Ressourcer l'étang de Berre - Quels paysages à l'horizon 2050 ?

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Ressourcer

l’étang de Berre Quels paysages à l’horizon 2050 ?

Un workshop organisé par l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Marseille, l’École Nationale Supérieure du Paysage et l’Institut d’Urbanisme et d’Aménagement Régional d’Aix-Marseille Université, dans le cadre de la recherche Le grand paysage comme ressource(s) soutenue par la Plateforme d’Observation des Projets et Stratégies Urbaines POPSU et AixMarseille-Provence Métropole. Le workshop est accueilli à l’ENSA Marseille du 28 juin au 9 juillet 2021.

La restauration écologique de l’étang de Berre fait l’objet d’attention au niveau national et régional, comme pour AixMarseille-Provence Métropole. Elle appelle l’invention d’une trajectoire métropolitaine qui met les ressources des lieux, les qualités des paysages et la richesse des milieux au centre des choix de développement et d’adaptation au changement climatique. La haute valeur culturelle et écologique du territoire de l’étang de Berre en est un terrain laboratoire unique qui concentre des mutations urbaines, économiques et sociales majeures. Son devenir à l’horizon 2050 questionne la reconversion des héritages de décennies de développements urbains, routiers, portuaires et industriels qui impactent le cadre de vie et la santé des métropolitains, comme ils fragilisent le patrimoine paysager et écologique de zones humides. À l’heure du changement climatique, l’équilibre de cet écosystème anthropisé appelle de nouvelles conditions d’habitabilité où la régénération écologique contribue à la gestion des risques, la reconversion industrielle génère des sols productifs, le classement UNESCO fédère des proximités... Le paysage y est un levier clé pour un modèle de développement plus résilient, composant avec la richesse des écosystèmes, la fertilité des sols agricoles, l’attractivité des cadres de vie et de production. Les lieux métropolitains à haute valeur paysagère de demain seront des lieux à forts enjeux territoriaux et écologiques. Depuis les communes de Berre-l’Étang, Rognac, Vitrolles et Marignane, le workshop Ressourcer l’étang de Berre propose de dessiner par le paysage une transition attentive au vivant.


1. Paysages ressources de demain : sols, agriculture et industrie. Les paysages de l’étang de Berre juxtaposent industries lourdes, infrastructures et lotissements résidentiels ou d’activités sur d’anciens sols agricoles ou des zones humides. Le sol y a été une simple surface à occuper, une ressource facile à mobiliser et génératrice de plus-value, y compris pour des relocalisations en agriculture sous serre et hors sol de la plaine de l’Arc. Aujourd’hui, la décarbonation des systèmes de production et des mobilités, la reconversion des industries pétrochimiques et la diversification de l’agriculture en circuit court posent les bases d’un renouvellement territorial inédit. À partir de la commune de Berre l’étang, il s’agira d’amorcer une nouvelle trajectoire où les sols sont une ressource majeure, pour leur valeur nourricière, pour induire de nouvelles proximités entre habitat, production et milieux naturels, comme pour leur capacité à garantir une meilleure habitabilité en contribuant aux dynamiques du vivant (cycle de l’eau, absorption

2. Résilience des milieux anthropiques et naturels : biodiversité et aménités de la ville littorale. La restauration de l’étang de Berre vise à réduire les apports du bassin versant, à améliorer les entrées d’eau marine et à accompagner la dynamique des habitats naturels. Au-delà, la richesse des milieux naturels, la diversité des habitats de zones humides et des reliefs calcaires, ainsi que la force des paysages constituent des potentiels de résilience. Son sens écologique, de capacité du vivant à s’adapter, s’applique ici à un socio-écosystème complexe et à des usages économiques, résidentiels ou de loisirs. Il s’agira de penser cette ville littorale, comme un espace de cohabitation de tous les vivants, dont les leviers d’adaptation (écologiques, économiques, politiques et sociaux) engagent la complémentarité des logiques naturelles et anthropiques. La littoralisation de Rognac et de Vitrolles se questionne autour d’un sentier littoral et dans la relation aux chemins de l’eau depuis le plateau de l’Arbois, dans un esprit de réversibilité ou de ré- ensauvagement des sols urbanisés. Vivre près de l’étang et profiter de ses espaces de nature sollicitent des qualités d’habiter et de confort, comme des fonctionnalités naturelles, une mobilité durable... Biodiversité et aménités contribuent à dessiner le paysage littoral.


4. Attractivité de l’étang de Berre 3. Habiter les au cœur des paysages du espaces naturels et risque : milieux secs grands paysages et humides face métropolitains. au changement Si l’étang de Berre vu comme un site industriel et pollué a mauvaise réputation, c’est oublier la climatique. richesse culturelle de son histoire, la richesse Entre Méditerranée et massifs secs de pinèdes et garrigues, l’étang de Berre est une mer intérieure alimentée en eau douce par la Touloubre, la Durançole, l’Arc, la Cadière et la Durance via le canal EDF. C’est aussi un territoire de 235 000 habitants avec de nombreux sites industriels classés Seveso. Le changement climatique, déjà sensible en milieu méditerranéen, y accentue la fréquence et l’intensité des incendies et des inondations, comme l’ampleur des submersions. La focale du risque invite à repenser les équilibres entre littoral et arrière-pays, entre milieux secs et humides, entre paysages naturels et anthropisés. Il s’agira de tirer partie des dynamiques du vivant et des processus en jeu dans la transition climatique pour engager des stratégies d’adaptation ou de gestion où l’agriculture modère les incendies, où la bonne fonctionnalité des milieux humides protège, où les choix de développement régulent les pollutions... Cette adaptation génère de nouvelles relations entre usages des espaces et entre territoires. Ici, les milieux humides sont indispensables à l’habitabilité du territoire, en complémentarité des massifs secs qui sont aujourd’hui les seuls espaces naturels à être reconnus. Le paysage est un levier de transformation des conditions d’habitabilité en climat méditerranéen.

écologique de ses milieux humides et la qualité de cadre de vie que la volonté de classement à l’UNESCO souligne. L’étang de Berre est un territoire habité et défendu par ses habitants pour sa valeur sociale, culturelle et écologique. Il s’inscrit dans une longue trajectoire de développements multiples dont témoignent les paysages de pinèdes, garrigues et rives lagunaires ou plages, de domaines viticoles et cultures sous serres, de villages perchés et villes nouvelles, de zones commerciales et raffineries. Alors qu’une nouvelle trajectoire s’amorce avec la restauration écologique de l’étang et la mutation des industries, il s’agira d’interroger les représentations de l’étang de Berre, sa place en tant qu’espace espace naturel majeur métropolitain et son attractivité. C’est une question d’image, d’accessibilité et de valorisation de ses imaginaires. Malgré sa dimension exceptionnelle, le paysage de l’étang de Berre n’est pas emblématique, contrairement à la Sainte-Victoire ou aux Calanques dont la surfréquentation a induit une campagne de démarketing. Aussi, à un moment où l’accès aux espaces naturels est une question de santé publique, l’attractivité de l’étang de Berre invite à penser un ménagement du territoire équilibré autour des espaces naturels métropolitains. 3


Le tour de l’étang de Berre Renseignements pratiques. L’excursion autour de l’Étang de Berre est la plus intéressante que l’on puisse faire aux environs immédiats de Marseille, tant du point de vue historique et pittoresque que pour l’étude de la géologie et de la région des étangs. Afin de la faire avec fruit, on devra employer deux jours pour cette excursion, ou mieux, faire deux excursions séparées. Visiter en une journée la partie nord : Saint-Chamas, Miramas et Istres ; voir ensuite, en une autre journée, la partie sud : Martigues, Port-de-Bouc et Fos. – Il est toutefois possible de faire le tour de l’étang en une seule journée, mais seulement les dimanches et jours de fête, et pendant le service d’été des chemins de fer (de juin à novembre), où il existe à Martigues un train à 9 h du soir qui permet de rentrer à Marseille vers 11 h. Partie nord de l’étang. Prendre à Marseille le premier train du matin avec un billet d’aller et retour pour Saint-Chamas. Visiter Saint-Chamas de 8 à 10 h, et aller à Istres à pied (9 km). Deux heures de marche, dont une heure sous une allée de pins. À Saint-Chamas on trouvera presque toujours un batelier disposé à vous conduire à Istres ; dans ce cas, un excursionniste devra se détacher dès l’arrivée du train pour faire préparer le bateau. Prix : 50 c. à 1 fr. par personne, selon le nombre de passagers. Istres ; repas à l’hôtel de France. Visiter la ville de 2 à 3 h. Départ à 3 h si l’on vient à pied à Miramas (2 h ½ de marche), ou à 4 h environ avec le train venant de Port-de-Bouc qui correspond à Miramas avec le train arrivant à Marseille vers 7 h du soir. – Il y a aussi un service d’omnibus. Prendre billet simple de Miramas à Saint-Chamas. Dépense : environ 7 francs, y compris le repas ; 4 francs avec port de vivres. Partie sud de l’étang. Prendre à Marseille le premier train du matin, avec un billet d’aller et retour pour Martigues, qui se délivre au guichet n° 2. Pendant le service d’hiver des chemins de fer, on ne pourra que voir Martigues dans la matinée ; y déjeuner à l’hôtel du Cours, et aller l’après-midi, en omnibus, faire une visite à Port-de-Bouc. Pendant le service d’été, au contraire, on prendra à la gare de Martigues l’omnibus d’Istres jusqu’à Saint-Mitre. Après une courte visite de cette localité, on ira à Fos par la route qui passe par Saint-Blaise et le nord de l’étang de Lavalduc ; 2 h ½ de marche, y compris un petit arrêt pour visiter la chapelle Saint-Blaise. Repas à Fos, hôtel du Commerce. Départ de Fos vers 2 h pour Martigues, trajet en 3 heures environ, y compris une demi-heure d’arrêt à Port-de-Bouc. Facilité pour venir en omnibus à la gare de Fos, (moitié chemin de Port-de-Bouc) et de Port-de-Bouc à Martigues, par la correspondance du chemin de fer. Si l’on fait le trajet à pied, on reviendra de préférence par le chemin de halage qui longe le canal de navigation. 4


On visitera donc Martigues de 5 à 7 h, et après un bon dîner à l’hôtel du Cours, on en partira à 9 h, pour arriver à Marseille à 11 h du soir. Dépense : service d’hiver, 6 francs ; service d’été, 9 à 10 francs. Le Tour de l’étang en une journée. Dimanches et fêtes seulement et pendant le service d’été des chemins de fer. Prendre le premier train avec un billet d’aller et retour pour Pas-des-Lanciers, et, au chef de train à Pas-des-Lanciers, un billet simple pour Saint-Chamas. Visiter cette ville de 8 à 10 h ; aller ensuite à pied ou en bateau à Istres (repas). D’Istres à Martigues par Rassuën, Saint-Blaise et Saint-Mitre, on peut compter 4 heures avec les arrêts nécessaires ; on pourrait aussi négliger Saint-Mitre et venir de Saint-Blaise à Portde-Bouc par les ruines de Castelveyre, le Plan d’Aren et la gare de Fos (recommandé), prendre l’omnibus de Port-de-Bouc à Martigues. Facilité de prendre à Istres la voiture publique qui part de la place de la Mairie à 2 h et demie, pour arriver à Martigues à 4 h. Visite et départ de Martigues comme il a été dit plus haut. Enfin, prendre billet simple de Martigues à Pas-des-Lanciers. Dépense : 10 à 11 francs. Les personnes qui feront cette excursion en 2 jours coucheront le premier jour à Istres. Renseignements pour bicyclistes. Les bicyclistes qui voudront faire cette intéressante excursion n’auront qu’à prendre un billet d’aller et retour pour Pas-des-Lanciers, se rendre de là à Istres par Rognac, Saint-Chamas et Miramas-Gare. Repas à Istres. L’après-midi, retour à Pas-des-Lanciers par Rassuën, Fos, Martigues, Chateauneuf, Marignane et Saint-Victoret. Parcours : 90 kilomètres environ. Terrain à peu près plat.

Paul Ruat Le tour de l’étang de Berre, in Excursions en Provence, publiés à la fin du 19e siècle. Avec l’aimable autorisation de Tacussel.

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La petite mer des oubliés, Franck Pourcel


Excursions “Dans votre programme d’excursion, Messieurs les membres du Congrès, vous allez visiter Port-de-Bouc et Martigues (je crois que vous devez vous y rendre demain et je fais des vœux pour que le mistral soit clément), vous pourrez donc vous rendre compte de visu du tracé du canal de jonction du Rhône à Marseille et de son urgente utilité ; mais vous serez en même temps frappés du parti que l’on pourrait tirer de l’étang de Berre, non seulement pour construire sur ses bords des établissements manufacturiers, des chantiers de constructions navales, mais encore comme refuge pour nos arsenaux maritimes et pour toute notre flotte commerciale, si la fatalité voulait que nous fussions obligés d’en arriver à une guerre maritime. Tout dernièrement, Messieurs, je visitais ces parages avec un Anglais qui occupe une haute situation dans son pays et il ne pouvait absolument pas comprendre que nous n’eussions point encore tiré parti de ce superbe lac intérieur que la nature a mis à nos portes. Laissez-moi espérer, messieurs, que vous nous aiderez dans l’accomplissement d’un objet dont nous attendons depuis si longtemps la réalisation et que vous dites comme M. de Freycinet, le 21 juin 1878 : un canal de jonction du Rhône à Marseille me paraît d’une importance considérable pour notre commerce, je ne puis me faire à l’idée que la capitale des Bouchesdu-Rhône reste séparée du fleuve. Il est profondément regrettable que cette vérité, reconnue depuis si longtemps, proclamée par les voix les plus autorisées, n’ait pas encore reçu de sanction. Dans peu de jours, plusieurs membres du gouvernement nous feront le grand honneur de visiter Marseille pour poser’ la première pierre de nos travaux d’assainissement ; nous ne manquerons pas de les entretenir du canal du Rhône et nous leur demanderons leur appui comme nous vous demandons le vôtre.” La seconde excursion nous fait passer une journée entière sur les bords de l’étang de Berre et dans la ville d’Aix, ancienne capitale de la Provence. Nous partons de Marseille sur les six heures du matin, mais cette fois par la mer, sur deux bateaux du service local dont le faible tirant d’eau nous permettra de franchir le chenal, relativement peu profond qui réunit l’étang de Berre à la mer. La Société des pilotes lamaneurs a bien voulu mettre à notre disposition un troisième bateau. Malheureusement, le mistral avait soufflé toute la nuit ; nos bateaux sont fortement secoués, et l’un d’eux, balayé d’un bout à l’autre par les vagues. C’est vous dire qu’un très grand nombre d’entre nous firent connaissance avec les sensations du mal de mer pendant cette traversée de quatre heures, et, chose curieuse, des médecins de marine qui avaient navigué dix ans autour du monde furent au nombre des premiers atteints. Cela montre bien la bizarrerie de ce mal étrange qui frappe ou épargne à son gré sans qu’on puisse découvrir les règles de son action. Nous arrivons enfin à Port-de-Bouc sans que tout le monde ait pu apprécier, comme elles le méritent, les beautés de la côte que nous avons rongée. On débarque prestement, mais quel curieux tableau ! Les uns, la mine hâve, pâles et défaits comme des morts ; les autres, trempés comme au sortir d’un bain. Bien peu se trouvent solides et d’aplomb. 8


Heureusement, à peine à terre, nous tombons sur la providence des naufragés et des malheureuses victimes du mal de mer, en la personne de M. Léon Vidal, un des nôtres, professeur à l’École des Arts décoratifs, et qui nous offre, dans sa villa, un lunch somptueux et des plus réconfortants. Mme Vidal vient au secours des inondés en leur offrant généreusement des vêtements de rechange. C’est l’hospitalité antique sous la forme la plus gracieuse, la plus aimable ; nous ne pouvons que remercier vivement M. Vidal de sa cordiale réception. Port-de-Bouc est un petit-port situé à l’entrée du canal creusé à travers le petit étang de la route pour mettre l’étang de Berre en communication avec la mer. On y trouve une fabrique de charbons agglomérés ; une sècherie de morues, des marais salants importants et des bordigues: appareils de pêche dans les nombreux étangs de la région. Les salines de Port-de-Bouc produisent annuellement : 10 000 tonnes de sel, dont la majeure partie est expédiée, soit au Brésil, pour les salaisons des viandes et peaux, soit à Terre-Neuve, pour la salaison des morues. Port-de-Bouc est le point d’embarquement de 30 000 autres tonnes de sel venant des salines environnantes de Berre, Bolmont, Citis, etc. La qualité des sels de cette région est convenable pour les salaisons à cause de la quantité assez considérable de sel magnésien qu’ils contiennent. Ils sont ainsi plus déliquescents et se fondent plus aisément sans brûler le poisson. Pourtant on fait des sels moins solubles, soit plus purs, en employant des eaux arrivées à leur point de saturation sans être mélangées à des eaux mères. Nous nous rembarquons quelques instants pour aller aux Martigues où nous attend notre déjeuner. Les Martigues forment une commune beaucoup plus importante que Port-de-Bouc. C’est un chef-lieu de canton qui atteignait il n’y a pas longtemps encore près de 7000 habitants et qui ne vit plus aujourd’hui que de la pêche. La population présente d’ailleurs un mélange de types fort divers, de sorte qu’on ne peut pas du tout la prendre pour un bon spécimen de la race provençale ; c’est cependant sur son dos que les Marseillais tiennent à mettre les légendes de la mégalomanie qu’on aime autre part à leur attribuer à eux-mêmes. Lorsqu’on raconte, par exemple, à Marseille, l’amusante plaisanterie de la baleine qui obstruait l’entrée du port, c’est dans la bouche d’un habitant de Martigues qu’on a soin de la placer. Nous n’avions pas le temps de faire en bateau le tour de l’étang de Berre, mais nous avons pu admirer les merveilles de ce port naturel, unique dans la Méditerranée, et qu’une dépense insignifiante de dragage dans le canal d’entrée rendrait accessible aux plus grands navires.

Association Française pour l’Avancement des Sciences Conférences de Paris, 21 septembre 1891, Compte Rendu de la 2ème session, p. 451.

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Pamparigouste “ Pays imaginaire ; pays inconnu dont on parle aux enfants“

Mistral Dictionnaire provençal Il y avait une fois, dans une île située au large de la Camargue, un petit royaume nommé Pamparigouste, aujourd’hui disparu. Là, régnait une dynastie de rois plus anciens que les pharaons. Ils vivaient dans ‘un luxe inouï et une paix perpétuelle. Le peuple y était heureux, beau de corps et sain d’esprit, adonné aux arts et soucieux seulement d’assurer à ses enfants l’héritage de ce paradis insulaire. En réalité, les habitants de Pamparigouste n’avaient que très peu de contacts avec les populations du littoral, et l’on ne connaissait d’eux que des légendes ou des récits, fabuleux. Il était même quasiment impossible de les rencontrer, encore moins de visiter leur domaine. Les marins de toute la Méditerranée, qui venaient de temps en temps chercher refuge auprès de cette terre d’élection, avaient remarqué qu’au plus fort des tempêtes la baie de Pamparigouste jouissait toujours d’un calme parfait. Malheureusement, tous leurs efforts pour pénétrer dans ce havre privilégié, pour toucher ce port béni des dieux, se révélaient tout à fait vains : il semblait qu’un charme surnaturel empêchât leurs navire d’approcher, comme si une « barre» invisible en délimitait les eaux territoriales. Malgré de grands coups de rame, les barques refusaient d’avancer.

Alphonse Allais Le fabuleux voyage de Pamparigouste, in Contes et légendes de Provence

Pamparigouste est une île qui occupe une place majeure dans l’imaginaire provençal, un royaume au large de l’étang de Berre, peuplé de fées et inaccessible aux hommes. La légende raconte que ce royaume riche et fertile fut protégé d’une barrière invisible qu’aucun homme ne pouvait traverser. Pamparigouste est une expression utilisée dans plusieurs régions d’Occitanie, notamment en Provence et en Languedoc, pour désigner n’importe quel lieu très lointain ou inaccessible. Elle est utilisée pour envoyer promener les importuns : “Il est parti à Pamparigouste, Je vais t’envoyer à Pamparigouste“. On pourra également utiliser, dans le même but, en français standard, Tataouine, Pétaouchnok, Perpète-les-Olivettes et Trifouillis-les-Oies.

Wikipedia

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Carte Michelin, 2015


En 2015, une réédition de la carte routière Michelin oublie de figurer la nappe bleue de l’étangde-Berre. Le plus grand étang d’eau saumâtre d’Europe - 75 km de côtes, une lagune de 155 km2 et 980 millions de m3 d’eau - disparaît alors de la carte. En 2018, un printemps pluvieux et des apports d’eaux claires très importants provoque un phénomène de “bloom phytoplanctonique“ qui, associé à de très fortes chaleurs et une absence de mistral pendant l’été, entraine une des plus graves crises anoxiques dans l’étang. L’événement, particulièrement inquiétant, s’inscrit dans l’histoire longue d’un territoire hautement industrialisé et nous alerte sur l’actuelle fragilité de ses écosystèmes. En 2019, une expédition menée par le Bureau des guides et portée par un équipage composé d’artistes, de scientifiques et d’habitants de la lagune, part à la découverte de cette mer intérieure. Après une navigation depuis Marseille, leur navire s’aventure dans le chenal de Caronte pour inventer un territoire à partir de ses côtes et de ses rivages. Une exploration poétique et scientifique s’engage...

PAMPARIGOUSTE est une expédition métropolitaine soutenue par le FNADT, la Région Sud, le projet européen Nature 4 City Life, le Département des Bouches-du-Rhône, Les Parallèles du Sud de Manifesta 13, la Fondation de France, les communes de Martigues, Miramas, Saint-Chamas, Istres, Vitrolles et Berre-l’Étang ; En coproduction avec le Centre National de Création Musicale de Marseille (GMEM-CNCM) et l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Marseille | ENSA•M ; En partenariat avec Opéra Mundi, la Fondation TARA Océans, le GIPREB, l’institut écocitoyen de Fos, le LPED (Aix Marseille Université), le Parc de l’ancienne poudrerie de St Chamas (SIANPOU), les bases nautiques et clubs de voile ainsi que les associations riveraines de l’étang (ESSV, les compagnons de la Manille, la LPO, l’ADMR, l’Étang Maintenant, Nosta Mar). Ce projet porté par le Bureau des guides, a été proposé au public dans le cadre du programme des Parallèles du Sud de la biennale d’art contemporain Manifesta 13, et se poursuivra jusqu’au Congrès Mondial de la Nature (UICN), qui sera accueilli à Marseille en septembre 2021. 13


« Plusieurs amis sont venus m’éveiller ce matin, ils ont assisté à mon lever. Après avoir pris du café ensemble ils m ont conduit au port où nous nous sommes assis dans la même barque. Ils ont saisi chacun une rame et m’ont laissé la direction du gouvernail. Sans prendre de patente, nous sommes partis comme des jeunes gens, des écervelés, pour faire non pas le tour du monde mais le tour de l’étang. Nous avons pris terre dans tous les ports que nous avons rencontrés et nous avons visité le pays. “ Lettre à Zoé sur la Provence, Étienne Garcin, 1841.

« La première beauté de mon Martigues, c’est l’étang de Berre, qui, le matin, blanchit et qui le soir s’azure, quand je regarde de ma maison ; l’Étang qui, de ses mille langues vertes, lèche amoureusement le sable des calanques et ronge les rochers où l’on pêche le rouget. La seconde, c’est le canal de Caronte, qui le rejoint à la grand’mer. Les tartanes et les autres barques y font gonfler leurs larges voiles aux angelots joufflus. La troisième, ce sont nos collines nues, qui se gonflent comme mamelles et qu’embaume l’arôme chaud des thyms, des fenouils, des romarins et des sarriettes. La quatrième, ses champs de pierre plantés d’oliviers, où vient l’odeur du sel, dans la brise (...) » __ Charles Maurras, Les trente beautés de Martigues, Flammarion, 1954

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La petite mer des oubliés, Franck Pourcel

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Paradoxe méditerranéen L’étang de Berre ne compte pas au nombre des hauts lieux touristiques de la Provence. La plupart des voyageurs en ont pourtant un aperçu lorsqu’ils arrivent dans la région, même si cet espace reste souvent non situé, voire innommable. Pour les passagers du chemin de fer, l’approche des raffineries donne le signal du moment où l’on commence à rassembler ses affaires avant la descente : c’est à la fois, contradictoirement, une balise urbaine et la négation de toute urbanité. La chaîne de l’Estaque dresse presque aussitôt une barrière entre la métropole et le plan d’eau. La ville est un autre monde. Le grand déversoir À l’atterrissage à Marignane, l’étang produit souvent chez celui qui le découvre un sentiment puissant de désorientation (Tu crois que c’est la mer ?-Un étang n’est pas si grand). Quand vient l’approche finale, entrent dans le champ de vision des cohabitations incohérentes, qui donnent lieu à un assemblage ininterprétable : salins en déshérence, cultures maraîchères hors sol, centre commerciaux aux enseignes trivialement aguicheuses (comme partout ailleurs près des aéroports), plages et criques, églises romanes (comme dans les circuits de visite), mais surtout appareil industriel pétrochimique dont l’inquiétante étrangeté confère sans doute au lieu son unité et sa lisibilité : synclinal, l’étang est un vaste déversoir où l’énergie est fabriquée, distribuée et quelquefois perdue. La déprise et l’emprise se superposent en ces lieux. Le vide y est partout, dans les friches et dans les interstices. On n’en finit pas de faire le compte des désaffections et des désaffectations : ancienne poudrerie, anciens hangars, et surtout, anciennes plages, anciens poissons, anciens pêcheurs, ancienne vie. Des cartes postales pas si anciennes montrent la foule des baigneurs et l’évidence du plaisir populaire. Très peu de trafic sur l’étang : le centre de l’espace est quasi vacant. Désert récent (la pêche a été suspendue en 1957). L’endroit appelle le braconnage social et les pratiques clandestines. L’étang est comme un gigantesque lieu de deal. Le promeneur (mais il y en a peu) est presque assuré de faire d’étranges rencontres. On y trouverait cent décors pour représenter dans la solitude des champs de coton, la pièce de Bernard-Marie Koltès, qui organise la confrontation d’un dealer et d’un client. Ce vide ouvre à toute une gamme de possibles ludiques, rarement exploités : qu’on pense à toutes ces friches ou à ces villégiatures dérisoires qu’on découvre au détour du chemin et où l’on imagine en pure perte des déjeuners sur l’herbe ou des parties de campagne, écho fictionnel du rêve d’Alfred Saurel qui voyait se profiler l’organisation « sur toutes les voies ferrées du Midi, de trains de plaisir à destination de cette humide fille d’Amphitrite » (c’est ainsi qu’il nommait Martigues). Les figures du risque Ce vide est simultanément occupé, jusqu’à l’asphyxie, par l’emprise massive de toutes les activités industrielles. Les vapocraqueurs et les turbines ne cessent d’y rejeter les résidus de l’énorme production d’énergie : ceux-ci s’ajoutent à tout ce que le dispositif synclinal dirige jusqu’aux entrailles de la mer intérieure (phosphates, nitrates, etc.). L’étang est à la fois un lieu 16


de la perdition et de la déperdition, surtout lorsque l’anticyclone pèse comme un couvercle, aux heures les plus léthales de l’été. Celui qui passe n’a nul besoin de dépliant d’information pour savoir que la zone détient le record de France d’installations classées (29 établissements industriels sont soumis à la directive Seveso). Le risque industriel est ici figuré de manière colorée et diverse, dans une combinaison à la fois oppressante et joyeuse de signaux d’apocalypse. Tout est exposé, tout est explosable. (...) Une telle description de l’étang est à la fois précise et inexacte. Elle ne dissimule rien des fumées grasses, de la violence faite à l’espace et de la réalité oppressante de la pollution. Mais elle conforte à trop bon compte l’anti-industrialisme dominant de nos sensibilités culturelles. On n’imagine pas une poétique du polypropylène. Personne n’a pensé à écrire la geste des Travailleurs de l’Etang. Il faut dire qu’à la différence de la mine ou de la sidérurgie, l’industrie pétrolière n’a pas suscité d’imagerie littéraire ou cinématographique propre à qualifier socialement les lieux de production (Toni, de Jean Renoir, dans lequel est furtivement évoquée l’odeur du pétrole, ne constitue pas vraiment une exception) : l’ami du peuple ne voit pas dans l’opérateur qui travaille au cœur de la raffinerie un symbole adéquat de la classe ouvrière. Le promeneur esthète ne reconnaît en rien la marque d’un paysage dans les modes d’appropriation disparates du saltus. « Une terre qu’on travaille ne constitue presque jamais un paysage » notait Raymond Williams à propos du long processus d’esthétisation de la campagne anglaise, qui supposait l’effacement du labeur paysan. Que dire alors de l’espace industriel composite qui caractérise l’étang de Berre? Michel Peraldi remarque à juste titre que les pourtours de l’étang de Berre offrent « toutes les cartes postales, tous les lieux communs de la Provence visitée» (vestiges gallo-romains, églises romanes, petits ports de pêche, villages perchés, avant-goût de Camargue, etc.). Pourtant, tous les points de vue qu’on peut prendre sur l’étang ne suffisent pas à constituer un paysage. La présence massive des activités industrielles introduit des discontinuités qui rendent impossible la perception unitaire d’un espace cohérent. Les vues qui s’apparentent le plus à des types touristiques immédiatement reconnaissables et assignables sans équivoque à une méditerranéité hédoniste et généreuse se trouvent oblitérées par le surgissement d’un épais nuage de fumée ou par l’éclat inquiétant des cuves de pétrole. Les points de vue possibles sont ainsi réduits au statut de fragments : le plaisir esthétique qu’on peut retirer de la contemplation des lieux est toujours miné par la nécessité d’obturer une partie du champ de vision pour ne pas voir ce qui constitue pourtant l’élément le plus puissant (et le plus fédérateur) du spectacle de l’étang. Le regardeur est ainsi conduit à un travail permanent de cadrage et de recadrage. Il suffit de changer de focale pour passer de la crique délicieuse où s’élancent des véliplanchistes à l’usine pétrochimique où sont concentrées les matières dangereuses. Il existe une odeur caractéristique de l’étang, variable en fonction de la teneur en soufre, des niveaux d’émission et de l’état de la météo. Elle s’impose même à celui qui ne regarde pas le rivage ; elle monte aux narines de celui qui dort ; elle est sans doute quelque chose comme 17


un invariant dans un espace soumis à des modifications constantes et caractérisé par des discontinuités brutales. Elle pourrait bien en constituer l’élément unificateur : comme Napoléon le faisait à propos de son île natale, on reconnaît l’étang les yeux fermés. Pour le Méditerranéen dont l’expérience primitive du monde est indissociable de l’appréhension des parfums de la terre, de la garrigue ou du maquis, l’extraordinaire emprise olfactive qui règne sur l’étang signifie que cet espace n’est qu’un leurre, que le bonheur enfantin qui naît à sentir toutes les nuances de la terre chaude est à jamais perdu. L’odeur entêtante de l’essence annihile toutes les essences. (...) Bien qu’il ait écrit ses textes avant la grande transformation industrielle, Maurras est sensible à l’existence de changements paysagers induits par l’activité humaine. Mais ceux-ci sont en quelque sorte neutralisés par le caractère inaltérable de la vraie beauté de Martigues et de l’étang de Berre. (...) La beauté résiste ainsi aux développements du commerce et de l’industrie. Maurras les appelle d’ailleurs de ses vœux. « Le monde n’est pas un musée », affirme-t-il pour condamner le faux esthétisme qui envisage de figer les paysages en les mettant à l’abri des atteintes du temps. L’optimisme de Maurras est fondé sur la capacité qu’il prête au regardeur de supprimer magiquement de son champ de vision tous les éléments qui ne satisfont pas au canon des « trente beautés de Martigues ». Il existe un génie du lieu qui a des propriétés en quelque sorte auto-nettoyantes. Les saletés sont éphémères, l’étang est éternel. Force est de constater que nous n’avons pas cette capacité, et nous admettons à l’unanimité le fait que le lieu a subi une très forte déqualification depuis que Ziem et Maurras en ont chanté des louanges et en ont constitué, avec des moyens plastiques différents, des grilles de perception obligées. Pourtant, à l’heure où l’étang blanchit, il arrive qu’un « c’est beau » échappe aux plus anti-industrialistes des regardeurs. C’est que l’étang résiste toujours aux diverses dégradations qu’il a subies. C’est qu’il est toujours possible de n’en retenir que la puissance, d’en éprouver les multiplicités, d’en sélectionner les paradoxaux hauts-lieux, ou de montrer, à partir des modes particuliers (et quelquefois hétérodoxes au regard de l’esthétique dominante) d’appropriation de l’espace, que l’étang, indépendamment des directives institutionnelles et des plans d’ensemble, est chaque jour reconquis par quelques uns de ses usagers, fût-ce au moyen de tactiques infinitésimales.

Jean-Louis Fabiani La petite mer, in Franck Pourcel, La petite mer des oubliés, Étang de Berre, paradoxe méditerranéen, le Bec en l’air, Marseille, 2006.


La petite mer des oubliés, Franck Pourcel


Genèse et devenir d’une zone critique littorale Depuis le XIXe siècle, et ce de manière cyclique, les riverains s’organisent pour exprimer leur indignation. Ils refusent que leur territoire soit abandonné à l’industrie, condamné à l’insalubrité - rien que dans les années 1970, les autorités préfectorales ont brandi deux fois cette menace. Sans doute ces réactions sont-elles à mettre en rapport avec la rapidité et la brutalité des implantations d’usine qui ont, par à-coup, malmené un territoire préalablement vécu, en grande partie, comme “commun” (même s’il appartenait majoritairement à de grands propriétaires qui s’y livraient à des formes d’agriculture extensive, notamment l’élevage). La transformation de larges portions d’étang, de bord de mer, de marais, d’enganes et de coussouls au bénéfice exclusif de l’industrie a provoqué des dépossessions directes ou indirectes. D’abord, c’est l’accaparement des espaces, à la manière des enclosures, qui a dépossédé les riverains. Ils n’ont d’ailleurs jamais été consultés. Les projets industriels ont été décidés à distance, depuis un hélicoptère, Marseille ou bien Paris, en fonction d’intérêts nationaux et internationaux. Ils ont été localisés dans des espaces qualifiés de “déserts”, comme s’ils n’étaient pas habités. L’image d’un Far West fut d’ailleurs instillé par les plus hautes instances, le Commissariat à l’industrialisation n’hésitaient pas à évoquer une grandiose “Brasilia technique” prenant place sur des terres abandonnées au sable et au vent. Non seulement on éludait le tissu industriel déjà présent - chaudronnerie, fonderie, mécanique, réparation navale - mais, de façon commode, les pratiques traditionnelles qui s’exerçaient là, telle la chasse, la pêche ou la bouvine, ont été ignorées - vouées à la disparition. L’image du désert (où dix-sept hommes sont morts sur des chantiers de construction) avait également pour fonction de gommer, par avance, les risques environnementaux et sanitaires : rien n’entravait le Mistral chargé de diluer les pollutions. C’est là, à la base du triangle, au bord du golfe, que l’on a ancré le Moloch : la zone industrialoportuaire (ZIP) de Fos-sur-Mer ; le complexe géant qui devait à lui seul être un contrepoids de taille européenne au “triangle lourd” rhénan. Face au “désert” on pouvait donner à l’entreprise de colossales proportions. “Nous disposons de milliers d’hectares de terre vierge”, précisait une plaquette éditée par le Port Autonome de Marseille (1968) argumentant pour attirer entre Rhône et mer les investisseurs qui devaient donner à Fos-Marseille son second souffle… En quelques années, le monstre dévora de bel appétit 60 km2 de marais et de pâturage au sud de la plaine, et s’étala sur 7 300 hectares. Ce premier festin terminé, on annonçait une deuxième tranche concrétisée par une zone d’aménagement différé (ZAD) qui doublant sa surface, portait l’emprise de Fos, de ses darses géantes, de ses installations grondantes à l’intérieur des terres, à 20 km du rivage (Le Monde, 8 janvier 1977). Une autre forme de dépossession s’est ensuite enclenchée avec l’altération de l’eau, de l’air et des sols entraînant la ruine de l’outil de travail agricole, la baisse de la valeur foncière, une diminution de la biodiversité et une dégradation de la santé humaine, au moins au sens 20


de l’Organisation Mondiale de la Santé, soit “un état de complet bien-être physique, mental et social, qui ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmitéL’exemple le plus flagrant est la disparition des pêcheries de l’Étang de Berre, avec la destruction des dernières bourdigues de Caronte dans les années 20 au moment où le canal est aménagé, puis la contamination des poissons qui a conduit à l’interdiction de la pêche, en 1957 (pour des raisons de santé publique - les témoins de l’époque évoquent des poissons au goût de mazout!). On pourrait également évoquer les mas et les manades détruits, puis les alertes sur la qualité sanitaire des produits agricoles locaux. Une autre dépossession a eu lieu avec les plans de préventions des risques technologiques dans les années 2000 qui, à Lavéra, ont conduit à la destruction des maisons et d’une école situées dans le périmètre de la raffinerie Pétroineos. Elles ont été remplacées par des friches entourées de barbelés, incapables de contenir les effluves d’hydrocarbures qui se répandent au gré des vents dans les rues voisines. Les riverains ont été doublement pénalisés, privés à la fois de leur droit d’usage et leur droit à un environnement sain.

Christelle Gramaglia & Matthieu Duperrex « Genèse et devenir d’une zone critique littorale méditerranéenne », in Fos - Étang de Berre, un littoral au cœur des enjeux environnementaux, Rives méditerranéennes, 61 | 2020, Aix-en-Provence, 2021.

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POPSUMétropoles 29 ET 30 JUIN 2021 CONVERSATIONS MARCHÉES & VISITES DES SITES Ressourcer l’étang de Berre Quels paysages à l’horizon 2050 ? Afin d’accompagner la recherche POPSUMétropoles et dans la poursuite des ses explorations du territoire de l’étang de Berre, le Bureau des guides propose d’ouvrir la semaine de workshop par une visite des sites de projets au cours de longues “conversations marchées”. Lors de ces deux journées sur le terrain, l’ensemble des participants, encadrants, chercheurs et partenaires du workshop rejoindront les habitants à la rencontre des paysages des rives de la lagune.

La plateforme de recherche POPSU AixMarseille-Provence Métropole s’inscrit dans le programme national POPSU Métropoles où 15 équipes de chercheurs analysent les trajectoires de 15 métropoles, autour d’un même fil rouge questionnant les relations entre les métropoles et les autres territoires. La recherche POPSU-AMP est conduite sous la responsabilité scientifique de Vincent Piveteau et Sylvie Salles (École nationale supérieure de paysage), en collaboration avec la Direction Projet Métropolitain de la Métropole Aix-Marseille- Provence : Michel Roux, Vice-Président et Vincent Fouchier, D.G.A, avec l’appui technique du service Paysages. L’équipe de recherche préfigure l’Institut Méditerranéen de la Ville et des Territoires ENSP | S. Salles et L. Thierrée (coord.), E. Denarnaud, A. Justin, J. Masafont, K. Novellas, A-S. Perrot, V. Piveteau ENSA.M | A. Biehler (coord.), E. Dussol, F. Gimmig, L. Hodebert, I. Maire, M. Serre, S. Steenhuyse IUAR-AMU | J. Dubois (coord.), J-N. Consalès, B. Romeyer, S. Bonnin-Oliveira, E. Hatt


JOUR 1 | 29/06/2021

JOUR 2 | 30/06/2021

Une journée de marche entre Berre-l’Étang et Rognac qui nous verra longer le littoral pour aller observer les Salins, traverser la plaine agricole pour rejoindre l’Arc et remonter le fleuve jusqu’aux lieux de la production pétrochimique.

Une journée de marche entre Rognac et Vitrolles qui nous fera traverser le marais de la Tête Noire pour remonter vers la Cuesta, longer l’autoroute pour rejoindre la plage puis remonter vers les salins en direction de l’aéroport.

Intervenants de la journée

Intervenants de la journée

Jean-Baptiste Marie / directeur de la Plateforme d’Observation des projets et stratégies urbaines

Sylvain Tesserault / gestionnaire du marais de la Tête Noire (Nosta Mar) Nosta Mar est une association qui a pour vocation de Valoriser le patrimoine culturel, historique et naturel de la mer de Berre (étang de Vaïne), le développement social (du chantier d’insertion à l’éco-tourisme de proximité en passant par l’intégration à l’équipe de personnes à mobilité réduite), la protection de la biodiversité et autres activités annexes par la création et l’exploitation d’un écomusée de la petite mer à Rognac. nostamar.fr/lassociation/

Pascal Bazile / ingénieur et militant (l’Etang Nouveau), animateur du blog souslasurfacedeletang. home.blog/, initiateur du projet de transplantation de zostères vers l’étang de Berre (association 8 vies) Thomas Bellouin / enseignant chercheur à l’EAVT Paris-Est / Université Gustave Eiffel, laboratoire OCS, auteur d’une thèse portant sur « Les stratégies d’aménagement à l’épreuve des aléas littoraux. L’épaisseur littorale, un nouveau paradigme pour l’aménagement des territoires côtiers ? (France, 19e-21e siècles) » Louise Bouchardi / chargée de mission Agriculture & Environnement à Berre-l’Étang. Sylvain Belloni / exploitant agricole (sous réserve) Françoise Colard / représentant le SAGE du bassin versant de l’Arc (sous réserve)

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Aller : Transport des étudiants depuis le Campus de Luminy vers la gare Marseille Saint-Charles. Départ du Bus 21Jet à 07h40 du campus de Luminy RdV aux participants à 08h20 au Square Narvick (gare Marseille Saint-Charles) / Départ du car à 08h35. / Arrivée 09h15 à Berre-l’étang (au bout du Chemin du Saunier) Départ de la marche à 09h30. Retour : Départ vers 17h00 de Berre-l’Étang (Au rondpoint du chemin de La Croix-Rouge) / Arrivée vers 17h45/18h00 à la gare Marseille Saint-Charles.

Michel Peraldi / directeur de recherche au CNRS, sociologue et anthropologue, auteur de L’étang de Berre, Interprétation d’un paysage métropolitain, 1989. Aline Wiame / docteur en philosophie et Maître de conférences en arts et philosophie à l’Université Toulouse – Jean Jaurès. Elle a été notamment chargée de recherche du FNRS à l’Université Libre de Bruxelles et Visiting Scholar au département de philosophie de la Penn State University. Gérald Fuxa / habitant des rives et militant, président de l’association Étang Maintenant.

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Aller : Transport des étudiants depuis le Campus de Luminy vers la gare Marseille Saint-Charles. Départ du Bus 21Jet à 07h40 du campus de Luminy RdV aux participants à 08h20 au Square Narvick (gare Marseille Saint-Charles) / Départ du car à 08h35 / Arrivée à 09h15 au Marais de la Tête noire. Départ de la marche à 09h30. Retour : Départ en car vers 17h15 à Vitrolles (Maison de quartier plage des Marettes) / Arrivée vers 17h45/18h00 à la gare Marseille Saint-Charles.

TRACÉ DU PARCOURS Prévoir picnic et eau ainsi qu’un parapluie/ombrelle pour se protéger du soleil.

RENSEIGNEMENTS PRATIQUES En cas de problème au cours de la journée, pour joindre le Bureau des guides : Alexandre | 06 64 72 37 09


Marcher pour comprendre LE GR2013

LE BUREAU DES GUIDES

Équipement culturel à l’échelle de la métropole Aix-Marseille, le GR2013 est le terrain d’actions du Bureau des guides. Conçu en 2013 par des « artistesmarcheurs » et long de 365 km, ce sentier de grande randonnée de pays permet une circulation inédite à travers les communes du pourtour de l’étang de Berre et de la chaîne de l’Étoile-Garlaban.

Le Bureau des guides est l’association rassemblant les marcheurs, artistes, producteurs, architectes et animateurs associés au GR2013. Ils vous proposent de multiples manières de marcher à partir du sentier métropolitain pour mieux observer, percevoir et connaître ce qui nous environne.

Il invite à marcher là où on ne randonne habituellement pas - en zone urbaine et périurbaine - pour mieux comprendre ce qui fait l’existence complexe d’un territoire : sa géographie et ses paysages contrastés, ses multiples histoires, nos différentes manières de l’habiter et de nous y déplacer.

Le Bureau des guides chemine et s’invente avec les acteurs culturels locaux, les collectivités territoriales, les établissements scolaires et de recherche, et de multiples groupements d’habitants. À partir du GR2013, le Bureau des guides vous invite à vous aventurer plus loin pour aménager le sentier, rassembler des histoires, faire communauté et apprendre ensemble à habiter notre territoire.

Projet pérenne de la capitale européenne de la culture en 2013, le GR2013 est le fruit d’une collaboration entre le Conseil Départemental, les collectivités territoriales et les communes traversées par le GR, la Fédération Française de Randonnée Pédestre, ses comités régional et départemental ainsi que Provence Tourisme. Le sentier fait aujourd’hui partie du réseau international des sentiers métropolitains (Metropolitan Trails).

www.bureaudesguides-gr2013.fr


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