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Repousser les limites

Aymeric Perroy

Aymeric Perroy est directeur de la culture au Département de l’Isère Deuxième rendez-vous: l’hiver! Quinze mois après la clôture de la Saison 01, la Saison 02 réserve au public de belles découvertes. Les équipes ont relevé le défi de s’appuyer sur le bilan de la saison précédente pour proposer une programmation originale composée de 200 événements, 152 lieux et partenaires différents en à peine plus d’un an. Le spectacle peut commencer! À l’évocation de l’hiver en Isère, la neige vient tout de suite à l’esprit. L’Oisans, le Vercors1 offrent une «page blanche» neigeuse, à plusieurs artistes: Simon Beck, Sonja Hinrichsen, les compagnies Pas de loup, la Fabrique des petites utopies, Ici-Même… transformant, pour les deux premiers, le land art en «snow art». Mais l’Isère ne se résume pas aux sommets, à l’Ouest, l’arc formé des rives du Rhône (Roussillon, Vienne) aux conurbations de Bourgoin-Jallieu, puis de Grenoble, dévoile d’infinis paysages à révéler sous le ciel d’hiver: ville patrimoniale antique, villes nouvelles, zones industrialoportuaires, parcs, friches industrielles, espaces naturels sensibles… Les artistes et les compagnies n’hésitent pas à tenter l’expérience, à repousser «leurs limites» et à retrouver une part de liberté.

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Car comment offrir aujourd’hui des formes artistiques et culturelles renouvelées, alors que les offres sont innombrables, que nous sommes dans un mouvement permanent, que nous consommons «nos vies», notre environnement, nos paysages à grande vitesse, que nos sens, et particulièrement nos yeux sont sur-sollicités et qu’il suffit de se connecter pour découvrir, parfois en temps réel, festivals, expositions, spectacles qui se produisent à des milliers de kilomètres.

Au fil des saisons, PAYSAGE>PAYSAGES se nourrit des expériences artistiques, de la pluralité des formes qui parfois fusionnent, à l’instar des paysages qui nous entourent, agrégats de multiples séquences plus ou moins impactées par l’activité humaine. Les artistes se jouent des médiums pour faire œuvre: balades théâtralisées, dansées, sonores, dans des lieux parfois improbables comme un centre routier; artistes itinérants, arpenteurs qui retranscrivent les paysages en dessins, cartes, plans sans cette fameuse perspective qui atrophie trop souvent notre perception, parmi eux Mathias Poisson va jusqu’à collecter ses pigments lors de ses pérégrinations; Olivier de Sépibus photographe-vigie qui à travers la beauté du rendu des matières nous rappelle l’inexorable fonte des glaciers; Caroline Duchatelet, artiste vidéaste armée de patience (tout comme le public), qui prend le temps de saisir la magie du soleil qui se lève une fois encore dans une aube dilatée et fait renaître L’annonciation de Fra Angelico au couvent San Marco de Florence. Il en ressort une délectation simple et empreinte de vérité, un désir de surprise et d’émotion vierge de superflu.

Le Département de l’Isère, avec l’aide de LABORATOIRE, poursuit sa quête de nouvelles formes, de nouvelles expériences. Du moi intérieur à notre environnement, l’art, la culture et le patrimoine ne font qu’un avec le paysage: nos paysages. Partout, les initiatives fleurissent, mais rares sont les collectivités qui acceptent de se mettre en danger trois mois durant en multipliant les contraintes: pluralité des lieux, des acteurs, des médiums, des aléas (météo ou autres…). Les artistes, les compagnies programmées obéissent volontairement à une dimension fractale. La programmation est généreuse, délicate, fine, des propositions que l’on estime «justes», sans artifice, et qui n’abandonnent rien au «star système». Elle rassemble, agrège autant des propositions d’artistes de nos vallées, de nos villes, de nos plaines que des artistes venus d’ailleurs; des œuvres qui font éclore dans l’esprit du public, des images et des émotions que l’on espère indélébiles.

PAYSAGE>PAYSAGES nous conforte et nous renforce dans cette volonté et ce choix qui nous font dire que nous sommes encore dans un monde sensible.

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