économies des ressources via l’optimisation des systèmes et développer les nouvelles énergies. A Jiamusi nous avons divisé la consommation d’eau pour le chauffage par 3, mais idéalement c’est par 80 qu’il faudrait diviser ! Il y a beaucoup à faire à ce niveau. Nous travaillons également sur la géothermie en profondeur qui pourrait s’avérer révolutionnaire pour le nord de la Chine, sur les pompes à eau de mer et le solaire à Qingdao et sur les bioénergies. Mais il ne faut pas rêver, une composition 80% primaire et 20% nouvelles énergies serait déjà bien, il n’y a pas de solution miracle à court terme pour se détacher du charbon en Chine » conclut Zhang Zeming. N ic o l a s S r i d i


达尔凯向中国供暖与供冷

然而,随着中国煤炭价格的高涨以及 煤炭储量的减少,地方性能源行业的风暴

能源服务专家达尔凯是法国威立雅环境集团的子公司,是由法国威立雅 环境集团与法国电力公司出资成立。公司以城市供暖为核心业务,自 2004年进入中国这个重要但又不容易发展的市场。

已经来临。 煤炭价格的翻番对达尔凯在中国的发 展预示着一个经济低迷的2008年冬。即使 新疆和内蒙古的煤炭储量还很丰富,北方

中国有三分之一到四分之一的领土 冬季需要供暖,并且有向城区集中的趋

尽管这次经历非常有意义,但它远不 是经济上的灵丹妙药。

沈阳附近估计只有6到8年的煤炭储备。昂 贵的运输价格也意味着必须寻求新的解决

势,对达尔凯而言,中国是一个很好的发

中国政府放权的国有企业通常都处在

展机遇。而且由于中国南方空调系统及工

濒临破产的境地。除了提高技术水平外,

“必须通过优化供热系统优先发展节

业园能耗的优化处在初期阶段,这里的市

还需要引入全新的管理模式并改变观念。

能,并开发新的能源。在佳木斯,我们将

场也颇具发展前景。

方案。

然而结果还是达到了预期:通过达尔凯一

供热耗水量减少到1/3,但理想是减少到

达尔凯于2004年能源市场开放之时

年的经营,亏损每年高达300万欧元的企

1/80!在这个方面还有很多事情要做。此

进入中国,现在已有5个项目,其中一个

业到2007年冬略有赢利。“在这首次收购

外,我们将深入研究地热,这对中国北方

重要项目位于东北的佳木斯市。“这是我

的运作中,我们非常重视新员工。我们保

将会产生革命性影响,以及海水泵、青岛

们第一次收购为城市供热的一家国有企

证维持他们的购买力,给予个人评估并提

的太阳能以及生物能源。当然不能抱太大

业。”达尔凯中国区总经理张泽明解释

供许多培训。对我们而言,这个赌打赢

幻想,由80%的基础能源和20%的新能源

说,“佳木斯位于中国最寒冷的地区,需

了,因为我们深深知道使用中国国有企业

组成的结构已经不错了,中国在短期内还

要6个月连续供暖。在那里发挥我们的专

的老员工同样可以具有竞争力。”张总经

没有可以替代煤炭的有效解决方案。”张

长是一件好事。”

理明确道。

泽明总结道。

Connexions / octobre-novembre 2008 41


专访 l’entretien Diplomate parfaitement francophone, Xia Huang, aujourd’hui vice-maire de Jiamusi, une région à l’extrême Nord-Est de la Chine, a fait l’ENA (promotion Valmy) et a été, entre 2002 et 2007, conseiller politique, à la tête de la cellule des affaires bilatérales à l’Ambassade de Chine à Paris.

Xia Huang, haut-fonctionnaire envoyé à la campagne.

Xia Huang, vice-maire de Jiamusi, contribue au développement d’une région frontière encore pauvre.

N’oubliez pas le Dongbei…. Connexions : D’où vous vient votre proximité avec la France ? Xia Huang : J’ai commencé à apprendre la langue française à l’âge de 10 ans en 1973. Nous étions encore en pleine Révolution culturelle mais déjà, dans cette école primaire, annexe de l’Institut des Langues étrangères de Pékin, la Chine préparait son ouverture. A l’époque, le français était avec l’anglais une langue prioritaire et l’école formait 36 étudiants francophones par promotion. Après le bac, je suis entré à l’Institut de Diplomatie, j’ai fait une maîtrise de droit, puis j’ai été recruté par le ministère des Affaires étrangères en 1985. Et 42 Connexions / octobre-novembre 2008

puis entre 1985 et 1987, j’ai eu la chance de poursuivre en Europe mes études de droit public. Je suis revenu en France en 1996 comme élève à l’ENA. J’ai enfin travaillé cinq ans à l’ambassade de Chine à Paris. Au cours de mes séjours, j’ai pu nouer des liens d’amitiés qui m’ont permis de mieux comprendre la culture française et de m’y sentir à l’aise.

(Dongbei), aux portes de la Russie avec laquelle elle partage une frontière de 439 kilomètres. Je suis en charge des relations internationales et des investissements. Cette pratique de la mobilité pour les hauts fonctionnaire de l’Etat a été lancée il y a une dizaine d’années pour favoriser l’ouverture réciproque entre Pékin et les provinces.

C. : Vous êtes actuellement vice-maire de Jiamusi, une fonction qui se rapproche en fait de celle de sous-préfet en France. Comment un diplomate peut-il occuper de telles fonctions ?

C. : Comment défendez-vous les intérêts de Jiamusi ?

X. H. : J’effectue actuellement ma mobilité dans cette région frontière du Nord-Est

X. H. : Jiamusi abrite 2,5 millions d’habitants sur une superf icie de 32 700 km 2 , dans la province du Heilongjiang. Dans l’histoire, Jiamusi a été une

•••


夏煌 现任中国 最东北端城市 佳木斯市副市长, 精通法语,曾就读于 法国国立行政学院 (瓦尔米届,1996-1998), 2002至2007年 担任中国驻法国使馆 政务参赞。

而,同东北其他老工业城市一样,佳木 斯目前仍受到90年代末开始的国有企业 转型的困扰,不少企业破产。市政府要 处理很多社会问题。失业人数难以统 计,因为一部分工人又回到农村务农。 国务院10年前制定的振兴政策已初见成 效,但仍需继续做出很多努力。目前我 们正在尝试建立现代社会保障制度。佳 木斯的医疗卫生体系较为完善,中学教 学水平很高。佳木斯有几个效益较好 的国有企业,也引进了一些外资,比 如美国独资企业约翰迪尔公司(Johne Deere),主要生产农业机械;法国的达 尔凯公司(Dalkia),承担佳木斯城市供 暖。对国外投资者来说,佳木斯的优势 在其良好的工业基础,这里有优秀的技

友,这使我能很好地理解法国文化,适

术工人,而工资水平却很低。土地价格

应当地的环境。

低廉。运输方面,黑龙江省的运输网络

《联结》:您目前担任佳木斯市副市

目前不算发达,但从明年开始,一些大

长,相当于法国专区区长的职务,因为

规模投资项目将开工。到2012年,哈尔

中国的城市是一个领土单位。一个外交

滨、沈阳和北京之间将建成一条时速达

家如何能够担任这样的职务呢?

300公里的高速铁路,另一条高速铁路计

夏煌:我现在被派到位于中国东北边陲

划连接佳木斯和哈尔滨。这些高速客运

的佳木斯市挂职工作,这里与俄罗斯接

线路建成后,就可以对现有的铁路网进

壤,有439公里长的边境线。我主管外

行改造,完全用于货运。目前,达尔凯

事、侨务和招商引资工作。为了促进中

是佳木斯唯一的法国企业。我希望能够

央和地方之间的交流,中央国家机关十

动员家乐福和雅高集团在佳木斯落户。

几年前就开始安排工作人员到地方挂

很多佳木斯的企业尤其是水泥行业的企

职。

业正在寻找合作伙伴。企业界应该特别

《联结》:您如何维护佳木斯的利益

关注不断焕发生机的东北地区。

呢?

《联结》:中俄友好邻邦关系发展得如

夏煌:佳木斯市位于黑龙江省,面积

何?

3.27万平方公里,人口250万。在历史

夏煌:从国家角度来说,中俄关系非常

《联结》:您是外交部对法友好派的积

上,佳木斯是一个重要的革命根据地。

友好。两国之间存在着共同利益,都对

极成员。您同法国的这种亲近感缘何而

1946年解放后,成为中国最重要的工业

单级世界的发展感到忧虑。中俄两国是

来?

城市之一,苏联援助中国的重大工业项

战略合作伙伴。从区域发展角度来讲,

夏煌:1973年我10岁时就开始学习法

目有两个放在佳木斯。佳木斯也是一个

5年来,俄罗斯更加关注其远东地区的

语。虽然当时仍在大搞文化大革命,但

重要的农业地区,现有耕地面积160万

发展,希望将远东地区开发与中国东北

在北京外国语学院的附属学校,中国已

公顷,占全国耕地面的70分之一,粮食

的发展结合起来。在佳木斯下辖的同江

经着手为未来和对外开放做准备。在那

总产量为全国的40分之一。这里既有几

市,中俄两国将修建一座跨越黑龙江的

时,法语与英语同等重要,学校每届培

千公顷的大型高产国有农场,也有耕作

大桥,两国的铁路网将完全对接,这将

养36名法语学生。高中毕业后,我考入

面积较小的个体农户,但各家各户的耕

促进双方的交流……在边境地区,两国

外交学院学习,后获得法学学位,随后

种面积要比全国其他地区大的多。主要

已有贸易往来:俄罗斯从中国购买消费

于1985年被外交部录取。1985-1987年,

作物有水稻、玉米和大豆。佳木斯的经

品,中国从俄罗斯购买木材和铁矿。最

我有幸赴欧洲继续学习公法。1996年我

济主要依靠农业和工业,服务业相对薄

近,俄罗斯通过了一项新的法律,原木

到法国国立行政学院学习。后来,我又

弱。佳木斯地区的优势是资源丰富,同

出口更加困难了,这促使中国企业家到

在中国驻法国大使馆工作了5年。我数次

时又是高等教育中心和商业中心。然

俄罗斯境内设立加工厂。

©Anne Garrigue

在国外生活、工作期间,结交了一些朋

夏煌,到地方挂职的中央国家机关的高级官员

专访佳木斯市副市长夏煌

不要忘记东北......

Connexions / octobre-novembre 2008 43


专访 l’entretien Le vice-maire devant un nouveau monument offert à Jiamusi par un groupe d’anciens « jeunes instruits » envoyés dans le Heilongjiang dans les années 60.. 夏煌副市长在60年代黑龙江老知青

© Anne Garrigue

捐赠给佳木斯市的一块纪念碑前留影

•••importante base militaire et révolu-

coup ont fait faillite. La mairie fait face à tionnaire. Libérée dès 1946, elle est deve- d’énormes problèmes sociaux. Le nombre nue une des premières villes industrielles des chômeurs est difficile à chiffrer, car une du pays en accueillant deux projets pha- partie des ouvriers reviennent dans leur res de l’industrialisation sous assistance famille d’agriculteurs quand ils sont sans soviétique. C’est aussi une région agricole emploi. Le Conseil des Affaires d’Etat a importante avec 1,6 millions d’hectares de lancé une politique de redressement depuis terres cultivées (soit le 70e des terres culti- dix ans dont on commence à voir les effets, vées de toute la Chine) qui remais il faut encore faire des présentent le 40e de la produc- « Depuis cinq ans, efforts. Actuellement nous estion agricole nationale grâce Moscou fait plus sayons de mettre en place une notamment à de très grandes protection sociale moderne. attention au fermes d’Etat qui s’étendent Le système de santé est assez sur plusieurs milliers d’hec- développement de efficace. Les lycées aussi sont tares à fort rendement, mais son extrême-orient de bon niveau. Il y a quelques aussi grâce à une agriculture entreprises publiques perforqu’il connecte au privée fondée sur des parcelles mantes et quelques investissebeaucoup plus larges que dans Dongbei chinois. » ments étrangers. On peut cile reste de la Chine. On y proter l’usine John Deere, 100% duit du riz, du maïs et du soja. L’économie américaine qui fabrique des machines de la région repose aussi sur l’industrie, agricoles, et le français Dalkia, en charge mais assez peu sur les services. Les points du chauffage de Jiamusi. Pour des invesforts de la région sont ses ressources natu- tisseurs, les points forts de la région sont relles, son statut de ville universitaire et sa tradition industrielle qui permet d’avoir de centre d’achat. Malheureusement, tout accès à d’excellents ouvriers qualifiés alors comme les autres vieux bassins industriels que les salaires sont encore très bas. Et le du Dongbei, Jiamusi souffre toujours de coût du terrain reste faible. Sur le plan la reconversion des entreprises publiques des transports, le réseau du Heilongjiang lancée à la fin des années 90 et dont beau- n’est pas très performant, mais des inves44 Connexions / octobre-novembre 2008

tissements massifs vont être débloqués dès l’année prochaine. En 2012, il y aura une ligne à très grande vitesse à 300 km/heure entre Harbin, la capitale du Heilongjiang, Shenyang puis Pékin, et une ligne à très grande vitesse est aussi prévue entre Jiamusi et Harbin, ce qui permettra de rénover les lignes actuelles et de les consacrer entièrement au frêt. Pour l’instant, Dalkia est la seule entreprise française à Jiamusi. J’espère persuader Carrefour et Accor de venir. Beaucoup d’entreprises notamment dans la cimenterie cherchent des partenaires. Les entreprises doivent être attentives à cette région du Nord-Est de l’Asie qui va devenir de plus en plus active.

C. : Comment se passent vos relations de voisinage avec la Russie ? X. H. : Sur le plan national, les relations entre la Chine et la Russie sont excellentes. Nous avons des intérêts communs. Nous partageons la même inquiétude de voir se développer un monde unipolaire. Nous sommes devenus des partenaires stratégiques. Sur le plan régional, depuis cinq ans, Moscou fait plus attention au développement de son Extrême-Orient et veut connecter le développement de cette zone avec celui du Dongbei chinois. Dans la région de Jiamusi, la construction prochaine d’un pont sur la rivière Heilongjiang au niveau de la ville de Tongjiang développera les échanges en permettant une connexion complète entre les réseaux ferrés russes et chinois… Il existe déjà des échanges commerciaux : les Russes viennent acheter des biens de consommation, et les Chinois du bois et des minerais de fer. Récemment, une nouvelle législation qui rend plus difficile les exportations de matières premières russes poussent les entrepreneurs chinois à installer de l‘autre côté de la frontière leurs usines de transformation.

Propos r ecu eil l is pa r A n n e G a r r igu e



Une nouvelle étoile dans le monde du design Le monde de la communication change. Au-delà de la publicité et de la promotion traditionnelle, les marques cherchent des moyens plus efficaces pour établir et maintenir des relations fortes avec le consommateur, pour créer de véritables expériences. Le design s’affirme aujourd’hui comme le meilleur moyen de donner vie aux marques. Il joue un rôle majeur dans la relation entre la marque et ses clients. Il permet de construire une véritable vision de marque et de la faire vivre à travers toutes ses expressions. Née de la fusion de la créativité, des savoir-faire, des services et des bureaux de Desgrippes Gobé, agence de design et de branding internationale, avec Laga, l’une des principales agences d’innovation et de design sur le marché américain, une nouvelle étoile fait son apparition dans le monde du design : BRANDIMAGE – Desgrippes & Laga… Une agence unique pour des clients uniques. « BRANDIMAGE » est un nom international qui exprime parfaitement la personnalité du groupe. Il réunit la réflexion et

l’imagination, la logique et l’intuition, l’intention et le résultat. « Avec une approche transversale « Brandvision », nous élaborons une véritable stratégie de marque., nous lui donnons vie à travers ses différents supports d’expression : identité corporate, innovation produit, études consommateur, packaging, design industriel, webdesign et architecture commerciale. C’est ainsi que nous construisons des marques puissantes et différenciantes qui fidélisent le consommateur. C’est ce que nous appelons « Brandpresence » : nous sommes les metteurs en scène de la marque. » La force de BRANDIMAGE – Desgrippes & Laga réside dans l’alliance de la sensibilité, de l’efficacité et de l’esprit innovant des différentes cultures réunies dans ce groupe. Passion, création Réflexion, Innovation, Intuition, Audace sont les valeurs de ce nouveau groupe qui animent chacun des 300 salariés de BRANDIMAGE – Desgrippes & Laga. Leur vocation ? Donner du sens et accompagner les marques vers le succès, dans la durée.

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© Imagine China

FOCUS

70 millions de handicapés — tout confondu— sont laissés sans appareillage.

七千万各类残疾人没有相应的辅助设施

Vivre avec un handicap

Plus de 6% de la population chinoise souffre d’un handicap. Longtemps tenues à l’écart, les personnes handicapées sont aujourd’hui mieux traitées par la loi. Pékin, qui a réussi le pari d’organiser des Jeux « d’égale splendeur » et les 211 médailles chinoises aux Jeux paralympiques ont fait évoluer les mentalités. Reste à transformer l’essai dans les campagnes où vivent les trois quart d’entre elles. 48 Connexions / octobre-novembre 2008

L

a Chine recense 83 millions de personnes handicapées, soit 6,4 % de sa population. À l’image de l’évolution économique de ce pays pendant les trente dernières années, la situation des handicapés chinois est très contrastée. Meurtrie par dix ans de Révolution culturelle, la Chine a d’abord pansé ses plaies les plus vives. Avec l’amélioration globale du niveau de vie, le bien-être des handicapés des villes a beaucoup progressé. Mais la situation réelle des handicapés, qui sont à 75 % des campagnards, est marquée par l’exclusion et la pauvreté. À cela s’ajoute une discrimination profondément ancrée dans les mentalités. Le terme « canfei » qui signifie à la fois handi-

capé et inutile, reste encore très employé. Le handicap, surtout dans les zones rurales, est toujours vécu comme un déshonneur. D’ailleurs, il est rare d’apercevoir des personnes handicapées dans l’espace public. Le souci d’améliorer le sort des handicapés est relativement récent puisque la Chine n’a adopté sa première loi générale sur les droits des handicapés qu’en 1990. Elle préconise le développement des services et des mesures d’assistance et une meilleure insertion dans la vie sociale. Cependant, son contenu reste trop théorique et trop flou. Alors, après avoir ratifié la convention de l’ONU sur les droits des handicapés en 2006, le gouvernement chinois a voté une nouvelle loi en 2007. Elle


残疾人

© Imagine China

handicap

Les déficiences visuelles représentent 15% des handicaps, derrière les déficiences auditives 24% et motrices 29%. 视力残疾占残疾人总数的15%,排在分别占残疾人总数24%的听力残疾和29%的肢体残疾之后。

en Chine

offre des dispositions concrètes, comme des mesures de sécurité sociale ou une meilleure accessibilité pour les personnes à mobilité réduite. Par ailleurs, une trentaine de lois incluent des provisions spécifiques concernant l’accès à l’éducation et à l’emploi. Dans la mise en œuvre des politiques nationales, la Fédération Nationale des Handicapés est incontournable. Elle jouit d’un fort capital de sympathie parce qu’elle est présidée par le fils de Deng Xiaoping, Deng Pufang, que les violences de la Révolution culturelle ont rendu handicapé. Comme l’appareil bureaucratique, elle est organisée de façon pyramidale et possède des ramifications à tous les échelons locaux.

Mais ses actions reposent essentiellement sur les finances locales et leur efficacité est très inégale selon les provinces. Les autres acteurs, ONG chinoises et internationales, reprochent à la Fédération de privilégier l’assistanat plutôt que l’insertion sociale. Cependant, l’enrichissement global de la Chine et la perspective des Paralympiques a poussé le gouvernement à agir concrètement. Un programme d’aide adopté l’année dernière prévoit de sérieux progrès en termes de lutte contre la pauvreté, de rééducation, d’éducation et de formation professionnelle. Concrètement, les centres d’activités communautaires et les établissements spécialisés se sont multipliés. L’aide aux personnes en difficulté touche 5,12 %

中国残疾人事业

聚 焦

中国残疾人占全国人口的 比例超过6%。以前残疾人 一直被忽略,如今他们得

到了更好的法律保障。在北京 残奥会上, 中国共获得211块奖 牌,实现了举办一届与奥运会同 样精彩的残奥会的承诺,并且使 观念发生了转变。还需要关注占 全国残疾人口3/4的农村。 Connexions / octobre-novembre 2008 4  9


FOCUS

聚焦

62 millions d’euros : c’est la somme que la municipalité de Pékin annonce avoir dépensée pour faciliter l’accessibilité de la ville. Infrastructures sportives, ligne de métro olympique, grandes attractions touristiques (Cité interdite, la Grande Muraille, musées…), Pékin s’est efforcé de multiplier les lieux accessibles. Durant les Jeux paralympiques, auxquels ont participé 4 000 athlètes venus de 148 pays, l’accessibilité a été garantie par contrat avec le BOCOG dans 22 hôpitaux et 16 hôtels. 70 cabs à accès facilité ont été mis en place. Les Jeux ont donc permis un vrai bond en avant. Pendant longtemps, se déplacer dans Pékin pour une personne handicapée était un parcours d’obstacles : pas d’accès spécialisés sur les trottoirs ou les passerelles, aucun aménagement dans les bâtiments officiels ou les transports publics. Les chiens d’aveugles étaient soumis à la même interdiction que les autres. Encore aujourd’hui, des problèmes subsistent. Les trottoirs aménagés avec des revêtements spéciaux pour les aveugles dans de nombreux endroits sont inutilisables en raison de stationnements sauvages. Les passages piétons ne sont pas équipés d’un système sonore aux feux rouges. L’un des grands projets a été de permettre aux fauteuils roulants d’accéder au réseau de transports en commun de la ville, mais, selon des témoignages de handicapés, utiliser le métro reste compliqué. Et pourtant, Pékin, même imparfaite, reste un exemple par rapport à d’autres villes encore totalement sous-équipées. 1. 2006: 80 M RMB. 2007: 2 Mds RMB. 2008: 3, 47 Mds RMB

A . G.

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Pékin accessible

Un cours de sécurité routière dans un centre d’enseignement spécialisé pour mal-entendants et non-voyants (Henan). 河南一所盲聋学校正在上道路交通安全课

des personnes handicapées à la campagne pour un montant inférieur à 300 Rmb par mois. En ville, la proportion monte à 13,3 % pour un montant d’environ 500 Rmb. Une aide sociale spécifique aux handicapés concerne 11 % des handicapés ruraux. Sur le plan de la santé, des efforts ont été accomplis dans le domaine des soins spécialisés et du contrôle des maladies handicapantes, comme la poliomyélite. En 2004, 580 000 personnes ont recouvré la vue grâce à un programme national d’opérations de la cataracte. Néanmoins, les dépenses de santé représentent la première difficulté des foyers dont un des membres est handicapé. Globalement, les réformes économiques ont sonné le glas de l’assurance-santé fournie par l’Etat. Aujourd’hui, seuls 10 % des ruraux en disposent malgré un programme d’assurance de base lancé en 2006. En ville, la situation est un peu meilleure, mais seuls les fonctionnaires ont la garantie d’une couverture et une bonne partie de la population souscrit à des assurances privées. Pour les handicapés, dans certaines grandes villes comme à Pékin, une assurance en cas d’hospitalisation est fournie par les autorités. Mais pour les médicaments, 70 % des frais sont assumés par les patients ou leurs familles. Par ailleurs, la prise en charge médicale des orphelins handicapés est meilleure, mais les effets pervers désastreux : beaucoup de parents pauvres choisissent d’aban-

donner leur enfant handicapé pour être sûrs qu’il soit soigné. Enfin, sur le plan de l’appareillage moins de la moitié des citadins et seulement 2 % des ruraux disposent de l’équipement dont ils auraient besoin (fauteuil roulant, prothèses, rampes d’accès à domicile). L’aménagement d’un environnement plus favorable a enregistré quelques progrès dans les villes, comme des perrons en pente, des repères pour aveugles ou des ascenseurs dans les lieux publics. La part belle revient bien sûr à Pékin qui, pour accueillir les paralympiques a lancé un plan de rénovation de mille lieux publics. Gérard Masson, président de la Fédération française Handisport, souligne que l’accessibilité est une clé essentielle pour l’intégration des personnes handicapées dans la vie de tous les jours. Il estime qu’une ville qui organise les jeux paralympiques gagne plus de 20 ans en matière de travaux d’accessibilité. Notons que les Asia Para games auront lieu à Canton en 2010. Au fil des jeux paralympiques, un petit miracle s’est produit à Pékin : les handicapés sont enfin sortis de chez eux ! Enfin, une partie d’entre eux… parce qu’au-delà des financements insuffisants, c’est la reconnaissance de la dignité de la personne handicapée, de sa place dans la société qui doit évoluer.

M a r i e St éph a n e


handicap

残疾人

Shen Zhifei vice-président de la Fédération chinoise des handicapés est aussi n°2 du Comité National Paralympique et membre du CIP (Comité International Paralympique).

« La volonté politique est réelle » débuts, il y a 20 ans, quand Deng Pufang m’a demandé de le soutenir dans son combat. A l’époque, nous partions de presque rien. Dans ce domaine, les choses ont donc beaucoup évolué. Depuis 1990, date de la première loi pour la protection des droits des personnes handicapées, la Chine a également ratifié la convention des Nations Unies, et d’autres lois ont été adoptées pour promouvoir l’égalité et faire respecter les droits de ces personnes. Parallèlement, nous avons lancé de nombreux programmes nationaux relayés au niveau local en matière d’éducation, de formation, d’insertion professionnelle etc. Notre objectif a été de changer les regards vis-à-vis du handicap pour la reconnaissance des droits des personnes handicapées afin qu’elles soient considérées comme les autres citoyens et intégrées dans la société chinoise. Les progrès sont significatifs même s’il reste du travail…

C. : Aujourd’hui quelles sont les principales missions de la Fédération ? S. Z. : L’amendement à la loi sur la protec-

tion des handicapés, entré en vigueur le 1er juillet, ajoute des dispositions particulières concernant le soutien financier, la qualité des soins médicaux, la réinsertion ainsi que des politiques préférentielles sur l’emploi et l’impôt (fiscalité favorable). Les personnes handicapées sont exonérées de taxes. Par ailleurs, la législation du travail impose aux entreprises un quota minimum — cellesci doivent employer 1,5% de handicapés —, et offre des avantages fiscaux pour encourager les employeurs à embaucher du personnel ayant un handicap physique. 600 millions de Rmb viennent d’être accordés pour la construction de nouvelles écoles spécialisées, soit dix fois le budget alloué de 1991 à 2001 ! Les moyens sont

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Connexions : Quelle évolution avez-vous constatée pour les personnes handicapées en Chine ? Shen Zhifei : J’ai rejoint la Fédération à ses

Deng Pufang, Président de la FCH inaugure le village paralympique. 中国残联主席邓朴方出席残奥村开村仪式

aujourd’hui plus importants et la volonté politique est réelle. Pourtant, si le taux d’emploi des handicapés est en constante progression, une étude a montré que moins d’une personne sur trois qui aurait besoin de traitement en bénéficie. Nous continuons donc à promouvoir l’accès à l’éducation des personnes handicapées, pour faciliter leur insertion dans le monde du travail, mais nous concentrons aussi nos efforts pour que toutes bénéficient de ces politiques, jusque dans les régions les plus isolées. Enfin, bien entendu, face à une catastrophe comme le séisme qui a frappé le Sichuan, nous sommes mobilisés. Nous avons envoyé une équipe médicale spécialisée dans la rééducation, et avec l’aide d’autres organisations nous avons mis à disposition des

prothèses et des fauteuils roulants.

C. : En quoi l’organisation des Jeux Paralympiques peut-elle faire encore avancer la situation? S. Z : Les Jeux Paralympiques sont l’oc-

casion pour les personnes handicapées de montrer leurs talents et leurs qualités.  Grâce à la médiatisation d’une compétition de cette envergure, les Chinois voient de quoi ils sont capables et peuvent ainsi apprendre sur le handicap. Il faut souligner aussi les progrès de Pékin : la ville répond désormais aux besoins des personnes handicapées avec des accès facilités, dans les transports en communs par exemple. Même s’il ne s’agit que de la capitale pour l’instant, c’est un premier pas et c’est important car la modernisation de notre pays passe par là.

C a mil l e Fouc a r d

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« Il faut apprendre à faire la différence entre handicap mental et maladies psychiatriques pour faire évoluer les mentalités.» 必须学会区分智力残疾和心理疾病以促进思想的发展

Zhang Wei, juriste, association Huiling pour l’insertion des handicapés mentaux

Le regard des autres Connexions : Quelle était la place des personnes handicapées dans la Chine de Mao ? Zhang Wei : Les gens avaient tendance à penser que le handicap est la conséquence d’un mauvais karma, d’une vengeance du destin sur l’individu et sa famille. Dans les campagnes reculées, on entend encore: « Oh, il a vu une belette ! C’est ça qui l’a rendu comme ça ! ». Ces superstitions étaient très marquées dans les premières décennies du régime. Il y avait une réelle discrimination, mais, d’un autre côté, les communistes avaient instauré un principe d’égalité entre les handicapés et 52 Connexions / octobre-novembre 2008

les personnes normales, comparable au principe d’égalité hommes-femmes. Au niveau de l’insertion sociale, dans les villes, le gouvernement fournissait du travail aux handicapés dans des « ateliers sociaux », très répandus. De plus, en cas d’accident du travail, l’employé devenu handicapé conservait son emploi ou son salaire en cas d’invalidité lourde. Dans les campagnes, c’est la communauté villageoise qui prenait en charge ses handicapés, ce qui, globalement, reste le cas.

C. : Dans la Chine actuelle, la personne handicapée est-elle bien acceptée dans la société ?

Z.W. : Les gens ont une attitude compassionnelle et pensent : les handicapés sont à plaindre et l’Etat doit s’occuper d’eux. Mais si on soulève la question de l’emploi, les Chinois disent : « En Chine il y a tant de gens capables au chômage, pourquoi devrait-on donner du travail aux handicapés ? Ils ne sont pas prioritaires ». Dès que les intérêts des handicapés empiètent sur ceux des autres gens, les grands principes s’évaporent. D’autre part, on entend partout parler d’accessibilité, notamment depuis les paralympiques, mais beaucoup ne sont pas en mesure de sortir seuls. Ils sont


handicap

confinés dans leur maison, les hôpitaux ou les structures de réhabilitation spécialisées. Ceux qui peuvent s’insérer dans une vie sociale sont plutôt rares.

C. : Les difficultés d’accès sont-elles les seules raisons de leur absence de l’espace public ? Z.W. : Non, mais l’accessibilité est fondamentale. À cet égard, j’ai fait une expérience amusante. De nombreuses installations spécifiques sont apparues en perspective des Jeux. Mais pour une personne en fauteuil roulant, un simple parcours de dix minutes en métro lui demande plus d’une heure de circulation compliquée pour accéder aux couloirs et aux rames ! Les employés se précipitent pour l’assister et montrer leur compassion, armés d’une plateforme spéciale aussi grosse qu’un tank. La personne se retrouve le point de mire et provoque un énorme bouchon. Forcément, elle n’a aucune envie de renouveler l’expérience. C’est vraiment très malencontreux : nous étions heureux que le gouvernement investisse autant. Mais cette joie fut de courte durée, car ces équipements sont souvent obsolètes ou inadaptés. La population handicapée aurait dû préalablement être consultée. À Pékin, les handicapés peuvent enfin circuler à l’extérieur, mais ils n’en ont pas envie.

C. : Mais les paralympiques ont-ils fait évoluer le regard porté sur eux ? Z.W. : Oui, l’apparition dans les rues de Pékin de tant d’amis étrangers en fauteuil roulant a provoqué un choc. Les médias se sont mobilisés et la vision populaire a réellement progressé. Vous remarquerez néanmoins que les handicapés qui sortent sont essentiellement des personnes âgées. C’est typique de la mentalité chinoise : un bon Chinois ne comptera jamais l’argent qu’il dépense pour ses parents. Pour les autres, ce n’est pas aussi simple. S’il s’agit de mon frère, j’essaie de trouver le temps pour des promenades, mais la première chose, c’est de gagner de l’argent pour le nourrir. Pour une personne âgée, on n’hésite pas à employer du personnel, d’autant que cette main-d’œuvre n’est pas chère. Mais pour un handicapé de naissance ou encore un handicapé mental, il faudrait du personnel qualifié. Le gouvernement devrait investir

pour fournir à bas prix des services communautaires avec du personnel compétent. C’est à petits pas, par des mesures concrètes que l’on résoudra les problèmes : ce personnel sera fier de ses compétences, on verra plus de handicapés dans les rues, et les mentalités évolueront.

C. : Et comment le handicap est-il vécu par la famille ? Z.W. : En schématisant, on peut dire que l’enfant handicapé est ressenti comme un fardeau au sein de la famille. D’autant que cette conception domine dans la société. Une des conditions pour pouvoir faire un deuxième enfant est que le premier-né soit handicapé ! Est-ce à dire que la personne handicapée n’est pas une personne ? Ce n’est pas un produit aux normes, alors si vous avez un produit défaillant, vous pouvez en acquérir un autre. Cette politique officielle est un grand obstacle dans la lutte contre la discrimination sociale des personnes handicapées.

C. : Comment le handicap mental est-il perçu ? Z.W. : Il inquiète. Le vocabulaire est confus entre maladies psychiatriques et handicap ou retard mental. C’est très révélateur. Un de nos enfants, à Huiling, m’a posé un jour cette question : « Grand frère, est-ce que je suis un malade psychiatrique ? », je lui ai répondu : « Et toi, qu’en penses-tu ? ». Nous devons travailler avec les autorités et les médias pour employer les termes appropriés et apprendre ainsi au grand public à faire la différence entre le handicap mental et les troubles psychiatriques. D’autre part, nous devons classifier et recenser tous les handicaps mentaux, c’est capital pour faire évoluer les mentalités.

C. : La Chine est donc en retard dans son approche de la question ? Z.W. : La façon d’aborder le problème par la Fédération des handicapés n’est pas en harmonie avec les pratiques modernes internationales. Dans le monde entier, la devise c’est : « Rien pour nous si c’est sans nous ». Mais en Chine, trop de décisions sont prises par des personnes non-handicapées, cantonnées dans leurs bureaux.

Propos r ecu eil l is pa r M a r i e St éph a n e

残疾人

Quelques associations Huiling : 慧灵 Spécialisée dans le handicap mental, cette association offre une large gamme de services et d’éducation dans de nombreux centres à travers le pays. A Pékin, elle anime plusieurs centres communautaires de jour. Les handicapés mentaux y réalisent des objets artisanaux. Le credo de cette association est l’insertion des handicapés mentaux dans la société. Sa fondatrice, aidée par un jeune juriste talentueux et une solide équipe, s’attache également à interpeller les autorités et à défendre les droits des personnes handicapées. Les volontaires y sont les bienvenus ! Contact : 010 – 84029532. www.huiling.org One plus one : 一加一 Cette ONG très originale ambitionne de mettre les technologies modernes au service des aveugles et malvoyants. Elle a développé un site interactif d’informations et de conseils concernant les droits, la santé, ou encore la formation et l’emploi. Son programme phare est une formation à l’animation et à la réalisation radio pour aveugles et malvoyants. Elle propose également au prêt de nombreux livres en braille en anglais. Contact : 010- 67259407. www.oneplusone.org.cn Huitianyu : 汇天雨 Constituée par et pour les handicapés physiques. Elle propose des services de rééducation, de formation professionnelle et une hotline qui dispense conseils juridiques et assistance psychologique. En outre, elle a formé plusieurs équipes handisport. Contact : 010 – 66176328. www.hty.org.cn Stars and rain : 星星雨 Spécialisée dans l’autisme. Bien que l’autisme ne soit pas un handicap mais une maladie mentale, nous la signalons parce qu’elle est la seule. Elle vient en aide aux parents par une formation innovante de trois mois à Pékin, en résidence avec leur enfant. Un petit centre qui vient d’ouvrir ses portes prend en charge 6 adolescents autistes. Contact : 010- 85373236. www. guduzh.org.cn

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Handicap : une scolarisation difficile

Handicap international en milieu rural

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M

adame Xiao a émigré à l’étranger avec Siyu, son fils handicapé mental léger, pour qu’il puisse bénéficier d’une meilleure éducation. De passage à Pékin pendant les Paralympiques, elle justifie son choix : « En Chine, la loi lui garantit l’accès aux écoles publiques, mais il n’y a pas de mesures d’accompagnement, alors en pratique c’est impossible, mon fils ne pouvait pas se débrouiller seul dans un environnement aussi hostile ».  Il est vrai qu’une classe compte en moyenne une cinquantaine d’élèves, les professeurs n’ont pas de temps à consacrer à ces enfants. Les handicapés au sein d’une école sont ressentis comme un fardeau. Nombre de parents préfèrent une école spécialisée, comme il en existe 1 660 — toutes catégories confondues — dans toute la Chine ce qui représente environ un demi-million d’élèves. C’est trop peu dans les campagnes, où rien n’est prévu pour les enfants handicapés, le coût et l’éloignement des écoles spécialisées est rédhibitoire pour des paysans qui peinent à scolariser leurs enfants au-delà du collège. De fait, même si la situation s’améliore, près de la moitié des personnes handicapées est analphabète. On estime environ à 15 % le taux de ceux qui ont suivi une éducation primaire, 5% pour le secondaire et seulement 1% pour l’enseignement supérieur. L’éducation spécialisée, en plein essor, n’a qu’une dizaine d’années : le secteur manque d’expérience et de personnel qualifié. Comme le souligne Mme Wang Lijuan, fondatrice de l’école privée Zhiguang en banlieue de Pékin, l’enseignement n’est pas toujours adapté : « Dans les écoles d’Etat, ils se contentent de leur inculquer des connaissances. Nous, nous leur apprenons d’abord à prendre confiance en eux-mêmes et à interagir avec autrui, c’est une première réhabilitation ». Cette école, une ONG chinoise, révolutionne le secteur en adoptant des outils pédagogiques de

Centre de R&D pour handicapés mentaux (Henan). 河南智障残疾人研究中心

pointe, comme par exemple une méthode pour développer la pensée logique venue d’Allemagne. Elle note avec satisfaction que ses succès ont été reconnus par le gouvernement, qui lui consent un soutien financier. Sa méthode est basée sur l’épanouissement personnel. Selon le témoignage des professeurs, les enfants, qui débutent leur scolarité, ont généralement passé plusieurs années, reclus dans leur foyer, sans aucune stimulation. Pour Madame Wang, avant la société, c’est d’abord le regard des parents sur leur propre enfant qu’il faut changer : « Leurs parents les aiment mais les considèrent comme définitivement idiots. L’enfant est de plus en plus renfermé, c’est un cercle vicieux. Beaucoup de couples étaient déchirés à cause du fardeau et du malheur que représentait leur enfant. Mais le jour où il rentre à la maison et leur fait des raviolis en riant…tout change, et je ne compte plus les couples qui se sont réconciliés grâce aux progrès de leur enfant, c’est ma plus grande fierté… ». Une fois leurs difficultés psychologiques surmontées, les élèves se spécialisent à leur rythme : couture, broderie, cuisine… Résultat : 69 anciens élèves sont maintenant salariés dans les usines et ateliers environnants. Une autre grande fierté pour l’équipe de l’école Zhiguang, qui sait mieux que personne que l’insertion sociale des handicapés mentaux passe par une éducation de qualité. M a r i e St éph a n e

Handicap international, présent en Chine depuis 98, agit en milieu rural dans trois provinces (Guangxi, Tibet et Sichuan), en partenariat avec les Fédérations locales des personnes handicapées. « En Chine, la gestion du handicap est centralisée pour le droit et décentralisée pour la gestion, explique Jean Van Wetter, directeur de l’ONG en Chine. Notre association propose un modèle de réinsertion à base communautaire ». Handicap international veut jouer un rôle de complément à l’approche chinoise top down. « Au Tibet, par exemple, nous avons formé des chefs de village et des leaders du Parti pour venir à bout des préjugés. ». A Yuexi, comté rural à 300 km de Chengdu où vivent des Chinois Yi, Handicap international a établi un partenariat avec le gouvernement local pour créer un modèle de prévention, d’insertion et de réhabilitation susceptible d’être répliqué. « En milieu rural, la personne handicapée est dans une logique d’assistanat, explique Jean Van Wetter. On montre qu’une personne handicapée peut être productive, grâce au microcrédit. Nous avons créé des fonds renouvelables qui fournissent des prêts et dont l’allocation est décidée par les personnes elles-mêmes. On fait du contrôle de gestion, des évaluations, de la formation. On a touché 250 foyers en huit mois, avec un recouvrement à 80%. C’est important car le handicapé qui gère son entreprise change d’image. » Pour son action, Handicap international a reçu le soutien de A . G. Suez et de Sanofi Aventis.



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Emploi : la loi et la réalité

Institut de massages pratiqués par des non-voyants (Hainan).

Malgré une législation favorable, les handicapés ont du mal à trouver un emploi.

A

u sud-ouest de Pékin, entre le cinquièmeet le sixième périphérique, l’usine électrique Beijing DF Locomotive produit des systèmes automatiques pour locomotives. Apparemment, rien ne distingue cette usine modèle, spacieuse et presque vide, d’une autre. Si ce n’est peutêtre la taille de l’ascenseur. Pourtant, il s’agit d’une forme d’ « atelier protégé » : Beijing DF locomotive accueille 55 personnes souffrant de handicaps légers, soit près de la moitié de ses 126 employés. Huit d’entre eux sont des cadres. L’établissement, issu en 1992 d’une entreprise d’Etat fabriquant des locomotives, bénéficie d’importants avantages fiscaux car elle profite d’une réglementation qui prévoit à chaque embauche de personne handicapée, une réduction fiscale de 35 000 Rmb si plus de 25% du personnel est handicapé. « C’est une incitation à gagner de l’argent », souligne M. Qi Fubin, le directeur de l’usine, ancien chercheur, qui se déclare ravi de la compétence et de la loyauté de son personnel handicapé. Dans l’usine, des aménagements ont 56 Connexions / octobre-novembre 2008

海南盲人按摩院

été réalisés : ascenseurs, chaises tournantes, navettes. Seul point noir : le recrutement. « Il se fait par l’intermédiaire de l’association locale des personnes handicapées et il est parfois difficile de trouver les personnes qui ont la bonne formation, explique Qi Fubin. Alors, il arrive que nous les formions nous-mêmes ». Quant aux salaires, ils sont les mêmes que pour les personnes valides, à travail égal. Un ouvrier gagne 1 200 Rmb par mois. Les horaires sont un peu allégés : 7 heures par jour, au lieu de 8. Ils bénéficient de deux jours de repos hebdoma-

Emploi des handicapés en zone urbaine (2006) Sans emploi 24%

Travailleurs indépendants 34%

Emploi en environnement protégé 20%

Emploi grace au système de quota 22%

Source : CDPF ( fédération nationale des personnes handicapées )

daires. Une partie habite sur place mais la majorité vient tous les jours. Cette usine vitrine témoigne de l’évolution de la politique de l’Etat chinois en matière d’atelier protégé. Jusque dans les années 80, l’Etat gérait lui-même ces établissements. Aujourd’hui, il délègue ce travail au secteur privé. Concrètement pour soutenir l’emploi des personnes handicapées, la Chine a mis en place trois politiques d’insertion : les ateliers protégés, le système du quota (qui varie selon les régions mais est établi a minima à 1,5%) et le travail indépendant. Pour être « atelier protégé », il faut avoir au moins un quart de personnel handicapé avec des contrats à temps plein d’une durée minimum d’un an. Ce système est efficace, mais on note une baisse significative du nombre d’ateliers protégés, en raison de la forte concurrence, de problèmes de rentabilité, de manque de qualification du personnel et des technologies insuffisantes. En ce qui concerne les entreprises indépendantes, l’Etat a mis en place des politiques qui visent à encourager les personnes handicapées à créer leur propre entreprise par le biais de taxes préférentielles ou de petits prêts lors du démarrage de l’activité. Mais la situation rests difficile sur le terrain. Manque de formation, manque de réseau pour trouver un emploi ou un employé bien formé… On est loin d’avoir trouvé un bon équilibre offre-demande. Sans compter l’obstacle essentiel : les mentalités. Les préjugés des autres et l’intériorisation par les personnes handicapées de ces préjugés explique que la moitié des personnes handicapées interrogées en 2006 disaient ne pas éprouver le besoin d’avoir un emploi. Au-delà des raisons externes (marché de l’emploi, stigmatisations) certaines personnes handicapées n’ont pas elles-mêmes conscience de ce que peut représenter l’indépendance. « En Chine, la loi pour aider les personnes handicapées est très perfectionnée, estime Meng Wei Mo de l’association Huiling. Dans les villes, elle oblige les entreprises à en embaucher un certain quota. Le problème c’est qu’elle les autorise aussi à payer une amende pour s’exonérer de


handicap

cette obligation, ce qui arrive souvent. Les grandes villes sont fières de parler de leur fonds d’investissement. Toute la question est de savoir, si les personnes handicapées ont besoin d’argent ou d’opportunités de travail. En Chine, on insiste trop sur la formation et pas assez sur une vraie entrée dans la vie active. Il existe une distance entre la formation et les besoins réels des entreprises qui continuent à craindre que les personnes handicapées ne s’intègrent mal. Certaines entreprises vont même jusqu’à payer les personnes sans les embaucher vraiment. Les autorités locales sont fières d’avoir rempli leur quota. Mais c’est dommage que les personnes handicapées acceptent de toucher un salaire sans travailler. » Pour Jean Van Wetter, directeur de Handicap International Chine, le problème majeur se trouve dans les campagnes. Malgré une volonté politique au plus haut niveau, il y a peu de soutien aux initiatives locales. Les ONG sont financées par des institutions privées et la coopération internationale et la situation est encore très difficile. » Dans le sud du Sichuan ou le Yunnan, Jean Van Wetter observe des situations proches de celles du Bengladesh. « Le problème, c’est que, dans des pays de très grande pauvreté, il y a un soutien communautaire, qui existe de moins en moins en Chine. »

A n n e G a r r igu e av ec Mel i n da Sel l i n

Emploi des handicapés, les chiffres Les personnes âgées (60 ans et plus) représentent 53% de la population handicapée et 42 % des personnes handicapées sont en âge de travailler, soit environ 35 millions de personnes. En 2006, 22,7 millions d’entre elles disposaient d’une activité professionnelle — dont près de 5 millions en zone urbaine — et 8,58 millions de personnes handicapées « employables » n’avaient pas de travail. Enfin, en zones rurales, près de 70% des personnes handicapées actives travaillent dans l’agriculture.

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L’action positive d’Auchan Shen Hui dirige le département des Ressources Humaines de Auchan (China) investment Co qui mène une politique active de recrutement des personnes handicapées.

Connexions : Auchan Chine s’attache à l’intégration des personnes handicapées, pourquoi ? Shen Hui : Le projet d’Auchan est d’améliorer et d’augmenter le pouvoir d’achat et la qualité de vie du plus grand nombre de ses clients, en étant une entreprise responsable, professionnelle, engagée et respectueuse des autres. Notre politique de recrutement des personnes handicapées, comme toute notre politique des ressources humaines, s’inscrit dans ce contexte plus large.

C. : Quel est le pourcentage de personnes handicapées travaillant chez Auchan ? Ont-elles les mêmes perspectives d’évolution de carrière que les autres ? S. H. : A la date d’aujourd’hui, sur l’ensemble de ses magasins en Chine, Auchan emploie 4.36% de personnes handicapées et notre meilleur magasin en la matière atteint le taux record de 7,95%. Les employés handicapés sont considérés comme les autres, sauf recommandation médicale contraire. Ils font le même nombre d’heures que les autres, ont normalement accès à la formation continue et peuvent améliorer l’étendue de leurs compétences. Ils peuvent donc accéder à des postes à responsabilité, mais nous ne disposons pas encore de statistiques sur les cadres handicapés.

C. : Les avantages fiscaux accordés par le gouvernement chinois aux entreprises qui emploient des personnes handicapées ont-ils constitué un élément décisif dans le choix d’Auchan à mener cette politique? S. H. : Il y a une politique fiscale préférentielle basée sur des normes par ville qui est bien sûr intéressante pour une entreprise. Et, comme vous le savez, la loi oblige chaque entreprise à employer au minimum 1,5% de personnes handicapées, faute de quoi l’entreprise est soumise à des pénali-

tés financières. Mais dans notre cas, avec plus de 4% de salariés handicapés, l’avantage fiscal n’est bien évidemment pas la motivation principale.

C : Qu’apporte à une entreprise telle qu’Auchan l’embauche de personnes handicapées ? S. H. : Avant toute chose, je voudrais dire que la plupart des personnes handicapées font preuve d’une volonté et d’un sens de l’effort très développés dans leur travail. Elles nous apportent une attitude positive bien que leur vie soit plus dure que celle des autres. Ensuite, faciliter l’intégration de salariés handicapés a considérablement renforcé notre esprit d’équipe et de coopération ainsi que l’image d’Auchan en tant qu’entreprise responsable et active. Ce gain d’image positive est réel non seulement auprès de nos employés et du gouvernement muncipal, mais aussi auprès de nos clients et de la société dans son ensemble.

C. : L’intégration se fait-elle facilement ? Les handicapés ont-ils été tout de suite bien accueillis par les autres employés ? S. H. : Bien sûr, ce n’est pas évident, mais nous faisons de notre mieux pour les accueillir et les intégrer de manière convenable. Pour les malentendants, par exemple, nous communiquons par écrit, la gestuelle et les expressions. Nous faisons également régulièrement appel à des enseignants spécialisés issus du milieu associatif pour nous aider au lancement de programmes de formation. Nous ne disposons pas encore d’équipements spécifiques et de facilités d’accès particuliers, mais nous y réfléchissons et nous allons nous organiser.

C : Quelles sont vos prochaines étapes ? S. H. : Nous avons encore du chemin à parcourir pour statisfaire pleinement nos employés handicapés aussi bien en termes d’équipement que de management. Alors, bien sûr nous allons nous appliquer à poursuivre cette politique.

Propos r ecu eil l is pa r Sophi e L av ergn e Connexions / octobre-novembre 2008 5  7


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Le défi de Proteor Proteor, leader français de l’appareillage orthopédique, distribue en Chine ses produits de haute technologie exclusivement fabriqués en France

d’appareillage en Chine. Notre activité est essentiellement la distribution, mais nous sommes tout de même très présents au niveau technique auprès de nos clients. Nous les formons, les aidons à utiliser nos produits et nous leur apportons notre savoir-faire sur des cas d’appareillages pointus. Nous employons un orthoprothésiste certifié assurant le support technique et la formation. En Chine, les deux tiers des personnes ayant besoin d’un appareillage orthopédique n’y ont pas accès pour trois raisons principales : l’isolement (la plupart de ces besoins viennent des campagnes), le coût et le déficit d’orthoprothésistes. La Chine compte environ 200 orthoprothésistes certifiés, quand il en faudrait 15 à 20 fois plus pour couvrir l’ensemble des besoins. Le savoir-faire, la formation et l’expérience technique que nous apportons en complément de la qualité de nos produits est, à notre échelle, une manière de contribuer à la résolution de ces problèmes.

C. : Qui sont vos principaux clients ? B. D. : Ce sont des centres d’appareillage publics (centres d’Etat gérés par le ministère des Affaires civiles dans chaque province), des privés, des centres hospitaliers orthopédiques (essentiellement pour l’orthèse), et aussi la Fédération des personnes handicapées de Chine (CDPF) qui dispose d’un réseau d’environ 180 centres dans tous le pays. Nous travaillons aussi sur des projets d’appareillage tels que le “Long River Project” pour lesquels les financements publics et privés permettent d’intégrer des 58 Connexions / octobre-novembre 2008

Le plus grand défi de la Chine est de rendre l’appareillage accessible. 中国面临的最大挑战是让残疾人用上假肢矫形器

composants ou matériaux importés dans l’appareillage mis gratuitement à la disposition des patients. Nous avons enfin fourni au CDPF l’ensemble des matériaux destinés à l’appareillage sur mesure en orthèse de support aux victimes du tremblement de terre.

C. : Quel type de produits vendez-vous principalement en Chine ? B. D. : Nous vendons nos produits d’entrée de gamme mais aussi nos produits haut de gamme, faisant intervenir des matériaux

tels que des pieds à restitution d’énergie en fibre de carbone, des genoux hydrauliques... L’absence de prise en charge de l’appareillage restreint évidemment l’appareillage des produits importés et sophistiqués aux patients ayant les moyens, mais recherchant un gage de qualité supérieur à celui des produits chinois. Plus de 12 millions de personnes sont concernées par un handicap nécessitant un appareillage orthopédique en Chine. Seul 1/3 est effectivement appareillé. Les besoins sont

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Connexions : Vous êtes implantés en Chine depuis 2006. Pourquoi ? Benoît Derinck : Nous ne fabriquons pas


handicap

énormes

C. : Quelle est votre croissance annuelle et quelles sont vos perspectives ? B. D. : Notre activité est encore en phase

残疾人

宝泰欧的挑战 假肢矫形器行业的 世界领军企业法国宝泰欧 向中国销售专在 法国生产的高科技产品。

脚,液压膝关节等。假肢装配服务的缺乏限

《联结》:为何宝泰欧20 0 6年进入中国

《联结》:宝泰欧每年的增长是多少?公

C. : La concurrence est-elle rude ? B. D. : Nous n’avons pas été les pionniers

市场?

司前景是什么?

邓祈涛:我们在中国不从事生产,主要的业

邓 祈 涛:我们在中国的业务仍处于追赶阶

sur ce marché. La concurrence est établie ici depuis plus d’une décennie et les habitudes de nos clients sont parfois difficiles à changer. Nos spécificités techniques et notre expérience de l’appareillage quasicentenaire sont donc des atouts forts sur ce marché. La concurrence la plus rude se fait sur le marché de l’appareillage, entre les différents centres, car il n y a encore aucune règle pour la fixation du prix d’un appareillage. En tant que fabricant de produits importés, gage d’un niveau de qualité et de service élevé, nous ne sommes pas vraiment en concurrence directe avec les produits chinois. Nous sommes encore peu de fabricants étrangers présents en direct en Chine, mais la concurrence (principalement allemande, anglaise et icelandaise) est tout de même forte à notre niveau. Il existe des fabricants chinois pour les produits de base et quelques-uns des centres d’appareillage d’Etat sont aussi fabricants.

务是销售,然而我们的技术在客户中已经深

段,但2008年的营业额应该会翻番,并且争

入人心。我们对客户进行培训,帮助他们使

取2009年底获得10%的市场份额。在全球营

用我们的产品,为他们带来尖端设备的专业

业额中,中国的份额增长势头强劲。很多项目

知识。我们聘请了一位取得执业资格证书的

正在推进过程中以帮助肢体残缺者安装假肢

假肢矫形器师负责技术支持和培训。在中

矫形器。在中期内,获取我们的产品将变得

国,有2/3需要安装假肢矫形器的人却无法

更容易。

C. : La Chine vous semble-t-elle entrer en phase de rattrapage en matière d’appareillage de ses handicapés ? B. D. : La Chine est face à un grand défi

de démarrage, mais notre CA devrait plus que doubler sur 2008 et nous visons 10% de notre marché d’ici fin 2009. Sur notre CA mondial, la part de la Chine est en forte progression. Beaucoup de chantiers sont en cours pour favoriser l’accès à l’appareillage des patients. L’accès à nos produits va donc être plus facile moyen terme.

pour ses handicapés. Mais les progrès techniques ces deux dernières décennies sont importants. Le plus grand défi audelà de la technique, est surtout celui de pouvoir rendre accessible l’appareillage aux patients. Les récents Jeux paralympiques et les différents projets en cours pour la construction d’un système de prise en charge vont contribuer à faire avancer les choses.

Propos r ecu eil l is pa r Sophi e L av ergn e

制了有支付能力且寻求比中国产品更优质保 证的肢体残缺者安装进口高级产品。中国有 1200多万需要安装矫形器的残疾人,实际仅 有1/3得到装配服务。需求是巨大的。

得到此项服务,原因主要有三:地处偏远( 大部分的需求来自农村);费用高;假肢矫

《联结》:竞争严峻吗?

形技师数量不足。中国大约有200名取得执

邓祈涛:我们不是中国市场的先锋。这里的

业资格证书的假肢矫形器技师,然而必须

竞争已建立十余年,客户们的习惯有时很难

达到该数量的15-20倍之多才能满足总体需

去改变。我们的技术专长和近百年的医疗器

要。我们的专业知识、培训和技术经验,作

械生产经验是立足中国市场的强大优势。最

为我们产品质量的补充,是暂时解决这些问

严峻的竞争是在医疗器械市场,在不同的康

题的方法。

复中心之间,因为还没有任何为医疗器械定 价的规定。作为进口产品生产商,有良好的

《联结》:宝泰欧的主要客户有哪些?

质量和服务保证,我们并没有真正同中国产

邓 祈 涛:有国有的假肢矫形中心(设在各

品直接竞争。宝泰欧仍是少数直接驻华的外

省,由民政部统一管辖的公共机构)、私立

国生产商,但是竞争在我们这个层次依然很

的假肢矫形中心、矫形医疗机构,还有中

强:我们的竞争者有德国的奥托博克(Otto

国残疾人联合会,该协会在全国拥有大约

Bock),冰岛的奥索(Ossur),英国的英中耐

180个康复中心。我们还致力于一些假肢装

(Endolite)。另外有一些基础产品的国内生产

配项目,比如《长江新里程计划》。政府和

商,一些国有假肢矫形中心也生产器械。

私人为该项目提供资金能够为缺肢者提供 免费的假肢安装。最后,我们还向中国残疾

《联结》:在您看来,中国是否处于为残

人联合会提供专门用于为四川大地震的受害

疾人装配假肢的追赶阶段?

者量身定做假肢矫形器的塑料。

邓 祈 涛 :中国在这方面比较落后。但是近 20年来取得了很大技术进步。除技术方面以

《联结》:宝泰欧在中国主要销售哪类产

外,最大的挑战是能否让残疾人用上假肢矫

品?

形器。最近的残奥会及为建立假肢装配服

邓 祈 涛 :我们不仅销售低端产品,而且销

务体系开展的不同项目,都将促进目前状况

售含特殊材料的高端产品,如储能碳纤维

的改善。

Connexions / octobre-novembre 2008 5  9


FOCUS

聚焦

© Imagine China

Un marché à fort potentiel

100 000 visiteurs pour le deuxième salon Care and Rehabilitation à Pékin en septembre dernier. 10万人参观了9月在北京举行的第二届残疾人护理用品用具展

L

es 11, 12 et 13 septembre derniers, s’est tenu à Pékin, le deuxième salon « Care & Rehabilitation Expo China », alors que les Jeux paralympiques battaient leur plein. Ce salon dont 17% des visiteurs étaient des professionnels du secteur est en plein développement. 171 exposants dont 70 étrangers ont présenté leurs produits et services à 100 000 visiteurs. Sa tenue témoigne d’une prise de conscience de la nécessité de mieux traiter le handicap. Actuellement, selon le recensement effectué en 2006, le nombre de personnes équipées en Chine pour un handicap, quel qu’il soit, s’élève à 13 millions de personnes alors que les handicapés laissés sans appareillage sont au nombre de 70 millions. La Chine ne compte que 40 000 maisons de retraite (1,68 millions de lits) alors que, en villes, près de 7 millions de personnes sont désireuses d’être accueillies en maison spécialisée.

60 Connexions / octobre-novembre 2008

Les centres de rééducation, au nombre de 22 000, ne peuvent recevoir que 13 millions de personnes sur les 50 millions qui en auraient besoin. En matière de produits de rééducation, l’offre chinoise reste très restreinte : environ 700 types de produits, dont 300 répondent à une norme nationale et 400 évoluent hors de tout standard. En Occident, on dénombre plus de 11 000 modèles d’appareils destinés à pallier tout type de handicap. La tenue des Jeux paralympiques a accéléré la prise de conscience. Le 28 mars 2008, le Président Hu Jintao a exposé les dispositions à prendre en faveur des handicapés. Le jour même le Comité Central du Parti publiait la « Directive N° 7 » en faveur de la promotion du développement des industries et technologies médicales liées à toutes formes de handicaps. Ce projet de règlementation stipule, entre autres, que

dorénavant les équipements nécessaires aux handicapés ainsi que tous les frais affairant à la rééducation des personnes souffrant d’un handicap seront partiellement ou totalement pris en charge par la société, sous forme de « subventions gouvernementales ». Ainsi, c’est le système de protection sociale dans son ensemble qui devrait à terme être davantage favorable aux personnes handicapées. Le gouvernement s’est par ailleurs engagé à imposer des normes de construction spécifiques pour garantir l’accessibilité des bâtiments aux personnes handicapées. Des annonces spectaculaires, qui, si elles sont suivies d’effet, devraient être un remarquable stimulant pour l’industrie des technologies médicales liées aux handicaps.

C at h er i n e L egr a n d Mission Economique Pékin, chef de secteur Biens de consommation Santé



LONGUE

VUE

展望

Hubert Testard Ministre Conseiller pour les Affaires économiques et commerciales et Chef de la Mission économique en Chine.

Les jeux symbolisent un objectif de puissance

Connexions : Les JO ont été conçus par les Chinois comme une cérémonie grandiose marquant leur retour aux premiers rangs, sous le regard du monde. Peut-on dire qu’il y a aura un « avant » et un « après » JO, sur le plan économique et financier? Hubert Testard : Je ne crois que l’on puisse parler d’un avant et d’un

après en termes d’impact sur l’économie réelle. Le Jeux ont mobilisé 42 milliards de dollars d’investissements principalement sur Pékin, et sur trois ans. C’est peu de chose par rapport à la masse des investissements en Chine, moins de 1%. Quant à la ville de Pékin, elle ne représente guère plus de 3,6 % du PIB chinois quand Athènes représentait 34% du PIB grec. Bref, l’impact réel des JO sur l’économie chinoise reste faible. La question du « trou d’air » postJO est une fausse question. Nous sommes en train de constater un ralentissement économique, mais il sera dû essentiellement au contexte international, à la crise américaine. Par contre, l’impact symbolique des Jeux est important. Ils marquent la fin d’une période de l’histoire économique chinoise et le début d’une autre, un peu comme ce fut le cas pour Tokyo en 1964 et Séoul en 1988. La première phase de rattrapage économique du pays, une période initiée par Deng Xiao Ping et marquée par deux slogans « ouverture économique » et « enrichissement », s’achève. En organisant les JO, les Chinois ont voulu démontrer que la Chine pouvait maîtriser totalement un évènement majeur, y compris par une démonstration de force et d’innovation dans le domaine des technologies de l’information, du multi-media, des technologies environnementales. Le pari est gagné et le message est clair : la Chine est de retour au niveau le plus avancé du développement technologique. Les JO marquent aussi un tournant dans la gestion de la com62 Connexions / octobre-novembre 2008

munication globale des entreprises. Jusqu’à présent, les grandes entreprises chinoises et l’Etat s’occupaient peu de leur communication internationale. Ils ont pris conscience de l’importance de cet outil à l’échelle planétaire. C’est une mutation dans la gestion de leur soft-power, après les mois précédant les Jeux où de lourdes erreurs avaient été commises.

C. : Avant les JO, les forces chinoises étaient tendues vers un objectif de rattrapage. Une fois les JO finis, quels sont leurs nouveaux objectifs ? H. T. : Les objectifs étaient déjà dessinés lors du XIe plan (2006 2010),

mis au point à partir de 2005. D’une certaine façon, les Jeux symbolisent ces nouveaux objectifs. D’abord, un objectif de puissance. La Chine ne se préoccupe plus de rattrapage. Elle veut désormais être la première puissance mondiale et détenir tous les attributs de cette puissance : financiers, technologiques, intellectuels... Elle veut rivaliser avec les meilleurs sur tous les plans. L’ouverture économique reste éventuellement un outil mais elle n’est plus le moteur central de développement, même si les autorités chinoises continuent à dire que l’ouverture reste un objectif majeur. En réalité, l’attitude des autorités vis-à-vis des investissements étrangers est devenue sélective. L’Etat n’encourage plus les investissements de main-d’œuvre, ce qui explique la sortie de Chine de centaines de sociétés Hongkongaises ou Taiwanaises. Par contre, la Chine reste preneuse d’investissements dans les hautes technologies ou l’environnement. Par ailleurs, les étrangers sont plus surveillés que par le passé. La NDRC a défini 16 secteurs stratégiques où la présence étrangère restera subsidiaire. Le droit de la propriété intellectuelle évolue pour favoriser au maximum les transferts de technologie vers les entreprises chinoises. Une nouvelle loi sur les fusions et acquisitions vise à protéger la « sécurité économique


© Imagine China

Les JO, et après ? 奥运,后奥运?

Décollage de Shenzhou VII. Le programme chinois veut faire jeu égal avec celui des plus grands. “神州七号”发射升空。中国的空间计划希望与其他大国并驾齐驱

nationale », concept non défini qui peut donner lieu à toutes sortes d’interprétations. On observe parallèlement une volonté de soutenir et d’encourager les investissements chinois dans le monde. Alors qu’ils s’élevaient à moins de 3 milliards de dollars en 2003, ils étaint en 2007 de 18 milliards de dollars. Les grandes banques chinoises commencent à faire des acquisitions importantes (ICBC en Afrique du Sud), et la crise financière pourrait donner lieu à de nouvelles opérations de grande ampleur. L’objectif est d’internationaliser les groupes chinois, de projeter la puissance économique chinoise dans le monde. Les prises de contrôle s’exercent particulièrement dans certains secteurs stratégiques — l’énergie, les matières premières, la finance, la high-tech — mais ne s’y limitent pas. Bref, l’ouverture subsiste mais elle est devenue plus sélective et fonctionne dans les deux sens. Quant au rattrapage technologique, les objectifs sont très ambitieux. Dans les prévisions gouvernementales la R&D devrait représenter 2,5% du PNB d’ici 2020. Elle s’élève déjà à 1,8% en 2008 et l’objectif fixé pourrait être atteint plus tôt que prévu. Le programme 211 veut placer un maximum d’universités chinoises dans le top 100 mondial. Le programme spatial veut à terme faire jeu égal avec les Etats-Unis l’Europe et la Russie. En aéronautique, un programme d’avion « gros porteur » est lancé : il a pour ambition de concurrencer directement Boeing et Airbus dès 2017. Dans l’automobile, après la mise en place en un temps record d’une industrie puissante mais sous dépendance technologique des JV étrangères, le gouvernement chinois a désormais deux objectifs : développer des sociétés chinoises autonomes (Cherry, Geely, Brillance) ; exiger des JV qu’elles créent des

•••

奥运会是中国强国目标的象征 《联结》:中国把奥运会办成在世界瞩目下重新跻身强国的一 次盛事。在经济和财政方面,是否有“前奥运”和“后奥运”之 说呢? 泰思达先生,法国驻华使馆经济商务公使衔参赞、经济处主任 泰 思达 :对实际经济的影响上,我不认为有“前奥运”和“后奥 运”的说法。北京奥运会投资总计420亿美元,主要用于北京,历时三 年。这相对于中国的投资总额微不足道,仅占不到1%。至于北京市, 只占国内生产总值的3.6%,而雅典则占希腊国内生产总值的34%。简 而言之,奥运对中国经济的实际影响有限。关于奥运后经济下滑的 说法是不正确的。我们注意到中国的经济增长放缓,但这主要是受国 际环境,尤其是美国金融危机的影响。 然而,奥运会的象征意义很大。它标志着中国经济史一段时期的结束 和另一段时期的开始,有点象1964年东京和1988年首尔的情况。由邓 小平开创的、以“经济开放”和“致富”为口号的中国经济追赶的第 一阶段结束了。中国希望通过举办奥运会证明中国完全有能力组织 好国际重大活动,包括证明在信息技术、多媒体及环境技术领域的实 力和创新。奥运这场赌中国打赢了,信息很明确:中国已经回到科技 发展最先进的水平。 奥运会同时标志着企业全球公关管理的转折。一直以来,中国大型 企业和国家很少关注他们的国际公关。它们意识到了在全球范围

•••

运用这种工具的重要性。在经历了奥运会前几个月的重大

Connexions / octobre-novembre 2008  63


LONGUE

VUE

展望

••• modèles chinois. L’objectif est clair : siniser l’industrie auto- •••失误后,它们在软实力管理上发生了转变。

mobile chinoise. Dans le ferroviaire, même objectif : après avoir passé des contrats de fourniture et transferts de technologie avec les grands de l’industrie ferroviaire, la Chine annonce un TGV chinois Pékin-Shanghai roulant à 380km/h en 2012 avec un minimum de technologies étrangères. Dans les télécommunications la Chine a délibérément retardé l’introduction de la troisième génération de téléphonie mobile pour permettre le développement du standard chinois, le TDS-CDMA. Sur le plan financier enfin, la montée en puissance très rapide des excédents commerciaux depuis 2003 a engendré une accumulation sans précédent des réserves de change qui, à plus de 1 800 milliards de dollars aujourd’hui, représentent plus de deux fois ce qui serait nécessaire pour assurer la sécurité financière du pays. Cette accumulation de réserves crée un afflux massif de liquidités internes avec des risques inflationnistes croissants. Mais elle représente aussi un formidable outil de puissance grâce à la capacité de financement international qu’elle permet, qu’il s’agisse de financer le déficit américain ou d’effectuer des placements sur les marchés financiers mondiaux, voire des prises de participation stratégiques à travers le fonds souverain (CIC), la SAFE, voire la China Development Bank.

C. : Faut-il avoir peur de cette volonté de puissance ? Fait-elle peser des risques d’abord sur la Chine et sur le reste du monde ? H. T. : En Chine, il existe deux grands risques : environnemental et

sociétal. L’explosion des inégalités n’est pas suffisamment compensée par une politique sociale de redistribution. Les retraites et la protection sociale touchent plutôt les classes moyennes, accroissant les inégalités. L’enjeu écologique est colossal. La Chine a vu son industrie lourde exploser depuis le début de la décennie. La production de charbon a été multipliée par trois en 6/7 ans, celle d’acier également. Le boom de la construction tire l’industrie lourde et la production d’énergie, ce qui provoque une pollution massive de l’air et de l’eau, une accumulation de déchets industriels et urbains encore mal retraités. A cet égard, on peut dire que les Jeux olympiques symbolisent une prise de conscience environnementale. Certaines mesures (comme la circulation alternée à Pékin) ont eu un fort retentissement médiatique. Il ne s’agit pas simplement de gadgets à usage externe, mais d’une prise de conscience et d’une volonté de faire évoluer le système. Depuis 2006, le gouvernement chinois a compris que, sans mesures correctives importantes, la croissance du pays était en danger. Les économistes de l’environnement estiment que les 10 points de croissance annuels du PIB sont payés par plusieurs points de PIB de destruction écologique. Cette prise de conscience avait commencé à s’inscrire timidement dans le Xe plan, puis de façon plus volontariste dans le XIe plan. Pour la première fois en 2008 des objectifs environnementaux détaillés ont été fixés aux responsables provinciaux, qui viennent équilibrer les objectifs de croissance. Cette nouvelle démarche prendra certainement beaucoup de temps pour être appliquée dans tous les échelons du système administratif et dans les entreprises. De puissants intérêts

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64 Connexions / octobre-novembre 2008

《联结》:奥运前,中国力求以追赶为目标。奥运结束后,它有 哪些新目标? 泰思达:目标已在2005年制订的“十一五”规划(2006-2010)中构 思好了。某种程度上,奥运会是这些新目标的象征。首先是强国目 标。中国不再关注追赶。它希望成为世界第一强国并拥有强国的所有 特质:金融、科技、知识等方面......它希望在所有领域可以同最强的 国家相媲美。经济开放仍是工具,但它不再是发展的核心动力,尽管 中国政府继续提出开放是重要的目标。事实上,中国政府对待外国 投资的态度变得有选择性。中国不再鼓励劳动密集型投资,因此有上 百家香港或台湾企业撤出中国。相反,中国对高科技或环境领域的投 资十分感兴趣。此外,外国投资者比以往受到更多的监督。国家发改 委确定了16个战略行业,在这些行业,外国投资将作为补充。知识产 权的发展最大程度地有利于向中国企业进行技术转让。中国刚刚通 过了一项有关并购的新的法律,旨在保护“国家经济安全”,这个概 念未定义,可以引申出各种解释。 我们同时注意到支持和鼓励中国到世界投资的愿望。中国海外投资 2003年还不到30亿美元,而2007年就达到180亿美元。中国的大银 行开始重要的收购(中国工商银行在南非的收购),金融危机可能引 起新的大规模行动。目标是使中国大型企业国际化,使中国经济力量 在世界产生影响。尤其在能源、原材料、金融、高科技等战略行业实 施监管,但不仅限于这些行业。概括而言,开放还在继续,但它变得更 有选择性并且双向进行。 至于技术方面的追赶,目标非常宏伟。在政府预算中,从现在起到 2020年研发投入要占国民生产总值的2.5%。2008年研发投入已占 国民生产总值的1.8%,制定的目标可能比预期提前达到。211工程使 更多的中国大学跻身排名前100位的世界名校。空间计划使中国与美 国、欧洲和俄罗斯并驾齐驱。航空方面,大飞机计划已经启动,其目 标是自2017年直接与波音和空客竞争。在汽车制造领域,在极短时间 内建立了依赖外国合资技术的汽车工业后,中国政府确定了两个目 标:发展中国自主开发的企业(奇瑞、吉利、华晨),并要求合资企业 设计中国制造的车型。目的很明确:实现中国汽车工业的国产化。在 铁路领域,目标也一样:在与铁路业巨头签订供应和技术转让合同 后,中国宣布于2012年自己制造基本不用外国技术,时速达380公里 的京沪高速列车。在通讯领域,为了发展3G中国标准TD-SCDMA, 中国毅然决定推迟3G手机的推出。 最后,在金融领域,2003年以来中国贸易顺差的迅速发展积累了前所 未有的外汇储备,如今已达到18000亿美元,这是保障国家金融安全 所需外汇储备的两倍。外汇储备的积累造成了内部流动性过剩,大大 增加了通货膨胀的风险。由于大量外汇储备带来的国际融资能力,它 也成为体现实力的最佳工具,包括为美国赤字融资或在国际金融市 场投资,通过国家投资的基金公司(中国投资有限责任公司)、国家 外汇管理局甚至国家开发银行进行股权战略投资。

•••



LONGUE

VUE

展望

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économiques sont en jeu pour maintenir le statu quo. Mais les signaux sont là : le SEPA est devenu un ministère à part entière et a le pouvoir de fermer les usines polluantes. Les responsables politiques se sont mis volontairement dans un faisceau de contraintes. Wen Jiabao lui-même a constaté que les objectifs du XIe plan n’avaient pas été atteints en 2006 et en 2007, tout en indiquant qu’il ne voulait pas en changer. Le développement durable concerne aussi le développement social. On observe également une prise de conscience du gouvernement central. De multiples mesures sont mises en place dans les domaines de l’éducation, de la santé, des retraites. La politique des « campagnes socialistes » a institué la suppression des impôts paysans, le soutien des prix agricoles, et mis en place un filet de protection sociale minimale tout en proposant une modification du droit de la terre. Mais le gouvernement se donne-t-il les moyens de résoudre les problèmes ? L’Etat ne contrôle de fait qu’une petite partie des dépenses sociales et les moyens mis en place sont notoirement insuffisants. Reste que le changement d’orientation est là, stimulé par une prise de conscience des enjeux. La Chine ne peut pas continuer sur la lancée des cinq dernières années. En termes d’inégalités sociales, elle n’est plus très loin du Brésil. Il y a dans les JO et plus encore dans les paralympiques une symbolique nouvelle, un appel à l’entraide qui traduit cette volonté politique au plus haut niveau.

C. : Le grand bond en avant économique chinois va-t-il entrainer la Chine vers une plus grande prise de responsabilité dans les institutions économiques et financières mondiales? Va-t-on vers une convergence des modèles ? H.T. : La Chine se développe sur deux axes : volonté de puissance

et contraintes du développement durable auxquelles elle doit faire face. La période des Jeux a permis à la Chine de montrer qu’elle n’avait plus de leçons majeures à prendre des autres, qu’elle pouvait se développer selon sa propre vision des choses, qui ne correspond pas forcément à nos attentes. Sur le plan économique, la Chine a l’intention de garder un modèle d’économie mixte, sans s’orienter vers une économie de marché classique. L’Etat va probablement garder longtemps un contrôle fort sur des secteurs stratégiques (finances, télécoms, énergie, media). Il va garder — c’est un objectif affiché de la SASAC — une centaine d’entreprises d’Etat comme leaders chinois et futurs leaders mondiaux. On va donc potentiellement vers des risques de conflit, dès lors que ces entreprises d’Etat voudront effectuer des prises de contrôle à l’étranger. Par ailleurs, la Chine va développer ses normes et standards industriels qui concurrenceront les standards européens et américains. Enfin, elle n’est pas du tout pressée de rejoindre les grandes enceintes multilatérales où elle devrait se plier à des engagements contraignants (l’OMC n’était de ce point de vue qu’une exception, justifiée par le besoin d’accéder aux marchés extérieurs). Elle entend conserver le plus longtemps possible une liberté de manœuvre dans sa gestion des relations avec d’autres pays en développement, notamment en matière d’aide. Elle n’est pas non plus pressée d’entrer dans la logique multilatérale de la libération des mouvements de capitaux et conservera encore longtemps sa politique 66 Connexions / octobre-novembre 2008

Les JO symbolisent une prise de consci 奥运会象征着环境意识的产生

Pour la première fois dans l’histoire, le monde va donc être confronté à une économie de marché majeure qui fonctionnera sans s’aligner sur les règles du jeu occidentales.

de contrôle des changes et de la balance des paiements. Pour la première fois dans l’histoire, le monde va donc être confronté à une économie de marché majeure qui fonctionnera sans s’aligner sur les règles du jeu occidentales, en gardant des différences profondes d’organisation et de structure. Cette nonconvergence économique n’est que le reflet d’une absence de convergence politique, car le parti communiste ne peut rester ce qu’il est sans conserver le contrôle étroit d’un certain nombre de leviers de l’économie. Cette coexistence de différentes règles du jeu va exiger une évolution par ajustements progressifs. En cas de non convergence, le reste du monde demandera une adaptation des règles chinoises et mettra en place des mesures de réciprocité. Tant que la dynamique sera positive, il y aura des ajustements par le haut. Mais il y a un risque de frictions et de crises. Pour l’instant, la Chine n’est pas un contre-modèle (comme a pu l’être par exemple l’Union soviétique). Elle n’est pas en train de créer un autre système économique, mais elle se développe avec des spécificités fortes. La logique de puissance que j’ai évoquée est somme toute assez naturelle s’agissant d’un pays-continent appelé à rivaliser avec les Etats-Unis pour le leadership mondial. Elle a des conséquences dont nous venons de prendre conscience à l’occasion des JO : l’adaptation des règles du jeu mondial ne se fera sans doute pas à sens unique de l’Orient vers l’Occident. La crise financière actuelle donne d’ailleurs à la Chine de solides arguments pour ne plus prendre pour argent comptant le « modèle occidental ».

Propos r ecu eil l is pa r A n n e G a r r igu e


Les JO, et après ? 奥运,后奥运?

人自愿受制于这些束缚,温家宝本人就指出“十一五”规划的目标 2006和2007年并未实现,并表示他不愿意作出修改。 可持续发展也涉及到社会的发展。我们注意到中央政府在这方面 的意识。在教育、医疗及养老领域出台了许多措施。 “社会主义新农 村”政策取消了农业税、支持农产品价格并建立了最低社保制度。但 是政府是否有资金解决这些问题呢?事实上,国家只控制一小部分 社会开支,投入的资金明显不足。 总之,在危机意识的推动下,方向已发生改变。中国不能再继续走近 © Imagine China

5年的发展老路。中国社会不平等的状况与巴西相差无几。在奥运会 尤其是残奥会出现了新的信号,号召全社会团结互助,这表明了最高 层营造公平社会环境的政治意愿。

ence environnementale.

《联结》:经济的腾飞是否会使中国在国际经济和金融组织中 担起更大的责任?我们是否会走向模式的趋同? 泰思达:中国的发展围绕着两个核心:成为强国的愿望以及应对可 持续发展的限制。奥运会的经历让中国表明它不需要汲取别国的重 要教训,它可以根据自身对事物的理解寻求发展,这不一定符合我们 的期望。在经济上,中国希望保持混合的经济模式,而不是朝传统的 市场经济发展。在很长时间内,国家将对金融、电信、能源、媒体等战 略领域保持严格的控制,并保留100多家国有企业作为中国龙头 和未来世界巨头,这是国资委明确的目标。一旦这些国有央企 希望在国外施展它们的影响,我们就可能面临冲突的风险。

•••《联结》:是否应该惧怕中国的强国愿望?它是否对中国

此外,中国还将发展它自己的工业标准,与欧洲和美国标准抗衡。

及世界其他地区带来风险?

最后,中国并不急于加入国际多边大环境,在那里它必须履行诸多限

泰思达:中国存在两大风险:环境的和社会的。社会分配政策没能

制性承诺(世界贸易组织是个例外,因为中国需要进入国际市场)。

充分弥补不平等的加剧。养老和社会保障只涉及到社会中层,不平

它会尽可能长时间地保留处理与其他发展中国家关系的行动自由,尤

等进一步扩大。生态方面的形势更为严峻。自本世纪初中国的重工

其是在援助方面。它也不急于参与资本自由流动的多边环境,并将长

业迅猛发展。在6-7年间煤炭和钢的产量增加了3倍。建筑业的大发

期保持对外汇和国际收支的监管政策。

展拉动重工业和能源生产,这造成了空气和水的

历史上第一次,世界面对一个不遵循西方规则

严重污染以及未处理过的工业和城市垃圾的堆

的重要经济体,它保留着组织和结构上的深层

积。 在这方面,可以说奥运会象征着环境意识的觉 醒。一些措施(如北京单双号限行)引发媒体的 巨大反响。这不仅仅是表面上的功夫,而是改善 发展体系的觉悟和愿望。自2006年中国政府就 明白,如果不采取重要的纠正措施,中国的发展

历史上第一次,世界要 面对一个不遵循西方规 则运行的重要的市场 经济。

将会陷入危险。环境经济学家认为,国内生产总

次差异。这种经济上的不趋同只不过是政治趋 同缺失的反映,因为中国共产党只有保持对一 定数量的经济杆杆的严密监管来才能维持现 状。 不同规则的并存要求通过不断调整来发展。出 现不一致时,其他国家要求中国规则去适应,并 制定一些互惠措施。只要发展活力是积极的,

值每年增长10个百分点是以破坏生态环境的国内生产总值的好几个

就有高层进行的调整。但是也有冲突和危机的风险。

百分点为代价的。这种觉悟在“十五”规划中就隐约体现,在“十一

目前,中国不是一个反例(同前苏联一样)。它并不是在创造另一种

五”规划中体现得更明确。2008年,详尽的环境目标第一次制定给各

经济体系,只不过它的发展具有非常鲜明的特色。我前面提到过的

省的领导干部,以便与增长目标相平衡。

强国逻辑是很自然的,这涉及到一个要与美国争全球领导权的大陆

这项新举措当然要用很长时间才能被各级行政系统及企业落实执

国家。我们借奥运刚刚意识到它所带来的后果:国际规则的适应决不

行。巨大的经济利益被牵扯以保持现状。然而,信号已经发出:环

能只从东方到西方单向进行。此外,当前金融危机也给中国坚实的理

境保护部成为一个独立的大部,它有权关闭污染的工厂。中国领导

由不去盲目照搬“西方模式”。

Connexions / octobre-novembre 2008  67


LONGUE

VUE

展望

Nicolas Chapuis Ministre Conseiller à l’ambassade de France en Chine

Le XXIe siècle sera chinois

Connexions : Les JO ont été conçus par les Chinois comme une cérémonie grandiose marquant leur retour aux premiers rangs des puissances mondiales. Peut-on dire qu’il y a aura un « avant » et un « après » JO tant en matière de politique intérieure que de relations internationales ? Nicolas Chapuis : Les Chinois, eux-mêmes, ont pensé l’événement

en termes de « borne » (lichengbei en chinois). C’est la première fois que la Chine organisait un évènement mondial sous le regard du monde et c’était un rêve centenaire. Différentes voix s’expriment aujourd’hui et le bilan n’est pas encore terminé mais la façon même dont sera fait ce bilan sera un marqueur politique. Pour les Chinois, les Jeux marquent un nouveau départ, un moment de renaissance et de reconnaissance. C’est « la fin de l’homme malade de l’Asie ». La Chine accueille le monde et le monde (re)découvre la Chine. Enfin, aujourd’hui, le débat est engagé sur l’après. Les Chinois, magiciens des chiffres, décrivent volontiers leur histoire à partir de cycles de 60 ans (19191-1949-1978 ; 1979-20082039)… Aujourd’hui, pour les Chinois, s’ouvre la deuxième mitemps d’un cycle de 60 ans qui a démarré en 1979, et qui se caractérise par une course vers la modernité, la richesse et la puissance. Durant le précédent cycle, à partir du 4 mai 1919, la Chine était entrée dans une zone de turbulences qui s’était terminé en 1978. Durant cette période, la Chine avait pu retrouver sa place en tant que Nation. La deuxième mi-temps qui s’ouvre en 2008 est placée sous le signe de l’ouverture. Le 12 avril dernier Hu Jintao a expliqué, dans le discours de Boao, que la « vraie révolution était l’ouverture ». On trouve l’écho de cette déclaration dans les commentaires officiels après les JO qui parlent de « rendez-vous enfin réussi avec le monde, après plusieurs rendez-vous manqués ». Le premier fut en 1796 68 Connexions / octobre-novembre 2008

l’échec de l’ambassade de Lord McCartney auprès de l’empereur Qianlong ; le second celui de 1860 quand les huit puissances coalisées imposèrent à l’Empire Qing les traités inégaux. Aujourd’hui on peut lire à la une du Quotidien du peuple que la Chine a trop souffert d’avoir raté ses rendez-vous avec le monde. En 1978, la Chine a reconnu la nécessité de l’interdépendance pour s’ouvrir et se réformer. A l’occasion des Jeux, le monde a redécouvert l’esthétique et les valeurs de la culture chinoise notamment celle de l’harmonie lors de la cérémonie d’ouverture. Les JO avaient été précédés d’autres rendez-vous : l’entrée dans l’OMC en 2001, qui fut aussi l’année de l’attribution des Jeux à la Chine, marque une date qualifiée souvent par les Chinois de zhushi « date d’entrée de la Chine dans le monde ». Ces idées d’ouverture se retrouvent dans les slogans du BOCOG : Meet in Beijing ou We are ready. C’était aussi le message de la cérémonie d’ouverture, avec, en première partie, la contribution de la Chine à l’histoire du monde pendant 2000 ans avec les quatre découvertes (imprimerie, boussole…), la deuxième partie étant consacrée à la Chine moderne avec un message fort — « La Chine est dans le monde, pas en opposition au monde » —, illustré par l’image de la sphère, symbolisant la volonté de la Chine d’incarner un nouvel universalisme.

C. : En accueillant les JO, la Chine a voulu marquer son retour par la grande porte. Le message est-il bien passé en interne ? en externe ? Les JO ont contribué à diffuser l’image d’une Chine puissante, efficace et débonnaire ? Quelle image, selon vous, va être celle de la Chine dans les années à venir et comment la Chine va-t-elle jouer de l’arme du soft-power ? N. C. : La Chine a fait un pari qui n’était pas évident au départ et

qui avait fait débat en Chine et dans le monde : produire des Jeux autant à destination des Chinois que des étrangers. Beaucoup de


© Imagine China

Les JO, et après ? 奥运,后奥运?

Pendant la cérémonie d’ouverture, la sphère symbolise la volonté de la Chine d’incarner un nouvel universalisme. 在北京奥运会开幕式上,地球代表了中国诠释新普遍主义的愿望

Chinois pensaient que c’était impossible parce que les Chinois et le reste du monde ne partageaient pas les mêmes valeurs. Le pari est réussi. Je n’ai pratiquement entendu aucune critique sur l’organisation des Jeux, si ce n’est qu’ils n’étaient pas fun. Mais les Jeux ne sont pas là d’abord pour s’amuser mais pour passer des épreuves. Ce n’est que progressivement que la Chine a pris conscience de la nécessité de plaire autant aux étrangers qu’aux Chinois. Au départ, leur objectif principal était national. Ils sont passés à l’objectif international, il y a seulement un an et demi, à travers une prise de conscience dans laquelle les Années Croisées avec la France ont joué un rôle. Ce n’est pas par hasard que l’artisan des cérémonies d’ouverture, Zhang Yimou, a d’abord travaillé en France. Les Chinois ont compris qu’il fallait laisser aux étrangers la liberté de parler de la Chine sans les mettre dans un carcan : « Arrêtons d’expliquer aux étrangers ce qu’est une banane ; laissons les manger la banane ! ». D’où la réglementation de laisser la presse étrangère parler sans filtre avec les Chinois. Le pari a été réussi puisque pour les 30 000 journalistes qui se sont déplacés en Chine pour les JO, les incidents ont été extrêmement rares. Et l’image a été globalement positive. Aujourd’hui à l’issue des Jeux, il y a deux grandes écoles de pensée à l’étranger comme en Chine : ceux qui pensent que ce succès est dû à une main de fer et ceux qui croient au contraire que ce succès inaugure de nouvelles perspectives d’ouverture. Le premier courant argue que le succès des Jeux est intervenu alors que la Chine n’avait pas tenu ses engagements sur la démocratie. Les Chinois ont confronté le monde avec une poigne de fer et les étrangers sont allés à Canossa. Les Chinois ont imposé leur vision au monde et certains Chinois pensent effectivement

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21世纪将是中国人的世纪 《联结》:中国人把奥运会办成一次真正的“亮相”,一场中国 重新跻身世界强国的盛事。在内政和外交方面,是否有“前”奥 运和“后”奥运之说呢? 郁白先生,法国驻华使馆公使衔参赞 郁白:中国人自己认为奥运会是一个里程碑。这是中国第一次举办举 世瞩目的世界性盛事,是中国人的百年梦想。目前对中国举办的奥运 会评价不一,总结尚未完成,但是甚至总结的方式也将成为政治标 志。对中国人而言,奥运会标志着一个新的起点,一个振兴并获得认 可的时刻。 “东亚病夫”时代结束了。中国欢迎世界,世界重新认识中 国。如今,关于后奥运的讨论正在进行。 中国人是数字的魔法师,他们按自己的意志将历史划分为60年一循 环(19191-1949-1978;1979-2008-2039)……现在,中国人认为以 1979年为开端的60年循环的第二篇章已翻开,其特征是奔向现代 化、富裕和强大。在上一个以1919年5月4日为开端的循环中,中国进 入了动荡期,直至1978年结束。在这个时期中,中国重新找回了自己 的作为一个国家的位置。 2008年开始的60年循环的第二篇章以开放为信号。今年4月12日胡 锦涛主席曾在博鳌亚洲论坛的发言中指出“真正的革命是开放”。 我们在奥运后官方评论的“中国与世界交往经过几次失之交臂后, 终于获得成功”中找到了这番讲话的回应。第一次失败要追溯到 1796年英国使节马戛尔尼要求清朝乾隆皇帝打开中国大门;第二次

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是1860年八国联军迫使清政府签订不平等条约。今天我们

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展望

•••que c’est comme cela qu’il fallait faire. Un deuxième courant,

dont je fais partie, pense au contraire que, malgré les pressions internes et externes (Tibet, Xinjiang, Darfour, sécurité alimentaire…), la Chine a réussi son rendez-vous. Maintenant que les pressions ont disparu, la Chine s’ouvre à de nouvelles perspectives. La Chine a pu s’ouvrir parce qu’elle avait accumulé de la force. Le succès des Jeux affaiblit les partisans de la dictature. Pour l’instant, en interne et en externe, le débat n’est pas tranché. La célébration en décembre 2008 du 30e anniversaire du 3e plenum qui a marqué le lancement de la politique d’ouverture, sera décisif. Mon sentiment est que la deuxième école gagne du terrain mais que ce n’est pas joué.

C. : Les Chinois ont gagné massivement des médailles. Le symbole est fort. Faut-il avoir peur de la Chine ? Va-t-on vers une inversion du rapport Est-Ouest ? Les JO vont-ils favoriser une ouverture de la Chine ? Vont-ils accentuer le leadership chinois sur la zone Asie ? Sur le monde ? N. C. : Il y a une réalité profonde : la difficulté qu’éprouvent les Oc-

pour cela qu’il n’y a pas de modèle. C’est contradictoire avec le sens de l’expérience chinois. On traverse la rivière en sautant de pierre en pierre. Pour la Chine la diversité du monde est une réalité qui correspond à la réalité de la diversité de la Chine. Il y a en Chine une partie développée et en développement. Aujourd’hui le message de la Chine au monde, c’est de dire : « Si vous reconnaissez ma pertinence, je serai de nouveau en mesure d’apporter au monde du positif, du développement durable ». La Chine n’a pas de désir totalitaire sur le monde. Elle a toujours choisi d’être du côté clair de la force ; la Chine ne se pense pas en liberticide. La réforme en Chine, c’est davantage de liberté chaque jour. Il faut regarder sur le long terme, il y a plus de liberté en Chine aujourd’hui qu’il n’y en a jamais eu. Il ne faut pas regarder la photo mais la vidéo.

C. : Les JO ont contribué à renforcer le patriotisme des Chinois et accéléré le développement de confiance en eux. Comment cela joue-t-il en interne sur la politique chinoise ? Cela va-t-il permettre au gouvernement de recidentaux et en particulier l’Europe à s’adapter à la renaissance de lâcher une certaine pression et d’avancer vers la démocratie ? Comment la Chine, nourrit incompréhensions et peurs concrètement pourrait se développer le système multiples. Le problème n’est pas la Chine, mais politique chinois ? L’année 2008 a vu aussi, avec le monde. Que la Chine se développe est un le tremblement de terre de Sichuan, l’accélération Les Etats-Unis fait, une réalité. Pour se développer, la Chine a de l’émergence d’une société civile susceptible d’inveulent exporter consenti des sacrifices extrêmes, sabordé son tervenir sur le terrain, notamment chez les classes la démocratie. idéologie, licencié ses ouvriers. La Chine s’est moyennes aisées. Quel poids politique à long terme Les Chinois, qui adaptée à la mondialisation. Elle est devenue pourraient avoir ces nouveaux partenaires ? n’ont pas de vision un acteur bénéficiaire de la mondialisation. En N. C. : La pensée politique de Hu Jintao sur

hégémonique la démocratisation partage des traits fondaOccident, nous n’avons pas la même vision. mentaux avec celle des Etats-Unis entre 1910 Nous croyions que la mondialisation jouepensent incarner et 1940. Quels sont les termes du débat dérait en notre faveur. Mais non ! La Chine s’est la civilisation mocratique en Chine ? Les Chinois mènent appuyée sur le ressort de la mondialisation « riche, disciplinée, actuellement une réflexion générale sur l’Etat pour devenir une puissance non pas régiocultivée.» de droit. Les Chinois ont créé les conditions nale mais mondiale. L’ambition de la Chine d’un Etat de droit mais les juges restent des c’est d’être le monde. Pour moi, la Chine n’est fonctionnaires comme ils l’ont toujours été pas un pays, c’est une idée. Il y a en Chine le même messianisme que chez les Américains. Le XXIe siècle sera en Chine. Pourtant, aujourd’hui il y a débat sur l’indépendance des chinois. Aujourd’hui, la Chine exerce un leadership incontesté et juges. Il y a aussi un mouvement de protection des droits civiques incontestable en Asie. Elle est la deuxième puissance économique qui se développe. Un débat s’est installé sur la démocratie élective mondiale. Les Etats-Unis la considèrent comme la seule puissance ou participative. Le parti associe de plus en plus les citoyens. Les capable de défier leur leadership. D’où le caractère structurant de huit petits partis siègent à la tête de la conférence consultative. Il leur relation bilatérale et, pour les Européens, la crainte de voir re- y a aussi une volonté du Parti de se rénover. La Chine s’est aussi naître la bipolarité. Ce discours résiste cependant mal à la question engagée dans une logique de lutte contre les groupes d’intérêts au musulmane, à la place de l’Afrique et de l’Amérique latine. Mais profit de l’intérêt général. Enfin se pose de façon nouvelle la quesces deux pays partagent un sens de l’universalité qui n’est pas le tion de la solidarité. Un nouvel humanisme s’est manifesté dans nôtre. Nous pensons en termes de multipolarité. Les Etats-Unis le Sichuan. La solidarité est un élément important de la démocraveulent exporter partout la démocratie. Les Chinois, qui n’ont de tisation. Des espaces se sont ouverts. Il y a débat dans la presse. vision hégémonique belliqueuse, pensent incarner la civilisation On peut faire plier un dirigeant local. De là à dire qu’on va vers un « riche, disciplinée, cultivée ». La Chine est fondamentalement non fort développement de la décision down–top, vers l’alternance, idéologique et non religieuse. Elle est pragmatique et culturelle et bref une véritable convergence de nos systèmes, la question est place l’humain comme fondement (yirenweiben). D’où l’idée qu’on ouverte mais rien ne dit qu’on puisse y arriver. Propos r ecu eil l is pa r A n n e G a r r igu e peut être en concorde mais différent (heerbudong). L’harmonie est la reconnaissance de la différence, une différence qui est inscrite 1. 4 mai 1919 : ouverture de la chine à la modernité avec la journée étudiante ; 1949 libération ; dans la nature, le rôle du dirigeant étant de se couler dans la dyna- 1978 ouverture du pays… mique de la coexistence du vivant pour créer de l’harmonie. C’est

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Les JO, et après ? 奥运,后奥运?

••• 还能在《人民日报》上读到中国因多次错过对外开放而遭受

复兴,这是各种不解和害怕的根源。问题不在中国,而在世界。中国

了很多磨难。1978年,中国认识到为了改革开放中国与世界相互依赖

的发展是事实,是现实。为了发展,中国做出了巨大的牺牲,放弃了

的必要性。借奥运之机,世界重新发现了中国文化之美与价值,尤其

意识形态,解雇了工人。中国适应了全球化,并成为全球化的受益者。

是奥运会开幕式上的和谐之美。其他中国与世界的交往奥运之前就

在西方,我们并不这么看。我们一直以为全球化对我们有利。并非如

已开始:2001年,也是中国获得奥运会举办权的那一年,中国加入了

此!中国借助全球化的力量正在成为世界而不是地区强国。中国志在

世贸组织,这个日期被中国人定为“入世日”。这些开放的思想在奥

世界。我认为,中国不是一个国家,而是一个概念。在中国与美国一样

运标语中亦不乏见:相约北京或我们准备好了。这也是开幕式传达

存在着救世论。21世纪将是中国人的世纪。今天,中国在亚洲拥有无

的信息,其第一部分以四大发明(印刷术、指南针……)来讲述中国在

可置疑的无争议的领导权。她也是世界上第二大经济强国。美国把

2000年历史中对世界所作的贡献,其第二部分以现代中国为主题,传

她当作唯一能够挑战其领导地位的大国。这构成了中美双边关系的

达了一个强烈的信息——“中国在世界之中,而不是和世界对立”,

特征,而欧洲十分害怕看到两极的重现。但这种说法在伊斯兰问题、

这个信息以地球的形象表现,象征着中国体现新普遍主义的意愿。

非洲和拉美地位前就不堪一击。但这两个国家都有我们没有的普遍

《联结》:通过举办奥运会,中国希望公开地表明重回世界强

性观念。我们考虑的是多极。美国希望到处推销民主。没有霸权好战

国之列。这个信息在内部和外部是否有效传达?奥运会是否展

观念的中国人则希望体现“富裕、自律、学识”的文明。中国从根本上

示了中国强大、高效及温和的形象?您认为中国未来的形象将

说是非意识形态、非宗教的。她务实,注重文化,以人为本。因此可

是什么样的,她将如何发挥软实力呢?

以做到和而不同。和谐就是承认本身存在的差异,领导者的任务是

郁白:中国下了赌注,而这个赌注一开始并不明确而且在国内和国际

融入到不同个体并存的发展中以创造和谐。因此没有模式。这与中国

上引发了争论:办一届既给中国人看又给外国人看的奥运会。很多中

的经验之说矛盾。我们是跳着石头过河。对于中国而言,世界的多样

国人曾认为这是不可能的,因为中国和世界其他国家分享着不同的价

性是现实,它符合中国多样性的现实。在中国有发达地区也有发展中

值体系。这个赌打赢了。我基本没有听到任何关于奥运组织方面的批

地区。今天,中国要向世界传达的信息是: “如果你们承认我的合理

评,除了说奥运会趣味性不强。但是奥运会不是为了玩而是比赛。中

性,我将能重新带给世界积极面和可持续发展”。中国对世界没有极

国也是渐渐意识到让外国人满意和让中国人满意同样必要。一开始

权欲望。她总是选择力量的光明面;不想去破坏自由。中国的改革让

他们的主要目标是国内,一年半前才开始转向国际,通过中法互办文

每天都更加自由。必须从长计议,今天的中国有以往从来没有过的自

化年发挥的作用而觉悟。开幕式导演张艺谋首先在法国开始工作也

由。不能只看某一特定时刻,而是要看整个过程。

不是偶然。中国人明白必须给外国人谈论中国的自由而不加以限制:

《联结》:奥运会增强了中国人民的民族自豪感和爱国热情,并

《停止向外国人解释什么是香蕉;让他们自己去吃!》。因此有了让

进一步激发了中国人民的自信心。这在中国内政上是如何体现

外国媒体自由采访中国人的暂时规定。这个赌打赢了,因为在3万名为

的?这是否能使政府减轻一些压力,向民主迈进呢?中国的政

奥运来华的记者中,极少发生意外。中国的形象总体而言是积极的。

治体体具体将如何发展?2008年,通过四川大地震,我们也看

奥运后,国外和中国国内存在着两大流派的思想:一部分人认这次成

到了自发到现场参与的公民社会正在加快出现,尤其是在私有

功是因为铁腕的控制,另一部分人则认为这次成功开辟了新的开放

领域里的中产富裕阶级。从长远看,这些新的合作伙伴会起到

前景。第一种思潮的论据是奥运会的成功是通过政府干预的,中国

怎样的政治作用?

没有遵守关于民主的承诺。中国人用铁腕对待世界,外国人必须服

郁白:胡锦涛关于民主化的政治思想与1910至1940年在美国的政治

从。中国人把他们的看法强加给世界,并且某些中国人确实认为应该

思想的基本轮廓有相似之处。中国民主辩论的主题是什么?中国人

这么做。第二种思潮,我也同意,则认为无论是在内部还是在外部压

目前正在思考法治国家的问题。他们创造了法治国家的条件,但是法

力下(西藏、新疆、达尔富尔、食品安全……),中国的成功地达到了目

官仍然是公务员,与以往一样。然而,今天却出现了关于法官独立性的

标。现在压力消失了,中国开始了新的前景。中国能够开放因为她积聚

讨论。维权运动也在发展。民主选举和民主参与的讨论亦已展开,中

了足够的力量。奥运会的成功削弱了专制拥护者的力量。目前,无论

国共产党与公民越来越参政。八个参政党在政协会议常委有席位。

在内部还是在外部,辩论还没有得出结论。今年12月纪念第十一届三

而且,共产党也有自我改革的意愿。中国也致力于为保护大众利益而

中全会召开暨改革开放30周年的纪念活动将是决定性的。我感觉第

反对利益集团的斗争。团结的问题以新的方式被提出。在四川抗震救

二种思潮将会赢得胜利,但现在胜负未见分晓。

灾中出现了新人道主义。团结是民主化进程的一个重要因素。一些空

《联结》:金牌总数第一的中国人赢得了大量的奖牌。象征意义

间已被打开,报章杂志上也有各种辩论。地方领导可以被迫免职。因

很大。要害怕中国吗?东西方的关系会不会颠倒?奥运会是否有

此可以说中国正向自下而上的决策机制发展,交替,简而言之,中西

利于中国的开放?是否加强中国在亚洲及世界上的领导地位?

政治体系的真正趋近,问题是开放的,但决不能说已经完成。

郁白:有一个深层次的现实 :西方人尤其是欧洲人很难适应中国的

1. 1919年5月4日:五四青年运动标志着中国现代史的开端;1949年全中国解放;1978年中国开始改革开放。

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展望

Benoit Vermander Directeur académique de l’Institut Ricci de Taipei et directeur de publication du mensuel électronique www.erenlai.com. Docteur en sciences politiques, il réside à Taiwan et en Chine depuis 1992.

Les JO n’ont pas amélioré les relations entre gouvernement et société civile

Connexions : Les JO ont été conçus par les Chinois comme une cérémonie grandiose marquant leur retour au premier rang sous le regard du monde. Peut-on dire qu’il y a aura un « avant » et un « après » JO tant sur le plan de la politique intérieure que sur celui des grandes questions sociétales ? Benoît Vermander : Il y a un « avant » et un « après » des JO quant

à la place que tient la Chine dans la communauté internationale, sans aucun doute. Sur le plan interne, je pense qu’il ne faut pas survaloriser l’impact des JO. Comme c’est souvent le cas après de grands événements internationaux, il peut même y avoir un phénomène de désenchantement : les avantages récoltés apparaîtront peut-être plus symboliques que réels, les problèmes conjoncturels (marché immobilier, cours de la bourse, inflation, chômage…) prendront la préséance dans l’esprit des citoyens, et l’attention va se recentrer sur la redéfinition du modèle de développement chinois. Dans cette optique, les JO apparaîtraient en rétrospective comme une « apogée », la fin d’un cycle grandiose appelant désormais le passage à une autre étape — sans qu’il y ait un consensus sur les changements à apporter, leur direction, leur intensité…

C. : Qualifieriez-vous les JO de succès pour la Chine ? Les JO vont-ils, à votre avis plutôt dans le sens d’une « Chine brune » ou d’une « Chine verte » ? B. V. : Les JO sont un grand succès international pour la Chine.

Par ailleurs, ils consolident à court terme l’emprise du pouvoir sur le pays. Mais peut se produire assez vite le phénomène de « désenchantement » dont je parlais. Comme c’est souvent le cas en Chine, on a oscillé entre le « vert » et le « brun » : le « brun », c’est l’encadrement strict des JO, leur mécanique qui a veillé à éviter toute dissonance, le gigantisme des chantiers qui a privilégié la capitale et les réalisations grandioses au bien-être quotidien. Le 72 Connexions / octobre-novembre 2008

« vert », c’est une prise en compte des problèmes environnementaux (même si cette prise en compte me paraît limitée), l’ambiance réelle d’amitié et d’ouverture au monde. Evénement ambigu, les JO auront des conséquences ambiguës… Pour éviter toute méprise, il faut bien s’entendre sur ce qu’on appelle « Chine brune » ou « Chine verte » (voir mon livre qui porte ce titre). Le paradigme « brun » privilégie le maintien à tout prix d’une croissance très forte, garant de l’affirmation de la Chine comme future superpuissance, en faisant passer au second plan les coûts environnementaux et sociaux, l’exaltation du rôle que la Chine est appelée à jouer, la conviction de la nécessité d’un fort contrôle social pour éviter la retombée de la Chine dans l’anarchie, et enfin un concept de « sécurité nationale » perpétuellement élargi.  A l’opposé, le paradigme « vert  » part du constat des ravages environnementaux soufferts par la Chine ces vingt-cinq dernières années, associés à la croissance des inégalités sociales comme  à la difficulté présente de couvrir les besoins fondamentaux de la population pauvre (éducation et soins de santé primaires) ; il insiste sur la nécessité de renforcer l’espace laissé à la société civile (medias, associations) pour lutter contre la corruption, prévenir les désastres environnementaux ou autres dus au manque de transparence et de bonne gouvernance ; enfin, il affirme les intentions pacifiques de la Chine, et son désir de jouer un rôle positif dans l’arène internationale. Bien évidemment, ces deux paradigmes se présentent rarement à « l’état pur ». Ce qui frappe l’observateur, c’est au contraire à quel point ces modèles traversent les groupes et même les individus.

C. : Une des réussites des JO de Pékin a été d’avoir tenu leur pari de purifier l’air de la capitale et de donner une image plus verte de

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Les JO, et après ? 奥运,后奥运?

Le gigantisme des chantiers privilégie les réalisations grandioses au bien-être quotidien. 巨大的工地把奥运会大型场馆的建设放在日常福利建设之前

奥运没有改善政府与公民社会的关系

对环境问题产生的意识(即便这种意识在我看来还十分有限),是对 世界友好和开放的现实氛围。模棱两可的奥运会,将产生模棱两可的

《联 结》:中国人 把奥 运 会办成一次真正的“亮相”,一场 在 世界瞩目下中国重新跻身世界强国的盛事。不论在内政方面, 还 是 在 重 大社 会、社 会发 展 和 环 境问题 方 面,是 否 有“前奥 运”和“后奥运”之说呢? 魏明德先生,台北利氏学社社长,人籁论辩月刊www.erenlai.com的 出版负责人。巴黎政治学院博士,自1992年起定居中国台湾 魏明德:关于中国在国际社会的地位,毫无质疑有“前奥运”和“后 奥运”的说法。在国内,我认为不要高估奥运会的影响。就像在国

影响…… 为了避免各种误解,必须对“棕色中国”和“绿色中国”统一理 解。 “棕色”是指不惜任何代价优先保持经济的快速增长,保证确 立中国作为未来的超级大国,把环境和社会成本、需要中国发挥作 用的呼声、为避免中国陷入无政府主义必须实施有力社会控制的 信念以及不断扩大的“国家安全”观念放在次要地位。相反, “绿 色”则从25年来中国环境遭到严重破坏的认识出发,再加上社会不 平等的加剧以及目前满足贫穷人口基本需要(教育和基础医疗)的困

际大型盛会后经常发生的情况,可能出现幻想破灭的现象:奥运

难; “绿色”坚持必须增强留给公民社会的空间(媒体、社团)以便与

会带给中国的好处象征意义可能大过实际意义,经济形势问题

腐败作斗争,预防环境灾害及其他因缺乏透明度或正确管理出现的

(房市、股市、通货膨胀、失业...)将成为群众首要关心的问题,注

问题;最后, “绿色”肯定中国的和平意图以及在国际社会中发挥积

意力将集中在重新定义中国的发展模式。由此来看,奥运会将最终

极作用的愿望。当然,这两个模式很少单独纯粹地存在。让观察家吃

作为一个“巅峰”,一个伟大循环的结束,这个循环将过渡到另一阶

惊的是这两个模式植入集团甚至个人思想的程度。

段,——尽管在带来的变化、变化的方向和强度等方面尚未达成一

《联结》:北京奥运会的一大成功是净化了空气,并给城市带

致。

来更加绿色的形象。这个发展是可持续的吗?中国在这个领域

《联结》:您是否认为奥运会是中国的成功?在您看来,奥运会

将 接 受 什么挑 战?最高层的 领导人是否决定 采 取行 动,如果

更接近“棕色中国”还是“绿色中国”呢?

是,他们是否有达到目标的方法?有哪些主要的障碍?

魏明德:奥运会是中国在国际上的巨大成功。另外,它在短期内巩固

魏明德:不可否认,与奥运会相关的投资对空气和水质量的改善产生

了国家权力的控制。但很快就会出现我刚才谈到的“幻想破灭”的

了无可否认的积极效果。同时,可能令人好奇的是对生态问题的关注

现象。中国一直以来都在“绿色”和“棕色”之间摇摆。 “棕色”,是

已经产生并将产生一些“反常效果”:国家的做法通常有“装饰性”,

国家对奥运会的严格管理,注意为避免一切不和谐因素所采取的机

当这些做法不单纯不仅仅是为了掩盖问题的时候——这个趋势随

制,把首都和大型工程的建设放在日常福利建设之前。 “绿色”,是

国内外舆论对生态问题的关注的加强而加强。因此,为奥运会

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展望

••• la ville. Ce développement est-il durable ? Quel défi attend la Chine

dans ce domaine ? Les autorités au plus haut niveau sont-elles décidées à bouger et, si oui, ont-elles les moyens de parvenir à leur fin ? B. V. : Les investissements liés aux JO ont des effets bénéfiques

mentales reste largement dépendant des pouvoirs locaux, et l’efficacité comme la sincérité des efforts de mise en application des lois et directives au niveau local sont fortement sujettes à caution. Les difficultés rencontrées ne sont pas seulement techniques et budgétaires. La collusion entre officiels et entrepreneurs et le contrôle sévère de l’information constituent les deux facteurs principaux qui limitent l’efficacité des interventions écologiques de l’Etat : ils accentuent le décalage entre appareil juridique, problèmes de fait et situations rapportées. Par ailleurs, la fréquence accrue des interventions de la société civile dans les problèmes écologiques est vue avec inquiétude par l’Etat. On verra assez vite si la Chine modifie son attitude sur la « gouvernance climatique globale », en acceptant finalement d’être intégrée dans un schéma de normes contraignantes des réductions d’émissions. Il ne faut pas être trop optimiste... La Chine continuera à préférer des projets de coopération financés par l’aide internationale afin de promouvoir le développement des nouvelles énergies. Notons tout de même que, tout récemment, Hu Angang, un professeur d’économie renommé de l’université Tsinghua, a plaidé pour que la Chine accepte enfin d’être liée par un pacte international de réduction des émissions. La Chine insiste-t-il, risque d’être la première victime du changement climatique, et a tout intérêt à se transformer en un « pouvoir vert ». Une fois encore, cette ligne reste encore aujourd’hui très minoritaire.

indéniables sur la qualité de l’air et de l’eau. En même temps, curieusement peut-être, l’attention portée aux questions écologiques a eu et va avoir encore des « effets pervers » : les initiatives étatiques ont souvent un caractère « cosmétique », lorsqu’elles ne visent pas purement et simplement à camoufler les problèmes — tendance renforcée par l’attention accrue de l’opinion nationale et internationale envers les questions écologiques. Ainsi, les efforts déployés pour les JO ne doivent pas dissimuler les faits suivants : les normes chinoises qualifient de « modéré » un niveau de pollution atmosphérique déjà supérieur à huit fois le niveau considéré comme acceptable par l’OMS ; les données sur le niveau d’ozone troposphérique et de monoxyde de carbone ont été progressivement retirées des indices de calcul sur la qualité de l’air ; les mêmes indices ont été manipulés, notamment par la forte diminution de l’impact statistique de l’oxyde d’azote, afin d’augmenter le nombre de jours notés « ciel bleu » avant les JO de Pékin ; en 2006 et de nouveau en 2008 le bureau de protection de l’environnement de Beijing a modifié la localisation de ses stations d’évaluation de la qualité de l’air, améliorant du même coup ses propres notations… Des stratégies semblables sont suivies désormais par de nombreuses villes. Dans un système C. : En permettant aux Chinois de retrouver la confiance en eux, les JO non transparent, l’attention accrue portée à l’environnement a vont-ils permettre une évolution de la Chine vers plus de démocratie, une pour effet de rendre les statistiques moins significatives qu’elles société civile plus vivante, bref va-t-on vers une convergence de nos mone l’étaient il y a quelques années. dèles sociétaux ou va-t-on vers le développement d’un nouveau « modèle Par ailleurs, si les difficultés économiques conjoncturelles se ré- chinois » ? vèlent plus sérieuses encore qu’il n’y paraît déjà, les effets sur la B. V. : Je ne vois pas en quoi les JO ont aidé la Chine à trouver un politique environnementale sont encore difficiles à déterminer. style démocratique et social nouveau. Ils aident certainement la La montée du chômage et le retour de l’inflation provoquent déjà Chine à confirmer qu’elle est désormais une « très grande nation » une inflexion des politiques économiques de l’Etat. Les objectifs reconnue comme telle par l’ensemble du monde. Mais il ne me du 11e plan pourraient être partiellement semble pas que les JO aient amélioré les reoubliés, et le gouvernement chercherait lations entre le gouvernement et la société une solution immédiate aux mécontenBenoît Vermander a publié civile. En fin de compte, c’est la gestion des tements populaires par la relance de la problèmes internes (pollution, chômage, La Chine en quête de ses frontières, la croissance à tout prix, quels que soient ses inflation, santé et éducation rurales, transconfrontation Chine Taiwan, en coll. effets environnementaux. La place exacte parence de l’information) qui vont détermiavec Jean-Pierre Cabestan, Presses des préoccupations écologiques dans les ner l’évolution du modèle chinois. L’avenir de Sciences Po, 2005 priorités gouvernementales peut donc se n’est pas tracé d’avance, dans la mesure où Chine brune ou Chine verte, les dilemretrouver sujette à caution. Mais les appréles interactions entre société civile et automes de l’Etat-Parti, Presses de Scienciations restent divergentes : les investisserités sont susceptibles d’emprunter des traces Po, 2007 ments publics massifs (faisant largement jectoires très différentes. La sophistication L’Enclos à moutons, un village nuosu appel aux technologies étrangères) pourcroissante des moyens mis en œuvre par la au sud-ouest de la Chine, Les Indes raient aussi fournir le moteur principal du société civile pour faire davantage prendre savantes, 2007 stimulus économique mis en oeuvre par en compte ses préoccupations et ses prioLa Chine ou le temps retrouvé, les figules autorités chinoises. rités pourrait se révéler un puissant facteur res de la mondialisation et l’émergence Il existe évidemment bien d’autres obstade changement. chinoise, Academia Bruylant, 2008 cles. Le corps des fonctionnaires en charge Propos r ecu eil l is de faire respecter les normes environnepa r A n n e G a r r igu e

74 Connexions / octobre-novembre 2008


Les JO, et après ? 奥运,后奥运? • • • 所作的努力不能隐藏以下事实:中国标准所称的大气污

染“适度”等级已经超出世界卫生组织可接受等级的8倍;对流层臭 氧和一氧化碳等级的数据已渐渐从空气质量计算的指标中删除;同 样的指标也经过加工,尤其是通过大量降低氧化氮的统计影响,以 增加在北京奥运会前“蓝天”数量;在2006年和2008年,北京环保 局先后迁移过空气质量监测站,一下子提高了评估的分数……类似的 对策今后将被许多城市效仿。在一个不透明的体系里,对环境关注的 增加使统计数据不像几年前那么有意义。 此外,如果经济形势的困难比以前更加严重,对环境政策的效果就 更难确定了。失业率的增加和通货膨胀的重现已经引起国家经济政 策的转变。 “十一五”计划的目标可能被部分忽略,政府正在寻找消 除人民不满的行之有效的方法,这些不满源于不惜任何代价推进经 济增长,不管对环境产生何种影响。对生态环境的担忧在政府头等 大事中的实际位置因此可能站不住脚。但是评价依旧不一:大量公共 事业的投资(非常依赖外国技术)也可能提供中国政府所实施的经 济刺激的主动力。 当然还有其它障碍。由于负责监督环境标准的公务员队伍非常依赖 当地政权,因此在地方上,实施法律和法令的努力其效率和真实值 得怀疑。遇到的困难不仅仅是技术和财力上的。官商勾结,信息的严 密控制构成了限制国家对生态环境问题干预效率的两个主要因素: 这突出了法律机器、事实问题和汇报情况之间的差距。此外,国家很 担心看到公民社会对生态环境问题干预的增加。 我们很快将看到中国是否改变对“全球气候管理”的态度,是否最终 接受加入降低温室气体排放标准的框架。不能太乐观……中国将继 续选择有国际资助的合作计划以便推动新能源的发展。然而,最近 清华大学著名经济学教授胡鞍钢支持中国最终接受加入国际减排协 议。中国如果坚持己见,可能会成为全球变暖的最大受害者之一,使 自己转化为“绿色力量”对中国十分有利。但是这种观点今天仍然属 于少数。 《联结》:奥运会使中国人,不管是政府还是人民都重新找回 了自信。奥运会能否让中国向更加民主、更多自下而上决策的 自由、更加活跃的公民社会发展,简而言之,是向中西方社会模 式的趋同还是向新的“中国模式”发展? 魏明德:我不认为奥运会帮助中国找到了新的民主和社会类型。它 的确帮助中国确认自己是全世界承认的“大国”。但我不认为奥运会 改善了政府和公民社会的关系。归根结底,是由内部问题的管理(污 染、失业、通货膨胀、农村医疗卫生和教育、信息透明度)来决定中 国模式的演变。如果公民社会和政府之间的相互影响可以采取不同 的途径,那么未来没有向前发展。公民社会为使人们进一步重视它 的担忧和它最关心的问题所采取的方式的不断高级化可能成为变化

的强大因素。

魏明德著作:《寻找边界的中国,两岸关系的对峙与和平缔造》,与高敬文教授(Jean-Pierre Cabestan)合著,20 05年巴黎政治学院出版社出版。 《棕色中国还是绿色中国,执政党的困 境》,2007年巴黎政治学院出版社出版。 《从羊圈小村到地球村》,2007年Les Indes savantes出 版社出版。 《中国,或找回失去的时光—全球化和中国的崛起》,2008年Academia Bruylant出 版社出版。

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协会 associations Aide et Action, une ONG française venue d’Inde, a commencé son travail deux jours après le séisme.

Un été au Sichuan

N

six centres de loisirs qui ont fonctionné durant tout l’été dans six villages dont cinq dans la municipalité de Pengzhou, à cheval entre plaines et montagnes, à 80 kilomètres de Chengdu, donc au plus près du cœur de la zone sinistrée. A l’issue des deux mois de fonctionnement, le bilan est extrêmement positif. Ainsi, dans la base de loisirs de Guancang, installée dans un centre culturel de deux étages prêté par la mairie, 140 enfants de 7 à 15 ans ont suivi trois classes. Des animateurs bénévoles, des étudiants spécialisés en langues, en arts plastiques, en sports… ont animé, outre des activités de rattrapage scolaire le matin, des ateliers chant, théâtre, kung-fu l’après-midi.

Lors de la dernière journée réservée aux jeux et aux spectacles, une véritable fête a rassemblé les volontaires vêtus d’orange et les enfants pour des jeux, compétitions et spectacles. Le clou de l’après-midi fut la démonstration de kung-fu menée tambours battants par un étudiant en sport de l’université de Chengdu. Les enfants et adolescents ont démontré avec passion leurs nouveaux talents. « Notre objectif en distrayant les enfants a été de leur permettre de prendre de la distance avec le tremblement de terre en leur montrant notre solidarité. L’aide psychologique ne passe pas nécessairement par des conseils, explique Zhang Xuemei. L’idée c’est plutôt de leur donner du courage et de l’espoir. »

© Anne Garrigue

ée en 1981 en Inde, présente dans 20 pays, Aide et Action, ONG française, qui aide des personnes défavorisées à recevoir une éducation fondamentale de qualité et promeut un développement communautaire basé sur l’éducation, a démarré son action en Chine sur les chapeaux de roue. Présente en Chine de façon indirecte depuis 2005, Zhang Xuemei, une sociologue du Sichuan, a ouvert officiellement le premier bureau à Chengdu, deux jours seulement avant le tremblement de terre de Wenchuan. Elle a lancé immédiatement toutes ses forces dans la bataille et mis en place un programme à destination d’enfants touchés par la catastrophe, sous forme de

Démonstration de kungfu dans le centre de loisirs de Guancang, financé par Aide et Action. 76 Connexions / octobre-novembre 2008

由“助学行动”资助的娱乐中心,孩子们正在表演功夫


Chaque centre a su trouver, de façon autonome, son rythme et ses activités. Ainsi dans le village de montagne de Zhongba, les jeunes ont publié pendant deux mois un quotidien sur ordinateur. Pour créer la confiance, l’association, qui préfère se présenter comme une « équipe » chinoise, avait offert immédiatement du matériel éducatif aux professeurs. Les six centres ont coûté 139 600 Rmb, financé pour un tiers par l’amicale des anciens élèves de Sciences Po. Des compagnies locales ont donné du matériel. Les bénévoles, des étudiants pour la plupart (un garçon pour trois filles), ont été recrutés par les réseaux universitaires, ceux des jeunes pionniers et de la Croix-Rouge. Aide et Action a l’intention de continuer à collaborer avec trois écoles de la région durant l’année et se propose de mettre au point un petit manuel de self help qui fera le point sur la sagesse populaire locale en matière de prévention des désastres. Outre cette action spectaculaire menée en direct, Aide et Action a déjà collaboré depuis 2005 à des programmes d’éducation dans toute la Chine de l’Ouest (Sichuan, Henan, Ningxia, Guizhou et Gansu) sous la forme de programmes de recherche-action en partenariat avec des ONG, des universités, des académies de sciences sociales et des institutions locales. « Trois ans après, nous commençons à être reconnus comme des experts en matière d’éducation en Chine, explique Zhang Xuemai. Nous nous occupons aussi bien d’éducation d’enfants de migrants, que de scolarisation de tout-petits dans des hameaux ruraux, de formation de professeurs et de bénévoles, ou d’éducation de femmes et de petites filles. ». Pour les enfants de migrants par exemple, Aide et Action intervient dans des programmes d’éducation familiale dans des écoles pour enfants de Mingong. « Nous aidons à améliorer les relations au sein des familles. Souvent les enfants n’arrivent en ville qu’à 7 ans et ils ont besoin d’aide psychologique et d’activités de groupe pour rétablir des liens de confiance. Nous organisons des jeux de rôle pour que les enfants comprennent mieux la position de leurs parents. En effet, quand ils arrivent en ville, les petits ruraux se sentent souvent inférieurs aux petits citadins et en veulent à leurs parents. » En ce qui concerne l’éducation des filles et des femmes, Aide et Action a établi une formation de professeurs pour adultes et a ouvert des classes dans le Guizhou, le Ningxia, le Gansu, le soir et le week-end. « C’est parfois un peu difficile de convaincre les femmes de s’y rendre mais celles qui reviennent de la ville sont conscientes de l’importance de l’éducation », explique Zhang Xuemei qui plaide pour une action bottom-up, qui implique la base au maximum. A n n e G a r r ig u e

© Anne Garrigue

w w w. a i d e - e t- a c t i o n . o r g

Dans le village de montagne Zhongba, Zhang Xuemei (à g.) fait sa tournée. 在成都郊区,张雪梅(左)正在视察每个村的娱乐中心 Connexions / octobre-novembre 2008 77


姊妹省份RÉGIONS JUMELLES

Le Jilin en route vers le futur La province du Jilin se trouve au centre d’un futur pôle de développement du bassin de la Tumen, préconisé par le programme de développement des Nations Unies, qui s’étendrait de Tokyo à Pékin en passant par Séoul et Khabarovsk. Important centre industriel dominé par l’automobile et la chimie, le Jilin se prépare activement pour ce projet. Par la Mission économique de Pékin

Une position géographique-clé en Asie du Nord Le Jilin partage 1 340 kilomètres de frontières avec la Corée du Nord et la Russie et est traversé par le fleuve Tumen, seule voie d’accès chinoise à la mer du Japon en passant par la Russie (accord de libre accès sans cession de territoire signé en 1991), ce qui en fait un axe de communication stratégique. De nombreux projets sont en cours pour renforcer notamment les infrastructures ferroviaires et aéroportuaires. Le ministère des Chemins de Fer et le gouvernement provincial prévoient d’investir 46  milliards de Rmb afin de remettre à niveau le réseau ferré, dont la ligne à grande vitesse entre Harbin et Dalian. Il compte 3 635 kilomètres de voies. routières : il existe 71031 kilomètres de routes au Jilin, dont seulement 542 kilomètres de voies rapides et 1364 kilomètres de routes nationales. Outre les aéroports de Changchun, de Liuhe, de Yanji et de Jilin qui assurent des liaisons aériennes internationales avec la Russie, le Japon et la Corée, l’aéroport de Changbaishan doit bientôt ouvrir et un autre est en projet à Baicheng. 78

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Pékin

Jilin

Shanghai

Le Jilin en chiffres Population : 27,29 millions d’habitants Population active : 12,66 millions (5,65 millions en milieu urbain, 7,01 millions en milieu rural) Densité : 94,1 hab./Km² Superficie : 290 000 Km² PIB : 522,6 milliards de Rmb en 2007 PIB par habitant : 19 144 Rmb/an

Une nature généreuse Outre les forêts qui couvrent plus de 40% de la province qui fait partie des six premières provinces forestières de Chine, le Jilin possède de nombreuses ressources rares utilisées en médecine traditionnelle. Les trois trésors de la province sont le ginseng dont la quasi-totalité de la production chinoise provient de la région, la zibeline, qui fit la richesse des mégisseries du Nordest et les andouillers issus des élevages de cerfs, très prisés par la pharmacopée traditionnelle. Le Jilin se place au premier rang pour les réserves de diatomite et de wollastonite, au troisième rang pour le nickel, les sables siliceux et la dolomite, et au quatrième rang pour l’or. Il dispose aussi de réserves de molybdène, d’argent et la présence des hydrocarbures y est également significative. « Grenier de la Chine » et capitale automobile La province du Jilin est une importante région agricole, grâce aux bonnes conditions climatiques et au fleuve Songhua. Les principales productions sont le soja,


Assemblage de l’Audi A6 sur la chaîne de production de FAW à Changchun.

le maïs et le kaoliang. Le développement de la riziculture et de la betterave à sucre sont les deux caractéristiques de l’évolution agricole au Jilin. Le Jilin est également producteur de bœuf, de laines et de haricots. L’industrie locale s’est développée autour des infrastructures automobiles et chimiques héritées de l’occupation japonaise (1933-1945). Les centrales hydroélectriques construites par les Japonais ont permis l’implantation d’industries électrométallurgiques et chimiques (engrais, colorants, matières plastiques, caoutchouc synthétique), de ferroalliages ainsi que des papeteries, raffineries de sucre de betterave, des verreries et cimenteries. Et, Changchun, la capitale provinciale comptant 7,4 millions d’habitants fin 2006, est souvent comparée à Detroit tant la ville est un pôle majeur de l’industrie automobile du pays. La première station nucléaire est en phase d’étude de faisabilité et des projets d’investissement ont été initiés afin de garantir l’approvisionnement en eau. Grand producteur d’éthanol, le Jilin est avancé dans le secteur des biotechnologies et souhaite

se spécialiser dans le transfert de gènes, l’ingénierie de protéine et le clonage. Des relations extérieures marquées par une forte présence allemande En 2007, les exportations s’élevaient à 3,85 milliards de dollars (soit une croissance de 28% par rapport à 2006) avec pour principaux pays clients l’Allemagne, les Pays-Bas, la Russie, le Japon, la Corée du Sud, les Etats-Unis, Hong Kong, la Corée du Nord, Taiwan et la Thaïlande. En 2007, les automobiles et les châssis automobiles exportés ont excédé pour la première fois les produits agricoles, atteignant 0,9 milliards de dollars soit 57,9% de hausse. Le reste des produits exportés sont les vêtements et le textile, le poulet congelé, les meubles, l’aluminium, le riz, les haricots secs, et les légumes. Les importations ont elles augmenté de 31% par rapport à 2006 pour atteindre 6,44 milliards de dollars en 2007. On retrouve parmis les principaux pays fournisseurs l’Allemagne, le Japon, les Etats-Unis, la Corée du Sud, la Russie et la Corée du Nord mais aussi l’Italie, le Brésil, le Mexique et l’Australie. La moitié des produits impor-

© Imagine China

JILIN 吉林

长春一汽奥迪A6生产线

tés sont des automobiles, pièces détachées automobiles, des moteurs et des moteurs à combustion interne, qui représentent 3,18 milliards de dollars, à 34,7% de hausse. Le Jilin importe également du minerai de chrome, de l’acier, du soja, des équipements et composants informatiques, de l’oxyde d’aluminium, et du métal. Avec 885 millions de dollars en 2007, les IDE connaissent une hausse de 16,3% par rapport à 2006. La province compte 1 860 entreprises à capitaux étrangers en 2008. Les principaux pays investisseurs — Hong Kong, Taiwan, les Etats-Unis, le Japon, Singapour, la Corée du sud et l’Allemagne (présence de Volswagen, Adrantz, Siemens et Henckel)— se tournent en majorité vers les secteurs industriels, viennent ensuite le secteur forestier, l’agriculture, l’élevage, la pisciculture et l’aménagement hydraulique. Loin derrière se trouvent les investissements réalisés dans les secteurs du commerce, de l’alimentation, du stockage, de l’architecture et de l’immobilier. Des entreprises françaises solidement implantées Les huit entreprises françaises

•••

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姊妹省份RÉGIONS JUMELLES •••présentes au Jilin comptent dix Valeo, une position-clé pour l’équipementier implantations. Faurecia a deux sociétés mixtes à Changchun pour livrer l’usine d’assemblage de FAW-Volkswagen : la première fabrique des systèmes d’échappement depuis 1995, la seconde, des sièges complets depuis 2001. Meura, filiale belge du groupe lyonnais Boccard, a créé en 1995 une société mixte qui concentre sa production sur des équipements de haute technologie. Après une implantation réussie, elle se diversifie vers d’autres secteurs. Les autres implantations sont Sanof i-Aventis (pharmacie), Schneider Electric, Saint-Gobain (matériaux de construction), Valeo (équipements automobiles, 2 implantations) et Carrefour. Biophyres a crée une JV en 2007 avec une usine d’abattage de canards afin de produire de l’aminoacide. Air Liquide envisage un projet de séparation de l’air au Jilin. A lstom coopère avec Changchun Railway Vehicles Co., Ltd pour produire les CRH5.

A

vec quinze opérations industrielles en Chine et plus de 4 000 employés, répartis dans six provinces différentes, Valeo dispose dans la province de Jilin d’une usine de production de compresseurs, un composant technique majeur de la boucle de réfrigération qui permet de climatiser les véhicules — les systèmes de climatisation étant une activité importante du Groupe Valeo et de Valeo en Chine. Située à Changchun la capitale provinciale, cette joint-venture de fabrication de compresseurs, détenue à 60% par le groupe français, a été créé en 2005 entre Valeo et Fawer, la branche équipement du Groupe FAW, le plus grand constructeur automobile chinois. Inaugurée en septembre 2006, l’usine atteindra sa pleine capacité en 2010 avec la fabrication de plus de 1,2 millions de compresseurs par an. La production de compresseurs à cylindrée

variable répond aux besoins de climatisation des véhicules chinois et adresse plus particulièrement le marché des véhicules haut de gamme. Le site compte actuellement 200 employés, dont 50 ingénieurs et cadres, de quatre nationalités différentes : Chinoise, Iranienne, Française et Japonaise. Valeo Fawer Compressor (Changchun) Co Ltd a la capacité de se développer localement et d’industrialiser des compresseurs pour les besoins du marché local comme pour l’export. Une partie importante de sa production actuelle est exportée vers Nissan Japon. La localisation de l’usine permet également de servir les clients Hongqi, VW et Mazda situés dans le nord-est de la Chine. Outres ces trois clients, l’usine fournira en 2009 des compresseurs aux usines de Mercedes-Benz et Nissan en Chine.

© DR

automobile

L’usine Valeo Fawer Compressor de Changchun 80

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富奥法雷奥压缩机长春生产厂



© Imagine china

姊妹省份RÉGIONS JUMELLES

长白山天池

Le lac sacré Tianchi dans le parc des montagnes Changbai

Le Jilin, une écorégion et réserve naturelle de haut niveau

A

ux confins du nord-est de la province de Jilin, le long de la frontière nord-coréenne, se trouve une réserve naturelle encore peu connue des touristes, le parc des Montagnes Changbai, (ou les « Montagnes perpétuellement blanches »). Zone volcanique dormante, même si la dernière éruption date de 1702, lors du règne de l’empereur Kangxi, la réserve se trouve dans le district de Antu qui fait partie de la région de la préfecture autonome Coréenne de Yanbian. La région est vierge de toute urbanisation, recouverte de forêts aux 1 500 espèces variées et d’une faune exceptionnelle qui s’ébat librement dans ce vaste territoire encore récemment fermé au public. Elle est l’habitat refuge des tigres, des léopards, des ours noirs, des cerfs et d’oiseaux rares, comme le fameux Oiseau Dragon. Le W WF et les scientifiques chinois s’efforcent de protéger cette écorégion de grande qualité. Un lac sacré de toute beauté La réserve des Montagnes Changbai est belle en toute saison. Parsemée de lacs, 82

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de rivières encaissées dans des gorges et de sources chaudes, la région attire les amoureux de la nature, mais également les pèlerins coréens et mandchous qui viennent rendre hommage au lac sacré Tianchi, (« lac céleste »), vénéré par les ancêtres et source des grandes rivières Songhua, Tumen et Yalu. Reposant au centre du cratère de l’ancien volcan à 2 189 m d’altitude, le lac céleste aux eaux bleu turquoise immaculées est partagé entre la Chine et la Corée du Nord. En effet, le parc de Changbai s’étend le long de la frontière sino-coréenne, ce qui explique que l’accès y a été longtemps interdit. Des quatre coins cardinaux, quatre routes permettent d’atteindre le sommet du volcan : celle du Sud, du Nord et de l’Ouest en territoire chinois, celle de l’Est en Corée du Nord. La route du Sud récemment ouverte La route du Sud vient d’être ouverte au public en juillet 2007. Elle est la route la plus facile et la moins onéreuse, car elle est accessible par voiture.

De Changchun, la capitale de la province du Jilin, on prend la route vers la ville de Changbai County (500 km), longeant la route de la vallée des Chevaux et des Cerfs (aussi appelée poétiquement Vallée n°19). La route parsemée de torrents aux eaux cristallines traverse une immense forêt dense et variée de conifères, de pins, d’ifs, de mélèzes, d’ormes, de bouleaux, de peupliers auxquels se mêlent des vignes et rosiers sauvages, et des plants de ginseng, principale ressource médicinale de la région. Un écosystème d’une variété éblouissante. La route aboutit à Changbai County, étonnante ville peuplée de Coréens qui fait face à la ville de Hyesan en Corée du Nord. Seule la rivière Yalu sépare les deux mondes aux niveaux de vie bien différents. En montant vers le versant sud de la montagne Changbai, la route longe la rivière, frontière sino-coréenne (facile à traverser) pour arriver à 1 800 m à une vaste étendue de bouleaux mordorés entourés en été d’azalées sauvages rouges flamboyantes et de buissons mauves. Dès septembre, les premiers flocons de


JILIN 吉林 neige s’accrochent aux arbres de la montagne, neige qui ne fondra qu’en juin. Le vent y est puissant et le paysage devient lunaire dès que l’on s’approche des sommets de pierres grises, restes de lave des dernières éruptions. Station de ski sur le versant nord La route du Nord est accessible toute l’année, alors que les versants ouest et sud sont fermés d’octobre au 1er mai. C’est la route des sports d’hiver. En été, de la porte d’entrée du parc, on atteint le lac en une heure, en passant le long de la cascade qui se jette du haut de la montagne dans la vallée. Sur le chemin, il y a une dizaine de sources chaudes aux eaux sulfureuses et minérales qui peuvent atteindre 90 degrés. Quand il fait -20 degrés à l’extérieur, cela doit être revigorant… Les hôtels sont de bon niveau et certaines familles coréennes des villages ouvrent leurs portes, comme maison d’hôtes. En hiver, on accède à la station de ski avec des traineaux.

Pratique - Comment y accéder ? Par avion : via Yangji, l’aéroport le plus proche. (vols directs avec toutes les grandes villes chinoises). Il est annoncé qu’un aéroport s’ouvrira fin 2008 à Sonjianghe County. Par train : via Changchun vers Erdaobaihe County qui est la gare la plus proche. En voiture : les routes du Nord et de l’Ouest ne sont pas accessibles en voiture, il y a un service spécial de voitures de la réserve à certain endroits. La route du Sud accessible en voiture longe et entre même à certains endroits en territoire nordcoréen. - Meilleur moment pour visiter : septembre et les mois d’été pour la floraison (pluie possible en juillet et aout, mais de courte durée grâce au vent…). Hiver pour le ski. - A retenir : Il fait toujours froid dans les montagnes Changbai ; il faut emmener des vêtements chauds et imperméables.

Un escalier de 1 365 marches pour atteindre le sommet La route de l’ouest est beaucoup moins sauvage. De Sonjianghe county, elle traverse une mer de bouleaux et une vaste prairie avant d’atteindre la porte de la réserve. Un escalier de 1 365 marches a été construit en 2006 pour accéder au lac céleste afin de sauvegarder les superbes plantes sauvages qui parsèment le haut plateau. Il paraît que cela demande plus d’énergie de monter les marches que d’emprunter les autres routes. L’accès de la montagne par l’Ouest est tout à fait différent des autres points cardinaux. La présence de nombreux lacs et de rivières attirent beaucoup plus de visiteurs souhaitant faire des ballades en été, loin des chaleurs de la capitale provinciale. Encore peu connu des touristes étrangers, ce parc mérite notre attention et est un lieu d’escapades pour ceux qui habitent Changchun ou Jilin et autres villes principales chinoises. Pour les amateurs, on y trouve le meilleur ginseng de Chine !

V e ro n i qu e

d ’A n t r a s

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© Sauvignier Stéphane/Michelin

姊妹省份 RÉGIONS JUMELLES

阿蒙港亚眠大教堂

Vue sur le port d’Amont et la cathédrale d’Amiens

皮卡第大区 从 欧 村 (Ault)的 悬 崖 峭 壁 到 索 姆 省 (la  Somme)田 园 诗 般 的 山 谷、马 尔 康 泰 尔 (Marquenterre)海边牧场的羊群,皮卡第大区的景致对比鲜明。在大区的三个省份索姆 省(la  Somme)、瓦兹省(l’Oise)和埃纳省(l’Aisne),皇宫、城堡和修道院掩映在浓密的森 林或浪漫迷人的花园中。尽管在1918和1940年皮卡第地区曾经是战场,但是这片土地 仍然保留了许多昔日的文化艺术见证,其中包括亚眠(Amiens)、苏瓦松(Soissons)、拉昂 (Laon)和博韦(Beauvais)的大教堂,这些哥特艺术的瑰宝至今仍屹立在原处。皮卡第大 区炎热的天气很少,但居民的热情弥补了气候的阴凉。乐观好客、心情愉悦的 居民及各种民间节日使得这片地区成为一块友善亲切、热情洋溢的土地。

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Connexions / octobre-novembre 2008

本专栏内容由米其林旅游出版公司提供


Picardie 索姆省(La Somme)

皮卡第大区

是一次名副其实的梦幻之旅,极富创意的 皮卡第大区

花园将植物按照它们的微妙香味和装饰

PARIS

特点而非种类予以组合排列。这里是色彩

Picardie

塑造了皮卡第白垩高原的索姆河静 静 流淌,缓慢 开辟出一条通往大海的道 路,沿途播撒下一片静谧。从沃观景台

的海洋,金、银岛区与阴暗岛区形成鲜明

(belvédère de Vaux)能够一览猎物众多的

对比,因为这里种植着像垂桑这样的不喜

沼泽及鱼儿成群的池塘。远处,佩罗讷

光植物。在装饰果园岛区,您一定要抵御

(Péronne)的身影隐约可辨。如同阿布维尔

诱惑,因为有些果实是有毒的!

(Abbeville)和亚眠(Amiens)两座城市一样, 索姆湾(La Baie de Somme)

佩罗讷也位于索姆河谷沿途。 亚眠(Amiens) 在两次世界大战期间,这座皮卡第大区的 首府曾遭受猛烈进攻。虽然历经轰炸、焚 毁,亚眠还是幸运地从瓦砾堆中重生。 圣母大教堂(Cathédrale Notre-Dame)

大区简介: 面积:19 399 平方公里 人口:1 886 000 3个省:埃纳省(Aisne)、瓦兹省 (Oise)、索姆省(Somme) 旅游局网址: http://picardietourisme.com

和马尔康泰尔(le Marquenterre) 一望无际的草丛与细沙滩,海天相连…… 这里是寂静的索姆湾。马尔康泰尔鸟类公 园是鸟儿偏爱的歇脚地,这里聚集的鸟类 不少于320种(欧洲大约有450种鸟类), 人们可以全年在此地观察鸟类。

亚眠圣母大教堂名列联合国教科文组织

欧村(Ault)

世界遗产名录,它是巴黎圣母院的两倍,

这个海水浴疗养地绰号“海上阳台”,因

是法国最大的哥特式大教堂。大教堂后

萨马拉公园(Parc Samara)

地理位置优越而独具魅力。它位于雄伟的

部耸立的尖塔高度超过112米,但却令人

萨马拉公园独具一格,用于展现史前生

白色悬崖脚下,一片绿地使得景致稍显和

讶异地轻盈。壮丽恢宏的大教堂正立面

活:公园再现了新石器时期至高卢-罗马时

缓。一座红白陶瓷相间的灯塔屹立在这片

上,石刻之精细宛如绣花一般,令人禁不

期人类的日常生活场景。游客们受邀做一

白垩崖壁的高处,泰然自若的守护着欧村

住驻足品味这幅魅力十足的石雕圣经的

次历史之旅,可以了解人类祖先的居所及

和索姆湾的和谐景致。

细微之处。

他们曾经使用过的技术,从陶器的使用到

圣勒街区(Quartier St-Leu)

仿佛为了消除天塌下来的恐惧,萨马拉公

瓦兹省(L’Oise) 和埃纳省(l’Aisne)

索姆河的多条支流蜿蜒流经迷人的圣勒

园的“高卢人”还用绳索维系一个气球固

贡比涅(Compiègne)

街区,漂亮的彩色小屋倒映在水中,很容

定在地面,以便从150米的高度欣赏该地

贡比涅这片昔日的皇家狩猎场毗邻一片广

易令人联想到北欧国家的建筑。古玩商、

区。

袤的森林。贡比涅的宫殿曾经为拿破仑三

燧石的打磨,中间还经历了的火的打造。

世及其皇后欧仁妮所欣赏,在第二帝国时

手工艺人和餐馆老板们纷纷落户这个醉人

期,贡比涅宫殿就是奢华的同义词。

的“北方小威尼斯”。一些店铺专门制作

圣让节的火焰

皮卡第木偶,这些木偶都是性格坚强的腼

一个古老的民间传统正在亚眠地区开始

腆人物。

复苏:人们在6月23日圣让节的前夜点燃

宫殿(Palais)

炽烈的炭火。圣让节的焰火活动融合了异

豪华套房藏在古典与规则的贡比涅宫殿

亚眠的使者

教信仰、乡间传统和宗教庆祝活动,是一

后部,极尽装饰但却没有怀旧的忧郁。

亚眠的吉祥物是拉弗勒(Lafleur),一个以

个人们庆祝好日子来临的集体节日。在这

在家庭会客厅内,能够看到路易十五的

红丝绒仆衣和心直口快而为人所知的仆

个神奇之夜,一些皮卡第人会长久凝视着

座椅、新奇别致的S形可面对面坐的双

从。这个皮卡第的木偶代表了贫民大众的

火焰,因为他们确信自己的未来正在从这

人椅,也被称为“confidents”,以及被称

通情达理,他总是抓住一切机会娱乐观

里开始……

为“indiscrets”的三人座椅……在宫殿内 部,第二帝国博物馆(Musée du Second-

众并竭尽所能地宣扬他的座右铭: “喝 好、吃好、无所事事”!让我们一起观看演

瓦卢瓦尔(Valloires)

Empire)设在一连串铺有毡垫的客厅中,再

出,听听他的妻子桑德里娜(Sandrine)的

瓦卢瓦尔的西都会 修道院环境极为优

现当年宫廷上流生活的场景、展示第二帝

想法……

美,掩映在一片蓊郁之中。参观瓦卢瓦尔

国时期的艺术。

•••

Connexions / octobre-novembre 2008 85


欧村白色悬崖 Falaises d’Ault

Marquenterre的景色 Paysage du Marquenterre

© Cassaigne Alain/Michelin

© Jausserand Pascale/Michelin

© Sauvignier Stéphane/Michelin

姊妹省份 RÉGIONS JUMELLES

法英烈士幕地 Mémorial franco-britannique de Thiepval

•••皮埃尔丰(Pierrefonds)

实的技术壮举。大钟上面的几个自动小人

巷间是一种真正的乐趣。红砖房屋和木筋

宏伟的皮埃尔丰城堡修建于封建时期,俯

每天5次演绎圣经中《最后的审判》的场

墙住宅鳞次栉比,构成了一幅绚丽多彩的

瞰皮埃尔丰村,由八座建有石板瓦屋顶的

景。毗邻大教堂的瓦兹省博物馆(musée

图画。

防御塔楼保护。拿破仑三世曾将这座气势

départemental de l’Oise)保存有著名的挂

恢宏的中世纪建筑的修复工程委托给酷

毯,因为博韦曾经在该领域发展了高级

皮卡第美食

爱哥特艺术与雕刻及绘画装饰的建筑师

的工艺技术。另外,人们还能欣赏到于埃

与相邻地区有所不同,皮卡第大区主要出

维奥莱-勒迪克(Viollet-le-Duc)。请留意一

(Huet)和柯罗(Corot)绘制的风景画以及安

产苹果酒。但是资源丰富的皮卡第人也在

个滑稽的细节:主院的窗户上装饰着猫的

格尔(Ingres)创作的《圣母半身像》。

其他方面有所弥补。皮卡第的大厨们由于

雕像。

经常与热爱佳肴的人们打交道,因而传统 热尔贝鲁瓦(Gerberoy)

上都会烹制分量足、稠厚且美味的菜肴。

拉昂(Laon)

热尔贝鲁瓦是法国最漂亮的村庄之一。必

拉昂坐落在一大片岩石上俯瞰着皮卡第

须承认,这里的居民都有一双园丁之手,

菜肴

平原。雨果曾经为这座加洛林王朝的老

从他们房屋正面如陡坡般向下伸展的美丽

大部分皮卡第人对于餐前享用的稠厚浓

城所陶醉并且发出赞叹: “拉昂的一切都

蔷薇就可可见一斑了!这座中世纪小镇坐

汤都抱有浓厚的兴趣,无论是南瓜浓汤

如此美丽,房屋、教堂、周边、一切!”不

落在一片小土岗上,漫步在鲜花盛开的街

还是纯粹的胡萝卜浓汤(potage  Crécy)。

错,这座环绕有中世纪城墙的城市因为 拥有漂亮的老住宅而不失魅力。但毫无 疑问,拉昂最令人瞩目的还是圣母大教堂 (cathédrale Notre-Dame),它是法国现存 最古老的几座哥特式大教堂之一。正立面

您知道吗?

气势恢弘,妆点有精美的雕刻以及宽阔的

影片《铁面人》外景地

塔楼。

许多电影导演的灵感都源于皮埃尔丰城堡的魅力,适合侠士小说中的背景。这 座城堡曾经在莱昂纳多.迪卡普里奥(Léonardo  Di  Caprio)出演的《铁面人》(Le

博韦(Beauvais)

Masque de fer)和让.雷诺(Jean Réno)主演的《时空急转弯》第一和第二部 (Les

作 为 博 韦 的 瑰 宝 ,圣 皮 埃 尔大 教 堂

Visiteurs I et II)中作为拍摄背景。

(cathédrale  St-Pierre)的外形无疑有些特 殊,它拥有一组拱扶垛用于支撑不太坚固

你还记得苏瓦松(Soissons)的花瓶吗……

的祭坛。虽然并未完工,但是这座大教

克洛维(Clovis)在墨洛温王朝的第一个都城苏瓦松战胜罗马人之后,要求士兵们

堂仍然不失为一件哥特艺术的杰作。装

归还兰斯一座教堂被偷的花瓶。一位不服从的士兵将花瓶打碎。第二年,克洛

饰大教堂内部的一座天文大钟是一件金

维阅兵时站在这位士兵面前,敲碎他的头颅,一边说: “这就是你对苏瓦松花瓶

银器,它的运转依靠一套能够带动大约

所做的。”这是《法国史》上记载的一件残忍轶事!

9万个零件的机械装置,这是一项名副其 86

Connexions / octobre-novembre 2008


Picardie

皮卡第大区

实用信息

电话:03 44 40 01 00

价格:13/16 €

亚眠(Amiens)

网址:www.

一个迷人的小酒馆,供

旅游局:

compiegne.fr

应简单菜肴。

电话:03 22 71 60 50

餐饮

住宿

网址 :w w w. a m i e n s .

Le Bistrot des Arts

Hôtel Les Chevaliers

com/tourisme

地址:35 cours

地址:3 r. Sérurier

Guynemer

电话:03 23 27 17 50

餐饮

电话:03 44 20 10 10

电子邮箱:

Les Marissons

价格:18/24 €

hotelchevaliers@aol.

地址:Pont de la

一间极具特色的小酒

com

蔬菜汤(soupe des hortillonnages)是用美

Dodane

馆,供应可口菜肴。

房间:14间,价格:

味的时鲜蔬菜烹制而成,将白菜、韭葱、

电话:03 22 92 96 66

莴苣、酸模、豌豆、调味蔬菜及土豆混合

价格:18.50/49€

Le Nord

这是一栋中世纪的建

烹煮。

这间由旧造船车间改建

地址:Pl. de la Gare

筑。

在前菜方面,索姆省生产多种肉糜和肉

的餐馆有一个鲜花盛开

电话:03 44 83 22 30

糜冻:硬皮鸭肉糜(pâté de canard en

的花园,独具魅力。

价格:23/45 €

餐饮

这是当地有名的可以品

Les Canards de la

尝优质海鲜的地方。

Landelle

© Sauvignier Stéphane/Michelin

地址:6 bis r. Dusevel

索姆河谷 Vallée de la Somme : point de vue de Corbie

croûte)、沙锥肉糜(pâté de bécassine)、鳗

30/60 €

鱼肉糜冻(terrines d’anguilles)等。这里有

住宿

一种别出心裁的配菜(与主菜同时上)—

Hôtel Alsace-Lorraine

—盐角草(salicorne),是一种源于沿海植

地址:18 r. de la

住宿

60 850 Lalandelle

物的海产醋浸小黄瓜。皮卡第小棍面包

Morlière

Hôtel Les Beaux-Arts

电话:03 44 81 63 39

(ficelle picarde)实际是一种卷火腿薄饼,

电话:03 22 91 35 71

地址:33 cours

网址:www.lalandelle.

与生菜叶搭配食用非常美味,浇蘑菇白酱

网址:alsace-lorraine.

Guynemer

com

汁(sauce Béchamel),放入烤炉内 烤而

fr.st

电话:03 44 92 26 26

价格:18/30 €

成。至于胡葱薄饼(flamiche picarde),则

房间:14间

电子邮箱:hotel@bw-

这栋18世纪布赖

是一种韭葱厚馅饼。

价格:31/73 €

lesbeauxarts.com

(Bray)地区的典型谷仓

沿海地带的美食明星非海边牧场产的羔

一间令人愉快且舒适的

房间:35间

里面有一间小旅馆。

羊肉(l’agneau de pré-salé)莫属。在苏瓦

酒店,藏在一扇能够通

价格:65/74 €

松,菜肴通常搭配soissoulet一起烹煮,

行车辆的大门后面。

一间现代化酒店。

地址:1 r. des Sablons

住宿 Hostellerie St-Vincent

这是当地产的一种又白又干的大颗粒四 季豆。另外,索姆湾的居民都是灵巧的渔

Victor Hugo

拉昂(Laon)

地址:r. de Clermont

民,他们非常喜欢烹饪海鲜产品。

地址:2 r. de l’Oratoire

旅游局

电话:03 44 05 49 99

电话:03 22 91 57 91

地址:pl. du Parvis-

电子邮箱:h.st.vincent@

甜品

房间:10间

Gautier-de-Mortagne

wanadoo.fr

在 阿 布 维 尔 地 区 ,“ 打 糕 ”( g â t e a u

价格:39/44€

电话:03 23 20 28 62

房间:48间

battu)是一种分量较轻的松甜糕点。夏

一间家庭式的小旅馆,

网址:www.tourisme-

价格:62/72 €

季,红果冰糕(sorbets aux fruits rouges)是

距离大教堂几步之遥。

paysdelaon.com

客房宽敞方便、隔音很

好。

人们的最爱。美味的皮卡第蛋白小圆甜 饼(macarons)与咖啡一道食用,以杏仁软

贡比涅(Compiègne)

餐饮

糖、蛋白及一盎司蜂蜜做成。在苏瓦松,

旅游局:

Bistrot Le Saint-Amour

糖果商们还会推荐一种名为soissoulet的

地址:pl. de l’Hôtel de

地址:45 bd Brossolette

糖果,做成著名的四季豆形状。

Ville

电话:03 23 23 31 01 Connexions / octobre-novembre 2008 87


© Wang Wei

© Wang Wei

文化 CULTURE

Wang Wei, les choses ordinaires Jeune photographe chinoise, Wang Wei vit et travaille à Pékin. Elle traque les formes, parfois monstrueuses, que prennent l’urbanisation massive et la course à la modernité .

W

ang Wei est venue à la photo après des études en histoire de l’art à l’Académie des BeauxArts de Pékin, suivies de trois années comme web-designer, une profession qui ne l’intéressait pas vraiment. Aujourd’hui elle dit : « j’éprouvais une envie à la fois vague et irrésistible de retourner à l’école ». C’est en entrant pour la première fois dans l’obscurité d’un laboratoire de développement, qu’elle a su que la photoraphie serait quelque chose d’essentiel dans sa vie, A l’automne 2002, elle quitte son travail et s’inscrit pour une nouvelle année de cours, à l’Académie, spécialité photographie. Mais début 2003, l’Académie ferme ses portes. L’épidémie du SRAS frappe le pays et les étudiants sont priés de « rester chez eux ». Wang Wei est coincée à la maison quand un de ses amis reporter88

Connexions / octobre-novembre 2008

photographe lui suggère de se présenter comme photographe au magazine Time Out. Elle se heurte aux réticences de la rédaction, mais finit par se voir confier un travail. Depuis elle travaille régulièrement pour l’édition pékinoise du célèbre guide urbain. Les conditions de travail sont assez rudes (30 Rmb par photo et jusqu’à 15 clichés à rapporter en une soirée) mais bientôt, d’autres magazines dont Elle Déco, le National Geographic, Time, Newsweek ou Vanity Fair publient ses travaux et Wang Wei se lance rapidement dans des projets plus personnels. Née à Guyiang (Guizhou) dans le sudouest de la Chine et arrivée à Pékin en 1994 à 18 ans, Wang Wei a vu la capitale chinoise s’étendre et se transformer radicalement en une dizaine d’années. Elle en rend compte à travers une série de clichés

intitulée Harmonious Community (2006), un projet conçu avec le photographe Ian Teh et dont le nom fait bien évidemment écho au programme gouvernemental de « société harmonieuse ». Photos de chantiers, de barraquements temporaires, de palissades exhibant avec insolence la beauté virtuelle des futurs immeubles sous le ciel bleu, palissades dont les affiches se décollent déjà. Dans cette urbanisation à marche forcée, une chose en particulier la frappe, le passage « de la cour carrée au compound » ainsi qu’elle le nomme. Les nouvelles cités résidentielles sont une sorte de projection montrueuse et démesurée du traditionnel sihueyan (batiments organisés autour d’une cour carrée et fermée où logeaient plusieurs familles). Wang Wei saisit ces ensembles de tours immenses, univers glacés


© Wang Wei

摄影

© Wang Wei

PHOTOGRAPHIE

Série « Standard Rooms ». Ci-contre : Wang Wei. “标间” 作品系列。 左:摄影师王为

et sans vie, leur modernité à l’occidentale, les statues souvent kitsch qui ornent leurs places centrales : un Panda géant, des vasques grecques pleines de pétunias, des chevaux dorés ruant autour d’une fontaine ou Jules César lui-même— est-on encore en Chine ? De ses interrogations sur la ville découle naturellement son intérêt pour les problèmatiques environnementales et sociales. En 2007, elle part dans le Liaoning, un des berceaux de l’industrie minière, photographie les vestiges de la première aciérie construite par les Japonais dans les années 20, les entrelacs de tuyaux et de rails, boursoufflures grises qui déforment le paysage, les villes désolées et les hommes au travail dans les vapeurs chaudes, entre le rouge de la forge et le noir du charbon (série Coalsack).

En 2008, c’est à la rencontre « des gens ordinaires » qu’elle va cette fois, des fuwuyuan, femmes de chambre dans des hôtels (Série Standart Room). Elles sont jeunes et ont, pour la plupart, quitté leur village natal pour gagner un peu plus d’argent en ville même si leur vie reste souvent confinée à l’hôtel. Wang Wei leur demande de poser dans les chambres qu’elles rangent et nettoient. « Le plus compliqué n’a pas été de convaincre les femmes de se laisser photographier, même s’il a fallu que je m’explique, mais de convaincre les proriétaires des hôtels qui avaient peur que je fasse une enquête et que je les dénonce » raconte Wang Wei. Elle en rapporte une série de portraits émouvants et dérangeants où les corps et les visages las semblent parfois se fondre et se perdre dans les décors anonymes.

Certains regards fuient l’objectif — délicatesse de celles qui auraient trop de choses à dire ? — d’autres, au contraire, regardent bien droit sans fard ni parure. Certaines posent debout, comme « en service », d’autres, assises, semblent profiter de ce moment insolite pour prendre une petite pose. Mises côte à côte, ces photos composent un étrange groupe d’êtres uniques et pourtant semblables, liés par la fonction sociale et devenues quasi-interchangeables, un échantillon métaphorique d’une société où l’individu a du mal à trouver sa place. Le travail de Wang Wei est de plus en plus présent dans le ga leries de Hong-Kong à Florence et bientôt, elle part pour Londres. Elle est finaliste pour le prix Taylor Wessing à la National Portrait Gallery. A suivre…

S o ph i e L av e rg n e

Connexions / octobre-novembre 2008 89


© Imagine China

文化 CULTURE

Le Musée des Beaux-Arts de Shanghai fut en 1995 un des premiers des nouveaux musées. 上海博物馆是1995年最早建成的新博物馆之一

Musées : la marche vers l’âge d’or Poussiéreux et peu attrayants il y a encore dix ans, les musées chinois ont pris de la couleur et de l’allure, fers de lance d’une politique de réarmement culturel de la nation.

A

près 30 ans de réformes et de développement économique à marche forcée, la Chine entreprend aujourd’hui de reconstruire une histoire aussi riche que tumultueuse pour la transmettre au plus grand nombre. Passeurs culturels, les musées d’Etat sont les instruments privilégiés de cette politique, comme en témoigne la décision de rendre leur accès gratuit dès 2009. Appliquant à la lettre cette directive, le musée militaire de Pékin a vu affluer des marées humaines, et a même été obligé de recruter 40 gardes de sécurité. 90

Connexions / octobre-novembre 2008

Introduits en Chine pour la première fois au XIX e s. par des ecclésiastiques, à une époque où le pays était réduit au statut de société semi-coloniale, les musées chinois se sont développés dans les années 1930 avec la naissance de l’archéologie chinoise moderne, avant de subir de plein fouet les affres des guerres et de la Révolution culturelle. Aujourd’hui, l’heure est à la reconstruction : entre les 300 musées d’il y a trente ans et les 2 400 relevés en 2007 (contre 1 299 en France), la Chine comble peu à peu son déficit en lieux de mémoire, même si le chiffre est encore insuffisant au regard de la taille du pays. « La politique gouvernementale est d’encourager toutes les énergies, notamment celles du privé depuis la fin des années 1980 », note Danielle Elisseeff, chercheur émérite à l’EHESS et auteur de L’Art chinois1. Comme l’écrit Zhang Wenbin dans l’éditorial du numéro de Museum International consacré à la Chine, les musées chinois s’étoffent et se spécialisent de plus en plus — soie, chemin de fer en passant

par le thé… — rendant possible « l’apparition d’un système muséal spécifiquement chinois » à tous les échelons géographiques. Le musée de Shanghai (1995) et son architecture en forme de ding, ce récipient traditionnel utilisé pour cuisiner et servir la nourriture, est l’un des meilleurs exemples. Outre sa collection de 120 000 objets (bronzes, céramiques, calligraphies, art des minorités, etc.) il accueille régulièrement des expositions de l’étranger. « Les nouveaux musées construits depuis les années 1990 et dont le mouvement s’est accéléré dans les années 2000, sont magnifiques. Beaux et riches, ils sont représentatifs de la grandeur de la Chine, et le gouvernement en fait assurément des éléments de paraître », observe Danielle Elisseeff. Dotés d’une architecture souvent originale, ils tranchent avec l’ancien style froid et pompeux du communisme. Installé à Suzhou, le musée construit par Ieoh Ming Pei, architecte de la grande pyramide du Louvre, est un exemple d’innovation. Inauguré en 2006 pour 40 millions d’euros, il borde l’un des célèbres jardins de la cité impériale inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco tout en réussissant le


MUSEE 博物馆 pari de s’insérer dans le paysage, en mélangeant tradition chinoise des jardins et modernité du style géométrique. Pour abriter ses collections millénaires, la Chine voit les choses en grand : cinq ans avant les JO, Pékin annonçait un investissement de 700 millions d’euros pour rénover et construire 20 nouveaux musées. Pourtant, si certains musées ont du cachet, tel le nouveau musée de la Capitale (mai 2006), ce n’est pas le cas de tous, observe Han Tsungwoo, qui organise des expositions pour le compte de l’agence Ogilvy. « La Chine a besoin de plus de musées comme celui de la Capitale. Aujourd’hui, beaucoup sont encore trop peu connus du grand public, trop peu accessibles, ou fleurissent trop rapidement, comme si seule la quantité comptait. »

exposer ! » Reste que mise en scène est parfois poussée à l’extrême. « Les musées utilisent les techniques de projection les plus modernes, tels les hologrammes, mais ils mélangent souvent conservation et restitution, nuance Danielle Elisseeff. Pour faire comprendre l’usage d’un objet, le technicien reconstitue des scènes de manière parfois fantaisiste et finit par détruire les pièces sous prétexte de vouloir retenir l’attention du visiteur. »

Quels que soient les excès, l’heure est à la réappropriation culturelle, comme le souligne Xindong Cheng, l’un des principaux galeristes de Dashanzi, temple de l’art contemporain de Pékin. « L’Etat réalise que la culture est aussi importante que le fait de gagner de l’argent. Depuis dix Heureusement, ce sont les nouveaux ans, on assiste aussi à un retour du concept musées que l’on remarque le plus. A de la nation et à la redécouverte d’une hisl’opposé de leurs poussiéreux ancêtres, toire de plusieurs millénaires. » Or la reils disposent d’espaces de détente, de découverte s’accompagne inévitablement toilettes et de restaurants, très prisés des d’un choix, donc d’une forme de réécrifamilles. Ils empruntent à Paris et New ture. « Il s’agit de rendre aux Chinois leur York les techniques de mise en valeur des passé et de leur redonner une dimension collections, enveloppent les objets d’une temporelle après les souffrances des 50 atmosphère unique et travaillent la scéno- dernières années, note Danielle Elisseeff. graphie afin d’offrir à un public Le débat actuel est de savoir souvent profane une meilleure quand commencent la civicompréhension de l’histoire. « « Aujourd’hui, lisation et l’Etat chinois. Or Cette optimisation de l’espace les musées cette histoire de 3000 ans qui s’accompagne d’une profesest mise en avant sert le gouchinois sont sionnalisation du personnel, vernement chinois, qui appatémoigne Mike Bruhn, direc- gérés comme raît comme l’héritier direct et teur de Beijing Imperial Gift, des musées donne lieu à des élans parfois une entreprise spécialisée dans très nationalistes autour du internationaux. » la conception et la vente de proconcept de la grande Chine. duits dérivés pour les musées. » Ainsi le musée des Trois Aujourd’hui, les musées chinois Gorges de Chongqing est-il sont gérés comme des musées internatio- présenté selon l’historienne comme « une naux, ils séparent la gestion financière du légitimation du barrage ». « On explique département de l’art, et font des études de au visiteur que les chants des bateliers et marché. » De nouveaux métiers apparais- des oiseaux ont été enregistrés avant la sent, des scénographes aux installateurs de disparition des villages pour leur montrer lumière en passant par les restaurateurs, que la culture locale n’est pas perdue !» formés à l’étranger. Instillé par le haut, ce projet de réarmeCorollaire logique, les collections font ment culturel a donc encore du chemin à l’objet d’une réflexion poussée. « Il y a parcourir, même si les touristes étrangers 20 ans, observe Jérôme Sans, directeur sont aux premières loges pour apprécier les du Centre Ullens d’Art contemporain, progrès déjà réalisés. le choix des expositions n’était pas aussi H é l è n e D u v ig n e au engagé qu’aujourd’hui, on faisait du remL’Art chinois, Paris, Editions Larousse, 2007. plissage. Même ma grand-mère aurait pu

Et l’art contemporain ?

Le marché de l’art contemporain chinois s’est emballé depuis 2005, la Chine ne possède toujours pas de musée national d’art contemporain pourvu de collections permanentes. Pour le galeriste Xindong Cheng, ce n’est pas un hasard. « Beaucoup de pièces partent à l’étranger et les artistes doivent souvent payer pour exposer dans un musée chinois. La nouvelle création, celle qui peut avoir un impact sur la société, fait peur à l’Etat ». Un avis que nuance le conservateur Han Tsungwoo. Selon lui, le gouvernement chinois est intéressé par l’art contemporain et encourage vivement les initiatives locales. Mais « créer un musée national prend du temps, comme ce fut le cas du centre Pompidou en France. Il faut faire un choix entre les artistes, or l’art contemporain chinois est très récent. C’est donc le privé et notamment Dashanzi, fleuron pékinois de l’art contemporain, qui semble prendre le relais. Fait nouveau dans le paysage, la création en novembre 2007 du centre Ullens pour l’art contemporain, en plein cœur de Dashanzi. Cette fondation tire ses revenus du couple de mécènes suisses Guy et Myriam Ullens. « Notre centre est comme une maison dédiée aux artistes contemporains chinois, explique Jérôme Sans, son directeur. A partir du 15 novembre, le centre présente une vingtaine d’artistes chinois majeurs qui réagissent à des robes, des bijoux, des flacons de la maison Dior. Une expo bien dans l’esprit de la mission que s’est fixée le centre : faire communiquer entre eux les grands pôles de créativité mondiaux. H. D.

1

Connexions / octobre-novembre 2008  91


© DR

文化 CULTURE

La première rencontre avec les Wang, été 1998.

1998年夏,与王家人的第一次见面

Sylvie Levey, un « 3e œil » sur la Chine

J

ournaliste réalisatrice, Sylvie Levey vit à Shanghai depuis bientôt dix ans. Son dernier opus, le documentaire Shanghai en attendant le paradis (方浜路的等待), est le fruit de cinq années de filmage du quotidien d’une famille ordinaire vivant dans l’attente de la destruction annoncée de son logement, au cœur du vieux Shanghai, et appréhendant un futur incertain. Ses doutes, ses craintes, ses joies et ses espoirs ont été saisis par un regard hybride, mixité de vécus français et chinois, un « 3e œil », surnom de la réalisatrice. Les Wang, trois générations sous un même toit, subissent comme nombre de Chinois, les plans de démolition des quartiers anciens que réclame la modernisation intense et accélérée des grands centres urbains de Chine. De 2001 à 2006, Sylvie Levey, sans assistant ni interprète, porte seule son sujet et sa caméra, observe et capte cette famille, les voisins, le quartier, un monde dans un monde. Dans sa ville de Saint-Malo, Sylvie Levey découvre la Chine en lisant, à 10 ans, Vent d’Est, vent d’Ouest de Pearl Buck. A 12 ans, elle est frappée par l’annonce de la mort de Mao, les images du catafalque, des paysans chinois en larmes. Plus tard, elle étudiera le chinois aux Langues O’ à Paris, puis à Taipei. L’apprentissage du 92

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mandarin s’accompagnera d’études des relations internationales. Journaliste à Paris d’abord, elle écrit et réalise des sujets diplomatiques ou culturels et rencontrera de grands noms de l’Asie. Mais le traitement en France de l’information concernant l’étranger ne la satisfait pas. Elle veut être à la source et, surtout, lui manque terriblement la dimension humaine plus essentielle à ses yeux que les seuls faits. Elle décide de s’installer à l’étranger. Shanghai s’imposera, où elle sera en 1999 la seule journaliste française accréditée. Depuis, elle travaille en free-lance sur des thèmes qui s’imposent à elle ou qui lui sont suggérés par les rédactions françaises. Elle parcourt la Chine, « juste et humble » dans son approche de problèmes de société complexes : politique de l’enfant unique, système éducatif en Chine, mutations de Shanghai, fureur de la chirurgie esthétique, portrait de la première transsexuelle chinoise officielle issue des rangs de l’Armée populaire de Libération et devenue danseuse chorégraphe de renom, récits de condamnées à mort ou à perpétuité… Pour tous ces sujets, elle obtiendra l’accord des autorités chinoises par la force de ses arguments, à la condition que ses films ne soient pas diffusés à la télévision chinoise.

Le Shiwei (乐诗薇) son nom chinois filme une Chine qu’elle aime profondément, pays où les transformations sont les plus rapides, où la rupture entre modernité et tradition est la plus violente. Observatrice avide et passionnée, elle n’assène pas de jugement, enquête au-delà des idées préconçues pour ressentir la Chine telle qu’elle est, dans l’espoir modeste de parvenir à une compréhension. L’humain est au centre de ses préoccupations, plus particulièrement les gens du peuple, les laobaixing (老百姓). Avec Shanghai en attendant le paradis, jamais elle ne sera allée aussi loin dans l’immersion en « terre chinoise », dans cette altérité chérie. Diffusés en France et ailleurs (L’étrange destin du colonel Jin Xing a été vu dans vingt pays), ses films ont été présentés dans de nombreux festivals français et internationaux et plusieurs ont été primés. Des projets ? Forcément. Mais n’est-il pas temps pour Sylvie Levey d’entrer en écriture ?

M a r i am L ou s s i g n i a n

Filmographie sélective Shanghai en attendant le paradis, 92’, Artline Films, France 3, 2008 Crimes suprêmes à Shanghai, 56’, Roche Productions, France 2, 2005 Chine : un autre visage, 26’, Galaxie Presse, France 3, 2002 L’ étrange destin du colonel Jin Xing, 52’, Sunset Presse, France 2 et Arte, 2001 Chine : l’ école de la réussite, 26’, Sunset Presse, France 3, 2000 Shanghai, la ville de tous les désirs, 86’, CAPA, France 3, 2000 Les bébés en or, 26’, CAPA, France 3, 1999

Pour en savoir plus www.sylvielevey.com Prochaines diffusions en Chine (projections et débats) : 8 novembre, Alliance française de Shanghai (www. afshanghai.org) et 22 novembre, Centre Culturel Français de Pékin (www.ccfpekin.org)



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Amour sur une colline dénudée. Par Wang Anyi, traduit du chinois par Stéphane Lévêque, Editions Ph. Picquier , 221 pages, 17,50 € Dès sa parution en 1986 à Shanghai, ce roman suscite le scandale et subit les critiques officielles pour avoir abordé ce qui était encore un tabou dans la société chinoise traditionnelle et pudibonde : l’adultère, dite « relation avec une tierce personne » (di san zhe), mais aussi parce qu’il évoquait le désir physique et la sexualité sans amour ni passion amoureuse. Elle avait déjà osé affronter le tabou de la sexualité dans un précédent roman de la même veine, Amour dans une petite ville, qui décrivait une passion entre deux danseurs adolescents dans une société où une liaison hors mariage était interdite. Wang Anyi raconte ici une histoire qui lui a été inspirée par des événements authentiques vécus pendant la Révolution culturelle dans la province pauvre de l’Anhui où elle avait été envoyée, comme une grande partie de la jeunesse urbaine, pour être rééduquée par les paysans. L’évocation de cette période troublée intervient comme le cadre descriptif de la condamnation d’une société déliquescente qui laissa se commettre tant de violences contre les corps et les âmes. De l’universel, de l’uniforme, du commun et du dialogue entre les cultures. par François Jullien Editions Fayard , 263 pages, 18 € Dans ce nouveau livre issu d’exposés et de conférences universitaires, François Jullien explore, confronte et « met sous tension » selon sa propre expression trois notions voisines et parfois confondues : l’universel, exigence de la raison, l’uniforme, concept économique relevant de la production, et le commun, concept politique. Pris à partie par de bruyants défenseurs d’un humanisme mou, explique-t-il, « il était temps que je m’explique sur la question de l’universel ». Car, à travers une dénonciation d’un universalisme paresseux, c’est l’idée même d’universalité qui est à la fois critiquée et revendiquée : dresser l’universel, commun de l’intelligible, contre l’universalité, tel est le propos. Et puis les exemples de l’Islam, de l’Inde et de la Chine nous enseignent que la préoccupation pour l’universel n’est pas elle-même universelle. C’est ainsi poser les bases

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Par Laurent Ballouhey

d’un fond d’entente culturel qui permet d’accéder à un authentique dialogue des cultures, à l’opposé du mythe du comparatisme culturel fondé sur un illusoire débat entre le même et l’autre. La religion de la Chine, la tradition vivante. Par Kristofer Schipper, Editions Fayard , 473 pages, 23 € Alors que la question religieuse est de nouveau à l’ordre du jour, une interrogation s’impose tout de suite : la Chine a-t-elle une véritable religion qui lui soit propre ? Les Jésuites dès leur venue au XVIIe siècle avaient imposé l’idée que la seule religion chinoise était le confucianisme, compatible avec la foi chrétienne. Les sinologues comme Henri Maspero et Marcel Granet ont depuis invalidé cette thèse et ont montré l’importance et la vitalité du taoïsme. K. Schipper, déjà auteur du classique Corps taoïste, s’inscrit dans cette lignée qui restitue par des textes et des enquêtes de terrain la place fondamentale du taoïsme au sein de la société chinoise d’hier. Elle survit et revit même aujourd’hui au moins dans les structures locales, comme l’affirme l’auteur dans le chapitre initial intitulé justement « la tradition vivante ». La société chinoise vue par ses sociologues Migrations, villes, classe moyenne, drogue, sida Sous la dir. de Jean-Louis Rocca, préface de Christian Baudelot, Editions des Presses de Sciences Po, 315 pages, 23 € Ce livre est à la fois un document sur la sociologie chinoise qui renaît de ses cendres à partir de 1980, sur ses propres recherches que l’on connaît mal, mais aussi une tentative de comprendre autrement la société chinoise et un riche dialogue culturel entre sociologues chinois et français. Les thèmes privilégiés ici ont été peu abordés ailleurs et consistent à montrer comment de nouvelles normes sociales se construisent à travers les réalités chinoises : les migrations ville-campagne, les classes moyennes, les protestations urbaines, la santé ou le sida, les relations de travail dans les multinationales. Un effort de traduction considérable a été effectué qu’il faut saluer pour rendre accessibles, lisibles et même agréables à lire ces travaux de recherches solides et approfondis sans être du tout rébarbatifs. Bien au contraire, leur intérêt majeur est de


作品赏析Vu de l’esprit Par Danièle Crisà

La Chinafrique. Pékin à la conquête du continent noir Par Serge Michel et Michel Beuret, Photos de Paolo Woods nous donner à appréhender une dimension nouvelle de la Chine d’aujourd’hui et à saisir combien la question sociale urbaine a su imposer son urgence au sein des préoccupations du gouvernement chinois pour aujourd’hui, mais certainement aussi pour demain. Etudes rurales no 179. Sous la dir. d’Isabelle Thireau et Hua Linshan. Editions de l’Ecole des hautes études en sciences sociales, 235 pages, 32 € Près de six millions d’hectares de terres arables ont disparu en Chine ces dernières années pour répondre aux besoins de l’urbanisation, être utilisées à des fins commerciales ou industielles, ou encore laissées en friche pour être vendues au plus offrant. La plupart de ces terres arables ont été réquisitionnées et sont occupées de façon illégale. 80 % des réquisitions pour créer des zones de développement ne sont pas conformes aux lois que l’Etat n’a cessé de promulguer depuis 20 ans pour enrayer cette évolution. Face à ces réquisitions ou occupations illégales, le nombre d’actions et de protestations paysannes ne fait que croître depuis 1995 en devenant de plus en plus violentes. Ce numéro spécial, composé de contributions de chercheurs chinois, américains et européens, porte une attention particulière à ces mécanismes d’appropriation des terres agricoles qui se sont succédés depuis la réforme agraire de 1950. Ces mécanismes sont observés à partir des regards des différents protagonistes, des foyers paysans jusqu’aux gouvernements locaux ou central, et de ce qu’ils considèrent comme arbitraire ou juste, légitime ou illégitime. Le flou juridique et normatif qui accompagne ces procédures facilite ces réquisitions illégales. Il explique l’impuissance des foyers paysans à mettre un frein à ces pratiques, mais aussi l’exaspération croissante qui les pousse à recourir à des moyens illicites (violents) pour les empêcher. Sur les routes de la soie. Photos de Reza , textes d’Olivier Weber, Edtions Hoëbeke De Venise au fin fond de la Chine, les routes de la soie demeurent plus que jamais un axe mythique. Un chemin initiatique le long duquel l’Orient et l’Occident ont échangé des biens et des idées pendant

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Editions Grasset, 345 pages, 19,50 € Une nouvelle voix s’élève dans le débat sur la présence menaçante de la Chine en Afrique. Les auteurs, journalistes au Monde et au magazine suisse l’Hebdo, ont sillonné l’Afrique francophone durant un an. Observant que la Chine finance à hauteur de milliards de dollars des projets d’infrastructures vitales pour le décollage de l’Afrique, ils y voient le jeu de la globalisation et non celui de la coopération. Ils montrent que les relations commerciales sont devenues le moteur principal et que la Chine lorgne de près sur les ressources énergétiques et minérales africaines. Mais, elle n’est que la dernière arrivée. Les 10 milliards de dollars investis dans le secteur pétrolier ne représentent que 10% des 168 milliards investis par les autres compagnies internationales. Les termes du débat sont exposés clairement, de façon vivante. Les auteurs racontent comment les Chinois ont trouvé leur Far West. Ils décrivent la ruée vers l’uranium sur fond de roman d’espionnage qui met en scène les protagonistes Chine et la société française Areva, manipulateurs mais aussi manipulés par le gouvernement nigérien et les rebelles Peuls des zones minières, heureux de pouvoir jouer désormais sur plusieurs fronts. Ils montrent le « made in China » qui envahit la terre africaine, mais aide les Africains à surmonter la vie chère. Ils présentent la Chine comme un des principaux exportateurs d’armes, le pistolet 9 mm de Norinco étant devenu un article d’usage courant. Le récit est parsemé de personnages pittoresques : Mata Hari propriétaires de discothèques, de restaurants ou de bars, incontournables pour entrer dans les bonnes grâces de l’élite africaine ; Chinois originaires de Wenzhou à l’âme d’aventurier, présents dans le textile ou l’exploitation forestière. Mais là encore, les auteurs relativisent en expliquant que les Chinois n’interviennent que pour 10% du marché mondial du bois et que la déforestation est surtout provoquée par l’agriculture itinérante. Ils décrivent aussi le mécontentement des ouvriers en Zambie sur les conditions de travail, les tensions entre Pékin et Luanda, provoquées par des malversations sur les milliards chinois, et puis la question du Soudan avec le Darfour. Mais là aussi, ils montrent comment les Chinois apprennent vite et s’engagent à participer à des missions de paix pour sécuriser leurs investissements. Et nos auteurs de conclure : « Du coup, la balle est dans le camp des dirigeants africains. Ils ont désormais les moyens de leurs ambitions. »

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plusieurs siècles. L’esprit d’hospitalité, d’ouverture et d’échange qui a prédominé durant cette période perdure et se retrouve aujourd’hui dans les paysages naturels, dans les patrimoines historiques, dans les trésors artistiques qui parsèment la route du négoce et de la création qui va d’Istanbul à Xi’an, de Konya à Samarcande, de Bakou à Bamyan où les bouddhas détruits continuent à défier le temps. Dans ces temps troubles de civilisations en rupture ou en opposition, la route de la Soie, qui est à sa façon une anti-route des croisades et une antidote à l’intolérance, plaide pour un rapprochement entre les cultures et un dialogue entre les peuples. C’est une route qui, au plus profond de nos origines, nous renvoie à la nostalgie du nomadisme, lance un appel à la liberté du voyage et à la découverte des autres civilisations. Dictionnaire Ricci des plantes de Chine chinois-français, latin, anglais. par Francine Fèvre et Georges Métaillé, Editions CERF , 890 pages, 110 € Il s’agit d’un petit frère du Grand Ricci en 7 volumes, publié en 2001 et qui comprenait 13 500 caractères, à travers 300 000 expressions et couvrait 180 branches du savoir, sans aucun équivalent dans le monde et reconnu comme un ouvrage de référence. Celuici consacré à la botanique chinoise inaugure la série de dictionnaires thématiques qui vont compléter la somme initiale. Le hasard et le travail accumulé dès 1978 par les auteurs en ce domaine de la botanique explique ce choix et non le fait que le père de Matteo Ricci, fondateur spirituel de cette entreprise, eût été pharmacien et donc connaisseur des plantes. Cet ouvrage spécialisé est l’occasion de concrétiser le projet d’exploitation de son immense banque de données et de la compléter par la traduction en latin, en anglais et par des descriptions de botanique qui ne figuraient pas dans les 14 000 références de plantes déjà mentionnées dans le Grand Ricci. De fait, ce sont 20 000 noms de plantes qui constituent ici les entrées du dictionnaire auxquels s’ajoutent 3 500 noms de matière médicale.

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图书精选Coup de coeur Par Anne Garrigue

Le voyage d’un peintre chinois en Provence. par Ji Dahai , Ed. Ouest France, 35 euros Imaginez des oliviers, une mer bleue, des rocs, l’explosion violette d’un plant de lavande, un souffle de vent, un parfum de thym. Puis souvenez-vous d’une exposition d’estampes, leurs traits d’encre noire aux « milles et une » subtilités. Superposez, mélangez les deux images librement, et vous approcherez — un peu — du travail de Ji Dahai, peintre chinois installé en Provence, qui nous propose un voyage dans un beau livre où les œuvres, bien mises en valeur, sont accompagnées d’un court poème, qui en prolonge l’effet. « Ce livre m’a demandé un an de travail et beaucoup de repérages. Je choisis un endroit qui me parle. Je note des impressions, je fais des petits croquis. Sur le vif, le tableau est déjà conçu, sans la couleur. Ensuite, j’attends. Au bout d’une semaine, ne reste que l’essentiel. Je travaille tranquillement en atelier, une à deux semaines par tableau, parfois un mois. » Ji Dahai peint essentiellement sur soie ce qui permet, contrairement au papier, de retoucher à sa guise. Il utilise des pigments naturels traditionnels : bleu indigo, jaune résine de glycine. Il s’inspire du style Song, notamment celui des peintres anonymes qu’il préfère aux peintres de la cour impériale, plus réglementés. Il mêle les influences — gravure occidentale, perspective — et orientales mais refuse d’être assimilé à tel peintre connu. Il est aussi ouvert au monde — Maroc, Grèce, Inde, Toscane, Andalousie, Provence — qu’à son Pékin natal. « Maintenant je suis prêt à peindre ma ville natale. Pour moi, Pékin, c’est une allée d’arbres. Répétition du même, à chaque fois un peu différent. Mais tous les arbres ont en commun la même bande blanche à la base du tronc. Une image qui traduit ce sentiment d’être chinois parmi 1,3 milliard de personnes, tous un peu différents mais tous marqués par cette bande qui uniformise, pour protéger, dit-on, mais en enlevant le côté naturel des choses. » Ji Dahai a aussi publié Un artiste chinois pélerin de l’art sur les chemins de Compostelle aux Editions Ouest France, un carnet de voyage rassemblant croquis et impressions au fil de son chemin entre Le Puy-en-Velay et Saint-Jaqcues en 2005




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