No 08 l'Ecole primaire, 25 Novembre 1914

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ann~e

23 NoveJnbre 191~

56 pour isoder des eaux-mères de soude de varech une substance nouvelle à laqueHe GayLassac devait donner le nom d'iode .• C'est en 1812 que Courtois fit cette fameuse expérience. • Il suffit, di t-il de verser de l'acide sulfurique sur les eaux-mères des lessives de varech et de chauffer le tout dans une cornue dont le bec est adapté à une allonge et celle-ci à un ballon. La substance qui est précipitée sous la forme d'une poudre noire briUanle aussitôt après l'addition de l'acide sulfurique, s'élève en vapeur d'une superbe couleur violette. Quand elle éprouve la chafeur , celte chaleur se condense dans l'allionge et dans le récipient sous la forme de lames cristallines très brillantes et d'un éclat égal à celui du plomb sulfuré. En lavant ces lames avec un peu d'eau distillée on obtient la substance dans un état de pureté. La couleur admirable de la vapeur de cette matière suffit pour la faire disting-uer de toutes celles connues jusqu~à présent, mais cette substance bien singulière et bien curieuse a beaucoup d'autres propriétés remarquables qui rendent cette découverte très intéressante. • L'iode était découvert. On sait combien ont été considérables les multiples uti lisations que l'on a faites de ce nouveau produit dans l'industrie et dans la médecine. La première application thérapeutique de l'iode a été faite par le docteur Coindet. de Genève. en 1820- n publia un mémoire sur • la Découverte d'un nouveau remède contre le g-oître ". Jean-Baptiste Dumas, fout jeune, était employé à ce moment dans une pharmacie de Genève. Coindet lui demande de rechercher l'iode dans les éponges caltinées qu'on employait à l'époque dans le traitement du goît re et des scrofules. Le jeune chimiste suggère d'employer l'iode sous forme d'iodure de potassium ou en teinture. Le nouvel élément. venait de prendre dans l'arsenal thérapeutique une place qui devait constamment grandir. Pendant que les conséquences de la découverte de l'iode se développaient brillamment, Courtois était complètement ruiné par l'infroducliotl du salpètre des Indes. C'est du Chili que vient l'a plus grande partie de •l 'iode consommé. Alors qu'en 1875, la production mondiale de l'idée ne dépassait pas, d'après M. Matignon, 250,000 kilogrammes, elle s'est élevée à 590,000 kilogrammes en 1900 et se main-

tient, en ces dernières années, autour de 450,000 kilogrammes. La France ne produit que 59,000 kilogrammes environ.

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PEINTURE MODERNE Un de nos peintres cubistes les plus réputés se consacrait, avant que le cubisme ne fut inventé, au paysage. Mais déjà son dessin et sa peinture avéraient une grande indépendance envers la nature. la ligne et la couleur; ce qui ne l'empêchait cependant de vendre une toile de temps à autre. . Il avait vendu, à une dame qui se piquait d'encourager les « modernes ~ - un paysag-e où des arbres rouges le disputaient en violence au violet du ciel, au grand préjudice de l'herbe mauve. La dame accrocha ce feu d'artifice en belle plaée dans son salon. Cependant, au bout de quelque temps, elle dit à un peintre de ses amis: - Ce paysage est un peu inanimé. Vous devriez me peindre un ou deux bonshommes sur la route qui traverse la toile. - Avec grand plaisir ... répondit l'autre. Et il peignit les deux bonshommes. Le lendemain, rencontrant l'auteur du chefd'œuvre, il lui dit: - Tu sais, j'ai collaboré avec foi. Mme V... m'a fait camper deux bonshommes sur le tableau que tu lui as vendu. Je les ai co·Hés sur la route. - Va vite les effacer, ou bien ils vont se noyer; cc n'est pas une route, e'est une rivière! 00000

TIC IMPERIAL Napoléon fer, quand il était co_n tent, tirail l'oreille de ses grenadiers. Gu!llaume Il, quand il est contrarié, prend son oreille gauche entre le pouce et l'index et tire violemment. Il y a quelque temps, son petit _neveu, ,un . enfant de dix ans, remarqua ce he et sen étonna. - Pourquoi tirez-vous votre oreille? deuranda le bambin. - Parce q1.1e je suis un peu ennuyé, répondit le kaiser. . - Et quand vous êtes très ennuyé, que faites-vous? - Te tire l'oreille d'un autre, répondit le kaiser.

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So~!été valai~~Qve d edueation Pu~Iication -~u MUSHB PEDAGOGIQUE

L'Ecole primaire donne de 10 à 12 li . pa(Jes ch vraisons de 8-16 " acune, non compris la couverture et aut t d suppléments de 8-16 pages pendant l' ' é a~ . e (soit du 1er Janvier au 31 Décembre). ann e ordmau·e

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Tout ce qui c:onc:erne 1 bll d.lreetement à: son gérant ~ p;, ~ation à olt être aclressé Départ~ment de l'Instruc:tlo' 11 · bll. I(~~A.T, Seerétaire au pu que, a Sion.

_ _ ....__L _es mots, comme les hommes,

ne valent qu'autant qu'ils son~ _à!~ leur place.


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SION, 26 Novembre 1914

Nouveau personnel enseignant primaire

Sommaire de cette livraison La oremière Encyclique de S. S. BewH XV.- Examen derecn1 .:s i913.\\émoire et intelligence d'écoliers. ~'éducation civique. - Le 1--yrnbolisme lu drapeau. - Pensées.

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Sommaire du Supplément No 8 (Cette annexe a 24 p(![!es.) Marie et le printemps. - Tu as peur, Japa! -- La légende de S. Eloi. - Un curé extraordinaire. - Le bonheur. L'abandon de la terre. - Bih!iothèques Jopulaires. - Un jeune homn~e 9ui ~ort. - L'ouvrier. - L'homme qm reusstt. Heureux les cœurs purs! - Les noces :l'or de 1a tombe à la croix ne bois. Nos maisons. - Le cœur qui v oit. L'amitié. - Ne dites jamais.... - Véra:ité. - Variétés.

Rentrée des classes. A cet:e vccasion, le form ulaire d'inspection et le registre d'absences ont été, au commencement de Novembre, adres;ès à tout le personnel enseignant P!ilnaire directement au par l'entremtse des commissions scolairts locales. Si2.naler au Secrétariat du Département les erreurs ou omissions qui auraient pu se produire à cet égard. · Au début du même moi~. il a été également expédié à chaque classe, pour rester et être conservé dans la bibliothèque de l'école. le nouveau manuel pour l'ens.eignement de la gymnastique. Cet ouvrage contient quantité de pa!!es LJu.i pourront être des plu5 utiles non seulement dans les écoles de garçons, mais aussi dans celles de fiiles en raison des exercices libres qu'il indique comme pouvant convenir ég<1lement aux enfants des. deux sexes. (Oommutliqué.)

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L'ECOLE PRIMAIRE

A la suite des examens de clôture des écoles normales, l'autorisation d ensei(7ner a été accordée par le Département ~antonal de l' Instruction publique aux etèves français de 3ms année (cours supérieur) dont les noms suivent:

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ORGANE DE LA

SOCIETE VALAISAB'BB D.IDUCA.TIOB

1nstituteurs

Berclaz François, de Damonaz-Sierre; bonvin Célestin, d' Arbaz; Uerc Germain, de Port-Valais; Coguoz jules, de Salvan; Formaz joSeJ?h, d'Orsi~re~; Mathis Charles, de Gnmtsuat; Métral Léon, de Martigny-V~lle; Michaud Félicien, de Bovermer; Moulin Antoine, de Vollèges; Pellissier Louis, de Bagnes; Perruchoud joseph, de Chalais:. Proz Louis, de Chàteauneuf (Ston); Riand Edouard, d'Avent; Theytaz Henri, d'Aver (Mission); Vergères Louis. de Vétroz. 1nstitutrices Andenmatten Ida, à Sion; Cheseaux Berthe, de Saillon; Duav Marie-Lina, d'Orsières ; Gross Bernadette, de Salvan; Gross Louise, de Salvan; Logean Laurence, des Agettes ; Rey Rubense, de Saxon ; de Rivaz Suzanne, de Sion; Parchet Emilie, de Vouvry; Pont Séverine, de Conthey; .-le Preux Ernestine, de Grône; Vadi Amanda, de Sion; Wouilloz Antonie, de Martigny-Bg. -0-

Brevet de capacité Ensuite des examens auxquels il a ét.é procédé par la . Commission. de enseignement primatre, le Con~e~l d E~at fi décerné le brevet de capacite aux mshtuteurs et institutrices ci-après:

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l nstituteurs

MM. Bonvin Jos., à Chermignon. Darbellay Jules, à Liddes.

33me année

La première Encyclique de s. s. Benoit XV.

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Bien que l'Ecole primaire soit avant tout une revue pédagogique, nous croyons devoir, à titre exceptionnel, en raison de l'importance du document. et de la gravité des circonstances, publier le résumé de la première encyclique que le nouveau pape vient d 'adresser au monde catholique. Aussi bien, la lett_re pontificale contient des avis et consetls accessibles aussi bien aux éducateurs de l'enfance et de la jeunesse qu'au commun des fidèles: En voici donc la substance: Elevé à la chaire du Prince des apôtres le nouveau Pontife a tourné ses regards vers le troupeau qui lui a été confié. Il a contemplé non seulement ceux qui lui appartenaient, mais aussi les autres hommes qui 3\aient été désignés par Dieu pour lui .:lppartenir, et il déclare qu'alors Dieu a rempli son cœur d'une immense affection pour toute l'humanité à sauver. Son impression a été double; elle a été une impression de douleur et de réjouissance. de douleur pour les conditions misérables dans lesquelles se trouve maintenant la société civile· de réjouissance pour la situation dans 'laquelle son prédécesseur lui a transmis l'Eglise. Quant au premier sentiment, le Souverain Pontife trace le tableau affreux de la guerre présente. qui lui rappelle les paroles prophétiques du Christ:

Audituri estis prœlia et opiniones prœliorum. Consur{!ef gens in gentem, et regnum in regnunz.

Ce spectacle de sang et les misèr~s qui en sont la consé-quence l'a poussé à recueillir ·les dernières paroles de son saint prédécesseur d à commencer pat elles son ministère, en conjurant les princes et les peuples de mett~e fin à la lutte fratricide. Benoît XV aJoute: « Dieu veuille que, comme à la naissance du Rédempteur, à l'aube de mon pontificat se fasse entendre le Verbe messager de la paix. » Une autre guerre afflige le cœur du Pape, une guerre non s~glante, ~ne guerre non de corps, mats non moms fatale et plus grave, au contraire, que l'autre: une guerre d'âmes. « C'est cette guerre qu'il faut considérer comme la cause de l'autre. Ses facteurs sont multiples. Ce sont le manque d'amour mutuel et sincère entre les hommes le mépris de l'autorité, la méfiance d~ns les rapports entre les diverses classes de citoyens, le bien matériel considéré comme seul objectif de l'activité de l'homme. Si l'on combattait efficacement ces causes de malheur. nul doute que la paix et la prospérité n~ reviendraient sur la terre. En effet, JesusChrist venu représenter parmi les hommes 1~ royauté de la paix, n'é! mis d'au: 1 tre fondement à cette royaute que celUi de l'amour et Il a voulu nous prouver cet amour par toutes sortes d'exemples. Il nous a confiés à un Père commun dans les cieux. Il nous a appris, pour ce même Père, une prière commune. Il nous a assuré que Dieu est toujours notre Père malg-ré les diversités de ra; ces et de mérites, et Il nous a déclare que nous sommes des frères, et ses frères aussi à Lui. Il nous a dit qu'Il con-


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sidérait comme fait à Lui-même tout ce que nous nous faisons les uns aux aùtres. En mourant, Il a prié pour que nous devenions unis entre nous, ainsi qu'Il l'est avec son Père, et après sa mort, Il nous a donné soFJ sang pour nous confirmer dans l'unité. « Mais ce n'est pas l'esprit du Christ qui règne aujourd'hui dans le monde. jamais plus qu'aujourd'hui on n'a parlé de fraternité, et jamais plus qu'aujourd'hui cette fraternité n'a été méconnue. Les vieilles races humaines sont séparées, plus que par les montagnes et les mers, par des rancunes et des égoïsmes. Le manque d'équité mutuelle a engendré l'irrespect vis-à-vis de l'autorité. Depuis que l'on a prétendu émanciper la société humaine de Dieu et que l'on n'a voulu attribuer aux pouvoirs existants sur la terre d'autre origine que le libre consentement des hommes, les liens entre supérieurs et subordom1és ont été en se relâchant toujours davantage. » Le Saint-Père rappelle la pai'ole de l'Apôtre : Non est po/estas nisi a Dea. (Tout pouvoir vient cie Dieu.) Il insiste vivement sur la nécessité de restaurer le principe d'autorité et il dit que, pour obtenir la justice sociale, il faut extirper la racine secrète de tout mal, qui est le bien matériel considéré comme l'unique obiectif de la vie. Le Pape examine ensuite la situation de l'Eglise. Il montre le large champ ouvert à son activité. le règne de Dieu à affermir et à étendre, la pureté de la foi à sauvegarder, les mœurs à rendre toujours plus conformes à l'idéal chrétien. Au sujet de la foi, le Pape rappelle le danger toujours présent du m.Qdernisme, « cette mauvaise plante qui doit être extirpée». Le Saint-Père clôt l'encyclique en répétant ses vœux pour la paix. Il dit : « De toute l'ardeur de nos prières, nous implorons la fin de cette guerre extrêmement préjudiciable à la Société

humaine et à l'Eglise : Nous l'implorons pour la Société humaine, afin que, lorsque la paix sera revenue, elle puisse atteindre tout progrès civil et humain; Nous l'implorons pour l'Eglise de Jésus-Ch:dst. pour que, délivrée de toute entrave, elle continue à porter aide et salut aux hommes. « A la vérité, l'Eglise ne jouit plus, depuis longtemps déjà, de cette pleine liberté dont elle a besoin, et cela depuis le jour où son Chef, le Pontife romain, a commencé à être privé de l'instrument qui, par la volonté de la divine Providence, a servi. dans le cours des siècles, pour la défense de cette même liberté. De la perte de tet instrument, il s'est suivi, ainsi qu'il était naturel, des perturbations non légères pour les catholiques qui continuent à se proclamer les fils du Souverain Pontife. Et tous, aussi bien ceux qui sont proches que ceux qui sont loin, estiment à bon droit qu'il est indispensable que tout doute soit levé et que le Père commun soit réellement et apparaisse manifestement libre de tout pouvoir humain. « Partout, en même temps que nous souhaitons vivement que la paix soit rétablie au plus tôt parmi les hommes, nous souhaitons aussi que prenne fin, pour le Chef de l' Eglise, la situation anormale actuelle, si nuisible, à plus d'un égard, à la tranquillité des peuples eux-mêmes. ~ Le Pape, après avoir développé cette dernière considération, conclut: « Nous renouvelons donc les remontrances que nos prédécesseurs ont déjà faites à ce sujet. poussés non point par des raisons humaines, mais par la sainteté de leur office, c'est-à-dire pour la défense des droits; et de la dignité du Siège Apostolique. » j: Il y a une chose étrange : le verbiage des lèvres et le silence du cœur sur les vraies choses qui l'emplissent.

Examens de recrues (1913) Les résultats de l'examen pédagogique des recrues pour 1913 viennent d'être publiés par le Bureau fédéral de statistique qui lui consacre les lignes suivantes : « Le résultat général de l'examen des recrues de l'automne dernier, exprimé par la note moyenne 7,20, est légèrement inférieur à celui de l'année 1912 (7,18) . Ce recul qui, vu son peu d'importance, mérite à peine d'être commenté. est le résultat sommaire d'une amélioration dans 13 cantons et d'un mouvement rétrograde dans 11 ; un canton (Berne) a exactement la même moyenne que l'année précédente. Nous constatons avec plaisir les progrès sensibles réalisés par les cantons de Sehwyz, Schaffhouse, les deux Appenzell, Vaud et Genève. Ce dernier, avec sa note moyenne de 6,01, conquiert une position très avancée, qui n'a été atteinte jusqu' ici par aucun canton. Nidwald, Zoug, Bâle-Campagne et Argovie accusent, par contre, la plus forte élévation de la note moyenne. Passant aux diverses branches d'examen, c'est principalement le calcul où le résultat laisse à désirer. En effet, on y remarque à la fois une diminution oaris le nombre des bonnes notes (1 ou 2) dont la proportion est descendue de 79 à 78 ·% et, par contre, une augmentation des mauvaises (4 ou 5) où elle s'est élevée du 5 au 6 %. Dans la lecture et la composition, le résultat, dans un sens comme dans l'autre, est resté le même que celui de l'année précédente. Quant aux connaissances civiques, la proportion des bonnes notes s'est élevée de 65 à 66 ·%i. » Voici comment se classent les cantons d'après la moyenne des notes obtenues par les recrues en 1913 : 1. Genève, note moyenne 6.01 ; 2. Schaffhouse 6.41 ; 3. Obwald 6.56; 4. Neuchâtel 6.63; 5 et 6. Bâle-Ville et Glarîs, chacun 6.71 ; 7. Thurgovie 6.83;

8. Vaud 6.89; 9 . Fribourg 6.92; 10. Zurich 6.99; 11. Appenzell (Rh.-Ext,) 7.07; 12. Nidwald 7.14; 13. St-Gall 7.18; 14. Valais 7.28; 15. Zoug 7.36; 16. Soleure 7.37 ; 17. Lucerne 7.39; 18. Argovie 7.41; 19. Berne 7.47; 20. Appenzell (Rh.-Int-.) 7.50; 21. Schwyz 7.59; 22 et 23. Bâle-Campagne .et Tessin, chacun 7.80; 24. Grisons 7.93; 25. Uri 8.14. Le Valais a légèrement progressé sur 1912 ; sa note moyenne a passé de 7.30 ü 7.28; il s'est placé au 14e rang gagnant ainsi trois degrés sur l'année précédente où il occupait le 17e rang. Pour la période 1909/1913, il détient le 14. rang avec une moyenne de 7.32, contre 7.66 pour la période quinquennale précédente. Ce qui rend la lutte difficile pour le Valais, c'est que, de tous les cantons, c'est lui qui présente le moins de recrues ayant reçu une instruction supérieure. Pour 1913, 9 pour cent seulement de ses recrues avaient pas~é par des écoles supérieures. La moyenne pour la Suisse est de 32 %. Aussi peuton dire que le résultat atteint, s'il eût pu être meilleur (en 1909, nous étions descendus à 7,04) n'en est pas moins très satisfaisant et il fait honneur à notre personnel enseignant primaire, qui a fourni des recrues supérieures en fait d'instruction à celles, par exemple, du canton de Berne, où cependant la proportion des jeunes gens cultivés est de 22 .%. Si nous jetons un coup d'œil sur les tableaux des diverses branche.s, nous voyons que su_r les 969 recrues valaisannes examinées en 1913, 517 ont obtenu la note 1, et 14 la note 4 ou 5 pour la lecture. Pour la composition, les nombres respectifs sont de 307 et 39, pour le calcul de 568 et 51 et pour les connaissances civiques de 340 et 46. - Ce sont donc le calcul et les connaissances civiques que nos recrues connaissent le moins; ce sont aussi les branches qui,


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116 pour toute la Suisse, donnent la plus faible moyenne de meilleures notes. Voici, pour finir, quelques notes concernant les districts. Le premier nombre indique le pour cent des recrues ayant obtenu la note 1 dans plus qe deux branches, et le deuxième le pour cent des recrues ayant obtenu la note 4 ou 5 dans plus d 'une branche. Brigue 26 6. Conthey 41 O. Entremont 32 1. Conches 49 3. Hérens 33 7. Loèche 39 5. Martigny 43 5. Monthey 37 4. Rarogne 37 3. St-Maurice 49 1. Sierre 20 8. Sion 42 4. Viège 31 6. Pour le Valais, ces nombres sont 36 4 et pour la Suisse 40 5.

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D'autre part, le résultat de l'examen d'aptitudes physiques des recrues accuse une amélioration très sen~ible dans l'ensemble des épreuves. Le saut en lo~­ gueur, qui, l'année précédente, ~watt subi un léger fléchissement, a repns sa marche pr~gressive. Le nombre des recrues n'ayant pratiqué aucun exercice corporel méthod.ique est en diminution constante depuis 1909; d'autre part, le groupe de celles qui ont suivi le cours d'instruction militaire préparatoire a augmenté, dans quelques cantons, d'une façon assez no.. table. La préparation des jeunes gens ayant reçu un enseignement régulier de la gymnastique varie du 37 au 99 %· Cet écart montre combien nombreuses encore sont les localités restées indifférentes à ces exercices salutaires. Proportionnellement, le nombre des jeunes gens aptes à servir la patrie, était de 55 9'o en 1906, il atteint cette annéeci le 78 1%. L'année dernière, il était de 79 ée relèvement n'est. nullem~nt artificiel comme on pourrait le crotre, mais bien le résu1tat de la diffusio_n des règles d'hygiène, de la lutte contre la tuberculose et de la pratique méthodique des exercices physiques. Le nombre des recrues ayant fréquen-

ro.

té les écoles supeneures s'est élevé à 904t;, dont 7421 (82 :%) ont été reconnues aptes au service, 907 ( 10 %) ajournées et 718 (8 % ) exemptées du service militaire. Sur l'ensemble des examinés, le 78 %. étaient aptes au service, le 11 % ajournés et le 11 % exemptés. Les cantons de Nidwald, Schaffhouse et Grisons accusent les plus fortes proportions de recrues aptes au service. Les conscrits de Bâle-Ville sont les mieux préparés pour le saut et la course, ceux de Soleure pour le lever ge l'haltère. Bâle-Ville obtient les meilleures notes moyennes totales, extraites des trois exercices. Bâle-Campagne et Argovie ont les plus fortes proportions de recrues ayant reçu à l'école des leçons régulières de gymnastique. Le total des jeunes gens astreints au recrutement de l'année 1913 a été de 30,636, dont 27 ,954, ou le 91 %, ont subi l'examen de la gymnastique, alors que 2682, ou le 9 :re, ont dû en être dispensés. Dans la plupart des cas, ces dispenses sont motivées comme suit: les maladies de cœur et des gros vaisseaux représentent le 16 !%., les difformations ou mutilations de membres 15 1%, les hernies le 10 %, les recrues trop âgées le 12 ·%, et le manque d'intelligence le 8 l9'o . _ Les chiffres ci-dessous indiquent le pourcentage des recrues qui ont reçu un enseignement régulier de la gymnast~­ que, ou suivi le cours d 'instruction militaire préparatoire. Bâle-Campagne et Argovie 99 Zurich 98 Bâle-Ville et Schaffhouse 97 Zoug et Soleure 96 Glaris 95 Appenzell-Exttrieur 94 Lucerne 93 Berne 91 Genève 89 Thurgovie 87 Suisse (moyenne) 82 Uri et Vaud 80

Schwyz 75 Neuchâtel 74 St-Gall 72 Obwald 67 Appenzel-Intérieur 58 Grisons 57 Nidwald 52 Valais 42 fribourg 38 Tessin 37 Pour l'aptitude physique des recrues, le Valais a obtenu en 1913 la note moyenne 6,699, avec le seizième rang.

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•• Mémoire et intelligence d'écoliers Ce qu'il faut développer chez nos écoliers, c'est moins la mémoire que la faculté de comprendre et le jugement. Ne faisons pas de nos enfants de petits perroquets; aptes uniquement à réciter, inaptes à s'identifier au sens réel de ce qu'on leur apprend. Telle est l'idée qui Rréside à la di· rection générale des études modernes. Elle est très juste. Entre la fqçon dont un très bon élève de nos lycées répond à un examen et celle dont se comporte, devant les mêmes juges, un très bon élève de l'une des ecoles où l'on pratique «le chauffage par la mémoire», la différence ~st grande au profit du bon lycéen. Pourtant, je ne crois pas qu'il faille pousser trop loin le dédain de cette faculté fondilJllentale, génératrice de toutes les autres, qu'on nomme la mémoire. Autrefois, du temps où les pères Jésuites s'appliquaient à former l'intelligence de Voltaire, comme au temps moins lointain où les universitaires du dix-neuvième siècle élevaient les générations de nos grands-pèœs, de nos pères et celle dont nous sommes, l'éducation de la mémoire jouait un rôle capital. Nous apprenions par cœur beaucoup de choses. la table de multiplication, des énoncés de théorème, des pa-

ges d'histoire avec les dates, des notions géographiques, J'innombrables exemples de grammaire, une foule considérable de vers grecs, latins, français, dont le sens profond et Pintime beauté nous échappaient un peu, mais qui, maintenant que nous savons juger, chantent encore délicieusement dans nos mémoires. Nos enfants, ceux qui sont actuellement sur les bancs du collège ou qui viennent de les quitter, o.'1t été dressés autrement. Leurs maîtres sont, plus encore que ne furent les nêtres, admirables par le savoir, le dévouement, la patience, l'ingénuosité. Seule, la méthode a changé : on n'apprend plus par cœur. Le résultat? J 'en appelle à tous ceux qui font passer des examens de baccfllauréat, le niveau moyen des connaissances semble décliner peu à peu. !'J'os jeunes gens, qui ont l'esprit ouvert, comprennent à merveille, suivent les cours avec plaisir, s'y intéressent et leur esprit s'y forme. Mais devant un examinateur, leurs réponses manquent de précision. Ils n'ont pas d'acquisitions fermes; ce qui, sur les lèvres du professeur, leur paraissait facile, ils ne le « possèdent » pas. La connaissance n'a f2it qu'effleurer leur esprit: elle n'y est pas demeurée. En général, j'exagère et je pousse au noir; ma is tous m'accorderont qu'il v a dans ce que j'affirme, quelque chose de vrai. Or, la physiologie élémentaire nous apprend ceci : Il y a un âge pour la mémoire et un âge pour l'intelligence. Un âge pour la mémoire - j'entends pour la mémoire dite d'imprégnation, car la mémoire d'évocation dure longtemps, et les vieillards, chacun le sait, se rappellent avec une aisance singulière les aventures de leur enfance, alors qu'ils ne voient plus que très confusément les faits qui datent de trois mois. Cet âge d'imprégnation de la n1émoire, c'est l'enfance. Mer-


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lleusement souple et fac.ile chez les nins de huit à douze ans, excellente qu'à la trentaine, elle ne dure pas mcoup plus dans sa fleur que la pé:le de croissance du corps. !\ quarante ans, la voilà déjà moins ~cise.

fous ceux qui, comme moi, touchent la cinquantaine, commencent à se ·e : j'ai l'âge du jugement, <!_e l'intel1itlce, du sens critique; je n'ai plus ge heureux d!! la mémoire. Un de mes contemporains, de qui la ~ière éducation fut un peu nonchatte, a résolu, voici deux ans, en vue se former une philosophie, de re~ndre par le rudiment sa culture entifique. Il a fait venir, pour l'instire, un mathématicien, un chimiste, biologiste, un physicien. Il les a écou., il les a bien compris: il n'a pas rem grand chose après un long effort. tacun de nous a fait sur lui d'analoles constatations. Peut-être n'est-il pas si déraisonnable donner à la mémoire •une part domimte dans l'éducation des jeunes esits. Cette méthode a fom1é des génétions de Français qui pourront serr de modèle à celles de demain. Disons-nous bien que sans précision, bien souvent sans mot-à-mot, il n'y pas de connaissances durables : que mémoire, indispensable au jugement, mt elle est un des termes, est la fatlté fondamentale, la base de l'enten!ment; que l'un des meillEUrs moyens ! contraindre l'attention nos fils 1t tous, ou presque tous des maladies ! l'attention c'est le contraindre à lprendre des textes bien choisis, des •rmules précises. Qu'ils apprennent 'abord la lettre; l'esprit viendra entite par surcroît. D'ailleurs, notre corps enseignant, ont on ne saurait trop faire l'éloge, mra toujours développer la faculté 'intelligence. A cette culture, les cer~ux de jeunes écoliers se prêtent ai-

sément. Gardons-nous d'opposer, comme des contraires, la mémoire à l'esprit de pénétration. La mémoire n'est pas le contraire du jugement. Elle est la base indispensal?le de toute connaissance fermej de toute acquisition. Que si nos fils ne pénètrent pas d'emblée le sens intime et la valeur réelle de ce qu'ils apprendront par· cœur, soyez tranquilles. Du moins ils le posséderont en eux et, plus tard, quand sera venue l'heure de savourer, ils jouiront avec ravissement d'avoir ces souvenirs, de ces souvenirs inaliénables, comme seul un cerveau très jeune peut en acquérir D" Maurice de Fleury.

L'Education civique L'instruction civique de la jeunesse suisse a fait à maintes reprises l'objet d'intéressantes discussions. Dans une démocratie, elle a bien droit à une place d'honneur. S'il apparti~t au peuple de se prononcer en dernier ressort sur toutes les questions qui intéressent le pays, une vague conscience de ses droits et de ses devoirs ne lui suffit pas. Il doit en posséder une connaissance raisonnée et éclairée. Où la puisera-t-il, si ce n'est justement dans l'instruction civique? Aussi la rencontrons-nous au programme des examens de recrue. Au cours préparatoire, nos jeunes gens apprennent les grandes lignes de notre Constitution; ils reçoivent quelques notions de la séparation des pouvoirs; ils savent quels sont les grands corps législatifs et exécutifs et ont un soupçon des compétences de chacun d'entre eux. Est-ce assez? Seront-ils ensuite imprégnés de cet esprit civique qui leur enseigne impérieusement ce que le pays attend de leur activité? Verront-ils l'intérêt commun avant l'intérêt particulier? En retireront-ils l'attachement aux traditions que la Suisse ne peut abandonner, sans cesser d'être?

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Non, et pour opposer l'un à l'autre deux termes qui l'ont déjé été si souvent, nous pouvons dire qu'on leur don. nera ainsi l'instruction civique, nullement l'éducation civique. Inquiétons-nous donc de dé~elopper le plus possible l'éducation civique pour que les citoyens soient aptes à 1~ tâche qui les attend. Mais ne nous imaginons pas que cette éducation puisse être le fruit d'un enseignement quelconque, où on vantera le plus possible et sans discernement la Suisse d'aujourd'hui, ses institutions, sa force son unité. ' Au contraire, c'est dans le passé qu' il faudra puiser des leçons. On s'est trop plu à répudier certaines époques de notre histoire, à se fi!rurer que celleci ne remontait qu'à 1848, quand on daignait ne pas s'arrêter à 1874. De cette instruction civique-là, nous recueillons les fruits aujourd'hui. Ce n'est pas en criant que tout est pour le mieux. ce n'est pas en niant le mal qu' on l'empêchera d'exister. . Il faut, au contraire, avoir le courage de le regarder bien en face et de dire: « Nous le vaincrons. ,. Il faut s'armer de volonté, il faut être prêt à surmonter tous les obstacles. Que de fois n'avons-nous pas exprimé notre admiration pour les héros qui fondèrent la Suisse primitive! Nous avons peut-être rêvé de vivre en leurs temps légendaires. Sachons qu'une tâche aussi noble nous appelle. Nous avons besoin d'une régénération. Nous nous imposerons tous les sacrifices nécessaires pour l'assurer au pays. Et notre éducation civique nous apprendra avant tout, si elle se trempe dans l'histoire, à ne jamais céder -ên rien de ce qui touche notre dignité. Dussions-nous nous attirer les colères de nos puissants voisins, jamais nous ne ferons rien qui puisse apparaître corn-

me l'ombre d'une timidité, comme une imitation servile. Nous savons que d'excellents Suisses, animés des meilleures intentions, disent: « Soyons prudents. Si une nation nous paraît plus dangereuse qu'une autre, efforçons-nous par nos amabilités .de l'apaiser et de nous la rendre bienveillante!,. ' Malgré tout ce qu'un pareil raison-· nement peut avoir de juste. au point de vue strictement humain, il est faux en vertu. de ces « raisons que la raison ne comprend pas », mais que consacrent les faits. N'était-ce pas un vain orgueil, une dangereuse bravade de la part de Tell, de se refuser à saluer le chapeau de Gessler. Et cependant sans cet orgueil indomptable, la Suisse eût-elle jamais existé?

Le Symbolisme du Drapeau L'une des plus tristes mi~re~ de l'homme est assurément la facilité avec laque!le il oublie. Les peuples ont eu conscience de cette infirmité; aussi, quana ils ont été les témoins et surtout les acteurs d'un de ces hauts faits qui décident du sort de la nation et de son avenir, ils ont cherché un signe capable de les aider à résister à l'oubli; ils ont élevé un monument, établi une fête commémorative. Les soldats, défenseurs de la patrie, ont obéi à la même pensée: ils ont voulu un signe qui incarnât pour ainsi dire et traduisit les nobles causes qu'ils sont chargés de défendre, un signe qui pût les suivre partout, jusque dans la mêlée sanglante du combat; ils ont choisi le drapeau, qui leur sert âe point de ralliement et redit aux yeux et au cœur la patrie et la vie de dévouement qu'on lui doit. Oui. partout où flotte le drapeau, il proclame le devoir et la patrie. Dès


120 :s, tout ce qui l'honore, nous honore, la destruction de son passé, le reniede ses gloires. tt ce qui menace son honneur, nous ment Un cœur vaillant et généreux pousse ~sse. Jamais le soldat digne de .ce Jum ne tourne le dos au drapeau, Ja- instinctivement le cri libé~ateur« de. Mte~x das Macchabée et de ses freres: ~is il ne l'abandonne. Il fait, dev.ant leu le serment de lui rester fidèle .JUS- vaut mourir en combattant que de vmr . t' à' la mort et il lui consacre, s'Il !e les maux de notre peuple .... » . Le patriotisme est un senhm~nt fi~t, son sang, sa vie. Il meurt p~utot l'un des plus grands devotrs. de te de le quitter. Et quand on l~1 of- lial, tout homme, des nobles pa~slûns Irait un monceau d'or pour le hvrer, de toùt cœur l'une bien né. Tout ce q.m tourepousserait avec mépris ces flvanc~s, à cette mère qui est ~~ patne, to~t tr il n'y a que les esclaves qm se l~ts­ che ce qui l'afflige ou la gl?nhe, ne s~uratt nt corrompre par l'argent; la peme être indifférent à ses ftls. Elle-meme a ! leur lâcheté est la honte. des tressaillements inoubliables quap~ Parce que le drapeau, comi?e la c,roix l;un de ses enfants augmente, au penl our le chrétien, est l'embleme d une de sa vie et au prix de son sang, le parande et sainte cause, S? se~!e vue trimoine de la gloire nationa~e. tspire de généreuses pensee_s •. eleve les Quand notre drapeau fmt claquer ~urs vers les régions supen~ures de au vent sa croix blanche sur fond rouidéal. Dès qu'il paraît, un .f~tsson d.e ge sa croix d'argent sur champ . .de aillance et d'amour nous satslt : on dt- gu'eules, quand il s'avance au mthe'-! ait l'âme de la patrie qui plane sur d'une vaillante colonne de sol~ats, q1;11 os têtes, évoquant. un pa;;~e, de J?lu- lui servent de rempart, cne f~ut fremtr ieurs siècles, en quete d~ vente, de JUS- nos populations qui sentent bten que le lee de liberté et de glotre. mérite de nos jeunes gens n'est pas seuNotre drapeau est le symbole de la lement de quitter chaque annee, pentatrie de ce joyau incomparable que dant quelques jours, leurs travaux et )ieu ~ enchâssé entre les Alpes super- leurs familles pour supporter les rudes tes et la barrière du Jura. La pa'tn.e labeurs et les fatig';!e~ .d.es manœuvres .st cette terre gue nos aïeux ~nt conqm- ou d'un cours de repehhon; non, elles ~e au prix de leur sang, qu tls ont ar- savent que ces vaillants. S?ldats peu~e!lt :osée de leurs sueurs, fécondée de leur être appelés à des destmees plus, penl:ravail sanctifiée par leurs souffrances, leuses. qu'ils peuvent être .arraches SO';l~t qui 'est toute pétrie de leurs cendres dain. à la vie calme des JOUrs de patx rénérables. La patrie, c'est !l~tre ber- pour marcher à la mort et sauyer la ·eau, notre foyer, notre rehg10f1:,. nos oatrie menacée. Voilà pourquot to~s tangues; ce sont toutes nos tr~dtt_10p.s, ceux qui comprennent cette no?l~ rotstoutes ·nos libertés, tous eos mterets, sion et saisissent la grande tdee du drapeau, se découvrent au passage de toutes nos amours. . Certes la guerre est une hornble cet emblème, le saluent avec respect, chose. ehe est l'effroi des mères; elle ~vec émotion: c'est le salut au pays, au multiplie le!': veuves et le~ orphel~ns; ~ymbole de son idéal. Hubert Savoy. elle anéantit des forces qm pourra~~r:t être utilisées pour le bien de la soct~te. ----------~-~~-----Mais il est quelque chose ~~ J?lus tnste t L'homme apnt une intelligence et un que la guerre, c'est l'humthahon de .la amour tendre vers les choses ccrporeJles ne patrie; c'est l'acceptation de son aba!ssement devant la force et de son abats- peut pas iacilernent ètre élevé aux choses susement devant un nom étranger; c'est périeures.

Delaloye Louis, à Saxon. Deléglise Charles, à Vouvry. Follonier joseph, à Mase. Roten Henri, à Savièse. Walpen Leo, à Reckingen. WerleQ. Wendelin, à Kippel. 1nstitutrices Mne Carroz Ursule, a Arbaz. Coquoz Marie, à Salvan. Franc Jeanne, à Martigny. Roduit Pauline. à Saillon. Schmidhalter Léonie. à Ried-Brig. Schneller Marie, à Ergisch. Steiner Elisabeth, à Brigue. Volken Stéphanie, à Brigue. -o-

Le Jeune Caiholique en

1915.

Bien qur la crise économique, issue de la guerre actueHement déchaîl'~e sur l'Europe, ait déjà provoqué la diSparition ou la diminution du taage de nombreux journaux et périodiques, nous avons le plaisir d'apprendre que ~e ]~u­ ne Catholique poursmvra sa pübhcat10n ·- e'l 1915. Par suite des circcmstances difficiles de l'heure présente, i! ne s'attend d'ailleurs guère, pas plus que beaucoup d'autres du reste, à une augmentation du chiffre de ses abonnés, car la nécessité obligera sans doute une p~­ tie de ceux-ci à se séparer momentanement de leur cher petit journal. Mai'5 ce ne sera là qu'une interruptwn, pénible sans doute pour ceux qu'elle affectera mais . passagère cependant, le jeune Catholique n'ayant nulle envie, quoi qu'il arrive, de terminer main!enant déjà sa carrière. Après une e:-nstence de 4 ans, pendant laqnelle il a vu son intéressante clientèle s'accroître constamment, il ne perdra pas courage et fera bonne contenance jusqu'au retour de jours meilleurs, c'est-à-dire plus pros: pères que ceux où nous vivons et qm pourraient bien se prolonger longtemps encore. Pour autant que le Jeune Catholique mamtiendra ou a peu près ~on effectif

ordinaire, et que les abonnés futurs viennent comhler les vides quL se produiraient à l'échéance fatale de fin d'année, il s'efforcera, malgré la dureté des temps, de paraître dans les mêmes conditions qu'aujourd'hui. C'est dire que le prix d'abonnement et les faveurs actuelles seront maintenus, movennant toutefois que le déchet et les éclairci~s possibles viennent à être compensés par un rep.fort réjouissant de recrues nouvelles. En attendant d'entrer dans sa Se année, le Jeune Catholique a le très grand plaisir de pouvoir annoncer qu'il publiera en 1915:

Les !ventures de Jean-Paul Choppal't Cette œuvre, particulièrement adaptée à la jeunesse, à qui el'le ne saurait manquer de plaire beaucoup, forme une sorte de cours pratique de morale où chaque fait apporte avec lui son enseignement. Le jeune héros, fainéant, go urmand, insolent, taquin, peureux, n'est cependant pas essentiellement méchant, mais il a besoin des leçons de l'adversité pour se corriger. A la s•.1ite d'une escapade il s'enfuit de la maison paternelle. et cette première faute est suivie de plusi<:urs autres qu.i reçoivent chacune Lill châtiment immédiat. Bien que son équi~e dure quelques. jours seulement, il trouve moyen d'y rencontrer, sous toutes les fonnes, la .punition de sa mauvaise ·conduite et de son imprudence. Le s.tyle de ce livre est clair et naturel En s'abonnant pour 1915 l'on Tura le plaisir de posséder en entier ce joli ouvrage qui corn· mencera avec la livraison de janvier prochain pour se tenniner avec celle de décembre.

Pour souscrire ou recevoir un N° d'essai, s'adresser simnlement ainsi: Jeune Catholique, Sion. 0000000

• - Tiens! ce pauvre Bernard qui a été tué dans l'accident d'hier. - C'est extraordinaire comme il y a des gens qui ont toujours de 1a chance. Quand ie pense qu'il n'y a pas huit jours. à Pougues, où nous faisions une saison, il me disait qu'il venait de s'assurer sur la vie pour cent mille fra.ttès! · ·


Supplément du JVo 8 de ,t' &cole,, (191't) Marie et le Printemps

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C'est le printemps: les taillis bourgeonnent, l'aubépine tisse sa robe blanche et rose, les anémones entr'ouvrent leur calice violace, la potentille étoile les aspérités du rocher noir. A l'aube, j'entends déjà les trilles harmonieuses des petits oiseaux: un souffle de vie, de jeunesse, circule partout: bientôt les hirondelles reviendront des lointains pays et reconstruiront leurs nids au toit familial, bientôt les lilas blancs s'ouvriront pour offrir leurs grappes odorantes à l'autel de la Vierge et voici le mois joli, le mois de mai, le mois de Marie, avec son cortège de saints cantiques et de guirlandes fleuries. Ce matin, contemplant du sommet d'un rocher dénudé le vaste et magnifique panorama dont je jouis, les Alpes étincelantes sous leur diadème de pierreries, les forêts de mélèzes aux J}ancs des coteaux abrupts, le fleuve d'argent qui roule ses eaux profondes entre deux remparts de pierre, ce ciel aussi bleu que le ciel d'Italie et plus cher à mon cœur, car il est celui de la patrie, je me suis rappelé ces paroles de l'illu~tre évêque de Laval, Mgr Bougaud: « La création est un ensemble de choses transparentes. On ne peut les regarder sans apercevoir Dieu, comme on voit un visage aime à travers un voile. » :Réfléchissant à ces clioses, je me disais: «Si l'univers est un poème, si la nature est un _livre qui contient des révélations prodigieuses, immenses si ses œuvres sont toujours comme « un~ parole de Dieu_~raîchement exprimée », comme le ~it Gœthe, qui nous dira ce que symbohse _pour nous cette saison de l'année_ si poétique, le printemps? qui nous dtra quel signe de la pensée divine il exprime? N'est-il pas permis à notre piété de

voir une analogie entre Marie dans la religion et le printemps dans la nature? Et d'abord, qu'est-ce que le printemps? C'est le réveil de la création. Pendant qu'elle dormait sous son linceul de neige et que sur son front dénudé passaient tristement les nuages sombres et les souffles âpres de l'hiver, la nature nous a attristés autant qu' elle nous réjouit maintenant. Et pourtant, elle n'était pas morte, elle sommeillait. Les rameaux secs des vignes gardent la sève qui les couvrira bientôt de feuilles vertes et de grappes dorées; sous le givre, les plantes préparent la robe de fête de leurs fleurs printanières. Non, l'hiver n'est pas la mort de la nature; mais il faut le souffle chaud du printemps pour la tirer du sommeil. Quand Marie parut sur la terre, le monde entier n'était-il pas dans un stérile hiver? La foi, l'espé-rance et la charité, ces filles immortelles du ciel, étaient presque muettes; les vertus, ces fleurs de l'âme, restaient comme ensevelies sous le linceul de l'égoïsme et de la perversité; la sève divine qui donne aux âmes la fécondité, la grâce de Dieu, n'était-elle pas arrêtée dans les cœurs? n'avait-elle pas abandonné ces peuples étvides de jouissances, si riches en sc_ience, si pauvres en Dieu? En jetant sur le monde des âmes, un regard de compassion, ne pouv~it-on pas dire : C'est la mort! Non, ce n'était pas la mort, ce n'était qu'un sommeil: les dons exquis de la grâce, la couronne immaculée des vierges, 1? pourpre des confesseurs, l'auréole _ des docteurs se préparaient dans l'ombre: de même qu'il faut à la terre le printemps pour refleurir, il fallait aux âmes pour reprenare la vie divine, un printemps virginal. Ce réveil, ce printemps, ce souffle de Dieu qui devait ressusciter tant de morts, c'est


Marie qui l'a apporté, c'est Marie, la notre terre et s'élève vers le ciel, tantlit Mère de la grâce!. vibrante et joyeuse comme une parole aimée, tantôt grave et mélancolique Qu'est-ce encore que le printemps? C'est le premier sourire de la nature à comme la voix de l'orgue sous les voûson Auteur! Qui !fe nous n'a pas guetté tes antiques. Le cœur humain est aussi avec une affection avide de retour, le un luth sonore: il vibre à toutes les nopremier sourire d'un petit enfant? Ses bles émotions, il frémit aux moindres traits qui paraissent immobilisés n'ont contacts. Pauvre cœur! que de fois il aucune expression, mais qu'un sourire sonne faux! que de fois, sous l'influenvienne à les animer, quelle différence! . ce des passions, il rene!. un son qui fait Le petit visage s'éclaire, une flamme mal! mais lorsqu'il est bien accordé, passe dans les yeux, le front des pa- lorsque toutes ses cordes sont dociles rents s'illumine, et leur cœur s'atten- sous la main habile de l'Artiste divin, drit. Le premier sourire d'un enfant, quels splendides accords il peut ren· c'est un merci affectueux, c'est une révé- dre! lation de son cœur, c'est le premier épaQui nous dira ce que fut le cœur de nouissement de cette sympathie qui unit Marie, ce cœur pétri de tendresse ct sa petite âme à la nôtre: ainsi en est-il d'énergie, ce cœur sensible et fort qui du printemps. Lorsque la terre est en- vibre à tous les sentiments exquis, qui core cachée sous sa robe de neige, elle frémit au souffle de toutes les douest belle, oui, mais comme l'est un vi- leurs? J'aime me représenter la dousage de statue, un visage où l'âme n'ap- ce Vierge, assise dans le Temple qui paraît pas. Laissez-la se dépouiller de l'accueillit avec tant de joie, et mêlant son linceul, jetez quelques fleurs sur sa sa voix aux cantiques sacrés. j'aime à robe printanière, ouvrez les bourgeons la voir, déversant le trop plein de son des arbres, quelle transformation, quel- cœur dans des prières ardentes, tantôt le irradiation! c'est un rayon nouveau, suppliant pour le peu.ple fidèle, tantf.t un souffle fecond, un éclair de joie: priant le ciel de s'ouvrir pour fé1ire desc'est la terre qui sourit à son Créateur, cendre le Désiré des nations, tantôt le conjurant de faire cesser l'oppression c'est le printemps! Ah! lorsque l'Immaculée apparut de la cité sainte. Si le cœur de la Vierdans le monde, ce monde indifférent, ge a été un hymne de supplication et plongé dans la tristesse et la mort du d'amour pendant sa vie cachée dans péché; quang, avec la conscience inti· les parvis, qui compre_pdra ce qu'il deme de son néant, mais avec l'amour le vint après l'Annonciation? Le Maf!niplus reconnaissant que puisse donner ficat fut-il le seul cantique que Marie un cœur humain, elle reiJJ.ercie Dieu de composa? Ah! depuis que, toute frémisses bienfaits, elle lui fit l'hommage de sante sous le souffle de l'inspiration ditout son être, la première fleur du prin· vine, elle chanta l'invincible espoir des prophètes et les triomphes de l'avenir, temp~ virginal de la grâce fleurit et ce fut le sourire d'amour de la terre à son jusqu'au jour où se réfugiant dans le silence « seule ressource de l'extrême Auteur. Le printemps est un hymne: hymne douleur », elle entendit l'Ecce mater des ruisseaux argentés courant dans tua», ne peut-on supposer que souvent les prairies reverdies, trilles harmonieu- son cœur virginal entonna l'hymne de ses des oiseaux, bruissement de l'bethe la reconnaissance, de l'amour ou de la qui s'agite sous les brises parfumées, douleur! La poésie est fille du ciel ; harmonies diverses de la forêt, voilà Marie sans ce don, exquis et divin, me l'immense symphonie qui résonne sur paraîtrait moins belle. Carita.

a

Tn as peur, papa f Après déjeuner; lie capitaine lit son journal. Au bout de la table, Yvonne, huit ans, tourne silencieusement les pages de son catéchisme; son regard, parfois, se lève furtif sur le père, dont Ies q,a.ulettes d'or brillent à contre-jour en face de la fenêtre ouverte. Dans un coin de la chambre, la grande horloge balance son tic tac. Dehors, le soleil blond inonde le jardin. - ~lors, dis, papa, tu n'y viendras pas... - Encore! Je t a1, pourtant, cent fois dé· fendu de me parler de cela! Tu es crispante à la fin!... ' Les yeux de l'enfant s'emplirent de larmes. -Oh! .papa, ne dis pas non si durement... Avec maman, nous en parlions si souvent, que nous étions sûres de te voir avec nous au jour de ma première communion... ce jourlà et puis toujours... Pauvre maman est au c~el, et je l'entends qui me dit encore: « Papa v1endra, tu verras ... prie bien pour qu'il vienne. Il m'a promis d'ailleurs. • C'est vrai que tu lui as promis? - Je l'ai promis pour lui faire plaisir, parce qu'elle était malade .... - On ne peut pas mentir aux malades, papa! - Dis, tu le feras, ce que tu as promis? - Tais-toi. Yvonne; tu es trop petite pour comprendre. Sois sûre que j'ai raison.... Si je pouvais t'expliquer, tu dirais que j'ai raison. - R.aison contre le Bon Dieu, contre moi et pauvre maman? - Aller avec toi, m'agenouiller à l'église, me confesser, faire mes Pâques enfin!... mais ce serait ridicule, fou, absurde! Ce serait renier vin2"f ans de ma vie de soldat et d'amitiés... - Il y a des soldats chrétiens, papa .... - Oui, mais moi, vois-tu, tout m'empêche de l'être, tout m'empêche de t'accompagner demain... tout, mon passé et mon avenir. Que diraient mes amis s'ils me voyaient si faible? ... Sur le visage de l'enfant passa une grande douleur; son regard quitta son père pour joindre, sur la muraille, une majestueuse pein· ture où, à la tête d 'une charge héroïque, un fier officier affrontait, au galop de son cheval, la mitraille sanglante. - Alors, murmura-t-elle, alors, ce que me

disait maman autrefois, ça n'est pas vrai ... que c'était toi ce beau soldat !... non ce n'est pas loi, puisque toi, tu as peur, papa!...

Peur! tu as .peur! on lui a jeté cela à la face, comme à un lâche... Tu as .peur! tu as peur!... à travers la campagne, où it pousse hnieusement son cheval qui, parfois, se cabre, le mot le poursuit: • Peur! tu as peur! • Allons donc! Quand on a peur, sent-on en soi les grandes aspirations dont vibre son cœur de soll:l.at? les mots d'héroïsme et de patrie ont-ils un· écho dans les âmes qui tremblent, qui ont peur? Peur! mot dérisoire! injure qu'il aurait dû châtier! Il se sent grand, au contraire lans la vaste campagne ensoleillée, .. le fer d~ sa monture écrase la pierre du sentier, brise et broie.... Tu as peur! Ah! pourquoi est-ce un enfant de huit ans qui lui a dit cela? Qu'un homme le reprenne ce mot et le lui rejette au visage! on verra s'il a peur! Tonnerre! que n'y a-t-il là devant la tête de son cheval un bataillon massé pour lui crier: « tu as peur! tu as peur! • Mais . c'est insensé, après tout, d'arrêter son espnt à un mot d'enfant! On le sait bien, parbleu. qu'il n'a pas peur... la chaude sympathie de ses amis le lui dit assez du reste. Ses amis ... ah! il serait beau le sPectacle de reparaître devant eux après avoir fait ses Pâques... êfret chrétien ... c'était bon dans le temps, cela; autrefois il était chrétien mais sous l'uniforme ~n s'affranchit de ce's superstitions, on se cu1rasse là contre... on se cuirasse oui... et on fait pleurer les femmes, les dou: ces et pures épouses, qui, entre ell!s et le mari, sentent ce mur froid et glacial de l'indifférence, la divergence des sentiments les voies séparées des cœurs et des âmes !'idéal non partagé... A-t-elle assez sou!fert à cause de cela la pieuse en allée à laquelle i~ n'avait jamais voulu faire la concession suppliée · à ~in~, par pitié, lui a-t-il jeté, au lit d'ago~ie, lmsmcere promesse de s'agenouiller -un jour avec elle aux côtés de leur enfant. Peut-on mentir · aux malades? Oh 1 ce reproche amer dans une bouche de huit ans!... et puis cette accusation d'avoir peur! d'être un lâche... Serait-ce vrai, après tout, que c'est par manque de courage, que sa prétendue fierté s'enveloppe, pour briser le cœur de sa petite Yvonne, comme il a brisé le cœur de la mère, jadis, de fallacieux prétextes et de


60 bêtes, caparaçonnées comme au temps des vaines formules? ... II disait vrai pourtant, il tournois, harnachées de sous-barbes de housn'était pas libre d'entrer, pour y trouver la ~c" brodées de plwnets, de miroirs et de lupaix, darts une de ces églises où, par ce sanes de !·aiton et on met le fouet à l'encan, tnedi de Pâques, il voyait s'engouffrer, allèc'est-à-dire Ciu'à l'enchère on met publiquement gres et joyeux, ces gens du menu peuple, ia charge de « Prieur • . fidèles au principe dont il retrouvait malgré - A trente francs, le fouet! à cent francs! lui le texte en sa mémoire : • tu recevras ton à deux cents francs! Une fois, deux !ois, trois Dieù·...• Mais cette liberté. auoi donc la vinèulait? La crainte du ridicule, la peur du fois! sarcasme de quelqu'ami pris d'ivresse. la Au plus offrant échoit la royauté de la fête. Peur... Alors, murmurait-il, alors, cette char- . Puis la procession laite, la charrette, emporge de cavalerie, cet officier, que sa fille aitée p:u- les cinquante mulets ou muJes roule mait à la tête de l'héroïque escadron parce autour du vinage, dans un tourbiHon de pousqu'elle y voyait son portrait à lui, ce n 'est sière, avec les garçons de labour courant donc pas vrai? fantaisie... gl'oriole que. ce éperdument à côté de 1leurs bêtes, tous en symbole!... «Ce n'est pas toi, puisque toi, corps de chemise, Je bonnet sur l'oreille, aux papa, tu as peur! ... • pieds les souliers minces et la ceinture aux Et tandis que, dans le crépuscule tombant, flancs. il croise, au pas lent de sa monture lassée, les C'est là que Jean Rousselière, montant, braves ouvriers • allant à confesse •, le capicette année-là, notre mule • Palette » à la croutaine se sent envahir par une grande amerpe d'amande, épata les spectateurs. Preste tume; celle des défaites, celle de la honte et comme un chat, il sautait sur la bête. desdu remords .... cendait, remontait, tantôt assis d 'un seul côté, tantôt se tenant debout sur la croupe de la • * * mule et tantôt sur son dos, faisant le pied de Quand, ainsi qu 'il avait coutume de le faire grue, l'arbre fourchu ou la grenouille, en un chaque soir, il entra dans la chambre de son mot la fantasia, comme les chevaliers aralks. enfant, en déposant un baiser sur !e front de Le plus joli, c'est là que je voulais en vela fiUette endormie, il murmura: « Chère et nir, fut au repas de Saint-Eloi (car, après la douce petite Yvonne, dors en paix, tu ne secharrette les Prieurs paient le festin). Lorsras pas seule demain ... » qn,on eut mangé et bu et que, le ventre plein, 1 Sur un meuble, le portrait de 1'épouse chaque convive dit la sienne, Roussière se leva morte, souriait dans son ~:adre d'or; il y pos~ et fit à la tablée: ses lèvres: • Je t'ai promis, dit-il, je tiendrat - Camarades! vous voilà tout un peuple ma promesse!... • de pieds-poudreux et de bélîtres, qui faites la ,e( ••· ~ ~ ~ Saint-Eloi depuis mille ans peut-être et vous Ce matin clair de Pâques, la petite Yvonne ne connaissez pas, j'en suis à peu près sOr est bien fière et bien heureuse; son papa, le l'histoire de votre grand patron. beau capitaine, s'est agenouillé auprès d'elle - Non, dirent les convives ... N'était-il pas pour recevoir le pain des forts. maréchal? Le capitaine n'a plus. peur! - Si, mais je vais vous conter comment Georges COME. il se convertit. Et tout en trempant dans son ver re pleitl de vin de Tavel, lia tortillade line qu'il croquait à mesure, mon laboureur commença: • Notre Seigneur Dieu le Père, un jour, en Paradis, était tout soucieux. L' Enfant-Jésus lui dit : Saint Eloi est, en Provence, la fête des - Qu'avez-vous, père? agriculteurs. Par toute ,la Provence, les curés, ce jour-là, bénissent les bêtes, ânes, mulets et - J'ai, répondit Dieu, un souci qui me rhevaux, et les gens aux bestiaux lonl goûter tarabuste... Tiens, regarde là-bas. le pain bénit, cet excelilent pain bénit, p:tr- Où? dit Jésus. lumé avec l'anis et doré avec des œufs, qu'on - Par là-bas, dans le Limousin, droit deappelle '' tortillades •. Mais chez nous, ce vant mon doigt, tu vois dans ce village vers jour-là, ŒJ fait courir la charrette, un chariot Je faubourg, une boutique de maréchal-ferrant, une belle et grande boutique? de verdure attelé de quarante ou de cinquante

••• La Légende de St-Eloi

61 - Je vois, je vois. - Eh bien, mon fils, là est un homme que j'aurais voulu sauver; on l'appelle maître Eloi. C'est un gaillard solide, observateur fidèle de mes commandements, charitable au pauvre monde, serviable à n'importe qui, d'un bon compte avec la pratique, et martelant du matin au soir, sans mot parler ni blasphémer.... Oui, iE me semble digne de devenir un grand saint. - Et qui empêche? dit Jésus. - Son orgueil, mon enfant; parce qu'il est bon ouvrier, ouvrier de premier ordre, Eloi croit que sur la terre nul n'est au-dessus de lui, et présomption est perdition. - Seigneur Père, fit Jésus, si vous me vouliez permettre de descendre sur la terre, j'essaierais de le ·convertir. - Va, mon cher fils. Et le bon Jésus descendit. Vêtu en apprenti, son baluchon derrière le dos, le divin ouvrier arrive droit dans la rue où demeurait Eloi. Sur ia porte d'Eloi, selon l'usage, était l'enseigne, et .J'enseigne portait : • Eloi le maréchal, maître sur tous les maîtres, en deux chaudes forge un fer. • Le petit apprenti met donc le pied sur le seuil et ôtant son chapeau: - Dieu vous donne le bonjour, maître, et à la compagnie: si vous aviez besoin d'un peu d'aide? Pas pour le moment, répond Eloi. - Adieu donc, maître : ce sera pour une autre fois. Et Jésus, le bon Jésus, continue son chemin. Il y avait, dans la rue, un groupe d'hommes qui causaient et Jésus dit en passant : - Je n'aurai~ pas cru que dans une boutique telle, où il doit y avoir, ce semble, tant d'ouvrage, on me refusât le travail. - Attends un peu, mignon, lui fait un des voisins. Comment as-tu salué, en entrant chez maitre Eloi? - fai dit comme l'on dit: • Dieu vous donne le bonjour, maître, et à la compagnie! » - Ho! ce n'est pas ainsi qu'il fallait dire. ... Il fallait l'appe,ler maître sur tous les maîtres.... Tiens, regarde l'écriteau. - C'est vrai, dit Jésus, je vais essayer de nouveau. Et de ce pas il retourne à la boutique. - Dieu vous le donne bon, maître sur tou s les maîtres! N'auriez-vous pas besoin d'ouvrier? -. Entre, entre, répondit Eloi, j'ai pensé depu1s tantôt que nous t 'occu·perions aussi...

Mais écoute ceci pour une bonne fois: quand tu me saJueras, tu dois m'appeler « maître •, vois-tu? « sur tous les maîtres •, car, ce n'est pas pour me vanter mais d'hommes comme moi, qui forgent un fer en deux chaudes, le Limousin n'en a pas deux! - Oh! répliqua l'apprenti, dans notre pays à nous, nous forgeons ça en une chaude! - Rien que dans une chaude? Tais-toi donc, va, gamin, car cela n'est pas possible ... - Eh bien! vous allez voir, maître sur tous les maîtres! Jésus prend un morceau de fer, le jette dans la forge, souffle, attise le feu; quand le fer est rouge, rouge et incandescent, il va le prendre avec la main. - Aie! mon pauvre nigaud! Je premier compagnon lui crie, tu vas te roussir les doigts. - N'ayez pas peur, répond Jésus, grâce à Dieu, dans notre .P.ays nous n'avons pas besoin de tenailles. Et le petit ouvrier saisit avec la main le fer rougi à blanc, îe porte sur l'enclume et, avec son martele!, pif! pal! patati! patata! en un clin d'œil, l'étire, l'aplatit, J'a:rrondit et l'étampe si bien qu'on le dirait moulé. -Oh! moi aussi, fit maître Eloi, si je voulais bien ... Il prend donc :.m mo:\ eau de fer, le j et; ~ dans la forge, souffle, attise le feu, et quand le fer est rouge, il vient pour le saisir comme son apprenti et l'apporter à l'enclume .... Mais il se brûle les doigts; il a beau se hâter, beau faire son dur à cuire, il Fui faut lâcher prise pour courir aux tenailles. Le fer de cheval cependant refroidit... Et allons, pii! et paf! quelques étincelles jaillissent... Ah! pauvre maître Eloi! il eut I.Jcau frapper, se mettre tout en nage, il ne put parvenir à l'achever dans une chaude. - Mais chut! fit l'apprenti, il m'a semblé entendre le galop d'm1 cheval... Maître Eloi aussitôt se car.re sur la porte et voit un cavalîer, un superbe cavalier qui s'arr~te devant la boutique. Or, c'était saint Martm. - Je viens de loin, dit celui-ci, mon cheval a .perdu. une couple de fer et il me tardait fort de trouver un maréchal. Maître Eloi se rengorge et lui parle en ces termes: . - ·Seigneur, en vérité, vous ne pouviez mteux rencontrer. Vous êtes chez le premier forgeron . de Limousin, de Limousin et de France, qui peut se dire maître au"dessus de


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62 tous les maîtres et qui forge un fer en deux chaudes... Petit, va tenir le pied. -- Tenir le pied! répartit Jésus. Nous trouvons dans notre pays que ce n'est pas nécessaire. Par exemple! s'écria le maître marécha l, celle-llà est un peu drôle: et comment peut-on ferrer chez toi, sans tenir le pied? - Mais rien de si facile, mon Dieu, vous allez Je voir. Et voilà Je petit qui saisit le boutoir, s'approche du cheval, et crac! lui. coupe le pied. Il apporte 'le pied dans la bouhque, le serre dans l'étau, lui cure bien la corne, y applique le fer neuf qu'il venait d'étamper avec le brochoir, y plante les clous, puis, desserrant l'étau, retourne le pied au cheval, y crache dessus, l'adapte, et n'ayant fait que dire, avec un signe de croix: • Mon Dieu! que te san~ se ca-ille •, Je pied se trouve arrangé et !erre et solide, conune on n'avait jamais vu, comme on ne verra plus jamais. Le .premier compagnon ouvrait des yeux comme des paumes et matire Eloi commen· çait à suer. - Oh! dit-il enfin, pardi! en faisant comme ça, je ferai tout aussi bien. Eloi se met à l'œuvre: le boutoir à la main, il s'approche du cheva! et, crac! lui coupe le pied. II l'apporte dans la boutique, le serre dans l'étau et Je ferre à son aise comme avait fait le petit. Puis, c'est ici le hic! il fawt Je remettre en place! li s'avance près du cheval, crache sur le sabot, l'applique de son mieux au boute! de la jambe... Hélas ! l'onguent ne colle pas: Je sang ruisselle et Je pied tombe. Alors l'âme hautaine de maître Eloi s'illu· mina et pour se prosterner aux pieds de l'apprenti, i'l rentra dans la boutique. Mais Je petit avait disparu et aussi le cheval avec le cavalier. Les larmes débordèrent des yeux de maître Eloi, il reconnut qu'il avait un maitre au-dessus de lui, pauvre homme! et au-dessus de tout, et il quitta son tablier et laissa sa boutique et il partit de là pour aller dans le monde annoncer la parole de Notre-Seigneur Jésus. frédéric MISTRAL.

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Un Curé extraordinaire Un prêtre du diocèse d'Albi (f"rance), M. l'abbé Vieules, curé de Nages, sur les montagnes de Lacaune, est en train de préparer une véritable révolution agricole.

Révolution agricofe, le terme n'est pas trop fort. On le trouve sous la plume de plusieurs parmi •les personnages compétents qui ont vu sur place les résultats tout à fait extraordinaires obtenus .par le curé de Nages. Au début de ses travaux, et pendant plusieurs années, on ne de prenait pas au sé· 1·ieux. Et maintenant l'Académie des sciences, le Ministère de l'Agriculture, le Conseil général du Tarn, la Société d'Agriculture de ce département, le Comice agricole de Castres, s'occupent de lui, envoient des délégués pour étudier ses découvertes, lui doiment les meil· leurs encouragements, llti votent des subsides, lui décernent des récompenses. L'abbé Vieules a pu établir, à Naj,\"es, un véritable Institut de fabrication de plantes agricoles adaptées aux divers climats et réfractaires aux diverses maladies cryptogamiques. Ainsi, pour ce qui concerne la viticulture, il a par hybridation créé des plantes qui, sans aucun traitement d'aucune espèce n'ont présenté, au cours des huit dernières années, aucune tache de mildiou, de black-rot, d'oïdium, ou de toute autre maladie cryptogamique! Des cépages, qui ont mûri leurs raisins même durant l'année si froide de 1912, et l'année 1913, à l'altitude de 900 mètres! Pour le maïs, le même curé a créé des va· riét.és qui, à 800 et 900 mètres d'altitude, mûrissent leurs grains, trois semaines, un mois avant que soient mûris Jes maïs dans les plaines de Castres. « Nous venons de Nages, écrit M, de Car· bonnières, membre du jury de Castres. Au 25 septembre (1913) nous avons vu là-haut des maïs aux mille nuances déjà suspendus au plafond! Nous voudrions bien savoir si dans tout Varrondissement, un seul propriétaire a récolté; son maïs (pour le grain) à cette date. « Nous récoltons à la Saint-Luc (18 octobre) sinon à la Toussaint! • Le curé de Nages obtient, avec les légumes innombrables des jardins, les mêmes résu'l· tats surprenants. . Nous avons vu chez lui, écrit encore M. de Carbonnières, à 800 mètres d'altitude, « deux cents hybrides de haricots d\me merveilleuse beauté, déjà récoltés et étiquetés. Or, nos haricots de la plaine ont poussé et ne sont pas mtîrs. Par J'ap_plication combinée de la mété?rologie agricole, science des rapports du chmat

et de 1a plante; de l'hybridation, science des rapports des qualités des sèves, M. Vieules est parvenu à exécuter des plantes qui n'existent que chez lui: laitues, poireaux, oignons, salades, tomates mûrissant au 10 août (à 800 mètres d'altitude). • Notre savant ·Curé, dont les explications sur la génétique ont été fort goûtées des nq tabilités admirustratives et agricoles présentes au concours de Castres du 7 septembre (1913). affirme que l'achat par les agriculteurs des blés de Norfolk et du sud de la Suède est un crime de lèse-nation. L'on exporte , en effet, ainsi à l'étranger J.lor le plus pur, l'or, fruit de la cultu·re de notre sol. Or, on peut faire aussi bien et mieux même_ que les producteurs de la Grande-Bretagne et de Ja Scandinavie. • Il y a bien là, en perspective, une complète révolution surtout pour la viticulture. Entendez-vous les acclamations qu'enverront au curé de Nages des vignerons du monde entier. Je jour où ils pourront définitivement mettre de côté et pulvérisateurs et soufreuses et tous autres instruments employés dans la lutte contre les cryptogames. Quelle économie et de temps et de fat igue et d'argent! Quels bénéfices en perspective! D'autre part, quels avantages pour les pays de montagne, de pouvoir à l'avenir produire les plantes de 'foute espèce oui n'arrivaient jusqu'ici à bon port qu'aux basses al· titudes! ... Ne dites pas oue tout cela n'est ou'un rêve. Les autorités officielles. scientiiiqués. agricoles ont bien quelque confiance en l'abbé Vieules, puisqu'elles le comblent de récompenses et d'encouragements. A la date du 9 septembre 1912, le Ministre de l'Agriculture a créé à Nages, un poste de Météorologie agricole, le premier qui existe en france, et en a nommé l'abbé Vieules, directeur. Dans sa dernière session, le Conseil général du Tarn, malgré son renom trop bien établi d'anticléricalisme, a voté une subvenHon annuelle de 300 francs. Le jury du concours agricole départemental du Tarn lui a décerné. à JPunanimité. le 7 décembre dernier, le prix unique de la ville de Castres, à l'exposant le plus méritant. Au même co~cours départemental. le Comice agricole départemental, le Comice agricole de Castres lui a décerné sa plus haute récompense, soit un diplome d'honneur. Le grand marchand grainier Vilmorin est

en relations su1v1es. avec le curé de Nages, et lui achète à beaux deniers, les variétés nouveUes de plantes qu'il produit. Tout cela est donc bien sérieux et non pa~ un simple chantage. « Ce n'est pas, écrivait dernièrement un correspondant qui a visité Nages, ce n'est pas seulement par la production de nombreu· ses variétés que M. le curé de Naj,\"es s'est rendu célèbre. C'est surtout par la façon sûre, grâce à laquelle il les obtient: it réussit, au minimu111 95 % de ses opérations, ce qui est merveilleux et ce à quoi l'Académie des sciences d'abord.....,ne voulait pas croire. •

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Le Bonheur Quand je cherche à me rappeler tous les bonheurs de ma vie, je reconnais qu'il n'y en a guère que j'aie prévus et atteints à la cour-

se. Les bonheurs sont comme le gibier: quand on les vise de trop loin on les manque. Ceux qui me reviennent à la mémoire sont venus d'eux-mêmes me trouver. Pour beaucoup de gens, le bonheur est une grosse chose imaginaire et compacte, qu'ils veulent trouver tout d'une pièce; c'est un diamant gros comme une maison, qu'ils passent leur v1e \ chercher et à poursuivre au hasard. Ils sont comme un horticulteur de ma connaissance qui ne rêve que de trouver une rose bleue, rose que j'ai un peu cherchée moi,nême, et qui est plus déraisonnable à espérer que Je diamant dont je vous parlais tout à l'heure. Depuis que cette fantaisie est née dans le cerveau de ce pauvre di3!ble, les autres fleurs n'ont .plus eu pour lui ni éclat ni parfum. Le bonheur n'est pas une rose bleue; Je bonheur est l'herbe des pelouses, le liseron des champs, le rosier des haies, un mot, un chant, n'importe quoi. Le bonheur n'est pas un diamant gros comme une maison, c'est une mosaïque de petites pierres dont aucune souvent n'a une valeur générale et réelle .pour les autres. Ce gros diamant, cette rose bleue, ce gros bonheur ce bonheur monoJithe est un rêve. Les bonheurs que je me rap,pelle. je ne les ai pas .poursuivis ni cherchés au loin, ils ont poussé et fleuri sous mes pieds, comme les pâquerettes de mon gazon. Alphonse KARR.


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Variétés PAIN DE MENAGE Chacun veut manger son pain blanc. C!tacun a tort. Il est des objets où la blancheur est mieux à sa place. . Le pain blanc provient de farines c~mslt­ tuées par les parties centrales du gram de blé les moins riches en graisse et en azote. Il est' incontestablement moins nourrissant que le pain de ménage; celui-ci comprenant l'ensemble de toutes les parties du grain, à l'exclusion des enveloppes externes. Le blutage, s'exagérant tous les i<;mrs, atteint aujourd'hui 50 pour 100 du ~ram, al~rs qu'on retirait encore, il y a mom~ de cu~­ quante ans, 83 kilogrammes de _farme pamfiable de 100 kilogrammes de b.le. Le pain t;rès blanc peut convenir ~ux estomacs fatigués et habitués à une ahment~­ tion riche et variée, mais les classes peu atsées ne sont entraînées à le préiérer que par habitude, par imitation. Le choi~ d'un pain plus ou moins bllanc pour l'ouvner, pour le paysan, pour le soldat, doit surtout se régler sur la pro.portion de viande qui entre dans les repas journaliers. En ces derniers temps, en France, le blutage, pour le pain de, munition, a été bru~­ quement porté de 2~ à 30 pour 100.. Le resultat ne s'est pas fat! attendre; la rahon habituelle du pain apparaît partout insuffisante; la faim du soldat est moins apaisée. L'expérience faite en divers lieux, sur des jeunes gens de même âge, soumis a~ mêm.e entraînement et chez lesquels la rahon alimentaire n'a subi de changement que dans le choix du pain. est décisive. En présence de faits aussi précis, qui voud.~ait e?core .conseiller aux populations ouvneres 1emploi exclusif de pains blutés à 40 et 50 pour. 100? qui oserait combattre le retour au pam de ménage? 00000

PLUS DE ŒAUVES! On mande de Budapest que le docteur Szekely, médecin à l'hôpital ~iut-Stéphane, fi définitivement vaincu la calvthe. Il ne fatt pas repousser les cheveux, il les plante :t voici comment it opère. Dans La peau d!-1 ~a­ ne dénudé il introdui.t à l'a.ide d'une algllllle un cheveu' étranger, un cheveu assez long, 'de femme ordinairement afin qu'il soit plus souple; il en fait ressortir les deux extrémités et

65 il le fixe par le milieu au moyen d'un fil d'<?r· Ce fil agit comme une an~ ; on a eu som, bien entendu, de le stériliser; il adhère solidement au cuir et tient le cheveu pour toute l'éternité. Ce fil d'or est si fin que la quantité nécessaire pour fixer une chevelure complète, soit 50,000 cheveux ne pèse pas un gramme. Le Dr Szekely a inventé un instrument s.p~­ cial pour cette sorte de couture. On en prattque cent points par centimètres carrés ce qui fait deux cents cheveux puisque chaque point est double; il ne faut pas trois quarts d'heure pour en planter cinq cents. La piqûre n'est pa~ très douloureuse; l'inflammation légère qm en résulte disparaît en dix ou douze jours; il n'y a point d'exemple de suppuration. Quant à l'effet produit il est de premier ordre. On peut laver, brosser les cheveux, les enduire de pommade comme des cheveux « genuine •; ils ont du lustre et de la souplesse; ils ne grisonnent pas; ils ne se déracinent point puis· qu'ils n'ont pas de racine. Le docteur a une cliente qui garde les siens depuis sept ans. 00000

A QUATRE FEUILLES On dit pour rire que le trèfle à quatre feuilles porte bonheur. D'aucuns y croient. Mais à quoi d'aucuns ne croient-ils pas? Afin de mÙ:ltiplier nos bonheurs. après Hugo de Vries, M. J. Ferriraz a fait porter ses études sur le trèfle à quatre feuilles. Il en est arrivé à cette conclusion que la cause de cette quatrième feuille sur certain brin de trèile est double, héréditaire ou alimentaire. Après des saisons humides, encore qu'on ne remarque point une crue du bonheur humain en correspondance avec cel~e du niveau des eaux, les trèfles à quatre, cinq, six, sept feuilles pullulent. Par contr·e. d'autres n'en possèdent que deux, sans doute pour. la compensation. Mais les ans comme les JOurs se suivent et ne se ressemblent pas. Abondant cette année. le trèfle à quatre feuilles peut être rare l'an quj suit. Certaines plantes toutefois sont héréditairement anormales. à condition Que le milieu reste le même. C'est dans cette sorte qu'il est bon qu'on en choisisse. afin de posséder un talisman durable et un bonheur constant. 00000

• De quel genre est le mot œuf?

- L'élève: 1.1 sera masculin ou féminin selon qu'il en sortira un coq ou une poule.

L'A bandon de la Terre Ce que la jeunesse croit trouver à 1a ville. -

Ce qu'en réalité elle laisse aux champs. Ce qui attire à la ville, c'est d'abord cette

idée que tout y est plaisir. - Mais, dirai-je à ce jeune campagnard qui court à la ville trompeuse sans plus de réflexion qu'un papillon de nuit à la flamme, as-tu seulement arrêté ton regard sur ce que tu vas quitter? Compares-tu les faux atours de celte ci té dont tu rêves. avec la splendeur du décor que Dieu a créé pour toi. Où donc jamais en trouveras-tu un p1us enchanteur? On parlait un jour au grand musicien Massenet d'un décor d'opéra qui coûterait dix miUe francs. Et lui de répondre. en montrant la campagne qui l'entourait: «Mais. regardez donc celui-ci, et qui ne coûte rien. " Oui, c'est pour toi, jeune paysan, bien pour toi , que Dieu a jeté la voOte grandiose de son ciel. Qu'en aoperçoit, de ce ciel, Je mal• heureux citadin, sinon la pauve pièce que Je couloir de sa rue ou le petit carré de sa cour ont pu en découper? C'est encore pour toi que Dieu a fait l'éblouissement des matins, et les vagues de feu des soleils couchants, et les rêves qui, la nuit, montent de la terre aux étoiles! Pour to\, qu'à chaque saison. il renouvelle la parure de la terre, la couvrant tour à tour de toute la gamme de ses émeraudes, de ses ors, puis de l'éclat de ses ueiges que le soleil saupoudre de diamants. Oui, ouvre tes yeux à tout ce ravissement et, en même ternps, tes poumons, à ces senteurs dont, pour toi encore, Dieu a embaumé la terre et dont les grands de ce monde, dans leurs palais, ne respirent que les restes. Enfin, ouvre tes oreilles aux orchestres de uos bois, et dis si la science musicale des hommes a jamais atteint celle des chantre3 du bon Dieu? Et c'est à tout cet enchantement qui a bercé ta jeunesse, que tu vas dire adieu! C'est tout cela que tu n'apprécieras hélas! que !rop tard pour le regretter! Car rien n'a changé, depuis le temps où 'la Muse de Virgile soupirait: Ah! si l'homme des champs connaissait son bonheur. Et. de fait, le rêve de tout citadin n'est-il pas de revenir aux champs? Voyez plutôt les

flots humains qui, chaque dimanche, se répandent dans la banlieue des villes! Et l'idéal que le petit commerçant ou l'ouvrier des faubourgs caressent tout le long de l'année, n'estil pas de voler huit jours au travail pour aller à la mer, à la montagne et, s'ils ne le peuvent pour eux-mêmes, y envoyer leurs enfants?

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Nous avons dit ce qu'éiait le spectacle de chaque jour, mais le village, comme la ville, n'a-t-il pas ses jours de fête? Voyez plutôt: ce sont d'abord ceux otl l'agriculteur célèbre la prise de possession de ce que lui a conquis son travail. Quoi de plus franchement gai que les farandoles et les festins qui raccompagnent le dernier char des foins ou la dernière gerbe de la moisson, les battages, les vendanges!!! Ce sont encore les vieilles réjouissances, dont nous tenons la tradition de nos pères, tels les feux de brandons ou de la Saint-Jean... Ce sont, enfin, les fêtes corporatives, par lesquelles l'agriculture honore ses patrons: saint Isidore. saint Vincen+. A qui a goûté la joie saine et débordante, le franc rire qui accompagnent les vieilles chansons de la terre valaisanne, à qui s'est senti vivre là, bien au cœur de la grande fa. mihle villageoise, quels vide~ devraient laisser les spectacles et les pompes officielles des villes• Là, c'est la foule anonyme, le convenu, la gêne... quand ce n'est .pas la débauche avec ses tristes 1endemains! Croyez-m'en, la vieille gaieié de nos pères, h vraie joie sans soucis et sans remords, c'est encore au village qu'il faut aller la trouver. Que va chercher encore notre jeunesse à la ville? Les gros salaires? Et ici encore, même mirage, même duperie. On ne pense qu'à une chose: gagner deux fois plus qu'aux champs. Mais esi-ce que la dépense n'est pas doub1e aussi? Est-ce que le -logement, la vie chère, la toilette chère. l'ar: gent de poche surtout, ne dévorent pas à qUI mieux mieux la semaine de l'ouvrier? Admettons que les économes joignent les deux bouts. Mais viennent la maladie ou le chômage, ils ne trouveront plus ce qui leur fût resté au village : l'assistance fraternelle des parents, des voisins, le crédit des fournisseurs amis, la ressource toujours possible


66 d'occuper momentanément à la terre les bras que l'industrie laisse chômer. Sans doute, l'agriculteur ne connaît pas ce luxe de surface qui, de plt1s en plus, s'impose en tyran à l'ouvrier urbain. Par contre, il goûte l'aisance d'une vie 1arge, selon son rang. Car la richesse du paysan, c'est de vivre sur son bien, c'est de manger son pain, ses légumes, c'est de boire son lait et son vin, c'est de partager tout cela, sans arrière-pensée, avec l'ami qui arrive, attendu ou inattendu. L'hospitalité, dit écossaise, c'est l'hospitalité du terrien. Et malgré cette vie large le paysan économise, car il peut mettre de côté une grande partie de ce qu'il vend. A coup sûr, je ne vais pas prétendre qu'il s'enrichira rapidement. Je dis ~ulement que, de nos jours surtout, l'agricu1teur intelligent et travailleur fait ses affaires • sO.rement •, et que la terre v.a:Iaisanne pour ceux qui se fient à elle, est encore le banquier qui trompe le moins. Interrogez nos a_rtisans_, nos commerçants. Presque tous tremblent pour l'avenir de leurs industries. Et pour le présent, c'est :la vie au jour le jour, conquise à la force du. poignet sur une concurrence qui, chaque jour, va croissant. Tandis que l'ère qui semble s'ouvrir devant notre agriculture, dont les produits s'en· lèvent à de si beaux prix, apparaîtrait presque sans nuages, n'étaient les charges exceseives dont tous les Etats ont coutume de l'accabler.

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Que croit trouver encore à la ville la jeunesse de nos jours? L'indépendance... Et c'est peut-être là, au fond, ce qui 'la séduit le plus. Car, de moins en moins, les générations qui montent, SU;P.J>Orlent d'être commandées, que l'autorité s'appe'lle • maître • ou • famille •. Pourquoi au joug patriarcal et doux de la farnil1e rurale, le jeune homme préfère-t-il l'emprisonnement à l'usine ou au bureau? C'est parce que. au bout des dix heures de réclusion journalière, il entrevoit la liberté de la rue, des journaux, des spectacles. des danses, etc., etc.. de tout ce qui a si vite fait de n'être que li·cence. Aussi, peut-on dire de la jeunesse qui. loin de sa famille, se livre aux dangers de la vil-

67 le, que, presque toujours, elle y trouve, en fait de liberté, la pire des servitudes: celle de ses passions. Qui dit travaH, dit dépendance. Mais convenez que l'ouvrier des chamos est encore celui qui en supporte Je moins. D'abord ses poumons son! libres de s'enivrer d'air pur Ses dimanc·n.~s sont généralement mieux respectés qu'à la >ille. Et puis, n'est-.:~ pas une liberté que cette grande variété des travaux de la terre? Il en est qui s'indignent des 12 ou 14 heures de travail des ouvriers agricoles au temps des moissons. Mais ils se gardent bien de mettre en regard les longues et reposantes soirées, qui, l'hiver, succèdent aux courtes journées de travail. Car la loi sur 'l a durée du travail agricole, c'~st le grand législateur, c'est Dieu .lui-même qui l'a faite, mesurant ce travail aux jours et saisons, pour en faire une moyenne qui jamais n'excMe les forces de l'homme. Enfin, est-il besoin d'ajouter que le labeur agricole est le plus sain? Que c'est aux champs qu'on vit le plus vieux. qu'on travaille le plus longtemps? Et quand ,Je cultivateur n'y gagnerait rien, que ce bien, sans lequel les autres ne sont rien: s.a santé, la santé de sa femme et de ses enfants, vraiment l'aurait-il payé trop cher? Ah! si le vieux VirR"ile revenait sur notre terre, il aurait encore bien des raisons de la chanter! SPECTATOR.

Bibliothèques Populaires Je suis entré souvent dans les bibliothèques populaires, aux heures de distribution, uu peu par flânerie, beaucoup pour voir passer la vie, pour entendre les mots de ce peuple dont nous ne percevons dans la rue, que la rumeur confuse. C'est un bon ·lieu d'études. Les sal'les. d'habitude, sont situées au milieu des quartiers ouvriers et au premier étage, toutes tapissées de !:ivres reliés qui dominent là-haut, près du plafond, des légendes en lettres dorées: Sciences, - Histoire, - Voyages, - Géographie, - Romans, Poésie, - Œuvres diverses. Que comprennent les • œuvres diverses •? 0 classification rudimentaire et ample, où j'ai vu se ranger Montaigne près d'un dictionnaire portugais! Les casiers pleins, comme tous les trésors,

sont protégés. Une balustrade intérieure en forme de lyre tourne autour de la salle, et met les livres à un. mètre des mains et des yeux. Le seul panneau non déiendu est celui de l'entrée, celui des Scienœs. - On ne vole guère les philosophes, me disait un bibliothécaire, ni Jes physiciens, ni .les géologues que nous groupons là côte à côte. Ils vieillissent tranquilles. C'est le roman qu'on enlève. Combien par an? - Vingt-cinq mille environ. Dans le chiffre total de nos prêts i'ls comptent bien pour soixante pour cent; puis viennent le théâtre, les voyage§, la critique littéraire, les mémoires. La dispense du service militaire pour les ouvriers d'art nous vaut quelques fervents amateurs de traités de céramique, de broderie, d'architecture. Il reste un petit pour cent que les sciences naturelles partagent avec Aristote. Nous avons encore un lecteur d'Aristote, mo~sieur, et je vous le présenterai. Je cours ouvrrr les portes.... Un piétinement sourd, un bruit de voix sonna dans la cage de Vescalier. La porte s'ouvrit. Le bibliothécaire reparut, blond, mince, jeune, enchanté de rrécéder et d'introduire la première escouade de ses clients. Ceux·ci, une trentaine, qui aqaie··lt dO. attendre en bas l'heure réglementaire, s'avancèrent par g-ronp~s. tous dans la même direction vers Ie fond de la salle où était l'inscription : Romans, nouvelles et contes. Un petit commis de magasin, chétif, imberbe, avait pris les :le· vants, s'était accoudé sur la balustrade, et demandait déjà: c Fort comme la mort.? Vous ave2.? Les lecteurs étaient, presque tous, accompagnés: modistes ou lingère~ causant avec une amie: vieil ouvrier avec un jeune, peutêtre son fils; mère suivie d'une ou deux fille_s; demi-bourgeoise impotente et souffrante flanquée d'une domestique. On se consultait, on faisait de la critique, un peu sonvnaire, mais motivée. Quelqu'un disait près de moi: • Demande donc de l'Ohnet.. II y a des amours: c'est beau! • Deux gamins, roses, à cheveux ras, que nimbait le bec de gaz tou~ voisin, érhangeaien't une confidence: - Dis donc, du Bossuet, qu'en penses-tu? -Non. - Pourquoi? - Quand j'eilj prends, moi, je ne 'le lis jamais. C'était un bavardage à voix basse, que dominaient les dialogues brefs des dients qui

interrogeaient le bibliothécaire, et le bruit des pas qu'on essayait de faire glissants et légers sur le parquet, par respect pour les bois, pour le lieu, pour la loi: un concert en sourdine que ponctuait, à intervalles réguliers, l'appel d'un commis enregistreur, assis dans une salle à côté et qui murmurait: c Série B, numéros 2201, 2202, in-12! A un autre!... • La foule tournait dans l'hémicycle; les entrées compensaient les sorties; des remous souples amenaient, un instant, les jaquettes usées près des châles de laine, les mantelets près des corsages ajustés les petits chapeaux à 5 fr. 95 près des bonnets ruchés et des • cronstadt ,. de banlieue. Je m'approchai de la balustrade et du couloir protégé où se démenait, sans arrêt, sans humeur et sans trouble, le bibliothécaire enthousiaste encore de son métier et enchanté de se donner de la ,peine. La vieille dame et la bonne s'avançaient à la barre, solennelles. - Nous sommes deux, monsieur, rna bonne et moi: nous avons droit à quatre volumes. -Lesquels? - Un voyage pour elle, un roman pour moi. -De qui? - Ça ne fait rien. - Une couturière lu i succède, en uniforme noir d'a telier comme il faut. Elle a des yeux trop grands, des cheveux superbes. - Mademoiselle, vous avez un auteur préféré? - Oui, monsieur: françois Coppée. - Plus un seul, en ce moment. Elle fait un signe de tête décourag4, et, déjà détournée, n'essayant pas de remplacer son rêve: - Je le pensais bien: je n'ai jamais de chance. - Moi, monsieur, - et la voix sonru~.it clair, tandis que ·l a belle plume rouge, unique dans la salle tremblait sur le chapeau, moi, je voudrais • La Darne aux Camélias •? - Pas souvent chez elle! - • Le Lys rouge •? -En main. - Du Labiche, alors? - Il nous reste • Doit-on le lire •, • La Poudre aux yeux.... » - Et • Le Chapeau de paHie d'Italie :o, n'est-ce pas? ]'ai relu tout ça! Un instant de méditation; une ardeur qui tombe:


- Oue vouiez-vous? ÔOnriez-moi c Les Mémoires de Mme de Rémusat»! L'ouvrier aisé, beau parleur, habitué des réunions publiques, fier de sa barbe longue et grise, s'est arrêté devant Je panneau de gauche: Histoire. Il étend le bras, et prononce: - Des livres sur le premier Empereur. Une ménagère, les cheveux déteints et tirés sous une capeline, et qui devait faire une conunission, est venue demander: - Quelque chose par Molière? - Et puis? - Une Marie-Antoinette? - Nous en avons sept. De quel auteur? - De qui vous voudrez: c'est eUe que je veux. Des jeunes filles. évidemment des aspirantes à quelque brevet, des employés, des enfants, un sous-officier, un porteur de dépêches ont choisi: Marbot, ·le Journal des Goncourt, l'Invasion d'Halévy, l'Immortel. les romans de Dumas. - toujours bon premier. - de Tourgeneff, d'Henry Gréville, d'André Theuriet. Deux exemplaires des • Misérables » ont franchi la porte et sont partis vers les faubourgs. Un épicier, encore en surplis gris, a fait un lot, gravement, des Deux Faust et des Mille et une Nuits. Tout (:e monde qui passait et repassait, où presque tout représentait une fraction un peu cultivée du peuple, une élite habituée aux livres. familière avec le personnel de la bibliothèque, capable de feui'lleter un catalogue et de repondre à une plaisanterie. Des vrais pauvres, des novices qui venaient là humblement émus devant un livre comme devant un mystère ou devant un grand du monde. je n'en ai vu que deux. Le premier était un . apprenti, sans chapeau. sans i!ilet. vêtu d'un panta\on rapiécé qu'une seule bretelle tirait sous la veste trop courte. un adolescent voOté, l'œil fixe. charg-é de tristesse et de volonté. II demanda: c Une histoire d'enfant pauvre, s'il vous plaît? » Etl le bibliothécaire hésitait, devinant que cette âme obscure cherchait un livre de salut, un tivre où fut raconté comment on brise la chaîne de misère, et comment ou s'élève. Je ne sais pas l'inspiration qu'il eut. Je crois qu'il d~mna un volume quelconque. Car d'autres clients attendaient. Et justement il y avait là une jeune fille qui disait avec insistance, avec une sorte d'impatience même: . - Monsieur, monsieur, je rapporte « La Lyre». C'était autant qu'on peut juger en un si

court moment, la fille de quelque très humble ménagère, une de ces aînées qu'on n'envoie pas à la fabrique parce qu'elles sont trop jolies, et qu'on a ,peur. Elle tendait à bout de bras le tome deuxième de c Toute la Lyre» de Hugo. Et le bibliothécaire, ayant ouvert le livre, par hasard, eut un moment de surprise et s'exclama: - Oh! mademoiselle! Je me penchai. Il désignait du doigt, avec une indignation moitié sérieuse et moitié feinte, quatre vers au bas desquels il y avait une annotation, d'une écriture fine et appliquée: Le poète disait: Ce vieux mot qu'il faut effacer, • Je t'aime • aujourd'hui me déchire: Vous le disiez sans le penser, Moi, je le pensais sans le dire. Séduite par le Madrigal, la pauvre fille avait écrit: • Délicieux! » avec un gros point d'exclamation. - C'est vous, mademoiselle, qui avez fait cela! Elle pâlit, puis rougit extrêmement. Plus de vingt personnes, des inconnus, se pressaient autour d'elle. . - Qu'en savez-vous? - Je reconnais votre écriture. Un éclair de colère et de pudeur effarouchée passa dans les yeux blon~s.- Vous le voudriez peut-être bien, connaître mon écriture; mais ceux à qui j'écris sont loin d'ici! - Dites gue c'est vous? Elle n'avoua pas. Mais ce bruit, ces regards, ce livre accusateur, cette lumière, ~ décor insolite l'arrêtèrent net dans son essat de défense. Elle se mit à trembler. Ses yeux s'emplirent de larmes. Et elle s'enfuit, tout à cou.p> sans un mot de plus, poursuivie par 'la clameur des habitués.... René BAZIN, de l"Académie française.

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Un Jeune Homme qui Dort =

Paulette jette un coup d;œil satisfllit à ::on miroir et achève d'enfiler ses longs gants blancs, tandis que la femme de chambre s'a.pprête à l'envelopper d'un manteau clatr brodé de cygne.

Et son frère Charles, toujours pressé, la bouscule: - Allons, Paulette! rr:aman s'impatiente. Descendons vile! L'auto est avancé'!. Elle le suit, murmurant, avec une gentille · moue: - Si je n'ai pas le droit de rn'aitarder deux minutes à ma toilette, pour ma première matinée dansante, la première, vr:ument 5érieuse, la première où il y aura .k,; jeunes gens!... 1.1 est vrai que ces jeun<?s gens-là ... Hum!... Ils ne doivent pas prêter grande attention aux fanfreluches.... Une ombre passe sur le front charmant de Paulette. Une grande perplexité l'agite, tandis que l'auto roule vers l'avenue Montaigne. Les cousins de Loustal, qui donnent la petite fête, ont leur fils aîné à Polytechnique. Alors, il paraît que tous les danseurs seront des Polytechniciens ou des Centraux.... C'est bien austère, pour une premièr~ sortie! Que dire à de pareils danseurs? Ces jeunes savants ne doivent s'intéresser qu'aux X. Et Paulette!... Les X!... Elle a échoué au brevet élémentaire pour un misérable problème sur les qua.ll:re règles... Au1ant elle aime la littérature et l'histoire, autant elle abhvrre les mathématiques. Elle n'a pu conquérir aucun diplôme, à cause de ces terribles chiffre5! Si, elle possède un diplôme - et qui lui est très cher parce qu'il l'a fait travailler dur - un diplôme d'instruction religieuse! Mai3 r.<.s messieurs de Polytechnique doivent juger q:.te des examens de cette sorte ne comptent pas. Qu'elle va leur paraître terne et sotte!... Ah! si elle n'était pas sûre de rencontrer c·nez les de Loustal sa meilleure amie, Thérèse, comme elle aurait saisi le prem;er prétexte poU' échapper à cette corvée mondaine!

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Thérèse est bien ch~z les de Loustal. Très vite, Paulette peut la rejoindre et les deux jeunes filles bavardent. - .Tu n'étais pas au salut, dimanche, rue François Ier. Je t'ai cherchée en vain. - Tante Marie avait eu besoin de moi pour son patronage. - Qu'as-tu fait d'intére~sant, cette semaine? - J'ai énormément travaillé pour l'arbte de Noël de tante Marie. Et toi? - Moi. j'ai visité l::eaucoup de pauvres avec Mère Saint-PhiLippe; nous avons déniché une petite aveugle, pieuse comme un ange.... - Oh! que je te dise une grande nouvelle.

Je vais peut-être préparer ma Croix-Rougè! - Vrai? Tes parents veulent bien?... .- Si. ça ne me fatigue pas .... Et tu sais, je suts sohde comme un chêne! - Je t'envie! C'est mon rêve, soigner des malades, panser des plaies .. Mes séances au dispensaire, ça m'amuse autrement qu'une ma. tinée dansante avec des Polytechniciens ... Dis, Thérèse. rends-moi un service d'amie, toi qui as des idées.... Qu'est-ce qu'on pourra bien leur dire à ces danseurs-là? - Je ne sais :pas plus que toi. Nous ne sommes pas des mondains, nous... Ni ce que l'on est convenu d'appeler des intellectuels. ... Le parti le plus sage serait, évid~mment, de ne pas ou.v rir la bouche.

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Une magnifique voix de contralto s'élève derrière elles, détaillant a11ec art une romance d'autrefois. Avant de danser, on va écouter un peu de bonne musique. Les papotages cessent. Les auditeurs attentifs se rangent en cercle. On n'entend plus que la voix de la chanteuse, rythmée par les coups légers des éventails. A la romance succède un air d'opéra, puis une jeune pianiste virtuose, que la maîtresse de maison veut produire pour lui procurer des leçons, exécute, avec une agilité merveilleuse, ·les morceaux les plus difficiles de son répertoire. Pendant cette pluie de gammes, de trilles et d'arpèges. l'attention ~e lasse, on écoute moins; les dames observent les toilettes de !f'urs voisines; des jeunes tilles chuchotent et voici que Thérèse. se penchant ver:l Paulette, avec un air scandalisé. lui dit tout bas: - Regarde donc, dans le coin, à gauche, près du pahnier; vois-tu!' ... Un jeune homme qui dort! - On pardonne cela aux vieux messieurs, riposte Paulette; mais u11 jeune homme.... - Qui sait! suggère 1'indulgente Thérèse, pour venir à cette matin&>. le pauvre garçon a peut-être passé la moité de sa nuit à aligner des • x» .... Remarque-Je. C~st le vr.ti sommeil qui le tient. le 3om11eil invincible. Il fait effort pour se secouer, rouvre les yeux, cambre le buste, mais, malgré lui, 'les yeux se referment, les épaules tléchi::osent et la tête retombe en des hochements significatifs. - Il est ridicule! déclare Paulette. En voilà un qui, tout à L'heure, ne sera ,Pas très amu·


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70 S!int pour sa danseùse. Heureusement qu'il ne m'a pas été présent~. Les plus longues sonates. ont une !in. La pianiste arrive ,au temte de ses exercices de vélocité. Les applaudissements réveillent les rêveurs et les dormeurs. On se lève ,pour organiser le bal. ~t voici que Charles, le frère de Paulette, guide v~~s sa sœur .un grand jeune homme blond, elegant et mince sous l'uniforme sombre. - Miséricorde! gémit Paulette, • le jeune homme qui dort ~ ! c Le jeune homme qui dort • est devant elle, et Charles mène roudement la . présentation: . A d , - Paulette un de mes bons amis, n re Servillan, mo~ meilleur ca~arade de co1lè~­ Je t'ai parlé souvent ~e .lm ..... Pendant que J~ ratais mes examens, Il entrait à Polytechnique avec le numéro 9 .... Paulette balbutie quel·jues mots aimables: Charles a disparu et le • Jeune homme qm dort • va ,danser avec eile. . . . - Que vais-je lui àire? qu~ ~a~s-!e lu1 dire? se demande Paulette, fort mh'?ldee; un mcmsieur qui est entré à Polytechmque av~ le numérc. 9! S'i1 me parle de ses ~tudes, J~ suis perdue. Mon ignorance s'étale. Moi qm n'ai jamais su la différence qu'il y a entre la géométrie et l'algèbre! . André Servillan est un jeune homme qm sait vivre. Il débite quelques lieu.x c~mmuns sur la musique. Paulette s~enhard1t. E1le ~ent devant elle un solide terram de conversation. Pour lui, sans doute, le terrain est ~n peu plus mouvant. car il patauge, brom~e les écoles et attribue à Mozart la patermté des • NeuÎ symphonies •· .. Paulette rit tout bas. Son humeur e~p1e~le commence à trouver que la c;cène est dJVerhssante. André Servillan mal inspiré, parle maintenant de la pianiste-virtuose ~ui vi,ent de, se laire entendre. Paulette oubhe qu·~lle n es1 plus une :pensionnaire à qui les mal1ces sont permises. _ La pianiste? t'avez-vous entendu~. Monsieur? Vous paraissiez si bien dorm1r, dans votre coin! . Le jeune homme rougit violemment ~s ~ourcils se froncent; une e~pression de VIVe contrariété passe sur son VIsage. . Dormir quand on est Jans le monde, ~ml minutes avant le bal, en écoutant une arhste . Dormir, à vingt ans!... . Mais Paulette se repent déjà de sa remar-

que intempestive. Elle essaye d'adoucir la petite blessure d'a.mour-pr0pre qu'elle devme avoir causée : - Mon amie Thérèse me d.i:sait que les Polytechniciens veiLlent souvent fort tard pour travailler. Vous avez peut-être passé la moitié de la nuit sur vos livres? ... Bravement, André ServiJ!an relève la têt~ : - Oui, Mademoiselle, j'ai passé la nUit, non devant mes livres, mais ... devant l'ostensoir. J'ai fait, avec une Gttinzaine de camarades, l'Adoration noctW"ne, à Montmartre. Paulette vient de manquer la mesure. Ses yeux se rempLissent de larmes. - L'Adoration nocturne, murmura-t-elle, des polytechniciens font l'Adoration nocturne! Ah! Monsieur, que c'est beau. ceia! Je ne croyais pas que parmi vous... dans les grandes Ecoles... on comprenait ces choses. - Dans les grandes Ecoles. Made~oisell~. il y a aujourd'hui au!anl et plu_s de vra~s c~re­ tiens que partout :ulleurs. S1 les pnmalfes exilent Dieu. nous l'accueillons chez nous ... Il ajoute. avec l'aimable crânerie le joyeux élan des ieunes C'ltholioues .d~ ~rance : - Car, Mademoiselle, ceux qlll eta1ent Ilhaut cette nuit soyez sûre .que ce ne sont pas Jes • bêtes; de la «boîte ». Paulette articule tout bas, avec une sorte de ferveur: - Comme ce devait être émouvant! ~tte jeunesse d'élite. pleine de savoir, de pr?Jets et de grands rêves fière de ses conv1cüons, réso[ue à vivre son bel idéal, montant la garde devant fésus-Christ.. .. - Oui Mademoiselle. si émouvant que toutes les ' musique-s p~raissent fades. quand on a entendu la voix divine vous parler dan s la nuit. , 11 fait un ei!ort pour ,reprendre un ton 1eger ; i1 conclut avec t~n sour!re: _ Voilà pourauo• au l~eL! d'écou~er ,~ne virtuose. on se lais<:.e 1I1er vJlamement a~ eire plus. dans un salon monrl:!.in. CJH'un 1eune homme qui doit....

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Au vestiaire, en pre11ant leurs mantea~x. Paulette e1 Thérèse se retrouvent: et Thérese remarque avec une pointe de malice: . _ Eh bien! ce " jeune homme qUL dort •, il s'est réve~lé? Vous paraissiez causer ave_c beaucoup d'entrain, tout à l'he_ure. T'~xph­ quait-il l'algèbre, la trigonométne , la geométrie dans l'espace? _ Rien de tout cela, Thérèse, je te raconterai.

- Qu'est-ce qu'il y a? Tu parais tout émue? Tu as ta figure des jours de retraite, !a figure d'après l'examen de conscience ou la ~ecture spirituelle. Paulette serre avec force la main de son amie. - La lecture spirituelle ou plus exactement la causerie spirituelle! Vois-tu, ma chérie, j'ai appris, ce soir, qu'on peut parfois la faire au bal. Jean VEZERE.

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• C'est lui qui a mapnné, charpenté, menuisé, tapissé, tissé, fonou, forgé tous les mondes, et surtout notre terre. • Et je dis qu'on ne rend pas justice k cet ouvrier, à l'Ouvrier. • Tout à j'heure, je vous ai vus entrer dans sa maison, le blasphème a1x lèv.(es et le chapeau au front. • Tout à l'heure, vous êtes passés devant son tabernacle adorable, -~t \'Ous ne l'avez pas salu~.

L'Ouvrier Aux jours troublés de 1848, dans un dis· cours tenu dans une église de Paris, Raymond Brucker célèbre les mérites de l'ouvrier, il proclame ses services, il rend hommage à son désintéressement, il revendique rour lui le respect de tous, il s'élève ius(jl.l'au iyrisme pour entourer d'un nimbe le Iront du travailleur, il regrette qu'on l'oublie et qu'on le méprise. A ces mots éclata une tri!)le s1lve d'.1pplaudissements. · Brwcker reprend: « N'applaudissez pas, malheureux. Sachez qu'il u'y a dans tout l'univers qu'un Ouvrier, un Ouvrier véritablement digne de ce nom, un Ouvrier qui a fait tous les ~-utres ouvriers; un Ouvrier dont tous les autres ne font que copier servllen•ent :les œuvres; et cet Ouvrier, .:'est Dieu. • C'est lui qui, incompa!'able ar::hitecte, a, de sa main toute puissante, élevé la voî1te des cieux; c'est lui qui a groupé harmonieusement les nébuleuses dans ï'espace immense; .c'est lui qui a disposé dan, l'éther !'.1rchitecture de tous les mondes; c'es• lui c'est cet ingénieur éternel qui a fait des ch~mins à tous les astres et qui -leur ordonne de les suivre avec une régularité immortelle. • C'est Jui qui, sculpteur incomparable, a ciselé les astres; c'est lui qui a taillé notre terre comme un merve1ll.P.ux diamant; c'est lui qui, dans ·lr'éternité de sa pensée et de son plan divin, a créé .le modèle et ,arrêté la forme de tous les êtres vivants; c'est lui qui, dans le bloc de notre chair, a sculpté le corps hu .. main, cette statue si bien proportionnée, si belle, et qui regarde le ciel. • C'est lui qui, peintre incomparable, a j~>.té sur la terre •la variété de3 couleurs; c'e'>t lui qui, avec son inépuisable palette, a peint luimême toutes les fleurs. tous les animaux, et le ciel, et la mer, et l'œil huwain.

• Tout à l'heure, vous lui avez jeté (je les ai entendues), des insultes avec des menaces . • C'est une chose, en vérité, qui m'a r~volté jusque dans le {>lus proferid de mon être, et je n'ai pu en être le témoin sans en Ure Fro· fondément indigné. • Non, non, on ne rend pas justice à l'Ouvrier. •

L'Homme qui Réussit Le succès dans les affaires est souvent baptisé par les gens superficiels de «veine • , de chance ou d'un autre vocable, mais la chance de l'homme d'initiative devenu homme d'action n'est pas due à des causes étran~· res, à des caprices du sort. Elle tient surtout pour cet homme, à ces quelques considérations. Il choisit la profession à laquelle le destinent ses aptitudes; il met tout son zèle à la bien apprendre. 11 débute jeun.e aiin de connaître les rudiments et les premiers principes qui permet- tent d'asseoir solidement les connaissances ultérieures. Il aime son travail et l'accomplit avec bonDl' humeur. II ignore l'ennui, parce que son travail est pour lui une source ininterrompue d'observations intéressantes et variées. II ne perd jamais son temps. Il cherche toutes les occasions d'utiliser ses connaissances techniques. Il n'abandorme rien au hasard. _ Il discerne les bonnes choses des mauvaises, le profit de la perte, le succès de l'échec. Il ne craint pas la fatigue, iU ne ménage pas ses démarches. II est toujours où il doit être. Il use du repos, il n'en abuse jamais. Il écoute avec bienveillance ceux qui ont


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72 quelque chose d'intéressant à dire: il en fait son profit. Il ne refuse aucun conseil. Il est psychologue et perçoit rapidement la valeur d'un homme. Il a ·le sens de l'économie et de la dépense. Quand il sème beaucoup d'argent c'est qu' il est sûr que la récolte sera bonne. Il ne paye jamais un sou ce qu( n'a aucune valeur. Son œil ne flâne jamais, son esprit non plus. Il note ce qu'il craint oublier. II est honnête, il a de l'ordre, il est exact. (,Suisse Romande")

------·-·--------Variétés UN MOYEN ORIGINAL DE TERMINER UN ROMAN Personne n'ignore que, pendant les dernières années de sa vie, Dickens, pressé de c faire de l'argent • pour sa famille, menait une existence terrible, s'exhibant partout sous prétexte de lecture comme un acteur nomade et sans interrompre son ~ormidabk labeur d'écrivain. Quand l'apoplexie l'emporta en 1870, il laissait inachevé son roman d' « Edwin Drood. le héros est un ingénieur qui, s'étant pris de quereUe avec son ami Neville et de rivalité amoureuse avec son oncle Jasper, disparaît un beau jour. A-j-il été ar-sassiné? par ~ui? par Neville, par Jasper ou par un troisième .personnage, l'énigmatique Daichery? On ne le sut ·jamais, car Dickens mourut en même temps que lui. Des admirateurs du maître avaient déjà essayé, à diverses reprises, d'éclaircir le mystère. On vient de s'aviser d'une idée beaucoup plus ingénieuse. Un jury, composé de littérateurs, a été constitu~; it va juger J_ohn Jasper, principal accusé. Les assises se t1endr011t au Kings's Hall; les témoins sont cités, les. a_vocats choisis; ils sont allés à Rochester v1s1ter la scène du meurtre; les jurés se prononceront en leur âme et conscience, a,près avoir prêté serment de ne s'inspirer que de b seule vérité. La méthode est curieuse; elle peut rendre des services. On raconte qu'un journall, désireux de terminer un roman à date fixe, l>âta le dénouemen.t et, sacrifiant quelques pédpé-

lies acheva en un jour le récit qui devait durer' encore plusieurs semaines. Par une inadvertance de typographie, le dernier feuilleton parut, précédé de ce sous-titre: c Résumé de la fin •. Les lecteurs en fureht un peu surpns. Ils se seraient peut-être amusés d'un concours où on les ellt priés de résoudre à leur manière le petit jeu des propos interrompus. 00000

UNE HISTOIRE DE HANNETONS Une commune de .la frontière badoise avait offert cinq marks pour chaque hectolitre des nuisibles coléoptères capturés. Voilà q~e le jour suivant arrive à la mairie de l'endrmt un paysan avec tout un chargement de hannetons. c D'où viennent-ils? demanda le préposé à la mairie. - • Hé! chez nous! • - c Où, chez vous? • - c De l'autre côté du Rhin •, fut la réponse. Le paysan lui Œit remarquer que d~s l'annonce de la prime, i!1 n'était pas queslton de la nationalité des insectes. C'était à prendre ou à laisser sinon... Et il fit le geste de rendre la liberté 'aux insectes. L'autre se dépêcha de prendre livraison et de payer; _mais, le lendemain, il fit annoncer par le cneur public que dorénavant seuls les hannetons ~­ dois étaient acceptés et que les garde-fronheI-es avaient à refuser toute entrée aux hannetons suisses. On rit encore de cette défense dans la région! 00000

UN CYPRES DE 6000 ANS Le plus vieil arbre connu paraît être u!l cyprès chauve qui couvre de son o~re gigantesque le cimetière de Santa Mana del Tule, petit village de l'intendance d'Oaxac~, au Mexique. Il a un peu plus de trente:hu:t mètres de tour de taille. Humboldt, qu1 1_a visité en 1803. le jugeait âgé de cinq ~ stx mille ans et cette estimation a été confirmée depuis p~r les_ !)bservations de diver,s savants. L'illustre naturaliste grava sur 1arbre une inscription lisible après cent, onze ans: bien que cernée par les couches d écorce qut montent à l'assaut: la ,Nature" en donne une curieuse photographie. Com~ie!l le vén~able ancêtre de la végétation meXtcame n'a-~-ll.pas da voir de révolutions? Ce cyprès est s1 v1eux qu'il ne s'en souvient plus. 00000

La supérioriilé consiste, pour un ho~e,

à être le serviteur de tous. C'est la théone du Christ.

Heureux les Cœurs purs!:)~ Heureux les cœurs purs! ils n'ont pas de rides, Le temps ne peut rien contre leur beauté, Beaucoup ont gravi des coteaux arides: Ils n'ont pas perdu leur sérénité. Ils s'en vont en paix au milieu du monde, Vainqueurs, libérés des fers d•ici bas, Et l'ange vêtu de lumière blonde, Cueille chaque jour des lys sous leurs pas. Et lorsque la nuit plane avec mystère, L'a·nge, remonté vers les ra yons blancs, Jette à l'infini les fleurs de la terre Qui fonnent bientôt des astres tremblants. Heureux les cœurs purs! une voix bénie Pour eux a promis la joie en un lieu Où tout est délice, amour, harmonie. Heureux les cœurs purs! car ils verront Dieu. MARIE-MARTHE.

Les noces d'or de la tombe à la croix de bois =

Je voudrais . vous raconter la vie de ces hommes du moins les traits qui échappent dans la ~onversation à leur modestie soigneuse de se taire. Hs cachent leur vie, ou, pour mieux dire eUe est cachée à leurs propres yeux. Ils s;vent que Dieu les emploie à quelque chose de grand, i~s ne se savent pas grands par eux-mêmes. et ne connaissent en eux que la misère de l'humanité. C'est à l)eine si l'on peut saisir dans leurs récits quelques traits de_ cet héroïsme qui veut s'ignorer et qui en vient à bout. Ecoutez pourtant ceci: L'un d'eux, envoyé par son évêque dans un canton éloigné pour étudier si l'on pouvait y établir un prêtre, arriva au lenne de sa course sans argent et sans moyen de revenir. De son dernier dollar, il avait acheté un flacon de vin, afin de pouvoir dire la messe, ressource suprême et unique pour résister aux tortures de l'abandon. En ce lieu v·ivaient des hommes, des Européens. et parmi eux des Français. Il les avait salués dans la langue de la patrie, et ces hommes, parce qu'il était prêtre, ne lui avaient pas répondu. II s'établit sous un arbre à quelque distance des maisons

où il ne pouvait espérer un abri, et il y vécut des semaines entières, sans pain, de racines inconnues qu'il essayait à tout risque et de coquillages qu'iJ. mangeait crus n'ayant pas d'ustensile pour res faire cuire; mais la dureté persévérante des hommes et 11a longue impuissance de sa prière étaient un plus grand tourment. Parfois, quelque habitant du vi!lage, passant, lui jetait une injure et s'élotgttait. Personne ne voulut, non pas lui serrer la main, mais seulement l'entendre; pas un vieillard, pas un enfant. JI espérait, mais cette hor,r eur de Dieu lui déchirait le cœur, et il sentait baisser sa vigueur corporelle, minée par la fièvre et le chagrin. Un jour. il vit venir à tui un jeune homme grand el beau qui lui dit pour première parole: • De g-râce. avez-vous à mang'er? • C'éfait un prêtre envoyé à sa recherche par l'évêaue. Il était mourant de fatig'ue et de faim, et il n'avait aucun moyen de l'emmener ni de rep~rfir lui-même. A c:~u~e de la pauvreté de l'évêque et de l'inexpérience du pays, il était venu sans ressources. La charité seule avait pu le soutenir jusqu' au terme. se coucha par terre, implorant un peu de nourriture. L'autre lui offrit les coquillages dont il viv~ it. principalement des moules énormes. hideu~es à voir. et dont le seul aspect souleva le cœur de )''affamé Il n'y put foucher . et son hôte. désolé. entrevit dès ce moment que l'infortuné mourrait de faim. Ce dernier coup l'accabla: il se sentit vaincu. Peu de jours après. les deux missionnaires. étendus sous le soleil br(tlant. dévorés de fièvre et de vermine. ~e ciirent: • Nous mourrons ici. Que l'un de nous f:~sse effort et célèbre une dernière mes~eo oi'i il communiera l'aufre. et nous bénirons Dieu. • C'était le jour de 1•Assomption. Ils tlrè· rent au sort pour dire la messe. Le sort échut au premier arrivé. Il offrit le Saint SacriHce pour son frère mourant. couché près de l'autel fait de terre, et pour lui-même, qui comptait aussi mourir. Et cette véritable messe des morts dura près de trois heures. Enfin le moribond put donner la Sainte Hostie 1t 'i'a·~onisant et consommer lui-même le triple sacrifice où le prêtre et l'assistant ~'immolaient eux-mêmes comme la victime. et la consolation des hommes était grande en cet acte de foi et d'amour, hien ca·

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75 pable de consoler le cœur du fils de Dieu mourant. Le martyr expirant regardait avec ten· dresse son frère martyr défaillant au pied de l'autel; et celui-ci, en voyant la· candeur d'âme angélique de ce jeune .prêtre qui tombait si tranquille au début de la carrière. l'offrait et s'offrait lui-même comme prix de la commune victoire que le Crucifié voulait pour eux, et qu'à leur tour, ils voulaient pour lui. La messe dite, le célébrant se coucha auprès de son compagnon, et ils attendirent la mort. Elle ne tarda point. Da.ns la nuit, le jeune prêtre mourut. Son dernier soupir ef· fleura Jes lèvres de son frère, qui ne .put qu' avec effort étendre la main. sur sa tête en signe de dernière bénédiction et de dernier adieu.

*

Quelques passants se trouvèrent là quand vint le jour. Ils virent ce cada'Vre et te mou· rant côte à côte. Ds en donnèrent la nouvelle au village. Ces cœurs durs, comprenant ce qui s'était passé, s'amollirent enfin, ou plutôt la mort avait vaincu, et Dieu déclarait la victoire. Ils vinrent donc en grand nombre, appor· tant de l'eau fraîche et des aliments, et le mis.. sionnaire survivant, toujours incapaQle de se mouvoir, sentit enfin une main serrer la sienne. Ce n'étaient plus les mêmes hommes. U oÙ avait été l'autel ils creusèrent une tombe; ils y descendirent le victorieux et beau cadavre; et, ensuite, portant dans leurs bras le malade, ils le soutinrent sur le bord de cette fosse, pour qu'il pût la bénir. Ils firent plus: à sa prière, ils coupèrent un grand arbre et en firent une croix et la plantèrent sur cette terre déjà féconde, et ainsi la croix apparut et prit possession de ce nouveau domaine. 11 y a là, maintenant, une viUe et une église et des milliers de catholiques. aussi dociles à la voix de leur évêque que chers à son cœur; et leur évêque est ce missionnaire si cruellement repoussé tout d'abord. Je vais là aussi souvent que je peux, me disait-il en achevant son récit. Je parviens à retenir mes larmes et mon cœur est plein d 'aTlégresse dans l'admiration des choses de Dieu. Mais quand j'ai voulu parler à ce peuple du pied de cette croix je n'ai pu tirer de ma poitrine que des mots sans suite et des sons inarticulés. C'est ainsi que la croix se plante et pr~d racine, ainsi qu'une église germe et sort de terre, ainsi qu'une cootrfe livrée aux ténèbres

Mais partout, hélas! aux champs aussi bien qu'à .la ville il y a des maisons pauvres et des maisons riches. Comme nous, elles se groupent, se soutiennent et se transforment. El'les suivent nos fortunes. Quelques chaumières sont devenues des châteaux, et beaucoup de palais ne sont plus que des ruines. Elles profitent aussi du progrès, et celles qui ont été bâties ces dernières années ont pris à la science ce qu'elle avait de meilleur et de plus pratique. SeuJes, quelques-unes se construisent encore à l'ancienne mode et n'ont qu'un escalier; mais celles-lit furent conçues et réalisées par des modestes, à moins qu'elles ne soient un des reflets multiples d'âmes exceptionnelles éprises des coutumes d'autrefois. Mais toujours nous faisons notre demeure pareille à nous. Cependant, a est une dernière et paisible maison à laquelle nous ne songeons guère. Au contraire, en approchant d'elle, nous nous tournons vers le passé et nous voyons les autres qui marquèrent chacune une étape de notre existence. L'homme, qui est un éternel errant, semble dans la vie moderne, avoir encore moins de fixité; il va de ville en ville, de logis en logis, transportant .péniblement les objets qui sont le décor cher et intime de ses jours. Le toit paternel est loin, trop souvent il n'a pas été, ou ü n'est plus! ... Et, cependant, conune notre pensée aime et habite souvent celui qui eût .pu nous en tenir lieu, celui qui abrita nos premières joies et nos premières déceptions! Ma.ïsons de notre enfance, maisons riches ou humbles, toujours belles, maisons qui virent nos petits pas hésitants au seuil du monde, vous illusionnez notre vie jusqu'à son déclin d'Une poésie d'aurore, vous gardez nos souvenirs charmants, nos étonnements d'enfants, nos tressaillements joyeux, que vous redonnerez généreusement à nos vieux jours, encore parfumés des caresses familiales mortes, hélas! avant nous!... Maisons d'autrelois, maisons souriantes comme des aïeules, réconfortantes comme des amies d'enfance que vous êtes, heureux ceux qui· vous conservent! Heureux ceux qui franchissent vOtre vieille porte d'un cœur resté pur, c'est-à· dire resté jeune, et qui savent entendre encore autour de votre foyer parler les voix qui se sont tues! Heureux surtout ceux qui appuieront leur tête pour mourir aux oreillers familiers des lits de jadis que pieusement vous leur aurez gardés après avoir vu mourir aus· si le père, Je grand~père et le père encore de

de la sauvagerie et aux barbaries plus terribles de la civilisation devient un diocèse; ainsi entrent les bonnes mœurs, les mœurs pures, les mœurs. pieuses, les écoles, les hôpitaux, les études qui élèvent l'âme et font la force, la gloire et le charme de la civilisation, et tels sont les hormnes qui entreprennent ces choses et qui les mènent à fin. Louis VEUILLOT.

Nos Maisons Parmi toutes les maisons que nous voyons se dresser devant nous, partout où nous allons, avec le mystère de leurs portes closes et de leurs volets fermés, il en est de tristes, où des veuves pleurent, où des orphelins réfléchissent gravement - déjà! - à l'attaque sournoise de la vie qui les trouve sans défense; il en est de bruyantes qu'habite le bonheur, et de silencieuses où se plaît la tristesse. Il y a les maisons vibrantes comme des ruches, ,gui débordent de vie. et les maisons désertes qui rêvent en grelottant sous leur manteau de poussière; il y a les maisons abandonnées qui ont Pair de pauvresses, avec leurs toits crevés, leurs façades lézardées .et leur foyer éteint; il y a les maisons qui nais.. sent dan·s la blancheur de Jeurs murailtes neuves, et les maisons qui meurent dans l'écroplement de leurs muraitles grises. Cependant, on remarque d'une façon générale que les ,maisons des champs paraissent plus belles que les maisons des villes, et surtout on Jes devine meilleures, plus honnêtes •. On dirait qu'à la campagne l'homme rede· vient ce qu'il ne devrait jamais avoir cessé d'être : simple et bon. Elles sont plius claires, moins prétentieuses. Elles sont plus gaies aussi, comme elles sont plus ouvertes. Les :pendules y sont presque toujours arrêtées. Qu'importe l'heure! On savoure la joie de vivre. Le soleil y pénètre l flots avec l'odeur .légère des foins coupés et le parfum plus lourd des vergers dont les fruits mûrs éclatent sous la chaleur .pétillante de midi. Près d'elles, contre elles, sur elles, des oiseaux chantent, et, accoudé aux fenêtres ouvertes, on oublie ... Ceux qui vivent mal se donnent l'illusion de bien vivre, et ceux qui vivent selon leur conscience se donnent la joie de vivre mieux encore.

J

cet aïeul. Ceux-là s'éteignent plus doucement, car il ont su la joie de vivre parmi l'âme des choses famit!ières et des habitudes surannées de ceux qui les ont précédés à la dernière demeure, à celle où nous allons reposer en at· tendant la vie qui n'aura pas de fin. Henry DUPUY-MAZUEL

Le Cœur qui Voit L'aveugle, assis ·s ur un banc devant sa porte, les mains aux genoux, roide, immobile, le visage tendu vers le large, écoutait de toute son âme le bruit régulier de la vague· venant mourir sur le sable. Hors ce bruit, rien ne vibrait sur la côte; aucun cri de fenune ou d'enfant ne s'élevait du village tout proche; aucun appel de .pêcheur, aucun choc de barque ne montait du port caché là-bas, derrière la falaise, comme un nid d'oiseau de mer entre les rochers. Et ce silence inhabituel était plus poignant que le souifle rauque de la rafale par gros temps. - Quelle heure peut-il être? murmura l'a· veugle entre ses dents. Et il leva vers le ciel son visage comme pour voir le soleil à travers le voile à jamais clos de ses yeux morts. Mais il ne sentit pas ·s ur sa peau rude la caresse tiède des rayons, cette caresse qui le pénétrait jusqu'aux moel· les quand il venait s'asseoir, chaque aprèsmidi de clarté, sur le seuil de sa maison. Au contraire, une humidité froide tomba sur sa face et le fit soudain frissonner. - II doit être tard, pensa-t-it. Pourquoi n'est-il pas encore de retour? Mais il ne bougea pas. Depuis le repas d~ midi, il restait là, à la même place. A qum bon changer? N'était-il pas seul partout. seul dans la nuit épaisse de sa cécité? Autant v~­ lait attendre sur ce banc où le retrouveratt tout à t'heure le fils parti en mer. Ah! où était-il le temps où, lui aussi, s'en allait sur son sloop aux voiles brunes, avec ses bons matelots, jet~ ses filets sur le passage de la sardine? C'était alors un fin J>l!" tron _que le père Philippe. Personne ne sa~ut comme lui lancer la rogue aux bons endrOits. Et il .lui arrivait souvent de s'en revenir de la pêche la coque pleine jusqu'aux bordages de pois~ns entassés, lumineux comme des pièces d'argent. Mais voilà! le bonheur a un cœur de fem· me infidèle.


'16 Un )our, la mère était morte. On l'avait conduite derrière l'église, dans Je petit cime· tière battu des vents du large, où poussent sur ies tombes des chardons bleus. Philippe avait pleuré des larmes qui lui cuisaient les paupières. Etaient-ce ces pleurs, ou bien la fraîcheur humide d'un jour de brume entre Je ciel et l'eau, ou bien simplement une fatalité mauvaise? Mais orusquement une ombre de plus en plus ténébreuse avait voilé les claires prunelles d'autrefois. Peu à peu, la nuit s'é· tait faite autour du patron, et maintenant le père Philippe n'était plus qu'un aveugle tré· buchant qu'il failait conduire par la main. Il y avait dix ans de cela. Anthime, le fils unique, avait succédé à son père au banc de barre du slooF aux voiles brunes, le • Sans~ Souci •. C'était lui le maître à bord. celUI qui gagnait l'argent et faisait vivre la maison. L'ancien patron n'en était pas jaloux, mais sa détresse était grande de n'être plus, à_50 ans, qu'un homme brisé, un impotent, moins qu'un vieillard. Une seule consolation tui restait : la mer. Il ne pouvait plus la voir, mais il l'entendai!. Jamais il ne l'entendait d'assez près. Il auratt voulu aller, comme autrefois, sur le quai, jusqu'au bout du môle, là où se dressent dans une tour la lanterne et la cloche d'appel pour les jours de brouillard. Mais Anthime avait peur d'une imprudence. Il convainquit son père de ne plus s'éloigner de la maison. L'autre n'était-elle pas au pied de la falaise, déchirant ses vagues sur le sable avec un rythme berceur et régulier? L'ancien patron s'y résigna et, depuis dix ans qu'il vivait sans quitter les murs qui le guidaient. il avai~ ou· blié le chemin du village comme celut du port.... - Pourquoi Anthime n'est-il pas là? répéta l'aveugle en frissonnant. . Mais soudain il se dressa, prêtant l'oretlle. Quelqu'un venait ,par le sentier. ;A-~rès ~n instant de doute, il retomba : ce n'etat! pomt là I.e pas du fils. Il demanda pourtant: -Qui vient? Une voix d'enfant répondit: - Bonsoir, père Philippe. C'est moi, Jean, le fils du douanier. - Approche donc, mon p'tit gars! Sais-tu si le • Sans-Souci • est rentré? -Le • Sans-Souci! • ... Maître Anthime est donc encore en mer, ce tantôt? - Bien sO.r. Il est parti ce matin, avec la nruarée. - Et il n'est pas revenu à midi, avec 1es autres?

77 - Probable que non puisqu'il n'est pas ici. Mais, dis,moi, pourquoi les autres pa· trons sont-ils rentrés? - A cause du temps, père Philippe. - Il ne vente pas. - Non, mais le brouillard s'est levé tout à coup.... - Le brouil.lard! - Oui et un fameux brouillard comme on ' vu depuis longtemps, ces ' t comme n'en a pas du coton. On ne le couperait pas au couteau. « L'Etoile de la Mer., • La Belle-Espérance •, • Le Cœur de Zélie ., tous sont revenus de· puis longtemps. N'y a plus personne dehors . Chacun est rentré chez soi. Pensez-donc! On n'y voit plus pQUI se conduire. Même sur les chemins, o,n butte à chaque pas... Allons! au revoir, père Philippe! - Au revoir, mon p'tit gars!

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Les pas de l'enfant s'éloignèrent, puis s'ef· (acèrent brusquement, comme happés par le néant de -la brume inviaible. L'aveugle se leva, prêt à rentrer dans sa maison, ma~s aussitôt des images douloureuses se presse· rent sous son front. A cette heure, son fils était seul en mer. On l'ignorait sans doute. Personne ne s'inquiétait de lui, perso~e n~ songeait à courir jusqu'au bout du malet a sonner la cloche, celle qui guide les barques dans le brouillard et leur indique le chenal jusqu'au port. Qu'allait devenir Anthi~e, abandonné ainsi de tous? N'allait-il pas se Jeter à la côte, briser son sloop sur les rochers à Ueur d'eau couler sans secours dans la brume étouffa~tle comme un linceul? Dans l'espoir d'avertir les gens du villa~e, le .père Philippe appela: - Jean! Jean! Sa voix se perdi,t dant la buée épa!sse qui l'entourait. L'aveugle eut un grand en de dé· sespoir. Mais vite il se reprit. 1.1 n'allait pas laisser son fils unique, son • p'ttt gars », lut· ter tout seul et, qui sait? mourir peut-être e~ mer. Tout le monde semblait oublier Antht· me, mais lui, l'ancien patron, le père, il ne l'abandonnerait pas. Il irait, lui, sonner la cloche. Ses yeux morts ne pourraient lui ~on1rer le chemin. Mais, en cet instant d'ang~tsse et de volonté surhumaine, son cœur voyatt la route· distinctement il se souvenait de chaque pierre, de ch~que tournant, de chaq?e maison, de chaque borne du môle.... Et 1aveugle partit

Il partit, la tête haute, marchant hardiment. Le brouillard, épais et gluant dans lequel il s'avançait, ne retardait pas sa course, puisqu'il ne le voyait pas. Une force intéri~ure le poussait. Si quelqu'un s'était trouvé sur son passage, celui-là aurait cru, à son allure franche et rapide, que le père Philippe avait recouvré l'usa~ de ses regards .perçants d'autrefois. II longea la falaise, il traversa le village, il des· cendit jusqu'au port et, sans dévier un instant de sa route, par un miracle de l'amour tenace et victorieux, l'aveugle parvint jusqu'à l'extrémité du môle. Le long de l'étroite tour de fer, une corde pendait. Le ,père Philippe s'en saisit et lenle· ment, à coups espacés, fit tinter la cloche.

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Depuis combien de temps ce tintement lu· gubre et régulier sonnait-il dans le broui~ Jard? L'aveugle ne s'en rendait pas compte. Il s'arrêtait parfois, prêtant l'oreille aux bruits du _large, puis reprenait avec plus d'ardeur son appel. Enfin, le glissement doux des avirons dans l'eau se fit entendre. C'était à la fois très loin et très près, au delà d'un mur que le père Philippe ne pouvait voir - la brume. - II cria longuement: -Ohé! - Ohé! répondit une voix ouatée, indistincte. - Qui va là? « Sans-Souci! • - Souque à tribord! A cause du calme plat, le sloop avançait lentement, à la rame. Mais, qu'importait? An· thime était sauvé et quand le jeune homme, ruisselant d'eau sous son suroît, étreignit les mains de son père, il ne put s'empêcher de dire: - Toi ici? Qui donc t'a conduit? M'ais l'aveugle répondit simplement: - Personne! Pour venir vers toi, mon p'tit gars, je voyais. R. REGIS-LAMOTTE.

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L'Amitié L'amitié, c'est le désir continuel, ou à peu près continuel, de vivre dans la pensée d'un autre, et le désir qu'un autre vive continuel· lement dans notre pensée. C'est cela au fond. Toutes les manifestations pourront être di· verses, pourront être d'une infinie variété,

mais cela est le .fond : aimer quelqu'un, c'est penser à lui, d'abord, c'est aussi désirer qu'il pense à vous. Il y a là comme une synthèse voulue de pensées réciproques, une synthèse vouJiue de considérations et de connexions réciproques. Voilà le fond même de l'amitié. En conséquence, les conditions de l'amitié se· ront, ce me semble, celles-ci, il y a bien long· temps que quelques écrivains anciens l'ont Jndiqué: il sera nécessaire, pour être ami, d'avoir les mêmes volontés, les mêmes désirs généraux, et, par conséquent, 'les mêmes sentiments généraux sur lia marche des cho· ses, sur la société, sur 'les destinées de l'hu· manité, etc. C'est Salluste qui , très joliment, a posé l'axiome qui est celui-ci, • Vouloir les mêmes choses, repousser les mêmes choses; voilà l'amitié. • Ce n'est pas l'amitié, c'en est une condition, c'en est, si vous voulez, une par· tie et une partie assez importante. Il faut, en amitié, avoir des goûts à peu près semblables sur la marche générale des choses; enfin, des sentiments qui concordent par eux-mêmes et sans que vous fassiez effort à les faire concorder. Et pws, comme en toute chose mora· le, vous le savez bien, ceci n'est pas tout à fait vrai et le contraire est un peu vrai aussi. Il ne faut pas que nos sentiments, dans l'amitié, soient exactement les mêmes, parce que ... Il y a ·un très joli mot là-dessus, je ne sais pas qui l'a dit le Jtremier, mais je l'ai entendu souvent répéter. Il y avait deux amis qui étaient toujours d'accord; iT arriva un moment où l'un dit à l'autre: - Contredis-moi donc quelquefois pour que nous soyons deux! Et, en effet, c'est précisément ce qui se passe. On est, on veut être un, et, si l'on n'é· tait absolument qu'un, on s'ennuierait de sa propre compagnie, de cette compagnie uni· que et l'on demanderait un troisième, qui serait le second. Emile FAGUET.

••• Ne dites jamais ... Ne dites jamais: • Nous sommes mino· rité. » Souvenez-vous du mot de Jésus dans l'Evangile: « Quand vous serez deux ou trois réunis en mon nom, je serai au milieu de vous...... Si vous êtes deux ou trois souvenezV•Jus du divin Maître; ne vous comptez pas, mais hardiment, commencez. On n'imagine pas tout ce que peut pour .le bien ou pour le


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petit succès; ne dédaignez pas la politique a_u mal la plus peiite poi~ée d'hommes, _à la conjour le jour, mais ne lui subo;donnez Jamats dition qu'ils aient l'umon, la perséverance, le la politique chrétienne. Travatllez, non pour courage. En une vingtaine d'années, j'ai vu un jour mais vour une époque, regardez haut un canton absolument bon devenir absolument et loin,' et que votre devise soit : • Pour l'a· mauvais par la seule iniluence de trois homvenir! • p. DE LA GORCE. mes. A l'inverse, j'ai vu un autre canto_n pres_____..._. ---que subitement retourné de mal en bten par 1action, non pas de trois hommes, non pas de deux hommes, mais d'un seu~ qui malheureusement est mort trop tôt, mais qui savait vouloir et qui surtout savait oser. Le nombre de ceux qui disent des mensonNe d ites jamais: « Il n'y a rien à faire. » ges, petits et grands, pour se tirer d'embar· Cela, c'est le langage des égoïstes ou tout a~ ras augmente toujours. Non seulement dans moins des faibles· c'est le langage de ceux qUL ne trouvent jam~is l'heure propice et qui, .Jes 'cas d'extrême détresse, mais dans les moindres occasions, on dit le mensonge) quand il quand bien même le [ruit tomberait de l'arévite un ennui ou une explication fâcheuse. bre trouveraient encore qu'il n'est pas mflr. En principe, on se déclare bien pour la véNe dites jamais: • Nous serons vaincus.» r ité, quand, du moins, elle n'entraïne pas de D'abord, qu'en savez-vous? Les ch~l!-ces ~e la conséquence pénible. On est surtout pour la fortune sont aussi nombreuses qu trnprevues vérité quand on se pique de dire son fait _à à qui sait supporter le fa~dea~ passager des celui-ci ou celui-là. Quand il s'agit de conflits mauvais jours. Entre la f01 qm tr_a nsporte les où elle entraînerait des difficultés, ou seule· montagnes et la charité qui subststera quand ment des désagréments, le mensonge ~emble tout le reste aura péri, il y a l'espérance, matout indiqué. Notre génération ne crmt plus gnifiquement encadrée entre ses deux sœurs dans la vérité qui sauve et qui guérit. divines mais si bien encadrée qu'elle est un Cette conception malpropre de. nos de· peu débordée et q_u'?n est p_arlois ~enté d'ou· blier qu'elle est dtvme ausst. Pratiquez cette voirs tient à l'état général des espnts. Quan!! l'homme perd de vue ses destinées immortelbelle vertu d 'espérance; qu'elle soit pour vo~s non comme un parfum léger qui s'év_apore des les, quand Je salut de l'âme est devenu . une notion vide de sens les avantages tangibles qu'on découvre le vase qui le contte.nt, mats prennent du pouvoir' sur l'âme et font paraître comme un viatique généreux qui sout1ent pendant tout Je cours d'une longue vie. Que cette ridicule une droiture entière. Du point de vue de l'utilité pratique, la véc'<péral1ce soit la force de la jeunesse comme racité absolue est une sottise, elle offense le elle est le baume des vieillards. bon sens contrarie les tendances humanitaiPuis dussiez-vous être vaincus, dites-vous res s'opPose aux aspirations vers la vie fa· bien qu'e Je grand mal rés ide non dans la décil~ et commode qui dominent tout. Elle semfaite mais dans la lâcheté qui refuse le comble une sorte d~ sombre ascétisme qui convebat. 'J'ai un peu étudié J'histoire, et j'ai toUr nait au moyen âge, à une atmosph~re toute jours vu les plus beaux regards de la sympapuritaine, mais dont on n'a. que fatre d~ns thie humaine, .les plus purs rayons. de l'honl'ère des wagons-lits, des chatses rembourrees neur se poser aussi bien sur les vamcus que et des manteaux imperméables. sur les victorieux. Etre vaincu, c'est tout perL'amour de la v&acité a son origine dans dre pour qui n'a que l'habileté, parce que l'instinct le plus profond. L'essence du cara~­ l'h;bileté force courte et secondaire, est tenue tère réside dans l'unité de l'homme avec lUI· de réussir. Mais quand on comba.t pour Dieu, même, dans la fermeté des rprincipes qui pépour son Eglise. pour ~on pays, on ~ut connètrent toutes ses manifestations extérieures. naître la disgrâce, jamats la ~o!lte. Atmez a~­ Quand nos paroles, nos airs, nos _g~stes, se"z votre cause pour que la JOie de la servtr ne sont pas en harmonie avec no~ convtchons, soit, s"il le faut, pour vous, une suffisante réquand nous disons des ~ot~ qm sont en opcompense.... position avec notre être tnhme et notre con· Ne mentez jamais et faites un. fer~e pronaissance intérieure cette unité est déjà en pos, celui de garder. to~t~ _votre v1e, dut cette déchéance... et entr~înera d'autres déchéanvie être longue, la v1rgmlfe de votre honneur. ces. De là cette parole profonde dans Hamlet: Surtout voyez les choses largement, par • Sois vr ai envers toi-même et il suivra, cornxnasse; 'ne sacrifiez jamais vos principes à un

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Véracité

me la nuit suit le jour, que tu ne pourras être faux envers les autres. , Ceci nous rappelle pourquoi le mensonge entraîne un trouble si profond dans la vie de notre âme: celui qui ment, cherchera bientôt à se mentir à soi-même ,pour pouvoir mieux men1ir aux autres; sans s'en rendre compte, il s'éloigne de sa conscience. Cela divise son être et interrompt la communication intime qu'il doit y avoir entre ses manifestations extérieures et Je fond même de son caractère. La vérité bien connue, que mentir mène très vite à la tromperie, à la filouterie habituelle, montre clairement combien dissolvante est l'action du mensonge sur notre vie intérieure. Que la vérité soit intimement liée au caractère, cela se comprend d'autant mieux que, le plus souvent, le mensonge vient du respect humain et nous interdit à être faibles et lâches. tandis que prendre la pleine responsabilité de ses paroles et de ses actes. être fermement résolu à 1\t vaillance contre tous les ennuis, c'est la meilleure école pour dévelop· per la personnalité. Le Dante symbolise cette vérité dans son Enfer. Il reconnaît tous les réprouvés. mais pas les menteurs, ceux-ci n'ont point de tête; la duplicité a tué leur vie personnelle. ils oc sont plus rien - à moins qu'ils ne soient des reflets d'occasion, des adaptations aux circonstances, de lâches fuyards devant toutes les réalités. La véracité est donc un excellent exercice pour la volonté. et la préparation indispensable pour dégaR"er la personnalité. Mener dans ce but Je combat con.t re les petits mensonges de Ja vie de tous les jours, c'est propremènt l'école du caractère. Dans ce qui précède, nous avons examiné ce qu'était la véracité par rawort à notre vie personnelle. Plaçons-nous maintenant au point de vue de la responsabilité que nous avons envers les autres. C'est une vérité bien banale que toute communauté humaine a son fondement dans la véracité et que, au contraire, le mensonsie, en abolissant la ~oMfiance réciproque, d·issout toutes les rela!tons. Il faut pousser cette vérité jusqu'à ses dernières conséquences pour en comprendre toute la portée. Il faut bien se dire que la confiance ne saurait exister qu'en tant qu'il y a véracité absolue! Si je .sais que tel se réserve des exceptions, comment savoir. quand il me parlera, si, par intérêt ou par ménagement, il ne juge pas à propos. de me

mentir? Une exception ouvre la voie à d'autres. C'est le principe qu'il faut. Pour cette même raison, les mensonges aux lits des malades sont tout à fait faux, même au point de vue de J'hygiène. Si le malade sait que les soins à lui donner impliquent Je droit de le tromper, son agitation sera sans fin. Dans ces temps, où il est tout entier à la merci des autres, il a un droit plus grand encore à la vérité. Est-ce bon pour llui que, au lieu de se reposer dans un confiant abandon, il ait l'impression que, dÛ moment où il s'est mis au lit, la parole ne servira plus à son entourage qu'à dissimuler la réalité? .... Peut-on pe111ser que, priver ainsi le malade de toute sécurité intérieure, soit hygiénique? sa. rement, personne n'est obligé de dire à tout bout de champ et sans être interrogé, tout ce qu'il sait et tout ce qu'il pense. Et très certainement, la véracité bien comprise fait un devoir au médecin de ne pas accabler le malade inconsidérément de perspectives sombres. Que de condamnations de médecins, dans la suite, se sont révélées des erreurs! Le médecin ne doit pas penser tout haut au lit du malade; mais si o n s'adresse à lui avec confiance, il ne doit pas tromper. Si on admet le mensonge dans ce cas, H faut l'admettre toujours quand la perception de la réalité cause l'angoisse et la douleur. On pourrait alors mentir aussi pour empêcher les gens de devenir malades, se mentir à sot· même dans l'intérêt de ses neris!... Cette mollesse vis-à-vis des réalités de la vie est encore un signe des temps. Les âmes ont perdu toute surélévation et, dès lors, elles ne viennent plus à bout des côtés sombres de la vie. elles se défient de trouver l'une chez l'autr~ la force morale pour surmonter les difficultés, pour regarder en face l'irrémédiable, et elles cherchent à se di ssimuler la vérité. Il est faux d'autant plus de tromper un mourant sur la gravité de son état et de l'empêcher ainsi de dire des paroles de vie a ceux qui restent et de Leur adresser un suprême adien. • Ce qui est passé ne revient plus ; mais ce qui disparaît dans la clarté renvoie longtemps encore des rayons lumi· neux. » Une -attitude digne et courageuse en face de la mort est un_ héritage miraculeux pour ceux qui r estent, une protection contre les maux qui les attendent encore. Il est in· digne de frustrer un mourant de l'occasion de faire aux siens ce legs précieux, d'autant plus que la connaissance du danger réveille dans les natures même faibles tout ce qu'il y


ssm•

année

10 Décembre 1914

80 d'héroïsme, et par là même, apporte des élénents de guérison dans le grand combat entre a vie et la mort.. .. Tous les conflits ne se résolvent pas en 1armonie sur cette terre, loin de là·! Les cho;es accessoires doivent souvent être sacrifiées L la chose principale, et dire toujours t'en;ière vérité entraîne un certain martyre toul :omme l'amour tqui ne se recherche pas, l'honlêteté incorruptibre et la pratique de toutes les autres vertus. D'aiheurs, est-ce que le mensonge dénouerait les con!Jits humains? N'exige-t-il pas ses sacrifices? N'immole-t-il pas le principal à l'accessoire, le caractère à l'avantage du moment. la vaillance à L:amour de l'aise. la fidélité à la pression des ctrconslances? Et combien sont néfastes de tels sacrifices pour notre âme! La vérité absolue est urt symbole pour tout ce qui est grand et fort; elle comporte. donc aussi la croix, sans laquelle il: n'y a pomt de progrès moral! D'après F.-W. FŒRSTER. l

Variétés LES MISERES DE LA GRANDE VILLE Parmi les petits métiers, il en est de lamentables qui constituent le triste record de la misère et de ,)a pauvreté. En voici un, il est peut-être le plus navrant. Il s'exerce le soir, à l'heure où les asiles de nuit vont s'ouvrir. Ils sont là quelques douzaines de pauvres diables attendant dans la rue, et plus gais, semble-t-il, à l'idée d'une nuit de répit dans leur vie de détresse. Mais l'asile ne pourra jamais contenir tous ces malheureux.... Les derniers venus vont encore être réduits à passer la nuit à la belle étoile. Non car dans les premiers rangs de cette cohort~ de deshérités, quelques voix s'élèvent qui crient: • Une place à vendre, qui veut ma place?. Un peu de mouvement, quelques marchandages, et pour deux,. trois, quatre ~us, parfois six lorsque Je Ciel menaçant latsse prévoir des ondées nocturnes, un des retardataires, dont la journée fut bonne (?), achète à un plus pauvre que lui le droit de coucher dans un lit. Et l'autre s'en va, ses décimes en main, chercher un abri moins confortabLe sous tes ponts ou sous un banc.... 000000

LA TELEPHONIE SANS FIL On a expérimenté la semaine dernière, entre Paris et Voves - 105 kilomètres- et entre Paris et Mettray - 200 kilomètres - des appareils de téléphonie sans fil dus aux recherches du capitaine de frégate Colin et du lieutenant de vajsseau Jeance. Ces expériences ont, paraît-il, merveilleusement réussi. La voix humaine a été entendue très distinctement, sans la moindre • !riture », et dans son timbre naturel. L'invention du capitaine Colin repose sur le principe de la télégraphie sans fil. Un éclateur crée autour de !"appareil transmet· leur des osci11ations continues d'intensité variable et des microphones [ont varier l'inten· sité d~ l'osdllation de manière à enregistre.r et à permettre de percevoir la J?llrole humat· ne. Les oscillations sont transmtses ~~ reçue.s au moyen d'antennes. Les arcs de 1apparetl transmetteur brûlent en vase clos dans un g~z qui permet, par sa composition, .de nournr les él'ectrodes de charbon; il s'agtt, sans aucun doute d'un hydrocarbure. Ajouto~s que, conu_ne pour la télégraphie sans hl, deux 31pparetls, l'un transmetteur. J'autre récepteur, ne peuvent ~e mettre. en communication que s'ils eJT\plment la meme longueur d'onde, si bien qu'en employant des longueurs d'onde différant entre elles de très peu de chose, des postes très no_!llhreux peuvent causer ensemble sans se gener aucune· Iles ,d ~ 1'.1nment. Telles sont les données ·essenhe vention du capitaine Colin. Des expenences vont se poursuine sans relâche entre les postes de Paris, de Voves et de ~ettray. 00000

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Les enfants terribles: . , . L'invité. _ Quel dîner exqUts... J at rarement aussi bien mangé .... Le fils de Ja maison (dix ans). - Et nous aussi.

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• Chez le chapelier. - Je vous demande un chapeau huit reilets et je n'en vois que sept? . . _ Que Monsieur me latsse son adresse, 1e lui enverrai le huitième. 000000

vtmatve CO)~{ fJ1~l~J~ DE LA

Société valai~af)Qe d ·édu~aticn

Publicatlon du MUSBB PEDAGOGIQUE L'Ecol3 primaire donne de 10 à 12 livraisons de 8-16 pll.ges chacune, non compris la couverture, et autant de snppléments de 8-16 pages pendant I'aunée ordinaire (soit du 1er Janvier au 31 Décembre).

Sni88e fr. 2.50

Par an: Union po8ta1e fr. 3 Les abonnements se règlent par chèque postal II 56 ou à ce défaut contre remboursement. Annonces : 20 cent. la ligne sur toute la largeur

Tout ce qui concerne la publication doit être adressé directement à son Hérant, M. P. PIGNA T, Secrétaire au Département de l'Instruction publique. à Sion.

t Le suffrage universel e~! un esclave qui choisit ses maîtres et congédie généralement ceux qui font la meilleure !Y.!sogne.

j: Dieu ne fait rien que pour l'éternité.

f.p r~lrnl rnPnt~l tlnit F>trP 1~ h~o;:p tin r~lrnl Prrit. il Pn po;:t IP rnmn~dnnn


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